PRIERES CANADIENNES
qAu ^ieu de V^uchaziùtie.
A M. Vabbc V. F. Jutras.
Je veux ce qui Vous plaît, Seigneur, et je m'incline... Mais voulez- Vous changer mon cœur dans ma poitrine? Qu'arme au poing, jour et nuit, veille contre mon gré Sur ma lèvre, en mon âme, un soldat de Murray.'' Je ne puis Vous prier autrement que mon père Avec les mots français qu'il a reçus de Vous : Et ces mots si longtemps ont prié, purs et doux, Que Vous seriez surpris qu'on les force à se taire. Je Vous prends à témoin Vous-même, o Christ, mort En croix pour la justice et pour l'honneur de l'homme : Votre gloire ne peut consentir qu'on me somme De mettre avec mon cœur ma bouche en désaccord.
Que transfuge, à moi-même étranger, je Vous mente. Dans les repas divins que Vous m'avez permis Vous ne voudriez pas, le meilleur des, amis, D'une âme violée, amoindrie et dolente... Mais pour monter plus haut, pour Vous mériter mieux, L'âme veut être libre, heureuse et respectée. Du banni d'une langue on fait vite un athée, Puisqu'il ne voit plus clair sur la route des cieux. La langue en notre esprit, c'est le sang dans nos veines : Laissez-moi vivre entier ! Laissez-moi pour soutiens Les mots du catéchisme et des vieux paroissiens ! Ma langue à moi, qu'on dit la plus belle des reines, Qui Vous a tant servi pour prêcher Votre Loi, Dont Vous priait encor Montcalm à l'agonie, Jamais, pour Vous bénir, que je ne la renie !... Gardez-moi mon Parler pour me garder ma Foi I
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(?A la 'Vieille oMaman défunte.
A Afme W. A. HVGUENIN
(Madeleine).
Je viens à vous sans peur ni reproche, ô ma mère ; Pas un son de ma voix n'est fait pour vous déplaire, Les mots de mon berceau bercent tous mes petits.
Les Anglais sont venus, mais je vous garantis
Que nos chers mots français, eux, ne sont point partis,
Tous les vieux mots d'amour qui vous ont caressée...
J'aurais trop de chagrin de vous avoir blessée : Toujours la même robe habille ma pensée, Robe couleur de ciel du pays de l'aïeul I
Du Paradis, où Dieu vous tira du linceul, Pa"lez-moi bien français, longuement, seule à seul, Et je vous répondrai de même, en mots de France.
Ces mots, par qui mon cœur vers le vôtre s'élance,
Ont seuls assez d'essor, de joie et de vaillance,
Pour vous rejoindre au fond de vos bleus firmaments.
Aidez à leur salut !... Oh ! nos saintes mamans, Sur tous nos chapelets, de tous vos cœurs aimants, Pour soustraire la race aux menaces mauvaises,
A la Mère du Christ dans toutes nos maisons Demandez en grand nombre, armés de voix françaises, Pour la gloire de Dieu de bons petits garçons !