Le Canton de Vaud, sa vie et son histoire
« Et d'abord, nous avons le bon exemple de saîcài-Pi*oihais^ évêque d'Aveacbes ou de Lau* saune p Van cinq-cent^un » ^ Cest par un évéque que s'ouvre noire histoire. L'Évèché ëlalt errant, mais il marquait le pays. Il n'y avait guère alors que des Avenlicîens: nous portions le nom d'uu débris de Kome^ dans lequel la tradition veut que Saint-PPOtbaîs se lut réfugié, loin de celte Venise que les violences des barbares faisaient sortir du
* >lanuscril de Moudoii . soit Brève Cliroiiiciue dos évèques de Lausanne : • T-l primo, pro bono exemplo, habemus elc ■
seiii des eaux *. Toutefois les habitants épars dans
les clairières des forêts qui , descendues des Alpes et du Jura^s'en allaient baigner leurs derniers ombrages aux lacs deNoidelonex, d'Aventicum et de Lausanne , se disaient Gaulois ; les Germains campés autour d'eux leur donnaient le nom de Waeldsches que les clercs lalinisaieiit. Ainsi Tévèché de Lausanne et la Patrie de Vaud commencent en même temps: toujours unis dès lors, mais encore mal serrés et dans une position â se heurter autant qu'a se soutenir. Un jour que saint- Prothais visitait son église de Lausanne, ayant considéré ces trois collines assises les unes vis-à-vis des autres, sur les deux ruisseaux qui mouillent et enlacent leurs pieds» ce knilieu entre le !ac; sépulcre de Tancien Lausoninm, et les bpis d'où Ton s'essayait à sortir, enfin la bonté et la beauté du lieu, résolut de ne pas le laisser aban« donné aux ruines. S'acheniinanl â roccidenl de la cité qu'il voulait rebâtir, il entra, suivi de ses serviteurs^ dans les noires forêts du Jura. Dépositaires ou missionnaires de la civilisation en même temps que de la foi dans ces âges reculés, les évèques, charpentiers, architectes, maçons, la-
'Id. ibid. — Voy. dans V Apologie pour la vieille cilé d'yL cnches , une tradition suivant laquelle il y aurait eu à Venise une laniillc portant le nom di Avencio. (?)
bainreur8^ on poètes, arUste^ savants el historiens^ éuieul à la tête des travaux manuels aussi bien que des spirituels. Comme doue Saint-Prothâis était occupé â choisir des arbres dans la forêt et à les faire couper^ il mourut. Ses serviteurs prirent de la ramëe aux sapins gisants par terre., ils en firent un brancard et le placèrent dessus. Arrivés avec leur charge funèbre au bas. de Is^ montagne, à Teulrée de celle vaste lande où, dans les campements d'exercice, se dressent aujourd'hui les tentes de nos soldats, on fabriqua, peutêtre on emprunta d'une métairie voisine, une brouette pour transporter le corps, jusqu'à ce que plus loin on lui trouva enfin une bière. Le convoi^ descendant le plateau, se dirigea vers le laç^ sur le rivage duquel , en un lieu qu'une très-ancienne ville avait occupée s'élevait une ^petite chapelle eonsacree â la Vierge. Elle reçut ce cadavre, pour une halte funéraire seulement. Mais quand oo vonlut le transférer à Lausanne» et comme leç porteurs se menaient en devoir de soulever le cercueil, Saint-Prothais se fit pesant, en sorte qn^on ne p6t le remuer de là ; il fut donc manifeste que sa volonté était d'y être enseveli. Ainsi du moins» la iradttioiï Se plaisant à vénéréi^ le nom de cet évêque, ç;^pliqii|^i^-çlle qu^ Prpll^^^jii^
fui veau donner son nom au bourg de Saint-Prothaïs ou Sainl-Prez ' .
Ënyiron cinquante ans après, Saint^Maire reprit le dessein que son devancier nWaii pu accomplir Sa ligure est encore plus vénérable et mieux dessinée. Un bàcheron faisant du bois dans la forêt de chênes qui n'était pas alors reléguée sur le dernier étage des collines de Lausanne^ et s'étant blessé avec sa hache^ la Vierge lui apparut et le guérit. Une église fut donc bâtie dans cet endroit miraculeux^ et on le crut destiné a ne pas passer en oubli. L'évéque Marius^ par ses soins, fortifia cette idée que le pays aurait lâ sa capitale. L'instinct populaire, révélé par toutes ces traditions merveilleuses , ne trompait pas les hommes de ces temps. Aventicum était bien au centre du diocèse; il n'était plus au centre de Fune des deux nationalités nouvelles dans THelvétie disparue; mais il se trouvait placé au contraire la où se séparaient les races , et au voisinage dan-
* Elle n'hésitait pas non plas à voir dans les villages de Bérolle {berula^ brouette) et de Bière, les deux autres stations du bienheureux cvêque dans son derDier voyage. Brève Chron. , Cons.
' Comp. Euchat, Abréséetc, p. 9, et Le Chroniqueur, p. i75, 174*
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gcreux de la sauvage AUémanîo'. Ou voit dqi Marins se rapprocher de Tintérieur^ en restaurant et sanctifiant par une église la ville de Pajerne dont les ruines étaient an nombre des métairies de son patrimoine. Enfin, ayant été enseveli à Lausanne^ son sépulcre fut le sceau qui acheva de consacrer cette dernière; car Marins laissait un grand renom de bienfaisance et de sainteté. Né à AutuaS citéaustère, contrée mystérieuse» un des principaux centres de la Gaule druidique^ puis de la Gaule romaine, il était yenu vivre et mourir parmi les descendants de ces Helvétiens dont la gloire avait aussi illustré sa première patrie* Des souvenirs nationaux se rapportaient â sa famille : on le disait issu des anciens rois burgundes, fli plutôt son nom latin ne semblait indiquer une
* Le JViiKi Aftentïeensis était U contrée vague et ténébreuse appelée Odtitand, mot qui, peat être, aelon la conjeetnre Ae r Apologie, etc., p. ISft, «igniîe préci5émcnl|M|v ^Affeniiaim (Auecht* land), bien micnx que pars ^orient , ou ^h^b du désert comme on ezpliqQe amri ce nom mystérieux. Voy. ci-dessus , p. 138 3. Or, il s'agissait de donner un centre , non à rOt^tiiand, disputé par les deux races, mais au ÏTmldsàhlUmd oo Po^s Watd^nsibSt oii prédo. gainait l'ancienne natimudilé.
* On conservaif la vie de Marins d^Avenches dans l^glise d' Autan, mais cet ouvrage n'esl pas parvenu jusqu'à nous. Mém. des lascript. et Belles-Lettres. XXX1V,4I6. -«Buclial, Abrégé etc., p. 9.
filialion gauloise j doalia iradilioa^ ainsi qu'il arrive ordmairemenl^ se serait amalgamée avec celle des temps postérieurs. Au surplus^ comme le dil son ëpitaphe, son mérite le rendait encore plus noble quo sa naissance. Juste et loyal, frugal et chaste^ il fut le modèle des prêtres. S'il eut, comme on nous l'apprend encore, une foi sincère au souverain Pontife, cela montre qu'il était dans le yéritable esprit de son époque, eteomprenaît qu'il n'y avait de salut temporel que par r£glise. Dans ces âges ténébreux , d'horribles fa* raines venaient quelquefois désoler une contrée : Marius est du nombre des saints hommes qui nourrirent alors les peuples affamés. Ses jeûnes étaient la subsistance de ses ouailles, et le rassasiement des pauvres loi tenait lieu du sien. D'ailleurs, à Texemple de Joseph, il tenait prêts des greniers pour les jours de disette. Plus heureux que Saint-Bernard 9 ce grand abbé do dousième siècle, qui pleurait de n'être pas assez foiSt pour moissonner loi-mème les blés S Saint«Maire allant
* « Les frèret éUnt occupés à la mc^aêùa, istmmt il (Bomêi^d) ne savait pas manier la faucille, on hn «rdonna de s'assenii^ et demenrer en repot. U en fut extrêmement affligé; et ayant recours à la prière II demanda à Dieu avec larmes de lui donner la grftce de moissonner. La simplicité de sa loi lut exaucée » et dès lovt il a'tn ac«|uitle mienx qu'aucun autre. • Fleury, Hisl. ecclés.^ L. LX¥iî
de r une â l'autre de ses nombreuses métairies, les cultivait de ses propres mains. Le soir, assit sur la colline au bord des champs, et le vent du ciel caressant le vieillard de le fraîcheur d'en» haut, il sculptait PéraUe de même que le font encore aujourd'hui les bergers y (car il trouvait sans d(uite rarement â ciseler phts précfoiise matière), et le vase rustique allait oruer quelqu'une des églises semées de loin en loin dans la foret. Ou bien, rentré sons son toit champêtre, il s'affermissait dans la prière, dans les études sacrées, et notait lea événements de l'année par une de ces phrases brèves et tombant comme des sentences, langage naturel â un siècle â la fois vide et pesaut. Ainsi s'écoula celle vie, utile et belle mêmp sous les ombres de la barbarie* Son troupeau conserva toujours la mémoire de ce « Père pleâi?i de piéié,.,qui n'avait d'autres armes que la doucenr a, et quand sa chair fatigué eut trouvé le repos, les hommes de ces temps ne doulèjrent point qu'ayant perdu la terre il n'eut gagné lescieux*.
' Voy. son é|)itaphe dans le Cartnlaire de Lausanne, a. 601, dans l'Apolofrie pour Avenches, de Marquard Wild , p. 170, et dans 1^: tome XXXIY des Méii|. des Inscrip. et Belles-Lettres, p. 147'
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Ne méprisons points loutes surannées qu'elles soient, les deux vénérables figures qui se tien* neut debout a l'entrée du petit sentier de notre histoire. Heureux qui en peut citer d'aussi touchaiiles et d'aussi pures ! Et quels autres , que ces conducteurs rustiques et débonnaires, pourrionsnous trouver i la tète d'un peuple cultivateur^^ qui vit eu reclus dans ses champs 7
Alors, celle terre n'était pas dévêtue encore parle soc et la hache; la main de l'homme n'avait que* ça et là déchiré son voile de verdure. Une longue forêt prolongeait ses ondulations â travers toute fancienne Hetvétie, se dressant sur les montagnes^ se courbant avec les vallées,j et ne s'ouvrant qu'en humides clairières autour des lacs rendez-vous des chasseurs et des cerfs Dans son sein croupissaient de vastes mikrécages^ vers tes» quelis rampaient les nants ou bondissaient tes torrents. Au dessus de cette joyeuse draperie, les. pics sévères, les hauteurs mélancoliques, dTar» geut ou d'azur, semblaient s'élever d'un océan de feuilles et de rameaux, d'où les airs charriaient
* LouQ teiups après Charlemagne » le lac de Zurich était encore environné d'une forêt royale, protégée par les détendes les plus sévères. Muller, L. I, ch. 11 , u" 7. — Un bois antique s'étendaibt des rivages du lac des Quatrc-Caulous jusque dans les Alpes peu?>uiues. Id. ibid., u" 63.
plus sonTMi d-humidet et froids nusgsss» Fta^
sieurs parties de ce bois immense étaient là de loule antiquité^ débris d'uD âge où l'Ëurope fut la terre de décou vertes pour les hommes Tenus d'Orient. Mais à celte vieille forèt^ il ëiail repoussé déjeunes membres que la civilisatîoa dernière lui avaient coupés. Rome aussi^ avec son génie pratique et positif^ avait commencé ce que nous achevons aujourd'hui. Elle souleva et re» mua la terre en tout sens^ éclaircit les bois 8om«^ bres^ perça les çoUines, escalada les montagnes çt bouleversa les rivages des fleuves et des lacs* Mais son industrie était celle du glaive, iQonde qu'elle avait fait, disparut sous Içs pieds des QarbareSj»^ comme lia .vielle, neige spu^.ceux du printemps. Et la nature se mit partout a relever sa tête courbée. La forât étendit do nouveau ses bras; les ^uil rompirQot Ipm factices rivages: là où précédemment résonnait le chaut des lyres, on n'entendait que le. bruit du vent sifflant dans les murailles trouées, ou le cri des bâtes sauvages rôdant pour leur quête d^ soir. Mais ce n'était pourtant ces premiers siècles in-* connus où la terre fut enfantée; où il fallut que rhomme en fit la découverte, descendit des montagnes où il semble qu'il ait d'abord vécu, e| remplit les vallées et les plaines. La terre était vieille et l'humanité vieille aussi. 11 y avaitsan^
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doute de grandes lacuaes dans les popuiatious. Au travers d'eipaoes oonsidérabks^ le solétâil inhabité comme il l'est encore sur ces hautes cimes où le soleil ^Itive seul quelques, fleurs embaumées, dans ces bois inaccessSdes où le sapin ne meurt jamais que sous la foudre des glaciers ou du ciel. Mais la nature n'était pas lî» bre de son roi: il la foulait toujours. L'homme était toujours la> s apprêtant â relever ces ruines pleurantes et à redresser sa tour de commandement au milieu de la création* Dans cette fosse •boisée où était alors couchée l'Helvétie, l'homme, ce ver qui se nourrit aussi du tombeau, conti* nuait sa trace. La fumée des métairies mon« tait au dessus des branchages. La, c'était la cellule d*écorce d'un saint ermite faisant fl.eurîr le désert. Ou un monastère au milieu de dé^. frichements commencés. Ailleurs,^ une tour de pierre pour le mahre el ses compagnons, avec les appartenances, cuisine, bûcher, cellier, étable et chenil „ puis les huttes des serfe, accroupies et parquées alentour *. L'Helvétie bourguignonne était d ailleurs bien moins solitaire et sauvage que THelvétie allémanique. La nature Tavail recon-
* Millier, L. I, ch. Il, a* 9, sqq. qui rapporte ces traits ma Um^%, 4taCarlovingiais.
qutee, ma» de grandes ruines el des populations plus nombreuses arrêtaieutla puSssaule forêt descendue jusqu'à «lie. La plus haute colline de Lausanne portait une église et quelques maisons^ loi) gt^mps avant que la première cathédrale y fût éle- ▼ée ^ Prolhaisallait faire coupersesbois â cinq ou six lieues de là, et dans le Jura^ cemme nous le ferions aojourd'hui.sDu lac de Moral ^.qui était alors le lac d'Avenche^ au lac Léman ou de Lausanne , et du Jura stérile à ces. Alpes savoureuses où un oiseau que les peuples germaniques apprivoisaient comme le vautour et le faucon, la grue, vint «ussi nicher une seigneurie» bien des fermes des cabanes, des tours, des prés et des champs se relajraieat de vallons en vallons^ de solitude^n solU tude. Il est question, dans ces temps anciens, de plttsiwrs endroits populeux» qui depuis sont devenus chétifs, ou ont même complètement disparu. Me nous représentons donc pas, en ces âges^ not^e nature eomme tovfe hérissée d'une végétation sans frein. Si la culture de la vigne avait déjà, aux temps de Charlemagne, tondu quelque bandes de bois sur les rives delà Venoge % il est bien douteux qu'elle n^en eut pas fait d& même sur d'autres de nos coteaux où elle se plaît
^ Ruchat, Abrégé, p. lo. — ' Zapf, Mou. aiiccU., K*'. i.
davantage. Cependant les plus roidcs penles de La Vaux demeuraient alors sans culture, et Téglantine élevail toute seule dans sa blancheur vermeille, des treilles et des berceaux contre les rochers bruns du Oésaley. Les sapins reprenaient possession de Tâpre Jorat, dont les hauteurs paraissent avoir été jadis plus peuplées. Des chênes qui à leur dernier automne, ne purent semer après eux que leur nom ^, couvraient les bassins fertiles des vallons inférieurs aujourd'hui laboures tous les ans.
Notre destinée, on ne s en étonnera pas, a toujours été de £aire peu de bruit^ et de rester blottis dans notre coin. En cet temps, où Fhistoire a la confusion uniforme et le vague éparpillemeut du chaos^ il est bien plus difficile encore de nous apercevoir, et comment nous entendre? c'est â peine si nous existons. Nous sommes là, voila tout. Il y a cependant an trait constant de noire nature qui déjà se manifeste alors : c'est que toujours très*-mêlés, volontiers même submergés^ nous surnageons toujours, formant notre point <|u
^ Uu{];rand nombre de lieux liront leurs noms d'anciennes forêts de cliêne : Chêne, Chaoamte-le-Chène , Saint- Martin-du-Chène , Chanéaz, Rovray (robur) Rovéréa , Ropras ; à Lausanne ^Udsî, fa rue du Chêne.
milieu des flots. 11 ne s'agit pas seulement de la
Bourgogne, à laquelle fui souvent annexée noire vie : elle esl en effet un des principaux groupes entre lesquels se partage à cette époque le monde désordonné où dominent les Franks. On n'en indique ordinairement que deux : f Ostrasie^ ou la France orientale^ centre des populations germaniques dont elle représentai! les vœux ; la Noustrie, qui désignait la France occidentale, animée d'un autre esprit^ moins germaine et moins fran- . ke^ mais plus française^ en faisant iei de ce mot * un usage en grande partie anticipé. Je n'ai pas à dira les luttes de ces deux royaumes des Franks, la victoire des Austrasiens^ qui établit la famille de Charlemagne â la place de celle des enfants de Meervrig , ni la persistance de ce» deux rivales dont Tune, retournant toujours plus à la Germa* aie, lui porta la couronne impériale qui les avah un moment dominées toutes les deux. Mais il faut bien remarquer que la Bourgogne^ réunie a Tem* pire deft Franks comme royaume indépendant^ conserve toujours une place distincte, et sous une forme ou sous une autre, tend â l'accroître, pendant une longue suite de siècles. Tout en influant beaucoup dans la balance, entre la Neustrie c^l VOstrasie, sa plus forte impulsion était de s'en se^
parer ^, aiusi que le midi de la Gaule, dont elle aida sur ce point le penchant; elle l'en traîna môme dans sa sphère, à elle, plus nalurellemenl que la France du nord^ car elle était romaine comme lai. Et lorsque la France eai ressaisi l'unité, la dcrnicre et la plus puissante opposition lui vint de la Bourgogne encore. Mais quant â ce qui noaa regarde, il y a plus. Quelque chélifs que nous soyons â cette époque, et difliciles â trier dans le monceau, le doigl qui nous irouTe, est déjà forcé de nous «mettre un peu à part. Ce n est pas la France ; ce n'est même pas la Bourgogne : c'est la contrée de derrière le Jura (Lltrajuranum), et là, dans cette enceinte, c'est la peuplade Avmtlî* cienne (civitas Avenlicensis), le pays de Lausanne ou de Yaud. Ainsi s'expriment les chroniqueurs, Grégoire de Tours, Frédégaire,^ Aimoin, et nos chartes. Sous les successeurs de Ciovis, la Tr^asjurane a des gouverneurs pariiculiers, cqiples^ ^uçs, patriçes ^; elle est pidinairement un des
* Ceci état Mté depui* iMig^temp» e fai le bonbeur de le voir i:0Bfinné dm fe rcoent oan'afe âe ff^* Faaiiiel , Hisi. de la GauU méridUmtOe êou$ la âammatkm dêê conquéeant* Germains* (^9x'v^ 1896), 1M74. M.
'«Dent Tordre légal des choses en Burgondie, cet otfice de patrice, fî important qu*il lût, n'était néanmoins qu'un office dont les attributions tontes spéciales se bornaient au coinnunde-
premierê d^rés dé leur élévation» comme aussi
une amorce à Findépendance. Orbe, la vieille ciié helvétienne» est leur résidence principale ; c'est de là, qu'au pied des montagnes mais â portée de la cour» ils en suivent» en aident, en fomentent les partis» résistent an roi fainéant ou lui ménagent un asile, et qu'en même temps ils veillent d'asses près sur la gorge profonde par où dé-' bouchent des Alpes les rusés et avides Lombards. £nGn la Transjurane est complètement tirée â part» dans le démembrement du grand empire Frank-Carlovingien ; les tiraillements qu'elle dut subir pour arriver là, comme les ballotemenls qui suivirent, eurent toujours pour tendance finale de détacher notre patrie d'un trop grand centre où elle ne se plaisait pas» de la fixer sur elle-même» de faire répondre sa position politique à sa position gé<^rapbique » et â ses inclinations un peu vagues mais tenaces.
Charlemi^iie» aidé du puiièani héritage fondé pèir Peppin-d^Herislall , scui biiamil» avait 'w
aouvelé» moitié germain, moitié romain, l'empÎM d'O^dé'ni» moiliié enfant » moitié vieillard. Il iit tout plier» s'il ne put tout changer. QueU
rnenl des armées ; ce irétaii que le second du royaume, le premier était celui de maire da palais. » Fauriel • de la Gaule mérid. etc. , 11, 399.
ques*uD8, sans respect du nom immeiMe qu'il traîne depuis mille ans, et ne tenant pas assez compte des cfTroyablcs léuèbres que sa lumière a dévorées^ lui reprochent aujourd'hui le peu de résultais de ses travaux et, pour ainsi dire^ la puérilité de sa vigueur ^ Mais on oublie que sa gloire est moins dans ce qu'il a fait que dans l'instinct grandiose qu'il semble avoir eu par lâ de tout ce qu'on pouvait faire. Levé a l'horizon lointain, son bras est comme celui des prophètes, doni les coups ne sont que des gestes, mais bits dans Tavenir. Quelle force uc fallait-il pas d'ailleurs pour retenir un moment ce monde occidental qui s'échappait en tout sens? L'hivasion germanique s'était poussée à son dernier terme^ en arrivant a un empire, présidé par celui de ses peuples qui avait eu le plus grand génie et la meilleure fortune. Mais ce développement avait en même temps amené celui de rélémenl rival, l'élément romain, et hâté sa transformation, qui n'allait servir, en égalisant les forces, qu'à faire mieux éclater Thostilité première. Et tout le moyen-âge ne roule-t-il pas long-temps sur ces deux pivots : la papauté romaine et l'empire ger*
^ Parmi les conquérants il (aat distini^ner les petits qui sont cssenliellement acquérmàn, fort estimés des vulgaires sagesses, et les grands qai ne sont qae créateurs.
manique? Cbarlemagne, amateur de la double
antiquité qu'il avait derrière lui^ celle de sa race et cdle de la civtliaatioiii e^t un moment la clef de ces deux mondes, dressés l'un contre Tautre maift ne s'embrassanl pas. 11 pose sa main puis» santé sur le front des deux barbaries, la vieille et la jeune^ et modère leurs transports. £n vain bondissent-elles, le vigoureux et grave empereur n'en est point ébranlé. Mais après lui, tout s'écroule et chacun songe â soi. D'abord, les partages entre les héritiers : suivant le principe qui voulait une égale répartition du royaume entre les fils du roi décédé, principe de division déjà si fatal aux Mérovingiens, mais qui tenait au génie esscnilellement multiple de la race germanique. On crut pouvoir s'en tenir à quelques grands monceaux, Germanie, Gaule, Italie, mais on en vit bientôt paraître d'autres en sous-ordre, Aquitaine, Lorraine; et tous les descendants du grand Karl, de se disputer, après les gros lots, les petits : souvent ainsi les évèchés de Sion et de Lausanne, d'ailleurs importants â . cause du passage des Alpes, celui de Genève, l'hospice qui alors existait déjà sur le Mont-Jou, le comté des Vallésiens, le comté de Yaud jusqu'à la mer du Rhône S comme on ap-
^ Annal. Berlin» a. 839, apudDachesne, Hbt» Francor. scripto-
pelait quelquefois le Lémaù, servirenl d'appoint.
De cela tous les lieos de Tunité ne se brisaient
que mieux. Les fjefs, bien que dans rorigine ils fussent seulement la récompense militaire des compa* g lions du roi^ soldés en biens domaniaux prove* nant du fisc qui pouvait les retirer^ étaient devenus héréditaires. Puis ce furent les comtés^ d'abord gouvernements amovibles^ raainteuaal transformés en petites principautés ^. Quelques empereurs ne semblèrent réunir par hasard un moment tout l'héritage de Charleniagne que pour en signer la distribution* Chacun se fit un petit empire elM soi, le grand ne se trouvant plus. Les vœux des peuples étaient d'accord avec les ambitioM des puissants: on n'ayait^ par tant de frottements, appris à se mieux connaître que pour voir com« bien Ton différait les uns des antres. D'ailleurs, on était entouré de péril, menacé, attaqué, non pas dans une direction générale, mais sur tons les points a la fois^ du dedans et du dehors. Il n'y
1res, III, : » Gomiiatum Waldensem iisqne âd marre Rbodank »
* L'hérédité des Comtés fut signée par Charlcs-le-Chauve, l'année de sa mort, en 877. Desmichels, Hist. du moycii-à{Tc, II , 372. — Voy. sar le nombre creusant des fiefs du 9* au lO' siècle , Guisot, II, &33 sqq.
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avait donc plua qu'à se tenir ferme à sa place, à s'y bien serrer el à s'y bien défendre. Aux temps de la première invasion, les nobles gallo-romains s'étaient hâtés de munir de tours et de tourelles leurs Tillas élég^antes, de se construire des forts dans les montagnes, ou d'occuper ceux que les anciens chefs cehiques j avaient d^â perchés *. Les Germains, surs de leur vaillance, se bornèrent quelque temps â camper dans des fermes éparses au milieu du pays. Mais à la féodalité naissante il fallut des retraites meilleures : bien des seigneurs, d'origine gallo-romaine, étaient restés debout sur la roche avec les châteaux de leurs ancêtres ; on releva les vieilles tours désertes, on en bâtit de nouvelles, donjons rudes et sombres qui n*ouvraient qu'au milieu des murs une porte étroite, où l'on gravissait par une échelle qu'il fallait retirer après soi. Là, dans les vallons sauvages, sur les rocs solitaires, aux coudes des fleuves, se postèrent ceux qui avaien.t une proie à garder ou qui en attendaient une, ceux qui voulaient arracher leur coin de terje aux faibles mains des empereurs.
*• Faariel (Hist. de la Gaaie mérid. etc. , 1 , 5&7-563), qoi cite ce cariens paasage d'une lettre de Sidoine (Epbt. V, 14) ^ un noble Arveme : « Es-ta ans eanx thermales, ou bien visites-tu à la ronde les f orteresaM dMM les «iontii|[aes* un peu ciwberraité du choix entre celies ai oombrensès fpe tu possédei ? •
ou le proléger à leur place daus sou délaissement»
La parlie de rancienne Gaule dont les Alpes sont le flanc principal, el le Rhône la grande artère, ofFraient des facilités nombreuses â cette guerre d'émancipation féodale, comme aussi elle
était une des plus exposées aux aggressions du de-
commença. Un homme dont le nom singulier était alors fréquemment employé par les langues g^maniques, -où il signifie méchant, probablement dans le sens de malin et de rusé, Boson, gouverneur de Provence et comte de Vienne, allié à la famille des empereurs par sa sœur^ concubine de l'un d'eux, et par sa femme, fille d*uu autre, se fit élire roi dans les provinces de son 879. administration , depuis Ljon jusqu'à la mer. Parmi les vingt-trois évéques dont il eut Pair de recevoir le sceptre avec répugnance, se trouvaient ceux de la Transjurane; mais ici, il ne fut point reconnu ' : noire patrie se sentait assez forte pour faire ses affaires toute seule.
Une quinzaine d'années auparavant, la rébellion d'un seigneur avait déjà montré qu'il était facile
* Voy. Essai histor. sur la souvorameté do Lyonnais, au X^siècIe, par le baroa Fréd. de Gingins-LuMrras'(L7on 1835), p. IS« i n.
de rendre noire patrie indépendante , en môme temps que la répression de cet acte acheva la grandeur de la famille à qui il était jrëseryë de revenir avec succès à ce même dessein. Un Lother^ arrière-petit-iilsdeGharlemagne> apria avoir disputé â ses deux frères leur part d'héritage, et menacé de la tonsure le plus jeune, qu'il fallu! que les Grands lui arrachassent des mains * (ceci se passait au château d'Orbe), compta dans son rojaume passager le pays aitué entre le Mont-Jura elle Mont-Jou que nous appelons le Grand-Saint- Bernard. Il donna le gouvernement de ce duché â l'abbé Hughbert, prêtre belliqueux et marié, qui entr'autres monastères possédait celui de Saint* Maurice en. Valais Lother ayant épousé Theutberge, sœur de l'abbé, pouvait donc compter sur la fidélité de sou beau-frère; mais Lother avait une concubine, Waldrade, qu'il aimait avec une fureur aveugle et diabolique, car on ne pouvait croire qu'elle n'eut pas employé des maléfices pour Tenchanler ainsi ^ . Voulant se débarrasser de sa femme, il Taccuse d'avoir commis un in* ceste avec son frère, trouve des évèques qui déclarent le mariage illégitime. Waldrade s'avance,
• Ann. Berlin, a. 856, ap. Ducbesne, 111, 209. — ' Ann. Metens., a.859; ap. Ducli. , 111, 30j. Ann. Berlin , ibid, 222.— ' Ann. Meleii9.| ibid.» 306, Aun. Bcrtia. , ibiii. , ^15. —
escortée d'une foule de coinplaisaiils , reçoit 1« couronne^ el toute la cour s écrie que Waldrade seule est la reine ^ Le pape Nicolas I défend^ avec sa fermeté ordinaire^ Tépouse opprimée. Mais le débauché Lother ne reprenant Theulberge que pour la chasser de nouveau, Hughbert voulut en appeler a d'autres armes qu'aux foudres de l'E* glise. A la tête d'une troupe d'aventuriers, il se met en camp^igne, et pillant^ expulsant et tuant les partisans de Lotber qui occupaient les con« trées voisines, il distribue leurs champs et leurs métairies a ses complices. £n vain Lother envoiet-il a plusieurs reprises et mène-t-il lui-même une forte armée contre Hughbert : les rebelles trouvent toujours d'inaccessibles retraites entre le Jura et les Alpes pennines, où le roi et son armée ne pénètrent que difficilement par des vallées profondes, par des chemins étroits et sur les revers escarpés des monts ^.Uy avait alors une famille, dont le nom, déjà célèbre. Test devenu bien da-
' Ann.Bertin. 1.860, ap. Dach., lU, 2il. Ann. Met., a. 864j ibid.,50S-307.
' < Collecta praedonum valida manu Loca inaccessîbilia inler
Jurum et Alpes penninas seditiosis praebebant receptaculum , et régi excrcituique ejus propler concava vallium, et prserupta montium artissima itinera diificilcm ingresaum. » Ann. Met. a. 866, a p. Dttch., III, 3O9.
vantage depuis: celle des Welf ou Guelplie do Bavîire j puissants en Souabe el en Helvëtie. Mais lorsque le fils de Charlemague, Louis-le-Débonnaire, ayani convoqué devani lui les filles de ses principaux nobles ' ^ eut choisi son épouse dans celle maison^ elle graudil encore et partagea la gloire et les périls d'une telle fortune. La belle impératrice et ses deux frères furent une fois, passagèrement il est vrai, contraints. Tune à prendre le voile, el les autres à subir la tonsure. Mais leur Emilie, bien loin de tomber avec celle qui venait de contribuer à son élévation, s'afler-
missait par la ruine de cette dernière, et se préparait à la remplacer, s'il était vrai surtout, comme le pensent quelques-uns, que les Welf furent aussi la tige des Capétiens. Quoi qu'il en soit, lorsque dans les Pays de Vaud et de Valais, l'abbé
*«.... Undequaque addacUs Procerom filiâs inspiciens ( Anon. Atlron. , a. 810), accepit filiam Welfi dacû (oT. Welfonis, Welpi , Hadpî» comitis), qui erat de nobilissima stirpa Bavarorum^ et Bomen virginis Judith, qui erat ex parte malris nobilissimi generis Sazonici, eaioque regioam conatitait. Erat eDÎm pulchra valde (Thegan. , XXVI, ap. Dnch. • U • ^80. ) • .. . pvlchra nîmis, et sapientisSorîbns optime mstmcta » ( Ann. Blet. , a. St9). Instruite , miuiciemie, éloqaente , icracieiiae, et d'une àme ferme, telle était une des filles de cette maison qui devait trouver un rojaume dans nos contrées. Voy. Michelet , Hist de Fr . , 1 , 300, 36t ; Faariel , De la Gante méridionale* IV, 9S.— Bochat, Mém. XIV, a rassemblé les preuves de Tidentité des WelC et de l^, faniille des rois Transjav raina.
Hughberl doanail Uni de peina au roi Loiher, celui-ci dirigea contre son ennemi une nouvelle armée qu'il remît au commandement d'un Welf, le comte Conrad. Forcé ou attiré, Hughberl descendit dans la plaine avec sa bande : on se battit pourtant au pied des montagnes, près d*Orbe % au débouché d'un des principaux chemins par ou Ton passait do l'une des Bourgognes dans l'autre : il serait permis d'inférer de cette circonstance que les insurgés s'étaient portés la pour défendre Orbe et le passage, comptant sans doute, dans le cas d'une défaite, recourir derechef aux nombreux et roides vallons de l'intérieur, puis aux dernières hauteurs qui les dominent. Mais Hughbert fut tué dans la bataille par Conrad, qui hérita de son duché, et sa mort mit fin â tout es- 866. poir de prolonger la résistance. Vingt-deux ans après, Raoul, ou Rudolf- Welf, fils de Conrad, ayant convoqué a Saint-Maurice quelques-uns des principaux de la noblesse et du clergé^, se mil la couronne sur la tète, et se fit appeler roi du
* Ann. Met. » a. 866, ap. Ducliesnc, H, 309.
•Rodulfus, filius Chuonradi, provinciam iiiler Juiani et Alpes penninas occupât, et apud S. Mauriciura, accilis secum quibusdaiu primoribus ,ct nonnullis sacerdolibus , coronamsibi iniposuit, regem(|ueseappcllarijusâit. AnD. Met., Duch., III. 32&.~HrolhlhuuU
pays si lue entre le Blont-Jarm et les Alpt» peu- BincB.
Nous voilà presque revenus au seul champ de notre pairie Yaudoise, dans laquelle nous devons, autant que possible, renfermer nos récits. En si peut nombre que soient tes faits qui lui appartiennent exclusivement dans la période que nous venons de traverser, j'ai du, pour suivre le ù(kU, eu laisser couler quelques-uns qu'il nous faut reprendre maintenant, avant d*aUer plus loin. Je n'y saurais mettre d'autre liaison : ce sont de petites anecdotes que l'histoire roule, mais qu'elle ne fond pas avec le courant. — Depuis saint-Protbais , saint-Romain , saint-Maire, et le siiième siècle, révèché de Lausanne, â part un ou deux noms, traverse bs. tempa. mérovingiens dans un silence qui assurément ne fut pas celui dt^la paix. On n'en entend plus parler, mais on ne l'oubliait pas. Comme la pauvreté, la barbarie tient d'autant plus à ce qu'elle possède qu'elle possède peu. L'évéché de Lausanne n'était pas si modique, qu'il ne pût convenir au beau-frère de Charlemagne lui-même, Udalric. Le peuple élisait son
tiilfr"^»"» partem regni accepil. Fngm. de regno GaroU Grai»ia «p. Ducbesne» II*
évèqae de concert avec le clergé ^ : celle Domina'
lion se faisait rarement sans dispute; mais Udalric trouva aans doute a Lausanne de dociles suffrages, car il était le frère de la belle Hildigarde aux joues de lys et de roses, la mère des rois et des empereurs El cet évèché ne fui pas sa seule richesse. Mais quand Timpératrice fut morle et promptement remplacée par une autre, le pauvre Udalric, dont la conduite n'était d'ailleurs pas bien nette, demeura sans crédit ; en un instant il se vit dépouillé. Pour prolecteur, il ne lui resta que le bouffon de la cour, qui, usant de son franc-par- 1er, dit un jour tout haut, de manière à se faire entendre de Charlemagne : a Voilà ce que c'est que de perdre sa sœur ! Udalric a aussi perdu loua ses honneurs de TOrienl jusqu'à rOccidenl. » Sur quoi le très-miséricordieux empereur ne pouvant retenir ses larmes , rendit à notre évêque tout ce qui venait de lui être ôté \ — Mais Orbe,
*Rochat, Abr. 7. CMp.Maller, L. 1, ch. tl , n. 100. XII, n. la.
' Paat Warneirid. de £pisc. Metens. » Epilaph. Hildegardis :
Gnjiis havd teneram possunt aeqnare decoreoa SardonÛB Pario, lilia mnta roiit.
Monach. Sangall. Lib. I, c. ik : Udairiciu, Iraler magnae Hildigard» genitricû regum et imperatorum.
'Monach. saugall. ioc. cit.: Quidam scuira iu auribus miicri-
et' noo ÏEvèchë, est ce qui attirait alors le plus
raUenûoQ sur notre pays \ Déjà importante par sa seule position , elle l'était en outre comme principale place de la contrée qui formait le lien entre le centre de la Gaule et Tllalie. Elle fut ainsi témoin de bien des événements célèbres dans ces temps obscurs. Donnons un souvenir à celte Theudelane qui lit bâtir sur l'Orbe un pont hardi mais éclipsé par celui que nous y avons jeté de nos jours, ôa grand'mère^ Brunebaut^ en construisant aussi des chaussées^ espérait regagner la popularité qui s'éloignait avec horreur de la rivale de Frédégonde. Theudelane y réussit mieux » puisqu'on nous dit que sa mémoire a précédé daus les traditions celle de fierthe^ qu'elle semble annoncer au peuple qui a tant aimé le nom de celle-ci. C^est â Orbe et dans les bras de sa pelite-iille que l'on vint prendre Brunehaut pour lui faire subir cel épouvantable supplice^ où après trois jours de torture « dont heureusement Thistoire n'a point
cordbsiini Caroli proclamavit : « ]Sui)c habet Utialricus honores perditos in Oriente et Occidentc, deiuncla sua sororc. » Ad quae verba illacrimatus — Voy. Manuscr. de Moadoii , a. 8o&.
* M. le doyen Bridel a inséré dans le Cous, suisse, V, 303 sqq., des Notices historiques sur la ville d'Orbe, où il a épuisé tout ce que les chroniques peuvent fournir sur ce sujet à r<eil le mieux ^ercé.
8u OU poiaiosé ré vêler les délails, elle fut attachée i la fois par les cheveux, par un bras et par 'un pied, â la queue d'un cheval indompté^ qui la traîna longtemps au galop » elle ou Thorrible jo ne sais quoi qui restait d'elle. » (Fauriel). Un spectacle qu'Orbe voyait souvent, c'était celui du passage de quelque empereur vacillant, qui s'en allait à Rome avec une armée pour protéger son élection, puis en retour celui d'un légal apostolique qui s'en allait en France ou en Allemagne rappeler que le pape voulait aussi un empire : tantôt il amenait a Rome ^ pour y faire pénitence, la maîtresse arrachée à un prince adultère, et ce fut une fois la belle Waldrade * , ainsi promenée en triomphe d'humiliation â travers la province deTabbé Hughbert, jusqu'à ce qu'échappant â ses gardes et chevauchant vers Lolher, elle eut repris sur lui son ascendant; tantôt, c'était au contraire une épouse fugitive, courant le monde avec un serviteur dont elle s^élait éprise, et rattrapée par renvoyé pontifical , qui se laisse prendre â ses belles paroles et un beau jour ne la trouve plus. On a ainsi les premières données et comme la ma-
■ Ann Bertin , a. 868 : WaMrada versns Urbam Voy
( Ann. Melens. a. S66) \eê aventures d'En^riltrude qui fut excommitoîée « quia proprlam dimiserat marilom et Wangerum fama-» lam iaiim in Galliai secnta fuerat. »
tiëre brute de la chevalerie errante dans ces avealures qui firent «lors grand bruits et remplissent
plus l'histoire que rcrection obscure d'un royaume où Ton ne yoyait guère qu'un fief nouveau* Mais donner quelque frein moral a la violence de la féodalité qui brisait tous les liens matériels, cir* conscrire les volontés désordonnées de la chair pour en venir à bout, d'une société dissoute sauver au moins rinstitution de la famille en limitant le droit d'en avoir une, d'une terre trop forte arracher ce qui menaçait de rétouflTer , telle était alors la grande affaire , les hommes en avaient le pressentiment, et l'Ëglsse songeait â l'accomplir. Tout cela passait par ici, épouses fugitives, beaux yeux pénitents, princes libertins, légats de cette chaire où il ne manquait plus que la voix de Grégoire VU : on donnait un coup>d'œil au lac et aux montagnes, de longs regards â ses passions, peu . d'attention â son cœur, et Ton faisait le voyage d'Italie. C'était comme de nos jours.
Il arrrivait alors d'autres événements qui avaient un intérêt tout particulier pour nos ancêtres et venaient fréquemment exciter leurs alarmes. Ce n'étaient pas les aventures de ces
temps, c'étaient leurs calamités : pestes, famines, hivers longs et rudes couvés dans les forêts,
crues des torrents, débordements de la guerre;
les hommes avaient beau se cacher dans des deserU où la hache était mise à peiae^ ils n'y échappaient point*. Une haleine empestée suivit dans nos Alpes les visiteurs hostiles venus du midi. Les montagnes mêmes se montrent sujettes au destin universel. L*an 563^ on ou'il un mugissement extraordinaire qui se répéta pendant deux mois de suite : enfin le Léman reçoit le cadavre d'un de ses gardiens de pierre ^ et les eaux, élargissant leur sein pour le recevoir^ roulent dans le même abîme les ruines de la nature et les ruines des hommes'. En outre> cette contrée que son lac envahissait donc aussi^ écoutait avec angoisse le flot croissant d'invasions plus terribles encore. Des hordes, impatientés de l'immobilité oii la barbarie commençait de s'asseoir, se remettaient eu marche à travers les forets, pour voir s'îl n'y avait donc plus rien sur la terre à conquérir» D'abord, les AUemans et les Lombards: les premiers, pous«
* HepifUnni monacb. S. Galli Annal.,a.709: bieins dara ; a. 710: annus dnru5 et deficiens Iractus ; a. 712: aquse inundaverunt valde.
' .. . cam par dias ampliua sexagtnta nescîo quem mogîtam daret. . «
(Greg. Toron. L. lV,c. 5I) VicosMliquissimos cuin hoiiiio.i-
nibas cl pecoribos vastavîi ( Mar. Chf on. ) — Trente moines, probablement de Saint-Maarioe, allèrent fouiller l'éboulis, espérant y faire quelque précieuse trouvaille : la montagne se mil à mugir . comme auparavant ; ne s'élant pas retirés » elle tomba sur eni , et tes engloulit. Grcg. Toron ibid.
sani leur chasse le long de la ligne du Jura^ les
seconds montant par les cols des Alpes. Bourguignons cisjuraias et transjurains se rassem* blaieni à Orbe afin d'aller leur fermer le Valais, par les gorges ^ duquel Us ne craignaient pas de s'a* venlurer. Us ayaiettt toujours le traipa de se jetter sur le monastère de Saint-Maurice et d'y faire du dégâi : une fois ils y prirent poste un grand nombre de jours* Puis les alentours de Bex étaient ordinairement le champ de bataille. Fréquemment battus par ce patrice Mummolus qui sup* planta si bien son père , et dout le seul nom les faisait fuir^ ils le furent près de Bex surtout par le patrice Theudefried, et achevés, après la déroute» par les montagnards* De nos jours le dessèchement des marais met quelquefois a sec des armes qu'on croit être les leurs. Dès la lin du sixième siècle refoulés au delà des Alpes, ils passèrent à leur tour sous l'empire des Frauks. Mais les invasions ne sont pas à leur terme : â l'horison s'élève la poussière du galop des Maures.
Au^ temps où la Transjurane se rendait indépendante^ il y avait tantôt deux cents années que
* Osiiola , Fredeg. LXVIIL— Marii Chron.- Rachat dit qu'il y a dans le territoire d'Aigle un quartier de vigne appelé la bataitte
des Lombards (?).
Ton entoadail parler de ces hommes terribles qui se flattaient de planter sur toute la terre le Croissant à la place de la Croix ^ de dominer TËurope comme TAsie^ de ne faire de la Méditerranée que le Taste bassin où se baigaerail leur Empire^ et des Alpes qu'un des bras de cet immense corps dont les Himalaya seraient Taulre *. De jour eu jour s'était grossi leur bruit lointain. D abords ç'ayait été la nouvelle qu'un des royaumes de la Chrétienté disparaissait sous eux; puis> on avait su que franchissant les Pyrénées^ ils étaient entrés dans Tempire des FrandJ, la grande terre comme Tappelaienl ces chercheurs de butin* Bientôt^ on ne tarda pas a être informé qu'ils prenaient pied sur le Rhône, dont les rivages inférieurs voyaient partout s'élever leurs rebaih ou forteresses de guerre. Deux fois, ces infidèles avaient pu joindre â la liste de leurs exploits le saccagement de Loudoun^ ou de la cité qui était pour les Chrétiens la métropole de toutes les
*Pour ce qui suit, sur les Sarrasins, je dois citer avant tout cl d'une manière générale le récent ouvrage de M. Rcinaud, Invasions des Sarrasins etc. dont je me suis beaucoup servi. Yoy. aussi Fauriel. De la Gaule méridioDale, X. 111, et Desmicheis, Hist. génér. du mo^en-âge, T. IL
*Lyon, Rcinaud, p. 30, 57. Voy. sur les noms donnés^par,lcs Arabes aux coulrées européennes , id. p. 8, et Faurieli LU, Ok, 05,
églises des Gaules. Le Marteau des Franks avait ^ il est yraij brisé leur oi^ueil* Mais plus d'on gaerrier bourguignon s'était trouvé a Roncevaux * ; et si l'Espagne maure détachée du Khalîfat de Bagdad> devenu en conséquence ami des Franks, ne pouvait plus reprendre les projets des premiers Musulmans qui pénétrèrent dans les passages des Pyrénées, en revanche les Gaules étaient exposées aux courses des émirs vagabonds qu'un centre commun ne retenait plus ; le refroidissement de Teuthousiafiine religieux n'ayail qu'enflammé toujours mieux la soif du pil* lâge. C'était maintenant par la mer qu'arrivaient les Sarrasins^ bandes mélangées d'Arabes, de Berbers, de Musulmans, de Juifs, de renégats chrétiens, et d'hommes sans patrie, enfants de la guerre et de la captivité. Débarqués a Tembouchure d'un fleuve, de ce Rhône surtout qu'ils sayaient s'insinuer profondément dans les terres, ils serpentaient de là de montagne en montagne, grâce à leur audace et aux divisions innombrables qu'ils trouvaient sur leur cbemin, les aidant et en étant aidés. Un bruit confus de ces choses s^était répandu le long du Rhône jus« qu'aux lieux où il prend sa source. Des évêques,
* Ano. Metens. a. 778: Fauricl, lU, 338.
dépouillés par les Barbares» araienl cherobé ua
asile dans ce monastère de Sainl-Maurice * que ron^croyaii douhlemeat défendu par sa samteié et par sa situation a l'entrée d'une gorge des Alpes. D'autres fugitifs étaient venus se joindre à eux el confirmer les terribles nouvelles : Com« ment les Sarrasins enlevaient les familles et trouvaient dans ces captures leur meilleure industrie de guerre, et leur plus riche bulin ; que de grandes dames avaient été emmenées en esclavage et vendues de marchés en marchés ; qu'un guerrier étant venu avec ses amis au pied de la forteresse des Maures leur redemander sa mère. Os amenèrent la vieille femme sur le rempart, et lui coupant la tête, la jetèrent â son fils en lui criant : « Tiens! voila la mère ' ! Et que pour /ijouter le comble à ces maux, il se trouvait parmi les Chrétiens des hommes pervers liés d'intérêt avec ces redoutables étrangers. On avait vu des femmes chrétiennes embrasser avec enthousiasme la foi
^Reinand. 6, m,
* Voir ibid. p. 2j, l'hisloirc de Dadon , raconlce d'après le poème d'Ermoldus Nigellus. — Lampèfçie, fille du duc d'Aquitaine, fut mariée par sou père à un émir révolte, prise par|.\bd|etRahmari et envoyée à Damas pour le harem du calife. Fauricl , III , 1 IG , 117, Reinaud, 58. Sur les nombreux partisans que les Sarrasins se firent parmi les Chrétiens, Reinaud, 170, 182 , 237, 2iW). — Sur le commerce d'esclaves blancs, id. 236, Miiratori» Dissertât. ZO, el PauL Warnefr. de ge«t. Laogobard. L. J, c. i.
vMgimw de ai hardis vainqueurs deveaus leurs époux ; et les fils nés de ces mariages étaient encore plus terribles que leurs pères. Point de pitié> mais seulefenent rançon. Quand une bande avait fait bonne prise^ elle allait la vendre a la ville Toisino, car il y avait alors une immense traite des blancs. Ces pirates faisaient moins de ruines que leurs confrères d'invasion ; mais ils apportaient Tesclavage pire que la mort. Notre pairie voyait donc s'approcher ces redoutables hôtes. Heureusement^ elle s'était fortifiée de bonne heure en surmontant d'autres périls.
Quand Tarbre carlovingien fut par terre, ceux qui l'avaient déraciné ae mesurèrent alors des yeux. Tant de rois n'étaient pas disposés à demeurer en paiz^ Rudolf s'étant fait place dans ce qui avait autrefois appartenu aux Lother, trouvait que le reste de leurs possessions devait lui venir aussi ^ il parait àvoir eu de nombreux partisans^. L'empereur Aruuir, roi de Germanie,
* Fragm. de regn. Car. Grassi , ap. Ducb., II, 49S : tanta et talai régna non inter ta pacifiée senraverant.... inter se belltgcravere...
' Ann. Metens. ad ann. 888 : auaaionîbutf poUcidatîonibusque episoopornm ac nobilium virorum mentes in sui favorem denmlcet.
et son fils Zwealibold^ bâtard comme lui, personnage qui laissa un long souvenir de méchanceté rusée, possédaient ce que Rodolphe enviait. Le roi transjurain les gênait d^ailleurs dans leurs projets sur l'Italie. Us ratlaquèrent, le fils par la Haute-Bourgogne, le père par les Alpes situées entre Télat pauvre et montagneux de leur rival et les riches plaines des Lombards. Saint>Mau<- ' rioe et Bex furent comme â Tordinaire les pre» miers frappés. Que Rudolf ait ou non voulu défendre ce défilé célèbre, il ne pouvait pas tenir long-temps dans le pays inférieur : Tabandonnant donc â l'armée d'Arnulf , il se fit des Alpes nn bouclier, et retiré dans les hauteurs laissa passer le torrent. Le Pays-de-Vaud fut inondé et ravagé, Lausanne abandonnée : on fuyait dans les bois^ derrière l'Aar ou sur les montagnes. Voilà l'incendie qui serpente le long du Léman de colline eu colline. Mais la-haut^ sur uuc des crêtes ombrageant le lac et dominant la plaine, ce n'est pas seulement le foyer des pâtres], ce point lumineux que chaque nuit cloue au front des cimes : c'est sans doute aussi le bivouac élevé de Raoul et des siens. Les ennemis déconcertés essaient de s'engager sur ces roches; mais il feiut suivre les chamois pour en apprendre les sen-
lîcrs*. Le roi montagnard au contraire, et aei guerriers avec lui^ y posent un pied rapide et s&r ; descendant sur Tétranger par ou il ne peut monter jusqu'à eux^ ils lui portent brusquement un de ces coups pesants et roides 'dans lesquels les peuplades helvétiques ont loujours trouvé leurs succès. Les sympathies des habitants demeurés en bas> les captures de butin sur les ennemis, et la conservalioa du Haut- Valais 9 échappé a Tinvasion'^ facilitèrent ce genre d'hosiililés contre des troupes qui d'ailleurs ressemblaient encore beaucoup a des hordes, et en- • tendaient mieux la dévastation que la guerre. Et surtout il se trouva de ces cœurs résolus qui ne craig^nent ni la mort ni la vie. Us lassèrent des projets où l'ambiliou déçue parait s'être transformée en une haine violente, c Tant que vécurent Aruulf et son fils, dit un chroniqueur, ils s'acharnèrent sur Rudolf, mais ils ne purent en
* Solis U>icibiis p«rvia tuiit. Ami. Met loc. cit.
' Muller, L. I, ch 19 , n. 40. Voy. aussi Bridel , Cons. suisse. V, :^7.— Une petite Iroape, sorlie des vallées de laGruyèrd et de la T^roie supérieure, fit un de ces coups de main sor l'arricre-garde de rarmée allemande. Ce n'est sans doute qa'une tradition, mais précieuse, si elle a quelque fondement, pour donner du |our sur le théâtre de ces faits glorieux et obscurs.
y^nir à boul^ ui, eaiassani les armées^ s'ouvrir les montagnes * .
Après rafbrmissemenl du nouvel é\B%, son agrandissement et ses conquêtes. C'était un trèspetit royaume 9 dont le Pays-de-Vaud formait assez bien le centre avec une bordure plus ou moins large dans les Alpes, le Jura et derrière FAar. Il en était surtout la partie la plus claire et Ja plus sure : celte espèce de sentiment, d'instinct traditionnel > qui noas porte â voir dans PHelvétie romane le représentant de ce qui fut alors le royaume de la Petite-Bourgogne, bien qu'exagéré sans doute, n'est pas sans vérité. Le Jura et les Alpes valdo-valésiennes, voila les deux jalons les mieux marqués de l'héritage que le premier Rudolf s'était fait. Ne nous étonnons pas de cette étroite enceinte: tout se divisait; les grands royaumes n'existaient que de nom. L'essentiel ^ était d'en avoir un bien â soi, d'abord, puis ra« massé et dans un bon poste. Raoul était aimé, et victorieux, mais la situation de ses états n'était que trop belle et trop faeile ; si bien â portée de
c OmnilnisdttbiM vitaaiue Arnulfiu'et Znentiliolcus filius ejus . eomdem Bodalfam perMcnli laiit, nec tameii eam laedere potucnml.... > Ann. Met. , , toc. dt — n»id. a. 8M.
toul^ que loui ruouvemciit lui était permis^ mais aussi qu'au moindre où il réussirait^ ce royaume se déborderait lui-même. C'est ce qui arriva. Le second Rudolf se trouva être un conquérant aana beaucoup de peine, avec beaucoup moins surtout que son père n'en avait eu à être roi. Vaincu par un de ses voisins^ sur qui il avait d'abord tourné ses prétentions^ Burkard^ duc d'Allémanie ou de Sooabe^ il leur convenait si bien d'être amis, que le vainqueur lui donna sa fille, fiertbe, i elle seule un trésor. Disposant des vail* kntes races montagnardes*, il descend en Italie où l'appellent les partis, car « les Italiens faisaient ensorte d'avoir toujours deux maîtres afin de brider l'un par la terreur de l'autre^ il y règne quelques années avec farce et puiasanoe va et vient de son second royaume au premier, sans pouvoir songer â les unir. Il gagne d'abord toutes les voix; puis les Italiens, après l'avoir appelé contre son prédécesseur^ contre lui en appellent un troisième: c'est un bourguignon aussi, mais provençal, moins rude cl moins superbe que le roi des Alpes ^, et plus délié, mieux résignéà Tastuce, corrompu, assouvissant ses passions
■Chrou. Farf. ap. Duch. , lU , 6G9.-> * Ltalpr. t. II, c. 17» 18.- Md.,L. II, €. 16,L.m, C.5.
mm
brutales pour servir ses intrigues et ses plans, se
disant amateur des belles idées, moins barbare que les autres Transalpins déjà reg;ardés en Italie avec mépris. Tel était Hugues : s'il se fil délester, il était homme à n'en pas tenir compte. Les Italiens voulurent le jouer de nouveau par Rodolf, comme ils avaient joué Ilodoii par lui : Hugues les prévint ; abandonnant â son rival le royaume de Provence où la mort du fils de Boson avait achevé de lui laisser le pouvoir suprême, il fut tranquille de ce côté. Rodolf se trouva ainsi' être un grand prince; le don de la sainte lance, conservée dans l'Abbaye de Saint-Maurice, lui avait en oulre obtenu, dit-on, de l'empereur Henri rOiseleur la cession d'une partie de THelvétie allemande'^ s'il élait permis de croire â tant de désintéressement dans la dévotion des rois. Il vécut désormais dans son royaume, héritage plus envié mais moins sur. Quant â Hugues^ lorsqu'il ne fut plus qu'un vieillard dont sa famille était lasse autant que ses sujets^ il revint eu Bourgogne, non sans emporter ses trésors, et se fit moine Voilà une des grandeurs de cette époque. Les mœurs étaient d'une corruption atroce, plus sérieuse et plus lourde en deçà des monts, plus légère et plus
^ Voir Bocbal, 11, 254, 563 «q^i*— ' CLron. Okulu. , LXIV .
aiguisée chez les Italiens qui faisaient consister leur mérite à jouor avec la barbarie : le principal * historien de ces temps^ Liutprand, ne peut échapper à leur naîvelé sauvage^ nul f ré ses eiforU pour faire du grave et du brillant: trahisons, violences, frénésie de l'or et du plaisir^ tels sont les mots écritsâ chaque page ; il ne but pas s'avancer beaucoup dans le récit de la vie d'un peuple pour se trouver en pleine humanité. Sans doute il j a quelque chose de fort dans cette horrible licence, etde grandiose sur ces figures de démons. Si toutest couché à plat dan» Tombre, on vôit pourtant se lever et se baisser quelques tètes qui vous font tressaillir. Rudolf passe et repasse les monts avec je ne sais quel emportement sauvage, qui nous le grandit dans son obscurité. Vainqueur, et courant à Pavie, t la bonté de Dieu, dit-il a ses Italiens convoqués, m'a donné le trône; maintenant j'ai mis dans mon cœur de le confier a votre foi • pour aller revoir la Bourgogne, ma vieille patrie. » Et il repart. A son retour, îl les trouve , é^^ques et seigneurs, enflammés damour pour la belle Ermengarde, marquise d'Ivrée, et divisés par elle. Assiégeant Pavie, Rudolf reçoit de nuit par le fleuve un avis où la perfide sirène mêle la coquetterie aux menaces. La nuit suivante, le roi ayant renvoyé tout le monde, sort secrèlemcut
de sa teulc, se jelle dans un canot et vient se dooaer à Ërmeagarde qui le trompe. Le matiu venuj les gardes entouraient le pavillon royal dans un profond silence ; les chefs arrivent, bien étonnés que le roi dormit si long-temps. Point de réponse. On entre, point de roi : ils le çrureni enlevé ou mort. Survient un messager» qui les avertit que le transfuge se dispose à se jeter sur eux avec leurs adversaires. Us eurent bientôt décampé 5 dit rbistorien ^. Burkard était encore plus mal à l'aise que son gendre au milieu de ces races mobiles du midi : allemand et guerroyeur infatigable, il regarde avec hauteur ces Italiens, proie des hommes du nord. Venu au secours de Rudolf il voulut lui regagner Milan ^. Comme il chevauchait le long des murs de la ville, où il ne s'était pas encore présenté en ennemi : « Je me a moque de la force de ce mur et de sa hauteur, s'écria-t-il en se tournant vers ses compagnons d'armes : si je ne lais pas monter les Italiens sur «de vieilles rosses, et avec un seul éperon, dites « que je ne suis plus Burkard. a U avait parlé en allemand; mais un mendiant qui savait cette langue, se trouvait là, tout couvert de haillons, et rapporta le fait. On s'arrangea pour tuer ce van-
J.iuipr. L. l\ , c. i:' i L. JUI , c 3 - ' IJ. , L. m , c. 4.
lard: uu matin qu*il partait deKovarre^ on se jeta sur lui 5 et tombanl avec son dieval dans le fossé delà ville, il y fut percé de coups de lances. Ce sont aussi de vives et curieuses physioiaomies que celles de ces Italiens qui font semblant de ne pas être des Barbares* Us reprochent aux Bourguignons • ces anciens esclaves des Romains dont ils sout devenus les maîtres, leur gloutonnerie et leur fierté, et jusqu'au bruit de leurs voix hautes et pleines. » Mais qud est Fliomme qui tenait ce discours? le petit-fils de la concubine d'un pape, et le fils d'une mère qui à ce rôle avait joint celui de meurtrière de sou pontifical amant Hugues les dominait dans la débauche, comme dans la politique et la guerre. Il fît violence a sa bru , au moment où il venait de la fiancer. a son fils ^. Partout, dans les châteaux et dans les villes » il . avait des écouteurs pour lui rapporter les paroles inconsidérées échappées sur son compte'. Tout le monde était terrorisé, et n'osait plus parler do
* Lmtpv., L. UI> c. 12; L. U, c, 13.—* Cbton* llov4lk., Lib. V, c. S".
' iâ., ibid. — Charlemagne faisait Fespion lai-même. Son palais d* Aix-la-Chapelle était constrait, comme «ne de bos maisons de force, de telle façon qoe Temperettr» à travers les barreau de sa galerie» pouvait voir tous ceux qui entraient et qui sortaient : ei ntquaquam ab ocuUb œutiêtimi CarcHvaHereni abseondi* Monach. Saagallens. L. I , c. 5S.
lui qu'à couverl; mais on s'entendait par aiguës, et cela auffisait pour lui dresser des complots. Telle était la politique d'un roi du dixième siècle. Bien loin d'exterminer par le glaive les hordes étrangères qui piétinaient sur l'Europe, il se conlenla de payer les Hongrois pour qu'ils laissassent Tlta* lie, et les dirigea sur l'Espagne. Il traita encore mieux les Sarrasins: les chassant et les rappelant selon qu'il les craignait ^ il fut sur le point de détruire leur principal repaire^ et quand il eut mon* tré qu'il le pouvait^ s'arrangeant avec eux^ it les plaça contre ses rivaux, mais dans le meilleur poste que de tels ravisseurs pussent désirer, au sommet du Grand-Sain^Bernard
Ces derniers se trouvèrent ainsi menacer notre
patrie du haut mùrae de ses relranchemenls , et en position de la harceler de tout coté. Les descentes des pirates étaient devenues une invasion sur un plan étendu, depuis qu'ils avaient acquis une retraite fixe et assurée, celle que Hugues avait fait mine de détruire. C'était le château de Fraxinet, situé au fond du golfe de Saint-Tropez dans la mer de Provence. Vingt pirates Maures partis d'Espagne, sur un mauvais esquif, et poussés là
* Uut pr., L. V, c 7, h, Beinaud » 17S.
par le yenl, y débarquèrent sans en avoir eu
rinteutioD. La nature avait déjà fortifié ce lieu^ d'un côlé par la mer^ et des autres par une foret de frênes^ épaisse et épineuse^ qui aujourd'hui a disparu , mais en laissant dans la contrée le nom de Forêt des Maures. Ayant massacré les habitants du village voisin , ils résolurent de profiter de cette position» et envoyèrent demander en Espagne cent compagnons^ qui furent bientôt suivis d'un plus grand nombre. Des restes de murs et une citerne taillés dans le roc témoignent encore aujourd'hui des travaux formidables dont ils assurèrent leur asile. D'ailleurs» afin de rendre la foret plus impénétrable, ils se firent mutuellement défense» sous peine de la vie» d'en couper une seule branche. Si quelqu'un se (ut hasardé dedans, il se serait trouvé tellement embarrassé d'épines et de bi^oussailles qu'il n'eût pu ni avancer ni reculer. On ne laissa pour issue qu'un seul sentier très-étroit. Entre eux et les seigneurs provençaux toujours en guerre, ce ne fut bientôt plus que 'vols et massacres; les terres fertiles étaient changées en déserts , et les lieux habités én solitudes. Précisément à cette époque» le premier Rudolf se faisait roi vers les sources du Rhône. Avant le milieu du dixième siècle, les Sarrasins» ayant pénétré par toutes les gorges des Alpes, eu Dauphiné» dans le Piémont» le Hont<«
ferrai, les vallées de Suze, de Maiirieiuie et de TarauUise, éuieai desceodus dans le Valais et le Pays-de-Vaud. Saint-Maurice fut pour eux un de ces postes de rapines, qu'ils allaient élevant de défilés en défilés, quand ils n'y tréuvaieni pas déjà une forteresse à leur convenance. Lorsqu'ils eurent l'hospice du Saint-fiernard, ils commandèrent définitivement dans les Alpes, et des sources du Kbône gagnant aisément celles du Rhin, ils piUèrenI l'abbaye de Disentis. Tous les passages leur appartenaient. Ils se firent montagnards ; d'ailleurs plus d'un parmi eux, avant de quitter sa patrie, s'était comme essayé aux Alpes dans les vallées de TAtlas. Avec l'aplomb léger du cha* mois, ils se dirigeaient donc sur ces roches pendantes où nous n'allons chercher aujourd'hui que les émotions de la nature, la si puissante qu'elle étouffe de son seul poids tout souvenir des hommes» Les pèlerins, même en ces temps de détresse, ne pouvant se passer de Rome, essayaient de se glisser par les montagnes sans être aperçus des noirs démons qui en avaient fait leur demeure; mais ils les voyaient soudain apparaître aujL pas dangereux, en grand nombre et postés sur Fescarpement, bandant leurs arcs et roulant des pierrot ^Geux qui ne succombaient pas, étaient
' FroUoard. Chrdmc. « a. 9SI : Aoglorttm Romam profidicen<i*
enferméa dans des cavernes^ jusqu'à ce qulls eussent fourni une rançon. Enfin y ce fut chose reçue que de traiter avec eux pour obtenir de passer. Rien n'était plus terrible que leur nom: la poésie chargeait d'imprécations le Grand-Saiut-Bernard qui les avait reçps : « Quoi ! lui disait*elle> lu fais < périr de saints hommes inhabitués à tes sentiers, c et tu conserves les méchants» ces Maures sanguic naires et rapaoes. Ah! puisses-tu» consumé par <t la foudre, n'être a jamais que débris et chaos » Dans le Pays de Vaud, on se fortifiait. Quelquesunes de leurs bandes s'étaient avancées jusqu'au Léman > et du lac vers le Jura. Le Jorat offrait encore un refuge âa milieu de la plaine : la tour de Gourze j fut construite sur sa colline arrondie où l'on ne cesse de monter qu'arrivé au pied même de ce vieux fort ; circonstance qui donnait jusqu'au dernier pas Tavantage à ses défenseurSé * Berthe> en compagnie d'un évêque et de quelques chevaliers, se retira dans la tour^ alors solitaire» qui domine aujourd'hui Neuchâlel. De nouveaux fugitifs allèrent grossir les populations du Pays-d'E^ihaut. D'un autre côté, plusieurs Sarrazins abau-
Ham plurimi inter anguslîas Âlpium lapidibuâ a Sarracenis obriit sont.
