‹ Le cantique du doux parlerChapitre 18 sur 35 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

Fragment de journal d'un milicien de Lévis.

A l'honorable M. Thomas Chapais, l'éloquent historien du « Marquis de Montcalra.

« Quelle journée pour la France ! »

(Montcalm.)

... Carillon, nom mystique où sonne la victoire

Avec les Te Deum ! — Quand, sur ce promontoire.

Lotbinière eut tracé le fort, gardien du lac,

Dans les propos du soir, aux feux clairs du bivac,

Le Chef interpella gaîment l'un de ses hommes :

«Ce fort, dis-moi donc, toi, de quel nom tu le nommes... »!

— Maisl'autre, un Canadien d'espritvif, sanschercher.

Poète que hantaient les voix de son clocher

Dans la proche rumeur des grandes eaux chantantes.

Dit: « Quel beau carillon 1 » — Et la nuit, sous les tentes.

Aux rêves de nos gens, le vaillant bastion

Se dressa, joliment baptisé : « Carillon ! »...

Carillon, nom mystique où sonne la victoire !.,.

Midi : le plein soleil saluait notre histoire. Tous prêts, sur la hauteur — à l'abri des remparts Où la forêt couchée enchevêtrait, épars, Hérissait de dards fins ses pins et ses érables — Un contre six, mais sûrs de nous, invulnérables Dans l'asile, où veillaient nos triples rangs masqués, Oreille et cœur tendus, œil et fusil braqués, Nous attendions... Montcalm, au centre, tête nue, Souriant, préparait le mot de bienvenue. Et des rayons joyeux caressaient sans repos T.e canon des mousquets et les lis des drapeaux...

Sous nos pieds, cependant, sur la pente encombrée Montait à grands Ilots lourds, menaçants, la marée D'habits rouges ou bleus et d'acier bien fourbi, Que pour nous submerger lançait Abercromby. Nous attendions, muets. . . Fifres et cornemuses Rapprochaient, rapprochaient leurs notes moins confuses ; Déjà sifflaient vers nous des respirations Haletantes.. Muets, calmes, nous attendions. Quand, le premier Anglais surgissant à la crête, I/ordre brusque éclata : « Feu ! » — Signal de la fête : D'une seule décharge ensemble s'embrasant, Nos trois mille mousquets répondirent : u Présent! »...

... En vain, le chef, malgré la farouche hécatombe,

Où tant des siens frappés voyaient s'ouvrir leur tombe.

Six fois, impérieux, vers nos sommets fumants

S'efiforça de pousser ses hardis régiments ;

Six fois, sur la tragique et fatale descente,

Oii croulait dans l'horreur leur vague frémissante,

Nos rafales de fer près des troncs abattus

Renversèrent la fleur des bataillons têtus...

Lutte épique 1 Montcalm, soldat et capitaine,

A tous portant l'ardeur de son âme hautaine.

Du geste et de la voix multipliait les coups :

Dieu semblait l'inspirer, le couvrir ..Quant à nous.

Dès que Lévis, parmi la chaude fusillade,

Des géants de Campbell nous montre l'escalade,

Et nous crie : « En avant, Canadiens, en avant ! »

De quel bond, par-dessus nos murs nous soulevant,

Et de la baïonnette aux flancs et de la crosse

Nous brisâmes le choc des montagnards d'Ecosse,

Tandis que, dans le vent des balles, redressé,

S'enflait notre étendard d'azur fleurdelisé

Où la Vierge en ses bras tient l'Enfant qui nous aide ! . . .

Et maintenant, là-bas, l'Anglais s'éloigne et cède...

Carillon ! Carillon ! beau nom prédestiné !

Notre camp dans la nuit, d'étoiles couronné.

Croit ouïr nos clochers chanter dans les eaux proches.

Carillon ! Carillon ! sonnez, toutes les cloches

De mon pays! Sans fin sonnez le fier succès

Que les siècles diront un miracle français !

Sonnez pour tous nos fils 1 Gravez dans leurs mémoires Par son exemple heureux le secret des victoires ! Dites-leur qu'il ne fut de défaite jamais Pour qui se défend, près de Dieu, sur les sommets, Que le nombre n'est rien où vibre une croyance ! Jetez-leur de Lévis, parangon de vaillance, L'appel irrésistible : « En avant, Canadiens ! » Et, donnant à la race entière pour soutiens, Avec nos grands amours et nos saintes colères. Les noms de tous nos preux de France tutélaires, Béarn, Berry, Guyenne et Royal-Roussillon, Faites de chaque lutte un nouveau « Carillon » 1

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Noô Victoiteô d^cAmérique

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