‹ Le Cantique des CantiquesChapitre 5 sur 81 · I. — Généralités · texte numérisé non relu

I. — Généralités

1. Nom. — Le nom hébreu □n'i^rn T'é, Cantique des can* tiques, qui se lit en tête du poème, a été traduit mot à mot par les anciennes versions et est devenu la désignation presque universelle. La Peshitto porte un second titre : Sagesse des sagesses, de Salomon, qui montre bien le caractère allégorique que le traducteur attribuait au livre.

2. Plage du Cantique dans le Canon juif. — Le Cantique appartient au troisième et dernier groupe des livres canoniques, celui des Ecrits (Ketubim) ou Hagiographes, Dans nos bibles hébraïques imprimées, qui suivent l'usage des manuscrits allemands et français, il est placé, après les Psaumes, les Proverbes et Job, en tête des cinq Rouleaux (Megillôt). L'ordre actuel des Megillôt, qui n'est pas très ancien, suit la série des fêtes liturgiques : le Cantique est lu le huitième jour de la Pâque, Ruth à la Pentecôte, les Lamentations le neuvième jour d'Ab (ruine de Jérusalem), l'Ecclésiaste à la fête des tabernacles, Esther à la fête de Purim.

3. Canonicité. — Le Cantique est considéré comme canonique par les plus anciens documents juifs que nous connaissions, la Mishna et la Tosefta^ Les doutes soulevés par

1. Cf. Aicher : Das Alte Testament in der Mischna (1906), p. 21.

quelques rabbins venaient sans doute de ce que les images du poème choquaient certains esprits. Ces doutes furent résolus par un simple appel à la tradition : « R. Siméon ben Assay dit : J'ai reçu comme une tradition des soixantedouze anciens, quand ils donnèrent la présidence de l'Académie à R. Éléazar ben Azaria^ que le Cantique et l'Ecclésiaste souillent les mains ^. — R. Akiba dit : A Dieu ne plaise ! Personne en Israël n'a contesté que le Cantique souille les mains; car le monde entier ne vaut pas le jour où le Cantique fat donné à Israël : tous les Feints {= Hagiographes), en effet, sont saints, mais le Cantique est très saint » (Yadaïm, 3, 5). On attribue au même R. Akiba l'anathème suivant : « Celui qui chantonne le Cantique dans les cabarets n'aura pas de part à la vie future » (Tosefta, Sanh., 12, 10). Ce détail montre que certaines personnes profanaient le Cantique, spécialement en le fredonnant dans les cabarets, mais rien n'indique qu'il ait jamais été regardé comme profane. Il est contraire aux textes de prétendre qu'Akiba a obtenu soit l'admission, soit le maintien du Cantique au Canon, en lui attribuant, le premier, un sens allégorique. Le poème était canonique avant Akiba, parce qu'on le considérait comme saint et inspiré de Dieu, et on le considérait comme saint parce qu'on reconnaissait le véritable sujet du poème, à savoir l'amour de Jéhovah et d'Israël. La qualification de très saint (saint des saints) donnée au livre par Akiba n'est donc ni une nouveauté ni une exagération. Libre aux exégètes naturalistes de prétendre que le Cantique est un poème purement profane, mais ils n'ont pas le droit de prêter leur opinion aux anciens Juifs.

Il me semble que Ben Sira (47, 15) mentionne notre Cantique; mais le texte est trop peu sûr pour qu'on en puisse tirer un argument probant.

Page 1