'Liulpr. , L. V, r.4.
donnant les hauteurs , et annonçant leur dessein
de s'établir pour toujours dans les plaines^ pri* rent des femmes du pays, et se mirent a cultiver une vallée d'uue grande ferlililé^ pour laquelle ils payaient un léger tribut ^ On voit ainsi, par quelques traits^ qu'ils avaient des raisons de ne pas douter qu on ne iinit par s^accoutumer à eux. Mais c'était une nécessité trop forcée pour qu'on ne la rejetât pas à la première occasion^. Dans nos contrées, celte occasion fut-elle vraiment celle que raconte un chroniqueur? On devrait le croire bien informé, puisqu'il demeurait dans le voisinage de la Transjurane, au couvent de St*6ali. Il y avait un nom plus terrible encore que celui des Sarrazins : c'était celui des Hongrois, ou, dans leur langue^ des Madjjares, qu'un grand remuement de TAsie nomade avait poussés en avant, * comme autrefois les Huns ^ dont ils rappelaient le souvenir par leur âme et par leur figure. DeTOural aux Karpathes, et de ces montagnes jusqu'aux Alpes occidentales, ils avaient ravagé. Il parait que ce sont eux qui, ayant fait prisonnier l'éveque de Lausanne nommé Bozon, comme il visi-
* Ekkhehard. jun. de caaib. S. GalU , c. S, ap. Ducb. III , 4^8. — ' Voy. sar toaâ ces pointe, Liutpr.L. I, c. I: Farf. diron. ap. Dacb., m. 6S8; Reinand, 150, 17%, ISl, iSS, SOI : Bridel, Cons. suisse, IV, 7S sqq , V, 33S ; Maller, L. I, cb. i%.
lail son diocèse, le tuèrent â Ressudens près de
Payerne Et toute THelvélie se ressentit de leurs pillages et de leurs massacres. Le secoud Rudolf était mort 9 n'ayant , â ce qu'il semble, rapporté des guerres de sa jeunesse;, qu'un grand désir de repos que les Sarrasins et les Hongroi^ ne lui permirent pas toujours de satisfaire. Nommé par les Ëtats et couronné â Lausanne dans l'église de Saint-Maire» Conrad, son fils et son successeur, bien que dans la fleur de l'âge, était encore plus désireux de vivre en paix et de jouir* Or voici maintenant ce que rapporte le chroniqueur. Le roi Conrad, € usant d'une noble astuce S » députa aux Sarrazins des hommes qui leur dirent : « Voici, les Hongrois, ces pillards fugitifs, me fa- 9 tiguent de messages pour me demander que je 3> les laisse, en paix avec moi, vous chasser, vous, c de cette terre de fertilité. Mais si vous êtes des 9 hommes, vous irez au plus vite à leur ren- • contre, et , moi, vous aidant , pendant que vous c les attaquerez en face, je volerai sur leurs t flancs. Ainsi, j'en ai confiance, nous les bala trons et les exterminerons tous. » Il envoya de même vers les Hongrois : a Pourquoi , leur dil-il, » d les plus vaillants des hommes, voulez-vous en
'Nobili aâtulia nsîas. Ekkeh. jnn. de casib. S. Galli , loc. cit.
» venir aux nains avec moi ? Il nous sera bien
» plus avantageux de vivre en paix. Suivez-moi » donc, eflFaçons de cette riche terre ces enne« > mis qui sont les miens^ cl prenez leur place. » Des deux parts on consentit. Les Sarraxins s'ëlan* cent de leur vallée^ en grande multitude^ an lieu et au jour indiqués. Le chroniqueur ne le dit pas, mais nous savons aujourd'hui que ces Orientaux avaient adopté une partie des armes et des coutumes d'Europe» plus appropriées que les leurs aux climats et aux guerres de rOccident *. Celaient le bouclier, la cuirasse et la longue lance^ les épces de Bordeaux, les tuniques d'écarlate, les drapeaux et les selles à l'européenne. Ils remplaçaient même le turban par le bonnet indien. Mais ils conservaient aussi une partie de leur équipement national : un arc leur pendait sur Tépaule : et ceux qui vivaient dans les Alpes^ gardant Fusage de la massue que leurs ancêtres portaient aux combats appuyée sur le cheval, se servaient sans doute avec succès, dans les défilés > de celle arme favorite des montagnards. Enfin, à leur teint olivâtre, à leurs yeux ardents, a leurs paroles gutturales^ dont quelques-unes faisaient aux Occidentaux l'effet d'un jappement', on reconnaissait toujours
'Reînaud, tSl sqq — • Scr. rer. fr. , X, 155, ap.Rein.^SSO.
les fils du désert. Les Hongrois lalsitiilleimMs «Il
enfants daus des charriots, leur pairie errante « arriTerenl sur de petits oherauz , arec des ares et
des flèches, et teaant en réserve dans leurs carqums une de ces fuites perfides par lesquelles ils remporlaient souvent la vicloire. Mais Conrad était là, rangeant son armée en bataille, de laçoa â ce que Tune et Tautre des deux hordes crfti quil viendrait à son secours. « Qu'aujourd'hui » lances et glaives soient bien aiguises, mes comw » pagnons vaillants ! disait-il aux siens. Quel 1 parti de ces démons remportera, que personne » n'en ait cure. Aussitôt qu'il y aura des vain* » queurs, élancez-vous sur eux en jetant vos bou* • diers, et que le fer dans vos mains ne fasse au«> s eu ne différence entre Sarrazin et Hongrois. > Soldats el fils de Satan se précipitent donc Tun sur l'autre^ à la vue de Conrad qui dominait la bataille. Nul ne cède; ils s'égorgent. Enfin, le roi, craignant la retraite de Tun des deux ennemis , donne le signal» s'approche par degrés comme auxiliaire, et les entourant tous, il les accable , sans leur laisser le temps ni le moyen de fuir. Ceux qu'on ne tua pas, furent envoyés à Arles pour y être vendus. Conrad, n'ayant perdu que peu de monde, rendit grâces â Dieu et à saint* Maurice, par l'épée et la lance duquel il avait si
c. »54. bien combattu \ » Les Sarrazias furent successirenient chassés de toutes leurs positions : du 960. Mont-Jou auquel saint -Bernard- de -Men thon donna son nom et un nouvel hospice, après cette expulsion â laquelle il ne fut pas étrangler'; du 965. Daupfainé par l'évèque Isarn ; de Fraxiuet enfin et 975, de la Provence qui dépendait aussi du royaume de Conrad, parie comte Guillaume, célèbre dans les romans de chevalerie sous le nom de GuiUau^ me-au-court-nez.
Mais telle est l'aventure des Sarrasins et du roi
Conrad. Je Tai racoutée tout au long , parce qu'elle m'a semblé épique dans son ton et dans ses
détails où je ne regrette pas, je l'avoue, ce qu'ils
' Ekkeh. , loc. cît Le lieu où se donoi la liataille, n'eit pa« indiqué par le cbroniquaor. Mais coanna let Sarrasiiia aYaient dft aor^ tout rassembler leurs forces le long da cours du Rhdtna » et que les Hongrois , partis de la Forét-Noire et de 1* Alssce , arrivèrent de la Franche-Comté t le bassin du Léman et les montagnes qui reiivironnent, sont ce qui se présente le plus naturellement. Quelquesuns ont cru que cette action eut lieu dans la Haurienne, vallée longtemps occupée par les Maures, mais dont le nom est antérieur à ces derniers : le roman de Garù^^LahÊrain raconte la déli<p vraoce d'un roi de Maurienne attaqué par quatre rois Sarrasins. Vojr. Bcinattd, p. 1S4*
^ Les lésendes parlent « du rude combat que le saint fut obligé de livrer aux démonset aux faux dieux alor» maîtres de la montagne. » Reinaud, p. 195. Comp.Eclaircissem. de notre L. I, N* iv.
ODi d'obgcur ou do iabnièux^ ïy lrou?é«uati jo m MIS quoi qai iM parle ée k race romande el de nos pères > dans ce bon tour joué aux ennemis, dans ce roi pacifique qûi ne demanderail pat mieux que de n'être point dérangé par les Tisiteurd» mais qui poussé à bout leur en donne à garder comme on dit trivialement. L'âge héroïque, n'étant que gros de cheyaleresque, tombait' en décadence depuis Chariemagi.e: Tex* pul«ion des Sarrazins le releva, ainsi que la réeistak&be des ae^pieurs à 1 «otorité impériale avilie \ événement qui> souvent mêlé â cet autre , laissa m prodigieux aouvenir dans f imagination populaire. Les deux Rudolf et un mmneiit Conrad , le premier surtout, vrai roi des montagnes , et Tabbé Hugbbert qui leur montra la yoie, dominent notre histoire du haut de son sommet vaporeux , blooft «encore bruts, ids que. la réalité les présente^ mais où Ton sent que se cachent de grandes statues : leur temps est pour nous la matière liistoriqne , si je puis dire, de noire épopée primitive, que peut-être alors des voix inconnues bégayèrent déjà pour l^écho des Alpes, qui ne aVn est pas souvenu. La belle et touchante figure de notre Berthe prend place au milieu de celles di99
HO
héros : Bertiia uvmofB rkoou % Bêrêhê, kmmèlê
r^ine: ils représentent la guerre et les aventures» le GÔlé violent de la vie ; die, son côté |»aisibJe^ , l'ordre 9 la simplicité , le trayail ^ la rési(^alioa. £lle fonde des couvents et des églises» fortifie les lieux de refuge^ répare les obemins , et s'en va sur sa iiaquenée, qui ne la porte jamais sans sa quenouille, de monta en monts, de vaux en vaux» devisant el filant. Comme une fois elle traversait un pâturagi^ elle y vit une jeune fiUe qui filab en gardant qtielques brebis. La bonne rmae, fdeuse elle-même, lui donna un ricbe présent pour re» compenser sa dilîgenoe* Le lendemain plnsieiiffa nobles dani^ parurent à la cour avec un fuseau, fierthe se contenta de dire t c La paysanne est venue la première ; comme Jacob elle a emporté ma bénédiction» et n'a.riw laissé pour .£saii ^ » Type naïf el rustique, vénérable et doux, notM Berthe est le soutenir le plus beau et le plus po- . pulaire que janpais reine ait laiasé«
Mais la famille. Audolfienne s'était prompln» ment épuisée en Italie. Conrad trouvait en deçà
On lit ces mois sur un sceau , où ou la voit filant au fuseau et tirant sa fosée. Ch. de l'Abb. à» P^yerne.
^ Moara. êt MiBt-ReinaaM , dans le Cods. Suisse • IX • SOO.
5ai
des Alpes une retraite paresseuse conforme â seê goàto 4» débatiehe aambruil. Bl a|^rèè le roi pa^ cifique, le roi fainéant, Rudolf III. Le mouyemaii4 féodal^ oonttnuaiil toHjoura^ ébranlaitr eeux qoll avait éWéai En^Frmea^'il avait eontrelw laforce du centre occupé par la royauté ; en Alle^ œagne^ il se pendait daaa la- Taste étendue do lien impérial^ lâche et flottant. Ici, on était au centre de tout, et jpindre à la Tranajurane la Provence^ la Prandie^Gointé^ quelque eheie de rAllémanie^ c'était trop ou trop peu*, il fallait ou un immense eropifOy oit le petit rojraiMne>daB montagnea. L'enta pire fut celui d'Allemagne> aaaez grande asse? di- Yors^ paniF renfermer aussi ce nouTeaa rojalime* dans son sein. Rudolf IH^ d^ailleurs inepte^ était saos forces oontre ses» su jeta qui; les ayaieni les. Le» ooeapatioae ou* les cfaioles extérieures ayant cessée les ambUiend se tournaient contre hri : éirèqiiea^ racines, seigneurs et makrMea,. c'était à qui le dépouillerait. Leur ayant font dMMie, il était soiiyent réduit pour riyre âHte col-* lecles do& églises Il youlut faire comme chacun
Sigeb. Gemblac. ». 1690: Rndolpbus.r. Mwolentia Burgundionam iriitatus .. Id. a. lOSS: Burgiradionibna non deaialentibus a consaeta contra reçem snum insolentia... — Dikoar, lib. Vli, ap. Bochat^ II, ISS: ad snam vero olflitaCem paura têhcns, ex impeiui/antistitttin vjvit
d'eux, prendre, car il ne manquait pas non plud . d'arrogance. Mais les vassaux qui^ au boul du compte élisaient leur roi » ne se laissèrent pas dé* pouiller, ils se levèrent en armes et le battirent. Rudolf se débarrassa de son fardeau sur les empereurs qu'une fois de gré, une fois de force, il îds^ titua ses héritiers. Ceux qui avaient compté râtre» ou qui voulaient ^indépendance du royaume, sei-^ gneurs bourguignons et français, s'opposèrent à cette translation. Les armées impériale et traBsju«' rane, celle-ci mal unie, celle-là commandée par deà seigneurs du royaume de Rudolf, mais allemands,
1019 se rencontrèrent entre Nyon et Genève. La dernière fut vaincue. Cette résistaoce a Tinvasion d'une autre r'aee essaya de se répéter. Un seigneur allemand, qui marchait contre le Pays-de-Yaud pour son propre compte, s'était déjà fortifié dans rUe 4t^ lac de Bienne : il fut vaincu et chassé. L'empereur Gonrad4e*Salique, vint assiéger en hiver les forts de Morat et de Neuchâtel ; la rigueur de la saison le fit déloger, mais cinq ana après il avait pris assez de fours et gagné assez de suffrages pour qu'il fut reconnu par les Etats rassemblés â Soleure, et son fils Henri,
1803 surnommé le Noir, couronné roi de Bourgogne
< HtpidaiiDi annal., a. 1089* iOM. B|a]l€r« L, I. c. Il» 19. Gona. Ittiafs, y> 837iqi|., Bochati T. 0.
Perdue dans cet empire eompoaé de tant de ne*
lions, notre patrie se chercha toute seule ei sç rç- Urouva d'autajut mieuz^
Pour- ceux quir le ocmyohaieat » FEmpîre germanique était beaucoup moins le but que Tinstrument de leur ambilico. C'est ce qu'on voit depuis Torigine, et toujours plus distinctement, jusqu'à la fin 5 où il se résout en un empire particulier qui cesse d'être cehii d'Allemagne. Ce principe^ oa* si l'on veut ^ cette donnée première, minait le tout sans relaçhe^ mais laissait on jeu immense aux individualités. Celle des populations comme celle des états en sous-ordre ppuyait s'y développer a l'aise. La. nôtre s'y forraa presque toute entière ; el les souveraineté^ secondaires auxquelles elle fol annexée^ jouesenisansgrande difficulté^ Tis»à-. vis de la féodalilddans lempire, le rôle bien connu de la royauté européenne, dont Tune d'elles, la. maison de Savoie^ finit même par obtenir le titre. Les ZœringuQ.leur avaient ouvert le chemin^ line. Tant pas la peinOw de parler des Kibourg qui- ne. purent que se glisser un moment en ira deux. Au surplus notre histoire n'est point liée, corps et biens^ à celle de ces maisons. Chacune d'elles
rqmjpiîl une ixûssioa qui était dans Tordre des Gbo894# oelW d'ëlem et de tonifier les peliu^ afin de rester, soi, seul à être grand : et comme toutes les afiaires de ce monde, qui reposent sur un double mystère 9 l'homme et Dieu, cette mission fut pour ces familles nécessitée et choisie, mêlée de vues personnelles, d'égdisme, de picr intérêt, et adaptée aux inclinations, aux forces de ceux qu^ s'en trouvèrent chargés, yâme est une né-eesritë libre ; ^histoire n'est ni une machine, ni . uj^e loterie ; partout, les personnes modèlent les idéqs. Ainsi, dans l'ivre commune dont îl i^agit içi, appliquée à notre patrie, les Zaeringue furent les. fondateurs, les créateur» :. œ aont des hom-m n^es qui nous apparaissent donc avec je ne sais qqcH.dç fçirt et de fécond j aii^ec un duractère plua antique et plus simple, plus vénérable et plus paternel ; ils out l'air d'être de meilleure foi dans la liberté, et jusqu'à ua certain point, ib le sont en effet, parce que la liberté est. mieux confondue aVjÇC leuc intérêt même, au. lieui de n'en être que rinslrumenl ; elle découle d'eux, et semble les imprégner aussi. La maison de Savoie organise et met a profit ce que celle des Zttringue a fondé; elle ne plante pas des villes, mais elle les rassemr ble entr'ellesy les arrange et les cultive pour leurs fruits ; ce sont des propriétaires qui ménagent i^ur domaine afin de n'en pas tarir le fcvénu. Ua
woan BuentUÈÊmÊM «oquéteiirs : boM dbemKers
gagnant tous les prix. Sortis des Alpes, il y a en eux do canolere monUgiMiid : vigueur prudmie, élan calculé^ œil vif et froid ^ retenue et bon appélît. Les premiers sont de nobles et puissants seignears, guelfes, amia des papes, el comne aox protecteurs dea YÎlles, nuûs assez souples pour devenir gibelins au besoin, et dans une ponticna assez bonne pour se faire respecter des empereura» Les aeeoiida aoat de petits roia> d'ailleurs aettir* blables. aux grands , usant leur noblesse dans dea expédîlîoAS loiniaioes, et a appujant sur lea comimuMa en aUeudanl de fea éeraaer toua du poids du trÔM, oe a quoi ils se préparaient aussi ettvere noua, quand ita noua perdirent* Cea deux familles, chacune avec ce qu'il fallait pour cela, et ebacuue poitr elle, menée par lea événementa et menée par son propre g^énie, travaillaient i une œuvre générale qu'ellea poursuivirent sur bien dfautres en «sème temps que sur noua. Il ne a'aglt donc point ici de leur histoire, ni même de celle de Berne qm aceompKt républieainement et pour * riielvélie ce que la maison de Savoie s'apprêtait à fiiire. pour elle et monarcbiquement. Il a'agit de notre histoire , se mêlant aux évènementa géné* raux, et faisant naturellement trop petit bruit pour s'y représenter toute seuto.
. La réunion i l'Empire el a une antre raoe fut
peu nationale 9 ayant eu de la peine à se faire accepter des vaaaaux ambitieux» ou jaloux de leur indépendance, qui conatituaient alora eaaentiel* lement ce qu'on entendait par le peuple» la nar tion; mais encore» an eommencemeni» ne a'agia^.
1197 ^^^^ d'un changement de suzeraineté , qui ^ plna éloignée, ne gênait donc paaen tout. Avec lea
1150 Zœringue, Lieutenants de Tempire, Recteurs de la. petite Bourgogne» Vice-rois d'Arles» Avoué&dea trois évéehés de Lausanne» Sion et Genire, c'est* . â-dire qu'ils s'attribuaient le devoir fructueux de les prot^;er et de les défendre» on avait un puissant i edté de soi. Les vassaux s'insurgèrent: mais de la
ii90 pi^<^ju^u**ux Alpes» d'Avenches et du paja des
119^ lacs jusqu'aux glaciers du Grindelwald^ ils furent à pourchassés et vaincus. Us s'en vengèrent en aban-;.
^sii donnant le duc fiertKold T» au moment où ayani passé le Grimsel il descendait sur lesValaisansquile battirent ^ • Mais Tindépendanoe du Valais ne fil paa la leur. Ils n'avaient pas un pays si bien enclos^ ni un but si bien tracé : disséminés entre les Alpes et le Jura, etfmôme des deux côtés de oelui-ci» ils difléraieni de mœurs» de tendance et de langage.
'Guillim., de reb. helv. , L. IJ, c. 15. Muller, L. I, ch. I4, n- 228. BridcU Essai sUtist. sur le Valais, art. X, $.S; Pellis» £lépcnls, p. I5« 20.
Vouloir être les onaitres^ ce n'est pas toujours roaloir èire libres.
D'ailleurs^ il esl dans la nature de la force de fl^Qser elle-même^ et c'est ce qui arrivait a la féodalité. Son émancipation n'ayait été que yiolence el brigandage. Comme» le rêvenl quelques-uns de ceux qui en ont dispersé les derniers restes, nonseulement elle ne Toulail être' ni dominée, ni gouvernée; mais elle-iuème ne se gouvernait plus. Dans le Pays-de-Yaud en particulier , sou isole* ment au carrefour des nations, les nombreux accidents de son terrain, l'invasion et l'expulsion des Hongrois et des Maures, la faiblesse du dernier Rudolf, avaient tout relâché. La roche solitaire ou le contour du rivage était un lieu d'angoisse pour chaque voyageur. Le pèlerin qui allait en Italie, ou le marchand lombard qui en venait , n'abordait qu'en tremblant le défilé ou se dressait le terrible château des Clées ^ Les tours se menaçaient entre elles, et l'avidité naturelle aux hommes apparaissait dans tau te sa dureté farouche et native : oi| s'arrachait brutalement ce que Ton détourne poliment aujourd'hui. Aux
'Bref d'Innocent II 4 révéqne 6niaenbrlanie(lll9) : apnd fMlrwBi CMct vislsvci Mepe ditlarlNili sont.
«ggressions de l'exlénear avait iucoéde une oqn-
tinuelle invasion partie de Tinlérieur, ou une pervasion comme on disail alors. Un jour, (on sortait à peine de l'an mil , 6t Rudolf III faisait encore semblant de régner ), révêque Henri , revêtu de ses plus saints ornements^ vint se placer sous la porte de l'église de Saint- Ma ire. C'était le matin 2 un grand nombre de prêtres l'entouraient avec des cierges allumés; et la foule du peuple attendait les paroles qui allaient sortir de sa bouche* Maudissant les perturbateurs et les convoitenx, il leur souhaita les ténèbres des jeux^ la flétrissure des membres, le dépérissement de tout le corps ^ le travail sans repos et sans fruit, les frayeurs consumantes, enfin, une demeure de mort et d'obscurité \ Et quand il eut dit: Ammt Amen ! répéta la multitude assemblée. Henri avaib à craindre plus que personne les vacillations dn la propriété : car, dans les nombreuses donations, du roi, la part la plus considérable était la sienne Mais on révérait sa probité et Pemploi de ses richess/BS : il commençait la Cathédrale, élevait d'autres temples » et dans chacune des cinq églisea de Lausanne avait fait inhumer un de ses meilleurs amis sous une grande pierre qui perpé-t
* CoM. suisse, VI , m- ' Bellu, Elén. l, m
tnailieiir imivenir> Mais les seigneurs ne lai pai^
doBnèreat pas son audace. Quelques années après, au -milieu troubles exdiés à Lausanoe par des eofiemis piiissans, il fut déeeuTert, saisi, tratné hors des murs et tué. Hugues l'ayant remplacé ^^^^ dans sa charge et dans ses projets, demanda la trêve de Dieu , puisque les hommes n'avaient BuHe pitié des hommes; et il eut la gloire de l'établir le premier dans le royaume de Bourgogne^ si même il ne fut pas le premier qui en donna Texemple daiis la chrétienté S II convoqua trois archevêques ( d'Ârles , de Vienne et de Besançon), /»arce qu'un lien à trois bouté se rompt difficilement, et les ayant réunis â Romoot dans le Pays-de-Vand, il fut ordonné â tous de s'abstenir de guerre et de violence, chaque semaine.^ depuis le mercredi au coucher du soleil jusqu'au lundi après son lever; et sans interruption, avant et après Noël, du premier Décembre au six Janvier, â Pâques, durant les soixante-etdix jours qui précèdent celte fùle de la résurrection* Ainsi fut un peu contenu l'esprit de déchai* nemenl. Puis vinrent les croisades ou le torrent se détourna. Préparées depuis des siècles par les
* Bocbat, II, f75, n. I. Chaiiul. a : com iimiculiif triph% difficile rumpitvr.
invasums el les pëlerinâges ^ elles répondirait am
fureurs et aux espérances de leur lemps^ r'oocou^ tomerenl l'Europe aux lointaines avenlaresy -el renouèrent TOccidenl el TOrienl. Plus d'un chevar lier descendit aussi de nos plaines entrecoupées et de nos montsg'nes , pour aller défendre le Sainte Sépulcre* Les uns quittaient ces itimables vallées où les comtes de Gruyère» étendant les bornas de leur patrimoine^ plantaient de loin en loin quelque fort solitaire ; les autres , celle > plus ignorée et plus hautaine, où l'Avençon secoue son écume
^ OonatiM fiâle Tmi iW fu Saiguin et WilMto* Uvm ita»^ ▼aUcrSi de Griont (Orion; commoiiiqué par M. BrojMi, notaire): ^illelnyast qualifié de criM^fifimluf.— Sor les croisés dé la maiênm deGrajére, entr^aatresBa jinond, UIdrichei Hiigiiei,voy» char* tes de la fondât, do prieuréde]longeniottt(Cons.snisae,ni» S9S)»et de l'abb. de Hantcrest (id. VIII . tS)» a. 1060-1134. Toici une bislorietle qni ne repose pas lonle entière, il est vrai, sur Tiinpo* aante autorité des chartes ; mais qni est trop jolie pour qne je résiste à Tenvie de la rappeler. « Quand Hugues et Turnins» ajant .doté de leurs biens le cloître de Rougemont, suturent se mettre en campagne avec cent beaui soldats rassemblés parmi leurs vaasaui pour lafon^uétedn Saint-Sépulcre, les jeunes montagnardes vinrent fermer les portes du cbitean et Indsser les ponts > afin 4*mttpicfacr leur départ; se minoité pleurer quaod elles entendirent le banneret, armé de toutes pièces, crier à la téie de la troupe : iÊaréke Gntfèrê! il s* agit tFaUer,,, reviendra qui pourras et s'in* formèrent naïvement si cette mer qu'il fallait traverser pour aborder en Terre-Sainte , était bien aussi grande qne ce lac le long duquel elles passaient pour aller en pèlerinage à Noire-Dame de Lan* janne. Gons. snism, y,â3i.
donnant le frais repos du cloUre de Sainte-Marie de Lausanne % cheminaient au soleil du désert. Tant et si bien avaient voyagé outre-mer les tires de Grandson , que leur écu en portait trois coquilles^ et la cloche qui formait le cimier, cette devise ;
A PETITE CLOCHE GRAND SON. L'uu d'euX^ le cho-
yalier Otthon^ était a Saint-Jean d'Acre, quand
la prise de cette ville par les Mameluks vint mettre fin aux grandes croisades. Chargé de défendre l'une des quatre portes, voyant la ville forcée^ il se fit jour une hache d'armes à la main, et gagnant le rivage avec quelques écuyers, se jeta dans un vaisseau qui le ramena en Europe Les chevaliers do THelvétie romane prirent encore part a ces eroisades bâtardes qui eurent lieu dans les siècles suivants ; comme ils paraissent aussi être entrés, mais avec répugnance^ dans la croisade impie des Albigeois ^.
A cette dévotion ambitieuse de gloire et de hasards ne se bornait pas la féodalité , travaillée
*Uldrich de Gruyère. Charte citée.-' ' Cons. suisse , XI, 177. Tootdois I comp. avec Micbaud, Hist. àtê Croisades, L. XV.
' Scr. rer. fr.. XIX , 122 : « A la dita destruction (de Bésîers) era lo Duc de Borgony ... lo Conte de Gineva appellat Gui lo COAte» • Voy. ce ^u*ii dil du comte de Chàlon « p. 143.
116 pouTaienl guérir. Sur son deilrier» la ehevA-
lerîe emportait avec elle une flèche dont nui haubert ne garantit , le remordi, notre remords
à tous, d'abord, puis le sien propre. Ces âges, d'ailleurs si jeunes , si brillants et si ?erts, avaient leur flétrissure. La vanité du monde , une (bis sentie, devenait d'autant plus cruelle et plus lourde, qu'on Pavait achetée par des iatiguet inouies, par la violençe^ par la. frénésie des sens, et par des crimes d'enthousiasme et de bravoure. Alors, quand on u'en pouvait plus, ou se jelait dans un couvent pour y mourir : les exemples en sont innombrables. Ou du moins l'on fondait monastères et églises^ enûo quelque lieu de repos pour son atne : en se débarrassant de ces biens si péniblement ou si injuslemeat acquis, il semblait que Ton dût espérer de rejeter avec eux la lassitude ou le remords qu'ils avaient causés L'allégresse d'avoir passé Tan mil dut laisser de rélan et du vide après elle : le fantôme s*était dissipé, mais l'avenir reconstruisait à chaque instant le sien ; il était loin pourtant, et l'espacé ne manquait plus pour exciter le courage. Les monastères qui au commencement avaient dù sur-
* Diplôme de Rudolf Ht : ... nos oportet.... que, prisci parentes nostrî injuste abstulcrunt , juste et legalilefi proBi pOMlIflHltt re5tiiiiamu«(Zapt, Monum. anecd.» p. S9).
Umi leur origiac à dos besoins de relrAÎle d do solitude , ou a des actes de cfasrilc^ prennent I)caucoup alors du caraclèro d'entreprises industrielles; la population s'accroissait^ les moines la guidèrent contre les forets^ les montagnes et les désert». Sous rinfluence de ces divers faits, on vil s'élever une foule de couvents et d'abbavcs, six, au commencement du siècle, pendant vingtcinq ans, dans la seule Ilelvëtie vaudoise. Dès la fin du siècle précédent, et lorsque les seigneurs de Gruyères commençaieni a sortir de l'obscurité, le prieuré de Rougemont avait rem- 1073 placé, dans le déserl où le Rub|i hausse sa -io65 telo argentée, la cabane solitaire d'un serf ap- à pelé Wautier du Chàtel, ^qui s'était trouvé lâ iiis comme une Tedette des défricheurs. Thela ou Monlheron apparut dans les forets du Jorat, in- U15 fesiées de loups et de brigands. Puis ce fut fionmont , protégée de Saiul-Bernard , lequel la nu croyait dans les Alpes, parce qu'elle était blottie sous les bois sombres et touffus qui viennent expirer au pied des rocailleux pâturages de la Dole De toutes ces fondations nulle ne fit plus
* II ëcril à Arducius , éveque cîe Genève : Sinl ptclati vcslrae ronimendali paiiperos fratrcs iiosUi qui cii ca vos sunt AlpcnseSi ilU de BoBomonte*. Set. Scru. opp. ( Yenet. 1720), 11,A5.
fi34 .de brait que celle de Tabbaye de Haut-Crest ' ,
dans un vallon sévère et inculte, mais qui retentit bientôt du grincement des sciea, du battement des moulins et du bourdonnement des abeilles. Alors le pèlerin longeant la grève, vit dans la hauteur les frères courbés parmi les ceps. Ainsi se muUipliaient ces seigneuries d'une espèce nouvelle» d'un accès plus populaire, et qu'enrichissaient les dons des nobles appauvris. Mais leur plus grand échec, ils allaient le devoir aux communes que le même temps voyait croître et grandir.
Partout leur origine se perd encore dans bien des obscurités, que Ion retrouve ici même où les communes devaient se montrer si fortes, si persistantes, et comme dans leur terrain natal. On pourrait presque dire en effet que la commune nous est un élément naturel : le sol est tellement brisé qu'il crée une multitude de petits centres pour un grand. £n général , l'organisation communale parait avoir eu son germe historique
* Les aulrcs clai( lit Humilimoîil ou Marsens près de Bulle (1136), Hauterivc à deux lieues de Fribourfr (1137), l'abbaye du Lac-de- Joux, iondéc au bord de ses eaux poissonneuses par Ebal de Grandson, baron doLasarraz (liUO). Yoy. les Chartes, trad. et écUircie», dans le Gens, suisse, 111 , 597, YIU, 44, 67.
dans le ré^^inie municipal romain : il avaii laiwo
quelques traces dans nos contrées; mais ceci ne peut regarder que l'Helvélie romane, el encore doit-on observer que Nyon, Avenehe avaient été abiméa, et que r£voché, dernier appui do ce qui aurvéenf 9 ne demeura pas dans ce dernier endroit. Les courses des Maures forcèrent aussi les populations â se raaaembler; les rois transjurains, Conrad et Berlhe surtout « les premiers empereurs qui leur auccedèrent» ainai que les Evèques, essayèrent déjà quelques restaurations de lieux anciennement habités el réputés ménMMnaUas, quelques fondations de lieux nouveaux, par des motifs d'intérêt ou de piété *• Mais aprèa ces tâtonnements, les Zœringue se, chargèrent de faire le véritable travail. Les seigneurs hàîsatâent ce qu'ils appelaient la maliçe de cette maison vous savez qiielle fut sa ré-
*Conratl rehàlil quelque rliose à Avenche, en attendant que t evêque Burkard la leiinAt de raurs (Fellis, Eléments, 1,219). Berllie agrandit Orbe, eut soin des colons demeurés blottis parmi les ruines de ce <^ui avait été Kbrodutiuni, et protégea la petite peuplade de pêcheurs rassemblés autour d'une église à laquelle Morges dut naissance. (Cens, suisse , V, 330). Cette dernière devint une des quatre bonnes villes du Pays de Vaud. Les autres, Moudon, ]V)'on et Vverdon, avaient toutes trois une origine gallo-romaine.
'Acte daté de Lausanne, a. 42119, ap. WalteviWe, Hist. delà Conféd. belvét. , 1 , p. 22, n z :...eodem Duce mortuo (Berlb. V), Dec maiitisesive meritis iiliuiu vei liliam reliu^uente.
ponsc : Fribourg el Berne. Celle-la pour les seU xm gneurs de rOcblland, vaiacus OAlre Aveache et 1191 Payerne, celle-ci pour les seignenrs de TOberland, vaincus au Grindelwald. Les villes des Zaeringue recevaient une org^airisation forte et féconde. Leur bul : la liLerlé, le commerce el la guerre; leur moyen : se bien serrer danfs sa bourgeoisie, hors d'elle ne voir qu'étrangers et qu'ennemis (e| ce fut bien le cas au commencement.) Etre jugé par ses pairSy vendre, acheter, posséder librement, et avec un privilège sur les iion-bourgeois, telle était la loi de liberté et de commerce; n'accompai^er le seigneur qu'à une petite distance, mais suivre au premier appel la bannière de la ville sous peine d'avoir sa maison rasée, telle était la loi de guerre * • Moudon fut la principale fondation des 1180 Zseringue dans le Pay8-4e-Vaud, il est signiii- U9U catif de voir dans la suite Moudon devenir le centre politique de nos communes, et ses franchises le type des leurs. Mais qu'est-ce que ce gîte planté en terre, auprès de ce nid d'aigle peu* ché sur la Sarine, ou de cette tanière d'ours creusée derrière l'Âar, au bord du désert P Les difûcullés et les succès d'importance étaient à TembranclicmcQt des deux races : ici d'ailleurs, une
* MuUer, L. I , ch. lA, S Le Chroniqucati p. SSO.
créaùou nouvelle aurait été genéc par beaucoup de dëiirisaDGleiis^. les bourgs étaient déjà nombreui, et Lausanne, dont Féveché fournissait un territoire ^ â oes formidables, rivales^ eut éclipsé ou du moUis entraTé laToisme qu'on, lui aurait donnée.
L'Eyècbé s'était aflformi par des franchises, et
des donations obtenues des rois iransjurains. Le premier Rudolf.asaura. t aux enfants de l'Eglise de Lausanne])^ selon l'ancien usage^ le libre pouvoir d'élire leur pasteur dans leur propre église : défendant> conformément c â Tautorité divine et aux institutions des Saints Pères> que uul ne fut iait évèquêy s'il n'avait été convenablement désiré et élu par le clergé cl par le peuple, a L'archidiacre de Lausanne s'étaitvfail.npmmer> {plutôt par crainte que par affection^ Le roi Budplf vint à> Lausanne avec le mëtiropolitaiu; et Tarchidiacre c voyant que nul ne voulait de lui, laissa tomber sa prétention et se retira. Alors^ d'une voix unanime on cria : Boson ! le diacre fioson ! il est< J^.ttréji iLa de bonnes mo^urs^ il sort d'une ligneo
' Deine , sHuée dans le diocèâe de Lausanne, fut érigée eu pa> roissc , et détachée d'une autre , à la condition d'une redevance 4u'elie paya pendant plus de troia^ siècles. Fribourgfut^n.pariie l'on dé sur un terrain dépendant de Tabbaye de Payerne. Un Blonay . 5igiia sa charte de naissance. Pelli5| Eléments etc. ,11, 16; Muller^,^ UI, ch. a^lie, iili
îliuslro ; ot rclcctiori lut faite, préseuls toul lo peuple et loul le clergé, ainsi que les ▼«Maux de la seigneurie épiscopale et une multitude innombrable des deux sexes. » Or U arriva que c comme le tris-glorieux seigneur Rudolf paroourtH lea coulrées de son gouvernement pour y tenir dea assises, il vint k Coray-sus-Lulry, et que le yéoérable évèque Boson y vint aussi, déclarant, etk présence du roi, que r£vèclié avàii l'usage de oeiw laine forêt dans le territoire de Latfsanne, pour y engraisser ses porcs, et en faire servir les bois â la construction et â renfretien des églises.^Le roi chargea de celle aflaire ses missi ou justiciers, et ses veneurs, qui prirent des informationa^ selon la coutume antique. Aune seconde séance, Boson a^étant levé en la place de Lutry, au milieu du plaid , assura que celle fbrêl^ qui s'étendait de Ûi jusqu'à celle de Vennes, appartenait bien plus au service de l'évèque qu'à celui du roi. Alors, le chancelier^ le principal veneur et plusieurs aulrea gens de bien firent le four du bois en litige ; puia ayant pris un serf, nommé Arulf, ils le jetèrent sur un fer rouge. On lui cacheta la main, et lea gardes-forêts ne Tabandonnèrent pas durant troia jours : au bout desquels la main, décacheiéejt
9Û8 se trouva saine et sans brûlure. 9 L'évdque eu| ainsi gain de cause. Lorsque, prisonnier^ il fut
9i7 mort, probablement tué par lea HoBgr<MS-Madjja«
jreSyle èhotx tomba sur Libon^ • homme noble^ Bêge, ué dans l'église de Lausaune^ qui le mit sous les yeux du roi, eu criaul depuis le plus grand jusqu'au plus petit ; yoilà le pasteur qu'il nous iaut M 9 La vie de ces évêques ne pouvait échapper aux troubles de ce temps de desordre : leur élection éuU disputée^ leur diocèse envahi, et leur mort souTenl «ang^laute. VouasaTes quel fui le sort de Boson et d'Henri» Ecoutez encore celui de révêque David qui vient avant tous ceux-là En démêlé perpëlnet avec les gens de Moudon^ qui lui tuèrent quelques-uns des siens, ii Tétait aussi avec des seigneur»; celui surtout de Disgerfeld près de Zurzach était son ennemi. On les avail réconciliés ; mais un joup que David, se reu^ daiu à Neuchâlel, chevauchait entre les trois lacs, près du viUage d'Anet et le long d'ua ruisseau, il se traova tom-â-conp en fàee de son adversaire. Leur fureur s^énilamme; ils s'élancent l'un sur fautre; quelques hommes de Févéque- Tavamit Irahi. Dans le choc tumultueux, il fut traversé par répée de son ennemi» quLrencontra aussi la sienne. Et tous deux tombent morts au même sâo.^^ instafttir Le cadavre- de l'évéque roula, dans
* Zapl, Mo», aiiettl., ]N°\ 15 et 19. Chr. tharlul. a. 892, 927.—.- - CbiT. cbaiiui., a. 8^ C\u\ bi\, a. 827. Huch., Abrégé,
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la bourbe du marais Toisin^ d'où ou le relira toiil ddchiré^ couvert d'un limon que lo gel avait durci. Pour Teulcver de là^ il fut placé sur une petite nacelle, avec sa mttre souillée de boue. Loug-lemps après ou voyait encore des taches de sang sur une grosse pierre située en cet endroit. Mais de tous ces prélats nul ne fut plus belliqueux que Burkard *. Successeur de ce grand cvèque, ami de la paix, qui avait établi la Trêve de Dieu» il fut en guerre toute sa vie^ ainsi que ce coupable et malheureux empereur, Henri lY, qui Taimait. Grégoire VII voulait arracher l'Eglise â la domination comme à la souillure du monde féodal qui fenvahlssail de toutes parts Cétah le seul mo^eu alors de faire de la liberté pour le plus grand nombre. Ceux qui maudissent Grégoire» devraieul s'apercevoir qu'il a commencé leur œuvixî en portait â ta féodalité un coup dont elle ne se releva plus : car vinrent aussitôt les luttes et ht 4ccadençe deTEmpire, ce sommet de lahiérarchi^
* Déjà son porc, le conUc d'OIlin^jen, ayant commis quulc|m; f[rand acte tic violence tlans le cimclièrc et l'éfjlisc (îc Rue, avait donné à l'église de Lausanne, pour expier ce forfait, une vifçne dans le Pays-de-Vully, au village de Saint-Aubin, ZapI, rs'. 37.
* Aujisi les seigneurs allemands disaient-ils de lui qu'il n'était pas IliUlcbrand, msi'ïs Hàllcbrand ou tison cfen/tr. Iluchat, Iliçl. de la 6ui»$c, Bil^l. hclvct. Ph. Bridel.
eoi
féodale, les commuucs^les croisades, Tépoquc d cmancipalîon el do gprandeur du moyen -ftge. La Tj'cvc de Dieu, que loul le monde applaudit, n'était qu'une idée CD sous-ordre; Hîldebrand tenait le fil principal : il le suivit par la violence et la tyrannie, dont il est malheureux que la liberté ne paraisse pas pouvoir se passer, el que ce siccio terrible excuse au moins plus que d^autres. Gré* goiro VII prétendait être un réformateur, et â plusieurs égards il le fut : il y a dans ce fils du charpentier italien quelque chose du fils du mi-, peur saxon, il y a du Lulher, non pas de son âme, mais de son esprit d'opposition et de son génie. Les peuples ne s*y trompèrent point ; de son côté clail, non pas tout le droit (ce qui se trouve rarement quelque pari) mais le plus de droits : il contballail des privilèges, quitte à en établir de nouveauic ; mais les anciens étaient attaqués, topiniou (ut pour lui et il fui vainqueur par elle. Burkard apparteuatt â une de ces familles féodales accoutumées â regarder l'Eglise comme un fief pour leurs cadets. Il fut un des évoques qui écrivirent à Grégoire: Nous t'interdisons. Et moi , vous ! leur répliqua le lier pontife \ Burkard était.
* Chaque cvcqiic de W^orms avail dit : « Kgo , crvitalîs Cpis-
ropu5 , HiFdebraiido subjeclioiicm cl obcdiciiliain ex liac liora «t dciuccps iiilcrdico — Gri-guire : « Kx parle OoinipolcitlU Dci
marié : sa reinmc couslruisail des églises, avec de belles voùles do pierre , pour se faire pardonner une liaison que les senlimenls populaires réprouvaictit toujours plus. Sou époux dut aller aux pieds du pape implorer sa grâce. Celait par un hiver si rigoureux que les neiges couvrircul TAllemagne pendant cinq mois. L'impératrice et ses femmes, pour passer les monts cuirassés de glace, lurent traînées dans des peaux de bœufs fraîche^ ment écorchés. Burkard, qui avait subi ua des premiers Texcommunication comme étant l'un des plus fougueux^ se rendit de même à Canosse : dans celle cour à triple enceinte, antichambre où le pape laisait attendre Temperear, il vint s'humilier aussi , déchaussé, et habillé de laine sur la chair, comme un pénitent. Grégoire VU les enferma, lui et ses compaguons, chacun dans une cellule, les iil jeûner, et leur donna enfin l'absolution. Burkard n'en fut pas moins fidèle a l'empereur : il le suivit de bataille en bataille, portant la Sainte-Lance, et fut tué, cette arme sacrée â la 1089 main ^ Aux habitudes guerrières^ aux dilapida-*
Hcinrico rcgt. .. toliu» i?«gat Teulotiicorw» «I llalûi guWiiaciiI» conlradico... » ap. Schmidt, Hîst. des Altemands, L. V,cb. 4.
' Annal. Saxo, a. 10S9, ap. Eccard. Corp. hist. meil. «vi, 1, 879^. — Lamk Scbalnabui a. 1077, ap. Pklor., 1, 348.— Chron. brève, etCbr.Cbarlut.
ùouâ do i'EvécIié par les maisons qui l'occupaicui tour-i^toar, se joignail rinooalinence des mœurs. Le monde s'aiTraucbissail^ du bras et de la pensée^ mais il ne se ohangeail pas. Saint-Bernard ayani séjourné ^Lausanne dans un deses nombreux voyages , déploraii avec horreur la vie scandaleuse do celle (^tédebourgeoiselde prêtres ^ ennemis politi* ques, mais bons compagnons de débauches, bons raillards el bons virants. Le jeu el les femmes, courtisanes ou autres» infectaient cette ville enrichie par la dévotion. Le saint, encore abîmé dans la coiilemplaliou de ce monde mauvais qu'il retrouvait partout, cheminait sur un âne le long du lac de Lausanne, ne remarquant point celle napped azur, ou, comme le dit son chroniqueur, ne voyant point qu'il la voyait. Le soir venu, ses compagnons s^entrelenaientde ce Léman si vanté, et sans doute il se trouvait parmi eux quelqu'un du pays, tout fier de son beau lac, leur nommant les cimes, les promontoires, et leur démêlant tous ces bords enchantés. Mais saint-Bernard les émerveilla bien davantage, quand il leur demanda où était donc ce Isc dont ils pariaient tant \ Gui de
*5ct.Bem.«bb. vilt j«c., c. 16: Juxla lacum cliam Laiisancnscm Cottns diel itinere pergens, peiiitu»iion attendit, aulse vidcrc non ▼kKt. Cum cnim rtt^ptrt iado, de eodem lacu socii colloquerenlui , interrogabat eos vkÀ lacus Ule essot^, et mirati suul uuiversi.
Marlauie cuil alors évôque : ^rand fondateur d'abbayes *, cl croyant que cela suflisah. Saint- Bernard lui avait pourtant écrit une lettre ou il lui recommandai l la tempérance, afin que celui qui prêchait aux autres^ ne fut pas réprouvé lui* même. Ses dérèglements le firent déposer. Quelque temps auparavant^ Lambert do Grandson avait terminé de même son épiscopat. Il sortit tout seul par la porte Salai-Maire, cl dès-lors personne ne le vit plus. Les uns disaient qu'il s'était fait hermile^ les autres quil avait été^ enlevé^ par le Diable. Amédée d'Hauterive donua un spectacle bien différent* Il vécut et mourut d'austérités K Toute flamme impure et mondaine s'évanouissait en lui â la contemplation des beautés et des pep* fections de la Vierge-Marie. Comme il l'exprime lui-même, il courait après l'odeur do ses parfums, respirait un aiir embaumé de ses grâces, et se reposait sur ces fleurs dont elle demandait d'être soutenue quand elle disait : Souieneshmoi avec d$s
' U fonda Havi-Grét; confirma Hauterive. Voj. ZapC, N"" SS.3S, Sur sa vie, voy. Chr. cbarUil. a: 1129. Cons. suisse, 11,48, Stf . Set. Bern. opp. 1 , tS. £p. XXVI. — Suir Lambert de Grandson » Chr. brève, a. 1069.
' Cbron.cbaft.el Chren. bi^, au 1 148 et 1158: < Comme les physi* ciciis (miédecins) lui conseillaient, pour raison tic sanlc, de rompre sou voBtt de célibat , il répondit cj^ii'il n'y conseulirail jamais.
Jkurs, parce que je languis tV amour. Mais il ainiail surloul à se la représenter tenant son fils sur ses genoux^ et lui prenant de doux baisers avec une licence malernelle *. Ces dérotes rôveveries ne lui faisaient point négliger le bien temporel de son église. Il la rendit prospère, et au besoin la défendit vaillanunent. Un comto de Genevois, dans le dessein de contraindre et de dominer Lausanne, avait commencé à bâtir une maison forte avec une tour sur le lieu le plus émînent de la ville. L'évéquo Amédée le chassa, et le contraignit à raser jusqu'aux fondements tou- tuo tes ses constructions de guerre. Mais il dut reconnaître TAvouerie delà maison de Zaîringue, joug 1157 supporté impatiemment. L'évoque Guillaume ra-
< *bivi Amed. epûc. Lant . delMaria virfpnei maire Homiticocto (il les légoa à $on église» ainsi qii*uii anneau d*or enchâssé d'un sros saphir): « .... cnrramns in odorem ungnentorum ejus, et gratiarnm JHius aKrahentes spiramina... reqaiescamns in lloribns , «{nibus se fttidrî {ubet in canticis dicens : Ftdeiie me Jlonbus,.,,. quia amore Uutgueo» Hom. I* Félix cui praestilum est fovere cnm » qui lovet ac nulrit omnia , portera portantem universa » lactare filium qui lac Ipsîs uberibni inludit» pascere cuncta pasccntem , et escam
aYibusadministrantem. Stabat in sinnmatemo parvulus Jésus
aliquando subnizo capite l»va dextraque tenentem vultu placi» dissimo genitricem aspiciebat.... et blandomurmurevocabat... At illa Mpleta spiritn sancio sanctum pectus pueri suo pectori copu* labat^ et faciem illiua faciei su« applicabat. Nonnunquam osculabatnr manna et brachia, et malcma confise licentia ab ejus sacra* tiisimo dulda oscula carpebait Hom. IV.
ebeta ce droil de ceux à qui il élaii paicé de venle
1218 en veille après rextinction de celle famille : assemblaat alors dans les plaines d'Escublens ^ dont son père était geig'neur, tout le clergé et tous les bour-
1990 geois de Lausanne^ il prela et leur fît prêter serment de fidélité à la Sainte-Vierge , puis il exoom* inunia soleunelleineut^ avec le rite des flambeaux^ le téméraire et le lâche qui reconnattrait un autre Avoué Cela n'eut, plus lieu. MaisTevèché de Lausanne n'en commença pas moins de marcher vers sa décadence. Les Evéques étaient écrasés par leur double rôle ; trop grands et trop riches pour ne s^appuyer que sur l'opinion et sur les armes spirituelles^ mais trop faibles pour résister aux Zœringue plus guelfes qu'eux, ils faisaient en petit tantdt les papes, tantôt les empereurs. Et le comte de Savoie, rival que la communauté de langue rendait plus populaire, s'étendait au pied de ses montagnes ; déjà mémo il passait fréquemment le lac. Vainement les Evoques avaient-ils bâti et rebâti sur la rive villages murés^ forts et châteaux, Saint*PresB % la Tour au-dessous
^Cbr. chart. (exlr. mac) a. 1226. Uuch., Abr.» 51. PelHs, 11, 30.
' Le hameau dispersé de St-Prex lut rapproché et transporté sur le rivage , afin de mettre un terme aux dévastations des gens d'ou- Ire-lac qui trouvaient ce lieu commode pour le pillage et l'incendie. Le Chapitre ayant consulté des experts» y lit construire uu retran-
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de Lausanne, Pnidoux dans la gorge où se cacbe le lac de Bret^ et, jusque dans Tiulérieur du Jorat , le donjon do Lucens. Les pirates prenaient pîed. Le comte Thomas avaient neuf fils, tous assez besoig^nçux, mais bien décidés à faire fortune. El â Lausanne, les partis eu venaient aux mains. D'abord, pour opérer quelque élection, puia, pour assurer Tune des deux qu'on avait faite, ce qui n'était, dit la chronique, ni nouveau ni sur* prenant. Alors le pape intervenait entre les fac« lions, et décidait, bien que ce fut contraire aux libertés de l'église de Lausanne. Il leur avait donné pour évêque un saint et savant homme, né â Cologne, professeur de théologie à l'université de Paris ; mais quand ce dernier eut assisté quelques années â ces disputes interminables, qu'il eut vu que ses sermons, où il mettait tout son plaisir, ne produisaient aucun fruit d'amendement ni de repentance, il forma le projet de quitter cette maison de fâcherie qui n'allait point à un homme bible, amant de Tétude et de la paix, âans parler de son dessein , il se rendit â Rome où des usuriers lui prêtèrent de l'argent sur l'évèché de Lausanne,
chcmenl garni de pieux {palins) du côlé d'en haut , et de plus forles poutres (paux) du côté du lac. De plus il s'y réserva une place pour y bâtir une chapelle, une tour, une cour de justice, un four, une établc* avec un préau tout autour. Acte de fondai.» a. 1234.
mit dans uncpi^lUe cassellc louicslosieUrcâ ei iouâ les papiers concernani son église^ plaça ce dépôl dans un couvenl, cl oblinl du pape de résigner son évucbé ^ A celle nouvelle inallendue^ rieu no se trouva prel; la confusion n'en fui que plus grande* Lqs chanoines, apparlenanl aux grandes faratlfes de PHelvétie romane^ mêlaient leurs racolions particulières à rintérel général du Cliapiirc; les bourgeois déjà souvenlen guerre avec TËveque, leur suzerain^ avaient aussi leur prolégé ; et l\iu do ces neuf fràres de la redoutable lignée du comte Thomas, Philippe de Savoie» se raoltait sur las rangs. On était donc au moment do la crise. Des désastres répétés coup sur coup, lui don* uaient une sorte de solennité; la flamme qui, depuis plus do vingt ans, ne faisait que se promener dans les rues de Lausanne, dut apparaître comme un signe fatal â plus d'un cœur triste et craintif.
Le Moulier, celle cathédrale à laquelle on travaillait depuis deux siècles, ne fut pas épargne. Le feu, embrasant la charpente, vaste jfôréï de solives entrelacées, avait percé de ses dards aigus la toiture de plomb, et une pluie sifflante vint
' Lettre He t*év. Bonirace . a. IS59 > Cons suisse , II , liO.
9*iiieru8l0r dan» les ifu^alHés du aoK « Les limes-
trages de verre peint, les cloches harmonieuses y les chapes de soie, les précieuses tenlures» les livres rares furent consumés. « Des frères quêteurs se répandirent alors dans toutes les directions, le 'long du Rhône, sur le Rhîn, au-delà des Alpes, portant avec eux des reliques, une célèbre image de Motre-Dame-de-Lausanne, et adressant au peuple de belles paroles d'exhortation. Ainsi fut réparé le dommage. Mais, trois ans après, le leo reprit â la rue de la Cheneau-de-Bourg, au four de TEvêque; se répandant par la basse ville et les rues infé« rieures de ta Cité, il dévora le cloeher et treise« cent- soixante et quatorze maisons. Quelques an* nées se pasisèrent encore : mallrë Jeart Ravand fondit une belle et grande cloche du poids de cinq mille et deux cents livres » car la plupart des anciennes avaient été détruites par le feu. On reprenait courage et sécurité. Un rude hiver avait partes I laif périr les noyers et les vignes ; « tandis qu'à Lausanne, par la grâce de Oieu, on recueillit asse^ de froitfent et de vin ». La PAquc^de 1235 venait d'être célébrée avec bon espoir, lorsque le Chapiir«t apprit qtie le feu était â sdn château et village de Donmarlin. Huit chanoines accoururent aussitôt , apportant, chacun sur soi , du pain , du vin et du fromage. Un grand nombre de maisons furent brûlées, ainsi qu'une fort belle tour de bois*
Ce n'était que rannonced'un plus grand malheur ^ Le 18 juillet dé la même année , dans la nuit^ la maison de Jean d'Aubonne^ située à la Palud, se trouva en feu. Clercs et bourgeois accoururent; on abaltail les édifices voisins, il y avait alors à Lausanne, demeurant dans la Cilé^ un vieillard nommé Pierre de Méasîères, pauvre, infirme, peu voyant et de petite réputation; il était même soupçonné de vol. Ce soir-là^ ayant prétexté son officede garde de la chapelle, il veilla loug-temps, malgré la défense des chanoines. Lorsqu'il sut que le feu était dans le bas de la ville, voulant rassembler ses hardes et les mettre en sûreté, il alluma une chandelle dont il s'était emparé dans réglise> et la iabsa par iliégarde tomber sur de la paille qui sans doute lui servait de lit. La maison, probablement de bois était attenaale au Grand-Moùtier ; il fut bientôt en feu , ainsi que la Cité toute entière. L'incendie roula sur les trois collines. Anciens et nouveaux édificesj la maison épiscopale, les maisons desichanoines , un hospice et des bâtiments situés hors de l'enceinte, furent successivement atteints et embrasés. Des églises, il ne resta debout que celle de St .'Laurent. Les murailles, en plusieurs endroits^ s'écroulèrent, et quatre-vingts. personnes,
' A Lausanne, plusieurs rues étaient de bois. Berne eu iul toute bjitie. Yoy. ci -dessous.
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bommes et femmes, furent ensevelis ioû8 les débris. Ainsi tombail le passé * , Ceet alors que l'on vît le prévôt du Chapitre, Cuno d'Eslavayer , l'homme de tôle de ces temps4a, ramasser en tout lieu ce qu'il put retrouver de notre histoire, consumée par cet incendie qui semblait présager aussi de nouvelles destinées. D'Estavayer se chargea de même , tout porte à le croire, de diriger celles-ci. On avait élu pour évèque Jeande Ck>ssonex, d une £nnille antique et puissante. Le baron de Fauci- ^ny, irrité , vint soutenir â oiaÎB armée la faction de Philippe de Savoie. Il occupa la Cité, plaça garnison dans la Cathédrale , dans la maison d'un des principaux opposants,le chanoine Nicolas de Chavoraex, à la porte Saint-Maire et aux autres portes de la ville haute / où on le supporlaîl aussi impatiemment que dans la basse. C'était le jour de Pâques, 1240. Après vêpres, on entra en pourparlers un arrangement fut conclu le vendredi suivant, par les soins du Prévôt. Mais le samedi, les bourgeois firent entrer dans la ville basse Jean de Cossonex avec ses frères, ses parents, ses amis, et une nombreuse suite des vassaux de l'église. Ils étaient armés, et mirent en état de défense les maisons les plus fortes.
J Chron. ChartuI,, a. 1216, i219. 1233. Il y a Ues variama entro ict eienplaires.
aiasi que les églises de Saint-Pierre et de Saint- Laurent. De son côté, le «eignéur de Famigny se fortifiait, il fit abattre les maisons attenantes »ux murs par où on aurait pu mettre le feu à la Cité. Chacun des deux partis se trouvant ainsi assiégé et assiégeant » lac') ait de porter rineen^ die cbes l'autre. Une fois c'étaient les moulina de la Cité que brûlaient les gens du Bourg. Ceux de la Cîtéy à leur tour, insinuèrent » cette mâme uuil,le feu sous la Roche, et presque toute la basse ville fut consumée. Alors, arrivèrent au scîcoura de révèque vaudois mille diocésains de Berne et de Moral. S'élant retranchés près delà porte Saint- Maire , en un lieu appelé le Chabhz sans doute parce que la penle y était sillonnée d'une de ces l^vinesqui dansles Alpes reçoivent encore aujourd'hui ce nom, ils lancèrent de lâ de grosses pierres avec des manganelles, des trabichets et les machines de guerre usitées alors. Ceux de la ville faisaient de même contre la Cathédrale^ et sans que ûôus puissions savoir où ils se ^postaient, mais s'avançaut probablement sur la colline, ils lançaient principalement leurs traits eontre le portail de Sainte-Marie. Six mille hommes, conduits par un /des frères de Philippe, ce Pierre de Savoie que ' l'on commençait d^appéler le Petit-Charlemagne, vinrent à Taide du parti savoyard. Ce renfort ne le rendit pas vainqueur. Après bien des assauts
des incendiés , on convint de \é paix. Jeafn de Cossonex garda rËvèché, et Lausauue en cendre édhappa du moins à la maisoii de Savoie * ; mai9 eDe ne se releva qu'imparfaitement de ses ruines » elcelle»ci» en acquérant, le Pays-de-Vaud, empêcha la ville qu'elle convoilail toujours, de s'assurer dans i'Helvétie romane la àauie position mor.. raie et matérielle que elle y avait obtenue naguère.
Le plus habile el le plus vaillant dés neuf Trèrea
de Savoie était Pierre^ sans comparaison, il avait partout gagnée en deçà , en delà dps monts 9 et jusqu^en Angleterre où il fui un de ces étrangers dont la présence 9 odieuse aux Anglais, lit naître, plusieurs révoltes avec quelque profit pour la liberté* Le Valais était sous sa main ; Févèché de Sion^ moins heureux que celui de Lausanne S avait dû lui céder une parlÎQ de ses revenus; Tabbaye de Saint-Maurice, l'anneau de son patron ; Berne, l'accepter pour protecteur. Sa maison tenait de r£mpire Moudon, la priucipale ville Zaeringienne du Pays-de-Yaud. Prieurs, abbés, seigneurs, romans el allemands, lui prèlaient hommage, les petits pour tout ce qu'ils avaient, les grands pour une partie. La société féodale éner-^
eu
Tant, dans fous ses membres moins un, la suzeraineté par la vassalité, se prêtait aisément fait, sinon de droit, à ces permutations fréquentes ; excepté aux yeux des perdants, il semblait que rien n'eût changé C'était d ailleurs les temps di;^ grand interrègne, non des empereurs, cnr il s'en trouvait toujours, mais de la majesté de TEmpir^. La noblesse était abaissée, el le pouvoir suprêmç avait disparu. C'était le bon temps pour faire des héritages» Un des empereurs de nom que les factions s'étaient opposes, voyait en Pierre de Sar voie Tonclede son frère le roi d'Ai^gleterre^et surtout un seigneur asses puissant dans r£mpir<^ pour laider à Toblenir. Il^donua donc au Pelil- Charlemagne un diplôme pompeux mais aussi vague que rélail sa dignrlé, par lequel il l'investissait 4es biens du dernier des Kibpurg, héritiera des Zaeringue La chronique et la tradition savent
M. L. Vullicmiu a trouvé, aux Archives royales de Turin, preuve de ces nombreux acquêts , en apparences isolés , mais qui formaient peu-à-peu un nouvel état pour le comte Pierre. — Voy. d ailleurs xVuUer, V 1 , çti. ^6. u. 32(\ 268-277.
