‹ Le cantique des cantiques avec traduction spéciale sur l'Hébreu et commentariesChapitre 24 sur 90 · RA · texte numérisé non relu

RA

dog A TE ETUDE ?

d’un berger et d’une bergère? Ne sont-ce pas là des détails que les mœurs de l'Orient, où le rôle de la femme est renfermé dans la vie de famille,

comporteraient encore moins que les nôtres ? Il faut, sans doute, faire à cet égard la part des temps anciens. Mais on peut la faire aussi large qu'il faut,

sans rendre l'hypothèse assez vraisemblable.

Elle l’est encore moins si l’on soutient que l’épouse est la fille du roi

d'Egypte. En effet, il était défendu aux Israélites de s’allier avec des, étrangers par le mariage, et le motif de cette loi était la crainte d'ouvrir la | porte à l’idolâtrie (1); loi qui est appliquée à Salomon, à propos des prati- | ques idolâtriques auxquelles devaient le faire descendre ses alliances avec .

des femmes étrangères (2).

Il est vrai que la fille du roi d'Egypte n’est pas nommée parmi les |

femmes qui entrainèrent ce prince au culte des faux dieux. En peut-on | conclure qu’elle n’y eut aucune part? Ce serait peut-être trop. Mais ce \ serait plus encore d’en conclure qu’elle était prosélyte (3), et non seulement prosélyte de la porte, mais prosélyte de justice, assujettie à toutes les lois et à

: jouissant de tous les privilèges des Israélites (4), et par conséquent de celui «

du mariage (5). À la vérité, Salomon la traita avec des égards particu- . liers (6). Mais ces attentions prouvent l’estime et l’affection du prince, et ; non pas la conversion de la princesse. Il y a même un trait dans un autre . livre sacré qui inclinerait dans le sens contraire. Salomon « fit passer la : fille de Pharaon de la cité de David, roi d’Israël, dans la maison qu'il Lui : avait bâtie; car il dit : Ma femme n’habitera pas dans la maison de David, .

Seigneur y est entrée (7). »

roi d'Israël, puisque (cette maison) a été sanctifiée, parce que l’arche du :

Or est-il vraisemblable que Salomon ait voulu augmenter la publicité : d’un mariage contracté en opposition à la loi de Moïse, par la publicité de « son épithalame, et montrer par là l’excès de son amour pour une étrangère « à laquelle il ne pouvait pas légitimement s’allier? Il est vrai que, d’après

S. Jérôme, les psaumes Lix et LxxI regardent historiquement Salomon :

secundum historiam super Salomone conscripti sunt, et que le premier de ces psaumes célèbre le mariage de ce prince; mais rien ne montre que

atteindre Jésus-Christ et l'Eglise, même au sens littéral: « Tametsi », dit ! plus hautle même Père, « ad prophetiam Christi et Ecclesiæ pertinentes, -

f'elicitatem et vires Salomonis excedunt (8). » Et d’ailleurs, ces psaumes ne «

ce soit avec la fille de Pharaon. D’ailleurs ces deux psaumes semblent fort

présentent rien de commun avec les détails que nous avons opposés au «

Cantique des Cantiques.

la loi de Moïse, en épousant une princesse étrangère, a bien pu en faire, .

Ë } On peut dire, à la vérité, que Salomon, ayant fait un premier pas contre # ;

pour ainsi dire, un second, en donnant la plus grande publicité à ce ma-. riage, et en faire même un troisième, en étalant son amour pour cette 4

. (4) Exod., xxxiv, 46; Deut., vu, 3 et 4.

(2) III Reg., x1, 2, etc.

(3) Casaz, 2e p., ch. vi, p. 72-75.

(£) Dom Calm., Dict. de la Bible, mot Prosélytes. (b) Casaz, |. c. :

(6) IE Reg., vis, 8.

(7) I Paralhp., vu, 414.

