ORDRE ET DIVISION DU CANTIQUE DES CANTIQUES
Fr
Comment se divise le livre ? Question difficile à résoudre et qui a exercé l'esprit de beaucoup d’interprètes, sans amener aucun résultat certain. Et le doute ne se présente pas seulement pour les grandes divisions ; mais
souvent encoré pour les petites et pour la succession des personnages qui .
sont en scène. Cependant, comme on le voit, pa” ue simple énoncé, la
(4) Cant. var, 8-40.
(2) Apoc., XXE, 2.
(3) Ibid. 9.
(4) Ibid. 12.
(5) Ibid. 14.
(6) M. Le Iir, Com., iv, 4-5.
{7} Zhid.: vr.
(8) Brev. Rom.
(9) « Aliquam mulierenlam ; sed », etc.
(10) De Civ. Dei lib. XVIE, cap. xvi, n, 9,
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES solution de la question ne serait pas sans utilité, ni même sans importance pour Pintelligence du livre. Nous enregistrerons donc ici en peu de mots, les principaux essais qui ont été tentés à cet égard, sans nous arrêter à en faire la critique; ce qui demanderait des longueurs, et nous exposerait à ne sortir du doute que pour tomber dans l'arbitraire.
Les essais dont nous venons de parler peuvent se ramener à trois époques : 1° aux siècles des Pères de l'Eglise; 2° au moyen âge (les scolastiques) ; 3° aux temps modernes. |
Les Massorètes ont divisé les livres de la Loi ou le Pentateuque er parasches pour les besoins du culte. Mais nous ne trouvons aucune division de ce genre et de cette source pour le Cantique des Cantiques. |
On chercherait en vain lintention d’une division logique, symétrique, dans les travaux d’Origène sur le Cantique, soit dans ses deux homélies traduites par S. Jérôme, soit dans ses trois livres avec les fragments conservés dans la traduction latine de Rufin; et l’on peut dire la même chose des quinze homélies de $S. Grégoire de Nysse. Théodoret a divisé son commentaire en quatre livres, dent le premier va jusqu’à 11, 6 : Zeva ejus sub capite meo, etc.; le deuxième commence 11, 7 : Adjuwro vos, etc., et s’arrête IV, 7 : Z'ota pulchra es, etc.; le troisième commence 1v : Vent de Libano, etc., et finit Vi, 7 : S'exaginta regine, etc.; enfin le quatrième, omettant le Ÿ. 8, prend à vi, 9 : Que est ista, etc., et va jusqu’à la fin. Mais si le savant évêque de Cyr s’est proposé un autre but que celui de diviser le Cantique et le travail qu’il y a consacré en quatre parties à peu près égales, on ne voit pas quelle idée a présidé à sa division. Juste d'Urgel, qui est d’un siècle après Théodoret, a eu sans doute pour but de rendre les citations du Cantique plus faciles, mais non pas, assurément, d’en rendre le sens plus clair par sa division en deux cents versets plus petits que ceux des Bibles actuelles, qui n’en ont que cent seize.
Dans le commentaire faussement attribué à Cassiodore ; dans celui qui est imprimé à la suite des œuvres de S. Isidore de Séville, et que dom Garet, éditeur de Cassiodore, et Faustin Arevallo, éditeur de $. Isidore, regardent comme un abrégé du premier, et enfin dans celui que les béné- dictins attribuent à S. Grégoire le Grand, malgré certaines difficultés, on trouve le Cantique divisé comme il l’a été au x siècle par Hugues de Saint-Cher. Mais si, comme nous l’avons dit, le prétendu commentaire de Cassiodore est de $S. Thomas, ce à quoi ni dom Garet, ni Arevallo n’a songé, cette division était toute faite, et les éditeurs de S. Grégoire, soit Pierre Gassanvillars en 1665, soit les bénédictins de Saint-Maur en 1705, n’ont sans doute pas trouvé cette division dans les manuscrits antérieurs au XII° siècle.
