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ou sa préface, en examinant les titres des trois
livres de Salomon. Il y fait È
remarquer qu'en tête des Proverbes, l’auteur est appelé Salomon jus de
| David qui régnaen Israël, qu’en tête de PEcclésiaste, le nom de Salomon
est remplacé par celui d’Xcclésiaste, fils de David; mais qu’en tête du
Cantique. on ne lit que le nom de Salomon, sans rien qui rappelle sa filiation de David, ni rien qui porte la pensée à un nom charnel. « Neque
aliqua in his prorsus miscetur carnalis nominis intelligentia (1). »
Origène pouvait-il mieux, en quelques mots,-exclure du Cantique, le
mariage de Salomon, et ramener le texte sacré à un sens purement spirituel, sans aucun sens intermédiaire ? Son interprétation est donc dans le sens d’une allégorie purement ltlérale; et ce qu'il appelle explication historique, n’est rien autre chose que l'indication sommaire de la trame du poème ou du drame. . :
Nous passons immédiatement d’Origène à S. Grégoire de Nysse, qui
déclare se rattacher aux grands travaux d’Origène; et nous parlerons
après. de quelques Pères qui l’ont précédé dans l’ordre des temps. S. Grégoire de Nysse a commenté une partie seulement du saint Cantique, dans ses quinze homélies adressées à Olympiade. Il caractérise nettement sa méthode qui consiste à attacher aussitôt ou immédiatement au texte son sens le plus élevé : EHbos Aettv rooyayuwv Tnv Tov bnTtwy Gewpruv (2). Et un peu plus bas : « Croyez-vous, dit-il, que je parle de Salomon fils de Bersabée?.. Celui-là
désigne un autre Salomon qui est aussi né de David, selon la chair », et
qui « s’est servi de Salomon, comme d’un instrument pour nous parler d’abord dans les Proverbes, ensuite dans l’Ecclésiaste, et enfin, dans la
philosophie du Cantique des Cantiques, montrant par quelle voie et.
dans quel ordre on monte à la perfection. » Et plus bas encore, après avoir exposé les effels des deux premiers livres, il ajoute : « Et lorsque le cœur est purifié de l’inclination aux choses qui apparaissent au dehors, il est intioduit par le Cantique des Cantiques à la connaissance mystique et int me des secrets divins, dans lesquels ce qui est écrit est un appareil.
nuplial, mais ce qui est compris, est l’union de l’âme humaine avec .
D.eu (3). » 1 | GS. Alhanase était du même siècle que S. Grégoire de Nysse; et ne Pa
précédé que d’une trentaine d’années. Gomme Origène, il eut l'Egypte pour :
patrie, et le monde pour théâtre. Photius dit qu’il a lu le commentaire du
grand Athanase sur lEcclésiaste et le Cantique des Gantiques (4). Il ne Ë
reste que de très légers fragments de son travail sur le saint Cantique,
qui ont été publiés par Meursius en 1617, et qui n’occupent qu'une page . . dans lédilion des œuvres du S. docteur, donnée par les bénédictins en 1698 (5). Mais si courts que soient ces fragments, on n’a pas de peine, ce .
semble. à v surprendre l’allégorie sans la moindre trace d’un premier sens
littéral : « L’époux à l’épouse, connais-toi toi-même, afin que tu puisses | ensuile me connaître (6)... Je lirai la loi, je lirai les prophètes, j'appro- |
fondirai les Evangiles (7)... Pendant que je dormais, le Verbe m’a infusé la
(41 Prolog. col. 81. Voir anssi 80 et 82.
(2, S. Greg. Nvx. in Cant. Cant. Proæm. t. XLIV, P. G. Migne. (3) How. EL vers. init. col. 765. |
(4, Col. 769 et 772.
{5} Phot. Biblioth. n. cXXXIX.
ji : (6) T. [. p. 4165.
(7) In Cant. nr, 6. |
connaissance de Dieu (1) Inspirez-moi vos enseignements, et gravez vos commandements sur la table de mon cœur (2). » F
- Un contemporain de $. Athanase, montre nettement qu’il a expliqué le
Cantique dans le sens de l’allégorie purement littérale. Nous voulons parler de Philon, évêque de Carpase dans lile de Chypre, ou de Carpathe dans l’île de Chio, et nommé pour cela tantôt Caspasius, tantôt Carpathius. Dans l’épître dédicatoire, il dit que « celui qui n’a pas délivré son esprit des affections charnelles, ne peut pénétrer ni dans le Cantique des Cantiques, ni dans le saint des saints. » À la fin de cette épître, il dit en abordant son interprétation : « La sainte épouse, l'Eglise, échange avec son époux des paroles mystiques » ; et il explique le livre sacré dans ce esprit, sans aucune allusion au mariage de Salomon (3). |
P.J. Foggini a publié à Rome en 1750, sous le nem d’Epiphane, évêque de Salamine, le texte latin d’un commentaire du Cantique qui ne paraît être qu'une traduction très imparfaite de l’ouvrage de Philon, que Cassiodore fit faire par son ami Epiphane (4).
