CHAPITRE I
| 1. Osculetur me osculo oris sui : 1. Qu'il me donne un baiser de sa
quia meliora sunt ubera tua vino, bouche; car vos mamelles sont meilleures que le vin,
qu’elle reçoit le baiser du Rédempteur promis nt avant de disparaitre pour toujours. Mais quel- La nature humaine, séparée de Dieu par le que purs, saints et brûlants que soient ses péché, mais rapprochée de lui par la pro- soupirs, ils ne sont plus rien, comparés à messe du salut, aspire à l'accomplissement ceux de la bienheureuse Vierge Marie. Elle du grand mystère qui doit l’unir à ia nature sait que les temps approchent, et elle fait plus divine. Les patriarches l'ont attendu, et l’en- par ses prières pour en hâter le terme, que trevoyant de loin en ont tressailli d’allégresse. toutes les générations passées ensemble. Les prophètes, dont les sacrés oracles illu- Aussi est-elle éxaucée bien au-delà de ses Iminaient les ombres de l'avenir, ont propor- espérances. En suppliant le ciel de s'ouvrir tionné l’ardeur de leurs vœux et la vivacité et le Messie d’en descendre, elle ne soupçonde leurs espérances au degré de leurs lu- nait pas, cette humble fille de Juda, qu'il dût mières. Tous les justes de l’ancienne alliance se donner à elle d’abord, ec par elle seule à ont demandé avec larmes et par un gémisse- tous les hommes. Sous tous les voiles des ent non interrompu, ce baiser de pleine ré Ecritures et des sacrifices, elle embrassait le conciliation de laterre avecleciel. Quelsn’ont Dieu qui devait naître d’une femme, sans asas été les désirs du saint vieillard Siméon, pirer à en devenir la mère. Mais quand elle estiné à résumer en lui seul quarante siècles eut été saluée par l’Ange, et qu’elle connut attente, placé sur le seuil des deux Testa- le secret de sa grandeur future, et de l'amour ents pour leur donner la main, et les unir, de son Sauveur pour elle, en quel esprit se quelque sorte, en sa personne. C’est en présenta-t-elle au Verbe pour recevoir son ui que la synagogue entière est exaucée, et baiser, qui devait ne faire.qu’une âme de
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2. Suaves comme le plus exquis parfum. Votre nom est une huile répandue; aussi les jeunes filles vous ont consacré leur amour :
leurs deux âmes, et réunir le Fils et la Mère en une seule et même chair (4).
Toute âme, puritiée par le baptême.ou par le bain de la pénitence, doit s'unir à ces ardeurs de Marie. Déjà épouse du Verbe par le
‘don de son Esprit, elle ose aspirer à s'unir à
lui dans sa chair, et lui demande le chaste baiser conjugal. Elle se tourne vers nos sacrés tabernacles, vers l'autel, centre unique où viennent aboutir et se confondre tous les désirs des enfants de Dieu; elle y tend d’un mouvement d'autant plus impétueux, qu’elle a su se dégager plus pleinement de tout le reste.
Voyez cet enfant, paré d’innocence et de candeur, qui s'apprête à sa première communion; Voyez ce jeune prêtre qui va monter pour la première fois les degrés de l’autel: quels désirs et quelles pensées les animent,
sinon cet unique désir, cette unique pensée qui reimplissait l'âme de Marie? Avertis comme elle de l'approche du bien-aimé, ils sentent palpiter leur cœur d’une émotion
inconnue, eu ils présentent à ses lèvres divines
leurs lèvres tremblantes de respect, de joie et d'amour. Ici, comme à Nazareth, tout est suavité et délices, tout est transport, tout est
- ivresse. Maïs aussi tout est pur, tout est saint, tout est chaste, tout est virginal, tout est pudique. Les parfums de l'Epoux n’attirent que les vierges. Elles seules ont le sens intérieur assez exercé, le palais et l’odorat assez fins pour goûter le breuvage, sentir les aromates et se rassasier du banquet de l'Epoux.
Les âmes émoussées par les joies grossières du siècle sont fermées à ces délicates impressions.
L'âme pure, au contraire, y est toujours ouverte; Non-seulement à la table sainte, et dans la communion réelle du corps de Jésus Christ. mais dans l’oraison, dans les voies pu-
bliques et partout où son désir se réveille, il:
attire sur elle de nouveaux baisers de l’Epoux. Quand la lumière d’en haut, après avoir inondé tout l’entendement de ses rayons,
(4) « Oris illius pulcherrimi, suavissimi, facundissimi : quo, more amantium, totam infundat animain, et eliciat meam, » dit Bossuet. « Ecclesia igitur qua parte perfecta est, hoc est sublimes animæ divino amore percitæ, unoque spiritu afflatæ conjunctim et singulatim hiec dicunt, et synagoga quidem : qui tamdiu locatus est per prophetas, ipse nunc adsit. Eccliesia vero Novi Testamenti, quam hic magis spectamus, jam nupta, jam potita, postulat ut non per speculum et in ænigmate ac per fidem, sed ipse manifesta in luce refulgeat. Ac sublimes animæ, alii alia ; ego sacratissimum osculum flagito non pedum, quod pæuitentis est, sed oris, quod est sponsæ. » In cap. 1, v. 4.