‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 42 sur 81 · Qu'il *nons' baise des baisers de sa bouche · texte numérisé non relu

Qu'il *nons' baise des baisers de sa bouche

masculin vient de ce qu'un copiste aura attribué les versets à l'Épouse s'adressant à l'Époux. En admettant les simples changements de pronoms indiqués plus haut, le texte signifierait : « 2. Que Jéhovah nous baise, nous aussi, des baisers de sa bouche (c'est-à-dire nous admette, nous aussi, à son alliance), car tes amours (pour Jéhovah), ô Israël, sont meilleures que le vin. 3. Tes parfums, ô Israël, sont doux à respirer; ton nom est une huile répandue; c'est pourquoi, nous, les nations, nous t'aimons. 4. Entraîne-nous à ta suite, ô Israël : nous courrons. Le roi {= Jéhovah) nous introduit, comme toi, dans ses appartements, c'est-à-dire nous admet nous aussi à son alliance. Tu seras, ô Israël, l'objet de nos chants joyeux et de notre allégresse ; nous célébrerons tes amours (pour Jéhovah) bien plutôt que le vin : c'est avec délices que l'on t'aime. » En résumé, les nations expriment ici leur désir d'être associées à Israël dans l'alliance de Jéhovah. Le rôle que l'auteur inspiré du Cantique leur prête est conforme à l'idée des prophètes d'après laquelle les nations doivent un jour se réunir à Israël pour l'adoration du vrai Dieu. C'est grâce à Israël et par Israël qu'elles seront admises à l'alliance (cf. Ps. 45,15) : on comprend donc leurs sentiments d'admiration et d'amour pour l'Épouse chérie de Jéhovah (Introd., 89 sq.).

Les versets 2-4 se divisent assez naturellement en deux strophes de deux vers chacune (2-3 et 4) chantées peut-être par deux chœurs alternants (cf. in 7,1 b).

Les LXX offrent un certain nombre de mots en plus. Les

mots xai ôa(jt,-o [xupwv cou uTrep Tcàvra xà àpcofxaxa (v. 3) (cf. 4,10)

sont probablement dus à leur tendance à harmoniser et à compléter (Introd., 117). Les mots o(7ut.yiv (xupojv cou (v. 4) (Vulg. : in odorem unguentorum iuorum) répondent aux mots "jiJD-:; nnS du TM (v. 2) et ne sont pas à leur place. La Peshitto a lu un texte hébreu peu différent de notre TM, ses divergences n'apportent pas de lumière.

2. — i3p^> : qu'il me baise î Halévy explique la troisième personne comme une nuance de respect. Delitzsch pense

car 'tes' amours sont meilleures que le vin!

que les mots in^s mpi"tt7JD ijp\^'' étaient chantés par une soliste, et le reste de la strophe par le chœur. Nous croyons qu'il est préférable, comme nous l'avons dit, de lire iJp^r'» : « qu'il nous baise ! » — nipi^JD des baisers : le pluriel se comprend beaucoup mieux si la phrase est prononcée par plusieurs : une seule personne aurait employé le singulier. Le ]a ainsi employé semble appartenir à la langue postérieure (Introd., i07) : on s'attendrait plutôt à l'accusatif. — "îs : Kaempf donne à 13 le sens de oui que cette particule a en effet assez souvent ; mais le sens de car paraît ici mieux justifié (cf. au v. suivant c'est pourquoi). — : Le