Théodoret, une des gloires des 1v° et v° siècle, entend le saint Cantique dans le même sens, et l'explique dans le même esprit qu’Origène, dont il met à profit les travaux. Il ne voit dans le Cantique sacré, que l’union de Dieu avec l'Eglise, de la majesté divine avec notre pauvre humanité (5). Il rappelle dans son prologue, qu’un .grand nombre parmi les anciens Pères, l'ont enrichi de commentaires, ou en ont tiré des passages dont ils ont orné leurs écrits, et il cite « Eusèbe de Palestine, Origène d’Egypte, Cyprien de Carthage, S. Basile-le-Grand en expliquant le commencement des Proverbes, les deux Grégoires (de Nysse et de Nazianze) unis à Basile, l’un par le sang, l’autre par l'amitié, Diodore, le courageux défenseur de la piété (6), et Jean (Chrysostome), qui, jusqu’à ce jour, arrose l’univers du fleuve de sa doctrine (7)... »
Ces auteurs, si l’on excepte Origène et $S. Grégoire de Nysse, n’ont pas laissé sur le Cantique, de traités spéciaux qui, du moins, soient arrivés à notre connaissance. Mais on peut étendre à eux ce que Bossuet a écrit de S. Ambroisse : « Nec defuit Ambrosius apis instar,melitissima oratione passim hunc librum depascens (8). »
Le Cantique des Cantiques, si étranger aux affaires du monde était fait pour retentir avec toute la pureté de ses accents dans le cœur des solilaires. Aussi, tandis que Théodoret l’expliquait dans le monde, le saint
abbé Nil le méditait dans le désert pour sa propre édification et pour celle
de tant d’âmes contemplatives qui le regardaient comme un maître. Le commentaire de S. Nil, mêlé à ceux deS. Grégoire de Nysse et de S. Maxime abbé au vrr° siècle, sous le nom d’Æwplication par paraphrase, a été publié dans le tome II, de la bibliothèque des Pères grecs, en 1624, avec une tra-
(2) vi, 4.
(3) Enar. in Cant. Ap. Migne. P. G. t. XL, col, 32. (4; Rosenmül. Proœæm. in Cant., p. 282; Gallandius; Bibl. vet. Pat, t. IX, app. p. 743-769, Ap. Migne, P. G., t. XL; Fessler, Inst. Patrol., t. I, p. 615. (5) Col. 32.
(6) Prêtre d’Antioche et maître de S. Jean Chrysostome. (7; P. 285 et 286. #4 * (8) Bossuet, in Cant. préf. p. 224, t. IL, éd. Lebel.