' Guichenon , Preuves, IV, 74- — On dit qu'il existe quelque part une charte contraire donnée par Alphonse X de Castille, le connpél^iteur de Richard de Cornouaillcs. — Muller ( L. 1 , ch. 16 , n. 251 ) tdopte le diplôme de ce dernier, tout en en faisant ressortir le vague •t riosignifiance. Sa note, à ce sujet, est bien délicatement pesée * Pour ce qui suit, son exemple m'autorise aussi à emprunter Iç.
sur ces événemeiils des choses phis intéressante* que la sévère histoire. Les vassaux de TUelvélie occi^ dentale avaient fait une li^ue pour s'opposer â oetl« donation ou aux envahissements qu'elle consacrait. Un aeigneur allemand élail son chef. Us vinrent mellre le siège devant Chillon, du côlé de Vevay, et se logeant dans les beaux villAge<^ qui avoisineul cette forteresse^ ils passaient joyeusement le temps â banqueter et à danser avec les iilles du pays. Mais le.Petit-Charlemagne, débarqué secrètement à Chillon, les guettait du haut de la grande tour, avisant, bien tous ses adversaires. Ses gens étaient restés â Villeneuve, qui tantôt le virent revenir de belle humeur et souriant.-^ ce Monseigneur! quelles nouvellesB lui demandèrent-ils? —Bonnes. Ne vous souciez. Lés ennemis seront tous nôtres, car ils ne savent ri^ de notre venue. Demain nous les irons trouver. » A la pointe du jour, ils furent à cheval. Trorapetles, de se taire. Et passant en grande silence, le chemin tournant serré
oécit de k tradition; c'est te cas de direk: 0& il n*y a rien, la critiqve perd ses droîls. Voy. donc S. Cliaropier, les 6r. Cliron.(l51t{), f. îviil et Ixti ; G. Paradiii . Chron. de Savoy e ( Lyon , t8Gl ), L. 11^ cfa. 7S-SI. Sur le Duc de Coppingen qui doit avoir été le chef de la li^^ae, voy. Muller, ibid , ii. SStf, à moins qu'il ne soit possible de . l*espliqaer, comme on le propose, par Kob-Jnngen, on Ktbourgle-Jeun^*
mire le foH el la mont^^Qe S ils se jelèreol mr
leurs ennemis désarmëwS , el eurent ainsi deau marché de chair. On dit que les seigneur* s'en* fairenly laissant les bourgeois el pédailUs de leur armée soutenir seuls la déroule. Une chapelle, élevée à Montreux en mémoire de celte bataille» conserva iong-teinps les os de ceux qui avaient
péri. Grande compagnie de geus-d armes et force engins de guerre réduisirent celles des communes occupées par les seigneurs. Mais Yyerdon, cité vaillante qui se montre toujours avee énergie dans la tradition comme d;nis les faits positifs, ne ae rendit qu'à la famine, sans quoi on aurait eu beau rompre ses murs et aplanir ses fossés. Ainsi triompha}! le comte Pierre, ajant soin de planter de lieu en lieu quelque fort donjon en souve? nance de sa vicloire el pour la garaiilir. Mais tous ses rivaux ne se tinrent pas pour battus. Le comte de Genevois surlou i , q u i possédait plusieurs fiefs au Pays-de-Vaud, enlr'aulres l\ue et le redoutable château des Clées, ne pouvant se dé* barrasser de ce fâcheux concurrent, voulut au moins lui faire le plus de mal possible. Ses gens enlevaient donc les hommes du comte Pierre^ aujourd'hui un et puis demain deux. Ce dernier
' « Li , la montagne restreint si fort le pays qu'à peine y peut-il passer une charrette. > Plantin, nescnpt. etc. (1666), p. ik82.
^tt alors çii Angleterre, auprès de sa nièce la reine £iëonore. Tant marcha le cfaevauclieur du Pajs-de-Vaud qui lui apportait ces mauvaises nouvelles^ qu*il le iroura en la chambre de la reine, jonant avec elle el ses dames an jeu : Quê portez-vous sur le dos * P Quand ce fut le tour du eoRite Pierre, lequel dans l'intervalle avait parlé an chevaucheur, elles lui mirent sur le dos un oreiller de plume, et lui faisant la question voulue : Je porte Rue et les Clées en Vaud, répondit-il^ tout préoccupé de grief et de mallalent. -S5- Ce n'est pas à propos répondu ! Que porteKvous sur le dos? reprirent- elles. Et toujours: — Eue et les Clées en Vaud. • Ë^les n'en purent avoir autre réponse. La reine questionna son oncle; il lui conta son méchel, el la pria de demander au roi qu'il eu fut aidé seerètement. Bien que le roi « n'aimât point qu'on lui fil parler d'alFaires par femmes, 9 il donna au Colite archers et gens de guerre avec lesquels arrivant un jour^ au poindre de l'aube, devant le château des Clées au Paysde-Vaud, il força bien son ennemi de se tenir en
« L'on met sur le dos de colui qui hoiil le jeu, un oreillerou une escabelle, ou quelque aulre chose semblable , et l'on ne cesse de lui char(}er les espaules de choses diverses, jusqu'à ce (ju'il ail dovinô ce qu'il poric sur le dos , ayant les yeux ieriucs ou baudçs. i» (vuiU. Paradi^, Chrou. de Savoie.
paix. Il ne roslait plus à craindis) que l^elnpereur•
Si les chroniques ue oous donnent pas la réalilc des faiu^ elles nous en peignent du moins une }>jen vive image : l'empereur aurait été sans force contre un vaillant seigneur, aimé de ses nouveaux sujets; et voici comment elles expriment la chose. Le comle Pierre (it faire un habit de cérémonie^» moitié de drap d'or et moitié d'un haubergeon d'acier. Ainsi accoutré^ il se présenta devant l'empereur^ qui le reçut fort hiw, et se plaisait à lui entendre conter les prouesses qu'il avait faites en son temps. Mais^ lui dit-ii uu jour^ pourquoi portez*vous celte robe ainsi mi-partie?**— €e côté droit» vêtu de drap d'or, lui répondit le Comte, je le tourne ver^. vous, pour vous faire honoeun Mais si, comme aucuns m'en avaient averti, vous li'eussiez voulu m'enveslir de la Baron nie de Vaud, fiussi eussé-je tourné vers vous le côté gauche qui est vêtu de ce haubergeon d'acier ; et j'aurais ^élen4u mon pays Tépée au poing jusqu'à la mort. )» Telle est chez nous l'histoire du hauberr geon d'acier, tenu eu réserve comme la seconde llèche de Tell, avec un mot vaillant mais qui est celui du seigneur plus que des hommes libres.
La conduite de la maison qui s'était étendue
dans THelvélie romane fui aussi Ion le dilFérenle 4e celle qui eut à la même époque THelvélie alloi*
mande pour piédesul, les Flabsburg*. Ces deroiors firent uue si haute (ortuae qu'ils crurent pouvoir dépouiller même leur mère. Les comtes de Savoiio^ étraugers et moius plantés., moins abrités dans le pays, se modérèrenl davantage. lâ, d'ailleurs, le nombre des communes et des villes ne permettait pas de songer à quelque grande oppression. On pouvait les gagner plus aisément qu'une cité puis^ sante^ mais on les tenait raoin^. bien. Les petits ont l'avantage de pçuvoir s'échapper par dessous. A ce qu'on entrevoit » elles donnèrent ^s&ez dei de peine même au comte Pierre pour lui faire comprendre qu'elles étaient une force utile, en* çorç un peu ilottante, mais ciu'\ ne se briserait pas. Témoin des périls où la royauté anglaise s*é« tait engagée en voulant porter atteinte aux libertés nationales, il avait pu voir les communisa invitées à partager la résistance'. « Homme sagç, discret, prudent et circonspect ' », comme Tappelle un historien de cette nation, il dut profiter
* Simon de Monlforl, comte de Leyccslcr, fils cadet du lamcux çbef de la croisade contre les Albigeois, appela les communes d'An^. ^leterre au Parlement, enl2G5, et après saraorl lut vénéré, comme 'Qii saint, par le peuple , qui avait cru voir eu lui uu de ses déieu-^ «eurs. Pierre mourut en i268.
'M^Uh. Paris , ap. Guicbenaa, iiist.>généal. \,
de oe spectacle. Ces relations avec un pays où la Hberléest cou lu me, subsistèrent nprèslni. Jeuesais quoî| d'ailleurs, nous ravonsdéj^ tu, ramène involontairement à comparer deux peuples si éloignés, dont le premier est si grande le second si in« connu. Ils se sont volontiers et fréquemment vi* sites * ; et leur histoire même se touche de temps en temps. développement des libertés popu* laires ches l'un ne troure son véritable analogue que chez Tautre^ et au moyeu-âge c'eisft le leur qui est le plus prompt comme le plus avancé * •
*Pîerrtî de Savoie avait des seigneuries en Angleterre, et à Loudres un hôtel connu sous le nom d'Hôtel de Savoie ; un roman de Waller Scott en a rajeuni le souveuir. Ce IIoll ou Osle de Graudson qui se trouvait à Sl-Jean d'Acre, en 1291, était la pour le roi d'Aiioleterre ( Michaud , Hisl. des Crois. , IV, 458 sqq.), dont, en 1304, un Olhon de Grandson était aussi lieutenant dans ie duché d'Aquitaine. ^Hist. du Languedoc, IV, 122). Celui qui fut taé en duel par Gérard ffEitavajer, aviit ao grand roDom 4« vaillance en France et aa~ ^elà du détroit II s'établit Ici des colonies d'Anglais , an 16* sièckt de rélormés persécutés , an 17* de répnbltc4|ins proscrits » en IS^ et •a 19* de voyageurs mondains, ou de missionnaires comme aui| jours de Colomban et deSaint<^all. On cite un pasteur vaudgis ^oi avait en même temps un bénéfice en Angleterre. Ce furent des Anglab qoi réfeOlirtni cbes nous les opinions religieuses» encote i présent sonmises à la même influence ) et Brougbam fit un livre fontre Tinlolérance dont notre gouvernement se rendit coupable fin cette occasion.
' Il faut hîen qu'il y ail en ceci quelque chose qui tienne i la ipiicbi» méni® nationalités; car la liberté ne sort pas unique-
Ces libertés s'organisèrent peu-â-peu, à mesure qu'elles s'étendaient de proche en proche^ ai que les castes on Ito personnes en éprouvaient le
ment des chartes où l'on a souvent la bonhonnie de la chercher ei" clusivement. Elle sort aussi du peuple merne , de sa nature et de son génie: avant le doruaieiit, l'esprit qui a fmi par le dicter. Ainsi, pour nous en tenir à ce qui nous regarde, ceux qui ont vouUt anQoindrir l'impurtauce des £tats du Pa)^s-cJe-Vaud^ eu rabaissant l'oeuvre du comte Pierre, attaquaient trop bas: ils croyaient raser uu passé, mais ne s'apercevaient pas qu'il en restait un autre sur leurs tètes. £n effet , avant le comte Pierre, il y avait déjà de la liberté. Sur ce point, Berne elle-même était la plus foudroyante ré" pense* On comptait À peine deux siècles depuis que les Etats s'étaieotraiteoibÙi pour coaiacrer Jet destinée* du pays. Taot qu'un peuple subsiste > ce sont là choses qiîi ne meurent jamais en lui , el dTantant moins qn*il en conserve peu l*usage. Ce que fit donc le comte Pierre « i cet égard » i|n nft peut pins le dire au juste* ; Bune qu'il ait trouvé des libertés dans notre patrie, et qu'on les voie prendre du corps et' de l'ensemble après lui » cela est sûr ; qu'elles aient 4^ à sa volooléi à Aon expérience, à son séjour en Angleterre, une impulsion immédiate, cela parait certain. Les Etals sont un des faits capitaux de notre bbloire et l'un des plus intéressants de celle de Im SÔîsee. Muller qui le sentait bien, en avait tracé le tableau avec joie, mais en commettant « Terreur de placer dès son origina
*]1 existait, aux archives du t hàtcau de. Blonaj, parmi les papiers du commi»* •aire Quisard, boar^^eoia de IS'yoQ} et contemporain des dernières assemblées des Etats de Yaad, on dooiMiit sans prix puotBOU, le traité par lequel ces Etats «■ ue Bièle fàiiénls rteaîe à Morgei, en 1391, recoaureiat b sosveraiMté do Pierre de Saroie. Muller, indirectemeat il est vrid,Ieeite dans n première éfli« tioii, (L. I, ch. 16, n. 268) ; et d'ailleurs, malgré sa bonne envin de complaire â M. de Muliuen, le vieil écrit du savant commissaire Qnisard, l'embarrassa toujours, sans parler de son honneur d'bonune et d« sa difaité d'historien, qui ae Airent pas peu à la gêne «a celle aftdre (dernière édil^ L. Il, eh. M, n. flISd, L. m, eh. 9^ ». IflSb). Quant au document en question , il ne se retrouvait pas : plusieurs forent persuadés qu'il avait été soustrait (vor. Fréd. Cés. Labarps, Rép. à M. de Malineny p.,18 ; BiblJTaud. 63 A .de la Bibl. cantonale ) .
besoia. Elles ne formèrent d'abord qu'un assemblage Yague^ branlant, confus^ el alors même qu'il fui devenu plus solide el plus complet, elles n'eurent jamais ce Jini qu'en rien le moyen-âge n'était destiné a obtenir. Ce qui leur manquait, manquait partout, et manqua toujours plus ou moins. Lorsque le Comte, qui d'ailleurs ne pèr* cevâit pas d'impôts directs, demandait un subside, on le lui accordait avec empressement, el il semble bien que la belle déclaration qu'il faisait en retour, de ne point transformer ce don gratuit en antécédent contraire aux franchises, ne l'eng^ageât pas beaucoup pour Fa venir. Mais qui ne sait Timpuissance des formes ? L'art de tourner la forteresse de la liberté s'est^il jamais perdu? d'ailleurs, l'impôt était voté, du moins : et Ton ne fait pas toujours mieux aujourd'hui. C'était une manière de pétition à rebours, où le prince était forcé de s'adresser à lui-même des représentations ; s'il ne les écoutait pas, la nation ne faisait pas constamment de mùme. Elle conservait le droit d'examiner, et finissait pair refuser quel-
daiM la consliluliou tout ce qu'elle devint dans le cours de deux Mècles. «(L. Yalliem.. de l'élude de n. bist. nat. )Dans la suite, il accumula iiole sur note , moins pour se corriger que pour se taire pardonner.
quéfois Comme ailleurs^ les libertés dès villéS^
souvent acquises à prix d'argeot, se couservaient demâme. Mais il arrivait aussi qu'elles fussent la conquête de la guerre et une des clauses de la paix ^. Une fois obtenues en gros^ il fallait veiller sans cesse à ce qu'eu ne les reprit pas en détail ' ; et pour cela, comballre, négocier, tenir ferme on céder quelque chose a propos. A chaque avènemént» a chaque visite du Prince, on avait grand soin de lui faire jurer et confirmer les chartes de ses devanciers. Il en est qui remontent au xm* siècle et ne furent probablement que des reconnaissances d'immunités déjà passées en usage. A
* Un lundi (jdiir de marché ) da mois de Novembre 1489, Tbaiifier du Bailli de Yaod étant entré par vne des portée de Moudon » faisait , à grand ton de voix et en patois^ une publication contraire ans libertés nationales. Loais Cerjat, Pun des syndics, l'ayant entendu, s'y opposa an nom de la ville de Moudon, ainsi qne de toni lePays-de-Vaud , et prolesta devant tons de la nullité et de rinva** lidité de cet acte. Grenus, Documents, 80.
*U»id., !:«..•. en la paix &ite devant Nyon, au nom du noble baron Amé comte de Savoie, d*une part: et par les gentilshommes demeurant 4 IVyon, et la généralité des bourgeois, dudit Nyon, d'autre part. » Charte de IS95, scellée par € nous frère Aimé de Promentboux , humble prieur de Nyon. >
'Re^êtedela villedel^yon à Ame VIII (1459): «... De jour i autre plusieurs s'efforcent.. .. de se rendre eiempts desdits droits et coutumei , el principalement les châtelains , commissaires et rcce-* venrs de votre Grandeur.... •
peine vingt ans après le comle Pierre, Moudoa avait une charte en règle. Hnit âns plus tard>
Nyon voulut la sienue sur le même modèle, et l'obtint, ainsi que la reconnaissance des franchises qu'elle avait gagnées précédemment Celles de Moudon continuèrent d'être le point de mire pour tous, et il y eut ainsi une coutume générale de liberté dans le Pays-de- Yaud. Toutefois chacune des villes et communes avait aussi ses particularités , dues aux diiTérences de lieux, et aux changements des temps, qui joutèrent et retranobèreilt des dispositions, il ne peut être ici question de faire un tableau complet
1300 de nos communes et de leur vie. Je me borne à à quelques traits. Le seigneur et les bourgeois se
1450 liaient par un serment réciproque. Le serf taillaMe qui ayant prêté serment â la ville , y restait uu au et un jour sans être réclamé, en demeurait bourgeois. Le seigneur ne pouvait point recevoir de bourgeois sans Tavis de la communauté. La liberté personnelle était formellement garantie»
* Voy. GreniM, Docum. p. xi n. tS, p. I n.l. p. t« p .S m I, p. S <3Q n. 1 s MulÎD. . t^ecb. « n. 90* — On Iroave daus les archim «l'Aigle une cliarte de 4988 • qui accorde aux hommes du bourg «r Aigle te droit d'élire quatre hommes probes pour être procureurs et ajrndics dudit lieu, pour gérer ses afiaires, répartir* taxer les ioipositions , et pour détendre ses droits. F. Claveft Kssai sur les C(MHmunes ( l«ausanne , I8SS), p. is.
Nul ne pouvait être saisi dans l'enceinte de la TÎUe 8ao« l'aveu des bourgeois , à moins qu'il ne fût larron ou brigand maniCeate. Le prinei-» pal devoir envers le suzerain ëtail vAui de la choFaucbee dans lea é?êeliéa d# Lausanne^ de Genève 9 et de Sion jusqu'à Sioa, aux frais des bourgeois pendant huit jours * ; que si davantage, c'était aana préjudice de leura franebiaea, et le prince était alors tenu de fournir à la dépenae^ abondamment. Le moulin et le four de celai*ci avaient un faible privilège : s'ils étaient occupés, il bllait atlendro uo jour et une nuit, au bouidesquek on pouvait moudre aonbléetcoife son pain où Ton voulait, A la Saini*André, tout cordonnier devait au aeigaenrnne |Miiredeaonlie»j des meU* leurs qui se trouveraient chez lui, après les deux de premier choix. Il était défendu au boucher de garder de la viande fraiche nn-delà de troie jMra au plus, de la farder, de la gonfler ou d en ex-
* m Beaucoup de villes de« conlrées voiaiuca ne U devaienl pa« pour un aussi long terme. > (Muliii. , Recb. , p.&îi ). On s'est donc trompé en disant que les communes vaudoises montrèrent le peu d'espri((Tuerrier qui les animait, par le soin qu'ellcfi mirent à défendre leurs droits quanta la chevauchée, ou à la levée faite par le seigneur féodal. Vhost, au contraire, ne se devait qu'à la patri<>. Comp. Mulin.» ib., etGren., Doc-,p. xiv, n. 23. — Aigle ne marchait qu^après toaie la caTalerie et infanterie savoitiennes, parce qv'die avMt le p4màaovfipir^dea4iicmi<nif teMaiMiît*lfoll.« L.II,ch.7,n.aftO.
poser delà tarée et de la mal-saine. Le coitimercè él la fréqueDlation des foires étaienl assurés par des sauf-coiiduils pour un temps déterminé, et facilités par des conditions, aranlageases surtout aux bourgeois. Chacun avait droit de mettre en yentè devant Isa fenêtre la plupart des choses qui peuvent se vendre* Si quelqu'un s'en était allé du marché sans avoir payé ce que Ton devait pour droit de vente, il lallait qu^il revint en arrière pour s'acquitter, ou qu'il envoyât un messf^ger â sa place, ou du moins qu'il mit l'argent au bord du chemin, sous une pierre, avec deux autres pierres à côté pour servir de témoignage ; et , lo marché suivant, reprenant l'argent en présence de deux hommes de bonne foi, il le rendait à la seigneurie. Celui qui tenait deux mesures. Tune petite et l'autre grande, achetant avec la grandé et vendant avec la petite, était sévèrement puni ; on le remettait à la merci du prince : il y avait un méiral pour égaliser et sceller les diverses mesures. La vie était encore toute remplie de vio* iences, â en jnger par les nombreuses catégories d'amendes, suivant qu'on avait appelé quelqu'un adultère % punais, ladre, larron et traître; qu'on
^ Avoutro. D*autre3 lisent charaoouto, expreasion injurieuse» d'un sens différent, encore usitée aujourd'hui.
Tavait frappé d'un bâlon, d^une pierre , d'an couteau ou d'une épée ; qu'on lui avait donné un coup de poing, un coup de pied» un souffle!^ déchiré son habit y ou qu'on l'avait seulement tiré avec les deux mains. De sa porte ou de sa fenêti o» tm pouvait aisément darder à 6on ennemi le fer de sa lance ;et cela se voyait quelquefois: Tavoir jetée ainsi, ne fut-ce que de la longueur d'une coudée, c'était s'accorder une satisfaction qui coûtait cher. La propriété rurale était garantie, pourvu qu'elle fut close: défendu d'y entrer de jour et surtout de nuit, à moins que ce ne fut eu suivant « sa bête ou son obeau »: qui ne pouvait payer la somme fixée pour ce délit , élait forcé de courir nu tout au travers delà ville. Le père ne devait rien â son fils que le quart d'un pain ou un bâton Uanc: ceci était coutume de Moudon. A Nyon, au contraire > le pèrè ne pouvait déshériter ses garçons de leur part légitime sans juste sujet; la fille devait parfois se contenter do sa dot. La femme ne payait que la moitié de l'amende exigée de 1 homme: infériorité qui pouvait bien aussi passer pour un avantage. Enfin, quand les coutumes eurent pris tout leur développement, les bourgeois^ outre les droits de pâturage et d'affouage, avaient « entière puissance de chasser 9 ; eux et leurs familles pouvaient pécherai! grand-lac et acquérir un (iefnoble aux mômes conditioas que les geutili^ommes. Si
le cas le demandait, au son de la cloche se vas^ semblait dans l'église le conseil géaeral des bourgeois. Les villes éiaieni ceintes de fosses, el entourées de mura plantés de tours, à rentretien desquels tout le territoire devait contrSiuer *, car on les envisageait comme la forteresse et la retraite de la contrée. Derrière les portes, on tendait d'énormes chaînes ; une redevance leur était affectée : celui qui était chargé de les défendre, au lieu de anivre en tempe de guerre la caralcade du prince, lorsque paraissait la bannière de lâ tsommune, retenait deo« honunea à son choix> avec lesquels el sa troupe à lui, il faisait U garde ^ea portes de la ville. Ainsi vivaient les bourgeois, dans leurs cités bien doaea, visitant et cultivant leurs champs et leurs vignes, jetant leur bétail dans les pâturages comm^iis, cOiaasant, péchant^ traBquani un peu, assis le sc»r devant leurs maisons ou sur lesbancsdulavernier, dissertant de la vendange et de la moisson, causant d'aventures, et tle temps à autre allant en guerre. - D élroiteB
♦En 1413. deux agriculteurs . Mcrraet Duforl de Villars-soos- Ycns et Pierre Uldrisier. s'étanl, à I iiisligation d'un seigneur, refusés à faire U portion de fossés qui leur avait été ats.gi^ tes MEëe U ville de Morges. lurent en conséquence gagi^ : Mwmel pour im cheval brun, el Pierre pour une chèvre blanche. Grenoi, Docnni.,N° 21. et p. 68.
liaisons s'étaient formées enlre les villea. Oa ^appalMl cher^frirês et grands amis. Oa s'écrivait aouTeni^ se. convoquant pour tenir une Jaumés^ au sujet d'întérèls particuliers ou généraux. Tantôt les députés des communes se réunissaient seula t on les nommait aussi des Etats ; et leur principale affaire était de régler des pointa de coutume. Tantôt; les députés de la noblesse et des villes formaient, sous le même nom, une autre classe d'as- •emUées représentât! ves, laquelle souvent tenait lieu des Etats-Généraux % ou de ceux des trois ordres, plus rarement réunis. Le conseil de Moudon^ et le bailli deVaud, était la double voie de çon vocation, ouverte au souverain, aux sujets et ans étrangers. Un homme avait-il été incarcéré par le châtelain du seigneur au préjudice des libertés? un messager portait â toutes les villes les lettres de celle où le bit s'était passé ; et réunis i lloudou l'on tenait conseil. Quelques bandes de
*. Grenus, Docum., voy. enlr autres, p. 133, 148, 149. — Dans les Etats des trois ordres, ou remarquait surtout: parmi les nobles, le comte de Gruyère, le baron de Lassarra, les Blonay , les Corol^ay de Saint -Martin-dou-Chagnoz, les Cerjat souvent orateurs de rassemblée, etc. (Grenus, Doc. , p. 88; Rucbal, Hist. de la Réf. , 1, 5IO);parmi les ecclésiastiques, l'abbé de Haul-Crest(Doc., p. 148), d'autres char^îcs-d'alTaiies du clergé (Doc. , 104, 117); l'éveque de Lausanne assistait aux Etals de 1532(l\uch., ibid., 1V,2Ù4) Puis, les patriotes^ bourgeois, syndics et députés des comaïuucSf avec leurs huissiers vêtus d'cloÇe rouge (Doc, p. 39).
routiers faisant la gaerre et pîHant pour leur
comple^ après l'avoir fait pour celui d'uu roi^ menaçaient-elies de se jeter sur le pays? des soudards, fiintassius et cavaliers^ ayant à leur téle lea «capitaines de la pairie^), allaient garder les pas* sages du Jura contre ces écorcheurs , comme 1.9> peuple les appelait. Fribourg préparail-il une incursion? dea hommes - d'armes garnissaient la frontière. Si, dans ce but» une ville moins peuplée, qu'une autre^ avait néanmoins été imposée au-*, tant que ceUe-ci, elle se disait maltraitée et s'eui plaignait. La cour baillivale de Moudon était cour d'appel inférieure, et de première instance pour les seigneurs-bannerets. On jugeait en dernier ressort â Chambëry, d'après les franchises générales et locales du Pays-de-Vaud. Les biens du prince étaient sujets à la coutume ; et il arrivait parfois qu'on les mit en séquestre. Enfin^ le sour Ycrain nWait point d'appel contre le sujet , mais bien oui le sujet contre le souverain ^. Justice de ISavoie signifiait alors bonne et briève justice.
^«... Qu^ ledil 9ei»nciir n'a poinid'appel contre le sujet, Qui disent le sujet contre ledit seigneur» (Grenus, Doc, p. 152). Le procureur de Vaud ayant perdu un prorcs dans une cause fiscale, il en avait appelé à Chambéry, ce « qui est lolalement contre les libertés et franchises du pays, et un cas terriblement dangereux ^ouir. ^ séc^uclle. » ( Id. , p. 160^. Voy. aussi p. 1S§. ,
tes bourgeoisies élaîeut florissautes sous œ ré* gimerépublicaÎQ.De grands marchands étrangers ^ fixaient daua les petites ^^tés vandoiseSy toutes confédérées eotr'eiles ainsi qu'avec les seignenrs et les çomAïunes d|i voisinage. Leur yie était la. vraie vie du pays ' .
Etranger ^ès I^ commencement^ le Seigneurr Baron le devenait chaque jour davantage, a mesura que, s'étendani au-delâ des mpuls^ il ne comptait plus ses meilleures possessions de ce côté. En Savoie, ces princes pouvaient encore se sentir chez eux; mais non» dans le Pays-de-Vaud., Depuis des Âges si anciens qu'on ne les comptait plus
*Sur ces divers points voy. surtout Charles de Moudon i359), § 18,23, 36, 38,43. 59.84 etc., et de Nyon (1439);
Grenus, Doc, N"^ 9 cl o5;-p. 62; -p. ilO, 58; -p. 38, n. 1; — p. HO, 59; -p xxMiisqq. ; -p. 44. ^^^2^;-?. 72; -p. 37 et 73;p. 71; -p. xxi;-p. 65 n, 12. iMulI. L, II, ch. S, n. 412, ch. 7, 11. 562.— Sur Payerne le meilleur marché des coiilrées adjacentes , et où s'c-: taicrit elahlis des néfjociants d'Asti, voy Mull. : L. 11 , ch. 1, n. 352. La charte de Payerne (cilenese trouve pas dans Grenus) ajouterait aussi quelques traits différents au tableau gcocral des couniiunes vaudoises. Cette ville lut toujours un peu à part dans ces temps, sans doute à cause de son origine ecclésia-slirpic et de sa position au vois^page des deux races dont i'in4uence s'y rencontrait.
'-CI1. deïWa» Docam. • p. 8& :«.... la terrent baronio de Vaad / avait été , dès le Tieux temps , retenue et réservée d'entre les terres ' * d'empîre, pour être gouvernée selon les franchises, les libertés, * les os et coutumes écrites et non écrites que Ton avait coutiime d'y <^)ScrYer. ».
M gnade dfiûre a¥ailëiéde te fain me Tieipart
et libre; eu cela le seigneur lui était un moyen, non le but. Au88i> celui d entr'eux qui ne voulut de sa haute fortune qu'une retraite au bord d*un lac pour d'épicuriennes contemplation ne la choisitil pas même aur çe rivage, bien qu'il soit le plus beau. L'autre, probablement moius bruyant et moins découvert^ lui était mieux une pairie. Des arrangements de famille procurèrent a noire pays quelques souverains particuliers, dont riie devint l^apanage* Il est douteux que sa position en ait changé beaucoup : cet élat de choses n'ayant pas assez duré pour donner lieu à une véritable dynastie nouvelle. Néanmoins, il ne cessa d'y avoir en nous, en vertu de notre position et dp notre caractère, une inclination si forte a nous faire une vie propre, qui eut son centre ici, où â vrai dire, il se trouve naturellement, que cette époque nous apparaît comme une des plus heureuses de notre histoire : quelque chose nous entraîne a rapprocher son souvenir de celui de Berihe et des Rudolf, comme un jour peut-être le Canton de Vaud y mêlera le sien, dans cette .mémoire de féiicifé que les peuples se vannent de siècle en siècle, au souiûe de leurs désirs ou de leurs regrets.
Cette famille des barons de Vaud eut la re^^
nommée^ elle n'eut pas le bonheur. Le premier^ LooiSf un des nereux du Pelîl-Chariefflagne^ el
dans sa jeunesse compagnon du saint roi de Franco en Afrique, partageaj^sur la Colline du Ton* nerre (Oonnerbuhel), le aori des Fribourgeois» de révoque de Lausanne Guillaume do Champvent, des comles Rodolph de Neuchitel et Pierre de Gruyère; il fut vaincu par les Bernois, dont le nom ne cessa plus de croître dès lors. Ami de cette Taillante république^ son fils ne lui en dut pas moius sa plus grande infortune, celle qui mit uu telme â sa prospérité. Messire Loys» second baron de Vaut, avait renom de proiîcsse el de magnificence dans toute r£urope chevaleresque. £n Angleterre, oii les chevaliers vaodois aimaient à chercher fortune, il assistait au couronnement des rois. Tannée qui suivît le rassemblement des pâtres libres sur le Griilli. En Italie, oii il s'élail rendu avec cinq-cents chevaux, Tempereur le 1309 faisait gouverneur de Rome, et le peuple romain, i3is lld prenant en grande amitié, l'élisait pour son sénateur, dignité vide mais non sans prestige, et le seul débris dcTanlique liberté. Honneur plus utile, H mariait sa fille â Tun de ces puissants Visconti, I332i seigneurs de Milan, qui n'étaient pas fâchés d'avoir un pied au-dcIâ des Alpes dont ils convoitaient l'entrée. Au besoin, le beau-père envoyait au geudre bonne compagnie d'hommes-d'armes du
Pays-de^Vaud, portant la croix blandhe, et de»r.
cendant à propos dos monlagiics. En France, \V suivait le roi contre les bourgeois flamands^ qui^ ayec les Suisses^ soutenaient alors la liberté communale^ déchue en Italie^ où elle avait eu son premier éclat. Chez lui, il se faisait craindre de l'E-r ▼êque el aimer des cilés. Après une de ces expéditions, le château d'Yverdon le rappelait auprès de Madame Isabelle, de Catherine leur fille» et de Jehan leur fils, enfant qui promeltait d'égaler son père en vaillance, et ne le surpassa que trop par sa fougue et son besoin de combats. Armé chevalier sur le champ de bataille, il s ét^Ml distingué dans les guerres de Flandi*e, n'ayant avec lui qu'un idae^ banneret et donsse écuyers. A son retour, il trouva toute la noblesse, ainsi que Fribourgji animées dq la plus vive fureur contre Berne^ dont la gran-r deur les humiliait el leur portait ruine. Le vieux baron Loys envoya son fils unique avec des paroles de paix pour tâcher de prévenir la guerre. S'arrachant ^onc aux bras de sa jeune épouse, Marguerite, qui ne lui avait point encore donné, d'enfants, Jehan remonte â cheval : cent casques, raçcompagnaient. Les seigneurs n'eurent pas de peine a gagner un auxiliaire si désirable, d'autant plus que sa médiation avait été infructueuse. Audacieux guerrier, il se jeta gaillardement dana une lutte i^ui a était pas la sienne cl voj'aut la.
défaite dfi sou côté S ^ut un de ceux qui uo ^339 Youlurent pas survivre a leur gloire. Un si grand courage ue tomba pas sans èlre pleuré. Ceux qui Tavaienl entraîné, furent, aux yeux du père, ceux qui lui avaient lue son enfant. Le vieillard s'apprêta dès lors à quitter une vie dont ou avait coupé la racine. Il fit son testament, reprit les lointaines aventures, métier de sa jeunesse, et iratna ses derniers jours dans les camps. Déjà l'annco qui suivit la mort de sou fils, le roi de France le vit arriver avec un banneret, onze bacheliers et cent écujers du Pays-de-Vaud. U était a Crécy où tomba, la fleur de raucienne noblesse française : au matin de l'action, il fut, avec sa troupe, un des guerriers qui, se frayant à grands coups de lances une route à travers les archers du Prince de Galles, pénétrèrent jusqu'aux chevaliers d'élite chargés do garder le fils d'Edouard m, a et là cgiAibattir^l avec eux main â main », comme dit Froissart. Il fallut quela seconde ^igne vint rafraîchir celle-là, s qui en avait besoin çar autrement elle eust â ibire 9 Messire Loys
• J*éprouvc le besoin de rappeler que sijc ne parle pas mieux Je fa sublime bataille de Laupeo* c*e$tauâ<ii qu elle n'apparUcnl pas à jpon sujet.
^ÇeCtttélors que les chevaliers qui formaient U batàitte du Prince
6ae
ajouta encore d*autres gloires â son nom; mais elles no le firent pas reverdir. Catherine avait perdu son premier mari, Azson Visconti. Belle, et de mœurs chastes au milieu d'un siècle sur le compte duquel il ne faut pas en croire la réputation idéale du bon vieux temps, mais surlout liérilière de la baronie de Vaud, elle n'eut pas de peine â retrou* ver un époux : ce fut Raoul de Brienne, conné»
1549 ^ table de France, qui mourut peu de temps après le vieux Baron, puis en troisième noces, Guillaume, comte de Namur. Les Dames de Vaud, comme on appelait Catherine et Isabelle sa mère, gouvernèrent quelques années, jusqu'à ce que le seigneur de Namur, trop éloigné de sujets d'ailleurs diliiciles^ â conduire, vendit la Baronie au grand Comte-
1359 Vert, Amé VI de Savoie, avec lequel elle cessf\
d(3 Galles, envoyèrent au dea leurs an roi Edouard , pour 1o prévenir dudan|rer couru par son fîls. « Si, dist le Koy, mon fils est-il mort, ou à Icrrc, ou s'il est blessé, qu'il ne se puisse aider. Le clievalicr respondit: Nenni, Sire, si Dieu plaist: luais il est en dur parti d'armes, si auroil bon meslier de voslre aide. Le Woy dist : Or retournez devers luy, et devers ceux qui cy vous ont envoyé : et leur dites de par moy, qu'ils ne m'envoyenl roeshuy quérir, ne rcquerre , pour advculure qui leur advienne : lant que mon fils soit en vie . cl leur diles que je leur mande , qu'ils laissent gai^ner i l'enlanl ses espérons. Mais je veuil (se Dieu l'a ordonné) que la journée soit sienne , et que Thonneur luy eu denioure, et à ceux à i|ui je i ai baillé eu (jarde. > Froissart, L. ch. 130.
d*âvoir des souverains particuliers Sous ce prtiice» la maison de Saroie prit un essor nouveau, soutenu par ses deux successeurs^ son fils et sou petîl-filsy le Gomle-Rouge Ame Vil, et Àmé VIII le premier duc. Toutefois an -deçà des Alpes, leur ambiiioa échoua toujours daus ce qu'il leur èùt fallu pour an couronner Tœuyre^ une domination assurée sur les trois évâchés de l'Helvétie romane* Ils avaient comtés^ marquisats el baroaies» pour commander dans les Alpes; riches seigneurs, chevalereux vassaux à leur complai* aance; Berne n'avait retiré de leurs maina que son indépendance, et non son amitié, trop haut prisée pour n'eu exiger rien * • Mab â cette tamilie il manquait Lausanne, Sion et Genève, objets de tous ses vœux. Elle ne posséda jamais la première, ne tint la aeconde que momentanément, et vint briser sa puissance contre la dernière*
Lausanne» échappée aux flammes, n en ressortit pas seulement changée de fig^ure, mais aussi de destinée et de vio. Des maisons de pierre de taille avaient remplacé les édifices de bois dont, avant
* Grenns, l>oo., p. 8, 10. — Gaichen. , Hisl. généalog. , 1 , 401, — Idii.Pr«ov«t, Testament de Louis II. — Muller, L. II , ch. 3, $ 4 , B. Sai 7a» 75.— Ph. Bridel, Cons. suisse, III , 411, sqq.— Froissart, h. h ch. S7, Isa, * Mnller, L. Il , ch. S» n. 506.
rincendie, étaient composées desraes entières ^ Au-dessus s'élevait la Cathëdralo qui enfin triomphait. Le pape en avait fait la dédicace solennelle : c'était ua Grégoire, digne encore de ce graud nom, et tout animé du souffle de puissance qui achevait de porter la tiare au plus haut point, mais pour diminuer et s'éteindre ; il essayait do ra« nimer les icroisades, et de flattait d'avoir réuni les deux églises rivales, au moment toutcrois où les Latins voyaient Gonstantinople reprise par les Grecs. Le Saint-Empire Romain avait perdu sa force et son prestige ; mais la France était faite^ rËspagne refoulait les Maures^ et la domination de l'Autriche commençait. Enfin , on arrivait a répoque où, si l'Ëurope ne voulait plus de ses belliqueux voyages d^outre-mer, elle n'était que mieux attentive â toute nouvelle apportée de ces mondes lointains et féeriques qui devaient être la proie de sou génie. Voilà le monde dont Grégoire X occupait le sommet, lorsqu'il se rendit a Lausanne, au -mois d'octobre de Tan 12T5« Sept
* TesUDMiit d« Pierre-Franconis» rainé, citoyen de Lausanne, a. 1980. (MSC. Ruchat, Bibl. Brid.)— La me des Juifs . appelée Perabot, qui s*étendait de la Barre à la porte de la Madeleine, avant Tinccndie de 1255, n'avait que des maisons de bois. Pellis, II» 86. — n en était de même dans toute la villedoBemeiau milieu du znr* siècle. Muller, L. il, ch. 3, n. li.
cardinaux^ cinq archevèqttes^ et dix-sepi évéqu.e8 ayant en tète oeloi de la cathédrale que Pon allait
consacrer, un immense cortège d abbcs et de prêtres» le suivirent an milieu de la foule agenouillée sous les arceaux. Puis^ dans un costume magnifique, venait l'empereur, Rodolphe de Habsbourg, entouré de huit de ses enfants, pour chacun desquels il rêvail des principautés et des royaumes. Ducs, comtes, margraves et landgrave s raccompagnaient, el une multitude innombrable de barons et de chevaliers ondoyait du porche an chœur. L'église ayant été, selon lesrits, dédiée et sanctifiée dans chacune de ses parties, avec des processions, des onctions et des chants, le pontife, prodiguant les indulgences, mit et enferma sous le grand-autel un morceau du bois de la croix du Sauveur ^t de son sépulcre, des cheyeux de la Vierge, et quelques autres reliques dbnt la réputation de Sainte-Marie-de-Lausanne s'accrut encore au loin. Mais c'était pourtant la clôture de l'ancien état de choses pour rËvèché.
Œuvre de tout le peuple, clergé, noblesse et bourgeoisie, dont les travaux divers n'en avaient pas moins tous convergé vers ce but, la Cathédrale était finie, et le lien commua arrivé â son bout. La séparation, déjà commencée, a toujours moins qui la retienne : chacun s^échappe et va de
son côté. CoDcenlrée en son germe comme en un point indivisible^ la vie noua apparàll d'abonl toute recouverie d'unité; maisbientôt ses reuille8> que nos yeux n'aperoeTaient paa» se déplient et ae déroulent, se froissent ou s'arrangent^ les unes meurent» les au très grossissent en rameaux: ce qui ne nous seroUaii être que paix et que sommeil» devient mouvemeut, bruit et guerre; ce qui ne s'a* gilait que dans sa masse, prend des membres pour se mieux déchirer. Au commencement, Lausanne, son évèché et tout ce qu'il raasemblait de notre pairie autour de lui, se sont montrés à nous comme un seul corps, dont Lausanne était la lele, et en qudqoe jrorte» Tendroit visible et saiwssable, mais sans Atre distincte de lui. Le droit d'élire son pasteur, c'était sa vie et sa liberté. Maintenant vous vojrez clairement en présence, et déjà çji lulle, la ville et révéque. Quelques bâtimenla sur la plus baute éminenoe et autour de la première église, puis quelquesautressorU col* line opposée, le Bourg en face de ia Cité, voilà Lausanne et ses commencements, avecses maisons-fortes et ses chapelles, ses hommes libres etaon clergé. Le servage, la dévotion, les refuges, eS quriqva industrie, surtout agricole, peuplèrent le reste, dit fond marécageux au troisième coteau. Peu-à-pen ces diverses comnMinatttés ae tendireDl la nmui sur le dos de leurs montagnes, se firent des pas
el des degrés sur les pentes^ cl â trtivers le priii' cîpal roÎ886au qui les séparait^ se jetèrent un pont. Ainsi Lausanne s'est déplojée el réunie; les incendies 7 aidèrent probablement : au lieu de viU letles éparsesy c'est une ville^ divisée en cinq bannières^ plus ou moins rivales, mais dont la croissance force i'Ëvêque et TËTèché de prendre une aililude à part. Les bourgeois se sont enrichis par la continuelle affluence de la contrée et par les nom* breux pèlerinages des étrangers. Leurs possessions s'étendent sur les coteaux fertiles, dans les murs» et loin hors des murs. Les habitants du Bourg rendent la justice, lèvent péage, tiennent les hôtelleries ^ et ont les foires et les marchés. On en roH parmi eux qui ont des Irions de toute espèce, fiels, cens, juridictions, usages» fours» métairies» vignes, prés» champs et hommes, en plusieurs endroits du Jorat, à Pully, au village de GuUj jusqu'à la paroisse de Saint-Saphorin, et dans les hauteurs du lac de firet ; des vignes dans les meilleurs quartiers de La Vaux, à la Chena^ hita% d'Epesse et en Calamin ; des possessions variées dans les ockes qui se découpent au-dessous de Lausanne parmi les vignes et les bois, de la fontaine de Georgette jusqu'à Tétang de Chamùlande ; des chenevières le long du chemin creux qui mène à la tour de P£vèque située sur la
rive; et le droit d'un certain nombre de palϑs ou
feras sur la prise des pècbeurs du hameau d'Ouchy. Les maisons de ces riches bourgeois soui de pierre de taille, sans doute de ce beau grès bleuâ* tre appelé pierre de Lausanne* Elles oui appartenances et jardins derrière, s'étendant jusqu'aux fossés de la ville; asses de place pour que plu« sieurs héritiers y soient logés â Taise, grande et petite cheminées â plusieurs étages, beau porche en ogive, et cellier profond Dans le siècle suivant % on voit devant les maisons de la rue de Bourg des tables publiques, les unes plantées en lerre, les aiilres sortant du mur. Mais les boutiques en saillie n'y étaient pas permises comme â Genève, probablement â cause du terrain étroit et montueuz^ non plus que les hyes ou galeries, ainsi qu'elles se nomment dans notre patois. Ces riches bourgeois élisaient leur sépulture sous les voûtes de Notre-Dame-de-Lausanne. '
La ville, élément d'abord fondu dans l'église ,
était devenue un corps distinct et puissant. Nous avons vu les bourgeois prendre une part active à rélection capitale de Jean de Cossonex qui l'em-
^ TesL de Franoonis. a. 1180 — * lliiller, L. II, ch. 5* n. 99t.— ' Sor la Caihédr., Acte de consëcrat.» Dipl. de l'emp. Rod. I» et Fontaine, Dissert. i ce «njet, (Frîb. en Suisse, 1791). — Snr Tag- Slpmiralion de Lausanne, Le Cbroniq. , p. 176 sqq.
porta sur sou coucurreal de Savoie. Mais Pliilippe^ le candidat évincé, devenu Comte, el puissant dans PHelvélie romane, sut imposer à {Jean une paix onéreuse. Bientôt après^ la position se dessinant toujours mieux, on vît les boui^eois de Lausanne en guerre onverle avec Guillaume 1282 de Champvent, leur évoque et leur suzerain, ef- 13S4 frayé de leurs privilèges et de leurs tentatives pour les augmenter. Ce fut le même spectacle que pré- ' cedemment : on se fortifia de part et d'antre, véque dans la Cité, d'où ses partisans chassaient tous ceux des bourgeois; ces derniers dans le reste, d'où ils expulsaient a leur tour les nobles qui tenaient pour le prélat, démolissant leurs maisons, et employant les planches, les poutres et les pierres â d'autres constructions. Les rues étaient barricadées, les portes de la ville basse fermées et garnies de sentinelles ; de fréquentes rencontres dans les murs et hors des murs, ne servaient qn'â envenimer toujours plus la querelle entre les hommes-d'armes de l'Evéque el les citoyens. L'empereur Rodolphe faisait alors la guerre au comte de Savoie, qui lui était une grosse pierre d'achoppement dans ses projets de rétablir pour un de ses fils Tancien royaume de Bourgogne. Malgré la résistance de la vaillante garnison de Moral, il venait d'emporter ce fort en l'abordant du côté du lac, ou i! sauta lui^mdme pour montrer le chemin.
Guillaume de Champveut voyant ses menaces d'excommunicalion retomber saaseifel, proposa l'empereur pour arbitre : il n'était pas possible de refuser celte oiFre, et Lausanne reçut une paix qu'on lui fil acheter. On entrevoit dès lors la politique do la maison de Savoie ; elle ne fut pas étrangère a ces premiers différends» et ea rëchaui&il incessamment le germe. Posséder Lausanne, afin d'avoir toute THelvélie française, était le but de t^es seigneurs : et pour cela, il (allait qu'ils arrivassent a tenir TEveque dans leur dépendance. O'un côté donc» ils cultivaient et développaient avec soin leurs petites villes du Pays-de-Vaud , afin de mieux enlacer ce milieu qui ne leur appartenait pas et de l'étouffer au besoin ; de l'antre» ils présentaient aux bourgeois de Lausanne ce spectacle de liberté et de bien-être comme un appit, se servant d'eux pour «ébranler leur rival et pour affaiblir l'Evêché. C'est ce que firent déjà les premiers Barons. Nullement effrayés des Caudres épiscopales^ ils pratiquaient des intelligences dans la ville» et trouvaient toujours quelques bourgeois disposée à leur en ouvrir les portes ; soutenus ok cela par nombre de seigneurs» par les Neuchâtfii, les Gruyère, par Fribourg et Berne qui pesaient i Tautre bout du diocèse, tandis que TEvèque avait pour lui les Grandson» les Cossonez» les Champvent; car la même querelle partageait iool le
pays. Si l'Evéque cbercbait â reprendre une poêU tiou meilleure, aussitôt le Baron se jetait sur ses lerresy toujours très â sa portée ; Louis il les loi rayagea ainsi plusieurs fois, enlevant les bommes et assiégeant les châteaux: les vieux forts restés debout sur les collines» notaient pas éparg^nés^ de nouveau la tour de Gourze vit des 1316
mais assez forte encore pour durer bien des siècles, elle commença d'être la ruine mélancolique qui achève de se pencber aujourd'hui. Vainement les cours de justice ,, pour prononcer sur les limitea> s'assemblaient-elles» comme autrefois les ducs Berthold» sous les grands chênes de Montpreveire aubord du chemin. C'étaitsou vent une guerre de village â village et entre de rustiqaes manoirs. Le châtelain de Luceus ou deVillarzel avait-il fait un prisonnier sur les ennemis d& son maître, les parens de celui que Ton enlevait, guettant l'endroit et le moment» sortaient tout-â-coup de leur châtelard et de son enceinte privilégiée (barres), se postaient hors du pont-levis> dans un champ, la lance au poing» et délivraient leur compagnon. Puis à quelque temps de la» les gens de TEvéque , bannières levées, prenaient leur revanche sur les biens et les métairies de leurs adversaires» enlevant les fourrages, brûlant les maisons et pillant les serfs. Enfin» pour mettre un terme aux repré-
«ailles, quatre chevaliers connus pour leur prud*-
hommiey se rendaient sur la place du marché de Moudon» d'Yverdon, ou de Morges^ et la siégeant â cheval, armés de toutes pièces, ils prononçaient leur sentence arbitrale. D'autres fois, PEvéque, poussé vivement, recourait â la médiation du Comle, qui savait toujours la faire payer cher.— Puis venaient encore de nouvelles causes de ruine : des années de sécheresse et de stérilité, des nuées de sauterelles, qui, après avoir brouté les blés efleuillaient les arbres, des famines^ des pestes, la grande épidémie du xiv*. siècle qui dévasta la Baronnie * ; des contributions qui exaspéraient les bourgeois de l'Evéque, des dîmes sur le ' clergé pour subvenir â ces renaissantes guerres, ou à des essais de croisades, ou aux frais du Grand-
> En 1348, des jatfi de VUleneave, de le Tow-dc-Peilc , el de Cbàtel, confest ërent avoir empoiiooné des soarces et des foiila.ines. à Chillon, au-dessous de Clarens, de Montreoi, et une autre, où buvaient tous les passants , située prés d'une tour, entre Vevey et Cbàtel : on retrouva dans celle de Clarens , suivant Vindicalion de l'un des accusés, le sacbet de drogues qu*il j avait mis. Plusieurs lérirent sur le bftcber ; mais , à Cbillon , il en restait un certain •lombre dans les cachots : les gens de Villeneuve vinrent un jour â enfoncer les portes, trônèrent ces infortunés sur la place du marché, et les Liulcrent sans miséricorde, hommes, femmes et enfsiits. Parlon dans les quatre pays riverains du lac , les juils furent pillés et massacrés, à cette époque terrible où l'Europe se leva contre eux et sembla demander leur extermination. Voy. les pièces dans le Cons. suisse, XIII ^ SIS^ôS?.
Scbisme, dans lequel Lausanne sou teDail les pnpes d'Avignon. Le clergé surloul lomba dansTappauyrissemeni : on vit des églises abandonnées par ceux qui les desservaient, et le prieuré de Va* 13^1 lorbe^ n'ayant pas de quoi entretenir ses religieux^ 1374 se réunir à celui de Romainmoliers. Comme seigneur féodal^ TEvêque partageait aussi les défaites de la noblesse : Jean de Rossillon se trouvait i Laupen ; et son châtelain de Lucens^ Jean d'Aubonne^ chef de la bande épiscopale, y perdit son bagage et ses cheraux. A Lausanne, les choses étaient si changées que rélectiou, autreË3Îk défolue a tout le peuple par un droit dont Tintérèt s'était perdu^ appartenait maintenant aux Chanoines; et les Evèques, qui précédemment disaient ne l'être que par la grâce de Dieu, le furent désormais par celle du Siège Apostolique, Les bourgeois, excités par le spectacle des autres communes^ s'occupaient des libertés de leur ville Je Lausanne^ et non de celles de son église. Le Plaict'générat {ui la charte de toute la terre éjpis« copale» et l'assemblée qui la fil. Lausanne y avait la prépondérance. L'£véque était reconnu maître et seigneur; mais point de lois ni dWdonnancrs que le Plaict-géuéral n'eut pas consenties; point de prêt forcé ; point de crédit â TEvéque an-delâ de quarante jours; et le service militaire que les bourgeois lui devaient à leurs frais, ne pouvail
dépasser les viugl-quatre heures. Ceux de la rue de Bourg étaient ses principaux conseillers, ils exécutaient ses sentences; et, quand ils étaient à ce requis, fussent-ils dans leurs magasins en affaire avec un chaland, ou se IsTanl les mains au moment de se mettre à table avec leur famille, ils devaient tout quitter pour accomplir ce devoir qui était dans leur droit. Du reste, la Grande- Cour-séculière, composée de trois ordres, le haut chapitre, les 'magistrats avec les principaux notables de Lausanne, et les autres bourgeois, mêlait aussi le pouvoir politique et judiciaire; mais elle offrait de précieuses garanties, et nul ne pouvait être emprisonné sans jugement. Par tout cela, TEvêché voyait donc décroître PEvèque, et croître les bourgeois. Pendant ce temps du dépérissement de son rival, la maison de Savoie grandissait sous le Comte-Vert \ Il voulut recommencer, sous le titre de Vicaire-impérial, les anciennes prétentions d'Avouerie sur les trois évêchés; mais il fut forcé de les abandonner, même a Lausanne qu'il poursuivit le plus longue-
* Voy. sur ce qui précède, le Cous, suisse, X , 400 sqq.; ibid 339. — Muller. L.I, ch. 17, n. 189; L. II, ch. S.n. 366 , 376 , 590. - Piuchat, Âbrépfé, p. 66-78. — Sentence des quatre chevaliers, a. l33l.~Plantin , Petit Chron. de Berne (i67S), p.5l.«-Le Chroniq.» p. 177, coi. 1 et 2. - Pellia , U , 93 , 9& aqq.
ment el avec le plus d'ioMBlance. Le Comle pouvait bien affaiblir FEvèobé, mais il lui était diflicile de le preodre : l'Ëvêque était en même temps seigneur d'une trop belle ««gneurie pour être amené jamais à faire cause commune avec lui. Les bourgeois^ se rapproebani volontiera de la maison de Savoie pour mieux réneter i leur prince, s'apercevaient bientôt que c'était une Charjbde qui les attendit an retour de Seylla. Les libertés de la contrée rejaillissaient sur Lausanne, â la fois protégée et entravée par le Comte. £t celui-ci se trouvait embarrassé dans un dédale dont lui-mAme avait creusé les principaux détours. Qui réfléchira sur notre bistoire» verra am», que notre patrie a une position moitié bonne^ moilio mauvaise, qui ne lui épargne point la crise^ mais qui la sauve de ses dernières extrémités* Ce ne sont pas les pointes arduesj immobiles, inaccessibles; mais une vie trèa^ooupée^ arrêtée à chaque mouvement, de pe» lits vallons, semblables â des rets partout fendus sous les pas d'un maître. Genève était à gagner ou à perdre d'un seul coup. Et quant au Valais, en s'y coulant rapidement, on pouvait, comme firent le Comle-Yert et le Comte-Rouge, le traverser par en-bas d'une domination passagère.
Ces incursions dans le Valais, en y joignant, du côté opposé, les hostilités permanentes que le
comte de Savoie eiilreteaaîi avec celui de Genevois, ou avec le Dauphin son grand rival, telles ëlaienl les expédiûons dont la Palrie-de- Yaud fut le plus coutumière. Entre le Comte et les seigneurs qui le gênaient en-dessous du lac Léman, c'était une guerre de pillage et de siège, assoupie rbiyer, rallumée cbaque printemps. Qui sortait de sa demeure, dit un chroniqueur, était sùr d'avoir quelque mauvaise rencontre en son chemin. Là,les partis étaient fort entremêlés, et changeaient d*année en année^ 6elon les succès ou les craintes. Les chefs se débauchaient leurt adhérents. Assembla ni en grande hâte une petite troupe, Tun avait â peine défié Tautre, selon la coutume féodale de déclarer la guerre et de renoncer â ta vassalité, qu'on le voyait arriver â Timproviste, se jeter sur les terres de son ennemi, faire quelques prisonniers, enlever le bétail, gâter tout le plat-pajs, briller les maisons- fortes des gentilshommes, et démolir les châteaux dont il parvenait â s'ouvrir l'entrée, rompant les murs, dérochant les tours, dépeçant tout Tédifice, et ftiisant servir les matériaux à fortifier et agrandir ses propres manoirs. Son adversaire accourait en diligence se poster dans un bois ou à la montée du chemin, ajant soin d'offrir aux fourragcurs Tappât d'un troupeau de vaches et de bœufs placé â leur portée: puis, quand il les voyait amusés au butin, il se pré-
cipilail sur em, el c'était à recommencer, jusqu'à
ce qu'une affaire générale désarçonnât l'un des • deux champions, ou que la médiation d'un voisin puissant profilât de leur lassitude pour les réconcilier un moment. Ainsi entr'autres se passaient les choses au temps des barons Louis I et Louis II, mêlés à ce grand intérêt de leur maison. Maintes fois, le Pays-de-Yand fut exposé comme invité à ces excursions annuelles, où il y avait plus de vaiUantises, que de profit. Des bandes sorties du Genevois^ du Faucigny et du Dauphiné, remontaient jusqu'à lui, y faisaient leurs orges eidpre 1293 guerre» Nul ne pouvait aller d'une marche ou frontière a Fantre, qu'il ne Rii pris et pillé, ou tué. Les communes vaudoises envoyèrent des gens de guerre prendre leur part des représailles, assiéger les hautes forteresses, l'antique château des Alinges, le Fori^de-l'Ecluse, et batailler à Genève qui noyait aussi sa liberté dans le sang des partis, excités par les deux comtes rivaux de Savoie et de Genevois. Le voisinage plaçait la commune de Nyon, dépendante du premier ffe ces seigneurs, dans une position où il y avait à craindre et à gagner : elle sut en obtenir de nouvelles franchises par un soulèvement opportun. Puis enfin, notre patrie toute entière mit un terme a ces attaques, en ce qui la r^ardait : debout sur le seuil de sa porte, elle reçut l'étranger^ de manière
â lui dler pour loogtemps l'earie de se la faire ' ouTrir. Le Pays-de^Tand est déeoupé comme un
écusson^ qui appuieraitau Léman sonécbaiicrure. A roccideot il va se rétrécissaat toujours plus enlre le lac et le Jura. Sur celte lisière sont logés plusieurs beaux villages» grands et petits, dont l'antique ville de Nyon^ bien fortifiée aux frais de tout son mandement» était le refuge et le boulevard : les uns jsont adossés â la montagne ou ans collines qu'elle entremêle à la plaine^ les autres as^s dans la joyeuse étendue des champs ou an bord de ravins cultivés. Dans oetle contrée , rou^ lent et s'entrelacent^ sur des lits ombragésj une multitude de petits ruisseaux qui» pour devenir des torrents^ font de leur mieux en automne. Deux rivières principales les conduisent au rivage. La Divonne» écumant parmi des cailloux verdâtrès, sort du Mont-Mussj couronné de bruyère; Le Boiron , venu d elangs naturels d'une profondeur ignorée, et des prés humides oii les moines de Bonmont étendaient alors leur empire» cisèle en cent façons les tables de grès brunâtre que rongent ses flots encaissés. C'est là que se dirigeaient, en grande compagnie, et a grand renfort d'amis et d'alliés , le dauphin Guy et le comte Guillaume de Genevois. Jean de Gbalon» bien que sa maisott fbl déjà en train d'accroissement dajis l'Helvétie romane vint, par Saînt-
Claude^ tomber à Gex, où il joigoil sa bannière aux leurs. Tous yaillanle» habilués aux batailles,
principalemeni les DaupbmotSy qui de leurs conlîauelles guerres avec la Savoie avaient retire une merveilleuse réputation d'armes et de chevalerie. Les îemps chaugeul^ les corps grandissent , mais les proportions restent beaucoup les mêmes. Le Dauphin^ ses adhérents et leurs vassaux, ne représentaient-ils pas une force devant laquelle la Suisse, au gré de certains hommes, devrait aujourd'hui s'évanouir d'eilroi? La petite Patrie» de-'Vaud se porta bravement toute seule à leur rencontre. Ils occupaient Gex, ils avaient pris le Fort-de-r£cluse. c Les barons > la gentillesse du pays et les communes, t s'étant as^ semblés de tout côté, allèrent les attendre à la frontière : il ne but jamais nous y laisser pré* venir; les montagnes ne sont que noire reserve. Des deux parts il demeura sur la place un grand nombre de blessés et de morts ; mais la victdre fut â nos pères ; le Dauphin et le comte de Genevois durent s'enfuir en toute hâte pour sauver leurs vies ; l'hiver acheva de les disperser. C'est en*dessous du village de Crassy, traversé par le Boirotty dans ce territoire qui réunit tous les labeurs rustiques, ceux du montagnard, du vigneron et du laboureur, plaine dont surtout en ces temps il devait être difficile de dire si c'est un
verger ou si c'est un bois, parmi ces nants el
ces ruisseaux^ fossés «naturels qui se laissent enjamber, mais qui, bien ménagés, purent entraver l'agression et servir la défense, c'est lâ qu'il faut chercher le thëàlre de celle « dure 1333 mêlée • comme dit la chronique : action peu^con-* nue^ peu célébrée^ mais qui devrait aider aussi â remonter les cœurs. *
Quand, après la morl du dauphin Humbert, les fils aînés des rois de France furent devenus ses successeiirs,laSavoie, ayanl d'ailleurs oblenu quelque compensation, dut abandonner tout espoir de pousser plus loin la partie; mais elle compta sur le Valais pour se dédommager. Le grand Comle-Verl y établit sa prépondérance, comme dana toute l'Helvélie occidenlale. Le moyeu qui parut vouloir lui réussir, fut celui qu'à Lausanne sa maison tâchait vainement, depuis un siècle, de faire servir au môme bul. Un prince de celte famille, Edouard d'Acha'ie, obtint Févèché de Sion, lequel avait une
* s. Champier , les Gr. Cron. , f. 64 v» coll. 6a v" , 66 r" , 76 r» col. 1 et v" col 2. G. Paradin , L. H , ch 87 , 88, 125 , 424. Plantin, Abr, de Thist. de Suisse, L. IV : Le Dauphin el le Comte de Gène-vois frottés par ceux du Pays dr Vaud. Pellis , FJém. , 11 , p. 77 , 8a. —Sur Nyoïi en ces temps, comp. le doc. cilé plus haut, p. 625* u. %, et Maller. L. I» ch. 17 , n. 212, 217.
grande pari d'autorité dans tout le pajs. Cela se lit quand le vieil et vénérable évêque Guicbard eut e'ié précipité du haut d*un rocber par les ordresde son neveu le baron de la ïour- Châtillou : Ame VII 1375 gagna ramitié desValaisans en les soutenant dans la vengeance qu'ils tirèrent de ce meurtre épouvan-» table. £t lorsque ces derniers s'aperçurent de la faute qu'ils avaient faite de se donner un évêque savoyard^ le Comte ne les laissa pas revenir en arrière ; il maintint son 'parent sur son siège* Pour un si glorieux seigneur, les communes vaudoises se sentaient pleines d'affection et dj bonne volonté; aussi» déjà dans sa jeunesse et avant que la Baronne Catherine lui eut vendu l'héritage do ses pères, lui avaient-elles octroyé, â la requête des Dames de Vaud, une chevauchée en Valais plus longue que leurs gens ne la devaient à aucun. Avec les bourge^>is marchèrent alors plusieurs comtes et barons de Savoie et des deux Helvélîes, le&comtes de Gruyère^ de Neuchàtel, elles c bar-
• Champicr dit ; à l'à^je de vingt ans j et , quoiqu'il semble , ains que son amplificateur Paradin, avoir emprunté bien des trails da récit de l'expédilioa d'Ame VI à celle du Comte-Rouge Amé VU, et brouillé les événements , ce chiffre concorde pourtant avec une charte positive , datée de Gbitlon le 19 d*Oetolire ISSI* et donnée » ao sujet de la chevauchée dont il ett quesUon dans le teste , par le Comte-Vert qui avait alora environ diz-neni ans. Corriges Guichenou, Ilist généal.,l> 4SS.
dis scigQcurs » de Graudson, de Romont, de Montfaucon et de Cossooez. Joyeusemenl on s'en allait le Iod^ da lac^ passant devant Chillon, ou le Comte -Vert exprimait sa reconnaissaoce par une belle charte scellée de son sceau ; et tous étaul arrivés à Saial-Maurice, on pénélrail dans cette rude Tallée d'un peuple énergique ei divisé dont le grand cœur ne parvenait â conquérir qu'une indépendance orageuse. Entre Vaud et Valais il régnait peu de bienveillance. Le pre« mier dut avoir à souiTrir plus d'une fois de Tinquiète brutalité du second. Pajerne^ un jour, 1393 vit arriver devant ses murs les Hauts-Talaisans, qui avaient fait tout ce long chemin pour la venir surprendre ; elle les força de décamper. Ceux-ci^ a leur tour^ étaient habitués à rencontrer les gens de Vaud dans les rangs de ces bandes qui, franchissant le Boveret signalé par maints combats^ remontaient le Rhône chaque printemps, et les chassaient dans les montagnes. Onze ans après celle alerte de Payerne, ceux de ses bourgeois qui en furent tentés, purent prendre leur revanche au siège do Sion par Amé Vil, appelé le Rouge^ parce qu'il se vèlil et fit vêtir ses gens de rouge en quittant le deuil de son père, qui au contraire avait aflectionné la couleur verte , la choisissant volontiers pour ses habits, pour le panache de son
heaume^ et pour m cheraux, bardés^ capara-
çoaucs et cinplumacliës de vert. Quand co dernier fut mort» les Valaisaiis eurent bientôt chasaé leur évêque Edouard, el occupé les postes inférieurs de la vallée jusqu'au lac* Mais le Comle* Rouge ne fut pas moins prompt â répondre â ce qu^il traitait de rébellion. Ardent, cbevalereux, grand joùteur^ grand chasseur , et si bon compagnon qu'en France a on nommait sa maison i'Lôtel*saint-Juiien^ parce qu'on y faisait joyeuse hospitalité a tout venant »9 il eut sans peine autour de lui les plus vaillants seigneurs de i'iiclvéïie romane, de la Bourgogne; du Dauphiné et du Piémont. Henri de Monlfaucou y élail avec ses gens de guerre d'Orbe et d'Ëchaiiens; puis venaient les barons et soigneurs de Blona'y^ de Lassarraz, de Monts, d'Eslavajer, et messire Guillaume do Grandson un moult ancien chevalier, Tun des quatorze preux choisis au temps passé par le Comte-Vert, qui leur mit le collier d'or de son ordre de l'Ânnonciade. Il avait suivi le père dans ses guerres d'Italie et de Grèce; il s'en vint alors vers le fils, au moment de l'assaut, et lui dit: «Sire, il vous faut devenir chevalier, eu Thouncur de Dieu, de saint-Maurice dont yous portez Tan* neau, el au nom de Mouseigoeur saint-George. d Le jeune Comte» lirant son épée, la tendit au
guerrier en cheveux blancs, et reçut TaccoUée
chevaleresque : ensuite il la donna lui-même â Henri de Montfattoon et à quelques au très » qui
eu firent autant de leur côté, et aiusi^ selon l'u-
valiers arant la bataille. Hurabert de Colombier , sire de VuUierens et baillif de Yaud^ avait amené les communes et les archers de son pays , munis d'arcs do bois d'if £n outre il avait eu Tart de procurer au Comte le secours de Berne qui envoya mille hommes d'armes couverts de fer. Le commandement do Tune des attaques fut confié â ce chef habile; celui d'une autre â Henri de Moulfaucon. Berne et Vaud marchèrent ensemble. Les assiégés 9 postés aux creneaus^ écrasèrent avec des pierres^ des barres de fer et de gros billots de bois, les premiers assaillants , mal protégés de leurs pavob* Leur résistance obstinée était sur le point de triompher, lorsqu'un dernier elfort de Berne et de Vaud» qui montèrent les premiers sur les murs, remporta, et la ville fut I3S4 prise, l'année qui précéda de deux celle où les
* « Le comte Amé iist niandcr ses gens d'armes de toutes parts, les communes et frens de traicl. » S. Champîcr, f. 123 v". — « Les Anjjloîs faisoient venir de Suisse dei ils, qu'ils re^jardoicnl comme Ï9 bois le plus propre à l'aire des arcs, arme que les Vautlois qui servoicnt dans les troupes de Savoye, manioient avec une rare habileté. « Conscrv. suisse, X, S3Î>. Voy ci-dessus^ p. 573.