(8) In Ecclesiasten comment. init. Casaz, 1. c., p. 73,

ap

| femme étrangère, dans les scènes que nous avons rappelées. Mais si la | passion, avec la politique peut-être, a pu le porter à faire le premier pas la politique et la prudence ont dû le détourner de faire les autres. Que s’il Ravait voulu venir jusque-là, au moins, ne serait-il pas allé plus loin, et n’aurait-il pas osé présenter le Cantique comme livre inspiré. Et s’il Peût fait, il eût échoué devant l’esprit public et la résistance des prophètes. On

dit bien que ce livre, nonobstant son sens littéral, a été reçu dans le canon par une sorte d’entraînement par le respect que les Juifs avaient pour

Salomon. Mais on fait là des conjectures sans l’histoire et contre l’histoire, on prête au peuple juif un caractère bien opposé à celui qu’on lui connaît.

Rien n’est plus frappant, dans l’histoire de l’Ancien Testament, que l’im-

partialité avec laquelle les rois sont jugés, et la constance avec laquelle

les considérations de personnes sont subordonnées aux droits de la vérité et de la religion. |

Ces remarques pèsent de tout leur poids sur Salomon. Le troisième Livre

des Rois lui reproche d’avoir aimé et épousé plusieurs femmes étrangères, entre autres la fille de Pharaon, contre les prescriptions de la loi, de

| s'être laissé entrainer par elles, dans sa vieillesse, à l’idolâtrie et au culte

nies, Moloch, idole des Ammonites, et Chamos, des Moabites (1). Mais écou- | tons la suite. Le Seigneur, qui avait déjà apparu deux fois à Salomon (2), irrité contre ce prince, lui dit : « Puisque vous vous êtes ainsi comporté et | que vous n’avez pas gardé mon alliance... je déchirerai et diviserai votre royaume, et j'en donnerai une partie à un de vos serviteurs. Je ne le ferai point néanmoins pendant votre vie, à cause de David, votre père, et je le diviserai entre les mains de votre fils (3). » | Le patriotisme se serait donc uni à la religion, chez les Juifs et chez les prophètes qui ont présidé à la confection du canon des livres saints, pour en exciure le Cantique, non-seulement s’il n’avait été qu’un épithalame, mais même si Salomon y avait mis en scène son mariage avec une femme | étrangère. | | | Sans doute, la fille du roi d'Egypte ou une autre princesse ou femme étrangère aurait bien pu, par son union avec Salomon, être la figure de la gentilité à convértir. Mais cette union défendue par la Loi, ne pouvait pas, ce semble, être présentée simplement et sans explication, même dans un . sens littéral qui en amène un autre, comme l’objet, soutenu du commencement à la fin, d’un livre inspiré.

D° Zncohérences de fiqures.

Les langues anciennes, moins précises que les langues modernes, sont ar là même plus hardies dans leurs figures. Le besoin de figures dans

e langage est un besoin primitif de la nature humaine. Les analogies

même les plus superficielles, par cela seul qu’elles sont apparentes, se prêtent au langage figuré et y sollicitent d’une manière d’autant plus efficace, que la réflexion sur soi-même, et surtout l’étude de la nature, n'ont pas encore été assez profondes pour tenir en garde contre les analogies peu fondées. Cette disposition spontanée de la nature humaine au

(4) III Reg., x1, 1-8.

(2) IL Reg., x1, 9; m1, 5 ; IT Paralip., vis, 42, (3) LI Reg., xx, 9, 44-12.

des faux dieux qu’adoraient toutes ces femmes, Astharté, déesse des Sido-

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F0) À EM ET D DE | | langage figuré, explique pourquoi les littératures des divers peuples ont commencé par la poésie. | FA Voilà pourquoi ceux qui ne veulent rien voir dans les figures du Cantique, qui ne puisse se rapporter au mariage de Salomon, disent que l’on trouve des figures très hardies dans les auteurs les plus anciens, comme sont ceux de l’Ancien Testament, surtout dans les poètes, comme Homère, et pour la même raison dans les livres poétiques de la Bible. Nous convenons aussi que sous le ciel ouvert de l’Orient, et en présence d’une végétation luxuriante, les figures prennent souvent une allure gigantesque et grandiose. | VX Nous ferons cependant remarquer qu’en Israël et en Judée, la littérature,

qui est celle de la Bible, présente deux caractères frappants qui viennent

bien à la question et qui semblent assez être des indices de ’ingpiralion divine. Le premier de ces caractères, est que l’on trouve dans l'Ancien

Testament une histoire suivie, simple. calme, où les figures un peu fortes.

et hardies n’interviennent guère que d’une façon accidentelle, et dans de rares passages, ordinairement très courts, qui se mêlent à l’histoire. sans

se confondre avec la suite des faits ; tandis que pour les monuments an- |

tiques des autres nations de l'Orient, l’histoire s’est ordinairement évajoule dans la poésie. Le second caractère signalc tout à l'heure, est que,

“ans les œuvres prophétiques de PAncien Testament, il y a jusque dans les horizons les plus étendus et les plus élevés, et à travers les figures ! les plus hardies, une sérénité de vue et une fermeté d’expression qui mon-

trent des hommes parfaitement sûrs de ce qu’ils avancent.