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES me
constante à la sainte Vierge, et arrive par là à l’union de Jésus-Christ avec:
x = LE! 1 ” , HORS } LE
HNENCNSEE PRE PÉENUDE 14 “ es duction latine de Zimes (1). Michel Psellus auteur du xI° siècle, auquel on
doit beaucoup de travaux de seconde main, a publié ce triple commentaire
avec le sien propre, composé en vers civils, x omyuv nokrixuv, c’est-à-dire, comme le fait remarquer J. M. Suarez après Joseph Scaliger (2), en vers grecs où le nombre des syllabes est compté, indépendamment de leur. quantité (3). : | | | Mes à Ces quatre commentaires s’harmonisent parfaitement ensemble, et. entrent sans aucune discordance dans le concert des autres Pères sur lallégorie littérale ; de sorte que la chaîne traditionnelle des Pères grecs, se tient admirablement jusqu’au milieu du v° siècle avec des anneaux considérables pour y rattacher les siècles suivants. | Un auteur grec du vi siècle, Procope sophisle, c’est-à-dire p4iosophe chrétien, fait entrer plusieurs autres Pères dans la chaîne traditionnelle, par le titre même de l'ouvrage qu'il a composé sur le Cantique : « Procope de Guza, sophiste chrétien, sur le Cantique des Cantiques, abrégé des explications choisies de la bouche de Grégoire de Nysse, de Cyrille d’Alexandrie, d’Origène, de Philon de Carpathe, d’Apollinaire, d’Eusèbe de Césarée et de divers autres, comme Didyme, S. Isidore (de Péluse), Théodoret et Théophile d'Alexandrie. » Or, tous les auteurs que Procope fait concourir avec lui à ce commentaire, n’ont sans doute pas composé de commentaires spéciaux sur le Cantique, plusieurs n’y contribuent que par des passages détachés de leurs divers ouvrages. Mais tous expliquent le livre sacré: dans le même sens qui est celui de l’allégorie littérale. FÉTIÈN Ce commentaire mentionné par J. M. Suarez (4) et par Léon Allacci (5), et dont Fabricius, Ernesti et le cardinal Maï ont prouvé l’authenticité, a été publié par cet illustre savant de notre siècle, qui le déclaré propre à montrer la piélé de lauteur, maïs inutile pour l'érudition historique (6). J. M. Suarez rappelle que Mursius a publié à la Haye, en 1647, le: commentaire sur le Cantique d’Eusèbe, de Polychrône et de Psellus,: Léon Allatius ajoute et d’autres «et aliorum (7). » Le manuscrit de Poly-.
chrône est à la Bibliothèque nationale.
Nous terminons la chaîne des auteurs grecs par Michel Cantacuzène, associé à l'empire d'Orient, d’abord par son père Jean, et ensuite par Jean
Paléologue qui le détrôna dans la deuxième moitié du xiv° siècle, Retiré,*
paraît-il,-dans un monastère du mont Athos, il y composa par manière de: scholies une courte explication du saint Cantique (8). Comme plusieurs: auteurs latins du meyen âge dont nous parlerons bientôt, il entend princi-.
palement ce livre, éu mystère de l’Incarnation, il en fait ainsi Papplication! \
son Eglise (9). Dès qu’il aborde le premier verset, il montre bien qu'il ne: voit dans ce livre sacré, qu’une allégorie littérale, sans aucune allusion au (4) Joseph Marie Suarez, Dissert., de opp. S. Nili, n. 638, col. 1264 et 4365, t. LXXIX P. L. Migne ; Léon Allatius diatriba de Psellis. fi (2) In Euseb, Chron. 7. | : : 4 (3) Michaël, Psel. col. 537-40, t. CXXIT, P. G. Migne. | 4 (4) L. c., n. 638, col. 1364. ‘
(5) L. c., n. 45, col, 504-506. |
(6): Voir ces trois pièces dans Migne, P. G.,t. LXXX VIL, col. 9-18, (7) L. c., col. 505.
(8) Fabricius, ap. Migne, P. G., t. DLIT, col. 997-998.
(9) Par exemple, in Cant. #, col. 997-998.
mariage de Salomon : « Le nom de Salomon, dit-il, signifie en hébreu
pacifique. Salomon aussi fils de David, rempli de l’Esprit-Saint, a prédit
. touchant le Christ pacifique et il la appelé Salomon, en disant Cantique des Cantiques qui est à Salomon (1). »
2. — Tradition des Pères latins sur le sens du Cantique des Cantiques.
Dans les quatre ou cinq premiers siècles de l'Eglise, ce sont les Grecs
qui dominent par le nombre, parmi les commentateurs du Cantique. Tou-
telois, dans ce laps de temps, les Pères latins ont apporté aussi leurs
témoignages sur le sens de ce livre sacré, et dans les siècles suivants où.
la sève du christianisme s’est retirée peu à peu de l'Eglise grecque desséchée par les hérésies, ce sont les Pères latins qui forment, pour la plus grande partie, la chaîne traditionnelle sur le point qui nous occupe, comme sur l’ensemble des vérités révélées.
S. Cyprien que nous avons vu cité. par Théodoret parmi ceux qui ont fait, du saint Cantique, l’objet de leurs méditations, et qui en ont enrichi et orné leurs écrits, S. Cyprien n’a point fait de traité spécial sur ce livre sacré; mais il en a souvent profité, particulièrement dans les lettres où il soutient avec une ardeur excessive, son erreur de linvalidité du baptême conféré par les hérétiques, et où il prend les divers textes de ce livre dans des sens éminemment spirituels (2).