Saîssesoonfôdérés eurenl a Sempach leur
telle journée. Accablés un moment de cette défaile au point de s'en laisser avilir, les Valaisana reprirent courage, surlout lorsque lo départ du Comte-Rouge eut laissé à Rodolphe de Grujère l'envie ou le soin de conlinuer ou d'entretenir la guerre. Ses monbignards soutenaicui contre ceux du Valais des querelles immémoriales : les secrets sentiers du Sanelscli qui se glissent au milieu des neiges éternelles , étaient la route par où se cherchaient le plus volontiers ces vieux ennemis. Rodolphe vint camper auprèsde Viège avec ce qu'il y avait de troupes savoisiennes et bernoises; attaqué à l'improvisle, il perdit quatre mille hommes d'élite, 1388 et ses gens du Gessenay eurent grand^peine aie dégager. Les chevauchées dues parles communes, la force la plus utile dans ces expéditions ne duraient quequelques semaines, et ne pouraienl recommencer qu'après six d'intervalle. Cependant Ame VII continua d'en obtenir dans ce but, jusqu'à sa mort arrivée â la chasse dans la foret de Thonon ; mais les communes de Yaud se montrèrent plus difiicilesy et songèrent cette fois-ci davantage â elles; la levée des contingents que chaque ville devait fournir^ ne fut pas attribuée aux seuls châtelains du Comte, mais en outre a six prud'hommes de Teudroit. Peu-à-peu les incursions en Valais s arrêtèrent : ainsi finit une entreprise qui n'avait pas
été faîle pour la liberté. Mais elle laissa de longues rancunes et des animosités particulières. Quand les bergers y conduisant leurs troupeaux, se rencoulraient dans les Alpes, où il est aussi difficile d'imposer la paix que de porter la guerre^ ik n'avaient pas toujours oublié les vieilles querelles; plus d'un gazon court et serre sentit le pied des pâtres luttant a qui le précipice; les pelouses de gentianes, étoiles bleues que le ciel d'où elles semblent descendues, ne cultive que pour lui, oui recelé longtemps des témoignages de ces combats sans renomm.éo. Nos Alpes en particulier conservent un intéressant souvenir de ce genre, lequel trouvera sa place plus tard
A ces guerres de voisinage le long du Rhône, et i des escarmouches avec Berne et Fribourg , se boriiailpour l'ordinaire la vie belliqueuse des communes; mais ce n'était que la moindre partie de celle des nobles et de leurs compagnons. Ils cherchaient de pins lointaines et de plus glorieuses ou plus profitables aventures. Les guerres séculairesde l'Angle-
*MuIlcr, L. 11, ch. — Grenus, Doc, p. 10, U, 29. — Ph.
Iîri(Jel, Ess. slat. sur le Val., art. X, el p. 201.— S. Charap.,
les Gr. Chr., f. 87 v'^-Sc) r" col. 1, 94 r° col. 2, 125, I2'i. G. Parad.. Ghr. deSav., L. H, ch. ili^, ikl, ICI. —Planlin, Petite cbron. de Berne, a. 1587^ el Abr. de l'iiist. de Suisse, p. W*.
terre et de la France étaient un débouché naturel
pour rinduslrie mililaire; et la réunion du Dauphiné à la couronne française, en mullipliaui les relations de la maison de Savoie avec celle-ci» ne brisa pas ses antiques liens avec les Plantagenet» rivaux acharnés des Valois. Nous ne serons donc point surpris d'avoir rencontré plus d'un chevalier de THelvélie romane parmi les Anglais, ni de voir Jean de Gruyère, un des leurs, (ait prisonnier dans un combat naval, el, sur nn autre navire, Othon de Grandson portant autour de lui des coups terribles *• Mais dans cette amiiié disputée, la France avait incessamment l'avantage, à cause des communications fréquentes, delà facilité de répondre â son appel, et de leuche votrement féodal des deux pays*^. L'Italie était un autre champ de bataille où le Comte invitait souvent ses ctovaliers et gensd*armes des pays de Gruyère^ et de Vaud. Avee le Comte-Vert on n'eut pas seulement devant soi le Piémont^ le Milanais etNaples, mais Constantinople et le Levant: c'était alorsle bon temps, et presque une croisade.
* Au combat naval «le la Rochelle en 1372» « se combaUoyent... tu un autre neft messirc Oihe de Granlson contre Atnbrolse et Ro* digo... Si en avoycnt plus que leur faix. > Froissai*!, L. I , ch. fSùk.
* Muller, L. ll^Cb. n &30'ft32. - ^ Grenus, p 93.
Quand chacun fut arrivé â Venise, le Comte fit
donner à tous ses barons et chevaliers un sajon vert brodé d'or, comme le sien, el aux écuyers un habit pareil, brode d'argent, puis, cello riche cavalcade déiiia devant l'église de Saint-Marc, à beaux sons de trompettes, et aux grands applaa<* dissements du peuple *. Ou navigua d'ile en île, de port en port, secourant et pillant» cherchant 1567' l'empereur de Grèce, ce parent d'Am<3 VI qu'il sagissait de délivrer: tantôt les bannières jouaient ayec la brise de ces mers *; tantôt Forage séparait les vaisseaux. La gloire do se mesurer avec les Infidèles, les occasions de vaillance et d'amour, les aventures piquantes ou comiques ' soutenaient rintérèi de l'expédition. Dans les moments difficiles, un |v*opo8 chevaleresque du Comte-Vert ^
* Champier, 1. 96 v®. — G, Parad. L. 1I« ch. 153 : « Sembloyerit desRolans... •
* « Le doute Ibt mettre $es banîèresaur les naues etgallées, oùestoieirt les armes de Savoye. Le temps esloit cler et sery , el faisoil Qng petit vent qui laisoit venteticr les baniérea devera la Grèce. • Champ, i. 97,98.
' Voy. . Cliaiup. . i. 100 v^' , cl Parad. , L. Il , ch. 155 , ravenlurc an ivcc à 1 un Jcs jeunes chevalier.s, que le Cooser valeur suisse, doué d'une malic ieuse diviualiou, fait naître « en Pays de Vaulz , de bon lignage.. {VI,/iOG).
^ «Compaigoona!» disaii~ii,aprèslcs revGraj(Cbamp.,f.90v".)
« Au jeu d*arni es rl d amours , Pour une ioye mille ëouloura. »
reconfortait leg guerriers. Guillaume de Grandson avail un des premiers rangs parmi eux. La maison de Saroie n'était pas fâchée d'occuper ainsi au loin une rcmuaule noblesse. El de son cùlé, celle de rHelvélie romane se prêtait volontiers a cette existence en partie passée en <fehors du pays. Ici^ elle se sentait peu à Taise pour agir. C'était bon ' pour une paresseuse retraite, pour un lieu de re* pos et de doux loisir^ après la fatigue des armes ; mais il n'y avait pas assez d'espace pour les longues lances. Malgré» Timportance dont jouissait la noblesse, la place qu'elle prenait dans les États et la constitution de la eontr<^, la n'était pas toute sa vie, comme pour les bourgeois et les communes, dont le grand nombre devait au moins Teffacer, quand leur puissance ne l'humiliait pas« Enfiii, ce qui achevait de lui imprimer ce mouvement qu'elle n'a plus abandonné depuis, c'est qu'ici privée d'une cour, elledevailen chercher une ailleurs. Le moment venait, en elFet, où la noblesse ne se croirait plus faite pour vivre dans ses terres, au commencement sa force et sajoievll lui fallaii>.au retour des camps, la vue du trône, les plaisirs et les pom*pes des fêtes, les cérémonies publiques, les festins, les pas-d'armes, les tournois : on la voyait alors ca<* chérie harnois de guerre sous le velours violet ou cramoisi, sous le damas blanc, le tailetas gris, et le salin noir; secoiffer de toques et de plumes assor*
lies ou heurtées i dessein» et sur de grands destriers bigarrés de même, parader dans les rues, jouter dans la lice^ â la rue des dames, et aux acclamations des hérauts; puis terminer les yaillances par quelques ruades sur les bourgeois, ordinairemeot prêts â les rendre. Ainsi assistèrent nos chevaliers à ce fameux tournoi du Comte Amé VI, où tous les costumes et décors étaient verts, jusques aux grosses campanncsdcs chevaux, lesquelles furent d'ar-. gent verdi. Us se trouvèrent aussi en grand nombre â cette pompeuse entrée d'Amé-Félix à Baie, incroyable procession de seigneurs, de chevaliers, d'écuyers, de personnages et d'objets symboliques, d'ermites, de religieux et de prélats à cheval, de douze cents enfants velus en petits moines bénédictins avec le surplis de cet ordre, de quatre* cents ménétriers, portant les bannières de la ville el ouvrant la marche ^ A la cour de Savoie brillaient les Grandson, les Montfaucon, les Cossonex, les Neuchâtel. La noblesse ne s'épargnait
^ Adc. miniuc.» Gonserv. suûs«, VU» 1&4 — Sar ane orgie chevaleresque qai avait en lieu k B&le, dans le siècle précédeut , voy. Hall. , L. Il , ch. S , II. 479. — Pour des détails de costumes ; voy. le Tournoi de 1504 dans 6uicbenon>H. géiiéal., tV, 469. et la cbar> mante historiette du Comhat des mariés el des non-mariés dans le Cons. snisee» VI , 367. — Sur le tournoi du Comte- Vert» où Pierre, Comte d*Arberg, de la maison deNeuchàlel , fat un des vainqueurs» Champ., f. SS v" col. S. Parad., L. 11» Ch. m.
aucun de ces triomphes coùleun, qui, chez nous comme ailleurs^ précipitèrent sa décadence. Le déclin de l'Empire el de la féodalilé^ au lieu de diminuer le nombre des seigneurs, Tavaienl accru nu contraire^ mais le parti de la noblesse ne s'en fortifiait pas. Les petits empêchaient les grands. £t entr'eux point d'union ; ce n'étaient que dissensions et que voies de fait : le Baron faisait la guerre à l*Evêque, les Neuchàlel aux Grandson , les Grandson aux Yergy % les Chàlon aux Lassara. Chacun avait ses partisans héréditaires. Dans ces inimitiés de famille, les mères et les épouses excitaient leurs maris et leurs fils. Les châteaux étaient surpris, les meubles pillés, les hommes et les animaux enlevés ou tués : chaque jour nouvelle rencontre; dans les champs et dans les bois Le pillage des marchands el des bourgeois contrebalançait un peu ces perles. Mais en vain la noblesse se dédommageai t-elle ainsi, eu vain allait-elle au loin chercher fortune; en vain tâ-
* Od se rappelle qve les Vergy possédaient aa Pays-de-Vaad l'antique manoir de Champ vent. Dans une lettre du ronnuciiceTnent du seîaiàiBe siècle, ccriic de ChaTnpvent aux nobles el lK>ur{;eois de la ville de I^yon» et signée C. tlo Vergy, on lit celle phrase : «Vous êtes du pays aussi suis-je. » Voy. Grenus « Doc*, p. 190.
' Pacificat, «lo BaIIai[^'uc. a. 1581, Cons. suisse, MU, 24, — Muller, L. il, cb. 7, n. £»07. Voy, aussi Muliueu, llttcli^P» ^4*
chaii-elle de repfendre à r£gli8e ce que ses anoêtres lui avaient donné ; ou d'imiter les princes^ en octroyanl des iranchiscs daus ses terres: elle tombait de plus en plus dans l'appauvrissement,
surtout ici où clic était do plus en plus pressée par un grand peuple de communes, et où les res* sources d'un vaste royaume lui manquaient. Le bas>pays, notre Lowland , moins propre aux c nids de vautour », fourmillait de châteaux rustiques, habités par de petits seigneurs, espèce de lairds campagnards enracinés dans le sol, mais ne pouvant rien ; ce sont eux qui ont fini par représenter cette noblesse du Pays-de-Vaud que Berne, après l'avoir tout-à-fait énervée, laissa vivre dans la nullité. Dans la plaine les petits seigneurs et les prêtres; la haute noblesse aux flancs ou aux pieds des montagnes. Mais cette dernière penchait aussi vers sa ruine, et tenait trop de place pour que sa chute ne produisit dans l'ancien état de choses qu'un changement inaperçu. Les mêmes causes l'amenaient là : guerres et voyages, abus de la force, dissipation héroïque ou de plaisir, parlâmes, oscillations des biens, mélanges de vassalités opposées, ignorance, isolement, manque de ressources nouvelles, défaut de nationalité et d'union. Eulin, plusieurs de ces grandes familles s'éteignirent, et ce ne fut que le tàigne do la mort qui clail dau^ le^ clio;Deo mûmes.
Henri de Monlfauoon arail péri â la bataille do 1S06 Nicopolis^ avec ces autres compagnons de Jeansans^Peur, dont l'ardeur téméraire donna la violoirc au cruel* Bajazet. Henri était le dernier rejeton mâle d'une race illustre» devenue populaire dans PHelvétie romane; elle y possédait ayec Tantique ville d'Orbe^ qui reflorissait sous elle, le Bourg ou la Basiie d'Echallens qui lui devait de jouir des mêmes franchises que Moudon, et do la prospérité attachée à ces droits. Deux ans après» la maison peut-être la plus célèbre de ces contrées jeta, en s'éleignant» la dernière flamme dont ait brillé le nom des Grandson du Pays-de-Vaud«
Un mystère étrange planera toujours sur la destinée du chevalier aux mains coupées, qui dort sous les voûtes les plus aériennes de la Cathédrale. £tait-il coupable? et de quoi? Avait-il conjuré la mort de son suzerain? L'amant heureux de Catherine d'Estavayer dut-il sa victoire à sa
* Après h bataille, le sultan fit ameDer devant loi les prisonniers chrétiens : « lesquels il regarda un petit; et quand il les avoit Ycus, on les tournait hors de son regard (car il faisoit un signe....) et sitost qu'ils estojent entre ceux qui avecques cspées toutiss nues les attendoyent , ils esloyent détranchés pièce à pièce , et occis sans nulle mercy. > Froiss. , L. IV. , ch. 80. — Au reste , les Suisses n'en firent pas moins pendant la guerre de Zurich et» dans le Pays^dc- Yaud , pendant la guerre do Bourgogne.
renommée, à son esprit» à la tendresse ou aux
violences de son amour? Dans sa patrie^ avant sa lia tragique, ou ne mettait pas eu doute qu'il ue lut criminel : une haine furieuse^ qiii grossissait chaque joui> s'y était élevée contre lui. Les Tilles envoyaient â Moudon^ pour délibérer sur ce sujet funeste; le résultat no fut pas en sa faveur; elles se cotisèrent pour aider Gérard d'£stavayer â soutenir son appel. Parmi les seigneurs» Oihou de Graudson avait contre lui les noms les plus nationaux après le sien; les Bussy, voisins d'Estavayer, les Bon villa rs voisins de Grandson» les de Prés» les do Moudon» les Billens, les Wuistemens, les Blonay» et surtout les dlUens» dont la grande tour carrée se penche encore sur la Sarine» vis-à-vis d'Arconctel : tous, vieilles souches vandoises. Olhon présentait pour lui les Colombier, les Lasarraz, hs Cossonex^ les Rougemont, mais aussi beaucoup de familles étrangères. Faut-il voir dans celte clicouslaiicc le signe de Timpopularité qui s'attache à une fortune grandie au dehors , dont les petits, restés en place, se iigurenl aisément iju'ou les veut écraser? Quoi qu'il en soit, ceux qui, pour signe de ralliement, firent un nœud de rubans au bout de leurs souliers pointus, étaient inférieurs en nombre, dans le Pays^de-Vaud, â ceux qui portaient sur Tépaule un petit râteau brodé : symbole rustique
choisi par ces derniers^ comme^ il lo semble^ pour dire à Grandson, qu'ils allaient ramasser ce qui était trop long-temps resté en arrière dans sa w. £n doit*on croire celte haine et cette foule d'ennemisP Ab! croyons-en plutôt Grandson lui-même^ ses nobles paroics et son éloquente indignation. « Tu mens, » s'écria-t-il à Touïe de raccusation de Gérard, a tii mens et as menti autant de fois » comme tu Tas dit : j'en prends à témoin Dieu^ ^ Sainte-Anne et sa benoîte lignée. Mais va! je 2> me défendrai^ et en ferai si avant que mon » honneur sera très -bien et très •grandement
2) gardé. Et tu en demeureras menteur.» Alors sa pensée se tournant yers sa patrie et l'animosité dont il y était Tobjet : c Du moins^ continuaH-il, 9 y en serai cru, hors du Pays-de-Vaud, où, à ce 3» que j'entends» ils me tiennent pour leur ennemi^ '
3) dont fortement me grève; et c'est à leur grand » tortj car ni moi ni mes devanciers ne leur D fîmes oncques chose dont eux me dussent 3) tenir pour tel. » Alors Messire Olhon , ayant fait le signe de la croix» j«t« M>n gage de bauille. Puis, en vieux cl en expert chevalier ( il avait soixante ans et s'était fait un nom dans les combats) il se mît a exposer les traditions et les coutumes du duel juridique, selon qu'il en avait ouï pai'ler â plusieurs anciens chevaliers de France, d'Angleterre el de TEmpire. Dans un cas pareil
au sien, observa il-il, Ta p pelant doit elre prêt n soutenir sou accusalioa sans romiso et sur l'heure; mais le défèndanl peut demander et obtenir un délai de quarante jours. Lui> Otbon, se pourrait donc c excuser de la bataille » , d'autant qu'il monlreraît aisément son innocence, par les témoignages qu'en avaient rendus le roi do France^ qui c est le plus grand et le plus noble roi des Gliré> a tiens 7>, les ducs de Berry, d'Orléans^ de Bourbon et le duc de Bourgogne^ prince si entendu ; celuici, devant lo roi d'Angleterre et toute sa cour, avait déclaré Othon de Grandson aussi net que lui-même. « Et croira-t-on jamais, » dit, en éclatant de nouveau, le vénérable accusé, « que tant 9 de vaillants prud'hommes, chevaliers et écuyers, » qui se trouvent dans le comté de Savoie, ]» hommes-liges ou du lignage de notre prince, et » avancés par ses ancêtres, s*ils avaient donné foi à 1» mon crime, eussent laissé le soin de m'en punir » a Messire Gérard d'Ëstavayer P Mon ! la chose leur » appartenait de plus près ; et ils auraient su la » mieux mettre en avant. Mais les vaillants » prud'hommes, chevaliers et écuyers de ce pays » redoutent Dieu, aiment leur honneur, et no » voudraient prendre nulle fausse querelle sur le » peuple chrétien du monde. Quant aux autres 9 qui ont arrangé de me la faire, je n'en puis rien ' » dire, sinon de ces deux voies Tune : ou ils s'i-
» maginont la querelle bonne, jiislc cl vraie, cl, » eu ce cas, ils so montrout faillis de cœur ol » couards de ne la prendre pour eux-mêmes ; on » ils savent bien qu'elle esl fausse et mauvaise, et 9 alors ils se damnent el se déshonorent» quand ils » eng-agenl un chrétien à faire chose où l'on peut » perdre Tame^ l'honneur et la vie. Toutefois^ il » semble qu'ilsontbien trouvé soulier aleurpied en )» Messire Gérard^ qu^ils savaient nécessiteux^ plein » de convoitise» et faiblement advisé : car c'est le » bruit commun el la voix du pajs qu'ils se sont » chargés des frais et lui ont promis une somme 9 d'argent. Mais ce sera tant pis pour lui et tant » mieux pour moi, s'il plail â Dieu ! d Puis, faisant abstraction de lui-môme, en s'abandonnant aux réflexions que lui suggérait son intérêt pour ce jeune prince qu'on Taocusait d'avoir rendu orphelin, et devant lequel il se trouvait a cette heure solennelle» il reprit après un moment : <c J'ai considéré toutes choses et les ai pesées a la » volonté de Noire Seigneur, pour faire le plus de » bien et le moins de mal. J'ai regardé le temps » passé» les malheurs et les meurtres dont furent 9 déjà cause ce Gérard et ses mensonges. J ai ro- » gardé le temps présent» votre âge tendre» ô vous » qui ùtesmon souverain! le besoin de reposeld'uv^nion» pour vous aider a passer le temps jusqu'à 9 1 âge d'homme. J ai regardé l'avenir» les maux
7> qui pourraient arriver de celle malheureuse
» diâseosioû^ maux si grands que Messire Gérard » ni moi ne les pourrions amender. Pource^ malgré » mon droil au terme des quarante jours^ je vous 9 signifie qu'à la merci de Dieu^ je n'ai besoin de » délai. Ma querelle est bonne et yraie. Et » » touchant ma conscience el mes péchés, je suis » en la miséricorde de celui qui est plus plein de 2) merci que je ne puis être péchable, et me fie en » lui de cettui fait, car il me sera vrai juge. Je » sens mon corps et mes membres en santé et en i> haleine; je suis pourvu d'harnois, dWmes el » de chevaux en cette ville. Je ne requiers point 9 de délai; el Dieu le sait! non par orgueil, ni 9 par envie que j'aie de toUir la vie de nul chré- » tien ; mais aussi suis-je contraint de défendre 9 ma vie et mon liounour^ cl l'étal auquel Dieu » m'a convoqué. Je m'offre de me défendre^ à » toute heure qu'il vous plaira, aujourd'hui ou dep main, ou quelque jour que vous voudrez.» £l les fermes paroles de défi qu'il avait prononcées en commençant , il ,les répète^ cl les attache comme le sceau de ce discours fier et grave.' « J*en ferais! j> avant ctpar leile manière que mon honneur sera 9 très-bien et très-grandoment gardé. Ël messire 9 Gérard en demeurera menteur. « La lance d'Es- Aoûi tavayer, en frappant à mort son rival, sembla 1398 chargée un instant de porter un autre arrêt; mais
la posiérilé s'est refusée à y souscrire. £l i voir la grâce de ee tombeau si touchant qu'il ressemble à un sourire eu pleurs^ ou dirait que rintérùl populaire attaché dès lors au souvenir d'Othou do Grandson commeoçât par uu remords. Celui que sa patrie avait cessé d'aimer, qui Tavait crue si mal disposée à son égard qu'il ne lui convenait pas mèuied j venir chercher la mort qu'elle lui infligeait» y (ut rapporté en triomphe, et sa dépouille héroïque déposée à la place la plus sainte et la plus belle, dans le grand monument nationsi *.
L'héritage du dernier baron de Grandson ( il laissait un frère) fut confisqué et disputé. En Tertu de sa parenté, le comte de Gruyère se mit en possession d'Aubonne, qui devait au fameux chevalier Guillaume de Grandson le pont jeté sur la rivière, au passage périlleux du ravin. La maison de Savoie aurait bien voulu garder le château de Grandson et ses seigneuries ; mais elle dut les céder aux Chàlon, qui remplacèrent aussi les Montfaueon à Orbe et a Ëchallens. Avec eux elle dut partager en outre la succession des Cossonex, qui disparurent à la même époque, laissant leur bourg antique en cendre. Ainsi diminuaîeui les
* Guichenon.H. généal., 11. 22 sqq. , IV. t>'i3, sqq. Comptes lie Tfyon» a. 1595-1396, ap. Grenus. Doc. . p. 29. 52.
familles indigènes, remplacées par des Arangè-
res; la nalionalîté s'ail'aiblissait d'autant. Soucbe mal assarëe \ les comtes de Neudiftlel s'éteignaient aussi, et leur pays entrait d ms cette longue carrière de dynasties dont il n'a pu faire son bien propre, et qui Tont empêché d'être tout à lui et aux siens. Restaient les comtes de Gruyère^ unis à ceux de Nenchâtel par une position analogue aux froulières monlaf^neuses des deux Helvéties et par des traditions d'une antique fraternité ^
L'origine et Taccroissement de la maison de
Gruyère restent plonges dans l'ombre des vieux ttèdes qui recourrit longtemps leur yallée. il n'est pas malaisé toutefois de s'y représenter ces seigneurs et leurs montagnards s'avançant de pâturage en pâturage» de défilé en défilé» jusqu'à la rencontre des cimes neigeuses d'où la Sarine et ses aiHuents précipitent leurs ondes dans de verts oolysées, paisible arène des troupeaux/ Ainsi se formèrent les quatre banuièrcs militaires de ce comté : Montsalvans et Gruyère en dessons du Pas de la Tine, Châleau-d'Oex et Gessenay en dessus. Une paroi gasonnée leur cachait les Ormonts:
* Mail.. L.II, ch. 8, n. 444-447 , 449.-* Cons. suisse, V, S77. MuUer aussi, quelque part.
des percées naturelles invitenl â Is fraDchir;
elle le ful^ et l'on vit bientôt Aîgremout couroune d^une lour seigneuriale. D'autres acquisitions à portée, des alliances^ des héritages^ accrurent le petit empire decelte maison. C'était pour elle que le corbeau des armoiries du château de Codbières laissait tomber de son bec un anneau d'argent quand devait naître un garçon^ et^ quand une fille , un anneau d'or. Galants seigneurs» ils étaient jaloux de compter parmi leurs vassales les beautés célèbres du vallon de Charmey. Oron* * et Palaisieux leur douiiaieut pied sur la plaine où, dans un horizon plus lointain, ils. pouvaient voir, â la descente des montagnes, Jes fertiles domaines qu'ils possédaient au voisinage des doux grands • lacs, dans le riant YuUy la tour de la Molière, et Auboune sur Tamphilhéâtre du Léman. Telle était la souveraineté de cette famille |ui commencement du XV* siècle: mais œs, seigneuries ne tformaient pas un ensemble compact; elles ne se ^trouvaient pas toujours réunies dans la même main ; et la mort était à la racine de ce bel arbre alors, qu'il ajoutait un dernier prolongement à ses rauMMiuv^ En bonne amitié avecTiitid etlaSavoie,
' Orons , cMmeGriuns , selon l'ancienoe orthographe romaoe . qui r«ppelle des inols.tel» que Rhaelsuos « Fardmi , de.
les Gruyère, purs romands^ n'eurent plus rien à craindre de cello-ci, depuis qu'à la balaille de Chillou ils avaient du malgré leur vaillance reconnaître sa suzeraineté. L'évêque de Lausanne,
1210 à qui ils doiiuèreul ou laissèrent prendre Bullo et Albeuve aux portes de leur comté « les gênait un pou; maisce n'était rienaiiprès du dang^er auquel
1376 les exposaient Berne et Fribourg. De concert avec les seigneurs du Simmenthaly ils essayèrent sans succès de fermer à la première Penlrëe de celle vallée» où Ton pénètre par un étroit passage qu'une forte palissade défendait alors. Ils comballirent au Dounerbiihel, à Laupen; et même, aussitôt après
I54S ce dernier échec, ils remportèrent sur les Remois une victoire signalée, où ils faillirent prendre la grande bannière de leurs ennemis. Un incident de ces hostilités présente des détails qui ont de quoi parler à Timagi nation et faire battre les cœurs.— La femme de Tavoyer de Fribourg revenait d'une noce qui avait eu lieu à Lutry; comme elle passait devant le château d'£sverdes, le airb^ vassal de Gruyère, exerçant le métier de plusieurs de sa casle,ou écoutantun ressentiment particulier, la dépouilla du riche bagage qu'elle avait fait voyager avec elle pour se faire honneur : c'étaient des cuillers» des gobelets et de petites charmes d'argent, avec quelques ornements de toilette du même métal. Les Fribourgeois irrités, appelant
ceux de Berne à leur aide, uiarchèrcnl cuiilre lo sins d'Ësverdes, en vain repentaul : il eui beau venir au devant d'eux poar parler de paix ; durant renlretieu^ son cbàleau fui pillé cl brûlé. Déjà la Tour de Treyme» qui esi â la ville de Bulle ce que la Tour de Pej lz esl à celle de Yevej, avait eu le même aorl. Le comte Pierre do Gruyère^ accouru selon la loi féodale au secours de son W8 homme-lige, fut entouré et pressé de loulcs parts dans une foret voisine de Gruyère^ appelée le bois de Solhau : ses gens s y étaient dispersés^ ainsi que parmi les buissons des landes incultes où les habitants de la Tour font paître eu commun leurs troupeaux. Lui, avec uu petit nombre.de guerriers, ayant rencontré PefFort des ennemis, combattait dans le lieu nommé le Pré-des-Chéues^ ombrage digne des héros. Le bruit de son danger parvint aux oreilles de deux paires, Clarinibord et Ulrich Bras-de-Fer, qui, brandissant leurs longs espadons â double tranchant, se jetèrent devant le Comte daus le passage attaqué, et le fermèreut de leurs coups sArs et rapides. Leurs oompagnons ayant eu le temps de se rallier autour du courageux seigneur, les assaillants écrasés furent bientôt rejetés hors du bois, ça et là semé de morts. La croix de ce champ de vaillauce est plantée non loin du lieu où naquit un homme que la génération qui nous précède, a vu mourir
pour la liberté Clarimbord et Ulrich Bras-de- Fer revinrent â Villars-sous-Monl^ la demeure de leurs pères ; leurs grands espadons, que lâchèrent enfin leurs mains roidies^ y fureni conservé comme un trophée national, jusqu'au jour ou Ton oublia le passé sans se faire â la place une autre gloire — Vainqueurs dans leurs foyers , les seigneurs de Gruyère furent vaincus lorsqu'ils en voulurent aux foyers des autres. La défaite du Comte Rodolphe â Yiège en Valais, dut contribuer à ébranler celle maison* C'est chez elle surtout que l'on menait vie d'aventures et d'amours» Les Comles n'avaient pas toujours la sagesse de f- borner leurs plaisirs aux exercices du préau, aux danses nationales, ou aux aimables Aies des montagnes, célébrées avec un luxe gigantesque mais
* Pierre-Nicolas Chenaux, assassiné par Henri Roftier, en 1781* iliit né à la Tour-de-Trcyme, en 17A0.
' « Qo assure que le sabra de Clarimbonl a été conservé religleuMOMiit «laos la paroisse jnsqnes vers la fin du siècle dernier, oh un maréchal, qui en Ignorait le pris, en fit une scie. >» Kucnlin, Dioi. La tradition voulait que lesan^; et la fatigue eussent telleroent collé les mains des deux héros à leurs cpées, qu'il fallût les mouiller d'e^u chaude pour les détacher Voyez avec quelle noblesse Muller a tic^rimé ce petit détail (L. IT, Ch. 3, vers la n. H 4). — > 11 écrit Clarimbord, et dans une note, Clarennboz -, le Conservateur suisse, V, kS&^ Clarimbord; Kuenlin , CUrcmbod* ( ClairambauU ? )
en loul pastoral, car les vastes bassins de crème, les hautes piles de fromages, les arbmnes, ou perdrix blanches, et les chamois en profusion élaienl les seuls mets du feslin. Ils voulaieul encore être remarques â la cour de Savoie, el no se laisser écliftser par aucun chevalier aux cavalcades de Lausanne ou de Fribourg. Tels étaient les goûts t m du Comte François, magniBque seigneur de domaines appauvris. Jean ne vivait que pour Luce d'Albergueux, el ce nom fut toute sa gloire. Michel son fils, dernier comte de Gruyère, prenait I5&5 le soir, sur un cheval blanc, le chemin qui devait le conduire â Charmey dans les hras ou il fuyait la pensée de sa ruine prochaine. Alors, au plus haut 4e la tour, montail une femme au cœur découragé. Cétait Madelaine de Miolans, épouse délaissée qui suivait, d'un, œil humide et le cavalier disparaissant dans Tombre et le triste chemin auquel elle a donné le nom de Crcve-cœur.— Les Coll^ amours ne furent pas pour heu dans l'appauvrissement des comtes de Gruyère. Quand pertes et dettes s'étaient accumulées, il fallait aliéner des domaines ou vendre des droits de souveraineté^ dépenser à la lois puissance et revenus. Ainsi se multiplièrent les franchises du Gessenay, de Château d'Oex, et celles de Gruyère dont les bourgeois avaieul les mêmes droits que
ceux de Moudoii \ Malheureusement, ces Coniles trouvèreni d'autres créanciers. Leur bel héritage devint, pour les deux républiques voisines, un théalre de conquêtes dont le fer leur eut malaisément ouvert la route> mais où elles marchèrent Targent a la main.
Elles ne convoitaient pas moins notre plateau ierlile. Parmi les communes el les seigneurs, les mieux avisés formaient avec elles des traités de combourgeoisie ; cela servit quelques individus au moment de la crise, mais ne rendit que plus facile la ruine du tout. Le chancellement était gé« néral : la maison de Savoie eile-mùme terminait par la décadence le premier période, et le plus glorieux, de sa fortune à la fois médiocre el tenace. Il semble qu'on la voie saisie du dégoût d'elle-même avec Âme VIIL Héritier de la gran* deur d'aine el de Ténergie de son père el de son aïeul, il yjoignit une façon de penser et d'agir singniière, dont ^ironie parait avoir été le fond : goûts excentriques, comme nous dirions aujour-
* fSaM, L. U, ch. 7, n. 660.— IbR, n. 6M.65S; €t L. III. ch. S, n. 379 sqq — Svr le reatc, Id., L. 1» ch. 16, n. S56^ ch. 17, n. S87, 958, L II, ch. 9, n. 109-ii&. Cons. suisse. Y, 374» IV, 188, V, 41^5 , 484. Knenlin, aux mots Groyèrea, Mootsftiyans , £sverde$ , Villart-sons-Moiit, etc.
d'huif surcrdtl de vie^ maïs qui l'épui^te el la vide pour loiiglemps. S'ëtant oaverl a Henri de Colombier el à un autre, les deux chevaliers qu'il aimait le plus » il partit une nnil, el ae retira dans son Ripaille pour s'y livrer à de paresseuses «454 contemplations^ entremêlées de passe- temps sur la nature desquels on est^aasez fondé à en croire le nom proverbial de l'ermitage \ Grande barbe, . rdiie grise a ceinture' dorée, manteau velu décoré d'une croix d'or, bonnet vermeil, chaperon gris a cornette longue , dans la maiu un bâton noueux el lortu, tel éuit raccoutrement dea bienheureux ermites. Le duc se réserva d'ailleurs pour lui et les six cbevaliers compagnons de sa retraite la haute dirccliou des affaires, laissant à son fils (Louis) le maniement inférieur de ses états* Il voyait les députés de nos communes traverser le lac el venir a lui comme du passé. Puis il se laissa ramener dans le siècle el faire pape. Son pays de
* Selon Monstrelet, cité dans Parad., L. III, ch. 29, «ledit duc el sps cVievaliers se faisoyent servir des meilleures viandes et des vins les plus délicalz qu'on pouvait finer , en lieu de racines el d c juc claire. * — Anicdée avait (ait bâtir une tour eu guise de cellule pour chacun de ses six compagnoiM : Henri de Colombier* Wuniens est nommé le premier, et Françob de Bnssy le quatrième. — Sur toat cela, Parad., loc. cit.» Champ. I. ISS v®, MoHcr, L. m, Sde P., ch. 9, n. 101 sqq.» et Grenut , Doc., It*" 35 et p. C6, note 18.
Savoie reçut de lui une administration qui répondail â la bonté de celle terre excellente mais si négligée dès lors *. Le Pays-de-Vaud, par déiiance ou par inertie^ profila peu de ces améliora* tiens. Il ae sentait toujours plus a l'écart. Ame VIII avail déjà donné le comté de Romout à sou frère Humbert^ vaillant bâtard du Comte- Rouge^ pour le dédujiiniager de ses services, et d'une longue captivité chez les Turks après la bataille de 1460 Nicopolis. Bientôt» toute la Baronnie devint Papa-> nage d'un des iils du duc Louis, le trop fameux comte de Romont et baron de Vaud , Jaques de Savoie dont la cbùle réunit violemment notre
* L. Vulliemin : « La Savoie versa eu abondance le blé, le vin, les châtaignes aux contrées voisines. Le Pays-de-Vaud qui, se faisant un bouclier de ses privilèges, n'avait pas i eçu la législation d*Aniédée et ne participait qu'indirectement à ses bicMiiaits, le Paysde-Vaud se trouva bientôt loin de la prospérité du duché. » Le Cbroniq. p. 180.
' On peut voir dans Grenus, Doc, ÎS° 42, quelle était la cérémonie observée en pareille circonstance. Les barons, les bannerets et les nobles, le t onite François de Oruyèrc en létc , se rassemblèrent avec le bailli de Vaud, les syndics et les députés des communes, dans la chambre de justice, à Moudon, pour être témoins de la cession faite par le Duc à son fils. Les commissaires de celui-ci montèrent sur le siège du grand-tribunal; le principal représentant du souverain cessîonnaire , tenant un poignard nu dans ses mains, le mit dans les leurs, et, par ce symbole, les ensaisina de la Baronnie. Les officiers établis par le Duc furent repourvus de leurs charges sous l'autorité du nouveau seigneur. Il
patrie â oeux avee lesquels an sage développe-
menl de ses destinées lui aurait laissé le droit de Irsitor d'égal a égal.
Or il arrivait que de temps en temps des processions hardies et bizarres- amusaient les Lausannois. On voyait s'avancer en grande cérémonie , dans-le» rues montueuses» des personnages vèlus de robes blanches et portant un objet mystérieux, sur lequel s'abaissaient leurs regards saintement . recueillis : cf'étaient de petits navets, coupés par tranches^ que d'eifronlés laïques distribuaient gravement â la foule en gnise d'hosties. Tel cas 1384 faisaient les bourgeois de Lausanne de l'interdit lancé sur eux, parce que, le Chapitre se refusant de contribuer » rebâtir les murs, ila avaient saisi son bétail, suivant le mode le plus habituel de se payer soi-même en ces temps. Cet événement et d'autres analogues, l'ambition que^ les chanoines ^
Mirait dù venir en personne prêter le serment d'uMge : l'assemblée» acceptant son excuse, protesta néanmoins que cette absence ne povrraît jamais être invoquée contre les droits du pays. Alors les commissaires, touchant de leurs mains les saints Evangiles que leur présentait Humbert Cerjat au nom de toute la patrie, jurèrent d*cn observer les coutumes et les privilèges. Cela fait, les députés de la noblesse et des villes, levant le doigt vers les cieux, et criant : Vive Savoie! jurèrent À leur tour d'être sujets bons et loyaux. Voy , aussi p. 37*
uourrissaieut^ contre TEvêque à sou touo rirent une ouYerture doni ie Comle-Rouge, en 8a quaiiié de vicaire de TEmpire, avait essayé de profiter. On écouta ses sentences; et Ton vit dans la suite des bannières aux armes de Savoie protéger les maisons et les biens des chanoines effrayés * . Toutefoië il était bien davantage occupé des Valaisans. Lausanne marcliait de plus en plus à sa pleine indépendance : la faible autorité que le Vicariat avait pu donner sur elle aux trois grands diefs de la maison de Savoie â la (in du xiv^ siècle s'évanouit avec le suivant, quand Tempereur Sigis* rnond déclara que Lausanne n*etait astreinte à aucune domination de ce genre et qu'elle ne re- J434 levait que de son ëvèque et de TEropire. Il lui accorda même quelques nouveaux droits; mais on eut soin de les faire payer aux Juifs qui s'y étaient fixés. A force de prudence, Amédée VllI espérait du moins de conserver la poiition : aussi, lorsque le syndic et prieur de Lausanne, Ur* bain Gunelli, aûn qu'il ne fut prétexté cause d'ignorance, se transporta aux assises de Montpreveire, dans le but de lire, sous les arbres du jugement, le diplôme de Tempereur, le chevalier
* Uttre d'Aoï. VU, ap. Muller» L. H, ch. 8. n. 560, 361. - Id., ibid , ch. 7, n. 879, Gomp. av. Gren , Doc.» p. tS7, ligac 1&.
Jehan de filonay^ bailli de Vaud, déclina la proposition el se retira.' Alors, les Lausannois s'adressèrent au concile de Bâle^ qui reconnut la yalidité de cet acte Et toute prétention nouvelle à cet égard, les Evêques se senlirenl assez forts pour la repousser. Il s'en fallait bien cependant qne l'Evèché présentât le même appareil et la mrme consistance que jadis. La ville et l'église de Lausanne s'étaient assez détachées Tune de Taulre pour qu'il n'y eût plus enlr'elles que des tiraillements. Le Conseil témoignait au Chapitre les égards que Ton doit â son voisin ; il lui accordait gracieusement quelques vieux chênes de ses forêts pour monter la grande cloche au sommet de la tour ^ ; mais à ces petits services s'arrêtait leur bon vouloir mutuel. Si le Comte ou le Duc ne parvenaient pas â plâ^er^sur le
* Notei commim. par M. le Doy. Bridel. — .Cons. suisse , X, 338. — Maller, L. m, ch. % n. 185, M, 885. ^ Pellis» ElémenU, H, p. 93, 95, ilO» li4. Selon ce dernier, l'extension des privilèges de le llue de Bourg, qni obtint le drckit de liente-jastice criminelle appartenant précédemment à la Grande-Cour séculière, pareil dater de ces événements. Ce tribanal, d*one origine d'ailleurs ancienne, remplaça probiibleinent, soivant le même autenr, la cour impériale, ou cour de Biliens, que Rod. de Habsboarg SYaii établie, et qne les comtes de Savoie prétendirent nommer.
' Registre ou Hannel de Lausanne, a. J 461 , T . I, p . 264 : ... sibi largiri veJlet qnercvs .... pro asceudeado grossam campaaam sd campanile.
siège épiscopal un seigneur de leur famille^ souveni c'étaieni au morns des bommes a eux, lesquels, il est vrai^ une fois en place^ ne se mon- Iraient pas toujours dociles pour leurs anciens patrons ^. Le pape essayait aussi de disposer de rEvèché; ce dernier ayant serré ses liens avec le Saint^iëge au moment où le Saîal^iége ébranlé ne pouvait que peser sur lui sans le soutenir On marchait ainsi en se heurtant et en boitant. UEvèché n'avait plus Yie : rEv^èque était lûen encore un assez grand seigneur^ mais dont la fortune ne pouvait* plus que tenter sans se faire craindre. Avec la foi s'en allait la force. La Cathédrale, cette gloire de TËTèque Henri, était abandonnée aux ordures et aux ténèbres : tandis que le château épiscopal, achevé par Guillaume de Challand, la maison de Thomme en regard de
* Guillaume de Challand (1406-i&32). un de ceux qu' Amédée VllI trouva sur son chemin quand il voulut mettre TEvéché dans sa dépendance , était conseiller ducal et chancelier de Savoie. Au commencement du Kvi* siècle, l'évoque Aymon de Montfaucon en fit autant, dans une position analogue, contre le duc Philibert aidé de Tempereur Maximilien. Yoy. Peilis, £iéai.. Il, ih^i Rachat, Abr., p. 79, S9.
' Le cardinal Julien devint évêque de Lausanne fkar la vaine laveur du pape Sixte IV el Tatile appui des Bernois qoê riuUen avait su joner. Rach. , Abr. a.
la maiâoo de Diea, âevail sur la colline tes hautes retraites «for^nell et de concupiscence, comme pour dire à quel point les temps étaient changés. Dans ce déclin d'une cÎTilisalion qui avait eu des jets magnifiques pans jamais bien dépouiller la barbarie de son origine, les mœurs devenaient plus sensuelles» mais non plus délicates : elles perdaient ce parfum d'austérité ou cette énergie de remords qui donnaient du ton â Tago précédent; mais la grossièreté leur restait. Comme Berne et ses voisines, Lausanne recelait nn grand nombre de femmes sans honle^ qu'y attirait surtout Taffluence des pèlerins, ainsi débauchés à rentrée du saint lieu; car èties avaient leurs demeures à la Cité. Leur trafic était d'autant plus redoutable qu 'il s'exerçait dans Tombre, et qu'il trouvarit un utile auxiliaire dans les égarements de la dévotion. Les Trois-Ëtats, ou le chapitre, le clergé et la bourgeoisie 9 Vêtant àssemblés, firent des plaintes â TËvêque Gui de Menthonay. Les côurtisanes durent -éëlogerde la ville haute i ttne me étroite longe le pied de la Qrand'Roche et se cache encore derrière la rue du Pré, qui s'éclaire aujourd'hui ; elle leur fut assignée pour demeure. Symbole de Phonneur, les vêtements blancs leur furent interdits; elles ne pouvaient porter ni rdbes, ni ehaperotis de cëtte couleur, non plus qu'aucun autre ornement ; et pour que leur mé-
iwr f&l bien notoire, sur leur manche d'éloffe voyaate ou foncée^ elles devaient coudre un galou de drap blaoc> lar^ de deux doigts, expose.a toua les jeux. Les ëtuves ou bains publics devenaient souvent un lieu de prostitution : sous Pépiscopat de Georges de Saluces, il fut défendu aux hommes de s'y rendre les lundis et mercredis^ jours réservés pour les femmes, el aux courtisanes d'y avoir des logis. On fit, en même temps, plusieurs règlements pour réprimer la fureur des jeux de combinaison ou de hasard , et le luxe des repas cependant plus remarquables par la profusion que par la recherche des mets. — Les seines de vice ou de folie, ne vont jamais sans les scènes de violence ^ Gui de Menthonay avait passé la nnil a son château de Lucens, dans la petite chambre obscure située au pied de la tour ^ - comme il sortait du lit, celui de ses sénateurs qui, sous le nom de barbier, était le plus attaché de près â sa personne, lui porta dans les entrailles un coup d'épée qui fut mortel. L'assassin vit ses mamelles arrachées avec des tenailles de fer rouge; puis
• Voy, sur tous ces points les documents de la noie , p. 388 et 426, les MSC de Ruchal. son Abr. , a. 1398-i406. Corap. Mull., L. III, ch. I , n. 40. L. II. ch. 2, n. 98. - Ib., ch. 7, n. 568, Chron. brève , a. i406| el ci-dessus p. 440-442.
il fut coupé eu quatre quartiers. Ces ëvùquea cherchaient parfois, s'ils ne raffermissaient pas
rËvècho^ à conserver et à faire bëuir leur mémoire par des fondations pieuses ^ Guillaume de Challand^ qui parait avoir été le plus puic^sant de tous â cette époque, fonda l'école ou chapdle des Six Innocents : c'étaient six enfants pauvres^ nés d'un mariage légitime^ et que l'on y élevait depuis l'âge de huit à seiae ans. Ils devaient être bien faits de corps et sains d'esprit; deux chapelains avec un valet les servaient et les instruisaient ; ils avaient chapelle â eox, dortoir, calices, vaisselle d'argent, ornements et joyaux. Le revenu de douze bonnes cures et chapellenies fut afFecïé à celle institution^ qui reçut encore de la générosité de TËvèque une bibliothèque
' Dans l'Haivétie romane» la fin 4a xui* sidde et le comniencement du xiye Tirent s^élever encore quelques monastères. Lâcher^ tresse de la Val-Seinle (IS95) , fondée par Gérard de Corbière, aeignenr de Charmey, au pied de la hauteur conique de la Bèrra, et au miliea des chalets et des bois. Celle de la Part-Dieu (1307) , que Willelmette de Grandson, veuve du comie Pierre de Gruyère, éublk sur la pente ellongée do Molléson , et qu'un bourjreois de Tcvey ne s'aida pas peu à enrichir (Kuenlin , II , 226). Enfin , au bord dn lec de Neucbâtel , celle de la I^uce : elle dut au chevalier Othon, seigneur de Grandson, des domaines nombrcui, et, pour retraite, la solitude enfoncée d^une grande torét de chênes égayée par les eaux (1320). Mais ce n*était plus le xti' siècle! (Voy. ci-dessus , p. 593.) — Les détails qui suivent sont tirés de notes et extraits MSC de Ruchat, commun, par M. le Doy. Bridel , de l'Abr. d'h. eccl., p. 80, de la Br. Cbron., a. I&40, et du Gons. suisse» X , 173.
conforme à la richesse lilléraire de ces temps : elle était composée de trois manuscrits. Georges de Saluées , lequel sot d'ailleurs faire reconnaître ses droits par révèque de Baie el â Soleure^ est le plus vénérable de ces prélats. Outre un grand nombre de legs aux maisons religieuses , aux institutions charitables de la contrée, à Thopital de Saint^Jean dans la ville-basse, a celui de Lucens> au trésor de Noire-Dame ainsi augmenté pour ceux qui allaient le prendre, il en fit aux pauvres lépreux de la Maladière de Vidj ; leur chapelle mélancolique s'élève encore sous les noyers, auprès de hi vieille et fraîche fontaine d'où Ton commence â monter la colline que Lausanne ne parait pas destinée â redescendre un jour. Ce pieux évoque voulut aussi que Ton distribuât trois*cents livres entre douze pauvres filles^ afin que chacune d'elles, ayant vingt-cinq livres de dot^ put trouver un mari. Enfin, telle était sa soif de probité et de justice, qu'il ordonnât que, si après sa mort quelqu'uu venail se plaindre de lui, on l'en crut sur son seul serment, et qu'on lui donnât satisfiiction. — Mais ce n'étaient la que des actes isolés, qui honoraient leurs auteurs et ne relevaient pas TEvèché; l'intérêt général s'en éloignait do jour en jour. Fribourg el Berne devenaient trop puissantes pour voir en lui un bentre, comme jadis. Lausanne, il est vrai, obser^*
6di
vail plus rigoureu&emeul que Jamais l'antique cérémonie de liberté usitée à Tinstallation dé son suzerain. Voici^ par exemple, ce qui se pasâa> quand le riche et bienfaisant Georges de Saluées fui mort, el qu'on lui eut donné un successeur. tA6i Un jour du mois de juillet^ à quatre heures après midi, on vit arriver devant la porte de la rue Saiut-Ëtienne, par où l'on passait de la ville des bourgeois à la cité de rEvéque, une longue procession composée des chanoines et de tout le clergé» portant le corps du Seigneur. D'autre part, s'avançaient les gouverneurs et les députés de Lausanne» de Lutry et delà terre épiscopale , avec plusieurs nobles et bourgeois. A la demande d'un de ces derniers, un vieillard rovelu des habits épiscopaux et des insignes de comte de Lausanne» s'arrôtant devant la porte , se mit â genoux , joignit les bras sur sa poitrine, et plaçant ses mains croisées en face de Thostie donnée en garde à deux cierges allumés il jura solennellement de respecter les droits et les franchises de Lau«> sanne ainsi que de tout TEvéché. Mais» si Ton continuait à surveiller TEvèque , car c'était le vieil ennemi» on s'en occupait bien moina ce-
' Indicia cu&iodia duabus fucibus ibidem ardentibus. Sermenl de l'évéque Guillaume de Varax, intimé par J. Blanchet, licencié* «5-loix. MSC Ruchat.
pendant que des Ligues suisses vers lesquelles se tournaient incessamment les regards et les yœux» Une alliance de Lausanne et dé Genève avec celle belle el lerrible confédération, c'était là tout ce qu'avait le plus redouté le clair- Voyant Amédée VIII *.
Et ainsi ^ peu-â-peu le pays entier arrivait a un développement semblable, précisément alors que chacun %*y sentait entraîné du mèmë côté. Tandis que la plus grande de nos communes^ mais aussi la plus isolée, était paralysée par cet isolement, les autres complétaient tout ce qu'il leur était possible d'acquérir sans son aide et ians sa participation. Comme de vieilles armures qui ont fait le salut et la gloire des temps passés, les anciennes franchises furent examinées, visitées el revérifiées avec soin. L'avis des bourgeois était nécessaire, môme dans les causes criminelles ; ils pouvaient mitiger la peine, et le seigneur n'avait que le droit de grâces Tout commandement du Prince ou de ses officiers qui ne réservait pas expressément les ■
* Son idée était à^obpier à ee que GémêM» Laaane et les àU'^ tnê93êegdemnobéisianee, m tèrattiatÊeiU Aiee Ug geigneun deê Ligues de Suisse, comme otnii fini la miUon des VaUdÊiem. G. Pa^^ tad. , L. m , ch. IS. Plantio , H. dt Suiste , p. 196.
coulumes du pays^ domeurail par cela seul en»
taché d'un vice de forme enlrainant sa nuU lîté ; ensorte qu'on ne ponyait TÎoler la loi sans crier au secours pour elle : et en cas d'hypocrisie, une multitude de regards étaieni du moins tenus en éveil Divers droits en* courageaient Toxercice du pour lequel il
ne serait pas impossible qu'on n'eût un peu négligé le maniement de la lance encore si redoutable en çes temps. Toutefois les villes avaient- leurs machines de guerre^ et augmentaient leurs provisions d'armes de toute espèce ^. Les routes ont toujours attiré Tatten-
< Ch. d'Am. Vn, 1391 : « .... fi ce n'etl que cette dam y aoit. mite : Les coatunies de notre Peys-de-Yand étant obienrées. • A son avènement» le teignenr^Baron fiâtaitaoïanjela le serment de garder lenra privilèges avant qu*ils lui fissent celui de fidélité, et il a'engageait à le tenir» « sons l'expresse obligation de tons ses biens. •
Grenns, Doc., p. 69. 74, SA Ch. de Nyon» ik3&, ib. , p. 61. —
On peut citer plus d'un exemple oà le châtelain du Prince dnt relâcher des bourgeois , ou des compagnons étrangers, arrêtés sans le consentement de la commune. U>.. N*' 13, — Lises enfin, bien qu'il sente un peu son xYiii* siècle, le mafjnifique témoignage ^e l^uller (U 111, 9f P. , ch. 9, n. IS3 sqq.) rend à ces institutions.
' On en verra la preuve dans la guerre de Bourgogne^ à rarticle Lausanne entr'autres. Après cette guerre, Eequête des • compagnons tirans et jouans de l'arbalète, coulevrine et arc » , habitant à Yverdon. Même Beqoèjte de ceux de Nyon. Grenus , p. ik^, 169. — M 67.-*La phwe d'armes du district d'Aigle s^appelle encpff, aujourd'hui VAreoêtey,
tfoii dans un pajs qui fait yivement éprouver le besoin d'en avoir de bouues, sa us opposer ' â son acoomplisaement des diUicnltés insurmontables : le revenu des péages dewiil servir à cet objet ' ; des seigneurs s'engageaient aussi â rendre les chemins s&rs pour les marchands de Berne ou do Zurich , tandis que d autres en faisaient le théâtre de leurs courses peu chevaleresques. Les clercs eux-mêmes se Hvraieiil au négoce, et vraisemblablement celui des vins était 'déjà le principal du pays. Depuis lon^-terops des vignes couvraient l'aimable peute de LaCôle, • * où les villages et les châteaux avaient aussi des« cendu la hauleur. Les Arniaguacs furent repoussés des gorges du Jura, mais on n'eut point avec eux de bataille de Saint-Jaques. ^ — Par toutes ces choses» par les succès el les revers, par la culture de la terre et le découvrement du paj'S, par le trafic journaiier, par un dé-
* PelHs, EIcm., H, il3, «eiou une cbaiie tl'Ain. Vlll, mais que je ne connais p^a.
* Muller. L. II. rh. 7. n. 544, L. III, 2* P , ch. 9, n. 126. - Id., ibid., ch. 7, n. ~ ld.,ibid., ch. / , n. 505: docum. de 1273 »or le vin de LaCôle. Le château de Moiil-le-Vieux (voy. ci-des- 9ua, p. A39, n. 1) était le centre de la contrée, avant que Rolle eût été londéeen 1261 par les barons de Monts, Khiil et son neveu, qui lui donnèrent une rangée de maisons de buis, une enceinte de paliaaades, et un rbiteau de pierre. — Sur les Arma{j;iiacs, Grenus, Doc, p. 67. 71 . 79.
Tdoppemenl général de vie ei de liberté^ U s'était formé une patrie ; elle se reconnaissait pour telle \ Ce n'était donc pas Tensemble^ mais le centre qui manquait. Le Pays «de- Yaud aurait eu besoio de L.iusanne ; elle ne sVppar tenait p^ assez tout entière pour se donner a lui; d'ailleurs elle n'y songeait guère, absorbée qu'elle était dans sou existence compliquée et vieillie : TEvéché avait anlrefois ramassé le pays; maintenant, destin de toutes les choses qui n'ont qu'un temps ! il le re* poussait eu pesant sur lui, et l'entravait. Cependant- , nulle autre cité ne la pouvait remplacer dans la crise : Moudon était trop peu considérable ; d'ailleurs Yverdun le jalousait. Lausanne n'était pas beauçoup aimée ^ â cause des prélenlions de l'Eveqne, et des mélanges de juridictions ecclésiastique çt séculière. Yveirdun, s'il lui convenait, ne se faisait pas scru» pule de retenir pour lui, en le payant au môme prix, le blé avantageusement acheté sur ses marchés par les Lausannois ^.^ Toutes
* • Le dit Pây»'dc-Vauil n'est qu'une teiile bourgeoisie et comimineoté. » Décret des Etets , cité par J.-J. Cart, Lettres à B. de
^ Manilt (Paris, 1795), p. 17. Muller (Ii. U, ch. S, o. Al») dit U mémo chose.
* C'est ce qu*on vit eu 1A97. Aussi, transporté d'iodignation à
ces communes avaient d'ailleurs , outre la vie générale, uno vie particulière, qui devait souvent remporter sur l'autre, laissée â l'abandon. C'est ainsi qu'à Yverdun encore, probablement 80U8 rinfluence de la nombreuse noblesse dont celte ville était entourée, le pouvoir avait fini par se concentrer ^na un petit nombre de familles ' : disposition qui expliquerait pourquoi elle montra plus d'opiniâtreté que de force el de ressources pendant la lutte qui s'approchait. Ce» diversités u'élonueronl pas : elles étaient le
celte nouvelle» Barthélémy de Sainl-Martip » licencié en droit, écrivîMl dans le registre du Conseil une noie foudroyante , où il recommandait aux Lausannois de ne jamais oublier cette injure* el les engageait à s*en prévaloir pour ne pas craindre de reodre la pareille dans l'occasion : «Blementote, o Cives Lau.<annense8f quOjd, anno Domini i4{i7% Communitas Yverduni bladum emptum per Communitatera Lausannse^a Vuillelmode Balmis, retinueruntet voluerunt babere pro pretio. Si quis igitur velitcisdem de Yverduno sic in Lausanna facere, cum Yverdunenses aliquid emerinl, accipianl pro pretio, alleg;ando quod ita I.ausanuensibus fecerunt, el patiantur legem quam tulerunt, quando ruditer I.ausannensibus fecerunt, aninio eisdem displicendi, cutn bladurn esset eorum. • Rcfi;. , 1 , 22&. — Deux ans auparavant , Yverdun avait laii de vives plaintes contre rolficial et la cour de Lausanne. Grenus» Doc.. JN * 41; voy. aussi le JN" 43.
' Le Conseil était composé de dix>buit membres» « lesquels devaient être des anciens de la ville et qui d'ancienneté eux et leura* prédécesseurs avaient été en coutume d*étre élus do conseil et gout«riia|i€B| d'içelle» > etc. Voy. Grenus, 81.
résultai de toute la vie précédente el d'une nature propre que uous avons souvent dévoilée. £Ue8 n'eoipécliaienl pas qu'il n'y eût ane patrie commune ; mais si je puis Aire, elles la compliquaient^ et Tamorlissaient. Aussi se détournait-elle d'eUp-méme, pour essayer de se rattacher ailleurs. Tout le Pays-do-Vaud donc 9 la Baronnie et l'Evêché, songeait â se rapprocher de la ranfédération sa voisine el par lâ^ déjâj son alliée, ainsi que par d'antiques traditions. Mon seulement» en effet, plu- sieurs de nos communes avaient le droit a d'attaquer €ua guerre ceux qui leur portec raient dommage^ de les butiner », mais encore, a l'honneur du seigneur étant sauf, nul ne € pouvait les empêcher d'acquérir des amis en « faisant alliance étrangère, el d'agir enfin comme < bon leijr semblerait pour leur intérêt el pour « leur accroissement ». Payerne renouvelait avec Berne une alliance oiTensivo et défensive peut-être 1343 aussi ancienne que la fondation de cette dernière ville. Liée de même avec Moral, elle Tétait aussi avec le comte de Neuchâlel. Il y avait un traité pareil entre Avenchesetla puissant^ république qui bientôt chercherait moins des amis que des sujets. Enfin, la guerre de Bourgogne et ses suites achevèrent de tourner Lausanne elle-mùmQ {le ce coté : après avoir essayé de ressusc^-
ter les ancieuuos querelles eiilro Tevèque et les bourgeois y voyant bien que cette politique était suraunéc cl u'aïuèiierait aucun résultat» elle rechercha décidément t'amilié de Berne et de Fribourg, Tobliul^ la servit ulilemeut, el ne compta plus que sur. elle. Noq^ verrons si sou attente fut récompensée. ^
Long-temps ennemies, ces deux villes se voyaient incessamment rapprochées par une situation et des difficultés analogues. Fribourg était la plus exposée â la maison de Savoie ; Berne redoutait de voir cette dernière gagner du tcrnûn de son côté; mais, en revanche, la prospérité de Fribourg ne lui plaisait guère miéux. Si donc elle soutint sa voisine contre les prétentions du Vicariat-Impcrial % elle se tourna contre elle, quand Louis de Savoie lui fit une guerre qui ruina son commerce, et qu'Albert d'Autriche, son suserain, la joua et la vola si effrontément. Il existait naturellement, de toute ancienneté, des relations nombreuses entre Fribourg et le Pays-de-Vaud*
* Gicnus, Doc, p. Gô, n — Juchât, H. de la Rét. , IV, 46. — Mttlkr, L. Il, ch. 5. n 411. - ' M., ib., cb 7, u. 934.