TM écrit le mot defective quand il signifie amours, et plene quand il signifie la personne qui aime. Pour le développement sémantique du mot, comparer nanN* amour et aussi l'objet de l'amour, la personne aimée (cf. in 2,7). Il s'agit, comme 4,10, des amours d'Israël pour Jéhovah. Mais ici ces amours sont considérées en tant qu'elles font le bonheur d'Israël : aussi les nations envient-elles son sort, et désirent-elles être aimées, elles aussi, de Jéhovah. — "ji"?. Le vin, procurant la joie, est un symbole de tous les plaisirs d'une façon générale. Dans Eccle. 2,3, le vin semble désigner toutes les jouissances, y compris le luxe, les arts, etc.; le vin, dont parle TEcclésiaste, est identique à la folie mS^D, c'est-à-dire au luxe, à la richesse, à la bonne chère, à l'amour, etc., dont l'énumération suit, vv. 4-8. Mais le vin peut avoir un symbolisme plus élevé. Dans la littérature juive post-biblique, il représente tout ce qui est excellemment bon; c'est ainsi que l'on compare au vin la Loi, Jérusalem, Israël, le Messie, les justes (cf. Jewish Encyclop. s. V. Wine), — Les nations proclament Tamour d'Israël pour Jéhovah plus délectable que toutes les joies du monde. — Spécimens d'interprétation : pour beaucoup de commentateurs chrétiens, c'est l'Église de l'Ancien Testament qui parle ici et qui exprime son désir du Messie (Hippolyte, Origène, Philo Garpasius, Gregorius M., Beda etc.). Le Targum commence immédiatement à parler de l'Exode; de

3. *Tes' parfums sont doux à respirer, *ton' nom est une huile répandue :

aussi, les jeunes filles H" aiment.

même Lyra. Ibn Ezra applique les vv. 2-4 à Abraham. D'après Yaphet, Israël demande la délivrance de l'exil actuel et le retour en Palestine.

3. — n''lS : Le sens quant à V odeur , quoad odorem^ est rejeté, avec raison, me semble-t-il, par Rosenmiiller qui traduit : unguenta tua bona, grata sunt odori. Il prend donc odeur au sens subjectif d'odeur perçue, perception d'odeur, olfaction, odorat; cf. en allemand Geruch : odeur et odorat; fr. goût au sens objectif et au sens subjectif. Le sens subjectif de n''1 explique beaucoup mieux l'emploi du S. Il faut avouer, du reste, que ce sens est rare : je ne trouve que Job 14,9 où Budde, qui rejette le sens subjectif dans Gant. 1,3, traduit : « Riecht er Wasser, so schlâgt er aus. » Le 1 lu par les LXX (xat) au lieu du S n'est pas probable : le poète ne commencerait pas un vers par T, d'autant que les amours et Vodeur des parfums sont des choses trop disparates. Le sens est éclairci par le stique suivant : « ton nom est une huile répandue » qui montre que les parfums sont symboliques. Les nations visent sans doute les qualités ou la bonne renommée d'Israël (cf. 4,10). — "jDU? désigne les parfums à l'état huileux ou onctueux (Vulg. : unguentum). — p"nn : cette forme féminine fait difficulté, parce que "jatz? est partout ailleurs, dans la Bible, du genre masculin. Mais il est possible que le mot ait eu les deux genres (Rosenmiiller). Il n'est donc pas nécessaire de lire une forme masculine, V. g. pTQ (Schlogl, Dalman, et peut-être LXX, Vulg.). Si piin est correct, c'est le futur hophal de p*n. Kaempf veut voir dans pi*in une forme toph'al (passif de tiph'il), à sens réfléchi : qui se répand ;ma.is l'existence d'une pareille forme est trop problématique. Halévy propose pila et voudrait y voir la forme pu'al de pia épurer, raffiner. — Ton nom : le nom d'Israël est en bonne odeur parmi les nations. — naSir désigne une jeune fille nubile et non mariée; le mot, comme

4. Entraîne-'nous' à *ta' suite : nous courrons! Le roi 'nous' introduit en ses appartements.

le mot français jeune fille, n'affirme par la virginité, mais la suppose normalement. Inversement, nSmi vierge affirme la virginité et suppose normalement la jeunesse. Dans l'explication naturaliste, cette déclaration d'amour collective pour un seul homme a quelque chose de monstrueux; du reste, les choses ne se passent pas de cette façon dans les harems. — Spécimens d'interprétation : L'huile répandue a naturellement suggéré un rapprochement avec le nom du Messie (= oint) : on trouve en effet cette explication chez beaucoup d'exégètes chrétiens. On voit par Sanhédrin, 93 b, que le Messie devait répandre une suave odeur, à laquelle on le reconnaîtrait. Les jeunes filles : ce sont les prosélytes (Midrash, p. 23), les nations (Yaphet, Rashi, Scholz).