Les éditeurs d’Honorius d’Autun et de l’abbé Rupert, ont introduit dans le Cantique la division faite au siècle suivant et qui s’est répandue partout. Elle est due au cardinal dominicain Hugues de Saint-Cber, qui la faite pour le besoin de sa concordance de la Bible. Elle consiste en chapitres subdivisés chacun en sept versets désignés par les premières lettres de l'alphabet. Robert Etienne,’en 1551 et 1555, a rendu les versets
‘68 AU ERA ENUEMETUDE ARIERAEX
plus nombreux et les a distingués par des chiffres, en rendant ainsi les | citations plus simples et plus faciles. Le Juif Isaac Nathan fit passer la «
division d'Hugues de Saint-Cher dans le texte hébreu au xv° siècle, et ,
depuis on la trouve, sauf de rares exceptions, dans toutes les éditions de .
Ja Bible, en quelque langue qu’elles soient.
La division du Cantique est en huit chapitres eten cent seize versets, « tels qu’on les voit dans toutes les Bibles. | 4 On n’est pas surpris de la trouver dans le commentaire du Cantique par . S. Thomas d'Aquin, contemporain de son confrère Hugues de Saint-Gher, * et mort plus de dix ans après lui (1). ne
Nicol:s de Lyre, qui adopte la même division, prétend que les sept pre- « miers chapitres se rapportent à la synagogue, et le huitième à l'Eglise.
La division d’Aponius est en six livres, appliqués aux Juifs et aux Gen- « tils; et celle du vénérable Bède, en sept; mais le septième est tiré des « divers ouvrages de S. Grégoire; de sorte que son travail personnel est # divisé en six livres, comme celui d’Aponius, dont il a, d’ailleurs, profité. w
Mais ni l’un ni l’autre de ces auteurs ne semble avoir été conduit à cette
division par aucune idée systématique fondée sur le contenu du saint 4 Cantique. ;
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Honorius d’Autun et l’abbé Rupert, au x11° siècle, sont les premiers qui: semblent s'être inspirés d’une idée de ce genre dans la division du Can-« tique. Honorius a partagé son commentaire en quatre traités, dont le pre- 4 mier renferme les deux premiers chapitres du Cantique, qui s’occupent dela fille de Pharaon représentant l'Orient et figurant la synagogue. Les autres 4 sont relatifs à la gentilité; le deuxième traité, comprenant les cha- 4 pitres 11I-vVi, 9, représente le Midi par la reine de Saba. Le troisième, 4 comprenant depuis vi, 10, jusqu’à vi, 10, représente l’Occident par la Sunamite. et le quatrième comprenant vit, 11-Vi1, représente le Nord. ;
L’abbé Rupert explique le pluriel Cantica Canticorum, en disant qu'il
y a équivalemment dans ce livre sacré, quatre cantiques, indiqués par law formule trois fois répétée Adjuro vos, filie Jerusalem : n, 7; 11,5; Y.8;4
VII, 4 (2). Au reste, son commentaire est divisé en sept livres. 1 Il serait inutile de chercher une division dans les quatre-vingt-six ser-. mons de $. Bernard, et dans ceux de son continuateur anglais. É
Ferdinand Quirini de Salazar publia à Lyon, en 1642, in-folio, ses Expo! sitiones in Canticum canticorum (3), c’est-à-dire : allegorica, mystca,« hypermystica.… Expositio (4). Il divise le Cantique en quatre parties, pour!
(1) 1263-1274. : AU (2) L'auteur n’a compté que trois fois cette formule, qui se lit quatre fois, et il a passé. - sous silence v, 8, sans quoi il aurait été conduit à diviser le Cantique én cinq parties. (3) Rosenmüller in Cantic., p. 288. | (4) Casaz., 2e p., cap. x, p. 85.
les quaire jours que duraient, selon lui, les fêtes nuptiales chez les Juifs.