Cette commune avait alors pour avoyer Guillaume d'Avcncfae^ vassal et natif de la Baronnie ^ S'il arrivait quelque grand incendie â Lausanne^ Fribourg envoyait ses compIinieiUs de condoléance» et divers traités la liaient avec la plupart de nos cités^ non-seulement avec Payerue et Lausanue^ mais avec Morat, Romont» Estavayer» Moudon» Yverdun» Lutry, Saint- Saphorin et Vovey. Le commerce actif qu'elle faisait alors multipliait ses liaisons ' dans nos contrées; non^ probablement, sans y exciter quelque jalousie^ comoio c'est le cas pour d'autres de nos voisins aujourd'hui. Quelqnes-uns de ses bourgeois et de ceux de Berne y étaient propriétaires de biens considérables, et trônaient ici avec plus d'importance que les soigneurs indigènes. Les marchands fribourgeois qui se rendaient aux foires de Genève, où ils avaient un magasin commode et spacieux» arrivés sur le pont d'Aubonne, ne recevaient pas toujours un salut ami des gens du comte de Gruyère. De leur côté» ils tra- . versaient ç^n armes les états du Duc» ne se mettant guère en peine d'observer les lois ou
* Guill. d'Àvenches, etc., V P., p.SS. Plusieurs des faits suivants sont lires de cet ouvrage déjà cité. Voy.ib., et p. 29, 52,&0,/i4,36 où il y a des déclamations qu^il eui talla au moins partager cgalecnent enire Bcroe et les comiDUoes vaudoises.
les coulumes établies entre voUîds. Des malversa liou s iirent loiiiber Guillaume d'Avenches : les Fribourgeois^ redoutant cet avoyer déchu» et n'ayant pas osé le faire mourir, voulaient du moins le garder à vue; ils lui défendirent de quitter la ville ou de les citer devant un tribunal étranger. Il s'évada , n cul pas de peine â émouvoir la compassion intéressée de Louis de Savoie y à grossir ses partisans parmi ses anciens compatriotes, et à décider les auimosités. Le Duc trouva aasez d'autres prétextes pour se % plaindre, mil la main sur les marchands et les marchandises de Fribourg^ Un héraut vint lui déclarer la guerre; le bailli de Vaud eu 144S reçut le déii. Les hostilités eurent surtout pour théâtre un massif de ce Jorat qui, toujours hérissé, se renfle encore entre la Sarine et la Glane* Berne abandonna Fribourg et se joignit au Duc. Les Savoyards employaient des espions pour surprendre la ville ; les Fribourgeois payaient des incendiaires : enlever bé* tail de l'ennemi sur les montagnes, c'était le fnoindre; des pâtres isolés, des femmes, un jeune garçon et un mendiant furent tués dans les prés ou sur les chemins, des châteaux pris pl .brûlés Quelques combats quj en méri-^
t MonlagQj près Paycrne, maigre la vaillanta reiUtanee de la
laient mieux le nom, causèrcnl de plus grandes perles aux deux partis. Un jour que ^ charges de butin y ceux de Fribourg s'en revenaient te long du ruisseau du Gotleron, dont la vallée^ bordée de roches a pic et de verdure , débouche daus un des faubourgs de la ville mcme^ ils se trouvèrent tout -à -coup, supérieurs en nombre mais étonnes, devant ceux de Berne et de Yaud^ qui les attendaient vers la métairie du Pré-Neuf. Culbutés du premier choc, ils furent poursuivis jusques sous les remparts. Mais, le jour suivant, ils réouvrirent les portes, et, comme les'yainqueurs s'étaient séparés, se mirent â la poursuile des Bernois distraits par leur capture : on se battit dans le vaste cimetière entouré de murs dont les habitants de Tavel avaient cru faire un lieu de repos ; le butin fut repris, mais de part et d'autre on laissa plus d'un homme vaillaut renversé parmi les tombes, et qui ne se releva plus. Le délaissement où se trouvait Fribourg attaqué de tout eoté, la força de se résoudre a la paix ; elle fut conclue dans le verger de l'Ai-
girnison , eut soa château brùlé par les Fribourgeois : la paix leor imposa la condition de le rebâtir. Comptes de la ville : liem ou tioUef por y c. de UoUet platUs trarniêtê à Moniagni, etc. Goill. d'Avencbes, 1" P. , p. 44.
gle-INoire à Moral. Puis viurciil Jes liicheries d'Alberl d'Autriche , dans lesquelles on ne sail ce qui l'emporle, de Pim pertinence ou de la vilité. L'irouique émancipalioa qu'il s'avisa de donner â Fribourg, afin de s'accorder le plaisir d'agir avec elle en filou magnifique et royal, la laissait ruinée, obsédée par les réclamations de ses paysans que le glaive du bourreau ne décourageait pas. Elle se jela dans les bras du doc de Savoie; il crut avoir tout gagué , mais si les événements l'avaient détachée de l'Autriche 9 qu ellé aimait, elle était â son nouveau suaserain par nécessité seulement, tenait pour certain désormiais qu'elle ne devait compter que sur elle > et se promit bien de ne pas Toublier un jour
Dès long-temps Berne faisait son bien de celte science. Son renom, sa position et sa vaillance rayaient soutenue dans son ascension graduelle de ces Alpes qui appuient THelvélie romane , où , de lâ-haut , elle pouvait déjà flairer une proie. Liée par un traite de comi&03 bourgeoisie avec Gesseney et Chateau-d'Oex,
* Gont. suisse, IX, art. xxx. Kueolin , arl. Tavel , Ncumatte, etc.; voy. sa curieuse note sur les buUelius oiGçiels de ce temps-là.
elle en retira plus que les deux marcs dargenl doal ces moatagnards devaieat lui payer lous les aus sou ainillé. Co pays fui sa première et sa meilleure issue vers les terres de la suserainelé de Savoie. Une conspiration aciieva d'y assurer sa prépondérance. Cliàleaud'Oex 86 croyait lésé par Gesseney; les autres bannières de la vallée porlaienl envio à ce dernier bourg, plus libre qu'elles et florissant. Celait pendant la minorité du jeune Comte Antoine de Gruyère^ qui, deveiiu majeur^ s'occupa moins de restaurer Théritage de ses aïeux que de donner à sa cour des fêles pastorales dans les belles solitudes des montagnes. Son tuteur Louis de Joinville» sire de Divonne» et bailli de Vaud, voyant avec déplaisir ce mouvement de liberté, fomenta les mésintelligences. Il fut convenu qu'avec le secours de ceux de Gruyères, on mettrait la main sur les principaux de Gesseney, lorsqu'ils se rendraient au marché de Château-d'Oex. Ces derniers, avertis, prévinrent les autres; puis Berne arriva qui occupa la contrée jusqu'à la paix, et ne se relira pas sans y avoir étendu son influence ^ De là, elle n'avait qu'un pas à Taire pour descendre
^ dioll. » L. Il , rh.J^'ii. (HiS sq«{. Coni. suisse , IV, 275 sii^.
de notre coté, cl loul s'arraogeail pour qu'elle y eul un chemin facile.
Quand le Rhône a franchi ce défilé des Alpes où les pics de Morcle et de FouUy élèveni leurs tours rougeâtresy et ceux du Midi leur fatte crénelé, il laisse à sa droite, en se précipitant vers le lac^ un riche territoire tissu de champs , de vergers, de vignes et de bois, de pâturages et de hauteurs chenues; les habitations longent le pied de la montagne, comme si elles venaient a peine d'en descendre S et que, la, elles eussent un jour occupé le rivage de flots maintenant appauvris : contrée à part qui n'aurait pas mieux demandé que de suffire elle-même à sa liberté. Sous la suzeraineté de la Savoie, elle était alors le partage d'un grand nombre de seigneurs S étrangers et indigènes^ qui, de
* Très-anciennement, Bet était litoé plna hant avr la pente, où ron Toit encore les mines d*ane chapelle.
' A Aigle , les de Torrents , de Vallite ( Vallesia) , de Cbivron , de Novasselie. A Villeneuve , les Bouvier. A Ollon, les de Tavelly^ les de Rovéréa , vassaux des seigneurs de Duyn à qui ils donnaient un épervier pour hommage de fief noble ; l'abbaye de St. -Maurice , qui a possédé jusqu'en nos temps la sei^^neurie de Gryon. A Bex, vingt-six seigneurs de fief, parmi lesquels les de Tavelly, de Rovéréa, de RIonay, etc. — Tous ces seigneurs ne faisaient pas leur résidence ordinaire dans le Pays d'Aigle : voy. les Pièces justificatives imprimées à la suite du grand Procès entre la paroisse el le bourg d'Aigle (1709), 4^». .
Villeneuve à Bex, aTaient leurs doujona, puissants ou chétîfs, au milieu des bourgs populeux^ des dos fertiles^ au débouché des lorreul^ aux escarpements des Tsllées ou sur les éminenoes solitaires* Villeneuve hébergeait les nom- * breux pèlerins qui é'en allaient a Rome par le Saint^Bernard. Ollon, dans un recoin feuille, Bex sous des crêtes herbues, formaient, obscures confédérations de modestes Dixains^ deux grandes communes avec les hameaux de la plaine et des hauteurs. Fière de ses franchises, de son vignoble aimé des moines et abrite par le Mont-Planlonr mais menacé par la Grand'£au , Aigle était le centre de la vallée: sa formidable tour de marbre aifermissait le manoir du seigneur de Torrens l'un des principaux de ce coin de pays. Il régnait peu d'amitié entre lui et les bourgeois. Sous le plus léger prétexte, deux de ces derniers furent jetés dans les fers par ses ordres, et transférés de nuit â Bex, dans une autre prison. Leurs frères indignés prennent les armes. Aigle, Mon et Bex se lèvent a la fois: ici chacun avait son mot à joindre â la plainte commune. On délivre les captifs. On expulse les seigneurs: ils s'enfuient en Savoie. 11 fallut alors assurer les fruits de cet heureux coup de main. A qui demanda-t'On des prolecteurs pour laj liberté naissante? directement â Berne? ou, suivant on
autre rccit^ aux communes montagnardes de GeMeney, de RougemonI, de Châtean-d'Œx .el de Rossinière, dans la pari desquelles Berne savait toujours trouver la sienne? La chose importe peu. Mais une dizaine d'années après ^ quand la guerre de Bourgogne eut fourni l'occasion , Berne se mil à dire à ses combourgeois du , Pays-d'£nhaul : c Tous n'êtes pas asses forls a pour garder celle position importante d'Aigle c el de la plaine qui esl alentour. Laissez-la c nous I » Parmi les nobles fugitifs , les uns , voyant la cour peu soucieuse de raccommoder leur équipée, prireni bravemeni leur parti, revinrent , firent leur soumission , et furent réintégrés par les Bernois; les autres, ayaal meilleur espoir^ persistèrenl dans Pémigralion^ Les domaines de quelques^ns de ces derniers calméreni les montagnards désappointés; el Berne flTadjugea la seigneurie. — Vraisemblablement sous Teffel des mêmes circonstances, même chose arriva dans les Ormonis , alors aussi possédés par plusieurs seigneurs ^ après d'antiques vicis-
* En Pierre de la Baume , d'une famille illustrée à la cour de Savoie par les armes et les négociations (Mullcr, L. II, ch. S, n. 328, S. Champ., lesGr. Cr., f.93.), les Gruyère, les deVailesia, les de Pontverrc ou de Ponlverrier, dont un prédécesseur, Aymonet, seigneur d'Aigrcmont et co-seigneur de la vallée d'Ormont, avait fondé oa doté à Aigle un hôpiud avec m chapelle. Yoy. Pièces joi*
siludea de servage et do liberté. Le comte de Gruyère faisait » il semble ^ mieux oublier sa domination dans la partie de la vallée la plus Toisine dé ces Isles de verdure, semées d'érables et bordées de rocs sombres toujours couronnés d'une neige qui sourit dans les cieux. Mais le peuple d'Ormont-dessous ne levait jamais que des yeux de haine sur le prolongement escarpé Oit se dressait, grossier. et hautain. Aigrement, le château des Pontverre. Quand Theure fut venue, les montagnards se réunirent, passèrent la Rionsetla * et la Graud'£au , montèrent Tipre
tificatives du Procès, ÎS" liî>, Convenlion au sujet de la chapelle d'Aigle ; elle fut passée dans un vergicr voisin , celui de la maison d'habitation tle Pierre Denovasselle- — Mém. rase, de M. Fr. Dormond , ci'dessus , p. tSI^ o. 3. — Mail. > L. lY, ch. 8, n. 278.
' La Grtml'Ean, qui vient des DiablereU et passe à Aigle, ejt communément nommée dans les anciens titres la Rionzo^ la Rionsiaz ( la Rionsy, le Ruisy ), ou la Rionzeltaz. Dans les Ormonts, le nom de Rionsèlta esl aflEeclé plus particulièrement on a passé au ruisMta venant du marais des Masses se jette dans la Grand*- £au , sous Aigremool. Bionzetta signifie proprement le peHt nûêêeau, la petite eau: peut-être par opposition au Rionzo, l'eau principale» la grande eau. Ou bien , le nom du torrent qui , avani i*étre contenu par la chaussée actuelle, courut quelqueiois au travers du bourg d*Aig1e à la hauteur de plusieurs pieds, prit-il le diminutif par ce même genre d'euphémisme qui a fait appeler aequeiia le plus terrible et le plus mystérieux des poisons? C'est ce que je laisse à décider aux adeptes. Muller est pour le moi sonore de Rionzo (L. lU, S* P. , ch. 9, n. 133 ).
hcnteur dont elles cognent lâ base, et leur
colère eut bientôt fauché le vieux manoir. La Dàme d'AigremonI (son mari arsil pris la faite) ne trouva pas chez tous des cœurs impitoyables: y M partie des vaillants bergers ^ cens de la Fordas, protégèrent son infortune » et Tayant emmenée avec eux, ils la transportèrent^ par Grjon» dans le Valais où était la famille de soft époux: en les quittant^ elle leur lit don d'une alpe renoknmée pour ses pfttnrages aromatiques. Cliâlesa<>d'Oex ne fut pas étranger i divers troubles qui suivirent cet événement. Berne devint médiatrice^ protégea et affranchit Ormoni-des- 80U8. Coramo il se joignit à ses voisins du Pajsd'£nhaut pour descendre sur Aigle * occupée par tes Lombards de Charles-le-Téméraire, la guerre de Bourgogne a couvert d'un même voile d oubli Tinsurrection nationale de la plaine et de la montagne du Pays-d'Aîgle. Le seigneur de Torrens^ un des nobles naguère châtiés par les bourgeois^ oubliant cette leçon sévère^ avait reçu deux cents Lombards pour les faire passer au duo. Son château fut pris^ brûlé ^ et lui chassé de nouveau. Alors^ le grand évène-
' U y wêii peo d*Mmtié enlre Im h<wiiii«t d*Aigle et cent dHIrnent » qpi s'étewit plut d'âne foie rencoatréecamaMi» condniianl leurf Iroopeaiii dani des pâtareget ditpoléi.
inenl effaça le pelil. Ou ne parla plus du pré* mier eSori, lo second ayant été définitif^ et ceux qui avaient essayé Tau Ire s^en étant peutêtre aussi trop vite contenté. L'espèce d'état provisoire qu'on entreverrait dans le sort de cette contrée, n'a rien d'étonnant, tant que la guerre de Bourgogne n^ëtait pas â son terme. Dès qu'elle y fut parvenue , le provisoire prât fin $ Berne organisa, et il sembla bientôt que rien ne s'était fait avant ni sans elle
Celte manière d'envisager la réunion du Pays-d' Aigle au canton âe Benie est londée sur les traditions populaires, et sur un mémoire de M. le juge Veillon , dont il y a an eiLtrait 4aQS les MSC. de Rachat (Bîbl. Bridel). Ce mémoire était connu de Welleville (H. de li Gonf. Mvét., T. I, p. S35, n.)» et, par eelal-ci, de Moller (L. IV, ch. 8, ». S80) : ni fan ni Ftiilri ne le répudient epitiéffr ment, lïptre grand hûtorim te bornant à reléguer te bit principal en rang d'nne drconatance eccetieire, {âge cependant à propoe de le mentionner exproMément. Mali H rapporte à la guerre de Bourgogne tont ce qui ragarde l*«pnbion des noblea » fai part qn'y prirent loi hommea dn Paya-d'Enhant» lenr droit à ae plaindre de Jlerfie e| 4 tire indemniséa par elle. Koiia croyom q[«e Uwt ne ae fA point alora , qne tont ae coodut aenlement, et que lea cineonir lances laissèrent Berne à*pan-près maîtresie de conduire comme ellevoolnt; parce que la guerre générale, recueillant les fruits semés par une insurrection populaire aidée d'un voisinage de Uvjberléf vint donnar à le protection l'air d'une conquête pn» an moinSj d'nne occupation nécessaire. Le mémoire en question s*ex< prime trttHOUTcrtement sur la révolution du Pays-d' Aigle en ikSk» al comme appuyé de documents posiliff. Nous ignorons s*i) en existe; maia c*eatla tradition surtout qui -a ici une importance et une force qu'il serait difficile de rejeter. Ainsi» le cb&teaa de Dnyn» selon elle, a été détruit par les paysans irrités de
La Guerre de Bourgogne eut sans doute ses
raisons parliculièrcs, des loris du momeul, des jalousies, des haines, des veogeances personnelles, et, â noire avis, cbes les vainqueurs, une ambition bien calculée. Mais çlle eut aussi sa raison générale, vaguement aperçue des contemporains qui en çlaicnl pour ainsi dire à fleur 4'eau, saillante pour nous que le flot -où ils passèrent a jetés après eux sur le bord: ce fut d'être le dernier et le plus terrible combat de la féodalité contre les communes, deTespril seigneurial conlre l'esprit bourgeois. Les seigneurs et les princes inférieurs avaient le sentiment du péril où les acculait le mouvement communal, dont les rois, au contraire, étaient alors en mesure de se servir. Ainsi pressés entre la royauté d'une part et la bourgeoisie de l'autre,
droits rigoureux; enlr'aulrcs de celui du rude bâtons car le seigneur ayant voulu s'approprier un beau cheval de labour par ia seule raison qu'il lui avait plu^ ce fut un des griefs; (voy. aussi p. /Uf&). Quant à Aigrement, la tradition en est célèbre parmi nous ; et les {^ens de la Forclaz lui rapportent l'origine de leur droit de propriété sur la montafi^ne de Perche : rien n'est plus connu. D'ailleurs, comme le fait observer l'auteur du mémoire, dans Tacte d'aiTranchissement d'Ormont (Nov. 1&76), il est dit que ce peuple s'était donne aux Bernois depuis long-temps. Enfin , il est à remarquer que Muller, se tenant bien sur ses gardes , ne l'ail point descendre les montagnards contre le bourg d'Aigle» mais contre son cbàteau et le seigneur de Torrent.
ils livrèrent bataille. Charies-le-Tëméraire, vrai type du seigneur féodal avec ses qualités et ses vices, était ^ eu même temps ^ le gros pilier de la féodalité restaurée par sa maison d'une manière factice mais formidable, et le premier des priaces non rois. Mu par Louis XI, qui se jojuait de sa témérité et ne voulail être que fin diplomate sans se mettre eu souci de chevalerie, il fit la guerre à deux des plus grands peuples de communes que le moyen-âge eût formés , aux Flamands et aux Suisses. 11 eut pour lui tous ces fiers seigneurs qui , trop puissants pour consentir à s'égaliser, et pas assez pour se suflfire à eux-mêmes comme aux temps de leurs pères, sentirent plus ou moins grossièrement de quoi il s'agissait : dans THelvétie romane les Châlons, qui possédaient Orbe , Grandson 9 Ecfaallens ; et le Baron de Yaud , Jaques de Savoie, plus résolu cajpitaine ( ainsi l'appelle un historien ) qu'expérimenté, car, au lieu de ménager la destinée, il la précipita, joua sa fortune d'un seul coup et 9 quand il l'eut perdue, finit comme un intrigant \ 11 est vrai que sa situation, au voi-
' Eotré, après sa ruine, au service de Tempereor MasimilieD , il s'avisa, dans sa vieillesse, de vouloir regagner par les armes populaires ce qu'elles lui avaient fait perdre , et devint le chef d'une émeute des Gantois contre son nouveau patron. Mais rlle réussit mal , et il mourat disgracié (1&86). Guicli. , U. généal , Il , 102.
sinage même des Suisses^ après ce qui s*ëtail passé et ce que Ton pouvait prévoir^ était de toutes la plus dangereuse el la plus glissante. Le comte de Neuchâlel, Rodolphe de Hochbcrg, sut pourtant s'en tirer , quoique , les Confédérés eussent aussi des projets sur sa portion de PHelvétie romane, comme dans la suite ils le firent bien voir. Vassal des Châlons, il laissait son fils h l'armée de Bourgogne et, auprès de ses combotirgeois des Ligues^ se répandait en lamentations sur ce qu'il ne savait comment le rappeler. Le vieux seigneur avait ainsi une porte sur les deux camps \ Il formait ses sujets à une poli-»
*■ «... Le comte Rodolplie tvaît pris malgré loi le dsr parti de laiMer aon fils unique et bien-aimé entre les mains de Gharle « comme Torgane le pins propre à plaider sa cause. > (Boyve» tndigénat Helvétique, Neudi^lel • 1778» p. 65.) « . » .Le seigneur comte Rodolf alla prestement en la ville de Berne : il dict . , . que son entant Philippe . • • ne pouvoit si test rctorncr par deçà sans faillir contrecœur et raison. > (Cbron. do Chapitre de Ncuch.tap. Boy ve, il) p. 225). « Ëtaioutant, que pour preuve de ses intentions et de sa tidélilé envers ses alliés de Berne et de Soleure» il venoit leur remettre jusqu'à ]a fin de la guerre ses seigneuries ... et même son comté et ville deKeuchàtel. > (Bcyve, p. 66.)~-Il savait bien qu*il ne donnait que ce qu'on allait lui demander. — Une autre chronique explique ainsi la chose : Le comte RodoU « ne voulut accepter laditte charfçe en son nom (celle de gouverner son Comté pendant la guerre) disant pour autant qu'il avait plusieurs terre* et seigneurie* riére ledit due de Bourgogne. » (Chron. delà Guerre de Bourgogne , ch. Bô). —>«... de tout quoy iut grandement loangé le sire comte, par contemplation que sa besongne estoit ardue et riscqueuse des deux parts. (Chr. du Chap. de IN., ib, p. 225).
J'indiquerai désormais sous ce titre : Chronique de la Guerre de
tjque oit ils oui dès lors fait merveille. Recon*
naissons loulefois que, si les Noucliàlelois durent à leur prince cei arrangement d'une double issue sans laquelle il n'est point de bonne sécurité^ ils se comportèrent vaillamment^ s'aidèrent a défendre leurs passages et leurs frontières, prirent part dans toutes les actions ainsi que dans le bulin, et perdirent un homme â Morat \ Au surplus ils ne furent pas les seuls du Pays-Romand qui se trouvèrent parmi les vainqueurs à ces grandes batailles : il en était venu du Seeland français et allemand , de Morat, du Yullj; le
BourgagMt «ne chronique composée eiusi par on ami desSnîjsea, proliablement i Neucbltel , mais qui ne me paraît point la même que celle do Chapitre , dont £. Boyre a inséré dans son Indigénat Helvétique ( p. 176) le beau fragment bien connu commençant ainsi : A grandes ekevaueh^ê venait le due Charie»* Ces deui chroniques diffèrent toujours, au moins pour le style, là même où eUes sont d'accord et où elles marchent côte à côte. Leurs récits de la bataille de Grandson et du combat de la Broie (voir plus bas , p. 7At) n'ont aucun rapport de composition. J'ignore pourquoi Muller, qui s'est beaucoup servi 'de la première, et le Getchtektfonehcr Ta publiée (t. Vlll) , les confondent sous le même nom. Celle que je dislingue des fragments de Boyve contient plusîeura détails sur le Pa} s-de-Yaud. Planlin l'avait lue : c'est le vieux manuscrit qu'il cite p. 236 de son Abrégé. C'est aussi le manuscrit Muttach de Watteville (I » 854 , S40) , lequel le tenait d'un baîlli d'Yverdun de ce nom. Sinner en donne un extrait qu'il se con« tente de rapporter à un auteur contemporain ( Voyage, I, 284). — Les chapitres cotés en note sont ceux d'une copie msc. dont je me suis servi, déjà mentionnée p. 389, n. 1.
* Chron. du Çbap. de Neuch , ap. Boyye, 177. — Ib. , 197.
comle do Gruyère, baron d'Aubonne, y était avec
les siens; et loul porle à croire que du Pajs-de- Vaud, d'aulros commuDes^ Payerne surtout » y avaient laissé courir de leurs compagnons Plu* sieurs étaient partagées : le comte de Komont ne méritait point que sa Baronnie se tournât contre lui, car il s'était montré animé onvers elle du même esprit de facilité que ses prédécesseurs; elle ne pouvait lui reprocher que de l'avoir jetée dans cette déplorable guerre» d'ailleurs im'minente dès long-temps. Les places ou ce sei* gneur et sa cause avaient la majorité, tinrent bon et illustrèrent leur défaite; la résistance d'Estavayer, celle du château d'Orbe, sont aussi glorieuses qu'une victoire ; et, s'il leur en manque le prestige, elles font couler des larmes qu'une victoire n'obtient pas toujours. Mais, dans les autres cités, â Morat, à Payerne , â Moudon, un parti suisse nombreux ouvrit les portes. Notre patrie n'était point en cause dans cette guerre, elle ne pouvait y être qu'en jeu. Petite confédération de républiques sous le patronage d'un seigneur étranger, â qui se joindrait-elle dans ce conflit de deux puissances qui Pentratnaient toutes deux P elle ne put que leur être un chemin
' Chr. de ia G. de Bourg-, siège d'£«tavayer,elc. (voy . plus bas).
pour 86 mieux saisir : ce fui là son rori ; et pour la Suisse^ avoir un tel champ de bataille, ai facile et si bieu nelloyé, c'élail déjà la victoire. Le rôle du paya fut donc ayant tout celui d'un spectateur et d'an patient. On le voit disparaître sous la Coule bigarrée des soldats de toute nation , Flamande, Lombards, J^ieards, Savoyards et Bourguignons, j^etés en garnison dans les places ou tenant la campagne ' : et a Tezoeption de quelques faits isolés, de la part plus active que prit la noblesse à la guerre^ de la résistance des cités aristocratiques telles qu'Yverdun> et des services
* Waller. , I» 98S, n. /. ^ La Gliroii. 4e It Gmrre à% Bourg, ne dit iamab que le Payt-de-Vaud, comme état, se aoU mêlé à la guerre. Cest telle yille » tel particnlier, pkuieufM grands $ngnewrê et noàieg de Saeofe et du Paye-de-Vaud eelon la phme la pivs ({é* nérale o4 die le fasse Intervenir comme parlie belligérante. Elle afiecte 4e dire : te comte de Bornant , ajontenl seulement* pki§ haut ae^iwttf* 4a Pajs*-4e-Vaii4 ; et l*oiage, qui n'eti souvent aYcagle que pour avoir trop bien vu , s'exprime toujours de même. Enfin» une chose à remarquer: la collection 4e Grenus* qui apour» tant épnisé les archives 4e villes alors 4n parti 4e leur seigneur, ne contient aucune charte où le Pays-4e-Vatt4 soit invité à cette guerre* comme il l'avait été» par exemple, contre le Valais et Fribourg; elle ne renferme que quelques expo;és des maux souflierts. — ITéproavéra-t-on point d'intérêt k la vue 4e petites forteresses qui* alMn4onnéesA moitié, et avec une cause indécise, ne craignent pas de résister à un ennemi aussi supérieur en expérience et*en noiiibre?Dans une situation analogne» si elle devait se reproduire* il ne serait besoin de souhaiter au canlon de Vaud que moins de bonhomie et plui de bonheur.
que ren<fif6iil aux Cmtédéréê oellet qui se tournèreat vors eux, telles que Moral, ce n'est pas lui qui oombatlil alors; il ne fat obargé que de souffrir. Les Suisses nous imposèrent un baptême de aang, avaut de nous donner le nom de frèvet^ D'autres, a leur entrée dans la Confédération^ appendirent à son faisceau Içura enseignes irioBir pbantei ; de noua on ne youlut qu'un linceul.
Les malheureux et lea iaiblea meurent dana foubli* Qu'on laisse au moins leurs fils pleura sur çette destinée ! Mon récit n'est ppifit appelé â se dire Técho du cbant des vainqueurs , ni à suivre partout leur armée : il reçoit le soupir de ceux que les combattants foulent aux pieds sans les Toir, et penché sur la terre, ne reflétant tii l'auréole de la gloire, ni ses taches éblouissantea^ il ne traîne après lui que Pombre et le deuil.
Les Suisses avaient alors pour maxime celle de tous le;s hommes qui ont jamais entendu quelque chose à la guerre, savoir, qu'z7 vaut mieux pré^ cenir que d'être prévenus ^ Aussi, les fameux charriots de peaux de moutons u'avaient pas encore été enlevés â Morges, que lea Confédérés portaient déjà le fer et le feu dans PHelvétie vau-
* Chr. de la G. de B. « ch. ih, Presque ioulce qui suit en est tiré.
doÎM. fin belle ordonnance el bien fournis d'armes^ d'arliilerio el de munitions , ils parcouraient les bords el Tinlérieur du Jura, Grandson était occupé par un de leurs capitaines^ Champvent^ Montagny en flammes. £t ils arrivaient devant . Orbe» ensâgnes déployées. Ceux de la yille leur vinrent au-devant^ présentèrent les clefs ^ domandèrenl merci. Le bruit et le tumulte de leur entrée réTélirent â la garnison du château ce qui se passait, fille était composée de trois ou quatre cents vaillants bonunes : le grand capitaine messire Nicolas de Joux les commandait. Un héraut les somma de rendre la place $ on leur promettait de les bien traiter. Us répondirent ainsi par la bouche de leur chef; c Ne croyez pas que le mo« t ment de nous rendre soit sitôt venu : l'artillerie, cla poudre^ les boulets et les vivres ne nous c manquent pas; et nous sommes déterminés à c mourir (dnidt que de dire comme ont fait ceux « de Grandson. » Sans plus tarder ^ ils se mirent a tirw contre la TÎUe^ qui s'alluma en plusieurs endroits : dix-huit maisons furent brûlées. Irrités de cette noble réponse et de ce ferme Touloir, les Suisses commencèrent l'assaut^ TiTement, de tourtes parts. Les uns taillaient et rompaient les portes à grands coups de puissantes hadies bien tranchantes; d'autres arquebusaient contre les murs. Ceux du dedans faisaient bon usage aussi de leur
«rlillerie el de l'arme nationale ^ les arbalètes et les arcs; en .même teinps, ils jetaient des pierres et des poutres qui écrasèrent ou blessèrent plusieurs ennemis. Us se défendaient ainsi t vaillamment, et comme gens entendus â la guerre ». Les contemporains ne croyaient pas que ce César dont il âait tant parlé, eût jamais fait en si petite place plus rude assaut. Ceux qui étaient aux portes, frappèrent long-temps en vain sur le chêne hérissé et bardé de fer; à la fin l'ayant entamé, une partie fut mise en pièces ce qui lit une ouver* ture, mais par où les assaillants ne pouvaient passer qu'un à un : à leur tête, et l'un des plus furieux, parut le bourreau de Berne, qui, entré le second^ fut tué dès Tabord; il passait pour l'un des vaillants hommes de l'armée, et « Messieurs de Berne, est-il dit, furent bien marris <le sa mort ». Insensiblement rouvert ure devint plus grande et les assaillants plus nombreux, entrant les uns avec des haches, les autres avec des épées et des hallebardes. Us commencèrent alors le massacre : les premiers qu'ils purent atteindre dans la cour et sur les degrés, furent égorgés , et d'autres, tombés en d'autres mains, jetés du haut des murs. Le reste se retira dans les corridors, dans les salles, dans les greniers et les tourdlesj combattant pied â pied^ au jour sur les dalles ruisselantes, ou au fond des recoins obscurs illuminés soudain de réclair des armes et bientôt retentissant
dans l'ombre do la chute d'un guerrier. Ils furent poursuivis, débusqués, traqués > précipités Tivants par les fenêtres et par les créneaux > dernier refuge pour un dernier combat. Le chef, s'élançant avec les gentilshommes et quelques soldats, gagna le donjon assiégé aussi par les flammes. Il y avait une heut*e que ce faible reste se maintenait lâ-haut, et leurs bras donnaient encore la mort; quand une porte dérobée a laquelle on n'avait pas songé , livra passage aux Suisses, et les amena sur une saillie élevée, d'où ils se trouvèrent dominer la petite troupe invincible. Le capitaine les attendait, comme un homme qui avait assez exposé sa vie pour croire qu'on la pouvait maintenant respecter. Ils lui fendent la tête. Accablés aussi par le nombre, ses derniers compagnons sont lancés avec lui par dessus les murs ^ Le vainqueur aurait dû faire au moins grâce a leur mémoire; mais sa fierté ne voulut voir dans ^leur héroïsme que
* Cest là ce que les Suisses oommaient apprendre à voler joi» âitee, sauvage plaisanterie qui devint le bon mol obligé de leurs chants de guerre et de leurs récils. Yoy. Schilling et Yeit Weber. — Ghr. de la G. de B. . ch. S, 9. Mnll. , L. lY» ch. 8 , n. Itô-ISS. . On lit dans une note latine du Journal msc. de Pierrefleur, f. SI,
i^. (Arch. cantooales): « erant lam milites ( theeàliers) quam
nobiles viri fere trigintaqni tuerunt sepuiti in cœmeterio S. Marlini prope Orbam» escepto nobili Nicolardo de Joux Domino de Ckstro-Billano qnj sepnltus est in ecelesia S. Clarae d<^ Orba. *
c mauvais conseil^ grand orgueil^ el foUe outrecaidance >•
La seigneurie Taudoiae des Châlona ainsi occupée^ avec elle le passage de Jougne qui achevait de fermer le pays, les Confédérés revinrent en arrière, et^ passant l'Orbe , firent halte â Yverdun , où il leur fut servi du pain el du vin. Puis, traversant le lac, ils tournèrent droit a Payeme el y furent reçus avec grand' joie , car dès long-lemps elle voyait en eux des alliés et des amis qu'elle avait accompagnés dans tontes leurs batailles et leurs guerres £stavayer leur fit honnête accueil, mais plus par nécessité qu'autrement. Aussi bientôt se trouvèrent-yi^ de nouveau sous ses murs, mais cette fois en ennemis.
1178 On était an oommenoemeni de Tannée : quand les blés furent moissonnés , les foins coupés , et les troupeaux redesoendus des hauteurs, les Gon*
fédères rentrèrent en campagne. Le comte de Romont prenait une atiiiude toujours plus hostile. Le dievalier Pierre de Gingins , seigneur du Gbâtelard, suivi de ses trois fils, avait enlevé des marchands suisses, a l'auberge de TAnge, i RoUe , d'oii le châleu de Beauregard qui élève ses masses noires sur la rive opposée, devint
* Chr. de la G. de B.« ch. i% : « «... allirent tonjottrs ceu de Payema et batailles et guerres ara les susdites alliances. »
leur prison. Enfin , les .Suisses ayant envoyé reconnatlre f état de leurs garnisons (car ils on
avaient laissé derrière eux), celle que> de son côté, le comte de Romont tenait au château des Glées, épia et faillit prendre leurs députes , qui , vu rétat des choses, pouvaient bien aussi passer pour des espions. Ça et la se réveillaient les vieilles haines contre ces Allemands, si souvent aggresaeurs et, de manière ou d'autre, toujours multipliant cl fructifiant parmi le pays. Berne n'hésita plus. £ile dominait dans les Alpes, venait d'etfrayer le Jura; il ne lui restait qu'a traiter le centre comme elle avait traité les bords : ce plan était trop bon, et fut trop biea^ suivi, juaqn'à son entière exécution qui prî| soixante animées ^ pour qu'il n'eut pas été concerté et préparé dès longtemps. Berne rassembla donc ses gens de guerre et ceux de ses alliés; cela se fit san§ donner grand éveil. S'étant mis en marche de nuit, et le plus secrèlemeul possible^ ils arrivèrent, au tomber d'un jour d'automne^ devant Morat, qui les avait galamment défrayés quelques mois auparavant. Il faisait sombre et il pleuvait. Qui fut bien ébahi P dit la chronique : ce furent les gens de Morat, quand celle troupe, débouchant de Tobscurité» leur demanda de se rendre, vu qu'ils étaient de la seigneurie du comte de Rbmont. Mais^ la vieille amitié de cpmbourgeoisîe avec
Berno cl Fribourg! on n'en avait plus souvenance^ quoique Moral n'eût rien commis qui piil la faire oublier ni violer. Un cciiyer, nommé de la Vignières répondit au nom des capitaines et châtelains^ qu'ils ne pouvaient rendre la place que la ville et tout le paj-s n'en fussent informés. On ne voulut leur accorder que le temps qu'il fallait pour une promple décision. La commune s'étant réunie, la majorité surprise à bon droit de ce prompt changement d'amis en ennemis^ fut d'a« bord pour tenir ferme. Mais les Suisses avaient un parti actif et puissant : c'étaient tous les Allemands de la ville ou de son territoire, dans lequel les deux races sont entremêlées. Ainsi gagnés d'avance et se sentant soutenus , ils allaient partout semant la discorde, jetant du refroidissement, dépréciant les moyens de défense, exaltant la puissance des Confédérés, et réveillant à propos cette ancienne amitié qu'une violence imprévue irritait mais n'éteignait pas. Toute la population, hommes et femmes, s'étaient rassemblés, et disputaient à grand bruit, sans parvenir a s'entendre. Pourtant , on voyait bien que Tavis d'une reddition remporterait. Les deux partis se trouvaient séparés par un petit ruisseau ( un ruz en langue
* Aiiui écrit Muller ; (a Cbr. de la G. de B. . dani le MSGdont je me lers : de la Vigière ; Plantin : de ia Vigny»
romande). Gril y avait la un gentilhomme^ nomme Richard Rose (ou Rofisel)* dont le cœur était tout à son seigneur : il voulut passer delà le ruz, afin de se joindre aux partisans du Comte ; iuais ainsi qu'il s'y apprêtait » il tomba, sans doute du chagrin et du saisissement de ce qu^il voyait *. On dirait que cet accident, envisagé comme uu augura i ait hâté le dénouement en faveur des Confédérés. Âussi^ bientôt Ton vit sortir à cheval, loui armé, La Vignièrequi criait aux bourgeois : € Faites-moi place, que jo m'en aille ! A Dieu ne « plaise que je me rende, ni que je renonce à mon c prince ! » Les rangs s'ouvrirent , et , chevalier plein d'honneur, il sortit de la ville, où il laissait femme et enfants* Les câpitaines suisses garantirent à Morat ses franchises. Elle ne résista plus. On s'adressa ensuite à la petite ville de Cudrefin, qui attendait tristeikimt sut* le rivage solitaire Ses habitants ayant plus la mine de vouloir se
* Il « vottlait pt59er de là le rus qui était entre ceux qoi teneieni le parti du comte de Uumond, et ceui qui tenaient le parti des dite* alliances ', lequel ainsi qu'il cuida passer le dit ruz pour aller de la part du dit comte, tomba à terre. » (Chr. de la G. de B « ch. 18). Muller dit qu'il mourut. — Cet endroit de la chronique est aisea «bscur» j'espère ne ^as m^ètre égaré.
^ Son nom {Curlefin » dans les anciennes chartes» ce qui rend l'intervention du celtique inutile) exprime cette situation isolée au bout des espaces cultives.
sauver que se rendre, elle fut abandonuée a de nouveaux arrivants venus des bords du lac de Bienne : iU avaient fail le projet de lui courir 9U9, eusorle qu'une nuit ils la pillèreul très* ver tueuse* ment» et emmenèrent du bétail â plaisir Cadrefin reconnut la faute qu'elle avait commise de chercher un autre exemple que celui de Morat. Avenche et Payeme pensèrent de même : elles envoyèrent leurs clefs. Leurs libertés furent maintenues. On mangea et but ensemble. Tout parais* sait arrangé d'avance^ et vouloir glisser sans difficulté.
Estavayer prit un parti moins sage, mais plus vaillant. Assise au bord d'un lac, et voyant derrière elle une longue suite de champs fertiles* cette ville avait trouvé une nouvelle source de bien-être dans la fabrication des draps. Les bour^ geois} sommés de se rendre, en conférèrent avec l'un des seigneurs du lieu, Claude d'Estavayer» qui était en même temps capitaine du château, et que son grand cœur ne distinguait pas moins que sa haute stature et sa rare beauté. Ils furent
* ... firent très-bien leur devoir au dit pillage. » etc. Ghr. de la G. de B. , ch. 17. Je regrette do ne pouvoir pas en donner des extraits plus fréquents dans les notes ; mais elle fait partout le fond du récit. La plupart des détails se trouvent aussi dans Mulier que Barante se borne souvent à traduire.
lous d'un accord, pour répondre qu'ils avaient un bon seigneur dans le comte de Komont qui s'était déjà occupé d'eux et ne lés abandonnerait pas : qu'ils ne se rendraient donc point à Messieu rades Alliances, ils y étaient résolus, quoi qu'il leur fut dit et fait; qu'au surplus ils ne les craignaient guère. Une décharge de leur petite artillerie fut' leur seule réplique a une^ seconde sommation. Les Suisses jurèrent de tout mettre â mort. Ilss'ayancèrenl au milieu des coups de serpentine» et de coulevrines qu'on leur tirait des murailles, et enireloppèreut celles-ci de toutes parts en grandediligence, afin, s'il était nécessaire, d'intercepter jusqu'au moindre secours. Mais les munitions ne^ . manquaient point, e% les dernières récoltes avaient; rempli les caves et les greniers. Trois cents hommes de Nyon, Tenus récemment avec la bannière de leur Tille, renforçaient la garnison de la place, où, d'ailleurs, on s'était jeté en foule do Cudrenu et d'autres lieux, chacun aTCC ce qu'il possédait de meilleur. Bientôt on entendit les haches résonner sur les portes ; les arquebuses et les canons trouaient ou dégarnissaient les murs. Mais a ru« dément assaillis, ceux d'Estavajer se défendaientfort menreilleusement 1». Les ennemis, serrant la ville de plus en plus, portèrent du côté du lac leur principal effort : un soldat de Payerne en donna le conseil, car de vaillants hommes de cQïliy,
commune s'étaient joints aux Confédérés^ suivant la TÎeille habilade de leurs pères, et comme il
s'agissait d'une ville rivale^ dont ils connaissaient le fort et le faible mieux que personne, leurs di* rections ne furent pas sans résultat. Un iucident imprévu vint encore servir les assaillants. Quelques-uns des soldats de Nyon et des fugitifs de Cudrefin, épouvantés de la fureur de l'assaut^ s'étaient glissés en bas et sauvés par le lac* Les cordes qui leur avaient servi d'échelles pendaient encore aux murs. Plusieurs des as* siégeants y montèrent , tandis que d'autres en-» fonçaient une porte située de ce même coté« Ils entrèrent ainsi, criant: Ville gagnée 1 et vivent les Alliances ! Bourgeois, fuyards du voisinage, soldats et capitaines, tombaient sous leurs €oup8« Claude d'Estavayer fut tué : les gens de guerre venus de Myon perdirent leur bannière, et mou^ rurent sur ce rivage^ qui reçut leurs adieux en place de celui où ils étaient nés. Personne n^obtint de merci. On fit la chassé de ceux qui se sauvaient. Tout fut hache et chcrplé selon l'expression naïve et terrible du chroniqueur. On voyait le bourreau de Berne, l'épée a la main, courir dana les rues après les blessés, et leur couper la tcte, jusques sur le seuil de leurs demeures. Six-vingts homnoes s'étaient renfermés dans le donjon : il fallut qu'ils se résignassent â passer par le tran-
chant du glaive; puis ils furent précipités du haut de la tour. Douze hommes de la ville s'éuient cachés dans les caves et d'autres lieux secrets do leurs maisons. Découverts, ils furent enchaînés Tunalaulre, amenés devant les capitaines, qui les livrèrent â rexécuteur pour être nojés. Les patients^ ayant oui cette sentence, se mirent a pner^ et à recourir â Notre-Dame de Lausanne, en laquelle ils avaient grande dévotion. Puis on les jela au lac, liés tous ensemble, el avec eux plusieurs encore dont les vainqueurs avaient grossi leur proie. Il restait à noyer onze soldats de la garnison : l'exécuteur les ayant attachés à une corde, alla un peu en avant, et les poussa dans EéAUi; mai&la corde rompit: ceux qui purent s'échapper à la nage, trouvèrent grâce. Ce trait de pitié pesait aux Suisses; pour le faire payer a quelqu'un , ils tuèrent le bourreau maladroit. Apres le carnage vint le sac et le pillage, au milieu d'eniauts orphelins, de veuves récentes, pleurant, priant et sanglotant. On trouva une si grande quantité de vin el de blé que non seulement on le vendit a un prix très-bas, mais qu'on finît par le donner pour rien. De Berne, de Fribonrg, de Payerne, de Moral, par terre ou par eau, avec des^ bateaux et des chars, on se rendit â la curée : tout fut pris et emmené. Enfin, on mil le feu au château ; les meubles et les bagages entassés dans ca
refuge de la contrée^ furent pillésetdélruits. Le massacre iiiii , il ne 8e trouva dans la ville qu'environ dix ou douze bourgeois Quelques autres^ ssns doute , s'étaient sauvés par le lac^ avant Tissue falaie. La tradition n*eut donc pas grand'chose â inventer pour rendre ses récits plus saillants : suivant elle^ ce cinq ou six jeunes garçons ajrani pris^ au milieu du tumulte et de l'effroi^ une des nacelles amarrées sur le bord, gagnèrent sans peine Grandson^ dans un pays où chacun est un peu pêcheur et batelier. Ils f urent très-bien accueillis^ et ce sont eux qui repeuplèrent leur ville natale; de la vient qu'aujourd'hui encore les bourgeois de Grandson appellent ceux d'Estavajer leurs eiiymiê »• — Ainsi fut traitée une commune^ alors Taudoise et florissante , dont on ne manqua pas uon plus d'accuser Toutrecuidauce et l'orgueil* On voulait « qu'elle fôt mémoire aux autres villes pour le temps â venir » *.
n s'agissait de terroriser noire malheureuse patrie, que les Suisses attaquaient en masse solide et qui, d'ailleurs a moitié gagnée d'avance, ne se défendait qu'en détail. Lorsqu'on sut à Moudon
* Chr. de la Guerre de Bourg. , ch. 22. — ^ ^j, 20-24. — Schilling, ap. Sinner, Voyage etc. I, 28S. - Mull., L. IV, cb. S, n. 345, 3tôb. ~ Kuenlin, Dict.
le Urailement fait â Eslavayer , celte ville envoya
ses clefs > demanda^ en son nom et en celui do tonl le Pays-de-Yaud, la confirmalion des anciennes et nouvelles franchises > et Tobtint, moyennant une somme dWgent. Puis on marcha droit a Yverdau : tout ce quartier^là tenait fort et ferme pour le comte de Romont son seigneur. L'avantgarde, occupant le faubourg appelé La Plaine, y attendit le reste de l'armée; celle-ci se logea tout alentour des hautes murailles, dans ce bassin humide et riant ou la ville est assise. Yverdun avait récemment souiTert de plusieurs désastres : presque entièrement détruit par un de ces incendies qui ne nuisent pas toujours â la beauté ni à la prospérité d'un endroit, les eaux venaient ei| outre do lui causer beaucoup de mal. Une succession de jours pluvieux firent déborder la rivière et les marécages ; plusieurs maisons s'écroulèrent ; deux tours de rhôtel-de-ville qui servaient d'arsenal, mi- • nées par les flots, furent renversées de fond en comble. Les Suisses aimaient peu cette (ièrecoilimune, et n'étaient pas sans inquiétude sur le parti qu^elie allait prendre. Elle répondit par la harangue ordinaire, en demandant d'avoir jusqu'au lendemain pour prendre conseil : ce qui lui fut accordé. Les 0>nfédérés, logés dans les faubourgs, ne se firent pas scrupule de s approcher des portes, n'ayant, en apparence, aucune mauvaise intention. Ce^
pendant, malgré la Iràre, franchiasant une
longue chaîne de fer tendue au travers de la Thielle et do pont^ Us étaient sur le point d'entrer dans la ville, lorsque plusieurs coups tirés des murailles où Ton était tout prêt à les receToir, les forcèrent d'abandonner ce dessein peu honorable *. Bientôt arriva le seigneur de Yalangin, grand ami d'Yyerdun , qui fut bien réconforté de sa venue. Il arrangea que la ville se rendrait, paierait une certaine somme et fournirait des étages. Mais elle continua d'être suspecte, et, ne perdant pas tout espoir, elle attendait . Aubonne devint alors le gîte et le quartier-général des Confédérés, celte baronnie appartenant à leur allié le comte de Gruyère : quelques châteaux furent pillés, d'autres épargnés, les seigneurs ayant des relations plus ou moins étroites avec Berne. Enfin, Tarmée, grossie de nouveaux arrivants^ prit le chemin qui s'enfonce dans la gorge mélancolique où se dressaient les énormes tours de l'antique cbAteau des Glées, théâtre de plusieurs scènes variées de notre histoire: la plus terrible lui avait été réservée pour la dernière. Les
* « . . . force leur fut de reculer. » Cbr. de la G. de B> , ch. iS. Ce B'ett pas le mqI trait que HoUer ait adouci. Dans son enllioa'- •iaaiBe pour lea ▼aîiMiuettra, il ne ae montre pas tonjoura bien généreux envera d'oliâcurea aouflrances, qu*unmot de lui pouvait rendre à jamais sacrées. — SorTverdnn, en ces temps, Grenus/Doc.f K*'49.
Suisses voiilaieat se venger do la garnison ; ot puis» elle occupait « un grand passage , qu'il fallait avoir ». Pierre de Cossonay la commandait. Il répondit qu'ils ne se rendraient qu'autant que leur sûreté serait garantie : mais ce n'était pas rinlention des Confédérés. 11 y avait une telle disproportion de forces , qu'on ne pouvait craindre de longue résislancc. Quand les assiégés Tirent la pl^ice gagnée, les uns sautèrent par dessus les murs et se tuèrent; les autres montèrent précipitamment â la grande tour du donjon, où plusieurs de ceux qui ne tombèrent pas sous les premiers coups do Tennemi furent éloufTés dans la presse. L'assaut terminé, les vainqueurs se trouvèrent en possession d'une soixantaine d'hommes encore en vie. Pierre de Cossonay était du nombre, avec son lieutenant et une vingtaine de nobles ou de chefs* Us offrirent en vain de l'argent et de For pour leur rançon le capitaine pour obtenir un confesseur. Pierre de Cossonay avait un valet allemand, grand et bel homme comme son maître; ces deux circonstances lui firent trouver grâce auprès de ses compatriotes, chez lesquels on reconnaît en cette occasion ce farouche et brutal
^ t II leur fallut passer le pas, dont ils tarent melIeiicoUeiii. » Cbr. de U G. de B. » cb. V,
orgueil de leur race qui ne fail que de s'éleindre aujourd'hui ^ Mais les Suisses ne donnaient rien pour rien. Comme^ depuis Eslavayer^ il leur manquait un bourreau , ils offrirent sa place â ce jeune homme^ s il iroulait échapper à la mort. Ce même soir, les télés du lieutenant et de quatre autres roulèrent sous son glaiire novice. Pierre de Cossouay y apporta la sienne le lendemain matin : et il ne fut pas seul non plus pour mourir.
Toute la lisière du Jura était gagnée. Il ne restait que celle du Léman et les gradins qui y conduisent. Douze â treize cents hommes de
Myon, de Coppet et d'autres lieux avaient élc placés en garnison dans la Tille et le château de Morges. La terreur fut si grande^ à la pensée do la malmerci ' des Suisses , que soldats et bour-
* Même cbr. » Oa Toit , par plot d'un exemple , qiM le» TeuiêekB regardaient encore les Wl^cbe comme leurs emiemis naturels* Halwyl, à Moral, fit appel à ce sentiment pour encourager ses {juerrSers : Teuische Jûnglinge , wcitlt ihr den IV tlschen eure Gelieb^ ien ffrmg gebeni' (VLaïler, L.V, ch. I, n. 326). Les Suisses prêtesdirent aussi que le comte de Romoat avait donné ordre de massacrer tous les Allemands qui se trooveraieiit dans le Pays-de-Vand (id.,L.lV,ch.S,B.3J6}.
^ C'est ainsi que, trente-cinq ans auparavant, les Zuricoîs» ayant sn rapproche d'ital Reding, s'enfuirent , saisi d'une terreur pa-
geois, prenant ce qu'ils purent emporter ^ s'enfuirent le soir^ laissant là leur souper qui était prêt. Néantnoins il j était demeuré les a anciens et sages de la ville qui vinrent au-devant de larmée yictorieuse et eu furent reçus amiablement. Il existait moins de relations avec les Suisses et plus de haine de leur nom, â mesure qu'on s'éloignait de leur frontière pour se rapprocher do celle de Savoie. Genève les baissait fort : aussi lui en coùta-t-il davantage pour se racheter. A Lausanne, bien que la querelle ne la regardât point, il semble qu'on eut fait, â tout hasard, des preparaUfs de défense. Le conseil avait ordonné récemment la revue des divers objets que la commune possédait dans ses magasins. Et ^ â l'honneur des Lausannois^ il s y trouva bien plus d'engins de guerre que de coupes et de tables pour les festins *. Dans la belle tour de Saint-Laurent, au sommet, lequel n'était pas dépouillé comme aujourd'hui de ses ailes de pierre, un canon de fer, enchâssé sur place, défendait Tapproche du faubourg
nique , à la seule idée de la férocité bien connue de ces redoutablet monUgnardA. Voy. MuUer, L. m, P. , ch. S, n. 101.
* Elle avait pourtant quatre grandes coupes (symesîas) d'étain, aux armes de la ville; plus , une table armoriée, avec six trépieds et les bancs ou escabeaux ( scamnis) nécessaires, a. Voy. sur tout cela Registre ou Manuel, II , 442 sqq , i65, 1« 259.
9I dominait les côtes voisiaes. Cinq canons de même espèce étaient montés dans la tour de Saint-François, qui regarde sur le rivage allongé. £lle contenait de plus une vingtaine de con* levriuesj autant de balistes avec le vindert dout on se servait pour les tendre, une arche remplie de traits^ un carquois et un faisceau de flèches garnies de pointes de fer, des casques , des brace* lets d'acier, divers harnois, cinquante lances, douze pierres à canon, et un tonneau de poudre* Telles étaient en ces années* là les principales ri*cliesses guerrières de la ville, outre celles, plus considérables, que possédait en propre chaque citoyen. Lausanne tenait â ses gages un maître* de-balistes, un capitaine du guet dont la troupe n'avait qu'nne lanterne pour jeter quelque clarté dans rélroile obscurité des rues pendant ses rondes de nuit; et enfin, dans la grande tour de la Cathédrale, un veilleur qui avait dû jurer sur les Saints Évangiles de sonner les cloches toutes les fois qu'il le faudrait. Les précautions accoutumées furent probablement rendues plus sévères; mais on n'en prit pas de nouvelles, contre un péril auquel on ne croyait qu'a moitié. Cependant Lausanne était aussi compromise par le comte de Ro« mont : elle avait du supporter certaines dépenses pour la guerre a laquelle il se préparait. Aussi vitelle bientôt qu'il fallait que l'Éveché s'appliquât
une partie de Tiavasion de la Patrie de Vaud \ Lors donc qu'à Lausanne on sul les Confédérés à Morges cl s'appretanl à remonter le Jorat^ ceux qui craigoireni le plus pour leurs richesses passèrent le lac^ on se retirèrent dans les montagnes. Mais leur quote-part ne fut sans doute pas omise dans la mesure {générale qui préserva la ville des chances d'un siège ; chaque bourgeois^ et jusqu'aux veuves, les uns en argent monnoyé, les autres en argent travaillé, remirent une certaine somme aux gouverneurs de la commune qui reconnurent le sacrifice en son nom ; moyennant quoi les Seigneurs de Berne et de Fribourg avec leurs alliés des Ligues consentirent â n'entrer â Lausanne que pour y visiter la Sainte-Chapelle de Notre-Dame, remercier la Bienheureuse Vierge de la prospérité de leurs armes, et contempler dévotement ces reliques d'or et d'argent dont le souvenir ne sortit plus de leur mémoire, car les pères dirent tant de merveilles de ce trésor sacré, que
' Rtgislre cité, II , 175 , où il est question de « centam acntonim datorniD Domino Rotundi-Montis» et aliarum expensarum ratione et occasione guerrse contra Allemannos factae » — L'argent dont il s'af][it plus bas, fut livré « ad salisfaciendom Dominis Berneii' sibus, Friborgesioribus et aliis Alemannis... ad praeservationem vill» et commiinttalis Lausannse, ac totius tcrrse ecclesise Lausannensia adversiis emionem (sic) totius Patries Vuaudi. p. 166 sqq. — Voj., en outre, Chr. de la G. de B. , ch. 28-30.
los enfants reyinrent le prendre un jour. Romoni et sou comté furent le point où s acheva cette tournée de guerre dans le Pays-de«Vaud. Lutry, Rue, une foule de communes d'un rang inférieur el de châteaux, avaient également fait leur soumission. Le pays ()orta ainsi la peine de s'èlre laissé rendre en même temps ami et ennemi de voisins supérieurs en nombre, en force, et toujours plus âpres au gain. On résista, on se soumit, chacun pour soi : ensorte que la patrie ne profita pas plus de ses amitiés que de ses haines ; et le sang versé dans ces lamentables combats ne fut d'aucune utilité pour ceux qui se conservèrent.
Déjà dans ces premières hostilités, le Pays-de- Yaud n'avait été qu'un instrument que l'on faisait agir avec beaucoup d'autres : dès-lors, jusqu'à la fin de cette guerre terrible, il ne fut plus qu'un corps meurtri, roulé par terre, impuissant pour tout excepté pour pâtir. Le Téméraire avançait, se croyant sûr d'une prompte vengeance. Jougne et Orbe furent abandonnés par les Suisses, et, â leur départ, le château deTheudelane et de Berthe réduit en cendre; les garnisons allèrent renforcer celles d'Y Verdun et de Grandson. Brandolf de Stein était capitaine de cette dernière place. Un soir qu'il soupait en ville avec six ou sept de ses hoQimes, quelques bourgeois guidés par un Cor-
délier Tenlevèrenl; peu s'en fallut que le château ne fût pris* Un disciple de bainl-François, el c'était peut-être le môme, fut aussi l'instrument ce qui se machinait dans Yverdun, résolu à se tirer des mains des Suisses et à s'en venger. Le comte de Romont était arrivé devant cette ville^ qai lui devait et lui avait conservé de la reconnaissance ; on lui fil savoir par le Cordelier , dont le couvent touchait aux murs> l'heure et le moyen favorables pour la remettre en ison pouvoirs Le commandant de la garnison ayant du partir , les bonifieras lui offirirent le vin d'honneur, afin de lui mieux donner le change sur leurs intentions, et Içs soldats prirent leur part de la fête. Cette nuit même avait été choisie pour livrer la place. Les Suisses voyaient bien les bourgeois consulter, aller et venir ensemble ; mais ib ne se doutèrent de rien. Et quoique un de ces derniers, dévoue à leur cause, les eut avertis de laire bon guet cette nuit-là , parce qu^l se tramait quelque mauvaise entreprise, ils ne se tinrent que médiocrement sur leurs gardes ; les uns allèrent se coucher, les autres restèrent à boire : toutefois, il y en eut qui se mirent en sentinelle. On se trouvait au milieu de Janvier. La rivière étant gelée n'opposa point d'obstacle. Deux maisons attenantes aux murs introduisirent le comte de Romont avec les hommes qui l'accompaguaieat. ils se répandent par
les rues : des Suisses sont tués à Tauberge et dans les lits^ ou y à moilié velus > sur lo seuil de leurs logis. Quand les assaillants eurent quelques prisonniers^ ils (irenl un trou dans la glace , eu ce moment fort épaisse^ et y descendirent ces malheureux^ qui s'étaiènt peut-être rendus coupables d'une cruauté pareille l\ Estavayer : rien n'est plus terrible que la colère du faible , quand il peut se relever un instant. Alors ^ ou entendit sonner trompettes et clairons^ et crier: Ville gagnée. Beancoup de soldats de Fribourg furent encore tués. Mais bientôt ce qui restait de Suisses dans la ville se rallia et regagna vaillamment le château^ dès->lors sommé eu vain. 11 y avait à Payerue un capitaine bernois : il envoya quatre-vingts hommes au secours. Le comte de Romont crut que c'était Tavant-garde de tous les Confédérés; et, se sentant trop faible, il fit sonner la retraite, abandonnant à la fureur des ennemis la ville qui B^était sacrifiée pour sa cause» Aussi, la plupart des bourgeois se hâtèrent-ils de quitter ce lieu désolé : il n'y resta que les femmes et les enfants, avec quelques hommes du parti des Suisses. On récompensa ces derniers; mais Yverdun, leur pairie, fut livré aux flammes. Cette malheureuse cité faillit être anéantie dans le cours de ces guerres, a Le pillage et l'incendie lavaient totalement ruinée* Il n'y restait que des cendres et des pierres
réduites en chaux. La ville et les faubourgs étaient déserts; les trois quarts des habitants, absolument prives de iool bien , Vayaient abandonnée^ et, comme des pauvres , u ayant que leurs bâtons, allaient chercher leur ^e en mendiant et errant ça et lâ ». Les passants rapportaient les plus tristes choses de la solitude et de la dévasta* tion de cet endroit si florissant naguère : ils n'y avaient entrevu que quelques figures douloureuses, apparaissant parmi les ruines, et c combattant avec les tisons, la chaux et les pierres; c'était le petit nombre de ceux qui, ardemment aflectionnés â ce lieu jusques-là favorisé du ciel, et n'ayant pas perdu tout espoir ^ tâchait de relever quelque édifice; mais il arrivait souvent qu'au moment oii il leur semblait debout, il retombait en poussière, le feu ayant pénétré jusques dans Pintérieur des murs »• Quatre ans après, il en était encore ainsi d'Yverdun, que c la tourmente de la guerre » avait presque arraché du sol \
Grandson n*eut guère moins â souffrir des deux parts. Quand les Bourguignons entrèrent dans la ville , ils mirent a mort beaucoup de
* Grenus» Doc, p. 101, d. 1 , p. 109. <- Chr. de la C^erre de Bourgogne, ch. 3S-M. — Muller.