Nous avons dit qu’il y a des figures hardies jusque dans les livres histo-

riques. On en trouve des exemples dans le deuxième livre des Rois (1) et : dans le livre des Juges (2), où se remarque suriout le cantique de Débora (3); mais ce qu'il y a de plus hardi dans ce cantique, s'explique par la *

nature du sujet ; les ficures v sont toujours d’une justesse s1 vivoureuse- 2 Î TD

ment soutenue, que ce morceau est un modèle à part des chants de victoire. .

RE ÉCÈ EE à à

La harüiesse des figures est comme acclimatée dans le livre de Job; mius ! c’est particulièrement dans le long et magnifique discours où Dieu lui-* même expose les merveilles de la création (4). Les mêmes figures se relrou- # vent à peu près dans les psaumes et dans les prophètes, mais wénéralement sous un ton plus tempéré. Toutefois, c’est ordinairement pour #lorilier :

Dieu, le remercier de ses grands bienfaits, solliciter ses secours daus des

besoins pressants, célébrer les triomphes de son peuple et annoncer les #

triomphes futurs de son Eglise.

Pour avoir des exemples encore plus rapprochés du Cantique, les auteurs que nous combattons vont les prendre dans les deux autres livres

de Salomon, dans le livre des Proverbes et dans celui de l'Ecclésiaste. Il :

est vrai que dans le premier de ces livres, Salomon emploie des figures très | fortes pour détourner le jeune homme des pièges qué la femme corruptrice : dresse contre lui (5). La maison de cette femme est le chemin de l'enfer (6) :

Vi Res oc 4700 07 EVE 49:

JJudic S1X.7-205%x, 40:

| Ibid. v. |

} Jcb. xxxvnr, XLr. Voir aussi xxix, 6.

(5) Prov., v, 4, 6, 49.

(6) Lbid. vi, 27.

dans les profondeurs duquel elle engloutit ses convives (1), ete. L’Ecclésiaste dit que la femme est plus amère que la mort, qu’elle est un rets. un

les mauvais ne se dégagent pas (2), etc. :

A la vérité, ces figures du livre de l’Ecclésiaste et de celui des Proverbes sont fortes. Rien, cependant, ne semble ÿ troubler la proportion qui doit être entre les figures et les choses.

quement, comme le veulent les partisans du sens naturel exclusif ; mais en premier lieu, comme le prétendent les partisans de l’allégorie mystique ?

Pour résoudre la question, il est bon de toucher en quelques mots aux principes qui concernent la matière. Toute figure de langage est, en dernière analyse, une comparaison dont on a éliminé les moyens termes et dont on ne laisse subsister que les deux extrêmes. Il faut donc, avant tout, que ces deux termes aient de la ressemblance, et c’est là-dessus qu’est fondée la métaphore. Mais la ressemblance n’est pas lidentité, elle lui est même opposée. Et ainsi, quant aux dimensions des deux extrêmes, l’égalité n’est point requise, et l’on peut par l’objet de la figure en agrandir le sujet, comme on le fait par l’hyperbole, ou le rapetisser, comme on le fait | par une autre figure de rhétorique, qui s’appelle Zifote. Ce qu’il faut done, c’est une certaine proportion. Or, nous avons vu qu’elle existe dans les figures des prophètes qui ont de grands objets, qui ont Dieu, son peuple et son Eglise devant les yeux.