Mais, avec toute son érudition, il n’aboutit pas à établir le fondement de cette division (1). ARS y te
Au même siècle, Cocceius s’est inspiré, selon sa coutume, de visions, plutôt que d’idées raisonnées, pour faire sept parties du Cantique, à raison des sept épîtres, des sept sceaux et des sept trompettes de l’Apocalypse (2). S'il n’avait été protestant, il aurait peut-être mieux aimé y voir les sept sacrements que Jésus-Christ a donnés à son Eglise.
Bossuet a voulu fonder la même division, mais dans un ordre bien différent. sur un fondement sinon plus solide, au moins plus naturel. Il a cherché dans le saint Cantique, qu’il considérait comme un drame champêtre, les sept jours que duraient, selon lui, chez les Juifs, les deuils, les fêtes nuptiales, etc. +
Le 1° jour va jusqu’à 11, 6 ; le 2° jour, jusqu’à 11, 17 fin;le3*,àv,i;le 4°, à vi, 8; le 5°, à vu, 10; le 6°, à vu, 3 ; le 7°, à la fin. mnt
Bossuet, envisageant le cantique comme une allégorie mystique, voit dans chaque jour marqué par une rencontre des époux, un certain état de Pâme ; dans la succession, le progrès ; et dans l’ensemble, sept degrés de perfection (3).
Le docteur Lowth s’attache, ex professo, à montrer qu’il n’y a pas dans le Cantique, l’action dramatique qu’y a vue Bossuet (4). Michaëlis, annotateur de Lowth, emploie son érudition d’orientaliste à exclure même l’idée de fêtes nuptiales, et 1l ajoute qu’il faudrait retrancher au moins un des sept jours de Bossuet (5). Mais nous avons déjà dit plus haut que Michaëlis avait une idée inconvenante du saint Cantique. :
Philippe Scio, qui s’est fait un nom en Espagne par sa traduction et ses commentaires de la Bible dans sa langue maternelle, s'attache à l’idée de Bossuet avec de légères variantes (6). |
L'auteur italien que nous avons plusieurs fois cité, a fait du Cantique un petit drame ingénieux qui se divise en cinq actes, chacun subdivisé en trois ou quatre scènes. Le 1° s’arrête à 11. 15 ; le 2°, à ant, 11 ; le 3°, à v, 1; le 4°, à vr, 8, et enfin le 5° termine. On trouve dans ce drame des monologues de l’époux et de l’épouse, leurs entretiens mutuels, des chants de jeunes gens et de jeunes filles, la mère de l'époux, un jeune frère, une jeune sœur, des parents et des alliés (7). |
Bien que nous écartions du saint Cantique l’idée du mariage de Salomon, nous ne partirions point de là pour rejeter une division du Cantique fondée sur les sept jours qu’auraient duré, chez les Juifs, les fêtes nuptiales. Mais, cette coutume des Juifs fût-elle incontestable, il resterait encore à prouver que le saint Cantique s’y est adapté, et encore faudrait-il ne pas produire des scènes qui ne conviendraient pas à la sainteté de l’objet du livre sacré.
Dans le premier quart de notre siècle, le savant Rosenmüller, que nous avons souvent cité avec l’honneur qu’il mérite à bien des égards, quoique protestant et parfois rationaliste, dans ses Scholies sur la plupart deg
(1) Casaz., I. c.
(2) Cogitationes de Cant. cant., Adnot. ad Cant. 4, ap. Casaz., p. 86.
(3) Voir son comment, aux versets indiqués.
(4) Lect. xxx, vers. fin. |
(5) Not. 424-129.
(6) Advertencia sobre el Cantico de los canticos, cité par Casaz., p. 87. (7) Casaz., p. 435, etc. | |
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0 D du à livres de l’Ancien Testament, traite le saint Cantique avec respect, Ila
divisé sa traduction latine en treize paragraphes, sans avoir eu d'autre
but que de distribuer commodément son commentaire perpétuel, qui est verbal, bien qu’il entende le saint livre dans un sens allégorique. Voici sa division, que l’on pourra, si l’on veut, comparer aux autres:
Le 1° paragraphe va jusqu’à 1, 6; le 2°, jusqu’à 11, 17; le 3°, à ur; le 4°, à H, 17; le 5°, à m1, 9; le 6° à 1x, 11 ; le 7°, à v, 1 ; le 8e à vi, 3: le 9, à vi, 9; le 10°, à vu, 11 ; le 41°, à vint, 4; le 12°, à var, 73 et le 13°, à la fin.