^ bourgeois el de paysans qui s'y étaieni réfugiés^ Il ne fut que témoin de l'infâme trahison qui livra la garnison suisse au Duc^ ei de la scène affreuse qui se passa sur le rivage^ aux cris de vengeance des anciens habitants d'Yverdun et d'£stavayer ^ Mais la grande déroute qui suivit, ne dut pas pou lui être fatale. — A une autre exirémilé de la contrée, le passage des Lombards soudoyés par le duc de Bourgogne ^attirait les bandes du Pays-d'Enhaut romand et de leurs voisins du Sibenthal sur Aigle et sur Veyey. Les montagnards étaient animés d'une vieille jalousie contre les vignerons , à qui ils enviaient ces riches pentes dont eux n'avaient que les pauvres sommets. Il en résultait souvent dos querelles; et plus d'un combat rougit les eeps nocturnement vendangés en automne par ceux qui n'y mettaient point leur labeur au printemps. Ces montagnards profitèrent de ce que Berne les avait déchaînés, pour assouvir leurs vengeances. Ils trouvèrent moyen d'écorner â Aigle la part du lion. Et Vevey les vit bientôt descendre par le rude sentier qui> s'élevant jus-
* Même chr. , ch. 40 : « Ceux d'Yverdan et d'Estaraycr disaient que c'était les plus mauvais qu'on saurait trouver, et qu'ils étaient cause de leur mal; et faisaient grand cricâMnt contre eux. » — Ib., 3S.
qu'au pied de Jaman^ passage fréquenté de toute la Suisse alpeslrc^ saute brusquement dans Ir^ TAYin, et se promène ensuite sous les châtai* gniers et les noyers. Le chevalier Pierre de Gingins continuai! sa guerre de partisan contre les Suisses. De son splendide manoir du Cbâtelard récemment construit j a la place d'une tour antique, sur Téminence qui domine le torrent et son lit blanchâtre^ il faisait des courses alentour^ prindpalement contre les Valaisans. Les hommes du Haut-Sibenthal conduits par leur cbitelain, avec ceux de Gesscney, l'assaillirent et le tuèrent SOU8 les murs de son château* Puis, se jetant sur la Tour de Pcylz * et sur Vcvey , ils y mirent le feu^ les pillèrent^ et massacrant tout ce qui fut trouvé en armes, ensanglantèrent ces rivages qui ne semblent faits que pour qu'on y vive do beauté et d'amour* Durant ce coup hardi , le Duc . était à Lausanne. Il conduisil sa nouvelle armée a Morat. Lé comte de Romont qui, rentré dans la ville dont il portait le nom, venait de la défendre avec succès contre lès Suisses, prit ies devants, à la téte d'un corps de Bourguignons
^ Requête présentée à Charles, duc de Savoie, par ie^ bumme.^ de la Tour-de-Peylz, au sujet des maux innombrables que leur avaient iait les Allemands ( Arcb. de cette ville). — Wattev. , ! , 23S, 237, n.. et m
el de Savoyards. Choisissant son chemin par cet £stavayer qu'il avail Irop tardé à soutenir^ il essaya du pillage , ayant le gprand el dernier combat où devait s'écrouler une plus haute fortune que la sienne. Les feux de son armée signalaient son passage sur la rive. D'Eslavayer, dont il put contempler les ruines fumantes^ il vint souper et coucher â Cudrefin. Puis^ guidé par les hommes du pays ( il prétendait les avoir tous  son commandement ), il partit avant jour, et s'avança dans les marais d'Anet , chassant devant lui le bétail qu'il avait enlevé^ mais fort embarrassé de sa route â travers ces plaines humides de sable et de roseaux. L'alarme courut aussitôt de village en village : cloches et campauelles de sonner par tous les moûtiers; hommes^ femmes et filles d'accourir avec des fourches et des piques. Les gens du Comte avaient du laisser leurs chevaux pour traverser la Broyé. Poursuivis dans leur malencontreuse retraite â travers les marécages, ils furent atteints en repassant la rivière; mais s'appuyant au mont, ils se retournèrent avec tant de vaillance qu'ils auraient repoussé les premiers attaquants , si en même temps qu'il arrivait de nouvelles bannières des environs du lac de fiienue et cinq bateaux de Neuchâtel chargés de gens de guerre « ceux de Morat et du Vully qu'on n'attendait
pas 9 descendant par le mont^ ne fusseni venus
tomber sur le dos des Bourguignons el des Savoyards, enveloppés de toul côlé. La nuil protégea la fuite du Comte vers Estavayer \ où il dut se réfugier une seconde et dernière fois> apr&a qu'isolé a Morat, et ne pouvant prendre part à la bataille, il y eut vu s'évanouir enfin ses ambitieuses illusions. Le Pays-de- Vaud fut de nouveau occupé par les Suisses. Tous, excepté les femmes, les enfants et les prêtres qu'ils avaient juré de respecter , s'enfuirent devant eux^ dans les vallons solitaires, et jusqu'au sommet du Jura. A Grandson , l'on avait pris le goût du butin. Il ne fut pas si riche â Morat, sans compter que la part des braves était rarement la meilleure Peu satisfait de la sienne, ou seulement plus alerte^ le comte Louis de Gruyère, quittant le premier la bataille,
* c .... fiiyanl cmme loups. » Cbr. de It G. de B. , ch. 81. Voy. surtout, dens Boyve, p. 189-198, lé pittoretque récit de la Chroo. dm Chapitre de Neacbitcl par le chanoine Hnsuca Depierre Ce même fragment te trouve auisi dans le Cons. suisse, X , 888.
* € .... dans le camp du duc (à Morat), il y avait de grands biens.... Mais les braves qui étaient occupes à se battre , en ont fort peu en , et ce sont des drôles et des coquins qui ont presque tout
emporté. » (Scbilifaig, trad. du Cons. suisse, IV, 88.) — « un
chaicun en ramassa son soul ; tellement que sembloient no» gena revenir du marché. • (Chron. du Chap • de lïeucbàtel , ap. Boy vç p. 196.)
où il avait comballu avec ses monlagnards des deux langues et les chevaliers de ses seigneuries^ se bâta de marcher sur Lausanne et de la piller avant la venue des Confédérés. Une Diète, tenue à Fribourg, rendit le Pays-de-Vaud à la maison de Savoie, sous la condilion de n'en plus être démembré a titre d'apanage. Mais Fribourg et Berne en détaàiaient pour eux Moral, Grandson, Orbe, Echallens et leurs dépendances. Berne possédait déjà tout a Aigle, la plaine el les montagnes. Le pays, ainsi enlacé par elle, restait en outre comme hypothèque pour les frais de la guerre. Les Suisses ne s'y étaient pas lait aimer, sans doute; mais la maison de Savoie y avait perdu son antique prestige, et la nation malheureuse qu'elle avait mise en jeu sans pitié, nourrit désormais contre elle de graves reproches. Les Confédérés , Berne â leur tête, avaient au moins la puissance el la gloire : ce n'est pas la première fois que la force et que répouvante auraient engendré l'amour. Il n'était pas impossible de renouer des liens brisés par Forage, mais tendus depuis long -temps. Berne, qui avait ses vues' et n'attendait que leur maturité, s'y appliqua désormais. L'intimité de
* Voy. le passage n^marquablc , (Mull. , L. V, ch. I, avant U n. ^7) où il est question des grands plans de Berne, etc.
ses relations avec Lausanne et Genève , sans lesquelles on ne pouvait parvenir â la domination de THeivëtie romane » date aurtont de cette époque. La conquête dout elle prétendit se donner la gloire et les drcHts soixante ans plus tard^ ne fut qu'une habile dérision de sa politique.
La ruine» tel fut donc le fruit amer de cette
indécision d'isolement a laquelle nous portent notre situation, nos goûts et notre- histoire. A la place de riantes cités et de châteaux splendides^ des cendres fumantes; et un sol ravagé, an lieu de cette terre d'abondance que dorent le froment et le raisin. Les Suisses qui allaient servir en France on qui en revenaient, les sei* gneurs de Berne ou de Fribourg qui avaient des terres dans le Pays-de-Vaud, s'y croyaient tout permis, et le témoignaient par une morgue brutale que la violence essayait quelquefois de punir. Il est probable que c'est d'une scène de ce genre qu'eut â souifrir Yverdun, h peine relevé. Un capitaine soleurois, de retour avec ^497 sa compagnie, faisait halte dans cette ville: soi| frère prit querelle avec un bourgeois; ce dernier eut l'avantage et tua son adversaire. Le capitaine demanda justice d'un acte qu'on so serait empressé d'étouli'er si le mort eut été le Taudois : les mœurs du temps, vraisembla-
blemeni aussi fes coutumes du pàys, car elles lais* saient au meurtrier la possibilité d'une justiiicalioa * que lanimosité générale interpréta sans doute en sa faveur , décidèrent le Conseil à refuser. Ne pouvant être certain de sa veu* geance avec la troupe qu'il conduisait» le commandant lève à ses frais un corps de cinqcents hommes et va mettre le siège devant Yverdun» qui dut céder aux représentations de ses voisins» payer les assiégeants» et abandonner le meurtrier a son sort. — Les montagnards surtout se rendaient insupportables. Déjà ceux de la Gruyère» le Comte à leur téte» de héros devenus brigands» ne sTétaient montrés si prompts à quitter le champ de bataille que pour piller Lausanne» accablée déjà du séjour du Téméraire qu'il avait bien fallu qu'elle subît. Peut-être a LaVaux» terre d'£vèché» avait-on gardé rancune de cet empressement mal -avisé. Quoiqu'il en soit , au commencement du siècle suivant» on y voyait les habitants animés de fort peu de bon vouloir contre leurs voisins du Paysd'Enhaut. Ils les attendaient â leur passage»
* Le mevrtrier devait quitter la vitle et était remU au seignear ,
à moins que atiqua evidenii ratione se posset excusarr. Ch. de Moudon, § 55, 85. — Voy. , sur ce fait , Zur-Lauben , Hist. milit. des Suisses, IV, 90, Gons. suisse, IV, 4il5; et sur le suivant, id.,
d'abord gogueuardant, suivant riiabiludc des Tignerons qui se sont toujours entretenus dans l'idée de la simplesse des montagnards et en font encore des récits ^ puis ajoutant les reproches aux moqueries > et aux insultes les coups. Le Comte avait ^ au village de Pully^ iâû7 une maison â ses armes : les habitants abat- a tirent Pëcusson , traînèrent la grue dans la boue> i509 et, se répandant en menaces contre ce seigneur et ses Gruatê , jurèrent qu'autant il leur en tomberait entre les mains ^ autant de jetés au lac. Un soir d'automne, cent-quarante jeunes gens de la Gruyère, passèrent la montagne, se jetèrent au milieu des ténèbres sur les vignes de PuIIy» et se mirent à les rendanger â leur façon. Ceux du village accoururent à la défense des raisins. On se battit dans le cimetière, d'où, après avoir tué quelques-uns des premiers opposants, les Gruériens se retirèrent quand il Tint du renfort. Ils laissèrent quelques prisonniers auxquels il ne fut fait aucun mal ; et, remontant les côteaux, disparurent pur les monts de Villette, d'où l'on voit descendre à ses pieds la vallée de Lutry, remplie de toutes sortes de biens, tandis que derrière s'étend un plateau âpre et sauvage. Des hommes de Château-d'Oez , attaqués sur le chemin de GuUy et chassés à coups de pierres à une lieue do
là jusqu'à Sainl-Saphorin, cxcitèrenl leurs compa* Iriotes do la haute el de la basse Gruyère; deux mille montagnards descendirent contre les vignerons. Berne et Fribourg les engagèrent à rebrousser chemin, et parvinrent â concilier les partis. — * Ces deux républiques étaient les aiiiitres de la contrée : elles tenaient déjà sous leur main villes et seigneurs. Yverdnn même» qui avait tant â so plaindre des Suisses, et que sa situation sur la frontière exposait tout particulièrement à leurs menaces *, passait auprès de quelques-uns pour vouloir se rapprocher d'eux. Les bourgeois, au dire d'un certain notaire grand partisan du Duc, devaient avoir porté les clefs de leur ville à Grandson, pour la rendre aux seigneurs de ttorne, écrit, dans le même but, à divers capitaines suisses; le bruit en courut,, malgré sa fausseté, el il ne fut besoin de rien moins que d'une réparation publique pour laver cet outrage. Mais le notaire condamné n'en 'persista que mieux dans son idée et dans ses invectives, qui ne lui coûtaient que quelques désaveux, solennels il est vru, mais rares et passagers.
^ Requête des bourgeois à^Ywàon, va « q«*ib sont en lieu limitrophe... et que tous les jours on leur use de grosses menaces. » a. I51S. Grenus. — Id* p. I7B« 170. — Voy. sur un propos conccr- ^t le comté de Gruyères * Kuenlin , Dict. , II , M.
Il se trouvait aussi plus d'un esprit perspicace qui ne se faisait pas faute de dire ou l'on en voulait venir avec le comté de Gruyères. — Dans la dissolution imminente de la fiaronnie, la paix y régnait moins que jamais. Orbe et Romaînmotier avaient une querelle héréditaire. Quand il s'élevait des dissensions entre des cilés ou des maisons rivales , comme lorsque Yverdun et Moudon, oubliant l'intérêt public^ mirent au cent leurs bannières , et qu elles mar- 1954 chaient déjà Tune contre l'autre, Berne ou Fribourg ne manquaient pas d'interposer leur bon vouloir. Soleure, Lucerne, les Petits -Cantons même essayaient de s'en mêler aussi S On le vit surtout a Toccasion des Gingins, seigneurs de Divonne et du Ghâtelard, héritiers des Joinville de Gex et Tune des plus anciennes familles vaudoises, connus dans les batailles (l'un d'eux était â Fomoue et y fut créé chevalier de la main de Charles VIII ) , hauts de cœur selon leur devise ^, et mauvais voisins des Suisses^
* Le Chroniq., p. 8, 175. — Entre Yverdun et Moudon, il s'agissait d*ane, dispute de juridiction au sujet d'un hérétique > qui finit par être brûlé à Grandsoa. Voy. Pierrefleur.
' Cha^iM lamille de Tiociaoïie noUme da Payt-de-Vaud était cenaée avair on attriliat distinctif. Ainai l'on diaait : Hauiêtge de €eeur de GinffiMU, Grandeur d*AliD§e-ceiidrée» Aatiquiii de BloMy, IfoNesse d*EiUvayer, Ftanehisè de Villanel, Parenté de Jeffrey,
bien qu'ils eussent parmi eux des combourgeois. C'était un des brillants restes de la noblesse du
pajs; la dispariliou do noms plus célèbres n'avait pas nui à Téclat du sien ; par la suite, il fut jugé digne de figurer dans le palriciat bernois. Pierre du Châtelard avait mal réussi â détrousser les Suisses* Les prétentions de ses fils sur la baronnîe de Lasarraz amenèrent une guerre de détail, à la fin de laquelle les Confédérés, soutiens des deux causes, trouvèrent la table bien servie : aussi l'appelèrent-ils la guerre des chu' pons. Le duc de Savoie en paja les frais. (Charles III.)
Prince faible et ignorant, mais qui se laissait souffler des intentions de tyrannie, il sentait la baronnîe de Vaud glisser peu -â- peu de ses mains, et se montrait imprévoyant ou maladroit à la retenir. Les Comtes ployaient sous le titre de Ducs. Leur domination sur ce pays, précé-
PiéUàt Chandiea , Bonté de Pesme , Riekeste de Mestrâl-Arrafens, IfaSfetéàe Mestral-Payerne , HospiiàUiéAtê d'Aubmine» PMique de Gerjeat , Gravité de Mail lardos » Vaniti des Senarclens , Meêna$e de Loys , Chicane de Dugard , etc. II en était de même des Tilles ; chacune avait sa légende consacrée, mais, pour l'ordinaire , marquée au coin de l'esprit salyriquc et f[1oseur des bourgeois (▼oyesen un ex. ci-dessus, p. AAl). Enfin, les plus petites communes donnèrent à leurs voisines ou en reçurent «quelque sobriquet hérééliUtre (â<-dessus , p. 3(t9).
deihment légère mais ferme^ était devenue tout à la fois moins paternelle et plus relâchée. Ce n'est pas que Ton voulùl substituer au vieil ordre de choses uu ordre nouveau. Jamais^ au contraire^ celui -la n'avait paru sur un pied plus respectable: on l'habillait pour mourir; et^ comme si ce cadavre eût redemandé les vêtements de sa jeunesse, cette époque semble avoir eu pour tâche de rassembler les anciennes formes de liberté, autant que de les soutenir par quelques adjonctions nouvelles. Peut-être encore plus fréquemment que jadis, des messagers aUaient, de porte en porte, convoquer les ecclésiastiques y les nobles et les bonnes villes â une séance des Trois-Etats. Mais il s'y trouvait < si petit nombre de Messieurs les nobles » qu'on ne pouvait prendre aucune résolution. Les ecclésiastiques y assistaient encore moins, car il était souvent question de délibérer contre eux. A leur tour, les villes, surtout les plus éloignées^ se dégo&taient de ces voyages dispendieux et inutiles. La machine po« litique tournait encore â force de peine, mais sans rien faire mouvoir. Chaque article des statuts élaborés par les Etats avaient beau être muni de la formule consacrée : Monseigneur le veut S qui
' Grenus , 7S. — Ces mômes mots , Le rai le veut . en vieux irançais , sont encore aujourd'hui la formule de la sanction roy<
lui imprimaîl la sanclion souveraine: ils n'en étaient
pas mieux observés. Des panonceaux aux armes du Prince^ placés sur les lieux éminents^ ne donnaient pas toujours une sauregarde efficace aux domaines des propriétaires molestés. Ses jugements, dans les dissensions inlérieores des villes, n'étaient pas rcspeclés long-temps. Enfm, âu témoignage de l'Evéque lui-même ^ c était auprès des Confédérés, c'était à Berne et • Fribourg, que l'on allait chercher cette briève el bonne justice que Vim aimait à demander jadis aux valeureux et prudents comtes de Savoie ^ D'ailleurs 9 on voyait bien que Charles III ne considérait pas tant dans les coutumes du pays l'ancienne liberté des sujets que les anciens droits da souverain ^. Il aimait â convoquer les Etats ailleurs qu'à Moudon, et, ainsi faisant» â brouiller du moins les coutumes s^il n'osait pas les enGrdndre. Ses oiBciers ne pou*
aie p<mr le» Ulls da Parlemeat d'Angleterre. — Id., p. ISS 163, ill et 146.
' Aussi commençait-on à dire : ubi non ni fuMia, ibi non est habUandum. Voyez Grenns, p. I8B.— Rnchat, H. de la Bét., IV, SI4. ^ Grenos, JX^ 69, SI.
* Voyez pour les faits Mulinen, Rech., p. 28, 29. Ruchat, H. de la Réf.» IV, I, SS» 96. Grenus, p. m et 18S, 163 et 167.
te Chroniq., p. 9«ll.
yaîeni se résoudre à croire que ses biens courussent le risque d'étie séquestres, ni qu'il n'eàt pas le droit du sujet, celui d'appel; aussi tadiaientrils de le prendre. Il est vrai que Cfaaiv les ni favorisait les exercices militaires (encore arait-il laissé aux bonues-vîUes rbonneur de Tinîtiative) , qu'il parlait de rmianteler les plaees de guerre avec l'argent obtenu des sujets dans ce • bul^ et qu'il fit solenndlraMit Id tour do la Ba^ ronnie comme pour en prendre congé. On le vit i j32 parcourir le pays de châteaux en châteaux. Afk êùtk des cloches , de beaux et yaiUania compa* guons, vêtus de blanc, bien équipés et bien exercés aux armes , suivis de jeunes garçons portant la croix blanche de Savoie , le recevaient à la porte des villes ^ avec des salves d'artillerie et des présents : U des pièces d'or et un ample manteau de damas blanc bordé de longues
cire et des pots de bon hypocras. Mais cet accueil de vieille habitude n'était pas toujours de franocoinr: et à Lausanne, on n'était pas constamment fort empressé daller i sa rencontre ni de l'accompagner avec les honneurs militaires; ou bien* le bourgmaître Henri Seigneux était chargé de lui dire s qu'on lui remettait les clefs de la ville s non pour qu'il ydoniinât, mMS seulement pour j> qu'il y dormit plus eu sécurité.» I/intérct qu'il
semblait porter aux Lausannois (ils ne tardàreat pas à l'apprendre) tenail uniquement â ses desseins sur la puissance épiscopale^ qu^il songeait moins â réprimer qu'à s'approprier. Une tentative directe y â cet égard, contré Sébastien de Montfaucon^ ayant échoué malgré la conni* yence d'un parti des bourgeois, elle ne senrit qu'a compromettre le Duc pour jamais. Les seigneurs romands, éclipsés par les seigneurs italiens qui rentouraient toujours plus, se ruinaient jionr tâcher de rester au pair, ou 9 mécontents de l'état des affaires, songàient â quitter le pays èt â se recréer une vie chevaleresque dans les guerres de Hongrie contre les Turks ^ ; la Ligue de la Cuiller, en essayant de ressusciter Tancienne vie féodale au milieu de contrées où les mœurs ^républicaines avaient pénétré partout, achevait dé ruiner le Prince et la noblesse dans les esprits. Enfin, la Baronnie pressentait le jour où elle serait sacrifiée; et Lausanne, lie détournant delà Savoie sans revenir â l'Ëvêque , était toute a ses nouveaux allies. L'avenir faisait encore trop peur pour qu'on ne tâchât pas de se cramponner
Ainsi , Monsieur de Sainl-Saphorin , ^oi te dîipOMit â partir » lorsque l'invasion des Bernois lui pt changer de deuein. Lfitra dft Charles lll, ap. LeCbroniq., p. S50.
au passé : on restail en gros dans celui-ci^ mais on passait à Taotre en déuil. El l'Eglise ne tenait plus qu'à un fil.
C'est avec rEvèdié que nous avons tu poindre notre histoire et sa trace obscure, mais chère â. nos regards , se marquer peu-à-peu dans la confusion de la barbarie. Terminons donc ce tableau * de Tancien état de choses , venu à sa fin » par la ruine de œ qui en avait été Touvertureet en fit loug-temps rornement principal.
Maintenant > ce n'étaient plus seulement les nobles et les chevaliers qui se riaient des clercs et qui portaient sur les prélats uae main profane. Les bourgeois avaient appris â en faire autant.
L'évcque Bénédict de Monlferrand étant allé à Lutry, les habitants et leurs voisins de Villette , ayant â leur tète Jean Mayor , maire des Quatre- ParoisseSy blessèrent et tuèrent quelques-uns de ses gens , et dans l'église , oii il s'était réfugié , le xualtraitèrent jusqu'à ce qu'il leur eut promis et signé ce qu'ils lui demandaient \ C'est ce même
*■ Le lendemain encore iUiallèrenl en armes à Lausanne pour lui ^îre rfttifier le trailé« Berne etFrîbonrg intervinrent amiablement.
prélat qui cita solennellemeut les chenilles de son diocèse à oomparailre à Lausaimo^ en cour é{H8copale^ pour rendre raison de leurs dégâts ; qui leur donna un défenseur officieux ei, les parties . entendues^ prononça graTcmenl, séant sur son tribunal^ la senleace d'excommunication et d'anatbème* Si les réflexions étaieni permise» en semblable matière, on pourrait dire pedt4lre que le droit , sourd ennemi de la théologie cléricale^ était alors devenu tellement à la mode que tout se plaidait. N'ayait-on pas vu la galanterie elle«
Hoy. Bridel , n. communiq. , Mull., L. V , ch . 3, n. Ui7 sqq. — Il donnait le premier Texcrnple de la violence: aussi disait-on de lui qae»« de son ancienne coutume, il ue fust jamais en lieu où il y oust paix, qa*il n'y mUt la guwrc. » Celte même année( I48S) teignant de venir au-devant de François de Savoie évcqoede Genève, qui ee rendait à Morgee, il avait i'air de l'accompagner par coortoiaîet mais quand les deux prélats eurent cheminé ensemble un quart de lieue» «ne cinquantaine d^hommes emiés s'élancèrent touUè-coitp d*iui bois où notre évêqne les evâit embuehéf, comptant par là effrayer son collègue et le Duc. avec lequel il était en diiEérendt Toy. LeUre de Fr. de Savoye , ap.Cons. suisse » XlTI , M. — Arrogant, mal vu dans le pays , Bénédictde Hontferrand était une des nombreuses créatures qoe la France avait en Suisse à cette époqvu où die y fondait son influence » et l'an de ceux aussi dont Berne et Friboarg exploitèrent les intrigues pour continuer à prendre position dans le Pays-de-Vaud, Voy. id. , ib. , et Mull. , ib. — Sur les excommunications d'animaux malfaisants, contre lesquels G. de Saiuces donna un formulaire d'exorcismes, voy. le curieux art* XVII du t. XU du Coqs, suisse.
Ittême rjsyèlir la forme loarde d'un proeès? tml
Tesprit recherchait en toutes choses, dans les plus folles» dans les plus irréfléchies^ le droil el la justice reparas sur la terre I Quoi qu'il en soit» nos pères eussent bien désire que r£véque ne citât deranl lui que les chenilles, que les rats, ou que les sangsues qui faisaient la guerres aux saumons, liais ni lui, ni ses confrères ne bornaient U leurs foudres. Ils Toulaient les employer â étendre leur juriadiction en matière civile. On se plaignait surtout de^ ce que les créanciers» pour se faire pajer de leurs débiteurs» obtenaienl contre eux» de TOfficial de Genève ou de celui de Lausanne» des sentences d'excommunication. Les prêtres, recevant les testaments» se faisaient donner des leg^. Le clergé récusait en toute cause les tribunaux ordilûiires ; et » dans les affaires d'un intérêt général , telles que la défense de la patrie et l'entretien des fortifications» il CsUaît continuellement avoir re^ cours i des arrêts pour forcer les prêtres â entrer dans les fraix ^ Les villes ne cessèrent de &en-
* Jl j avait même de$ eccléiiastiques mariét qui prétendaient frira participer hun femmes awc privilèges joridiqaca âu clergé : Si Faiie ë'ellei était actioiuiée cb iastice » ib obtenaient contre les joges dee menaces «i'eKcommvnication.Grenna* M** 41. — Nobles conino bonrfcois se voyaient loot-à-coopeicommuniés ans portes
courager â une résistance sur ce point , qui ne
laissa pas de préparer les esprits a une émancipation radicale ; comme aussi ^ d'un autre côté , le médiocre appui qu'elles trouvèrent à cet égard chez le Prince , les jeta toujours plus dans les bras de Berne et de Fribourg. L'Eglise ne régnant plus par la parole^ se faisait une double illusion, celle de régner par le sceptre et, ainsi» de n'avoir point changé. Les avertissements n'avaient pas mam^ué â ses cheGs % mais ils crurent
àt ré|;Used« Notre-1)ame de Lausanne. Id. , p. lAt. — Amai n'é- HiU-il bruit dans tout le pays que de < ces maudits excommunie^ B ments , auxquels jour et nuit l'on pourchasse nous replonger M plus profondément que jamais ; » cl Moudon requérait fréquemment les villes d'envoyer « gens de bon courage, pour conférer » ensemble d'une bonne résolution sur ladite matière. » Id. , ib. — Voy. plusieurs exemples de cet état de choses dans Grenus, p. 55 , 75, 144, 159, 173, Rachat, H. delà Rét., Disc, prélim., xxvi, XXXIV et T. II , 324. — Le clergé voulait à la fois se soustraire aux tribunaux civils et s'approprier la justice; et i'£vêqae« en ceci comme dana le reste» tendait la main à une puissance étrangère, la France ou la Suisse ( voj. p. 7SS[et 7tf6), plutôt que de s'aider à rafiermir l'état politique du paya : pour taire tomber celui qu'il était poussé à regarder comme son ennemi naturel , il ne s'apercevait pas qu'il minait son propre terrain et qu'il y conduisait le torrents Sans doute il comptait que, lui* l'Eglise le soutiendrait toujours.
* c .... Wicleff, Jean Huss , Jérôme de Prague , persécutés > condamnés, brûlés, n'en avaient pas moins en le temps de dire tout ce qu'ils avaient en pensée. lies docteurs de la très-catholique université de Paris, leaPierro d'Ailly, les Clémengis, le doux Gerson lui-
quMI s'agissait bien plus de retenir des sujets^ daus le devoir que des ouailles daas la foi; ou ila se figurèrent que c'était une même chose ^ et s'y prirent en conséquence. ces, tentalivcsd'u-
surpation par lesquelles chaque membre de hiérarchie, depuis le simple évéque jusqu'au. pape> espérait bien se faire quelque héritage de prince ayec ce qui tombait. Mais ils ne virent pas que leur fol, espoir allait donc a demander d'un arbra sec d'autres fruits que les siens* On ne visait que là : conserver la puissance et en Jouir. Les uns ne se l'ayouaient pas , les autres n'en faisaient point mystère, et leurs actes le lé^ moiguaient avec une brutalité déboutée : en sortei. que devant ce spectaple d'une église impérieuse et déchue on perdait â la fois l'obéissauce et 1q respect.
U s'en fallait bien que les violences que le clergé essayait dans Tordre politique, fussent à
comparer avec celles où il s'abandonnait dans
même, avaient respectuenseineiil souffleté la papauté. EHe dnrail pourtant^ elle vivotait, patiente et tenace. Le quinzième siècle
s'écoula ainsi. Les conciles Je Constance et de Bâie eurcnl moins d'effet que de bruit. Les papes les laissèrent dire, firent révoquer les Prafrmatiqucs, rétablirent toutdoacement leur domination eu Kui opc cl fondèrent une grande souveraineté en Italie. >*MicheIet« Mémoires de Lutticr , L. I, ch. 2.
l'ordre moral. L'Evéque n'était plus qu'un grand aeignoiir^ fastueux et arrogant, indigné des air» de liberté que prenaient ses bourgeois et^ quand il avait fait débusquer à coups de pierre un <te leurs oHieiers publies on tftdié de s'approprier des biens communaux â sa convenance^ leur criant alors, comme Sébastien de MontfaucoDj^ du haut de sa grandeur courroucée : J* en ferai tant que vous et vos enfants^ et les enfants de vom enfants, ^ phreris sur vosgêntmof ^ Biais Finquiétude ambitieuse de son esprit était bien forcée de rebrousser chemin devant des volontés enoora plus énergiques et snrtonl plus assurées que la sienne. La licence, au contraire, trouvait. moina d'obstacles de toute espèce que Tusurpation, dont elle était â la fois le profil et, en cas de revers,, le dédommagement.
On a beau Caire ressortir l'universalité dea. dépravatbns â oette époque, die n'affiûblit point
l'horrible éclat qu'y jettent les vices du clergé
* Phlstes de laBosrfaoiale de Ltnianiie contre l'Evêque Sébur lien, art. S» 6, 7, ep. Rucliel, H. de le Réf. elc, INic. prél. , xzzvi, Toamt. — L'évéque Aymon dtenl fort maUde doit «voir répandu, à ceax qui tollicitèrent taprèâ de lai en bvenr de son ne^en Sé*
bastien pour le faire nommer coadjuteur , qu'il le voulait bien mais qu* Us auraient bientôt lieu de se repentir de leurs empresse" imentt pour lui» Ibid. I, SO, Hiit. msc. de Lausanne, ( cire. 1550. )
h lièole tt'eet ioi que le cadre, tl n*y a si pelité oi 8Î pauvre contrée qui ne souscrive l'acte d'accusaiioii* L'évèché de Lausanae ne daiiieurA point en arrière, malgré aon infériorité â tant d'antres égards; et c'est au moins une preuve de aon ancienne ifaiergie que la prospérité de sa oorruption dans les derniers temps. L'étalage des trésors amassés par les yienx siècles, les mer* veilles de Tart gotbiqnè et de la Renaissanee * ne pouvaient faire prendre le change aux esprits. II y a dans les mœurs belvéUques, ponr tuait primitif et ineffaçable , une sorte d'égalité et de pIein*jour qui dut s'ei&roucher ici encore plus qn^iilleors de l'aristooratie d'immoralité ob san^ blaieat alors aspirer les prêtres.
Le monastère que saint-Romain avait cru bien çacher au monde parmi les bois de bêtre où s'en*' fonce de ce côté-ci le pied du Jnra^ an Ken des ombres pâles et dessécbées de ses fondateurs ne ▼oyait plus errer sous ses voûtes qne les corps
florissants de moines endormis. Gros somme, grosse cbère^ grosse ignorance^ c'était leur comn mune prébende ; et, dans les oooasions d'édat ^
* Yoj. le ChrmiMI. , p. SBS; mab CMp. av. le Doc. cité dan^ seirc L» n. p. MB * d. 1*
bals el danses figurées *, quand ^ par exemple»
Monseigneur de Savoie, passant avec sa cour, prenail son logis dans le riche Prieuré* Mais lorsque le seigneur-Prieur essayait de retrancher à l'ordinaire des frères de quoi aider â s^ dépense et augmenter son magnifique reyenu * , il y avait grande noise au couvent, jusqu'à ce qu'au regard du manger et du boire tout fui rentré dans Tordre accoutumé. On en vit um dernier exemple quelque vingt années avant la Rétorme ^, Des visiteurs furent chargés d'exa-t -
* En ISOlt Philibert duc de Savoie et Miuc|^erile d'Antricba iiUe de Tenipercar Bllaxiiiiilien(Jfiirfo<, I0 geniS demtMie) çurent la bénédiction nuptiale au couvent de Romainmotier a après un bal commencé à minuit. Sinner^ Voyage, I, S99. — Le curé de Gruyères et le clergé de cette contrée se donnèrent dans le 16* siècle des slaluts où il est dit enir'aulres : < Celui qui dansera pubHquamnt • payera 5 s., néanmoins* un jour de première messe ou de noces de parents » il pourra faire trois danses. ^ KuenUn,Dict.,U»Sa*
* L'avant dernier prieur de Bomainmotier» Claude d*£stavayec évéque de Bellcy et abbé de Haute-Combe {"f IttSt)^ avait commencé sa fortune par soustraire celte abbaye à son oncle et son bienfaiteur. « Enflé de ses richesses il devinst grand maistre, tenant grand train, suivant la cour des princes, estant esceisif en banquets maximement aux danscs.U mourut enfin è Bomainmotler , ety int enseveli avec un jeu de cartes. »Pierrefleur« a* 1S34.
* Les détails suivants, plus complets que ceux qui se trouvent dans Ruchat , D. prél. , xxxi , sont tirés d'une Pronondalion entre le prieur et les moines de Bomainmotiert, datée deran 1S13. Malgré le grand intérêt de ce document qui nous- introduit en quelque sorte dans les couvents de notre pays à cette époque , il est >as->»
miner le cas. Us en décidèrent ainsi, après avoir
premièrement pca certains anciens documents et escriptures ei pris meure delibéraiion avec leê anciens: Pour cbaque religieux prêtre, un mirai ^ de vin au diner^ autant au souper; uue miche de pain blanc de pur froment et une de pain mêlé d'orge et de seigle à chacun de ces
qa*icireftt^ manuftcrh. J'ai pu y avoir recours, dans ce travail» grâce à l'obligeance de Mr. le min. Fréd. deCharrière qaiacbève en ce momenl de rédiger àne chronique complète de Bomainmotiers.
* Environ trois bouteilles ordinaires. ( Mirai j mirabile?) — lî est juste de remarquer que le vin devait être mêlé d'eau •excepté » au temps des vendanges auquel on boit du vin nouveau, el ce,
* jusqu'à la Saint-Martin le dit jour y compris, et aussi &ux fêtes « solennelles. > Sur dix à douze pots de vin on avait ■ coutume de
* mettre un pot d'eau, et quelquefois plus, quelquefois aussi » moins..., selon l'ordonnance du sous-prieur et des moines. — » Le boutelier ne doit tirer le vin du tonneau, et encore moins » y mettre l'eaa , sinon en présence d'un novice ou d*un religieux » du couvent ou de quelqu'un qui soit envoyé par eux. Et quand le. » tonneau sera à demi vide, faut ôter la moitié de l'eav... Et quand 9 le tODoean sera élevé par derrière, adoncq on n'y doit plus meltro « d'eau. — Le sons-prienr, outre sa prébende ordinaire» a de > coutume de prendre un mirai de vin par jour, et touAson vin » sans eau» > — Le vendredi saint , point de vin : et jour-là on dînait « àn réfectoire avec pain , et eau • et laitues sauvai^es. > Mafs dans douse fêtes solennelles et toutes les fois que la procession dépassait les portes du prieuré , on ne devait • point mettre de tout le < jour d^ean au vin , ni le lendemain au diner. »
Assurément ces divers points n'étaient pas mieux réglés au monastère de sainte- Marie... même du temps de l'abbé Ingilram..
repas \ Pour les novices ^ qu'un des moines était ehargé d'insirnire dans la grammaire et la musique, demi^prébende. Pour le malade^ une miche bhnche outre sa part habituelle; et pour
le malade qui se faisait saigner^ un mirai de plus. Dans les jours maigres » poissons , poutailles ' et gelée au vin. Tous les jours solennels» collation l'après-dinée. E% par an trois grands dîners généraux auxquels étaient invités le clergé, la noblesse et les francs ^. Tels fu^
* En Umt, quatre miches par jour» on de hoH à iienf livret» selon le coniftfe de Bnclut. Chaque moine aisposaît sans doute à son gré de ce qui devait lui rester de cette énorme quantité de pain ; car il est remarqué» au s^j^t des trois grands dîners annuels seulement» qne« Taumônier pouvait recuetUir les restes de pain en ces. » diners-là» à savoir tout ce qui est moins d'une deminnichet > pour les bailler ans pauvres. »
* L'arVicle dit positivement, quoique Rachat ait entendu le con<i traire» que « le seigneur était aitenn de fournir au cuisinier douae » poules , à chacun des temps qu'on ne mange point de chair. »
' Franchit cf était seise hommes que ce titre de francs et les ofn fiées particuliers qui en dépendaient , eiemptaient de tonte espèce de corvées » charriages de vin et de bois , journées de buchaison et de lanalson » etc. Huit d'eutr^enx . préposés dans les diffSrents fieftduprienréy élnientappelés Vîtticicfa mayon (Yillicusde Agiez« ViHicus de Ames^ de Yalorbes , etc. ) Ils entendaient les causes et siégeaient devant leurs malsons, intimaient lei serments» remplafaient au besoin le châtelain ou son lieutenant > et surveillaient les faucheurs et lesfaneurs dans les terres de féglise de Romainmotiers qui étaient de leur ressort. Outre ces huit vUUdt ity avaitle5«irf/er ou huissier » qui était tûnqtiàm mmck» éomini t le Maréekat qui
rent les règlements auxquels s'astreignit cette voracité S'il arrivait daaa la contrée un mercier ou on Terrier ambulants , et quila déployassent devant le Prieuré^ Tun sa mercerie, des
assistait le châtelain dans l'exécution de laiofttîce } les deux fores tien doDt l'oifice était de veiller à ce qu*«n ne coupât ni ne prît du bois dans leaforétsinterditet» et qui assistaient le châtelain dans lesdélits de cette nature; le sommier^ chargé de conduire le bahut ou la malle do seigneur-Prieur quand il se rendait au chapitre dt Cluny ou ailleurs , de surveiller ce coffre dans les hôtelleries et de servir le Prieur en voyage; lematettuiarius oa celui qui portait Teau bénite devant la procession ; le portier qui gardait la porte extérieure, la Icrmaîl la nuit , l'ouvrait le jour , et empêchait que rien ne fut emporté ou introduit par violence; enfin le cuisinier du couvent. Tels étaient les seize francs de la teVre de Romainmoliers. ( Acte communiqué par M. Fréd. de Charrière. Tout véritable amateur d'histoire ne manquera pas d'en apprécier l'intérêt. )
* Je mets à part dansuiie dernière note des détails qui, sans avoir trait au tableau présenté dans le texte, peuvent servir à jeter du jour sur l'économie domestique de cos temps. — Les ustensiles du couvent se composaient de pots de cuivre, de chaudières et chauderons, de poêles pendantes et à trire, d*écumoires, de landiers ou chenets , de broches , de pelles , de sceaux ( seilles ) et autres vaisseaux de bois; de vaisselle d'élain ( métal alors plus précieux qu'aujourd'hui) , à savoir douze tranchoirs, douze écuelles à oreilles, et autant de plats , douze {grands plats , soupières d'étain, etc. On cultivait, dans un jardin de deux poses ou arpents attenant à la grange du Prieuré, des choux , des raves , des oignons des aulx, des poireaux, des laitues, de la sauge , du persil et antres courtillages. On mangeait beaucoup de pois et de lentilles : il fallait environ quatre-vingt mesures (18 coupes) de pois, et vingt-cinq de lentilles pour la provision d'une année. Des œufs , du fromage , da bœuf frais et salé, du porc étaient les mets ordinaires : le cuisinier oa son délégué tuait plus d'une lois pa^ an deux ou trois porcs en an
éloffes> des rubans , des ëcheresax de fil et de
soie, laulro sa verroterie, des bagues, des boutonsy des odroirs^ des colliers, ce n'étail pas. trop d'une miche el d^un mirai pour les encourager, chaque fois qu'ils attiraient ainsi les femmes et les jeunes filles à la porte du couvent.
Il fÎBut compter une cinquantaine de maisons religieuses de tout ordre et de tout rang dans le pajs: on ne nous dit point qu'il y ait eu dans la conduite des unes de quoi ramener les autres ^. A Grandson, c'était de tels dérèglements que l'endroit risquait d'en être infecté. Le temps venu, les sujets ne manquèrent pas plus d^ns les campagnes que dans les villes aux drames satyiiques qui jouèrent le clergé de
jonr.-^n y^avût eu jadbiin prieur do Romainmotiers nommé Dàn Gaafred » «v^pel le prieuré devait un accroiisement oa one amélioratioii de aei biena (çui prgmier édifia la fin rière Valior' het). Son aimiTersaire était consacré par nnpetitrevennqoc le prieur faisait ans moines et qa*il leur payait ce {oor-là en mémoire da prfenr Don Gaafred.
* Si nos moines se plaignent alors do quelque chose* c*estde panvrelé lorsqu'un grand dignitaire de Téi^Iise mange leur revenu. Tel était le cas de l'abbaye de Montheron que sa retraite dans les bois du Jorat n'avait pu sauver des mains avides d'un cardinal. Ruch. , II, 336. — Sur Grandson , id. , D. prél. , xxx. — Voy. une ^numération des principales maisons religieuses de la contrée dans le Cbroni<|. , 53 » 84« et dans le Cartulaire.
' village en yilldge sa vie s'y dévoilait avec la même brutalité ; elle allait parfois jusqu'à la ▼îoleûoe* A PuUy» où était an prieoiië dont de hauts murs soutiennent encore la masse noire et carrée, le vicaire aidé de quelques compagnons tna on chapelain. Voisin de Lausanne, il était à une bonne école, dont sans doute il avait cru pouvoir mettre impnnémènl les leçons à pro* (it. Là, en effet, il n'était bruit que des excès des prêtres et particulièrement des seigneu» chanoines. On les arait vus se battre au milieu de ToCGce, entr'eux et avee les bourgeois , à grands coups de poing. Ils allaient attaquer de ces derniers jusques dans leurs maisons, et en avaient une fois. tué deui d'un jour sans que justice eût été faite de ces meurtres. La nuit, on les rencontrait dans les rues , déguisés en soldats, masqués, et Pépée â la main. Un jeune seigneur, de la vieille maison des de Prés, curé et chanoine de Lausanne, était un dimanche a» jeu de paume; à propos d'un coup indécis, il s'emporla contre un banneret de la ville et le maltraita. Sur son refus de réparer roifense, sa maison où il avait mis une petite garnison tant deprê* très que de laïques, est assiégée, au son du tocsin,
^ ABiiilmei» i LigneroUes, etc. Pierre0e«r. — Sar le vicaire dePnlIy^Ruch. II,33S.
par FerrMid Loyt â la lète de TAbbaye ou so- '
ciélo de la Jeuuesse % et pillée après uu àMant qai ne laiaaa pas de coûter la vie â quelques oombaltanta. ^ns contredit lea racBora étaient très-iaelàchées dans toutes les classes. La dévotioB avait enrichi la capitale de l'ËTêcIié^ elle reugraissait maintenant. C'était > au bout du compte» une de ces viliea de prêtres où nul ne iiiéprise«Ie soin de la chair. Il endurcit et de^ chaîne le cœur* JLea assassinats, les brigandages étaienta fréquenta : gentilshommes » bourgeois , paysans > routiers, y recouraient en aiFaires de fortune, de religion ou d'amours Lea jeunes gêna tendaient, le soir, Tera lea liens mal lamés et^ à leur sortie, jouaient des tours noctomea an capitaine du guet dana les recoina des
* iSSI. PMrreStnr. Pea d« tanps auparavant ce belliqneaK dbiaoiiie'aivaitcoiiiiiiaiuléime compagnie de LaTanx qai marchait coatraCcBèvik Uiodétédaat V<imad(4îiiiiaittildaF€rdiaaaà) Loyt était capiuine» «e durgaaitdet charivaris, 4aa saturnales souvent obscènes da carnaval , des parades militaires , de la punition de certains personnases immorani que les lois ne peuvent et* teindre, comme aussi do la protection de certains coupables contre les entreprises de la police. Devenue trés-Ucendense % oUo fut supprimée en 1S45. Cons. suisse » Ynt, f9S» X, 48. — Le plupart des détails sur la corruption du clergé de Lausanne sont tirés de irob documents.'consianés dans Hnch. , D. prél. , xxx*uanm.
* Plerrefleur , a. 15Sl-8t , lli36-87.
rues du Pré et de la Cheneau-de-fiourg * ; mais les eedeBiastiqaes n'étaîeal paa naa plus des derniers â c rôder autour des maisons de débauche >. On citait un homme qui a^ant déjà deux femmes se prépârail i en épouser une troisième; mais le vicaire de la paroisse donnail la bénédiclion à ce pelil barem« £| quel* que mauTais que <&l le train dea laïques , les prêtres renchérissaient sur eux. Us aimaienl le jeu 9 les disputes^ les blasphèmes, fréquentaient les etuires publiques théâtre d'orgies parfois sanglantes ^ battaient les religieuses^, débaudiaient les femmes mariées 5 vivaient avec elles» et il n'y avait ni réprimandes ni excommunications qui les leur fissent quitter* Les réformes essayée â plusieurs reprises (p. 687} ne diminuèreut pas raffluence des femmes de mauvaise vie. On avait défendu qu'un ecèlésiastique pût en avoir chez lui: alors ces libertins les firent bourgeoises de Lausanne., leur achetant des maisons qu'ils choisirent eflrontément dan§ le
' Vers le milieu du 15*. siècle • Roletus el Raymundus iîiii Pétri Basset.... se submittunt marcialioni et misericordiae venerabilia Consilii Lausannse , de et super nonnullis rebcllionibus et oflensis pereos factis conira /oz Gait in Pralo, versuj Canale Rurgi, prout reiatum fueral per Jordauuru Pignar Capitancum dicti Gait. • Reg. ou Maa. ( Arcb. de Laus. ) , 1 , 272.
voisinage et 6ous l'ombre même da lieu saini; tuais afin de ne pas trop se ruiner par d auasî coûteux plaisirs y ils Irafiquaienl de leurs restes. Quant aux enfants > on les envoyait chercher leur pain oii Ils pouvaient. En revanche, de petites mendiantes attirées dans ces antres de luxure, ou même des jeunes filles de la ville, surprises sans défense par l'Evêque * et les siens» servaient a l'assouvissement de diaboliques fureurs ; et il courait les bruits les plus sinistres sur la disparition des victimes. C'est ainsi que r£glise , en croyant s'arrêter â la terre après sa chûte du ciel, ^tait tombée dans Tenfer.
Le cœur était corrompu, et la tète vide ou remplie de fantômes. Dans cette multitude cléricale si grassement nourrie do dons accumulés, le grand nombre savait tout au plus lire et écrire. Ignorants même dans l'art des cérémonies leur chant était une dérision;
* Sébastiên.—Toy. les pièces citées.
' Ordonnance de 1515» faite par le rler^ré de Morges , « do consentement des nobles , des bour^^cois et des conseillers du célèbre lieu de Morges :.. Considérant que précédemment il a été assez légèrement procédé tant par nous que par nos devanciers à l'égard des services et cérémonies que l'on doit consacrer à Dieu... ordonnons : Que personne ne sera admis ( dans le clergé de Morges ) qu'après avoir fait connaître qu'il chante d^une manière proprt à donner de la pompe au service divin... Item , que les chapelains
et ils ne s'astreigoaient pas toujours à ofiicier avec les vèteinents consacrés. Les fidèles avaient tout fait pour le culte: il n'y manquait que le bon vouloir des prêtres. Quelques-uns^ instruits pour le temps , avaient étudié à Paris ; mais la Scholastique, maintenant qu'elle n'était plus maniée par nn saint-Anselme ou par un saint-Thomas, n'était qu'une machine vermoulue retombant rar eUe*mème et sur ceux qui essayaient encore de la soulever. Jadis on avait cru pouvoir assurer Tarbre de la foi par celui d'une science qui n'avait ni ne permettait la liberté j sans se douter que c'étaientlâ deux tiges a ne souffrir guère de partage du sol entre leurs racines; puis^ la foi tombée ^ on ne s'aperçut pas que ce que Ton cultivait â sa place n'était que le pieu desséché qui lui avait servi de tuteur.
Si l'on appelle croire placer en Dieu sa crainte et soil espérance^ il est peu d'âges qui aient eu moins de foi que ces temps de ruine ; mais âussi^ comme la superstition « c'est-à-dire la croyance dans le vide et rabime, n'est que le sceptidsme retourné, rien n'a surpassé la
seront obligés d'endosser lenr soutane pour célébrer ro(Bc«« etc. Grenus, Doc. K*. 7t.
crédulité de cette époque sans foi ni loi dans 868 mœurs. 11 n'y avail plus de réaliié spirituelle: rien que des images * ; dans cette Egypte nouvelle on adorait tout^ excepté Dieu. A Lausanne 9 une raie ayant mangé l'hostie, elle devint la sainte-rate^ et fut, comme relique^ céans gardée et honorée. Quant a la Bible, délaissée depuis long-temps pour les Décrétâtes des docteurs en théologie ne l'avaient jamais lue, des prêtres et des curés ne Payaient même aperçue de leur vie
Non seulement s'en allait Tancienne foi, il en venait une nouvelle qui^ au lieu de se manifester en masse mais sur un point comme précédemment, apparaissait au contraire isolément mais partout : donnant ainsi clairement à entendre que tout était percé et miné et allait tomber en poudre* En bien des lieux,
* De même, dans la décadence de l'antiqaité « chaque bourg» > chaque village avait sa statue» son image, ou sa caverne mira- « cuteuse. > Ben j. Constant, Du Polythéisme romain, L. XH» ch. 6. — La superstition «I FincrMnlité marclifint toujours do vompagnie ou, comme Ta dit un poète : « Quand Die« s'en Ta, arriveni * les fantdmes
« Dante» Parad. , G. IX, 133:
l'Evangelio e i Doltor magni
Son derclitti, e solo a i Dccretali Si studia si , che pare a' lor vivagni.
> Rucbat, H. de la R. , I» zii , 170.
les magistrats f n'espéraoi plus rien de leurs conducteurs spirituels^ essayaient de réformer
le peuple sans leur secours^ renversement do rôle qui équivalait a un changMient de foi. Ici , Lausanne , Vevey , Moudon * , comme pour montrer Pesemple^ firent des règlements qui ne regardaient pas uniquement la police mais aussi les mœurs et les pratiques religieuses* Ces innovations n'étaient point concertées » ne venaient point d'un système , elles sortaient tout natureHement de l'opinion publique. Les doctrines aussi étaient comme traversées en tout sens par le continuel passage, d'une nuée de reiigionnaires sans lien, sans nnité , portant divers noms^ les grands noms de Huss et de Wi- ^eff ou d'autres plus obscurs souvent impossibles à démêler. L'un des hommes que fon désignait par le mot vague et mystérieux de vaudois ^ lail-
f Rucbat., IV,2ftO, V, m U Cbroniq. . 2(5.
' «... un hérétique, selon nostre maternel langage, dit un vau> dois, w PicrreQeur. — Le banneret d'Orbe dit toujours : le Pays de Vaud, sans jamais appeler ses habitants lesyaudoU(voy. ci-dessus, p. 130. ) 11 est probable que , régulièrement, Vaud aurait dik faire Vaudan, comme Valais, ValaUan: ainsi. Chapelle Vanulan^ne (voy. Bach., 1. xxvii). — Dans la suite, on trouva encore des vaudob qui, m&ne apria la Réforme, tarent esécolés, l'an en- .ir'anlres , en 1537, aux CUes , « lequel lot rompu et brisé , et puis son corps mis en cendres.» (Pierrefleur , a. I5S7, 15S5.)— Sous le
lit, avons-uous vu, causer une guerre entre deux de noB villes: îl étail de ce pays, de Moudon. Environ quarante ans auparavant , deux pauvres femmes, dont Tune fui aussi punie de mort^ avaient d^à prêché des nouveautés religieuse» dans ua village aolilaire du Jorat.
Enfin cette Église qui participait à toute la eorruption du siide et lui donnait l'exemple^ qui n'aspirait qu'à la puissance et ne songeait plus â la loi, qui voyait chaque jour les vieux croyants diminuer et les nouveaux a^étendre et prendre place, était loin de présenter au moins en elle-même la solidité et la masse qui reuasent rendue difficile à entamer. Ce nest pas qu'il n'y régnât une sorte d'unité, mais froide et re** poussante, celle de la mort. Chacun n'ayant en vue que son seul intérêt, le pape son empire, les évêiques leors seigneuries, les mornes leurs prébendes, on avait beau descendre tous ensemble vers une ruine commune, chacun y était poussé par son propre poids. Quand tout tombe â la fois, il semble que tout tienne encore; mais c'est la dissolution des parties et leur lutte
de Romainmotiers • fsroit bniles el eiequiiln par «joslke ploriciirs vaudoU , et aotreit dont il en eiut bon brait, ». (Id. %, ISSt.)
qui font que loul va tomber. Les schÎMnes» les oonciles n'avaient servi qu'à montrer en grand l'impuissance de l'Eglise^ promenée en specta- <de de nations en nations , et dont la robe souilf lée vint traîner jusqu'ici Les évècbés, comme celui dont ils dépendaient tous, nounjssaienl aussi leurs querelles intestines. Disputé par deux prétendants y i'évècbé de Lausanne eut son pe« lit schisme^ tandis que Félix V et le condle partagaîent la chrétienté. Ceci n'était pas chose nouvelle dans une église enviée et qui avait souvent lait preu.ve.de liberté: seulemen.t, ces agitation]»
La translation da concile ét Bàle à Lausanne (clos en IU9) «^apporta dans noire ville que dnmooTment,da bruit, de la curio« ailé et la crainte de la peste (Pellb, II, 117). Cependant le vénérable Georges de Saluées était alors évoque , et c'est vers celte époque ( a. 1455) que lurent |ironiul(jucs les statuts snr les festins et les courtisanes (voj. ci-dessns, p. 58S et 68S). —Pende temps après la clôture du ooncile> mourut celui qui en avait été le béros on , comme le dit JBneas Sylvios, VBeeêart Loys Alamand, arcbevéque d'Arles et cardinal, le principal promoteur dn pape Anié*FéUx dont il^tait né sujet. LVrcbevéque de Gracovie> son voisin de cellule an conclave et grand amateur de gibier , prétendait que c'é'tait un homme sans estomach-, et qu'il ne l'avait jamais vu ni dor-» mir, ni manger» ni boire (Toy. LenfanI , Conc<>de Bile , II. hk sqq., et Gons. suisse. Y, A7I ). Maigre» efflanqué» toujours à lire on i écrire, le cardinal. Alamandns laissa une réputation de sainteté et de miracles ; elle pardt avoir lait aussi impression dans nos contrées , à en juger par des vers en langue vulgaire composés on copiés ici à sa louange vers le milieu du 16*. stèclé ( Voy. BibL ^t. , MSG» Beeiêtiast. , S9 ).
devenaient toujours plus allaire de çlergé et do pouvoir, et toujouro moins affaire de peuple et de croyances. Une fois élu, ce n'était pas chose facile pour notre évéque^ souvent absent j» que g^ouveriier celte * armés de prêtres et de moines, ignares, brutaux, licencieux , sans parler de seé démêlés, comme, prince temporel, avec les bourgeois. Sou Chapitre, surtout, lui donnait beaucoup de peine. Riches, nobles, influents dans le pays par leur naissance et par léur fortune, les trente chanoines de la Cathédrale fuient plus d'une fois pour T^véque d'incommodes rivaux; et, dan^ les derniers temps même ^ ça. les voit assez enclins à l'embarrasser de leurs droits antiques * , bien qu'ils les fissent
' Ces droite furent réglés sous l'épiscopat d' Amédéfl de Hauterive , et signés par plusieurs dignitaires acct^ijlitlt|Oet« entr' autres par le Prévèt Itti-rméoMr lequel , est-il renpMTflié dans l'acte , avait été hmtante ans en c/ta/j^e. lues duels judiciaires devaient se faire en préf tence du Prévôt, et la moitié de TaïQende payée par le vaincu lui appartenait. Le Chapitre assemblé jugeait les voleurs. Les Chanoines avaient droit à certains repas que l'Evèque devait leur donner, ainsi qu'aux offrandes apportées dans les dédicaces, où ils accom-» pagnaient l'Evêquea cheval. (Voy. l'acte, traJ. dans le Cens, suisse, III ,25 et Muller , L. I. ch. 14, n. 529 sqq. ) Par la suite, el lorsque la constitution de Lausanne se lut complétée, ils eittrcrent dans la composition du Plaict-Géncral et de la grande Cour-Séculière (Voy. plus haut, p. 647, 6ii8) — Dans les temps qui précédèrent la Réforme, les prébendes des Chanoines étaient de 4,000 écus d'or , monnaie qui, en 1506, valait une de nos pièces de fj francs, et, un siècle auparavant, le double. Le revenu de l'Evcquc passait pour être da
servir avant tout à la sécurito de leurs dérèglements. Le Chapitre, à son tour, avait vu des (GoU^s de chanoines s'élever contre lui et contre le pouvoir central qu'il représentait. Il en existait un à Neuchâtel, très-ancien el qui avait contribué â dottlie^ à ce pays une existence a part. Mais celui de Berne et de sa Collégiale de saint- Vincent deveilah aurtoul formidable Etabli aux extrémités de TEvêché, dans une ville grandie au milieu do la décadence de ce dernier; ses désirs d'accroissement et d'indépendance marchaient naturellement de concert avec ceux de Berne, qui les favorisa pour s'en* servir.
Les divers ordres religieux n'avaient pas non plus terminé leurs querelles. Mais au «lieu de l'ambition forte qui les animait autrefois ce n^étaieiit plus que de misérables jidousies, au
SO.OOOécus d'or( Voy. UChroniq. , p, 53.). — En U9ii, il y eut «né coaiMtolîOA d« juriAiBciion entre l'Evêque et le Chapitre au sujet deshérétignes doota^iû avons parlé, p. 774. Voy. Ruch., Abr. , p. 90. .
* Formé en H90 ou peu après. Schweiz.Geschichltorscber , VI, 170. Corr. Boyve, Indifj, helvét., p. 42.
' Ruch.,H.dc la l\éf.,I, 382sqq., J. J. Hottinger, H. des Suisses. L. II, ch. i. — En 15127 , Berne l elusa de payer à révéché de Lausanne l'aDlique redevance moyennant laquelle il avait permis qu'elle lut érigée eu paroisse. Yoy. pl. haut , p. 597, n. i.
lieu de Tenvie de se surpasser celle de se sup-i^ planter. Le douzième siècle , hérissé pour nos yeux de si farouches ténèbres^ ne s'étail pas cou-i ché sur un monde sans gloire, car c'est au reflelde la lance des preux et sur les remparts dea bourgeois ou les clochers des cathédrales que s'éteignit son dernier soleil. Le treizième siècle continua el accomplit le précédent travail , maia par d'autres instruments. L'élément bourgeois et monarchique commence alors â dominer , et Té-c lément féodal a se dissoudre; la Papauté achève de se débarrasser celui-ci el n'a encore riea à craindre de celui-là; enfin^ son armée monas-i tique j bien loin d'ùlre affaiblie, s'augmente encore et prend un nouveau génie avec les Ordres Mendiants. Quand les premiers Bénédictins eo-t reut achevé de défricher l'Europe occidentale et de lui ôter la barbarie du désert^ alors que Ci« teaux et Cluny s'endormaient dans leur abondance, les Ordres Mendiants étaient venus, opposant é l'orgueil de cette antique richesse celui de leur jeune et active pauvreté: les Franciscains, plus mystiques, les Dominicains d'un gé^. nie plus austère et plus réel ^ Mais tpus^ ar^.
' L'un lu lulto serafico ia ardore , I/allro per sapienza in terra fue Di cherubica lucc uuo spicndorc.
( Dante , Parad. , XI, 37. )
dents ohcmpioDS du 8aini-Siége« circalaienl^ pour
l'y servir, dans ce grand peuple communal réveillé dejmia peu et attaché à ces moîaes popu«
Ils anriTéreni hA dans le temps oh, les bour-*
geoisies s'accroissant par tout le pays , Lausanne entrait dans la même voie et cessait d'avoir seulement le caractère d'une église et d'un évèché : cette coïncidence mérite d'être remarquée. Les Franciscains choisirent leur demeure et plan** tèrent leur clocher sur colle de nos trois collines qui descend au rivage mais lentement et comme pour se promener a loisir le long des flots* Les Dominicains s'établirent dans un site plus pâle et moin9 ouvert ^ mais plus près de la Cathédrale et pour ainsi dire perchés sous son ombre: ils n'avaient â leurs pieds que le lit argileux d'un petit ruisseau enterré aujourd'hui sous la nouvelle place du marché mais enjand)é alors par un simple pont en bois ; et devant eux » dans un éloiguement médiocre, les Plaines-du- Loup^ comme on les appeUe encore, dont les Caiibles cdteaux ont l'air de ne pouvoir soutenir le ciel et le laissent tomber brusquement. C'est l'arrivée des Dominicains qui paraît avoir fait le plus do bruit. Lausanne eu était au milieu de ce tumulte de guerres civiles et d'incendies qui
dura plus de viiigl années cl d'où le pauvre évèque BoniCiioe prémédiuil de s^enfuir. Sur les murs^ aux portes et dans leurs maisons , les bourgeois avaient a se défendre contre l'ennemi souvent posté sur l'une des collines intérieures, et contre le feu employé aussi pour arme de guerre. Au dehors, les Chanoines voyaient encore les flammes dévorer leurs métairies déjà épuisées par les rigueurs extraordinaires de l'hî* ver ; et tandis que les gens d'outre-lac débar* quaient incessamment sur le promontoire ou saint-Prothais avait voulu être enseveli, les bour» geois de Lausanne et ceux des villes de TËvèohé faisaient mine de chercher leur force en eu;ic seuls. Dans un pareil état de choses > ce ne fut pas une petite douleur pour le Chapitre que l'apparition de ces autres rivaux, les frères Pré* cheurs comme on appelait plus ordinairement les pnfants de saint-Dominique. Le malheur des. temps se joignit â l'intérêt de la nouveauté pour attirer le peuple autour d'eux. L'emplacement choisi par ces nouveau venus touchait aux murs d'euceime, non loin d'une porte dont il reste une grosse chaîne de fer. £n dehors de celle-ci se prolongeait encore une rue, jusqu'à la hauteur qui partage les deux ruisseaux de Lausanne , et que doit percer une roule monumentale, pour embrasser les trois coUiues de ses vastes con-
7St
iours. Mais oelto rue extérieure^ d'ailleurs sur«* veillée par le château ëpiscopal , étail de bois el habitée par des Juifs. Malgré leur voisinage , ce lieu assez reculé plut ou convint à ceux que les seigneors-Chasoiiies regardèrent comme des intrus. Us l'achetèrent , et quand ils y eurent élevé leur petite chapelle de bois^ les ciqq églises paroissiales ne iardèrent pas à se trouver désertes. Une église et une maison témoignèrent bientôt de la popularité de ces nouveaux frères: les Chanoines, ne se voyant soutenus ni par le peuple ni par r£vêque , durent prendre le parti de s'accommoder avec eux et les accepter à certaines conditions. — J'eusse raconté ces choses en leur lieu , si elles ne m'avaient produit l'efFet de rompre le (il ou au moins de lé nouer désagréaUement plutôt que de s'y enrouler et de le- suivre. L'arrivée des Dominicains semble avoir été un événement parmi nous , mais dès lors il est difficile de retrouver ici leur trace» Ardents champions de la Vierge dont le culte plus que tout autre répondait au goût chevaleresque de leur temps et dont la cause les divisa , les Ordres Mendiants , par leurs doctrines; par leurs disputes » par leur activité^ eurent incontestablement sur la chrétienté une influence â laquelle nous pûmes être soumis; mais on ne peut» jusqu'ici^ la préciser par des faits qui
nous appartiennent. Ils étaient ches nous et y recevaient sans doute les vues de leurs partis ; ce* pendant on ne voit pas qu'ils aient eu beaucoup Tambilion d'y faire autre chose que d'y prospérer et d'y vivre. A la fin de leur règue , quand ils se croyaient bien assra et qu'ils allaient être remplacés par les Jésuites dans la défense de Rome^ de nouveau ils font bruit dans notre évêché» mais ce n'est plus à Lausanne^ c'est à Berne où tout se transportait. Les Dominicains y jouent leur abominable comédie : on ne peut pas la contester^ puisqu'ils Pa vouèrent, mais par la torture à laquelle furent également appliqués les bourreaux et la victime^ les accusés et Taccnsateur lÀy c'est par ce coup terrible, oii se retourna sur eus-mèmes la cruelle énergie de lenr Ordre^ que finirent les Dominicains. Ici leur chute et celle de^ Gordeliers fut misérable. Ils avaient un Tieil eiemplaire de la Bible et n'en savaient rien ; il fallut que les Réformateurs le leur découvrissent. Disputaient-ils^ scbolastisaient-ils , au moins, pour se dissimuler que leur temps fut yenuP il ne parait pas. L'£vâque lui-même ne comptait plus sur eui ; et les filles de joie étaient^
* Racb., T. VI, Append.» p. 6917.