S. Ambroise n’a fait.non plus aucun commentaire suivi de ce livre; mais il l’a si souvent cité dans ses divers ouvrages, que Guillaume de S. Thierry en a extrait un de ses commentaires du Cantique, qui est tout dans le sens de lallégorie littérale, comme la suite le montrera.
S. Jérôme, qui comme nous l’avons dit, à propos d’Origène, a élevé si
haut le grand commentaire d’Origène, et qui en a traduit en latin l’abrégé,
compris en deux homélies, n’a eu garde de s’écarter de cet illustre guide.
S. Augustin touchant aux trois livres qui sont sans contredit de Salomon, qualifie ainsi le Cantique des Cantiques : « C’est une certaine volupté spirituelle des saintes âmes, aux noces du roi et de la reine de cette cité, c’est-à-dire, de Jésus-Christ et de son Eglise. Mais cette volupté est enveloppée de voiles allégoriques, pour donner plus d’aiguillon au désir de la connaître et au plaisir de la dévoiler (3). » S. Augustin voit des images riantes et des allésories piquantes dans le Cantique; mais il pe S’arrêle pas un instant au prétendu fond historique de ce poème sacré et ne paraît nullement y apercevoir le mariage de Salomon.
En même temps que Procope commentait les saintes Ecritures en Palestine, l’abbé Cassiodore, d’abord ministre du roi Théodoric et consul sous Athalaric, mais retiré alors dans un cloître en Calabre, sa patrie, honoraït l'Eglise par ses vertus et par ses écrits. On trouve dans ses œuvres wne exposition sur le Cantique des Cantiques, qui suit pas à pas le texte
original. Le but et le caractère de cette exposition sont nettement carac-.
térisés dans le prologue. Il y est dit que Salomon inspiré par le divin
{t) Col. 999-1000. :
(2) Epist. LXXIV, LXXV, LXXVI.
{3) De Civ. Dei lib. XVI, cap. xx.
92 FT EN upe Esprit, a célébré dans ce petit livre, les noces de Jésus-Christ et te son. Eglise (1). :
Mais dom Garet éditeur des œuvres de Cassiodore, nu. comme très. certain a e ce commentaire n’est point de cet auteur, et il en donne des.
raisons dignes d’un bénédictin (2). La précision qui se fait remarquer dans le prologue, et qui dans l'ouvrage entier est toujours accompagnée, d’une rigoureuse méthode, peut aisément s’expliquer par cette raison que. l'auteur est S. Thomas d'Aquin. Nous en parlerons plus bas. Nous nous” contentons de rappeler ici que ce travail a déjà été imprimé dans l'édition.
de ses œuvres, donnée à Anvers en 1612. Il peut paraître surprenant que. dom Garet ne s’ en soit pas douté; mais à cette surprise s’en joint une autre. C’est que ni les éditeurs de $. Thomas, ni le Père Touron, auteur. de sa vie, n'aient pas eu le plus léger soupçon que l'ouvrage eût été | attribué à Cassiodore et maintenu dans ses œuvres par l’éditeur béné-. dictin, un siècle avant le travail biographique du Père Touron.
Une des raisons qui ont porté dom Garet à laisser ce commentaire dans les œuvres de Cassiodore, c’est qu’on en a trouvé un abrégé dans les œuvres: de S. Isidore de Séville (a). Nous en dirons un mot en son lieu. Pour le. moment, nous nous contentons d'ajouter que Cassiodore ne paraît pas avoir composé un autre commentaire sur le saint Cantique; et a les raisons | alléguées à lappui de l'opinion contraire, manquent de so lidité, comme nous l’avons fait voir dans l’Zéude sur le Cantique des Cantiques dont. nous donnons ici l’abrégé. |
Nous trouvons, en Espagne, un commentateur. du Cantique, contemporain de Cassiodore. C’esl 8: Juste, évêque d’Urgel, qui a souscrit aux conciles de Tolède en 527 el en 531. Son travail divisé en deux cents versets, n’est pas très long, et n’occupe guère avec l’épître dédicatoire que trente colonnes dans l'édition de M. Migne (4). Il est concentré tout entier sur. Jésus-Christ et sur l'Eglise, sans la moindre allusion au mariage de.