M. Le Hir a divisé le Cantique en six actes, dont il a sous-divisé en deux, le 2° et le 6°; d’où il résulte huit parties ou sections dans l’ordre qui Su nn
Le 1° s'arrête à 1, 3.
Le 2° — à I,:7.
Le 3° — à ll, fin.
Le 4° — à ui, 5, Le 5° — à VI, 1.
Le 6° — à vil, 10.
Le 7° — à vil, 4.
Le $° — à la fin.
Mais quelle est l’idée qui a présidé à cette division? M. Le Hir ne le dit pas. Il y a lieu de croire qu’il a eu simplement en vue l’ordre naturel des matières, pour les divisions de son commentaire. Ce qui appuierait cette conjecture, c’est qu'il a sous-divisé deux des six actes. Peut-être
a-t-il envisagé le nombre sept, sacré chez les Juifs, comme désignant sept |
degrés de perfection, et le nombre huit comme exprimant la récompense ou consommation par laquelle 1l termine son commentaire. Il n’est pas impossible qu’il ait pensé à la phrase de S. Ambroise sur les huit béatitudes : S'icut enim spei nostre octava perfectio est, ila octava summa viriutuimn est (1). | |
Ce ne sont là que des conjectures, et auxquelles nous ne tenons pas. Mais, M. Le Hir n’ayant laissé sur le saint Cantique que sa traduction avec un pieux commentaire, peut-être sans aucun dessein de publication, et, en tout cas, sans un seul mot d’introduction, nous nous trouvons abandonné ‘aux pures conjectures. |
D'ailleurs, nous n’avons guère besoin d’autre chose ; car, pour redire ici notre pensée, nous croyons que toutes ces divisions sont assez arbitraires, et qu'il sera toujours difficile d’en faire de bien sûres, soit pour les grandes lignes, soit même pour bien des détails, comme, par exemple, pour la succession des interlocuteurs.
8 4. — MANIÈRE D’EXPLIQUER LE CANTIQUE DES CANTIQUES PARTICULIÈREMENT DANS LES DÉTAILS.
Il convient d'examiner, avant tout, le caractère littéraire du Cantique. Or, le plus léger examen conduit à ranger ce livre parmi les œuvres
poétiques de la Bible. Plusieurs auteurs ont prétendu qu’il a été écriten «
.(4} In Luc., v, 6, vers. fin. Brev. Rom., Comm. plur. martyr, 20 loco, lect. 8 fin.
conan 1 bien pe RSS
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES - 71 vers hébreux; et Rosenmüller s’est attaché à le traduire vers pour vers. Quelques auteurs ont tenté de trouver dans ces vers, la mesure des vers grecs et latins ; mais ils ont eu assurément bien de la peine à les scander. M. Le Hir, qui a écrit sur le rythme chez les Hébreux, qui s’est appliqué à mesurer les vers de plusieurs psaumes, et qui a traduit Job vers pour vers, a traité le Cantique comme uu ouvrage en prose, dans sa traduction, sans en méconnaître le caractère poétique; car 1l a paru bien des livres où la poésie est écrite dans le langage libre de la prose, et un plus grand nombre encore où des pensées et des sentiments très peu poétiques ont été assujettis à la mesure des vers. | lé nl Or, l'interprète d’un livre doit se mettre, autant qu’il peut, à la place de l’auteur ; mais pour suivre l’ordre inverse, c’est-à-dire pour réduire à leur juste valeur philosophique, des expressions où l’auteur, en rendant sa pensée, a voulu la couvrir d’un voile plus ou moins transparent, l’atténuer ou l’amplifier. L’interprète doit donc tenir grand compte du style de Pauteur; voir (ce qui souvent est facile) s’il s’éloigne du sens propre.des mots, en employant des métaphores ou d’autres figures; examiner (ce qui souvent est plus difficile) la vraie portée de ces figures, c’est-à-dire leur :
signification générale, ou leur puissance, et leur signification en acte, ou
leur sens dans l’ensemble du texte dont elles font partie.
