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avec son mari, et de sa prochaine séparation. Elle jetait tout le blâme sur sa fille j lady Anne lui faisait part de la résolution qu'elle avait prise de l'abandonner à ses caprices et a ses folies, lui racontant qu'Isabelle avait imploré sa protection , mais qu'elle l'avait refusée.
— Je lui donnerai la mienne alors ! s'écria Marie. Vous avez calomnié votre sœur, Isabelle, en ne lui écrivant pas que vous aviez besoin d'un asile j car, même dans mes jours d'égoïsme et d'insensibilité , je n'aurais pas été aussi dure que ma mère. Comme je regrette de n'avoir pas reçu cette lettre plus tôt! Isabelle doit trouver mon silence bien cruel ! Oùpourrais-je maintenant lui adresser une lettre? car, d'après la date de cette communication , Isabelle doit avoir quitté l'hôtel de Granville, et malade encore ! Elle prenait la plume pour écrire h sa sœur, sous le couvert
de lady Anne , lorsqu'on vint lui remeltre une lettre.
Edwards, femme de chambre de lady Gran- \ille, lui annonçait la maladie de sa maîtresse, retenue à Cantorbery ; elle lui avait défendu de l'écrire a sa mère , elle n'osait pas lui désobéir ; quoique effrayée de la responsabilité qui pesait sur elle seule, elle prenait donc la liberté de faire connaître a madame Barham la maladie grave de lady Granville , la priant de lui envoyer ses instructions.
Le soir même , Marie et sa fille parcouraient le chemin qui mène à Cantorbery.
Malgré toutes les précautions qu'on employa pour préparer lady Granville à une rencontre avec sa sœur , l'émotion faillit lui être fatale.
— Vous vivrez avec moi , n'est-ce pas, ma chère Isabelle?
Lady Granville appuya sa têle sur le sein de Marie , et tout le monde se tut pendant quelques instans.
— Oui , répondit enfin Isabelle , si je \is , je resterai avec vous , Marie ; j'aurais voulu vous connaître plus tôt , je n'aurais pas cherché à trouver une dangereuse sympathie chez les autres. Je ne vous ai jamais rendu justice , ma sœur.
— Je suis bien changée, dit Marie; depuis notre séparation, j'ai appris à sentir; cette barrière qui nous éloignait l'une de l'autre n'existe plus ; mon caractère s'est radouci, le vôtre a pris de l'énergie ; nous serons maintenant ce que nous n'avons jamais été, non seulement des sœurs tendrement unies , mais des amies intimes et liées ensemble par les plus fortes sympathies. Nous éviterons ^de parler d'un sujet qu'il faut même bannir de notre pensée.
— Oh.! oui, répliqua Isabelle j mais, pour réussir dans nos projets , nous avons besoin d'appui ! N'adressez-vous jamais des prières au ciel , Marie ?
— Non , mais nous l'invoquerons ensemble ! — Votre fille sera la mienne ! Puisset-elle devenir un jour plus heureuse qu'aucune de ses mères ! dit Isabelle prenant dans ses bras sa fille adoptive.
CUAPITXLE XXVIII.
Cinq années se sont écoulées, et nous prions le lecteur de revenir encore une fois au château de Wilmot. Lady Anne et son mari causent ensemble :
— Avez-vous jamais rien vu de plus ridi-
cule? Marie qui fait du sentiment! Elle épouse, a cause de sa fortune, un homme qu'elle n'aime pas j il perd tout ce qu'il a ; sa propriété est vendue ; il devient fou à la suite d'un accès d'ivresse j impossible, malgré cela, de la décider a l'envoyer dans une maison de santé. 11 serait mal traité, dit-elle, je veux le soigner moi-même. Il faut qu'elle soit aussi folle que lui pour agir de la sorte. Je ne puis entendi'e avec sang-froid de pareilles folies ! n'est-ce pas à en perdre la raison ?
— Puisque Marie supporte cela patiemment , nous pouvons bien en faire autant. Je regrette seulement qu'elle soit si mal partagée , répliqua le père.
— Et Isabelle l'encourage dans ses projets, applaudit tant qu'elle peut ! Si vous saviez tout ce que Rochefort raconte sur elles ! II a passé dans la ville qu'elles habitent il y a
peu de temps ; cela fait peine ! Elles sont devenues de vraies méthodistes ; elles apprennent le catéchisme aux enfans de la paroisse et font des jupons de flanelle pour les vieilles femmes. — Comment! mon cher Wilmot , pouvez-vous rire de cela ?
— Ne vaut-il pas mieux , ma chère Anne , qu'elles fassent des jupons de flanelle pour les vieilles femmes , que de se laisser courtiser par les jeunes gens? A propos! avec qui Tiverton s'est-il marié?
— Dieu sait ! Quelque femme qu'il aura choisie pour sa piété , à ce que m'écrit Rochefort. Je n'ai jamais eu grande opinion de son esprit. Cependant je suis fâchée de l'avoir éloigné dans le temps d'Isabelle ; mais comment deviner que son oncle et trois de ses cousins mourraient pour le faire marquis / J'ai fait tout pour le mieux.
— Savez- vous ce qui aurait été préférable à cela , ma chère Anne ?
— Quoi ? demanda sa femme.
— De ne rien faire du tout l