"Cb demble, leur plus grand sujet de querelles Ainsi, de la longue existence des Ordres-Mendiants dans le pays , an ne dëoourre que les deux bouts; le milieu se perd dans ce qui l'entoure: eeci nous justifie de les ayoïr réunis.
Il faut se résigner à lanecdote^ à l'historiette, dans une histoire telle que la nôtre. Vouloir d'elle un enchameiuent visible et fort de toutes ses parties « ce serait exiger trop. £lle n'a aonvent qu'une façon de continuité vague, et que peut-on lui* demander do plus ? Parfois de grands peuples ne sauraient offrir davantage. Il en est, dans ce cas, d'eux et de nous, comme de la plupart des hommes^ qui de quelques époquea de leur vie ne sauraient dire autre chose sinon
qu'ils vivaient en ce temps-ià : ei ego Mous
n'avons échappé à aucun des grands mouvements; mais arrivés jusqu'à nous, facilement reçus , ils y trouvent une certaine vie déjà toute faite 011 ils entrent aussi aisément qu'ils y seront vite amortis: c'est ainsi que souvent mue
■ « Un certain Chanoine était allé à ré^»lise des Cordelicrs pour » avoir une fille de joie , menaçant le cordelicr qui Tavait et lui » jetant des pierres pour se la faire abandonner ; mais ne l'ayant » pu obtenir , il était devenu fou , courant les rues ». Plaintes de la Bourgeoisie de Lausanne , a. 4533.
du dehors, elle n'ea tourne pas inoios sur ellemême , qu'elle te transforme sans oéder jamais la place ^ qu'elle s'inaciive si j'ose dire, et quelle ne s'interrompt pas. Assurément, il a fallu uné sorte d'adresse â se retrouver toujours, et une certaine puissance de subsister, pour qu'un aussi petit peuple ail traversé tant de siècles, tant de choses, tant de vicissitudes, tant de dominations sans s'y perdre, el qu'il m% m an contraire s y démêler une vie (|ui fut de plus en plus â lui. Nous avons un vieux proverbe dont la sagesse me platt , ornée de notre rustiqte Iang;age : Epi â épi refait la f^lane * : voilà ce qu'il dit. Récolte précieuse! plus triste èl plus humble, elle n'est pas )q ffuit d'une peine moins grande que la gerbe , moissonnée , enjavdée â grands coups ; et c'est la main d'en*baut qui, toutes deux, les a semées.
* Tsé épi se fa ia lienna* Ce revi, comme on appelle un proverbe dau DOS Alpes , a quelque chose déplus serré en romand , grâce au mot Irddont l'emploi, devenu asses peu fréquent, témoigne d*anciennes ressources de cette langue perdues aujourd'hui. On dit dans d'autres dialectes, thô {th anglais» très-dur); à thApou, peii-àpeu; à thô mile, mieUeà miette.
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Ces longs siècles du moyen-âge y dont Tache vement vient de mettre une pause à notre récit» ne sont â beaucoup d'égards que les sources et les préparatifs de Thistoire moderne. Cette époque où s'unit lani de bassesse â tant de grandeur, tant de force â si peu de maturité, tant d'éclat à tant de nuages , ce monde qui contient plusieurs inondes dans son sein , a en même temps quelque chose de si imparfait , de si mal organisé , de si vacillant , et de si enfant sous son air suranné, qu'on serait lenlc de le prendre pour rébauche de ce qui le remplacera.
Il on est surtout ainsi, en ces temps-là, d'une yie telle que la nôtre, où dans un si petit espace se meuvent et s'entortillent autant de fils , autant d'intérêts divers , que dans un grand. Toute sorte d'événements * , toute sorte de personnages * ont passé devant nos yeux, la plupart in-
' Invasions, établissements, désastres, difficultés premières; guerres d'indépendance dans les montagnes, guerres privées, guerres étrangères ; royaume passager^ éclair de conquête, vie iéodale, courses chevaleresques; fondations religieuses» défrichement des déserts , relèvement des ruines , construction de nouveaux édifices, de la tour barbare , du donjon royal , du manoir seigneurial , achèvement de Chillon et de la Cathédrale ; travaux , enri« chissement, sommeil de TEglise • gloire et décadence de l'Evéché ; querelles det vassaux et do smerain, de l'Evêque el da Baron » de le commonc et dn aeisnenr ; petites expéditions netionales autour de soi, en Savoie, eo Danphiné, en Yalais» dans les gorges du Jura, sur Berne, sur Pribourg; puis, dans le confusion du soir, pour toute vue de la patrie , l'aspect morne et sanglaiit d'un champ de bataille où deux grands ennemis ont lutté une dernière fois ; etc.
* Les étrangers : saint-Romain, Brunehant, Theudelane, Tabbé Hughbert et Waldrade, les ducs Berthold fondateurs de villes et ai terribles qu'ils passaient pour avoir fait cuire de leurs serfs (MuU., L. I, ch. 18, n.61)»Ie Petit-Gharlemagne,rempereur Rodolphe, le pape Grégoire X , le seigneur Ajmon l'ami des pèlerins , le Corate-Verti le Comte-Rouge, le pape Amé-Félix , Charles-!e-Téméraire, etc.— Les nationaux : le Rudolf des montagnes, celui d'Italie etd*Ermengarded*Ivrée , Conrad et les Sarrazius, la reine Bertbe; heaucoup de grands évêques, saint-Prothais» saint-Maire , Rozon, Henri, Hugues, Barkard, saint-^médée, ce Guillaume d'Escui letK qui , siégeant un flambeau à la main sous les arbres de la fo* rct de Prévercnges , y minJil solennellement tout attentat contre l'indépendance de l'Évéché ( voy. plus haut, p. 606, GS4, et Mull.
connus au dehors^ oubliés ici^ mais qui> à travers tant de siècles et de ténèbres» laissent per* cer cependant quelques traita de notre figure et de notre vie. On sent aussi qu'ils sont loin d'être complètement noua» qu'en eux, a vrai dire» nous n'existons encore qu'à demi : ce sont là, si l'on veut, nos origines bien plus que notre histoire, qui ne gagne, au seizième siècle» son unité et sa véritable direction que pour rester stagnante dès lors jusqu'à notre âge. Tant il est difficile aux petits de se faire jour! encore est-ce là un beau résultat» quelle que soit lobscurité du chemin par où Ton y arrive. Il serait injuste de n'en accorder l'honneur qu'à ceux qui ont été en pontion de faire éclat pour Fobtenir. Moins gênés dans leur début» ces derniers ont eu de l'audace»
L. if-cb.lô» n. i70); le grand Prévôt Cuno d'Estavayer; les seigneurs « les chevaliers et leurs Daines, Louis , baron de Waut, Jean son (ils, Catherine de Waut et Catherine (VKstavaycr, Ga* brielle de Ver^^y , Guillanme et Olhon de Graudson , Girard d'Estavayer, Henri de Colombier-Wufflens le premier des'six compagnons d*Amédce à Ripaille, Humbert de Vullierens au siè[re de Sion, Jean de Gruyère sur les vaisseaux an^jlais , Rodolphe au pont de Vicge et au pas du iSanct.stli , Liicc d'A!l)t'rjcux , la pauvre Madeleine de Miolans; le riche bourgeois Fraucouis , les vaillants pâtres Clarimbord et Ulrich Bras-dc-fer , les hardis syndics ou bourgraaîlre Urbain Gunelli, Humbert Cerjeat, Henri Sei{jncux ; l'irréconciliable ennemi des Suisses, Pierre du Chàtelard , ses trois fils, et ceux qui moururent avec Nicolas Dejoox, avec Claude d'Ëslavaycr et avec Pierre de Cossonay; etc.
les autres de la patieDce el une vague idée fixe qui s'est trouvée claire une fois et réalisée. Tel est notre cas. Nous avions une pente > mais longue, mais presque insensible et entremêlée à toulc sorte de terrains: nous l'avons pourtant fidèlement suivie, et elle ne nous a pas trompés.
11 se présente assurément dans notre histoire , surtout jusqu'au point où nous Tavons laissé se reposer un instant^ beaucoup de ces événements qui ne font qu'entrer du dehors dans notre vie et qui ne s'y incorporent pas. Mais je vois aussi que, malgré ces accessoires étrangers et la lenteur de son propre cours, elle ofire cependant un certain ensemble et une direction que le moment est venu' de faire ressortir ^
Avant le xii^ siècle, notre vie est, comme cello des peuples dont nous faisons partie, ou cachée dans l'ombre générale , ou absorbée dans les
* Dans ane histoire toile qae peut être celle d'un peuple qui passe ponr n'en avoir point, j'ai dâ» avant tout, chercher des événements, des dits revêtus de quelque forme et de quelque couleur, enfin tâcher de faire sentir le relief plutôt que la liaison nécessairement un peu vague de notre vie. Mais il me serait facile de montrer dans les Eclaircissements, s'il y a place, quels sont le mouvement et l'ensemble des divers faits qui ont passé devant nous: pour le moment, je dois me contenter d'en marquer les principaui traits.
grandes masses nues et désertes de la barbarie , ou éparpillée dans les mille compartiments de la féodalité. Cependant elle a dëjà gagne quelques points qui sont bien â nous. Il j a un Pays-de* Yaud avec ses vieilles cités restaurées , avec des bourgs nouveaux et de nombreuses métairies dont plusieurs se sont transformées en villages. Il y a un évéché de Lausanne» honoré du souve« nir d'hommes pieux , enrichi de beaux droits par ,Ie ppemier Rudolf et de grands biens par le dernier. Les maisons de bois ont été plusieurs fois reconstruites au débouché fertile de la vallée de TAvançon dans oelle du Rhône , depuis que le Lombard vaincu laissa tomber en fuyant ses armes dans les marais. Dès longtemps la tour plantée sur les monts du Joral comme un cimier noir sur un casque bleuâtre ne voit plus les gorges des. Alpes vomir dans la plaine le Maure et le Hongrois.. La Cathédrale agenouillée tend peu-à-peu son arc vers le ciel. Déjà nous détachant des grandes masses euvironnaules pour nous fixer sur nous^mèmes^ un petit royaume héroSque et montagnard s'était formé autour du bassin du Léman , centre naturel dont nous occupons la plus belle partie.
Englobés dans l'incohéreutc iuimeusilé du Saint-Ëmpire , éloignés de son chef incertain et n'étant plus nous-mêmes centre pour persou-
ne , d'ailleurs asies enclins â profiter de ce
que nous tenons à tout pour demeurer à part, nous pûmes la abémeni suivre notre tendance^ continuer â nous faire une vie propre , â nous isoler, et y avancer beaucoup. Cela s'opéra ainsi pendant le xu® et te xiii* siècles. — L'autorité morale et la puissance sécuFière de l'Evèque aidèrent à contenir la licence de la féodalité opposée â toute idée nationale et d'ensemble. Le gouverneur ou le grand feudataire impérial battit les. vassaux inférieurs â Avenche, au Grindelwald, puis à Chillon, et, encourageant la classe bourgeoise, fonda , étendit les libertés des communes. A la fin du xm''. siècle, temps de ruine pour lo principe féodal vaincu dans l'Empereur et dans la basse vassalité, TEvèché, la principale seigneurie du pays , est dans toute sa gloire et son indépendance; les communes ont le modèle de leurs Charles et quelque ensemble d'organisation; la ville de Lausanne, commençant d'agir pour elle seule, sépare, commç bourgeoisie, ses intérêts de ceux de son église; et enfin, au lieu du Recteur impérial de Bourgogne, il y a un Baron de. Vaud ».
* La position de THelvctie orientale el de THelvétie occidentale i^'était pas la même à Tcgarddea goavcrnears et grands feudaUires impériaux. Aocun des nôtre» , ni tes Zsringen , ni les Ribarg , ni les 'Savoie ne parviennent à l'Empire; ils nous tiennent de lui.
Aux XIV* et xv^ siècles il n'y a plus que trois
pouvoirs en jeu dans le pays : le Baron , TEvèr que et les. Ck>fnmuaes. L'Empereur iniervieal par ci par là , mais seulement pour reconnaUre des droits établis et gagner aiosi quelque argent. La noblesse romande décline ou disparaH peu*a-peu dans ses querelles privées^ ou daua les guerres étrangères de France et d'Angleterre, d'Italie, de Hongrie, d^outre-^mer. Les seigneurs deviennent les hommes du prince » confondent leurs intérêts avec les siens , et à la fin de cette période sont les seuls qui le défendent. Le Çaron, surtout lorsqu'il est en même temps comte ou duc ' de Savoie 9 dispose aisément d'eux et des comr munes pour ses projets â l'extérieur ; mais , k, mesure qu'il s'étend au loin, il perd na-
L'Helvétic allemande , en résistant aux Habsbur^; qui y avaient leur premier point d'appui, ne faisait que ce que tous les membres de J'Empire, qui tendait toujours plus à devenir une république lédérative, faisaient comme elle: savoir, se soustraire le plus possible au poids'du centre et s'en rendre indépendant. L'IIelvélie runi,ane agissait de même, et avec plus de facilite, comme la Provence qui était encore moins gênée. Mais elle le laissait faire davanta^je à ses chefs particuliers , n'ayant pas à craindre d'eux ce que l'Helvélie allemande avait à craindre des Ilabsburg , le pouvoir suprême. Pierre de Savoie et Guillaume Tell servirent ainsi au même but. On dirait que l'imaf][ination populaire en a laissé percer quelque chose , à voir la manière dont clic n consacré le souvenir du pàtr$ d'Urietdu seigneur d« Ghillon , baron do Waut. (Voy* ci-dessus , p. 618. )
lurellemeiil de son poids à rinlériear qai se dégage de plus en plus. Lui el TEveque s'y usent eu ouire l'un contre l'autre. Tout ce qui n'est pas national dans le pays est insensiblement poussé dehors ou &j affaiblit, il ne va lui rester bientôt^ pour représenter et diriger sa vie propre ^ que les bourgeoisies avec les bonnes- villes à leur tête: elles en font une peti|e oonfedération d'un caractère toujours plus républicain. Mais ici l'élément communal se trouve en contact avec un voisin plus fort comme aussi plus développé et qui en absorbe les gains à mesure.
Au XVI® siède, Berne et Fribourg déclarent morts l'Evèque et le Baron et» abusant de leur supériorité pour forcer nos communes à devenir leurs pupilles y s'emparent à ce titre de leur héritage , jusqu'à ce que dépérissant à leur tour elles soient contraintes de nous le rendre amélioré^ surtout débarrassé de toute prétention en sousordre qui aurait pu venir Tembrouiller encore.
S'il n'était besoin de trop de détails étrangers à cette histoire qui ne sort pas, ô mes Amis ! du cercle de notre foyer, on aurait peu de peine à faire voir que, pour sa part inaperçue, tout ce développement a concordé de phase en phase avec un plus grand, avec celui de l'Europe centrale et occidentale, qui devait produire la civi-
lisaiion réguaule aujourd'hui. £i cepeudaut uous n'ayons jamm perdu de me noire secret désir : au lieu de suivre le train général dans le but de nous y absorber et de nous y confondre^ nous n'y avons cherché an contraire que des occasions et des forces pour uous isoler , pour nous créer
' un sort 9 une retraite a nous. Plus notre vie se fait^ plus nous nous détachons. Cela est bien firappant alors que , sous la même suzeraineté que. la Savoie, une de nos plus proches voinnes, nous ne vivons nullement comme elle^ à peine avec elle. Prenani part â l'agitation générale et n'y ré* pugnant point, tout notre penchant est de nous tirer de coté; notre plus fort, notre premier vœu, d'être a nons*mêmes , parce que c'était la pre-
^ mière condition à remplir pour arriver â notre véritable destination, â odie qui nous permettrait d'être quelque chose par nous seuls tout en nous rattachant ailleurs, et de nous donner a d'antres sans cesser dto nous appartenir. Celte combinaison ne pouvait se réaliser que dans la vie helvétique, passé laquelle, s'il fallait en venir la, il n'y aurait plus pour nous qu'à disparaître en quelque sorte de nous-mêmes en faisant violence a toute notre nature et â nos sentiments les plus chers.
La nature et l'histoire, en effet, ont créé un
tout que j'appelle helvétique^ et de la vie duquel la Suisse proprement dite n'e^t qu'une des principales manifestations devenue de plus en plus identique à ce qui Ta produite.
Ën géographie, c'est un haut-pays fermé pap deux chaînes de montagnes et par deux grands lacs. L'enceinte est bien marquée; mais l'intérieur a lui-même un mouvement si prononcé qu'il semble vouloir absorber dans sa variété inépuisable la précision et la fermeté du contour* Celui-ci y toutefois 9 vu de plus près ne se trouve être que le résultat et comme la dernière expresr sion de l'ensemble caché da.ns Tapparente con-r fusion de l'intérieur. Toutes ces hauteurs ^ si dis? verses de formes, d'attitudes, et. d'inclinaisons,^ se tiennent pourtant accrochées par de secrets sentiers ; toutes ces vallées si tortueuses s'engrènent les unes dans les autres, et de ces mille replis d'un sol que l'on dirait se mouvoir encore, il n'en est point qui ne viennent aboutir à la chaîne d'argent et d'azur dont le pays est enlacé. Mais tandis qu'ailleurs 9 tout étant vaste et ouvert > on se tend la main sans peine et que le rassemblement se fait, si je puis dire , à grandes brassées, ici Tisolemenl est plus difficile à surmonter, il faut se résigner à la lenteur des détours, on ne peut se visiter et ^'^ppreiidre à se connaître qu^ par-lâ. C'est ains\
que toutes ces inégalités s'entrelacent et s'aplanissent peu-â-peu dans leur liaison^ se laissent vaincre par refforl des hommes, et que tout a une issue pour se sortir de soi-même; mais on peut partir de plusieurs points â la fois^ marcher * long-temps » faire bien des haltes et changer souvent de stations, avant de 8*dtre tous et pour toujours rencontrés. Il semble, au premier abord, que les Alpes doivent être le point de mire et attirer vers elles, comme a un oenire, chaque rayon. Mais les Alpes soulèvent THelvétie plutôt qu'elles ne la ramassent; elles en sont le refuge ou Tappui plutôt que le véritable centre. Il faut chercher eelui-ci à leurs pieds, soit dans le bassin de FAar sur les bords duquel s'était déjà élevé Aventicum (geniis caput : Tacite) ; soit, mieux encore, vers le confluent de KAar et de la Reusa, les fleuves suisses par excellence, dans ces plaines où les Romains eurent déjà Vindonissa leur prin-^ cipale forteresse et où, depuis plusieurs siècles, les diètes helvétiques et les sociétés patriotiques ont volontiers choisi leurs lieux de réunion.
Voilà THelvélie telle que la nature Ta faite ; et l'histoire nous présente une Helvétie concordante avec celle là.-^Dans un pays qui est à la fois aussi tranché et aussi diversifié, la même vie dut se
manifester sur plusieurs points dans le même
moment et y demeurer longtemps sans liaison : c'est ce qui a eu lieu. L'émancipaliou, riudépeudanoe était partout naturelle sinon facile ; mais, passé certaines limites , le travail d'alliance et d'unité a été très lent: promptement on se rendait libre» et il se rangeait promptement quei^ que chose autour de ce premier mouvement; mais au lieu de partir de là pour gagner le reate^ la liberté s'était déjà fait jour ailleurs^ laissant» dans ces espèces de sauts brusques» chacun a part et assea .content de son lot» parce qu'il avait a peu près tout ce qu'il, pouvait avoir. L'esprit d'isolement du moyen-âge favorisait d'ailleurs cette tendance. Mais eufin tel est le caractère propre de TUelvétie et de ce qui y est arrivé.
Avant les premières confédérations des Suisses» il s'était (ait dans notre encemte de montagnes bien des révolutions et des alliances, et il s'en fit encore après. Bien des communes s étaient aifrancbies» bien des seigneurs rendus indépen* dants^ que le GrUtli était encore sans gloire. Ici entr'autres» on pouvait compter» en 1308» plus de cent-cinquante années depuis qu'Amédée de Hauterive avait repoussé l'oppression d'un prince étranger et rasé aussi un fort insolent ; plus de quatre-vingt depuis que Guillaume d'£scublens avait déchargé son évéché de toute protec-^
liou onéreuse; ei au moins vingt depuis que Moudon avait commencé de réunir autour de ses belles franchises les communes Yaudoises» el que INyou eu particulier obtenait par les armes une charte modelée sur celles-là ^Sans doute le Gruili et les fiers rivages de celui de nos grands lacs qui a les mouvements les plus forts et les plus vifs., demeureront â jamais le sol classique de no* tre liberté : les Thermopyles helvétiques sont à Morgarten; non seulement cUgne de celtes des Grecs, il les rappelle encore par sa situation en tre la montagne et les flots. Mais on ne doit pas non plus méconnaître ce qui s'est, quoique avec moins d'éclat , fait dans le même esprit > dans le même théâtre et parfois dans le même temps. La première coufédéralion se forma dans les Alpes forestières : mais tout ce qui s'élève dans les Alpes tend, comme les sources et les fleuves, à en descendre; et Taccession de Berne et de Zuricb^ animées aussi depuis longtemps de la vie helvétique, attira bientôt vers la plaiue le plus grand poids de la confédération. Cependant par ce pre-
' Les actes q«e Ton possède encore , sont de 1 295 , deux ans après la première conlédération (temporaire) des Waldstaelics; mais Nyon avait déjà obtenu des chartes en 4290 et 1279. Pour Moudon, on a , an moins . la date de 1285 . laquelle est bien rapprochée de ISSU et dn Comte Pierre. Voy . p. G21 , 623 sqq.
mier centre tout ce qui s'était développé isolément dans la sphère helvétique ne se Irouva pas tout-i« coup réuni ni même simplement rapproché. En dehors de cette masse principale^ il resta plusieurs fragments : sur le plateau comme au sein des monts, il se fit encore des affranchissements^ des alliances^ des confédérations. Appenzell devint libre^ les Suisses ne purent empêcher les Valaisans d'humilier leurs seigneurs^ et les Grisons orga* nisèrent leurs Ligues. Enfin, dans la Suisse romande^ Fribourg échappait â l'Autriclio et à la Savoie, Neuchâtel avait depuis longtemps ses franchises, Lausanne et Genève, de plus en plus indépendantes, s'alliaient avec Berne ^ et nos communes, libres, florissantes, helvétiques d'es* prit comme elles l'étaient d'origine, formaient aussi a leur manière , leur confédération * . Il ne manquait plus au Pays-de-Vaud tout entier que d'avoir accès dans la Suisse nouvelle. Il l'eut, mais par un effet de sa position, de ce qu'il y avait en lui de particulièrement isolé et, jusqu'à un certain point, de complet, ce dénouement naturel et désiré de notre petit drame devint une catastrophe qui se termina dans le sang.
Toute domination anti*républicaine dans Ten-
* 'Voy. ci-dessus , passim , el page C9tJ.
oeinte de l'Helvélie élait en ruine même la domination pacifique de la Savoie. Mais il restait à combaiire^ après les seigneurs indigènes grands ou autres^ le principe même quils avaient 8uc<^ cessivement représenté et qui revenait à la charge avec un souverain étranger. Notre position , nos origines^ nos mœurs nous mettaient entre deux, et nous dévouaient nécessairement. Cepen* dant^ quoiqu'elle dftt un moment nous abattre^ il n'y avait pour nous d'heureuse victoire qu avec les Suisses 9 car c'était une question de vie ou de mort pour THelvétie. La première confëdéralioa avait acquis le droit de se rattacher i'Helvétie entière ; il le fallait : c'étaient la les grands plans de Berne qui malheureusement y mêla trop son intérêt pour ne pas en faire jaillir une nouvelle source de maux. Quant à nous> si Charles-Ie- Hardi avait eu le dessus > on devait s'attendre a un second royaume de Bourgogne, probablement réuni encore une fois â TEmpire, dont il nous eût fallu ainsi rapprendre le chemin : tout aurait été à recommencer. Cette guerre fut donc vraiment pour THelvétie une guerre de famille , tragique mais décisive. La Suisse, ramenant au bercail sa petite sœur qui ne demandait pas mieux car elle avait fait ce qu'elle avait pu pour la rejoindre , la frappa d'une verge que , de sa part, elle ne méritait point.
C'661 par là que nous fûmes ralliés au centre.
Mais avec nous il commença d'être déplacé. Notre pays» notre histoire et notre vie sont helvétiques ; mais ils pèsent fortement à Tun des bouts et ne peuvent pas se rattacher à un ensemble matériel. Ils ne peuvent Tètre qu'a un ensemble morale dépendant de tout ce qui fait notre nature et non pas de la supériorité temporaire de quelqu'une de ses parties. Pour la Suisse plus que pour tout autre il n'y a d'unité possible que celle-là ; et c'est la seule surtout que nous puissions avoir avec elle et qu'elle puisse avoir avec nous: une unité placée dans une sphère assez libre et assez haute pour que des diversités aussi prononcées n'en souffrent pas, et qu'en particulier la plus isolée de toutes , parmi celles qui sont au premier rang, savoir la nôtre , puisse s'y soumettre de bon gré. Aussi» depuis notre réunion violente à un centre qui, d'ailleurs, helvéliquement n'était pas le vrai» l'unité matérielle de la Confédération se irouva-t-elle compromise; et» comme il lui fallut du temps avant de s'en faire une autre » on ne la voit plus dès lors que végéter. Dès que la Suisse propre^ en s'étendant jusqu'à nous» coïncide avec l'Helvétie» aussitôt se montrent la Réforme, et Genève» et tout un nouvel élat de choses qui tend à substituer les
forces morales el la seule unilé vérilabte aux forces maiëriellos cl à leur diversité.
Ce changement el uotre rcuiiion qui fut une de ses priocîpales causes » dalenl ea réalité , nous rayons déjà dit, de la Guerre de Bourgogne. L'occupaiiou bernoise n'a pas cessé depuis 1475 jusqu'au jour y encore voisin de nous» qui la vit disparaître. Ici, la Réforme elle-même ne fut avant tout pour Berne qu'un moyen de hâter et d^assurer Texécution de ce qui avait été irrévocablement décidé à Grandson el à Moral : savoir le remplacement d'une suzeraineté étrangère par une suzeraineté indigène dans une contrée que sa nature^ son histoire et sou développement de liberté revendiquaient pour PHelvétie depuis long-temps. Les faits ne manquent pas pour prouver les vues politiques de ceux qui pratiquèrent noire révolution religieuse. El louchant le point capital de la crise, il suffit, pour s'édifier ace sujet, d'un coup d'œil jeté sur la manière dont s'engage le dernier combat : dès son début, on le voit dominé par le premier^ et toutes les lignes auparavant tracées se projeler fortement sur ce qu'elles n'avaient encore pu atteindre.
Dix ou douze ans s'étaient écoulés i peine
JSI7 depuis que Luiher au milieu des cilés^ Zvringli dans les montagnes , avaient élevé la voix contre . réglise perdue ; et déjà la Réforme^ apparaissant de distance en distance autour de nous, pressait le pays de toutes parts. £Ile avait suivi Berne sur chaque point où la guerre venait d'établir la puissance de cette république ; à Neudiâtel de plus en plus dépendant des Confédérés ; dans la même ligna du Jura» a Grandson, a Oibe; â l'entrée du Jorat^ là où il s'abaisse vers les lacs^ a Morat, Fajrerne» Avencbe ; dans les bauleura des Alpes » en Ormont, et dans la plaine d'Aigle â leurs pieds. £nlin à Tautre extrémité du Léman, la Réforme avait d^â trouvé s<m meilleur poste y Genève , dès lors la capitale de ce qui aurait du n'en point avoir. La où Berne renaît seule comme â Aigle , la Réforme domina plus vite ; plus tard » la où Berne partageait avec Fribourg. Les thèses publiques , les événements ez-
1531 lérteurs^ la bataille de Cappel et la paix qui la suivit^ avaient tour-â-tour soutenu au abattu les nouvelles opinions. Dans ce petit peuple qu'dies venaient de réveiller , sortis de ses rangs ou accourus du ddiors circulaient un grand nombre de prédicateurs obscurs ou célèbres , encourageant, exhortant, appelant, et à leur téte Guillaume Farol et Pierre Viret.
Un des derniers jours d'automne de Tau 1526^ le propriétaire d'une maisou * siae dans la Ion* gue rue étroite qui forme à Aigle le Bourg proprement dit^ vit se présenter devant lui un étran- ^r de petite taille, maigre et pensif , mais dans la vigueur de l'âge ^ et témoignant pnr son regard d'un caractère hrme et résolu 11 parlait le français, mais avec un accent plus vif et plus pur que dans nos montagnes, quoiqu'il fut né aussi, sons d'autres cieux, a l'ombre de ces mêmes Alpes qu'il retrouvait loin de son pays ^. 11 dit se nommer maître Ursinus , vouloir suivre dans ce lieu sa profession lettrée en ouvrant une école, et donna à entendre qu'il n'était pas réduit à faire ce métier pour gagner sa vie. Selon la coutume , les bourgeois causaient des derniers alpages, des dernières vendanges , accoudés â table dans les cabarets, ou assis de distance en distance â la porte des maisons sur des bancs de mar^ bre enchâssés dans le mur. De leur côté, les jeunes filles, travaillant aux fenêtres, épiaient
* Elle vient seulement d'être rebâtie.
' cPetUt de pauvre «ppareace/ ta figure commoiie, le froot éiroil» le teint jpklt et br&lé do soleil « an menton deux on trois tonSies d'une barbe rousse et mal peignée, r<Bil de l'eu, la bonche parlante— •» Le Chroniq.» p. 79.
^ Dans le Dauphiné, à Gap, en ItôO.— Pour tout cet arlicle, Rncbat, I, 392 etc. II, m U Ghroniq., 33, 55, 65 sqq.
de temps eu temps si le trot d'un cheval ne leur annoncerait pas qu'un dernier voyageur allait encore franchir les monls et défiler lentement par le Bourg sous les regards des jolies curieuses. Il est donc permis de penser que ni bourgeois ni jeunes filles ne donnèrent au commencement beaucoup d'attention â l'humble arrivée ûe maître Ursinus. Mais bientôt Farel ( car c'était lui) devint le sujet de tous les entretiens et de tous les bruits de la contrée. Au bout de quelques mois il eut un petit troupeau. Il enseignait les ignorants y disputait contre les doctes, toujours prêt à parler ou à écrire si l'occa^on le requérait , mais avec plus de mesure dans ce début qu'il n'était enclin de nature â en montrer. Cependant les esprits étaient bien remués et son séjour â Aigle» loin d'être vu de bon œil, se faisait supporter à peine. Syndic, châtelain, le gouverneur lui-même , qui était du pays (un Rovéréas ), excitaient ouvertement ou en secret la multitude, aussi facile à soulever en faveur du passé que contre lui. £t Ton répétait alors comme aujourd'hui les vieilles accusations auxquelles doit s'attendre tout ce qui est nouveau. Voyez, disait-on , si cette nouveauté n'est pas une erreur et un mensonge puisque la discorde vient avec elle! La doctrine de Farel et des siens ne saurait être la parole du Dieu de paix puisqu'elle apporte
la guerre ! Le nom des rois servait aussi d'épouvantail : on se croyail certain dans la vallée que les puissances étrangères étaient toutes d'accord pour mettre un terme a ces détestables révolu tiens. En attendant, les adversaires de Farel se concertaient. Réunis en assemblées secrètes^ ils y préparaient les moyens de lui rendre sa tâche amère et de Ten dégoûter. Mais Thommo qui leur tenait tète ne savait pas reculer quand il s'a« gissait de son Dieu: il était appris a supporter les grosses voix, les outrages, la dispersion do toute- chose aimée, les souffrances physiques, les pèlerinages renaissants, les courses errantes par des sentiers détournés, à travers les bois , les marécages , sous un ciel de pluie et de brouillard. Il fut insulté, battu, frappé du fouet , emprisonné, chassé; el plus d'une^fois les partis en étaient venus aux mains à son sujet. Mais, à mesure que Farel avait gagné du terrain, Berne s'était davantage déclarée pour lui-; et lorsqu'après une Dispute-Publique elle eut décidément adopté la< Réforme, ceux qui voulurent continuer Toppasition furent déclarés des mutins. Ils formaient toiijours le plus grand nombre et confondaient dans une- malédiction commune ministres et Bernois, apercevant bien que la révolution religieuse devait servir avant tout â consolider l'usurpation politique. Ils essayèrent encore de la
résislauce, moine après que Berne cul parlé; les uns, avec rinsouciance railleuse de gens qui ont du bon temps et ne sont pas fâchés de* trouver une occasion de faire du bruit ; les autres^ avec la ténacité que Fesprit acquiert d\>rdinaire dans la pratique des montagnes, f^ous nous renvoyez toujours à V Evangile j criait â Farel le sieur Claude Meltiat: faites^oi donc connaùre le notaire qui Va signé, £t d'autres pointes de méroo. trempe f non moins brutalement lancées. Ou bien c'était, au milieu du sermon de Farel, tantôt un grand tumulte â la porte de relise, tantôt une procession par tes rues à beaux sous de tambours. Un jour, â Ollon, voilà les femmes, plus hardies que leurs maris, qui se jettent sur Farel et qui le battent de leur mieux. Encouragé par cet exploit, un homme s'élance contre la chaire, l'ébranlé d'une main vigoureuse et, l'abat. On fut surtout exaspéré lorsqu'on vit les députés bernois faire brûler ou briser toutes les images ^ démolir les autels, et promener Tépouge sur les murs des églises pour y effacer toute trace des antiques peintures du ciel et de Tenfer, En vain avait-on demandé de pouvoir conserver au moins les sacremeuls et la messe. Tout dût être aboli. Venus pour recueillir les voix sur TEdil de Kéiormation les députés déclarèrent qu'il avait obtenu
la majorito daas les trois paroisses d'Aigle ^ d'Ol- Ion el de Bez : c'est ce qu'on s'eKpUquait mal ; et les plus accrédités ou les plus populaires parmi les opposants ne se faisaient pas faute de dire à qui voulail l'entendre, dana les causeries du marché, que les catholiques n'avaient pas ité libres de ge défendre â la Dispute où Ton prétendait les avoir vaincus. D'ailleurs en affaires de celle miture qui touchent non â la sur* fiKse des intérêts mais au plus près de la cons* ^nce de chacun, n'ctait-il pas monstrueux de prétendre que la majorité, itlîi^lle nombreuse et sans fraude y liait la minorité P Mais alors on ne regardait guères ni comme impossible ni comme ilUcile d'enfoncer â coups de votes de nou-* reliés croyances dans les esprits.
L'exemple des Ormonnens soutenait les catho* liques de la plaine d'Aigle dans leur refus de se soumettre a TEdit. Ces montagnards en effet, mieux a Pabri derrière le long défilé de la Grand'Ëau et dans la liberté de la. vie alpestre , nfaccueillaient un prédicant réformé qu'avec des regards de travers ou des huchées de malvenue ; et Tesprit de tortueuse obstination qui forme un des traita saillants de leur caractère ne les aidait que trop â déconcerter le zèle du ministre par de mauvais tours: celui-ci avait beau être habitué aux discussions ilc la chaire ou de Técole , ce
u'olaieiil quo droiture el que fraticiiise en eoi»pa* raison des obliques discours de nos bergers. Enfin^ si toutes ces résistances partielles ne laissaient pas d'entraver la Réforme, elle se voyait d*autre part déjà outrepassée. Quand la liberté prend feu sur un points elle a bientôt gagné tous tes au-^ très. Plusieurs, el des plus simples d'entre les bonnes gens des campagnes comme on disait alorSj trouvaient que, puisqu'on se débarrassail des prêtres, c'était une excellente occasion pour en faire autant des seigneurs. Berne voyant ainsf croître ce qu'elle avait allumé, se hâta d'étoufler une» agitation devenue presque menaçante pour ses intérêts dans ce Pays d*Aigle qui lui devenail plus cher de jour en jour. Elle frappa donc e( sur ceux qui ne voulaient pas de ta Réforme el sur ceux qui en voulaient trop. L'amende el la im prison les domptèrent. Par prudence ou par force elle y alla plus lentement avec les montaguards. Mais eux aussi, la première nouveauté passée , s'apprivoisèrent peu^-peu. La curiosité, rinlérèl, ramour-propre , et surtout rindifférencc qui fait masse parlout, se joignirent sans doute a une vraie foi pour achever en pou d'an« nées de conquérir à l'église nouvelle la plaine el les montagnes du Pays d'Aigle, qui fut bientôt en étal d'envoyer à son tour dans les contrées
eavironnanles » el même â Lausanne , de %6léê prédicants.
Le catholicisme^ au contraire, u'élanl pas ébfanlé dans ces Alpes de la Sarine qui débouchent sur le plateau , les sectateurs que la Réforme acquérail vers les contrées de la Broje, avaient ainsi derrière eux de peu agréables surveillants *. Là Berne ne pouvait pas non plus rendre le champ complètement libre. Fribourg partagea il avec elle le commandement â Moral. Payerne était également l'alliée des deux républiques : son abbaye devait a ses richesses et à sou ancienneté une grande influence dans le pays. Âvenches était terre épiscopale. Fribourg, Moudon, le ^rand-bailli de Vaud étaient proches. £t, dans les montagnes, les catholiques Cruyé- ISSO riens. Nonobstant ces difficultés , la aussi la Réfor- à me avançait. Farel, eu sécurité sur le résultat de ses travaux â Aigle, avait bientôt recommencé ses courses de vaillant missionnaire el, tenant en main la patente que Berne lui avait remise, il attaquait le Pays-de-Vaud par l'autre de ses extré-
' € Le bruil couiniun csl que les Gruycrietis doivcul sortir sur «nous. » LctUre des cvaii{];éHques de Paycrnc (12 mars , ap.
Le Chroniq. t p. 60. ~- Pour les faits suivants voy. id., ib. ; Kuchat, ni, U sqq. , 1 V , 252 sqq. , V , 2S» 546; Picrrcfl. , a. i:>32.
miles. Moral, Avenchcs, Payernc, leVulIy, Nouchâlel qui déviai par la suite son église parliculière^ Orbe et Grandson, dès ce premier passage, lui fournirent quelques adhérents» Morat, sa 1530 première station , ne tarda pas à se réformer à la pluralité des voix. A Pajerne aussi, les évangéliques étaient nombreux et hardis. Lorsque le- Duc fit â la Baronnie cette dernière visite quenous avons rapportée, ils plantèrent fièrement une plume de coq â leurs bonnets pour lui bieik témoigner qu'ils étaient de la foi nouvelle. Berne de son coté^ menaçant tour-à-tour les catholiques^ et le Duc S mettait â Timportant renouvelle-^ ment de son alliance avec Payerne la conditioa de laisser prêcher et ouïr l'Rvaiigile i qui le^ voudrait. Néanmoins, dans celle ville comme â Avenches, les Réformés eurent long-temps le dessous. Ils étaient exposés â des amendes, à I» ^ perte même des droits do bourgeoisie ^; Qi, plus d'une fob» le bruit des projets sinistres et de& armements de leurs ennemis causa parmi eux de
* « Nous avons avec nos frèm do Payerne une alliance beaucoup < plus ancienne qu*avecla maison àe SavoM.% Réponse des Bernois an bailli de Vend.
' «.... esqucis avés deffenda les bois» communances ; cl de ce ne vous conlentéz* ains naguayrc leur avés (aict dcfTensc du loin. » IieUre de Berne i Avcncbes , ap. Ruchal. , V , S&7.
irivee alarme». On leor refusait un temple : Farel et ses compagnons étaient réduits à prêcher dans les rues 9 dans les maisons^ dans les- tavernes et
sur les cîmelièrcs. Virel faillit d'élro tué par un prêtre qui n'avait pu triompher de lui autrement. Les évangclîques avaient pourtant bon courage: leur compatriote venait do temps a autre les reeonforter de sa parole ou de ses écrits ^ Au milieu de beaucoup d'angoisses^ ils tinrent ferme jusqu'à ce que Berne se fût mise en état de leur donner gain de cause.
Les choses allaient encore moins facilement
à Orbe et â Grandson ^ , dont la silualîon plus à récart renforçait la roideur naturelle des esprits. Le biûlliage de Grandson et celui d'£-
* 11 acxpriané tes iciitiiiieiiU & leur égaré dans la prélace de son ouvrage du FrmiRiiuMr«( 1560)*. «Quand, dit-il « il n'y aurait é*aotre raison pour ra'émouvoir à l'aire ce que je fais, sinon que je suis d*un même pays avec vous et que je suis votre voisin bien prochain , si aurais-je asses suffisante cause en cela. Car si je dois désirer que Dieu soit glorifié entre les hommes, où dois-ie désirer qu*il le soil plus et plus tôt qu*au pays de ma naissance et entre mes circonvoisiiiâ? et si Je suis tenu de souhaiter et de travailler à avancer le salut d'un rliacun, autant qu'à moi sera possible , de qui tlois-jc avoir plus de soin que de ceux-là de^on pays? » Pierre Viretà l'église de Payerne.
' Nos auteurs accoutumés , et surtout Pierrcfleur , d'où Kuchat a tiré la plus (grande partie de son récit.
d'Ëcballens dont Orbe formait une châlelleaie^
ctaieut possédés en commun par les deux républiques qui se disputaienl l'Helvétîe romande. Leurs baillis respectifs s'y succédaient de cinq ans en cinq ans^ mais de telle sorte que les appels en dernière instance se faisaient â Fri^ bourg sous le bailli de Berne, et â Berne sous celui de Fribourg ^ Orbe> centre naturel d'une petite contrée â moitié dans la plaine â moitié dans la montagne ^ était Aère de ses vieux souvenirs» de ses sept églises» du yoisinage d'anli« qucs monastères à Baulroes el à Romaînmotiers^ et de celui d'une noblesse rustique mais nombreuse dont les châteaux étaient épars alentour» Graudson avait pour lui raucionuo illustration de sa baronnie^ son riche couvent de Bénédictins dans le haut de la ville, el celui des Cordeliers dont la grève aride et blanche voyait s'élever les vieux murs. Toutefois ces deux villes avaient beaucoup souffert l'une el Taulrc dans la guerre précédente; ceux d'entre leurs habitants qui ne voulaient pas croire que la vie, en graud comme en petit» a besoin d'un continuel exercice ^ songeaient avec colère qu'a peine remis des maux passés ou allait avoir à supporter des ca-
* « Quand le Bally esloit de Berne, la principauté el les dernières appellations alloycnt à Fribour^j, et par réciproque» etc. Pierrellcur , (jrând-baniicrcl d'Orbe.
gid
lamités nouvelles. Les fils des bourgeois qui avaient
si mal secondé Nicolas de Joux devaient supporter les conséquences de Tceuvre de leurs pères. En effet, sous le paironago de Berne, Orbe renfermait déjà certains personnages que le peuple tenait pour mspects comme inclinant a la foi /u/ÂeWe/ifte*. Parmi ces derniers se trouvaient deux frères , Jehan el Christophe HoUard. Jean^ tourà-tour musicien, soldat chantre de la chapelle du duc de Savoie à Ghambéry, prêtre^ chanoine et doyen de la grande église de Fribonrg , allait encore renoncer à la prêtrise et se marier avec une femme que les catholiques disaient être de mauvaise réputation toujours suivant eux, c'était là tout le mystère de la conversion de Jean Hollard aux nouvelles doctrines ; néanmoins ils lavaient reconnu jusques là pour homme de bonne renommée Us ne ménageaient pasda-
' suspect en la loi Luthérienne» toateifois secret et non dé-
clairé. » Pierreflenr, a. 1531.
* « ... Maislre Jehan Ilolard , des son enfance, avait été introduit par son père en l'art et science de musique. l\ suivit quelque peu la gendarmerie. » Id. • ib.
^ « ... estant en iccluy honneur , se accointa d'une folle iemme* de laquelle il en ûst sa servante... » Id. , ib.
^ « .... vesqiiit en bon hruict de bonne famé et en cslimancc d'homme de bien ; mais « comme l'on dit, la graisse leur rompist
yantage la répulalioa de son frère ^ , que l'on
appelait le graud-Chrislophle, homme de résolution, mais très-emporté. Or il arriva qu'un prédicateur de carême f le jour de FAnnonciation de l'au 1531^ de propos eu propos'^ se mit à dire dans 8on sermon ^ comme un chacun lui prêtait Toreille : « Pensez-vous que ces prêtres, * D ces moines^ ces moinesses» qui sortent de » leur religion pour accomplir leurs voluptés » charnelles 9 pensez- vous qu'en iceux soit fait > mariage légitime? Ha nenny ! ...» Et se voyant
te col* » Id. id.*-Il hit d'abord ministre à la Bonnevillc près dcNcuchllel, oà les catholiques de la paroisse firent contre lui < une rime > aisesdutont malbaatie», que Pierrefleur nous a conservée; puis à BeftnAUod (Bei dana le Paya d'Aigle). U eut trois femmes et monrat à Orbe dans un âge avancé. — Voici, pour les curieux , un échantillon de cette rime des catholiques contre tni :
O pauTra iMalheurcux Jehan Hulard, Tapeudirahétaf!
Que pour le Toaloir d'voe
Tu es devenu uu gros truhain. {truand)
Deux ans l'as teuue secrettemcui
Bt défais espoaaée trop meacbauuoent.
Le grand Christole y • conseatl....
A la Bonneville as été logé
Pour le saint Evangile annoncer,
Mais le pauvre peuple a esté bieu abuse
Car tu n'es sinon un gros asne....
Pour da pesché de Iniure t'excnser
As dit qu'il n'est pas digne de prescher
Celui qui n'est marié.
Et pareillemf'nt tu as dit:
In sudore vuUui lui
Vneêrispanetui,
Dont le peuple t'a dit tanlM :
Si vous voulea avoir da bos [boù)
Vous l'ires qnerre sar Tostra do«.... etc.
* < Il eust le nom d'estre larron , ensorte qoe par procès il faat déclaré cstre tel: » Id., ib — c... le bon proad'homme qnidepnb liist réputé et prouvé larron en jnstko publiqae, nommé Chrbtofle Uoilard... »ld., ib.
* « Puis torna son propos , et disl : » Id., iU. , et a. 1555.
bien compris de l'auditoire captif j il poursuivit
triomphant sans avoir besoin de plus claires désignations : c Ha nennyl mais ce sonl paillards^ 9 paillardes, infâmes et deshonnétes apostats, abo- > minables devant Dieu et les hommes* 9 — c II en a menti ! ce prêtre en a menti ! » — s'é» cria par deux fois Tun des assistants qui n'était autre que le bon ChriatopUe comme Tappdile noire chroniqueur. Cet incident excita dans Tégliae un tumulte effroyable ^ Les hommes qui se tenaient dans les chapelles se levaient déjà et auraient assommé l'audacieux hérétique^ si par prudence ou par amitié secrète pour ce dernier, leurs plus proches voisins n'avaient en toute hâte fermé les portes de ces oratoires. Mais plus nombreuses et faisant irruption toutes a la fois, a toutes d'un voulpir et d'un courage », les femmes se jetèrent sur le grand-Christophle, c le prirent par la barbe, la lui arrachant, lui donnant des coups tant et plus, et le dommagirent par le visage tant d'ongles qu'autrement ». Le châtelain , nommé Antoine Agasse ' , bien quHl ne fût pas du parti d^Hollard, mais pour
^ « Certainement je l'ettime qu'il fait plus gros allors, que le bruit que l'on fait es ténèbres le Vendredy-sainct. > Pierrefl., Ib.
* Oa Agassis. La famille du natoralisle Louis Agassis est d'Orbe.
éviter plus grand scanilale^ lo tira <ie leurs mains, non sans peine, puis le fit mettre dans les basses-fosses du chaleau. La mère de Christophle el le mattre d'écde de la ville ^ , lequel , à son relour, faillit cire noyé pour ce fait, coururent â Echallens auprès du bailli. 11 vint sans tarder , fit sous caution relâcher le prisonnier, el mellro eu sa place frère Michel Juliani le malencontreux prédicateur. Le peuple était rassemblé sur la place, bien marri et attendant quelle fortune allait advenir. Tout joyeux, de son côté, Marc Romain le mattre d'école passait aussi par là. « Magister ! venez ça ! » lui criaiton, en se le montrant l'un â Tautre. U prit aussilot la fuile, poursuivi de la foule, et se réfugia dans une église. Mais il y trouva les femmes , qui le saisirent aux cheveux» le renversèrent et l'auraient tué, si un homme de son parti ne s'était rencontré la et ne Teut secouru ^ : il s'écoula
' On sait que les humanislei, ouceax qui attaquèrent la scbolastique au nom de la littérature grecque et latine, firent caose cornniane avec les Réformateurs. Viret, dana ses Dialogues, remet la défense des opinions nouvelles à deux personnages, à un théologien
qui cite la Bible, et à un autre interlocuteur qui cite les anciens et sert comme de second à celui-là. Voyez le Monde aUEmpire et la Nécromance papale où un maitre-d'école joue ce dernier rôle.
' «... Le maislre d'esdiole arriva passant pir devant le dit populaire t joycnx comment s*il enst gagné mille escua» espérant d'avoir
da lemtis a?«nt que le pauvre magister osâl re«
paraître dans la rue, sans y èlre accompagné. Les ODgles de ces redoutabled mégères trouvèrent bientôl a s'exercer sur une plus illustre proie» car Farel arrivait sur la scène.
Malgré les réclamations du peuple qui, rassemblé devant le château, s'offrait de cautionner le frère ^ el sttppliait le bailli de le lui rendre, ce dernier» sans écouter non plus les dames de la ville qui se jetèrent à ses genoux» avait refusé» alléguant les ordres de ses seigneurs. Berne el Fribourg envoyèrent des députés. Ceux de Berne en passant â Avencbes prirent avec eux Guillaume Farel , qui s'y trouvait en ce moment. Ils furent à Orbe pour le dimanche suivant^ jour de Pâques-fleurie?. Ce même jour , sans perdre de temps» le Kélormaleur voulut monter en chaire. Hommes» femmes et enfants le suivirent» criant» jurant, sifflant» bien résolus à ne pas Pentendre» et faisant donc un tel vacarme ç que Ton u'eùt pas oui Dieu tonner ». Le lundi , dès six heures du matin ^ au milieu de la place»
fait an chef d'œavre.... Mais les femmes le frappant en sorte
que je, qui voyois les affaires, m6 peosois qu'il nesortiroit jamais qu'il ne fust mort. » Plerrefi. , ib.
* «f .... commencèrent tous à crier d'une voix : Et nous tous fiançons le beau père, corps pour corps , et avoir pour avoir. » ib.
même leaUiive de la part de Farel , ei même résistance. Vers le soir, comme il revenait â sou logis, il trouva les dames et bourgeoises de la ville qui l'attendaient dans la rue , ayant a leur lèle Elisabeth Pieilf, de Fribourg, mariée â un riche gentilhomme d'Orbe, nommé Hugonin d'Arnay. Ces amazones l'avaient déjà saisi et renversé % lorsqu'un autre gentilhomme du lieu, Pierre de Gleresse, < homme d'autorité, le leur ôta des mains, leur disant : ce Mes Dames, » pardonnes-moi, car pour cette heure, je Tai » pris â ma charge t>. Puis ce fut le tour du beau père, frère Michel, d'avoir aussi sa malheure. 11 fut accusé par les ambassadeurs ber-» nois; ils produisirent vingt-trois articles tirés de ses sermons et qui leur paraissaient consU» tuer le double crime de lèze-majesté contre
* « ... attendant le dit Pliarel* le vont prendre par larobbe, et ai » dolcement qu'elles le firent à chanceler i terre, et le vonlurenft » outrager. » Ib. — EliMbeth et son mari , qui mourut ruiné» embrassèrent bientèt la Rétormation : c .... Comme lemme incoaa- » tante et légère , faite i tous vents , sa foy qui estoit si ferme» ne > luy dura qu'on mois i. .. après elle fost des pires Luthériennes... • car s'il venoit quelque bonne feste..» allors elle laûoit la buie » on antre ouvrage méchanique* > Pierrefl. • a. 1835. — Jaques de Gleresse , seigneur de Bavois, qui vivait au temps de la guerre de Bourgogne, eut, en sa qualité de bourgeois de Berne où il laisait sa résidence, sa terre épargnée par les Suisses, ainsi que le baron de Lassera en sa qualité de beau-père d'Adrien de Bubcnberg. Voy • la cbron. ( cidessos , p. 719) , ch. 10 , S7 ^ et Wattev. , 1 , 110.
Dieu et le Prince. L'accusé nia les uns» tint les autres conformes â la doctrine de TEglise et de r£crUure> fut absous » et sans laisser à ses adversaires le temps de se recueillir , après un petit quart- d'il cure d'adieu passé avec les sœurs du couvent de 'sainte-Glaire dont il était le confesseur y il cheminait sur la route de Bourgogne. * « Bien lui en prit de son parlement si actif ». La ville d'Orbe fut condamnée, pour toutes ces émeutes 9 à une amende de deux cents écus d'or et dut garder Farel. Il continuait à ne retirer de ses prédications que rebuffades et injures^ grandes huées ^u peuple ^ singeries des petits enfants^, et n'avait guère qu'une dixaine d'auditeurs ; mais parmi ces derniers se trouvait Pierre Viret. Fils dfun tailleur ' et tondeur de drap^ Viret fut mis de bonne heure aux éludes et en reçut à Orbe les premiers rudiments ^ Puis,
* € Et grand merveille, je m'eslonne des petits enfants lesquels d'enx mesmes et sans conseil (?) se mirent tous devant et à l'entour de la chaire , se couchans et faisans des dormans , et après avoir dcmoré quelque peu » tout en un instant se iront lever , et s'en sortirent hors de Téglise criant et hurlant & grand lorce , dont le dit Pharel Hit fort esbaby. » Pierrefl. , ib.
^ ■« Goosturier et retondeur de drap. » Ib.
' « Avoit esté dès son commencement introdipit aui lettres à Orbe. » Pierrefl.
s'ëtanl rendu à Paris ^ il y fil de grands progrès durant les Irois années environ qu'il y demeura, . La perséculiou veaait de l'en chasser et de le ramener à la maison paternelle * . Ses portraits ^ nous le représentent plus avancé en âge , arec l'exlérieur soullVaiii et ruiné d'un homme chez lequel les périls, les mauvais traitements, les coups d'épées , le poison^ l'espoir trompé, la vie errante et l'exil ont laissé d'irréparables atteintes , et dans le costume sévère du minisire et du théologien, la tète tristement encadrée de la barette el coiffée d'un bonnei aplati. Mais il était alors dans la fleur de sa jeunesse, peut-être, il est vrai, déjà flétrie par le travail, car il allait marquer dans la plus grande carrière du siècle d il n'avait que vingt ans ^. Ce devait être, â en juger par ce qui nous reste de lui, un jeune homme maigre, assez délicat ^, brun avec de beaux
* < Lny estant à Paris fust noté tenir de la religion Luthérienne en aorte qa*il luy fast bien de se sauTèr , et toraa au dit Orbe en la maison de son dit père. » Id.
' Voirie portrait original à la bibliothèque de Genève. La famille de Viret en a aussi conservé nn , qm peut-être existe encore.
^ 11 était né en iSil et il débnU en 1551.
* Lorsqu'à Genève» en 153S, il faillit mourir empoisonné par Antoina , la ^in^m» il mangeait de la soupe d'épinards « qu'elle
yeux noirs. L'ensemble des traits > malgré une singulière disproportion dans la longueur du nés f n'a rien du heurté qui donne un a»* pect si extraordinaire à IVfélanchlhon et à Farel ^; l'expression est vive, pénétrante , toute la figure bien arrêtée , imnoe> fîne » allongée en pointe > mais dans un caractère insinuant et non pas tranchant et dur comme celle de Calvin , avec qui » sauf cette différence capitale^ Tiret son intime ami n'était pas sans quelque ressemblance ^. Il avait reçu de celui auquel seul il les voulait, consacrer , les plus beaux dons : sensibilité^ intelligence» vaste mémoire assiduement nourrie de l'antiquité , de la Bible et dea Pères ^ , talent de parler et d'écrire
» luiavoitcuisuc à part, pour sou estomac. • Fard échappa, « pour > ce qu'il voulut de la soupe du ménage. > Doc. cité par Le Ghroaiq. , p. G3.
• Voyez leurs portraits à la bibliothèque de Genève , surtout le beau portrait de Méianchthon que Ion croit être de.rauide Luther» dugrami peintre Lucas Granacb.
* Son écriture offre le même esprit, vive, spirituelle, claire, assez aiguë mais avec un mouvement abandonne et coulant qui manque absolument à celle de Calvin, dure, étroite et f^ravée. (Voy. , â la bibl. de Genève, la correspondance manuscrite des Réiormalcura; on y trouve un grand nombre de lettres de Yiret.).
' Une tradition , conservée à Orbe» rapporte que Virel savait, à U lettre , la Bible par cœur.
avec entratnement. En faisant la part des rudesses de sou parti et de son temps ^ on trouvera dans Viret un esprit délicat ^ un noble caractère , une humour aimable et enjouée que la souffrance put ternir mais qui s*en aigrit pas et dont le sourire, au milieu de beaucoup d'amertumes^ égaie encore ses derniers écrits. Enfin» dirai-je» Viret ftit le Mélanchthon des Réformateurs calvinistes^ si ou Tentend de sou caractère conciliant^ de ses sentiments d'abnégation , de son grand savoir , d'ailleurs plutôt pratique et populaire^ et non de ses doctrines pour lesquelles il patienta mais sur lesquelles il ne céda pas.
Cest. à Orbe , [et a» milieu des troubles qut
agitaient sa ville natale^ que Viret fit son premier sermon. Les catholiques virent avee une colère jalouse cette jeune gloire de leur cité les abandonner ainsi pour de nouveaux frères. Mais la pensée que ce prêcheur adolescent^ déjà célèbre^ si aimé de sou parti et bientôt Tégal de ses plus grands noms^ était pourtant un enfant de la ville d*Orbe» ne laissait pas de toucher agréablement leur orgueil. S'ils ne le ménageaient guères, ils acceptaient du moins sa renommée. QuantâFarel, quant à Télranger^ ils avaient en mépris son humble manière de donner la Cène^ comptaient sur leurs doigts d'un air railleur lu
nombre de aes adhérents ; et , lorsque Berne
enjoignit que tout chef de famille allât écoulor la controverse de Farel contre le moine absent*, ils ne se firent pas Tante de plaisanteries sur ces longs sermons de deux heures qu'il iallait subir deux fois par jour, et qui. ne roulant que sur quelques points favoris étaient, disaient-ils, tous les mêmes \ Les catholiques se plaignaient aussi de certaines finesses employées par les nouveaux prêcheurs, pour entraver le divin oflice chez leurs adversaires; comme d'allonger leurs prônes outre mesure et de dépasser l'heure fixée ^ Il est vrai que les Réformes d'Orbe,, se sachant appuyés en haut lieu , ne se faisaient pas scrupule d'aller trop rudement en besogne. Affectant de confondre Taversion pour la Réforme avec une secrète inimitié pour Berne , ils donnaient à ceux de l'autre parti les noms de Bourguignons et de traitr.es ^, enfonçaient à coups de grosses poutres les portes des églises dont on leur refusait l'entrée, étaient et cachaient les battants des cloches, brisaient ou conspuaient les images
* « Tous ses sermons estoyent tous semblables rgii.àraatr0.../il.'. tonmoit tonsioiirs à son propos. » ib.
' « Le prédicant lenoit trop sa prédication et passoit rbcure or- . donnée par Messieurs. » Id., 15SS.
^ On en trouve-plusieurs eiemplcs dans Pierrefleur.
des saints, abaltaieat ies autels et, intentaul accusation! sur accusations contre les prêtres, eu Taisaient tant qu'on les mettait eux et leurs adversaires en prison, d'où une protection su-^ périeure savait toujours les tirer les premiers ils en voulaient surtout aux sœurs de sainte^* Claire: elles avaient pu lon^-temps voisiner en paix avec le couvent des Cordeliers réuni au leur par la grande église et par un souterrain ; maintenant les jours de iribulalious s'étaient levés pour les pauvres sœurs. Force leur était non seulement de contribuer â défrayer les mînis* très, mais encore do suivre leurs sermons et de s'y entendre appeler des noms les plus outrageants Elles complot èreiit de se retirer en Franche-Comté auprès de la princesse d'Oran^c. Dame Philiborte de Châlons, qui leur offrait un refuge. Par une nuit d'été, une partie d'entr'elles sortirent donc en grand secret et
* Mais parmi les prêtre* il en était qui ae se laissaient pas toa> jours si bonnement IraSner au cachot : on citait Pierre Bovey <* le-> » quel pour sa lorce nonolistant qu'ils fussent trois (à le saisir), » les porla et traisna tous en une entrée de maison ; et au dit lieu » il les frapa et se deffemlit si bien... qu'ils turent tons ayscs » destre sauves , et hors de ses mains. » Pierrefi.
' € Mesme les prédicans leur disoycnt injures les appelans pieds de mouches, bestes desguiséez, besies mortes et autres injures, usant selon leur coustimie* » PierreA. — Rach.« H. de la Réf., IV, AO sqq.