Pour bien entendre et expliquer le saint Cantique, 1l est donc bon de connaître, outre l’hébreu, les autres langues orientales, et, outre les antiquités judaïques, celles des autres peuples del’Orient qui ont été enrapports avec les Juifs. Or, nous avons dit ailleurs que M. Le Hir se trouvait à ce
double point de vue dans lesmeilleures conditions. Aussi sa traduction est-
elle remarquable par l’exactitude, la simplicité et l’élégance. Mais il est regrettable que, en tirant son commentaire du sein de sa vaste érudition et de sa science profonde, il n’ait point donné de notes philologiques, et se soit contenté d'exprimer le suc le plus pur de la tradition, sans faire connaître ses sources. On peut dire que, à cet égard, il n'échappe au petit reproche qu’on pourrait lui adresser, que par son désir d’être court, et par le peu de temps qu’il à mis à composer cet ouvrage, qu’il ne paraît pas avoir destiné à la publicité.
Sans doute, dans un ouvrage même allégorique, il faut, avant tout, faire passer dans la traduction, le sens propre ou figuré des mots, et M. Le Hir n’y à pas manqué. Mais, à l’exemple de Vatable et de presque toute la tradition des anciens, Juifs et chrétiens, 1l est passé immédiatement au sens allégorique dans son commentaire, sans s’arrêter à aucun sens antérieur. Rosenmüller, qui a envisagé le saint cantique comme une allégorie même littérale, interprète cependant comme s’il avait un autre sens, et ne s’attache à mettre en relief que le sens propre ou figuré des mots. « Vostra guidem interpretatio omnis, dit-il, 2% PROPRIO sive que dicunt LITTERALI sensu explicando versabitur (1). » La pensée de Rosenmüller ne pouvait pas s’exprimer par un seul mot ; mais il y en emploie deux qui ne sont pas synonymes et qui ne se complètent pas mutuellement. En effet, le sens hittéral ou immédiat des mots peut être propre ou figuré; il y a bien des mots, dans le Cantique, qui étant figurés ne peuvent être entendus dans le
(1) In Cant. Proœm., p. 277. Ta re s
müller, p. 277.
| = ÉTUDE de sens propre ; et si l’allégoricestlittérale, les motsemployés au sens propre, | deviennent figurés ; tandis que ceux qui sont déjà employés à un sens particulier figuré, sont deux fois figurés, puisque par l’allégorie ils atteignent une figure plus élevée.
Il est superflu de rappeler que les partisans de l’allégorie littérale qui regardent l’union de Jésus-Christ avec l'Eglise comme le sens immédiat. du saint Cantique, aussi bien que les partisans de l’allégorie mystique qui arrêtent le sens littéral au mariage de Salomon, doivent également s’ap-
liquer à faire ressortir le sens propre ou figuré des mots, pour y adapter ! e sens allégorique ou spirituel plus élevé.