4. — Lire iJDxra au fém. sing. avec le suffixe du pluriel : entraîne- nous. LXX et la Vulg. ont lu ici "]^ja;2; nnS qu'on trouve au v. 3 du TM. — La coupe indiquée par les accents du TM (entraine-moi : à ta suite nous courrons) semble peu naturelle. — ij^^'inn : le parfait a ici le sens du présent comme "I'tiiD'T 1,9; TlV^OT 2,7; -ïd^^ 5,1; -j^mur 8,5b {cf. § 106 i); la demande d'être entraîné à la suite de l'Épouse est immédiatement suivie d'effet. — Les appartements du roi comprennent en particulier la salle du festin nuptial, comme il ressort de 2,4 (cf. Matth. 25,10). L'idée de festin est confirmée par la mention du vin : ce n'est pas le vin que le chœur chantera, comme c'est l'ordinaire dans les festins, mais les amours de l'Épouse et de l'Époux. — Être introduit dans les appartements du roi, et spécialement dans la salle du festin, c'est être admis à son alliance. Les appartements du roi symbolisent très probablement le sanctuaire de Jéhovah (cf. n° 93). Saint Jérôme a visé ce symbolisme en traduisant Ps. 45,17 « les jeunes filles (= nations) seront introduites dans le palais {— temple) du roi » par : ingredientur in thalamum régis. Nous verrons, au v. 5,1, le temple décrit comme un lieu où l'on mange et où l'on boit, par allusion aux repas sacrificiels. Une pensée fréquente chez les

'Tu' seras l'objet de nos chants joyeux et de notre allégresse ; nous célébrerons 'tes' amours bien plutôt que le vin : c'est avec délices que l'on 't" aime !

prophètes est que les nations viendront un jour à Jérusalem et seront, elles aussi, admises dans le temple, comme la nation d'Israël à laquelle elles seront réunies. L'admission au temple est donc le signe de l'admission à l'alliance de Jéhovah. On peut voir, entre autres passages, Isaïe 56,1-8; au V. 7 se trouvent, chose curieuse, deux mots de Gant. 1,4 : « je les introduirai {les étrangers) à ma montagne sainte et je les réjouirai dans ma maison de prière ». — nbuj : Les verbes Su et r\nvj, ainsi que les substantifs correspondants, sont très fréquemment associés. Chacun de ces deux mots, surtout le second, s'emploie souvent pour la joie manifestée par des cris ou des chants joyeux : Esth. 8,15 (avec Sni* hennir de joie); Jér. 31,13; Is. 9,2; Lév. 23, m; 1 R. 1,40,45; 2 R. 11,14; Gen. 31,27; 1 S. 18,6; Néh. 12,27; Ps. 51,10; Soph. 3,17; Is. 51,3; ~ Ps. 32,15; 149,2; Is. 35,2; Ps. 45,16; Is. 16,10. Le sens chanter joyeusement est également indiqué pour notre passage, et confirmé par le parallélisme avec mi^îJ nous célébrerons, — "ji : la préposition 5^ indique le sujet, la cause de la joie (cf. Brown, s. V. noiz?). La traduction en toi est équivoque; la traduction avec toi (Kaerapf) inexacte. — m^DîJ : ce verbe, qui signifie proprement rappeler la mémoire de, revêt souvent la nuance célébrer, chanter (v. g. Ps. 71,16; 1 Chr. 16,4). G'est également le sens dans Eccli. 49,9, comme j'ai essayé de le montrer dans la Zeitschrift fur kathol. Théologie, t. XXVII, p. 583 (1903) : « (Ézéchiel) a célébré Job, qui garda les sentiers de la justice. » — Le chœur chantera Israël principalement aux vv. 6,10; 7,2-6 : mais il est présent à toute la cantate et l'Épouse et l'Époux s'adressent à lui plusieurs fois. L'expression nous célébrerons tes amours ludique bien le sujet du Cantique qui décrit en effet les étapes de l'amour de Jéhovah et d'Israël. — nn^ia d'une façon droite ou plane me semble avoir ici le même sens que 7,10 (cf. aussi Prov. 23,31) : facilement, suavement, délicieusement. On traduit d'ordinaire

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