COMMENTAIRE
i, i. Cantique des cantiques, de Salomon.
Ch. 1,1. Titre du poème. — Cantique des cantiques j {qui est) de Salomon. L'expression Cantique des cantiques est un hébraïsme exprimant l'idée de superlatif. Plusieurs hébraïsmes de ce genre ont passé dans nos langues : le Saint des Saints, le roi des rois, etc. On pourrait donc traduire : le grand cantique^ ou simplement le Cantique, c'est-à-dire le Cantique par excellence. La qualité visée par l'auteur reste d'ailleurs un peu indécise : il peut s'agir de la beauté, de la sainteté, de l'importance liturgique, de la célébrité ou de toute autre qualité du poème. — i;2;n : partout ailleurs, dans le Cantique, la forme du relatif est iz; (Introd., n" 106). Ce n'est pas là une raison suffisante pour conclure que le titre ne provient pas de l'auteur du poème. Celui-ci a fort bien pu employer délibérément dans le titre la forme longue du relatif. — Le S est le lamed auctoris, et exprime clairement que l'auteur est Salomon. Sur l'attribution du poème à Salomon, voir Introd., 97.
2-4. Prologue. — Ces trois versets forment une sorte d'introduction à tout le poème. Leur sens précis n'est pas facile à déterminer, d'autant que l'état du texte n'est pas très sûr. Les LXX offrent des divergences notables, mais leur traduction est encore moins satisfaisante que le TM. Deux choses, dès l'abord, paraissent étranges : le passage de la troisième personne à la seconde (qu'i/ me baise ; car tes amours...), et le mélange du singulier et du pluriel
dans les pronoms de la première personne (qu'il me baise ; entraîne-moi ; nous courrons; le roi m'introduit... nous nous réjouirons). On a cherché à harmoniser le passage de différentes façons. Voici la solution qui me semble la plus probable : elle a l'avantage de respecter presque complètement le TM. Les trois versets sont dits par le chœur des « filles de Jérusalem ». qui représentent les nations : ainsi seulement s'expliquent les pluriels : nous courrons etc. Comme elles parlent ou chantent ensemble, et expriment leurs sentiments communs, le pluriel est parfaitement naturel. Les suffixes singuliers (qu'il me baise; entraîne-moi) pourraient peut-être se justifier en disant que chacune des nations peut également parler en son propre nom (cf. Delitzsch in 1,2 et Mercerus in 1,4). Mais il semble plus naturel de lire au pluriel ']2'p'^^ qu'il 'nous' baise; entraîne- 'nous'. Le singulier provient de ce qu'un copiste, attribuant ces versets à l'Épouse et non au chœur, aura changé le pluriel en singulier là où le changement était graphiquement facile. L'hypothèse que le passage est dit par le chœur est confirmée par le v. 5 qui est une réplique de l'Épouse aux « filles de Jérusalem. » Reste à savoir à qui les « filles de Jérusalem » adressent ces paroles. Il me semble que c'est à l'Épouse (= Israël) et non à l'Époux (=: Jéhovah). En effet, le roi {= Jéhovah) n'est pas censé présent : on parle de lui (à la troisième personne), et au V. 7 l'Épouse demandera où se trouve son bien-aimé. Celuici ne sera censé présent qu'au v. 9. De plus, si les versets étaient adressés à l'Époux, le passage de la troisième personne à la seconde (v. 2), et de la seconde à la troisième, puis de nouveau à la seconde (v. 4) serait difficile à expliquer. C'est donc à J'Épguse que s'adresse le chœur des filles de Jérusalem, et c'est elle qui leur répondra (v. 5). On remarquera aussi que les parfums conviennent beaucoup mieux à l'Épouse (cf. 4,10; 1,13; 5,5) qu'à l'Époux. 11 faut donc lire les pronoms de la seconde personne au féminin, ce qui ne demande aucun changement dans les consonnes du TM. Comme plus haut, la vocalisation au