C-hez qui le cœur suffit à mettre une lumière
Pour olTrir à l'instant un ange qui se tait.
Se pencbait. lenlaçait dans ses bras, et chantait
« Pimpa/iipolc » ou « Pipandor à la balance »...
Pipandor à la balance.
A'v a-l-il que loi-z-et nioi-z-en France ?
Et lenfant. apaisé soudain, faisait silence.
Pipandor, chapeau d'épinelles.
Pipandor, niels Ion nez dehors .'...
Et l'enfant en gaîté riait de tout son corps...
Puis l'endormant, d'un ton qui se voile et gazouille. Tout gentiment, c'était « Pinson avec Cendrouille » ; Plus bas, plus doucement encor, c'était parfois
Une perdriole
Qui vient, cjui vole.
Une perdriole Qui vole dans ces bois...
Et chaque fois à point renaissait le prodige D'un enfant sage : tel s'imposait le prestige De l'incantation dont tu le caressais, U mère, ù magicienne !... Et le brave Ecossais.
Séduit par ton pouvoir secret, à ton école, Répéta « Pipandor » avec « Piinpanipole » De son mieux, du plus pur accent de son gosier : Si bien qu'à son effort, pour le remercier, L'enfant se laissa prendre, accepta sa caresse ; Et depuis, s'appliquant de toute sa tendresse. Le soldat de Murray chante, docile, absous. Près de sa Canadienne aux si jolis yeux doux. Dès que son dernier pleure, il le calme et l'enjôle Par le charme des mots appris, et rien n'est drôle Gomme ce géant tendre — avec l'accent saxon Rythmant des airs de France au l'rèle nourrisson.
C'est le poiiléile hroùne
Qui pond dans le loàne ; Il va pondre oiin'bell'pe'tit' côcô Pour son p' lit' qui va fair' dôdiche ; Il va pondre oun beW pe'iW côcô Pour son p'iit' qui va fair dôdô, Dôdiche, dôdô.
Et l'enfant dort, content, aux bras du bon colosse ; Tous ses fils en naissant parlent français... L'Ecosse Sans regret avec eux reconnaît son vainqueur : La langue de la mère est la langue du cœur !
Leô Gtandô Ttiompheô
du X)eibe
Au magnifique orateur Henri Bolrassa.
Au savant juriste, l'honorable
M. N.-A. Belcoirt,
Sénateur
de la province d'Ontario.
t^ >4« v t^ t^ r^ t^t^ »4ji f^ y i>4< y >4i o^ji y y r^ji »4,'i »4,« i>^<i »^ >^ t^ t^ t^ t^ tfi t^ y o^* t^ *^ t^ t^ f^
^^ezô pont 'diateaubtiaii'?,
poêle de l'aA nié tique.
An poète des grands paysages canadiens, W. Chapmax.
« Nous aperçûmes la terre...
Le cœur me ballit, quand le
eapilaine me la montra :
1 Amérique !...
C'est dans ces nuits quem'apparut une muse inconnue :
je recueillis quelques-uns de ses accents ;je les marquai sur mon livre, à la clarté des étoiles... » (10 juillet-10 décembre 1791).
La Nature héroïque en ses vieux: bois sauvages, Sans ride et sans atTront, gardait sa royauté : Reflet du Créateur, sa naïve beauté Ne portait pas encor l'empreinte des servages.
Et la chaste forêt, que troublait seul le vent. Ouvrait aux Libertés son ténébreux refuge ; Sous les mêmes soleils, à leur gré se levant, Lesmcmes fleuves purs roulaient l'eau du déluge. Mais les nuits succédaient aux jours, les jours aux nuits. Sans qu'un cœur d'homme, ému de leur magnificence . Sans qu'un pinceau d'artiste, égalant leur puissance. Eût traduit ces couleurs, ces parfums et ces bruits. L'Amérique attendait son sublime interprète... Lorsqu'enfin, ô René, merveilleux enchanteur, Attestant de tous deux l'alTinité secrète. Ton rêve au Nouveau Monde assortit sa splendeur !
Tu vins, tu vis, lu fus vainqueur. Ton âme, ô maître. Dans l'âme des déserts qui la sut reconnaître
Sentit la sœur de sa fierté :
C'est loi qui mieux que tous la compris, cette terre. Quand tu passais, chantant, prêtre de son mystère.
Partout triomphant et fêté !
Ta voix servit d'oracle aux graves sohtudes. Ton verbe, souverain des mots, dès ses préludes.
S'épandant sur cet univers.
Lui prit tout son trésor de charme grandiose Pour l'enfermer, vibrant. au\ strophes d'une prose
Plus séductrice (pie des vers !
0 pèlerin d'art pur, que ne peut point la phrase. Soit que le premier feu d'une aurore l'embrase,
Soit qu'une calme nuit d'été.
Mélancoliquement, loin des rumeurs profanes, La caresse, au repos des immenses savanes,
D'un jour bleuâtre et velouté ?
Ta phrase conquérante à la souple harmonie. Par quel subtil pouvoir ne l'as-tu pas unie
Au ciel vaste, aux vastes forêts ') Et dans l'ampleur du rythme auquel tu la balances, Murmures, plaintes, chants, formidables silences,
N'as-tu point mis tous leurs secrets :'
Comme elle s'élargit, ta belle phrase neuve, Sonore, en nous peignant la majesté du fleuve.