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Ilest donc important dans l’une et dans l’autre hypothèse, de bien ex pliquer tous les termes pour donner des bases tout à la fois plus larges et plus solides à l'allégorie soit littérale soit mystique dont l’objet est spiri-. tuel. Néanmoins il faut expliquer le saint Cantique, comme les paraboles
de l'Evangile, sans vouloir faire sortir l’allégorie de chacun des mots, ce: qui serait souvent la faire tomber dans le ridicule. La précaution est. encore plus nécessaire pour le Cantique que pour les paraboles ordinaires, : parce qu’il est beaucoup plus étendu, que l’objet en est aussi élevé, aussi | profond, aussi vaste, aussi mystérieux, aussi varié dans son unité, que les. rapports de l’âme avec Dieu. Les figures y ont par là même une hardiesse : souvent imprévue, où il n’est pas facile à l’esprit de suivre ni de déméler : la pensée qu’elles recouvrent. Comme dans les allégories en général, et | en particulier dans les paraboles de l'Evangile, bien des mots peuvent,
dans le cours du Cantique, orner ou animer le discours, ou servir. de liens aux mots significatifs. Voilà pourquoi le docteur Lowth recom- : mande avec raison deux règles à celui qui entreprend l'explication du saint Cantique : 1° qu'il ne pousse pas l’allégorie trop loin et jusqu'aux moin- | dres détails, de manière à exciter les risées des savants et des ignorants : : « Ne in omnibus rem urgendo et minutissima quæque in partes per-. trahendo, etc. »; 2° « qu’il s'attache constamment, par rapport à cette allé- . gorie, à une coutume et à une règle pleinement et nettement exposées : dans les monuments sacrés ; et qu’il permette que celui qui en est l’auteur.
É (c’est-à-dire lEsprit-Saint), en soit le seul interprète : Uf constanter teneat |
hujus allegoriæ consuetudinem ac legem in sacris monumentis plane expli- . cateque traditam, permittatque ut qui ejus est auctor, idem sit solus inter- . pres (1). » Maïs, ici plus encore qu'ailleurs, l’Ecriture sainte est loin de : suffire à une explication tant soit peu détaillée; car ce livre a un caractère tout à fait à part, et, bien qu’il ne soit pas complètement isolé dans la : sainte Ecriture, qu’il ait des rapports avec les autres livres de Salomon, et : avec l’histoire de ce prince, cependant la forme sous laquelle il se présente « et l’objet qui en fait le fond, ont peu d’analogies avec les autres parties w de l’Ecriture, et même l’objet précis n’en est connu que par la tradition. Il faut donc chercher dans la tradition le complément régulier et ordinaire, et la véritable explication de ce livre sacré. | ;
(1) Prælect. xxxt, p. 628 et 629 ; Casaz., I p., cap. vi, p. 26. — Pour la 4re règle, Rosen- |
Toutefois la tradition est loin de faire disparaître toutes les difficultés ; ‘elle en accentue même davantage un certain nombre, et leur donne, pour ainsi dire, plus de corps. Ces difficultés font surgir des diversités d’interprétation qui parcourent la tradition tout.entière et la divisent par groupes plus ou moins considérables. Mais ces diversités n’empêchent pas que la tradition ne soit universelle et constante sur le fond des idées principales, et ne s’accorde assez bien sur une foule de points de détail. D’ailleurs ces diversités ont été souvent, pour les auteurs, un moyen de rattacher au cadre si peu étendu de ce livre sacré, les divers points de vue sous lesquels ils ont envisagé, chacun à sa manière, les diverses parties bien arrêtées en elles-mêmes de la vie spirituelle, et sous ce rapport, elles fournissent matière à des études utiles et intéressantes. La seule difficulté de déterminer les diverses parties du dialogue et de marquer la succession des personnages, a donné lieu à de nombreuses divergences; et les divergences n’ont pas été moindres, et ont été parfois plus profondes encore, quand il s’est agi de caractériser ces personnages. Montrons queiques exemples de ces divergences dont on pourrait suivre les traces dans toute la tradition. Bossuet entend les gardiens et les sentinelles (v, 7), de la