Salomon. On en saisit tout Pesprit dès les premiers mots : « Osculetur. usculo oris sui. Voix de l'Eglise venant à Jésus-Christ par le baiser et.
voulant trouver la paix, par faquelle d’ennemis que nous étions de Dieu le
Père, nous sommes réconciliés par son propre Fils (5). »
; On trouve une exposition sur le Cantique dans le troisième volume des | œuvres de S. Grégoire-le-Grand, publiées en 1705 par deux savants béné-. dictins de $. Maur, Denis de Sainte-Marthe. et Bessin (6). Des doutes avaient été émis sur l’authenticité de cet ouvrage; mais les savants éditeurs ont opposé à ces doutes de solides räisons (7). Ils ne se dissi-.
mulent pas quelques différences de style surtout dans le préambule ; mais. outre que ces différences peuvent s'expliquer en partie par le caractère particulier du livre sacré, l’empreinte du grand pontife est parfois profondément marquée ; et d’ailleurs, il se plaint de ce que son su Claude
(4) Cassiod., op. p. 505, t. II, éd. RB. 4679. ue Præf. p. viret vi. Voir aussi Rosenmül., in cant. Proœm. D: 282, Fessler, Inst. Pat. (3) Cassiod. oppee præf., p. ; ; 4) Pat. Lat. . LXVIL col. 962. yy&. (AIRES | ; (5) Col. 963. | RE] (6) Col. 397-559, 2e p. t. II. | CM so 393-396. Voir aussi, Ep. exxvir, col. 4048, 26 p. t. IL. Has Inst. 4 t. nn, | :, 4027 not.
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a souvent altéré sa pensée en reproduisant les choses qu’il Jui avait
entendu dire de vive voix (1). Le S. Docteur accuse nettement lesprit de son travail, en caractérisant l’œuvre qu’il a pour but d'expliquer. Après avoir fait connaître les divers genres de cantiques répandus dans les livres saints, il vient à celui qu’il appelle Cantique d'union avec Dieu, Cantica conjunctionis cum Deo. « Ce Cantique, dit-1l, est celui qui se chante aux noces de l’Epoux et de l’'Epouse, qui s’élève d’autant plus au-dessus des autres cantiques, que la solennité des noces qu’il a pour objet de célébrer, est elle-même plus sublime (2). » Et un peu plus loin: « Il faut remarquer, dit-il, que Dieu dans l’Ecriture, s’appelle quelquefois Seigneur, quelquefois Père, et quelquefois Epoux. Quand il veut être craint, il se nomme Seigneur, quand il veut être honoré, Père, et quand il veut être aimé, Epoux. Ainsi donc, dans ce livre, ce n’est pas le Sei sneur et l'Eglise, le maître et la servante, mais l’'Epoux et l'Epouse. Quand il se nomme Seigneur, 1l indique que nous avons été créés; quand il se nomme Père, il indique que nous avons été adoptés; quand il se nomme Epoux, il indique que nous lui avons été unis. Or, c’est plus d’avoir été uni à Dieu que d’avoir été créé ou adopté. Lors donc que dans ce livre 1l est appelé Epoux, on se sent élevé à quelque chose de plus sublime, en présence de ce pacte d'union (3). » Et ici encore pas un mot du mariage de Salomon.
Les bénédictins ont imprimé à la suite de $S. Grégoire, quarante-cinq petits chapitres de passages relatifs au saint Cantique, que $. Patère, secrétaire de $S. Grégoire, a tirés des divers ouvrages du $. Docteur (4), mais qu'il a traités très librement, changeant souvent les expressions, l'ordre et la liaison des pensées, modifiant même quelquefois les pensées ; mais restant toujours du reste (5) dans le sens suivi par son saint et illustre maitre.
On a inséré dans les œuvres de 8. Isidore de Séville, comme sixième appendice, l’exposition sur le Cantique (6), dont nous avons parlé plus haut, et qui est donnée par dom Garet comme un abrégé de celle de Gassiodore. Mais comme celle-ci est de S. Thomas d’ Aquin, l’abrégé ne peut être antérieur au xuI° siècle. Arevallo, éditeur des œuvres de 8. Isidore, explique comment cet abrégé ya été glissé : et il affirme que c’est par le fait d’un Espagnol, parce qu’il y trouve comme dans $S. Juste d’'Urgel, la formule usitée dans les Bibles gothiques : Vox Christi, vox Etcclesie (7. Mais la surprise que nous avons éprouvée plus haut se renouvelle ici. Ge docte critique dans la nation d’Espagne, si éminemment théologique, où la théologie de S. Thomas était tant étudiée, n’a pas remarqué lidentité parfaite du commentaire imprimé dans les œuvres de S. Thomas, avec celui dont l’abrégé a été ajouté aux œuvres de S. Isidore.