Des grands lacs où tu t'égaras !
Comme on la sent couler forte et dominatrice. Pour s'être un jour penchée en son hardi caprice
Au goulTre des Magaras !...
Puis, comme en nos sentiers tout pas humain s'efface, Ton hymne adorateur monta jusqu'à la face
Du Seigneur de toute clarté.
Pour qu'un peu d'Infuii se joigne à sa faiblesse. Que l'Eternel, le Dieu de tous soleils, lui laisse
Un peu d'ardente éternité !
"Sois loué, fastueux songeur, dout l'art console ! De l'empire ravi, que nous rend ta parole,
Qui peut nous dire encore exclus ?
Dans la splendeur des mots de France, ô roi du verl) Gomme un Meschacebé, tu reflètes, superbe,
L'Amérique — qu'on ne perd plus I
Au peintre héroïque du « Premier Parlement Canadien »
M. Chaules Huot.
C'est la France qui nous a donné cette belle langue. Ce sont les Canadiens qui l'ont conservée ; ce sont eux qui ont forcé le vainqueur à la reconnaître comme langue de gouvernement. »
^Tardivel.)
0 prodige 1 o bonheur I c'est vrai?. . . Tu n'es pas morte.'' C'est toi, langue de France, après un long tourment Dès les premiers -débats du premier Parlement, Toi dont Québec ravie applaudit la voix forte ?
^ainement tes bourreaux, enflés de leurs exploits. Pressaient le dur bâillon sur ta bouche meurtrie ; Vainement pensaient-ils, mère de la patrie, T'élrangler par surprise au lacet de leurs lois !
Ils ignoraient sans doute, en leur brutal caprice, Que tu portes en loi ce que nul fer ne vainc, Ne peut saisir, tuer, — le grand souille divin D'une âme toujours libre et partout rédemptrice !
Vis, ma langue de France, au Canada !... Tes preux. Pierre de Rocheblave, Alain de Lolbinière, Bédard, Papineau, trente autres, sous ta bannièp', T'ont su vite arracher aux complots ténébreux 1
Contre tes oppresseurs s'élançant dans la lice, Vengeurs et justiciers, de quel zèle joyeux Autour de toi — l'esprit et le cœur des aïeuv ! — Ils ont mis le rempart de leur sainte milice !
Pour la cause en leurs voix de quel feu tu brûlais ! Chez toi qui permettrait qu'un décret le retranche, Quand te prê taienthom mage, ô langue noble et franche, Tant de barons normands et tant de rois anglais ?. . .
Comme ils lu liaient, tes fils! De quel soin tendre, ô mère, Ainsi que des porteurs antiques de flambeaux, Leurs mains du vent de mort, qui se plait aux tombeaux, Pour leur postérité protégeaient la lumière !
Tu triomphes... lu vis 1 Toutes les piétés Canadiennes devraient encenser ta vaillance ; Car l'Anglais même ici te doit, langue de France, Le trésor de ses libertés !
A M. le D J. DoiuoN.
>• Sousla conslilution d'Angleterre le peuple aie droit de se faire connaître lui-même par le moyen de la liberté de la presse, — et par l'expression libre de ses sentiments toute la nation devient pour ainsi dire le conseiller privé du (îouvernement. »
(Prospectus du Canadien \ ]3 novembre 1806.)
Pour le commun salut, pour la fierté commune.
Que menace ou que blesse un criminel pouvoir,
C'est le droit devant tous, — plus qu'un droit — le devoir,
Qu'une Presse sincère élève sa tribune.
1. Le Canadien, premier journal qui défendit les droits delà nationalité, fondé en i8o(3 par P. Bédard, supprimé en i8io par le gouverneur sir James Craig, ressuscité et disparu plu-
Un peuple doil montrer ce qu'il est, ce qu'il vaut, Ou tend son bras lui-même à la chaîne d'un maîtn . Qui s'estime bien né doit se faire connaître. Savoir vivre au pleinjour, oser penser tout haut !
Louange au guide sûr dont le bon sens éclaire Sur les routes du bien et de la vérité, Qui s'indigne et proteste au nom de la Cité, Intègre justicier de l'honneur populaire !
Car pour cette œuvre il faut un esprit droit, il faut Une âme ardente, un cœur intrépide — un cœur d'homme Qui, plus du sang public que du sien économe, ?se craigne pas pour soi les fers et l'échafaud !
Louange à toi d'abord dont le nom se prononce, Le premier qui parlas en libre citoyen, Fervent et vigoureux lutteur, vieux « Canadien d, Qui le premier vengeas Y Erable de la Ronce ' !
Tu sus être français, bien français : sel gaulois. Lumineuse raison, style robuste et sobre, Nul don ne t'a manqué pour soustraire à l'opprobre a Nos institutions, notre langue et nos lois I »
sieurs fois, mena surtout une campagne vigoureuse à partir de i83i sous la direction de l'éminent publiciste Etienne Parent. Bédard et Parent durent à leur patriotisme l'honneur de la prison en 1810 et i837-i838.