SCÈNE XIII
MADAME ROUSSELIN, JULIEN
JCLIEN, apercevant madame Rousselin.
Elle! (Il jette son cigare.) Seule! Comment faire? (Saluant.) Madame!
MADAME ROUSSELIN
M. Duprat, je crois?
JULIEN
Hélas, oui, madame.
MADAME ROUSSELIN
Pourquoi, hélas?
JULIEN
J'ai le malheur d'écrire dans un journal qui doit vous déplaire.
MADAME ROUSSELIN
Par sa couleur politique, seulement !
JULIEN
Si vous saviez combien je méprise les intérêts qui m'occupent!
MADAME ROUSSELIN
Mais les intelligences d'élite peuvent s'appliquer à tout saas déchoir. Votre dédain, 11 est vrai, n'a
rien de surprenant. Quand on écrit des vers aussi... remarquables...
JULIEN
Ce n'est pas bien ce que vous faites là, madame I Pourquoi railler?
MADAME ROUSSELIN
Nullement I Malgré mon insuffisance, peut-être, je vous crois un avenir...
JULIEN
Il est fermé par le milieu où je me débats. L'art pousse mal sur le terroir de la province. Le poète qui s'y trouve et que la misère oblige à certains travaux est comme un homme qui voudrait courir dans un bourbier. Un ignoble poids toujours collé à ses talons, le retient; plus il s'agite, plus il enfonce. £t cependant, quelque chose d'indomptable proteste et rugit au dedans de vous I Pour se consoler de ce que l'on fait, on rêve orgueilleusement à ce que l'on fera; puis les mois s'écoulent, la médiocrité ambiante vous pénètre, et on arrive doucement à la résignation, cette forme tranquille du désespoir.
MADAME ROUSSELIN
Je comprends; et je vous plains!
JULIEN
Ah! madame, que votre pitié est douce! bien qu'elle augmente ma tristesse 1
MADAME ROUSSELIN
Courage ! le succès, plus tard, viendra.