Nous arrivons à un autre commentaire du vi° ou du vu siècle qui a ae souvent cité. Bellarmin lui avait assioné la date de 812. Mais il est cité par le vénérable Bède qui est mort en 735 (8). Nous voulons parler du com-
(1) Præf. in lib., I Reg., p. 4, 2e p., t. IT.
(2) UE n. 8, p. 400.
(4) Ap. Migne, P. L.. t. LXXIX, col. 905-916.
(5) Præf. BB., in S. Pateris. exp. x, col. 681-682. (6} Ap. Migne, P. L., t. LXXXITL, col. 4419-1432. (7) Ad opp.S. Is. id., Proleg. 1, cap. Lxv, n. 45. (8) Bibl. S, Route XIV, Præf, ed p. 98-99.
GTA si % \ # ÉTUDR AT) mentaire d’Aponius, qui occupe cinquante-six colonnes grand ?#-folio dans
la Pibliotheca sanctorum patrum (1). Il estdivisé en six livres et n’est pas
exempt de prolixité. L'auteur s’est affranchi de l’ordre même du livre sacré suivi jusque-là. Il s’est fait son plan d’après un certain ordre d'idées. Il paraît avoir été moine d’après quelques traits de son épiître dédicatoire
adressée au moine Arminius (2). Ilétait latin malgré la forme grecque de son
nom et l'usage constant qu’il fait de la Bible des Septante. Il ne voit dans le livre sacré quel ÆZxposition énigmatique et fiqurée de tout ce que le Verbe de Dieu a fait et doit faire pour l'Eglise (3) ; et il a pris ses mesures pour qu’on ne puisse pas glisser dans son interprétation l’ombre même d’un sens littéral antérieur : « In quo (cantico) utique, dit-il, nihil de carnali amore.. sed totum spirituale, totum dignum Deo, totumque animæ salutare (4). »
tre DRE sens est aussi totalement étranger aux autres explications
données par tous ceux qui ont comme terminé la liste des Pères de l'Eglise
latine. Le vénérable Bède a donné à son commentaire le titre d’Zxposi- tion allégorique. Elle est divisée en sept livres. Mais dans le premier, 1l expose les idées qui président à son travail ; le deuxième est rempli par le saint Cantique lui-même dans le latin de la Vulgate; le septième et dernier est composé de traits empruntés aux divers ouvrages de $S. Grégoire-le- Grand. Mais à partir du troisième livre, il suit pas à pas son texte, où 1l montre « l’Eglise succédant à la synagogue et devenant l’épouse de Jésus- Ghrist (5). » Cet ouvrage a été entrepris pour réfuter un hérétique du
v® siècle, Julien d’Eclane, qui avait expliqué le saint Cantique dans le.
sens de son naturalisme. |
Un disciple de Bède, le célèbre Alcuin a laissé aussi, paraît-il, une courte explication du Cantique intitulée Compendium in Canticum Canticorum (6). Elle est précédée, dans le manuscrit du Vatican, de huit vers assez ne qui accentuent fortement le sens purement spirituel du Can-
tique (7). |
Un commentaire plus long dû à un disciple d’Alcuin, nommé Hayinon, d’abord moine de Fulde, et mort évêque d’Halberstad en 833 (8), est concu dans le même esprit (9) que l’on trouve aussi dans la Glose ordinaire (10), dont Pauteur Walafride Strabon, aussi moine de Fulde, et mort évêque de | ‘ee en 849, a eu pour maître Raban Maur (11), aussi disciple d’Alcuin.
Eufin ie même esprit se retrouve dans le commentaire d’Angelomme,
moine de Luxeuil au 1x° siècle, sous le règne de l’empereur Louis et
de son fils Lothaire (12). L’auteur a largement exploité ses devanciers; et
(2) P, 99, col. 4.
(3; Zbid. et Lib. I, p. 99, col. 2.
(4):P: 99, cok2.
(5) Ap. Migne, P. L. t. XCI, col. 4083.
(6) Migne. P. G., t. C, col. 641-662.
(7) Col. 641.
(8) Fabricius, ap. Migne, P, L., t. CXVI, col. 485. (9) T. CXVIE, col. 295-358.
(10) T. CXIIE, col. 9.
(41) Fabricius, ap. Migne, 1. c., col. 9.
(12) Ap. Migne, t. CXV, col. 551-628. er 3 he
EN PES d
nius, sans indiquer la source (1).
R | SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES D en
vers ia fin de son prologue, il a reproduit mot à mot un passage d’Apo-