soldatesque, et les mêmes (1, 3), des pasteurs de l'Eglise, aussi bien que les frères dont il est parlé (1, 5), sans doute parce iqu’il a trouvé pour le premier texte, dans la Vulgate, custodes, et dans les Septante, quhaxss; et pour le deuxième, dans la Vulgate, vigiles, et dans les ISeptante, tnpouwvre; tandis qu’en hébreu, c’est pour les deux textes le même mot owmws. Mais M. Le Hir voit dans ces trois textes, le monde, et la famille qui en a lesprit. Bossuet et M. le Hir renversent les rôles des personnages qui figurent aux ŸV. 6 et 7 du chapitre premier. Bossuet entend les mots greges sodalium, des pasteurs de l'Eglise, et /abernacula pastorum, de ses adversaires, tandis que c’est le contraire pour IM. Le Hir, dont nous citons ce court passage : « Ce troupeau ici inommé, est le troupeau de Jésus-Christ, et les pasteurs qui en prennent soin, sont ses ministres, bien différents des compagnons qui ont été nommés plus haut. Si on voulait les confondre, comme ont fait beaucoup de commentateurs, il serait difficile de trouver de la suite let de la liaison dans ce dialogue. » À propos du texte vi, 7 : « Que sont les reines, dit-il, et les épouses inférieures ? Qui le dira ? Est-ce la multitude des élus, avec les degrés divers de leurs mérites et de leur gloire? Ou bien n’est-ce pas ce même nombre complet des élus, mais distingués selon les temps et selon les peuples? Ce qui paraît certain, c’est que l’épouse
rincipale (1). unique, parfaite et seule incomparable, ne peut être dans le sens littéral, autre que la très sainte Vierge. »
Notre divin Médiateur, voit toutes choses ou dans la science éminente infuse à sa sainte âme, ou dans sa propre lumière de Verbe divin ; et d’un autre côté, par sa sainte humanité, il est le chef-d’œuvre, l’abrégé, le centre, la source de tout ce qu’il y a de sainteté dans notre humanité. En lui, l’admirable Vierge, sa mère selon la nature, et la nôtre selon la grâce; les âmes chrétiennes, fidèles, parfaites ; le bel ensemble de l'Eglise de la terre; la glorieuse et éternelle hiérarchie de l'Eglise du ciel, se réunissent dans une ravissante harmonie et dans une sublime unité : « Instaurare omnia in
(4) vs, s.
Le fn 1 TNA Des 1 à « … à SAR J ? : c'4 LL EPRT = PV 4
rt Ai ES RAP RE TE TURN Ve ESS FR Chrisio, quæ in cœlis, et quæ in terra sunt, in ipso : Tout réunir en Jésus Christ, ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre »; où le texte grec est: encore plus énergique: Zout récapituler en Jésus-Christ, Avaxapalauwoauel ro mavra ev tp Xptotw (1); et ailleurs : « Omnia etin omnibus Christus (2). » Il parle en figures, parce que les figures donnent du relief à la pensée Elles semblent s’écarter, s'éloigner de la pensée pour la mieux saisir et la! mieux embrasser, en la dominant de plus haut. Par là, notre divin Maître! renferme plus d’objets dans la même expression. Il se manifeste diverse< ment aux divers esprits; il laisse cachée, pour un temps, une partie de sas pensée, en attendant que la suite des faits l’éclaircisse, que la tradition la! voie sous une nouvelle face, et la présente successivement avec une nou velle étendue. Il en est de même du saint Cantique où nous est représentée! l’union de Jésus-Christ avec sa sainte Mère, avec l'Eglise et avec les âmes” fidèles; les expressions en sont figurées, souvent laconiques, elliptiques, profondes. Mais elles ne sont pas livrées à l’arbitraire. On peut du moins“ déterminer les lignes en dehors desquelles il ne faut pas les pousser. Elles nous offrent sous des formes variées et attrayantes, les fondements, less principes, les caractères, les degrés, les épreuves, les consolations, les“ récompenses de la vraie piété, de la solide vertu, de la perfection chrétienne, non point par la lettre grossière et mal entendue, mais par la lettre“ qui va immédiatement à l’esprit;.car la lettre tue et l’esprit vivifie : « Non littera, sed spiritu ; littera enim occidit, spiritus autem vivifcat (3). »
(1) Eph., 5, 40.
(2) Coloss., 111, 44, (3) IL Cor., 1, 6.
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