CHAPITRE I
Symptômes.
Avant d'entreprendre l'étude des différents symptômes que l’on rencontre dans les cas de tumeurs malignes primitives des capsules surrénales, il me semble nécessaire de distinguer, d'après leur marche, ces tumeurs en deux groupes et de considérer séparément celles qui présentent une généralisation rapide et celles qui ne se généralisent pas, ou ne le font que tardivement. A la lecture des observations, en effet, si l'on veut ranger dans un même cadre les différentes sortes de cancers, on se trouve en présence de faits contradictoires dont il parait impossible, au premier abord, de tirer des conclusions. Bien au contraire, en séparant nettement deux ordres de phénomènes, on peut expliquer ces prétendues contradictions et établir, pour l'un des deux au moins, des symptômes qui, pris séparément, n'ont pas une valeur absolue, mais dont l’ensemble pourrait peut-être permettre, sinon
Se du de diagnostiquer, du moins d’entrevoir la nature d'une affection qui, jusqu'ici, n'a été reconnue qu'à l’autopsie.
La forme des cancers à généralisation rapide est certainement la plus rare; le diagnostic en est impossible, car la mort survient rapidement et l'augmentation de volume des capsules surrénales n'est pas assez considérable pour être perçue à l'extérieur. À part quelquefois une légère douleur dans la région lombaire, la maladie débute généralement par l'apparition de noyaux cancéreux disséminés. La localisation de ces noyaux, la façon dont ils évoluent, entrainent nécessairement un ensemble de symptômes qui masquent presque toujours ceux de la lésion primitive. Dans ce cas, l’hyperthermie est fréquente, ainsi que les manifestations multiples qui résultent de l'invasion des différents organes.
Cette forme répond à une lésion bilatérale des capsules surrénales, de nature épithéliale, non reconnue pendant la vie. Un de ses caractères principaux est sa tendance à donner des métastases dans le cerveau et le système nerveux. Tel est le cas de la malade de M. Weinberg et Turquet (1), qui, en dehors de nombreux nodules cancéreux aux poumons, présentait un foyer de généralisation dans le cervelet. Cette dernière lésion attira seule l'attention. Klebs (2) parle d'un enfant de 11 ans, qui avait des localisations dans le péritoine, le foie, les
(1) Voir Obs. 1.
(2) Voir Obs. 2.
LOGE poumons et le lobe postérieur du cerveau. Chez ces deux malades, l’autopsie montra un envahissement bilatéral dés capsules surrénales dans lesquelles le cancer avait primitivement son siège. Citons aussi, comme rentrant dans cet ordre de faits, l'opservation rapportée par Chailious (1). Il s'agissait d'un homme de 27 ans, présentant des noyaux multiples de la peau.
L'évolution de cette forme est rapide. La mort arrive, soit par suite du siège des métastases, soit par le fait de la généralisation. La malade de M. Weinberg mourut, six semaines après l'apparition des premiers symptômes, par arrêt de la respiration. Celui de Chaïllous succomba, avec des signes d'infection générale, 12 jours après son entrée à l'hôpital, quelques mois après le début de l'affection.
Les cancers sans généralisation où à généralisation lente constituent la forme la plus fréquente et présentent des caractères communsque l'onretrouve dans beaucoup d'observations. Voici, en quelques lignes, l'ensemble des symptômes principaux etleur évolution.
Un malade perd l'appétit, maigrit et sent ses for ces décroître. En même temps il peut ressentir une douleur assez vive dans la région lombaire, avec irradiations à l’épigastre et au thorax. Il s'aperçoit que Son ventre augmente de volume, ou bien, par hasard, il y remarque l'existence d’une tumeur. Des
(1) Voir Obs. 8.
ES TE troubles digestifs et respiratoires surviennent bientôt, l'incapacité de travail devient absolue. Tout cela a évolué dans un laps de temps qui peut varier entre quelques semaines et quelques mois, mais qui ne dépasse presque jamais un an. Il se décide alors à consulter un médecin ou à entrer à l'hôpital. On constate, en ce moment, un amaigrissement considérable, une cachexie déjà avancée. Les différents symptômes de la maladie d'Addison sont présents à l'exception de la coloration bronzée des téguments. La température est normale, peut même être hypo thermique ; il y a de la tachycardie, un pouls petit, mou, dépressible, fréquent. La dyspnée n'est pas rare, mais tient, le plus souvent, à des modifications de l'appareil pulmonaire. L’abdomen est distendu; mais irrégulièérement ; la tuméfaction est surtout localisée à la partie supérieure d’un des flancs. Là se trouve une tumeur dont nous étudierons plus loin les caractères. Les autres organes sont, en général, sains. |
La cachexie fait de rapides progrès et la mort sur vient en peu de temps dans le coma.
Je vais maintenant aborder l'étude de ces différents symptômes que je diviserai en deux classes :
Ceux qui sont propres au cancer ;
Ceux qui sont dus à sa présence au milieu des organes.
Parmi eux, il en est deux qui méritent une attention toute particulière, je les traiterai donc à part; lun pour le refuter, l’autre pour mettre en relief cer-
taines particularités jusqu'alors passéessous silence.
HVPORPLS Je veux parler de la coloration bronzée de la peau et de latempérature. Cette dernière, intéressante par elle-même, présente, avec le pouls, des rapports tels que je crois utile de les exposer dans un même chapitre.
Coloration bronzée de la peau. — La première idée qui vient à l'esprit lorsqu'on entend parler de lésions des capsules surrénales, c’est la coloration bronzée de la peau. Cela s'explique fort bien, car longtemps ce signe fut considéré comme absolument caractéristique et, maintes fois, l’autopsie permit de constater la coexistence d’une pigmentation anormale et d’une destruction plus ou moins complète des reins succenturiés. On y vit des rapports de cause à effet et Addison y attacha une grande importance dans le syndrome de la maladie qui porte son nom. Bientôt, malheureusement, l'expérience démentit ces constatations. On trouva une destruction complète des deux capsules sans trace de coloration bronzée. En vain on objecta que, dans ces cas, en dehors des capsules lésées, il pouvait y avoir, dans d’autres organes, des débris aberrants, comme on a pu en constater, dans les organes génitaux, dans les différents plexus, et que ces débris suffisaient, à la rigueur, à assurer l'intégrité de la fonction. Des faits plus sérieux achevèrent de ruiner cette théorie. Lancereaux rapporte. (Archives de Médecine, 1890) que, dans un cas observé par lui, l'ensemble symptomatique qui constitue la maladie d'Addison existait au grand complet, et que les capsules surrénales