‹ Le cantique des cantiques avec traduction spéciale sur l'Hébreu et commentariesChapitre 9 sur 90 · AN KES · texte numérisé non relu

AN KES

On n’éprouve pas le même embarras pour Origène, son contemporain.

Cet illustre docteur a fait deux commentaires du livre sacré qui nous occupe. L’un fruit de sa jeunesse, mais gage d’un brillant avenir, est . compris dans deux homélies que S. Jérôme a traduites. L'autre, travail de l'âge mûr, comprenait dix volumes, au témoignage de S. Jérôme, dans l'épître dédicatoire de sa traduction adressée au pape S. Damase. Il ne reste de ce grand ouvrage, que quatre livres, non dans le texte grec qui a péri, mais dans la traduction latine de Rufin. Or, il importe de préciser autant que possible, le sens dans lequel Origène a entendu le saint Can-

tique, parce que cet illustre docteur, par l’ascendant de son génie, et par

la place qu’il occupe dans lPantiquité chrétienne, a exercé une grande influence sur les commentaires qui ont suivi le sien. Origène a-t-il vu dans le Cantique une allégorie littérale où une allégorie mystique ? A-t-il reconnu oui ou non, dans le texte sacré, un sens antérieur au sens spirituel relatif à Jésus-Christ et à son Eglise ou aux âmes fidèles? Ecoutons l’auteur lui-même : «Il faut se rappeler l'avertissement que nous avons donné dans notre préface, que ce petit livre qui est:une ‘espèce d’épithalame (1), est écrit sous la forme de drame. Or, le drame, comme nous l’avons dit, consiste en ce que certaines personnes sont introduites et parlent, que d’autres surviennent, que les unes se retirent et les autres arrivent, et qu’ainsi tout se fait par ce changement de personnes. Telle:est donc l’espèce à laquelle appartient ce petit livre, et à laquelle nous nous attacherons, pour adapter dansla mesure de nos forces, l’exposition historique à notre explication. » Toutefois, « ce livre doit être entendu dans le sens spirituel, inéelligentia vero spiritualis, comme nous l’avons fait observer dans notre préface, c’est-à-dire, dans le sens de lunion de l’Eglise avec Jésus-Ghrist, sous les noms d’épouse et d’époux, ou de l’union de l’âme avec le Verbe divin. » | L'auteur entre davantage dans les faits : « On introduit donc maintenant par manière d'histoire (2), introducitur nunc per historie speciem, une épouse qui a reçu d’un époux très noble, des présents dignes de lui, à titre de dot ou de fiançailles. Mais l'époux différant longtemps de venir, l'épouse est pressée par le désir de son amour, elle languit dans sa maison, et elle fait tout pour arriver enfin à voir son époux, et à jouir de ses embras-. sements. Comme elle sent que son amour ne souffre pas de délai, et qu'elle ne peut obtenir ce qu’elle désire, elle se tourne vers la prière, et elle Supplie Dieu, puisqu'elle sait qu’il est le père de son époux (3). Voilà poursuit Origène, ce que contient l'explication historique, composée sous la forme d’un drame. Voyons maintenant si le sens qui est au fond pourra s’y adapter convenablement. Il avertit là que sous le nom d'Eglise, il faut entendre l'assemblée de tous les fidèles. Zcclesiam autem cètum Omnium adverte fidelium (4). » | Or, pour remonter à ce qu'Origène appelle l’explication historique, quel est cet époux auquel on parvient à s’unir par la prière, parce que Dieu est son père? quel est-il sinon le Fils de Dieu? Et dès lors, que devient Salomon ? L'auteur l’a dit un peu plus haut dans son prologue

(1) Ou apparence species.

(2) Ou sous apparence d'histoire.

(3) Orig: in Gant. cant. lib. E, init, ad Cant., r, col. 3, t. XII, P, G. Migne. (4) Col. 84.

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