Mais où trouver dans les livres saints, ailleurs que dans le Cantique des Cantiques, des expressions comme celles-ci pour exprimer les rharmes d’une femme : « Tu es belle, ma bien-aimée... Tes yeux sont conune des colombes, quand ils brillent derrière ton voile. Ta chevelure est comme un troupeau de chèvres qui pendent de ia montagne de Galaad. Tes dents

sa jumelle et aucune n’en est privée. Tes lèvres sont comme un filet de Ipourpre. Ton cœur est comme la tour de David bâtie avec des créneaux ; imille boucliers y sont suspendus, tous les boucliers des forts. Tes deux seins sont comme les faons jumeaux d’une gazelle, qui paissent parmi les His (3). » Et comment arrêter à une simple femme la comparaison suivante : « Tu es belle, ma bien-aimée, comme Thirsa, élégante comme Jérusalem, terrible comme une armée rangée en bataille (4). » Un peu plus bas, l’épouse est comparée à l’aurore, belle comme le soleil, pure comme la lune, terrible comme une armée rangée en bataille (5); mais la comparaison au soleil et à la lune, est assez usitée dans le langage, et les dimensions apparentes des disques lumineux ne s’y opposent pas trop. La même exagération de figures apparaît dans le passage où il est parlé de la jeune sœur de l’un des époux : « Que ferons-nous à votre sœur au jour où l’on traitera pour elle? Si elle est une #wraille, nous bâtirons par-dessus un couronnement d’argent. Si elle est wne porte, nous y met-

} Prov. 1x, 48.

MPCOA VIE 27,75

} Cant., 1v, 4-15. Voir aussi vi, 4-6. \ Jbid. vi, 3-4.

) Jbud. VI, 9.

Se BIBLE, CANT. — Ÿ

SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES 6, Le

filet, que ses mains sont des chaînes dont se délivrent les bons, mais dont

En serait-il de même, s’il fallait ramener les expressions figurées du Cantique des Cantiques, au mariage de Salomon, nous ne disons pas wn1-

sont comme un troupeau de brebis qui monte du lavoir ; chacune d’elles a

trons des ais de cèdre. » Et la jeune sœur répond : « Je suis un mur et

mes mamelles sont comme des tours (1). »

S. Jean dans l’Apocalypse a vu la nouvelle Jérusalem descendant du ciel, comme une épouse qui se pare pour son époux (2), qui a l’Agneau pour époux (3) : « Elle avait une grande et haute muraille où étaient

douze portes. et des noms écrits, qui étaient les noms des douze tribus

d'Israël (4). Et la muraille avait douze fondements sur lesquels étaient écrits les noms des douze apôtres de l’Agneau (5). » Mais la céleste Jéru- | salem n’est pas une personne, c’est l'Eglise triomphante ou la société des

élus et des bienheureux dans le ciel.

Il est vrai que M. Le Hir, à qui nous avons emprunté cette traduction, a semblé peu frappé de Pexagération relative deces figures appliquées à une

seule personne, et qu’il y voit même en premier lieu la très sainte Vierge.

Mais il faut remarquer que la sainte Vierge est comme le germe et abrégé de toute l'Eglise, et que M. Le Hir, quand il s’occupe des traits sous les-

quels l’épouse est représentée plus haut, insiste moins qu'il ne le fait

ailleurs sur l’âme fidèle prise en particulier : « Il y a, dit-il, pour l'Eglise et pour l’âme fidèle, des jours d’exaltation et de triomphe non-seulement

dans la vie future qui est le temps propre de la gloire. mais même dans la vie présente... Représentez-vous l'Eglise sous Constantin, Théedose ou .

Charlemagne (6). » Et par rapport au chapitre vi: « Ce qui paraît certain c’est que l'épouse principale, unique et parfaite et seule incomparable, ne

peut être dans le sens le plus littéral que la sainte Vierge (7) » dont: l'Eglise dit qu’«elle a détruit toutes les hérésies dans le monde entier (8). » .

Mais toutes ces images conviennent aussi parfaitement à l’Eghse, et : nous prendrons volontiers pour conclusion ce que dit S. Augustin à pro-.

pos du Psaume XLIV : « Je ne présume pas que nul soit assez insensé pour

croire que les traits de cette prédiction se rapportent à quelque fem-.

melette (9), et non pas plutôt à l'épouse de Celui dont il est dit : Votre trône, Ô [Meu, est un trône éternel... C’est la cité du Grand Roï.... C’est

Sion, la Jérusalem spirituelle (10)»; c’est l'Eglise ; c’est, dans la perfection, :

Eglise triomphante ; mais c’est aussi, dans la réalité, l'Eglise militante. :

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