8*ëchAppèreiit * ; ellM le firent du coiMentemeBt ' deTabbcssc eldes autres nonaes» restées ainsi que eelte dernière pour ne pa§ abandonner la place à qui u'eùt pas demandé mieux que de s'en rendre maître. Le bailU> outré de ce départ» fit mettre garnison au couvent. Dousm^ compaguons» tous réformés , y furent logés dans l'enceinte des- deux portes» Les catholiques s'assenn blèrent» le peuple avec les priucipaux à leur têto, demandant â grands cris que leurs ûlles ne fus* seul pas exposées au voisinage de tels gardiens, lis parlèrent si bien qu'il fallut les satisfaire* Cbrislopbe HoUard était le champion que les papistes trouvaient partout devant eux. Suivi d'une douzaine d'hommes animés du même esprit que le sien, il entrait dans les églises el^ en présence du peuple^ faisait main basse sur tout signe d'idolâtrie. A sa roix tombaient les belles croix de pierre élevées sur le bord des chemins. Quand il y eut des amendes contre ces excès^ pour uu ëcu il se donnait le plaisir de
' « Premièrement les dilei sœurs loasjours deas & deoi'se tenans
par les mains demenans grands pilears et lamentation allèrent
sans estre sçeues ni venes de personne, sinon de moy dit Banderet qui ibndois en larmes de Tborreur et pitié que j'avois de voir ces pileux affaires non accoutumes , et tousjours je les eonduisois de Tceil jnsqnes à ce qu'elles forent hors de la ville, auquel lien se trouvèrent chars propres et députes de par la ditte Dame princesse. » td. , a. IS31. — Elles revinrent un an après.
couper le nez â la statue d'un apôlre ; ou
bien c'était quelque spectacle grotesque dont il régalait ses concitoyens» tour-â-tour indignés et amusés de ses folies. Un dimanche^ après dîner, ils le virent apparaître dans les rues , vêtu d'un habit de eordelier, monté sur un cheval, tenant eu main une marotte de fol et accompagné de deux suivants dont l'un portait un sac et l'autre certaines clochelles de couvent, pour la quête. Us cheminèrent ainsi tous trois par la ville, Hollard criant à la foule : « Rendez^ bonnes » gens, vos offrandes a Nolre-Dame-du-Puils ! s> Nul ne déplorait avec plus d'amertume ces avanies et ces nouveautés que le Grand-Banneret Pierre de Pierrefleur S f pour toute consolation, se chargea de mettre par écrit le souvenir d'injustices qu'il n'avait pu repousser. Alors, a la tète de l'opposition, il avait encore quelque espérance et tournait souvent ses regards du côté de Fribourg. Le conseil de la ville faisait de son mieux pour rendre à la Réforme le chemin aussi malaisé que possible ..Les catholiques se ser-
* « Déploralion dutlil Banderel. — Et moi , dit le grand Banderet) nie donne grande admiration de la soufTertc du dit pauvre peuple d'Orbe en tous endroicts... : par cccy se peut cognoistre la faraude loyaulé que portent à leurs seigneurs de Berne et de Fribourg, pour l'amour desquels tous avoycnt la souffrance si IjraDdcu etc. l'icrrcû.
raienl les uhs contre les autres. La commune fut
convoquée. Le Grand-fiaunerel, exposant le cas» parla ainsi : « Sommes-nous tous en bonne » union , el persévérants en bon vouloir de vivre » et de mourir, en la sainte toi, comme ont fait 9 nos anciens pères? Si vous êtes tous en cette » bonne délibération» que chacun lève le doigt. » Et SI, de fortune» il y en a aucun qui soit x> contraire» on le prie» par charité» de se retirer 9 et de sortir de la compagnie. » Alors chacun leva le doigt en signe de serment et disant qu^ils voulaient tous vivre et mourir comme leurs 9 anciens pères et suivre leurs mœurs et gestes. » Puis le peuple déclara se soumellre de grand eœurâ toutes les dépenses nécessaires pour maintenir la vieille foi. Malgré les émeutes, malgré la dévastation des églises.» le, service n'en conti* nuait pas moins. On s'y rendait en armes ^ » et Ton célébrait la messe sur des tables en guise d'autels. Mais les catholiques ne se bornaient pas toujours à la dereusive. La veille de Noël de cette même tumultueuse année» les Réformés occupaient la grande église et â neuf heures leur prêche durait encore : c'était une manière de ré-*
^ « Quand Ton sonnait la messe» esloit comme si le feu fast en la ville, et y alloyeni les bonnes gens avec picques el hallebardes el antres basions ( armes). • Pierrefl.j ib.
pondre à leurs adversaires^ qui leur avaient sou-
venl reproché de dormir comme des pourceaux 9 dans leurs liis, â ces heures de la nuîl cm les fidèles de l'ancienne foi étaient dans le temple à chanter les louanges de Dieu« L'obscurité , en couvrant les faibles de son manteau , n'avait pas peu contribué â rendre rassemblée nombreuse; de sorte que les catholiques passant et repassant devant la porte et voyant tout ce monde â rîntérieor^ s^écriaient: Le DiabU y m a bien tant mis? Ils allèrent brusquement sonner matines et firent ainsi déloger leurs adversaires^ avec grande rumeur. Leur supposant quelque projet sinistre, ils s'élancèrent après eux et^ les ayant at« teints sur la place du marché, les chargèrent 9 en blessèrent quelques uns et mirent le reste en fuite. Des scènes pareilles se répétaient fréquemment. Le lendemain, dans un village , le ministre fut emporté de sa chaire tout en saug et la tète fendue. Les Ëvangéliques pouvaient se plaindre aussi qu'on enfonçait leurs portes et qu'on assaillait leurs fenêtres â coups de pierres. Les tètes publi-^ ques devenaient aisément des occasions de querelles. De jeunes papistes, fidèles aux vieux usages, ayant planté le mai et déployé la bannière de la ville, l'a vaient-ils or UQC d'un bouquet de branche de sapin et paraissaient-ils eux-mêmes avec ce signe catholique â leurs chapeaux, aux
yeui de Berne el de ses adhérents c'en était assez pour constituer une sédition et pour mériter une amende. De jeunes réformés d*Orbe s'en allaient-ils un dimanche i Romainmotiers pour j célébrer quelque fêle^ ils y faisaient leur entrée c en heU» ordonnance^ avec tambours el fifres »^ puisj < après avoir bien bu et triom[Aé » jus* qu'au soir^ ils ne se retiraient pas toujours sans notse , au sujet des nouvelles opinions. On s'attaquait d'abord à coups de pierres; ensuite on c en venait aux épées et hallebardes », et la petite bande des enfants d'Orbe se voyait «chassée et repoussée bien outre » par ceux de Romainmotiers maîtres ohee eux. Ainsi vivaient les deux partis. Et chez leurs voisins de Grandson, les choses n'allaient pas mieux ^
Un seigneur bernois avait une terre à quelques lieues de là, dans le village de CoUombier; envoyé à Grandson pour apaiser les querelles qui s'élevaient journellement entre les ministres et les moines , il entra dans le temple. Comme il montait sur la galerie^ suivi des réformés, il trouva sur les A^rés deux cordeliers en faction, qui
* « Si ceux a Orbe avoyent des douleurs, tribnlAlknis et sovf-* leries . nos voisins de Grandson n'en avoyenl pas moins. »Pîcr-
refl. ib.
lui crièrent: Reiirezrvouê! Fousmcy * en/re« rez pas. Il y cul uii moment de tumulte et de presse. L'ua des moines laissa tomber une petite hache d'armes ' <|u'il tenait cachée sous sa robe; et le bruit se répandit qu'il n'était pas le seul ainsi secrètement armé. On leur mit Tappareil de là torture, la corde et la pierre aux pieds^ mais ajant protesté qu'ils n'avaient voulu que résister a Farel 9 c on ne les fit pas tirer >. Comme ailleurs, les femmes n'étaient pas des dernières à prendre parti. Une fois que les évangéliqucs prêchaient trop longtemps, les hommes s'en allèrent «enhardir les femmes â entrer » : elles le firent avec bon courage et grand tapage^ et restèrent «les maîtresses » , malgré la vaillante résistance de Farel et de ses compagnons^ trop peu nombreux pour résister â une telle multitude : aussi furent-ils c merveilleusement mal accoutrés^ tant par le visage qu'autre part » . Et même Tune d'entr'elles u'avait-elle pas imaginé (mais elle ne pu t ou n'osa exécuter son dessein) de se placer sur la galerie avec son tablier rempli de cendre et de terre, puis d'en jeter dans la bouche de Farel quand il par-
* Pierrefleur écrit 5/, iransformant par là en une faute réelle, comme nous le ferions aujourd'hui , une ancienne et véritable locution française restée parmi nous dans la lan^rue populaire. VoycB Joinville et autres auteurs.
* € Un achon d'armes. » Pierrofi. — Hacbon , petite hache.
lerail? Il est vrai que les réformés avaient aussi
leurs stratagèmes pour accaparer la chaire : les trois ministres envoyés â Grandson prétendaient par exemple prêcher leurs trois sermons de suite. Us se moquaient aussi de la messe et des prêtres^ apparaissaient au milieu de rollice avec des bûches de bois qu^ils levaient sur leurs têtes en disant aux catholiques : Voilà votre Dieu ! occupaient les bancs des religieux, les tiraient par le froc, chantaient d'une* manière dérisoire, bramant et brayant , roulaient des pierres dans Tcgiise et, quand passait la procession, montant sur des éohaffauds y faisaient, en mépris d'elle, quelque geste indécent, quelque farce dcshonnéte, dont les auteurs, au dire des catholiques, ne manquaient pas d'être bientôt punis par la pauvreté, la maladie, ou la mort ^
Cest ainsi que souffraient, les uns par les autres,
catholiques et protestants: les premiers, pour soutenir les appuis d'une église sur laquelle le monde
ne repose plus ^; les seconds, pour rendre â la foi son véritable sol , le cœur de chacun sans
* Lettre des catholiques de Grandson, dans le Ghrooiq., p. 89, Rachat, IV « 37 etc. , Pierrefl. , a. 1531.
' « La papauté est irrévocableinent liée au système qu'elle a cru devoir embrasser dans ces derniers temps, et» quoi qu'il arrive.
lequel elle ue repaserail que sur Tabiine d'un mensonge , et une liberté qui n'aurait pu éclater des Tabord qu'en se frayant passage â travers leur propre ruine. Sincères , ils ont droit, ceuxlà à notre respect, ceux-ci à notre reconnaissance; mm le passé, auquel se cramponnait Tun des partis et qui enchaîna l'autre, les déçut fous les deux. Au surplus, c'était une guerre, il ne faut pas l'oublier, d'inléréts matériels aussi bien que d'idées. Remplacer ou se maintenir, voilà en quoi se résolvait souvent le combat. Celle manière de poser la question y intéressait puissamment les gouvernements et les princes, qui, au grand dé* plaisir de ceux dont ils exploitèrent les victoires^ en vinrent bientôt à ne plus vouloir l'entendre autrement. On en peut Toir ici un exemple; pour être pris dans une humble sphère, il n'en est peutêtre que plus frappant. Fribourg, qui fut dès lors en Suisse la vîHe catholique par excellence, protégea bien moins efficacement ses coreligionnaires que
il lui laut en accepter toutes les coniéqitencei. — Ce qai meurt, ce n'est pas Tarbre divin , meij lëcorce desséchée qui le recouvre. — Mais si les hommes , pressés de l' împérieax bcMÎn de renouer pour ainsi dire avec Dieu , de Gnmbler le vide immense que la religion en se retirant * laissé en eux , redeviennent chrétiens , qu'on ne s'imagine pas que le Christianisme auquel ils se rattacheront puisse être jamais celui qu'on leur présente sons le nom de catholicisme. » Ltmennaif , Affaires de Rome, conclMiSB.
Berne les siens. La cause n'en était pas seulement dans rinégalité de puissance des deux républiques. Fribourg savait fort bien, quand elle le voulait , se faire écouter ; mais la réfornialion d'une contrée qu^eile et sa rivale possédaient en commun airait un secret pour trouver grâce à ses yeux: c'est que rancienne église étant dis* soute 9 les deux souverains se partageaient ses biens. Aussitôt que la pluralité des voix Tavail décidé^ terres, legs et revenus, ornements de culte, tout devenait propriété de Tétat, et les seigneurs de Fribonrg ne se montraient pas moins empressés que ceux de Berne à serrer leur lot, ciboires, calices, aubes, chasubles, et i Remporter dans leur ville ^* Ceci explique bien des choses ; aussi , dans les arrangements que prirent les deux villes pour mettre un terme aux émeutes, n'est-on pas trop étonné de voir un article qui sacrifiait complètement les catholiques â leurs adversaires : il portait que si le prêche avait pour lui la majorité dans une paroisse, toute messe y devait être abolie; mais que si c'était la messe, le prêche n'en continuerait pas moins
^ • De grande volonté tendons à avoir les biens des églises.... comme bien amplement le faisons paroistre. > Pîerrefl*
' c qni fust un point an grand désavantage des seinnears de Fribourg.t*. Je croy qu'ils en eurent à repentir. — Les bons sei-
C'élail donner gain de came a la Réforme; et Berne
qui la dirigeait^ le faisait en joignant la prudence â aa vigueur accoutumée, tatani le terrain, évitant les heurts et les sauta trop brusques , affectant avec grand soin de tenir le chemin de la modération jusqu'à paraître quelquefois jouei^ le rôle d'arbitre plutôt que celui de partie, s'écartant et revenant â propos pour différer ou pour frapper le grand coup , enfln profitant admi* rablement de sa position qui ne pouvait pas être meilleure. Par sesprédicanta, nationaux ou étrangers mais dont elle était Tunique recours, elle avait une seconde fois envahi toute la lisière de rHelvétie romande. Là ils lui recrutaient une petite armée qui, achevant de lui garantir ce qu'elle tenait déjà , formait en outre comme une chaîne autour de ce qu'elle convoitait encore. U ne s'agissait donc plus pour elle que de pénétrer dans l'intérieur 9 ainsi cerné> tandis qu'à Tautre extrémité , Genève Tinvitait naturellement â le traverser de part en part. C*est là maintenant qu'elle avait l'œil.
Chassé des bords , le catholicisme se réfugiait dans le cœur du pays. Les Etats avaient
gneurs de Fribourg; estoyent toujours de bonne sorte : car ils con* sentoyeut à tout ce que lesdits Bernois iaîsoyent. * Id.
condamné au feu les livres et les partisans obstinés €ie ce maudit et déloyal hérétique, Martin Luther *. A Moudon, un procès de dix années entre celte ville et son banneret armé d'un monitoîre apcNrtolique , l'excommunicatioa qui s'ensuivit pour celle commune durant le même espace de temps y la rivalité naturelle eiUre- le cbef-lieu de la Baronnie et TEvèché^ ricA de taul cela ny disposait favorablement les esprits eu faveur du clergé : aussi les prédicateurs de ca* rême^même les étrangers, n'y trouvaient-^ils pas un auditoifc comparable à celui des comédiens ambulants qui venaient y représenter, aux environs des grandes fêles ^ le Mystère de la Passion ou de la Résurrection puis la Moralité du Vieux- Monde ou du Pauvre-Commun. Néanmoins on y était fermement attaché â l'ancienne église, tout en méprisant son train actuel. Centre ei dernier refuge du pays, la terre épisoopale avait eneoisi moins de propension pour ces nouveautés. A La Vaux , les commis voyageurs du Saint -Siiàge avaient trouvé â placer plus d'une bulle d'indulgences. Rudes et hardis, les vignerons n'aimaient
* a. Fragm. du Registre des États , ap. Ruch. , I, U07. — SurMoudon, (a. 1519-1536, )Grenus, p. 159, 173, Rucli., H, 326, IV. 84, V, m- Sur La Vaux , Id., I. 88, V, 10, 12, 350, Le Cbro- Jiiq. , S9.
donc point ces prédicanU qui i^aMaienl elrepassaienl par leurs villetl«B et Yillages, disant ne vouloir que se rendre à Genève ou à Aigle mais faisant toujour» quelque petite halte suspecte entre deux. Il y en avait un siirioul dont ils se défiaient sans trop savoir â quoi s'en tenir sur soa compte, mais parce qu'il faisait de fréquentes «ppariHens autour d'eux. C'était le prédicant d'Ormont-Dessus , Maître Michel , homme , je pense, de courage et de résolution, puisqu'on l'avait donné pour ministre à ces redoutables montagnards. Un jour qu'il passait par Lutry , 1858 retournant vew sa haute vallée solitaire , il entra dans l'auberge pour se reprendre un peu de la fatigue du chemin ; car il voyagait à pied, chargé d'un manteau, d'une épée et d'un sac où se trouvaient entr'aulres deux exemplaires du Nouveau- Testament. La salle était remplie de moines et de prêtres. Il voulut se retirer : il ne le put sans avoir été aigrement interrogé par ceux qui se donnèrent ainsi le temps de lui préparer quelque mauvaise rencontre. Comme il passait sous la perle de la ville, un grand coup de poing qu'un prêtre lui appliqua daus l'estomac, fut le signal. Il essaya de fuir dans les vignes ; mais les moines s'y jetèrent après lui, en criant au larronl Les vignerons s'y trouvaient , occupés des premiers travaux de Tannée; ils aidèrent â traquer lemal-
heureux ministre qui dut enfin, dans les fossés de la ville ^ se rendre à ses persécuteurs, ilslebailirent» lui prirent sor époe dont îk firent mine de lui vouloir couper la tète^ le dépouillèrent « jetèrent au feu ses livres-saints^ puis te le renvoyant comnie uno balle et le chassant devant eux, petits et grands lui lançaient des pierres ourleura ^oirs à double corne de fer. Un peu *plu8 loin 5 et ainsi qu^il commençait à respirer> il trouva deu> hommes déguisés Tun en laquais l'autre en mendiant : ils raccoslèrent, et le premier, jurant par le sang de Dieu^ lui déchargea son épéesur la téte. Un passant piloyable étant intervenu, il eut le temps de reprendre sa fuite à travers lea vignes, il arriva ainsi âRiez, au dessus deCuIly, oiiun gentilhomme 9 appelé Messire Claude Forestey, le >reçut^ le4ogea^ TbaiMlIa d'une bonne robe fourrée^ fit recoudre ses plaies par un médecin et s*aida lui-même à les bander. Le lendemain, cet héte généreux lui donna son cheval et un homme pour l'accompagner. A Vevey^ le prédicaot fut encore rudement qoestionnë ^ les uns «croyant que c'était Farel , les autres Viret ; et comme il passait sur le pont , peu s'ep fallut que la multitude ne le jetât de sou cheval dans la rivière. Enfin ^ pour dernière mésaventure 9 le bateau qu'il loua se trouva percé quand on voulut prendre le large. Il gngna Aigle comme il put. Il y arriva pourtant ^ bien
heureux d'atteindre euGn ce refuge et de se re« trouver au milieu des siens. C'est ainsi que les vignerons recevaient les prêcheurs. Maître Michel n^avait pas eu meilleur accès à Lausanne , ou il s'était rendu précédemment à deux reprises^ mais par la voie du lac. Si ou ne Vy maltraita pas , il n'en fut pas moins éconduit. Autant en était arrivé â Farel, quoiqu'il fut présenté par le chancelier de Berne en personne. Suivant le traité d'alliance, les Lausannois avaient envoyé de leurs coulevriniers joindre la bannière bernoise dans les guerres du temps : on avait accueilli avec distinction ces auxiliaires^ loué leur bonne mine et leur empressement. La Réforme espéra de se glisser à leur suite dans la ville de TEvêque. Ua moine les ayant maudits du haut de la chaire comme frères d armes des hérétiques^ quelquesuns d'entr'eus profitant du carnaval » mirent des masques, se saisirent du prédicateur , le placèrent sur un traîneau et le fouettant publiquement le promenèrent ainsi par toute la ville jusques devant la maison du bourreau, où ils le déposèrent* On renversa aussi quelques images. Tout cela eut peu de suites. Le clergé n'était pas aimé, mais la nouvelle foi non plus. Les voix ne manquaient pas pour aboyer contre elle \ Les gentils-
^ « .... La griice de Dien sOit avec vous lout qui aboyés à nos
hommes du Pays-de-Vaud qui se reocontraieal i Ldu^aaue pour les fêles sacrées ou profanes juraient , le comte de Gruyère à leur tète , de se venger, par Teslrapadc el le bûcher, de tout Luthérien qui tomberait entre leurs mains. Cette commune ne voulait de Berne que son alliance politique contre TEvêque suzerain temporel. 11 remuait toujours. Il avait même fait amas de gens en Savoie el dan,s la Gruyère pour surprendre la ville , qui se tint alerte et veilla sur ses murs. Elle n'élaîl forie que contre lui. Du reste elle ne pouvait rien, ni contre la Réforme qui lui tarirait tes sources de sa richesse et de sa gloire , ni contre Berne dont elle essayait de fuir l'amitié dangereuse dans les bras moins foris de Friboarg^, jïï pour là Patrie de Vaud que les mêmes causes, risolement et la division^ rendaient impuissante comme elle. Les Etals oscillaient entre Berne-.«t ' le Duc; et plus d^^une fois la neutralité des communes paralysa les desseins de ce dernier. Plus libre dans son action et menacée aussi plus directement dans ses intérêts ou ses affections politiques, la noblesse elle seule était en mesure d'organiser quelque résistance ; et c!esl .ce qu'elle ' entreprit.
talons (oblatraniibus).* Lettre de Berne k TEvcque, ap. Le^Cbror niq. . m. - Ruch. . Y, 8, iCO.
Eilo comprit d'abord que la question se vide* rail i Genève» qui était moins bien débarrassée du Duc, moins â porlëo de Berue, et faisait davantage à elle seule un tout important. Déjà vaincue et par lerro depuis la guerre de Bourgogne, la noblesse jouait de son reste^ le sentait, et réunit donc tous ses efforts, mais en un temps où le destin des batailles ne lui appartenait plus. De Moudou dans le Jorat» du Ghâtelard et du pied des Alpes j usques, en suivant les deux rives du lac^ au-delà de Genève^ la plupart des gentils-hommes se liguèrent contre cette cité. Le Pajs-de-Vaud ou fournit le plus grand nombre « et leur confrérie, comme ils l'appelèrent 5 eut surtout son centre a La Côte^ où se rencontraient les deux Ëvéchés et où Tin* fluence savoisienne se faisait davantage sentir. Toute celte contrée jusqu'aux portes de Genève était couverte de châteaux ou de maisons-fortes et de lieux de fiefs, comme elle Test aujourd'hui de villas opulentes. Les principaux de ces gentilshommes se trouvaient un jour réunis au château 1527 de Bursinel , dont les vignobles environnant» n'ont pas même gardé les ruines. On était alors eu auloninc, époque de Tannée où la fin des récoltes amenait volontiers une succession de banquets et de f êtes dans les rustiques manoirs» Les
couvives voulurctil niauger du riz â la cuiller QuelqueplaifâDlorie échappée à leur colère contre Genève les conduisit à prendre pour signe de ralliement larme pacifique el peu chevaleresque qai aeryait en ce moment à leur festin. Sons peine d'amende, tout membre de leur confrérie devait porter au col, attachée à un ruban de soie» «ne cuiller d'or ou d'argent Le seizième siècle vit bien d'autres ligues plus célèbres et surtout plus redoutables que celle4a ; son nom joyeux el significatif lui a presque fait trouver grâce dans les souvenirs populaires, el la plupart de ceux qui en parlent encore seraient tentés do n'y voir qu'une entreprise innocente, oit il entrait plus de bonne humeur que de noires pensées el qui eut moins d'eilet que de bruit. Les contemporains > non sans raison» en jugèrent différemmenl ^:
* « .... Banquctans etmanf^cnns do m enjemble k la coeillier. > Plantin , Hùl. de la SuÎMe * p. 318.
* < Et les plua mauvais difoyant , que c*cttoit poar mngtr Genève à la cneilUer. » Id. » ib. — Pierrefleor. — Cest ainai qne les en Demis d*0tbon de Grandson , peut-être par quelque circonstance anssi fortuite qne celle dont il est ici question , avaient pria , pour se reconnaître » le signe rustique d'un râteau brodé sur leur babit. Comp. ci-dessus , p. 668, 669.
** « La {îucrrcdcs dils (îcnlilshoinmes, lut cause de beaucoup de » mal tant au prince qu'au pays » écrit un calbolique, Picrrcfl.
La Ligue de la Cuiller fut ce qui mil en péril Genève et ce qui motiva les incursions de Beruo et de Fribourg. Elle n'était ni sans organisation, ni sans base. Les évôqucs de Genève cl de Lausanne en avaient été yraiaemblablementles instigateurs» Ses ramifications s^étendaîent dans toute la Suisse française ; elle avait des appuis dans la Franche- Comté, dans la Bresse, dans le Faucigny.Une fois par au, à Nyon^ le premier janvier, se tenaient ses assemblées générales, assez importantes pour durer jusqu'à huit jours. Elle avait ses chefs, hiérarchiquement divisés en • abbés, prieurs, bannerets et autres officiers > • Il ne pouvait être admis que des gentils-hommes dans la confrérie, qui deve> nait encore ainsi une sorte de confédération des nobles contre les bourgeois et les communes. £nfin chacun des membres était solidaire de toute c injure ou déplaisir t faite a l'un d'entrWx par quelqu'un d'étranger à leur ligue; et ils s engagaient a en poursuivre la vengeance jusqu'à « fin de leurs vies et de leurs biens t. Les différents qu'ils avaient ensemble , au contraire , étaient jugés à Tamiable dans leurs assemblées; et Ton ne voit point qu'ils aient manqué d'union ni de hardiesse dans leurs desseins. Le premier de leurs chefs, François de Pontverre, pour quelques mots outrageants, fut tué dans une émeute â Genève, qu'il retraversait en secret, à son retour de Tas-
semblée de iXjon Mais il leur restait le pius fier ^ le plus obstiné de tous y Noble et Puissant Michel Maugerod, baron de Lassarra^ ennemi juré de Genève el de Berne ^ el avec lui Noble Henri de Cojoney seigneur de Sainl-Marlin-du-Chène. Ce dernier était en outre tuteur du jeune seigneur de Wudlans y Philibert de Colombier alors étudiant â Paris. Ils partirent de ce château a la tète de bandes levées en Savoie et en Bour« gogne et s'avancèrent jusques à Coppet. D'autres bandes , venues du Faucigny, s'avançaient ^ sur la ville du côté opposé. Le coup manqua cependant , on ne sait pourquoi. Le Duc n'ignorant pas qu'il avait tout à craindre des Suisses , s'ils étaient encore une iois attirés, n'osait trop soutenir ouvertement les gentils-hommes ; il les excitait et les abandonnait tour- à -tour. Saint- Martin et le baron de Lassarra^ voyant leur attente trompée » s'éclipsèrent en attendant
* A son premier passage, le portier de Saint-Gcrvais n'ayant pas, à son {yré, élc assez prompt à ouvrir, il lui avait donné un soufflet en disant : Te faut-il ainsi faire attendre des geniUshommes i* Mats dans peu de temps, ajoula-t-il en jurant, nous romprons oos portes , el marcherons par dessus, corimie nous avons fait autrefois. A son retour, il lut massacré sous un lit où il s'était réfugié. Ruchal, HI, 192. Levade, Dict. — Pour le reste voy. Kuch. et ses auteurs , Pierreileur eutr'autres ; el le Cbroniq.
' « .... se perdirent et sauvèrent, cnsorlc que l'on ne scent qu ils furent devenus. » Picrrefl.
une meilleure occasion. Plus d'une fois elle fut sur le point de s'offrir^ elTon put croire Genève perdue. Ils la mirent aux abois» la serrant et i'étoulTaui jusques dans ses faubourgs^ lui coupant les vivres, donnant la chasse aux barques de ses pùclieurs , faisant sommaire justice de ceux de ses bourgeois qui tombaient entre leurs mains *, détroussant les marchands et dévalisant les cour* riers. Genève n'était pas seule à souiTrir de ces derniers efforts d'une puissance â Tagonie. Us achevaient de porter le trouble et la désorganisation dans notre patrie vaudoise ^. Ce qui lui restait de forces eu fui paralysé; cl sans Tavoir demandé, sans y avoir consenti, elle fut jetée dans la mêlée comme un gage , remis au hasard plus qu'à la bonne foi des partis»
Après avoir beaucoup temporisé, Berne s'était
enfin décidée â intervenir par les armes. Fri-
^ « Ils en pendirent un jour dix*â6pt tout i la fois « proche du pont d'Arve. » Ruch., 11*275.
' On en jngera par un seul trait. Saint-Martin avait un lieutenant bourguignon , appelé NicoUt Bise » de Morteau dans le Jura; lequel poor être payé» lui fit un procèa devant les I- tais de Vaud, en son nom et an nom des « compagnons qui estoyeniaoua lui. Et est
a a sçapoir que quand ledit Nicolas Bise allait comparoigtre a la jus- » iice de Modon , il allait toujours accompagné de sa bande avec en- » seigne dêploféc et tabnrins sonanls * Picrrefl. — Ce cnndotiitre Ml" baltcrnc ijuit par se uoyer dans le DojubA. Le Cbrouiq. , 44>
bourg» l'autre allié de Genève» l'y eicitail depuis long-temps Mais la position de Beruo n'était pas si simple que la sienne. Berne regrettait deuK choses : l'une d'entreprendre une guerre nouvelle au milieu de la crise générale où les affaires de religion jetaient alors la Suisse; l'autre de ne pouvoir pas faire seule celle expédilion, maia d'être obligée d'y subir la compagnie de Fribourg : elle aurait voulu au moine que la Réforme^ qui ne faisait encore que de se glisser dans rHelvétie française, eût eu le temps de préparer les voies et la meilleure portion a celle des deux républiques où elle trouvait son appui. D'autre part , Genève criait en aide ; cl il était â craindre qi|e, poussée i toule extrémité» elle ne se jetât dans les bras du roi de France comme elle en eut la pensée plus tard. On se mit donc eu mar« che. Il y avait cinquante-cinq ans que les Suisses» Berne à leur iule , avaient commencé leurs incursions dans le Paya-de-Taud ; plus d'un vieillard pouvait s'en souvenir. Dès lors quelques-unes de leurs bandes étaient toujours venues de temps à autre renouveler connaissance avec nos petites cités rustiques mais courtoises, visiter nos caves,
* Insistant pour « qu'on déclarât la fçuerre an Dac , et qa'OB » s'emparât du Pays-d€-Vaud ». Ruch. , III , lOt. —
et bolîner en passant Mais œ n'était là que des occasions isolées et passagères; maintenant, rinvasion directe el eu grand ailail recommencer. - IlSSO Une armée d'environ quatorze mille hommes, formée des coaliugeuls de Berne, de Fribourg, de Soleure, de cdui de Payerne où Ton vivait â la suisse dès long-temps, et d'un corps nombreux de volontaires, roula sans obstacle â travers le Pays-de>Vaad écrasé. Morges fut le lieu do rendez* vous ce au grand dommage et préjudice des pauvres habitants » Les prêtres cachèrent leurs effets les plus précieux chez les bourgeois, ne se fiant plus â la protection des lieux saints. L armée de siège des gentilshommes de la Cuiller se dissipa comme le brouillard devant la vraie nuée de To* rage. Les garnisons de leurs manoirs se retirèrent outre-lac ou derrière le Jura. On mit le feu aux
' En HSSUD, allant déjà au secours de Genève, les « magnifiques » seigneurs de Fribonrg firent à Morges on grand pUUg9* > Grenus, Doc.,N^ SSt.
* Pierrefl, — Cette armée « mit tout le Payt-de-Taud sous con- » IribatioB » : il dut payer à raison de deux mesures de blé par ieu. «Le Pays-de-Yaud souffrit beaucoup de cette guerre.» Ruch.; m* ÎBI sqq* —«On e&tdit, an rapport des capitaines eux-mêmes^ dca Turcs et non det soldats chrétiens. La veuve était dépouillée de sa dernière ressource s les temples étaient mis à bu ; le fer , le len n'épargnaient ni amis» ni ennemis; les ef^rts des officiers pour arrêter le désordre ont été toos inutiles ». Le Cbron. , M.
châteaux * , sans épargner même les proTÎsions
qui s'y trouvaieal. Ce qui put être pillé dans les églises» le fut; et de vieilles images de bois qui ne croyaient avoir d'autres ennemis que la poussière et les vers , servirent ( c'était l'automne) a chauffer les soldats De Genève , on reconnaissait au progrès des flammes l'approche du secours ^. Aussi fut-il une dérision. Les Suisses demandèrent à Genève en ruine quinze mille écus d'or : elle se saigna pour en faire deux mille. Le résultat positif de rexpédilion fut rarlicle 3 du traité conclu a Sain^Julien entre les alliés de Genève et le Duc. Confirmé â Payeme Tannée suivante , il engagait le Pays-de-Vaud comme hypothèque aux villes de Berne et de Fribourg. S'il y avait de nouvelles attaques contre les Genevois et que le Duc n'en fit pas justice^ le Paysde-Yaud resterait aux deux villes en toute propriété.
* A celni de WniBans , à celui de Rolle qui était eiiMi d'one beatité remar^able, et à piiuievr« «otres.
* Car, dis^enl-îls» ies ubU$ de boUmtoni bonnes que pour
faire àa fea en ïdMr. • ' *
^ Vulliemin. « Bien que le temps iùt beau, les airs étaient offusques par la grande iuraéc ; placés sur les murailles, les citoyens contemplaient cet incendie; qucWiues uns en étaieot piteux , IfS autres joyeux et se moquaient. > Le Gbroniq. , i9.
Puis la Réforme ayani» au bout de quelques
années 9 complèlement gagaé Gcuève, rauînio* site n'eul pas môme le temps de s'assoupir: c'esl à peine s'il se (it quelque trêve aux hostilités. Le château de Peney sur le Rhône â deux lieues de la ville devini la forteresse des papistes 5 le re« paire de leurs brigandages^ et le centre d^une guerre tragi-comique dont Thistoire de Genèire peut seule réclamer les détails *• Le Pajs-de-Vaud, dans laltente, n'était sûr de rien que de sa perte: en gros il restait neutre; il prenait parti en détail. La noblesse achevait de déclarer^ aux yeux de tous, l'impuissance de sa haine contre la liberté. Le clergé tremblant cherchait où fuir et comment fuir. Il ne mtait debout, mais sans chef» que les communes , assez fortes pour subsister dans la ruine générale, mais non pour y avoir le dessus. Orbe et Grandson appartenant à des Suisses étaient traitées en conséquence par le Duc et les siens : le marquis de Musso ne manqua pas de se jeter sur leur territoire, ce Médicis qui dans sa rage faisait le métier d'incendiaire contre les Confédérés. Lausanne offrait et défendait tourà-tour de secourir les Genevois. Ces derniers avaient de plus chauds amis dans le Jura du Séeland^ et dans les Alpes de la Sarine f ces deux
* En voir un trait dans PicrreU., a. iïj34«
avant-postes de Berne Ce furent les montagnards da Jura qui s'ébranlèrent les premiers ; de Targent bernois > emprunté par Genève^ les décida. A traTero les forêts^ la neige el la pluie, ils longèrent la crête delà chaîne et^ après trois rades journées, débouchant à âainl-Cergues qu'ils trouT&renI désert , ils descendirent pressés par la Daim 9 égarés par de faux guides^ et vinrent tomber un dimanche d'octobre à Gingins. Une troupe désordonnée de Savoisiens, d'Italiens, d'Espa« gnols, de prêtres et de gentilshommes vernis avec leurs paysans des environs de Nyon, de G0K et de La Cote, les attendait. Il y avait la un chemin creux , enfoncé sous deux haies ^ pierreux, comme la plupart de ceux qui viennent delà montagne, et lavé par une eau courante. Alentour l'étendue des prés, où apparut l'armée saroisienne cinq ou six fois plus nombreuse. Tel était son mauvais sort el le vertige qui précipitait ce parti, que, malgré tous ces avantages, elle se fit battre , mettre en déroute, eut beaucoup de morts.
' a Le châtelain d'OEx ... a aussi offert un secours considérable... ; et comme quelques-uns ont ouï dire qu'il n'avait point de drapeau, on ordonne au trésorier de lui donner sept aunes de taffetas pour faire iaire son drapeau. » Reg. du conseil de Genève, ap. .Grenus ,»Doc. , p. iSO. — Id. , p. 179, Ruch. V^ 343, 573. — Rucb. , ib. , &21.
lesquels une femme, le plus vaillant de lous encore le combaideGinginsfut-il, des deux paris, laclion héroïque de toates ces longues hostilités. Sur uu autre poiuldeleur théâtre, le baron de Lassar- • Tàz, capîtaine^général de la Ligue de k Cuiller^ s'acquitta mieux de sa tâche. Le grand froid avait précédemment dispersé les gentilshommes, chargés de bloquer Genève. Lui seul tint bon avec ses gens. Michel Maogerod était un grand cœur, ne ploya pas même quand tout fat fini. Berne ayant fait reprendre aux vainqueurs le chemin de leurs foyers, les Genevois se retrouvèrent dans la même situation qu'auparavant. Us s'étaient aussi ménagé l'aide du roi de France, dernière ressource : elle leur répugnait, mais à présent ils n'en avaient plus d autre. Une troupe de gens de pied et de cheval, ceux-ci bien montés et bien armés, en tout cinq ou six-cents, se présentèrent au passage de la Faucille , conduits par un sei«
* € Ëlle combattait avec son mari et ses trois fils , tous vaillants compagnons et fervents à l'Evanfrilc. Elle portait une épéc à deux mains et disait... : « Je serais seule qu'avec celle épce je voudrais batailler tous ces Savoyards. t> (Le Chr. , 165 ) — « Elle se défendit vaillamment, faisant le moulinet avec son épéeàdeux mains, et tua quatre hommes avant que de mourir. » ( Ruch. , V, 379. ) — « La trop grande callidilé (?) d'entrer dans la bataille sans aucun ordre, fust cause qu'il en demeura beaucoup et de bons personna^jes desdits Savoisieos« » Pierrefl. — Ruch. , V|371. Cons. suisse, VIII, 100 sqq.
^neur fraoçais. Le baron de Lasaarraz avec quatre cobU hommes ae tenait â Gex non loin de là. On était au milieu do décembre ; il faisait très-froid sur la montagne, et le passage est fort et mauvais. Dans le voisinage y cette mêrae contrée recelait le champ de bataille ignoré S où la noblesse ei les commune^dn Pays-de-Yaud alors florissant avaieni repoussé lagressiou de trois puissants et vaillants aeignecirs. Mangerod se jeta sur cette troupe aveo sa bande, lui ferma le pays et la dispersa. Plusieurs cavaliers furent tués ; les prisonniers per» dirent leurs chevaux et tout leur bagage excepté leurs habits* Le baron partagea le butin entre ses gens, sans en vouloir rien retenir pour lui Dana cette funeste guerre , il eut au moins la gloire d'avoir diassé les étrangers; et finalement lea Genevois n'eu furent pas les moins contents. Ainsi se retrouvaient la force et le bonheur contre de Téritables ennemis. Et Berne , malgré les torts de son ambition, occupait une place si naturelle dans le développement de i'Helvétie et de la Confédération suisse > remplissait un rôle si nécessaire,
Voy. ploft haut • p. »
' € Item y eustde Uditie bande plusieurs mors et occis , et si ne fust ledit seigneur Baron . le loatage y tust demeuré. > Pierrefl» -Ruch. . V.397,ftû5,498.
que tout contribuait â Yy servir. Ceux qui, dans le Pays*de*Yaud^ voulaient encore essayer des armes , venaient de recevoir â Gingins ^une dernière leçon; et bientôt après^ cette république avait été débarrassée par ses ennemis même de sa plus grande crainte, de celle de voir les Français dans le pays, et d'avoir le roi de Franoè pour voi» sin * . Elle avait chemin ouvert jusqu'à Genève, qui, en outre était maintenant â sa merci. Le moment désiré arrivait don<> pour elle. Enfin, on allait en venir au fait.
fiien des cœurs étaient tristes et se plaisaient â chercher dans les bouleversements de la nature des présages qui répondissent â leurs lugubres pressentiments. Quelques hivers auparavant, il était tombé une si grande quantité de neige que plusieurs maisons en furent enfoncées : on prit tout vifs des lièvres et d'autres pièces de gibier; beaucoup de cerfs et de biches périrent ^. L'au-
« Ils doutaient qu'un pareil voisin , qui serait une lois à Genève, les accommodât tux et d'autres. > Les Bernois aux Bàlois» ap. Ruch., V,
' Pierrefl.» IS32^ ie 15 février. Les cerfs n'ont disparu de notre 1»ays que beanconp plu tard. Voir aussi Grenus , Doc, p. kSt,
Tancer tout exprès pour éclairer de sa lueur stoiatre Fatrenir prochain que pluëieurs redoutaient. Les uns voyaient en elle le signe ayaut<coureur de la mortalité et de la guerre; les autres, celui d'un changement de prince ^, et il ne fallut pas beaucoup de sdenoe prophétique pour juger que leducde Savoie, qui avait alors parcouru lo Paysde^Vaud^ lui fsisait probablement ses adieux. Quand la révolution fut accomplie, ceux qui espéraient pouvoir revenir en arrière , n'en furent que plus attentifs aux autres phénomènes qui se. succédèrent pendant plusieurs années comme' si le ciel dût aussi avoir ses nouveautés et ses ébran*!leraents. Un jour, ce furent trois soleils • de lumière et de grandeur inégales, dont l'apparition vint glacer d'épouvante les hommes de ces temps ; ils notèrent aussi un météore igné sous le nom de. t colonne embrasée d'où il tombait des étincelles» * Pour eux, une aurore boréale était un dragon de merveilleuse grandeur, de la figure d'un cheval gigantesque, ce quasi tout couleur de feu, et dont l'ombre surpassait la largeur d'une vaste, maison s. Il 7 eut un de ces magnifiques éblouis-
* « Ce aâ?iii8t, comme orrez ci après du bon DaeéeSftVOje BCMBiaé Charles , lequel perdit quasi tout s<m pays. » — Celte comète « faat vcuë quasi par tout ronhrcrsel moode, doat l'mi m toit eo grande perpitxité. • Pierrcfl. ; ib
sements de la uuil^ tout ardent en Jeu, qui se ré"* fléchit sur le lao de Lausanne ^ easorte que les gens qui y navi^iiaienl crurent être arrivés â la fin du monde et pensèrent brûler. On n'oublia pas surtout qu'une autre fois, en plusieurs endroit» du ciel mais notamment du côté des Petits- Cantons*, d'où Ton pouvait craindre eu espérer la guerre, on avait vu en plein minuit, dans une grande daTlé. de feu , des ^ gens armés , k cheval et â pied, combattant les uns contre les autres».* Dans tous ces signes célestes gravement comptés et suivis depuis le moment de la crise jusqu'à ses dernières secousses, les partis lisaient avec un égal eifroî ce qu'ils desiraient ou ce qu'ils craignaient; â moins que réunis en une seule opinion ils n'y vissent, comme Luther, Tannonc^ de la fin du inonde * et de cet embrasement général prédit dans
* « -..«contre le païs des r.antoas Lsender. > Pierrefl., a 1561. Voy. aussi a. 1^&3 ; — 4S50 : D'un grand dragon qui passa par sur ta ville dOrbe ; — ; iS60; Signe apparu sur le lac de Law garnie.
^ « Le monde coorl à sâ fin • «I il me vient sopTent cette pensée » qae le îoor do jugement pourrait bien arriver avant qae nom > enssions achevé notre traduction de la Seinte-Ecritore. — En » décembre, on a vn leciel enfenandessoide l'églifedeBrcalaa...; » un antre jour, on a vu denz cbarpentea embraiées (notre Pierreflenr se sert anssi de cette image, il dit: un ffnm tAe^ vrmn iaui embrasé) et, an roiliea , une tourelle de fini. Cest le der« 3» nier jour, si je ne me trompe, 4{Q*annoncent ces signes. » |iet-r ^s de Luther , mars 1889, trad. de Micbdet.
les Livres SainlSc Néaumoins alors^ malgré ces terreurs, tout suivait le train accoutumé, ainsi que l'homme acharné sur la terre le fera sans doute jusqu'au jour où elleluitomberades mains et ne se trouvera plus, a On mangeait, on buvait, on achetait, ou vendait, qo- plantait et on bâtissait L'habile dévidait ses projets; Tinhabile nen avait p<nnt on n'eu avait que d'embrouillés ; et des voix rudes, des voix de triomphe et d'orage, chantaient par les chemins : a Courage! mon vieil Ours. Courage! ma 1 vaillai^le.bète. Malheur à qui ne l'aime ! le mal- » léché leur apprendra sa danse. A moi, mes Our- 9 sius! — Alors ils se sont élancés de leur caverne. » — Montre tes dents, mon bon Ours! Allons f ;d mors comme il faut. Nous voici sur la brujère. » Allons! gaimeut! — L'Ours est entré dans le » lac. Il se promène par les montagnes et par les » vallées. Hourrah
Dans les derniers jours de l'année, Berne s'étant
assurée des dispositions de ses ressortissants et de
* BeiM muthig » • aal der Hekl a
Uod lass nus frîShIicb sein....
£r UiXt walten und stigen
Oie Waaser, Berg, und Tball...
Voy. les trois chante bernois sar la guerre de Genève » cités dans te Cbroniii. , SS8 . US.
ges alliés^ le 16 janvier 1536^ elle avait déclaré la guerre. Un héraul-d^armes partit, chargé de défier le Duc à fm ei à sang; message qu'il publia ausû, à son de trompe , dans les bonnes-villes du Pays* de-Vaud. Ilies divers contingents se rassemblèrent. L'armée en comptait plusieurs appartenant à l'Helyëtîe romande et à notre patrie yaudoise» Non seulement Orbe et Aigle avaient envoyé leurs milices; mais Payerne aussi, conformément à sa vieille coutamo d'aller en guerre avec lesConfédérés, s'é* taii jointe a Texpédition. Lausanne, sortant de sa neutralité, était représentée par une enseigne de ses soldats, placéeàravanl-gardeaveclesbelliqueux montagnards de l'Oberland et du Sybenthal. Les « quatre-vingt bons compagnons , enfanta de la ville d'Orbe » étaient à l'arrière-garde, avec la bannière de Ifeuchâtel ^ ; ceux de Payeme, de Château-d'Oex et d'Aigle faisaient partie du corps de bataille. Ainsi le pays â conquérir est à moitié déjà parmi les conquérants. Les divers contingents, rassemblés chacun sous un simple fanon rouge et noir, ont pour ralliement commun les deux bannières de la république qui flottent
* Pierreflear. — Rochat, T, â87. Le Chroniq., K9. «lie Gonaeil detLaïuaiiiie, voyant le grand nombre de cens qui voalaient]vemr se joindre 4 Tannée bernoise , défendit que personne n*al|M i la gnerr^s'il n'avait été choisi pa^ le maflfiilrat. » Id. » Kll .
au centre. Les armes sont la longue pique dont rarmée a'enioure au besoin comme d'une cein-* tore hérissée , la halteiiarde plus courte et plus impétueuse, la large épée à deux mains^ et Tarquebose^ instrument de mort encore lent et grossier mais qui n'en commence pas moins â faire oublier ceux-là. Berne a lait appel au plus grand nombre possible d'arquebusiers; ils reçoivent une haute paie. De plus, Texpédition traîne avec elle mim pièces d'artillerie. Suivent en outre un grand nombre 4e charriots , les uns chargés d'engins de guerre ou de siège ^, les autres de provbions de bouche ou, encore vides, attendant le butin. La. croix blanche sur diamp rouge est le seul signe distinctif. de chaque soldat. On voit beaucoup d'habits rouges et noirs, mais sans uniformité : du reste, bien peu de ces rudes sarreaux militaires que les vaillantes races helvétiques avaient retenus des vieux Gaulois ; la toile a été remplacée par la soie et le velours Le capitaine*
* Pierrefl. — On trouvera la plupart de cea détails , beaucoup plu3 au complet « dans L. Vulliemin , le Ghroniq. , 193 , 320 sqq.
* Virel , le Honde a rEmpire ( Génère l$6i ) , Dial. IV » p. ISS : « Ia plus grand' part det soudari a'eiloyefit vestiii sinon de celle loile qu'on appelle triege en commun hngaiQQ de ce pays , et portoyent leiur marque cooiue m leur pourpoint, fiûle feulement d'une aiguillette*... Blaii il est survenu en cela on grand change-t-
général , Haatz-Frantz Nœguely , porte un pana-^ cfae blanc. Six commissaires avec lui, son lieutenant et le banneret eomposent' le conseil de guerre et dirigent les opérations. Ils ont reçu un acte de sauvegarde^ qui les déclare « francs» à Fabri de reproches et inattaquables » dans tout ce qu'ils feront pour le service de la république. Us peu^ Yent frapper^ voire à mort, le soldat insubori donné.^ Il est défendu , sous peine de la vie , de se venger sur la personne d'un officier. Défendu de fuir. Défendu de piller, avant la bataille gagnée. Des juges choisis dans les divers corps forment le tribunal militaire, présidé par le général. Enfin, un dernier personnage important» le bourreau*
La noblesse et le Duc avaient craquedealios^ tilités isolées reculeraient encore long temps Tissue de la guerre S Les communes, vaudoises étaient, les unes toutes, les autres a moitié gagnées par les Bernois. Lausanne occupait TEvéque qui n'aurait pas mieux demandé que d'aller • lâ
ment Car il n'y «it plot gaeation de toile ne detriege-» sinon de taffetas, de soye, de velours, de camelot, de damas, et d'or et d'argent , et principalement depuis que Tor d'estrange nation y est entvé. Dteppis q«e les pensions des Princes estranges y ont en accès m etc.
* Lettres de Ch. lïL au-BailU de Vend, et ce q^m dit, à ce sujet* teChroniq., p. S17.
où était le grand flot » *. Yverdun, mieux résolu, iiQ pouvail qu'assister de loin au passage de l'armée gagnant Eoballens par les bords du lac , et se renfermer dans ses murs. Les gentils-hommes étaient désorganisés par Tinsuccès d'entreprises mal mûries qui semblent avoir été le fruit d'une sorte de fièvre et de besoin d'en finir. Le pays^ avec l'une de ses extrémités dévouée à l'invasion « et Taulre ruinée , se voyait pris par derrière et de flanc« • Une bande d'Italiens stationnée à Morges, voilà tout ce que Charles III pouvait opposer à ses ennemis. On y avait joint une troupe de campagnards, rassemblés à la hftie et mal disposés par tout ce que cette guerre leur avait déjà fait souffrir. De La Vaux , de Vevey et de Tintérieur du Jorat on aurait volontiers soutenu^pourThonneur de la patrie, les Italiens de Morges ; mais on n'en eut pas le temps : à lapprocfae de l'armée bernoise c tous d'un bon cœur se mirent â fuir > du côté du Forl-les-Cîuses. Les Bernois ne rencontrèrent personne. Le roi de France avait aussi
* Lettre de Séb. de Montfaucon, ap. Ruch. , V, 438 :«.... me semble que nous devons tous ayder, et aller là où sera le {jrand flot, car si d'aventure nous perdions , que Dieu ne vuillie , le pays, les villes ne seriont pas puis après pour résister , et ne faut point fera, come les Romains firent quand feu Monsieur de Borbon print Rome, car chescuu se voloyt garder son pallays , qui iust cause de leur ruyne.... : de mon couslé ne restera point que je ne fasse mon debvoir. » 11 ne le fit guère pourtant.
trouvé un prétexte pour ne pas manquer cette
occasion de dépouiller le Duc, qui eut ainsi une seconde armée sur les bras ^ C*esl donc^ en ce qui nous regarde, avec une entière vérilé qu'un historien de la vieille Suîi^^ a pu dire de cette expédition : H semblait qu*on allaii à itm fOe galante plutoi qu'aux ennemis. Tout fut percé jus-
effort. On regardait passer. L'incendie des châteaux et des maisons de gentila*hommes nt'étail plus chose a émouvoir Rien n'aurait été plus facile que d'aller ainsi jusqu'à Chambéry; mais François dont la connivence était de plus en plus â désirer, voulait sa part des dépouilles de la Savoie, et la part du lion : il ne permit pas de pénétrer plus avant, a L'ours s'inclina devant le bon plaisir du monarque D'ailleurs les aoblats
* Elle déboucha dnDaophiné et s'empara sans aucune résistance de toute la Savoie et de la Bresse. L'armée bernoise avait quitté Payeme le janvier. Le 11 lévrier les deux armées d'invasion entrèrent en arrangement , et convinrent de ne pas se disputer leur conquête.
' Le Baron d'Alt, Avoyer de Fribonrg, V|U,875.
' Le château du Rosey . oà il fut trouvé « un livre inl&me qui » enseignait tonte» sortes d'impuretés abominables » ( Rucb. « Vt M9); « les chasteanz de Coppet, de Prangia... et autres bellca places et maisons. » (Piefrefl.)
^ % Per Frantsosen schicbt eia Bote
le TOiiIttreiit. Berne avait cherché , an moyen de
vieilles et de nouvelles ordonnances^ â contenir^ pour cette expédition délicate, la licence accoutumée de ses soldats. Elle y réussit en partie. L'invasion avait eu meilleur air. Mais quand le milicien' en eut assegs pour lui-même et qu'il vit que, dans cet éloignement de ses foyers, tout le profit serait pour ceux4â seuls qui gouvernaient la république, la voix populaire dit : Retournons 1 et il fallut lui obéir. On revint donc , léger de gloire, mais chargé de butin. Ce qui, dans les contrées où Ion s'était promené paisiblement le fer â la main, était depuis long*temps suisse de voisinage, de vie et de mœurs, fut durablement scquis. Le reste, on ne le possédait point. Cest au delà de Genève qu^il y aurait eu besoin d'une vraie conquête; on nela lit qu'à la légère; et ainsi furent mal rattachés â la Suisse, dans cette occasion uni» que pourtant, les pays de Gex et de Chablais, ces deux compléments qu'elle r^rettera toujours.
Si r armée eût pensé plus noblement Mais la
Suisse, aux yeux du simple soldat, disparaissait
Den BMren frttndtlich bSte.... Der profes war f^cwaret Zu ereu inan ihm's fifan , Wie sin hertz h'dt begehret.
j^rBar zoch wicderamb dran.
' Voy. le Même chant que ci-dessus, p.
de plus en plus derrière Taristocratie : eelle-ci ea effet acheva de s'affermir dans ces guerres > soit par les mesures anli-démocraliques prises pour les faire réussir, soit par l'acquisition d'un sol dont le patriciat sut faire sou domaine el où il ne tarda pas de s'enrichir. On tenait ce que l'on avait de^ sire le plus , le PaysHle-Vaud. Avec de meilleures intentions à son égard, ou aurait peut-être gagné plus réellement tout le reste.
Abandonné, il avait du faire sa soumission et serésondrMunchangementdesttseraineté, lequel n'aurait pas tant effarouche assurémeul s ii ne fui survenu dans un moment de violence et de trou* ble qui pouvait tout remettre en question. Au nom de la patrie, Moudon déclara que c'était l'absence de tout ordre, de tout avis, de tout se* cours du Prince % qui le réduisait â une pa« reille nécessité. Néanmoins Romont et Rue eias* pérés voulurent le punir de riiumilialion de tous; mais la main de Berne , déjà étendue sur lui , le protégea. Yevey n'osa pas concerter sa défen-*
^ « ... AUenda la grande puissance de l*armée de Messieurs de Berne, i laquelle laisant leue devoir n*est possible résister ; considérant aussi non avoir aucun secours ni remède» mandement, certification ni commandement apparaissant de Monseigneur lè Duc... les susnommés de Moudon et villagiens, certifiés et contraints de ce faire par le défaut de secours et maintenue» etc. Grenus, Doc. , N**. 108.
86 avec ces robastes bourgades plantées sur les coU
Unes reculées du plaleau raboteux * . Yevey, proie enviée» aurait eu affaire â Berne el a Fribourg qui la voulaient tous les deux. Cette dernière ville, en eii'et, voyant la partie perdue pour le catholicisme» pour l*Evèqueet pourle Duc» en avait pris son partie et accourait à la curée. Valais faisait de même de son oôte. Soleure avait essayé de se mettre aussi au bénéfice du traité de Saint-Julien , mais sans y réussir. Les Valaisans obtinrent de prendre quelque diose sur le Chablais^. Fribourg faisait une contenance qui ne permettait pas que l'on se passât d'elle dans le dépècement de la Patrie de Vaud» Aidée de ses sujets et de ses alliés» entr'autres do ceux de Morat » de Bulle» d'Avenches , villes épiscopales ou ducales 9 elle occupa le comté de Romont et la baronnie d'Estavajer. Payerne avait passé sous la domination de Berne en même temps qu'elle offrait de se joindre à son armée. Des nohles, Saint-Saphorin entr'autres et Michel Mangerod qui risqua d*être trahi par le premier, s'étaient jetés» avec quelques Suisses catholiques el
' MSG de Kochat. lie Chron. » asi . Berne i Romont » Rae el Vaulrus : « Hom sommes avertis.... que voiis soyes délibérés... d'assaillir la ville de Moijdon . et icelle mettre à feu et à saag |»our ramour de ce qu'elle nous a fait la fidélité n'ayant pas été secourue par son prince es occnrcns de présent. »
une soiiantaiiiede paytansydans Yverdun la meilleure place du pays. Elle laissa Fartillerie bernoise battre ses murailles, puis se rendit* Mangerod « préféra Texil a la soumission * • A une autre extrémité de la contrée, Chillou , assiégé par une petite flottille venue de GenèTO, canonné plus efficacement par Parmée du côlé de Villeneuve et de MontreuXj fut livré enfin par le commandant savoisien qui s'évada sur le lac, et de la passa les montagnes. Le Fort-Ies-Cluses fermait à Touest le bassin du Léman: on s'en était saisi en repartani de Genève. Chaque place qui se venait rendre recevait un écusson de Berne pour en sceller ses por* tes. Tout était occupé et tenu séparément en respect.
Il ne restait que Lausanne el FEvècbé. Les
vignerons de La Vaux aimaient peu Berne ^ ses prédicants, ses montagnards ^ et n'en étaient pas aimés. A Lutry, quand l'armée y passa pour se rendre â Chillon^ quelques bourgecHS se prirmt de querelle avec les soldats; un de ces derniers
'n monrot à SainMIUade» en ltf4i. G*éuit, dit Pierreflear* un « bonmw de grande itatnre, de bonne foy et conaciaice* et qui
> ayma mieux perdre ion bien et seigneurie que de prendre le » Réformttion dei aeigoeort de Berne. » Son diltean eTsit été brûlé , « dont il fut gros dommage : car c'estoit une belle place , le
> reiuge et l*bospital des bons gentllihonunes da pays. » Id. a.
fut lue. On avait pria note de leur conduite avec
Maître Michel, l'^u deraier; ils furent traités durement. Berne voulait aussi la riche seigneurie épiscopale. Sébastien deMontfaueon s'ëlâit donné beaucoup de mouvement à Frihourg, où on lui avait fait grand'chère et oiFerl la bannière de la ville^ avec deux mille hommes au besoin! vous savez ce qu'il advint de cette bonné volonté. L'£vêque avait disparu, craignant de tomber entre les mains des Bernois. Au retour de Chillon» ilasignifièrent aux trois paroisses de LaVaux de se rendre aur-le-champ. Elles durent accepter d*étre à eux, mais ce ne fut pas de bon cœur. Qu^aurait pu leur ligue? qu^auraîent pu leurs fosses et leurs murs? Lutry voulut séparer et nettoyer les siens; c'était trop tard. Grimpant dans les vignes , l'Ours put dès lors â son aise farfouiller nos raisins ( voy. p. 470). Aidée de ces voisins résolus , Lausanne aurait dû se comporter mieux. Un instant elle sembla vouloir faire bonne mine. A leur entrée à Lausanne les capitaines bernois s'étaient mis en possession du château et de tous les droits de PEvêque au temporel t^uia était venu
* On 5ail qu'ils avaient voulu en faire autan l a Genève » après l'avoir délivrée, et qu'ils l'espérèrent long-temps. Mais Genève , sincèrement rélortnéc, avait pour pasteur et pour lc(;islatcur Calvin « un étraD|;er, applaadi aussi comme tel. Lausanne ne s'étail
uu bailli de Berne ^ qui avait prêté serment au bourgmaître devant la porte Saint-Etienne et, en signe de prise de possession , touché le verrou de la porte du château. Mais les Lausannois étaient irrités» et Von voit que Berne les craignait. Ils venaient de lui rendre de bons offices ; placés â l'avant-garde de l'armée, leurs arquebusiers y avaient continué de mériter leur réputation ; ils s'étaient faits particulièrement remarquer avec les Oberlandais à la prise du Fort-les-*Cluses: durant les derniers événements, le capitaine-général Emable de la Cort et le banneret Frontonnay avaient eu plus d'une -fois Poccasionde les exercer et de les tenir prêts. Berne s'étudia donc à ne pas cabrer les Lausannois : elle y eut d'abord bien de la peiue. Quand elle offrait sous main de faire â Lausanne une bonne part dans les dépouilles : c Eh! qu'avons-nous besoin, lui répondaiton, de plus de biens que nous n'en saurions » gouverner? Nous voulons nos libertés tempo- 9 relies et spirituelles, comme église et comme » cité impériale. » Charles-Quint venait en effet de lui écrire à ce dernier titre. Berne éluda de répondre j et fit tant de caresses et de promesses que l'on finit par Radoucir. Lausanne céda et
réloraiéeqiieda gntrre laite et Virel , fan condaclenr «pîrîtael , était un concitoyen !
oblint ea échange haule, moyenne el ba^ae juridiction , daoa sa banlieue, sur les causes civiles et crimioelles; de plus un certain nombre dedo- * maines et d'églises » couvents, priorës, abbayes. C'est là ce qu'on appela la grande largiiion. Lausanne fut privilégiée et de nouveau isolée du pays^ comme dès lors il en fit plus d'une fois la triste expérience. On vient de retrouver dans les archives de cette ville huit vitraux d'un magnifique travail^ oubliés là depuis la révolution qui nous rendit l'indépendance. Ce sont les armes de Lausanne soutenues par des lions ^ ses cinq bannières que des* guerriers en riche costume brandissent dans une pose martiale, et la figure de Marie pour représenter aussi cette cité qui avait juré anciennement de ne plus prêter hommage qu'a la mère do Dieu. La date, 1528. Telle était notre capitale actuelle aux temps ou d'alliée elle devint sujette des Bernois. Dans ces peintures, Lausanne elle-même frappe moins que les bannières de ses quartiers, autrefois villettes voisines mais séparées. Image du pays» il y avait eu et il y avait encore alors plusieurs villes en elle. Pour centre commun, cette iigure de paix mal à l'aise
lien, ce pouvoir d'une autre nature, toujours plus étranger, toujours plus faible, corrompu , méconnu^ rejeté. Quand on voit ainsi, représen-
tés vivement, cette incohérence de parties semblables et ce mélange de choses opposées' , on s'explique aisément ce qu'on eût voulu n'avoir pas a s'expliquer.
Ainsi eut lieu ce qui fut pompeusement appelé ia conquête. Je passe les détails *• Pourquoi étendre un récit odieux? que peul-il nous apprendre? On se laissa dévorer. La gloire d'une résistance , d'ailleurs impossible à rendre durable, aurait servi d'autres que nous. C'est un sujet qu'il faut voiler : il ne contient que misère , il ne soulève que dégoût, et ne doit pas ranimer une haine dont les temps ne sont plus. S'il s'y trouvait du moins la saine amertume d'une noble douleur ! mais je n'y ai senti qu'un poison corrompu dont il faut se hâter de détourner la vue, car je craindrais^ô mes Amis» qu'il n'eût encore assez de force pour jeter de son venin dans nos cœurs.
Les seigneurs» les villes» les villages furent mis
a rançon, chacun pour sa part : ils durent payer ainsi les frais d'une guerre que le plus grand nom-»
bre n'avail pas cherchée. Pour atteindre ce but»
* ï\s ne s<mt nallé pwi aussi complets que dans L. Tollîenln « Le Chr. , SS7 sqq.— Voy. aussi Pierrefl. ^Ruchal, Grenus, Kaenlin (art. Bve) etc.
une avidité moins dévorante se serait sans doute
coiileutéo des immenses profils de la victoire ^ Mais ce ne fut pas tout : dans la suite on leur demanda de se laisser imposer extraordinairemenl pour dégrever le pays des dettes du Prince « aux. affaires duquel son remplaçant et son béritier ne savait donc pas faire honneur par une juste application de ses revenus. Chaque ville et chaque bourgade avait mis à se rendre la condition que. ses franchises seraient respectées et confirmées: elles l'obtinrent en général sans difficulté; toutefois des germes d^empiétement furent déjà intro* duits dans ces premiers actes ^ qui ne tardèrent pas à être suivis d'une organisation nouvelle.
A leur entrée dans le pays » les Bernois comme s'ils n'eussent voulu rien changer^ s'étaient bornés â remplacer le Bailli par un autre nommé en leur nom. Us choisirent pour cette charge^ ainsi que cela se voyait fréquemment , un gentilhomme yaudois d'une ancienne famille, Claude de Glanuaz seigneur de Villardens^. S'empressaut de prê-
' Fribourg à qui la crainte de la Rérormation rallia sans peine ses nouveaux sujets^ sembla d'abord vouloir les traiter plus modérément que Berne les siens. Mais onze ans plus tard il les soumit aussi à uu impôt de la même nature.
* « Uen reçeat une joj« grande , peasant qa*il serait comme les autres Ballifs avoyent esté par le passé, assavoir partout lepaysde Vaud : mais il fusl bien loin de son penser.» Pierreileur.
ter le serment d'usage^ devant tout le peuple assemblé au son de la grosse cloche dans l'église de Moudon^ il avait juré ^ « les genoux ployés el les deux mains sur les Saints-Canons »^ d'être fidèle au nouveau suzerain et d'observer les vieilles franchises écrites et non écrites. Mais^ l'occupation achevée > Berne fractionna sa conquête en plu* sieurs bailliages , qui ne furent donnés qu'à des Bernois^ et annonça sou intention d'abolir les mésus. Glannaz descendit au rang de châtelain on de lieutenant du bailli de Moudon^ lequel refusa de prêter le serment : il n'y eut plus réciprocité de droits. Ce dernier bailliage, au commencement, garda quelque chose de sa première généralité; il eut dans son ressort Cossonex, Morges et La Côte, découpant ainsi une longue lisière sur toute l'étendue du pays. Mais bientôt on établit de nouveaux bailliagei à Morge , â Nyon ; on en fit pareillement un. de Bonmont , après la sécularisation de cette antique et riche abbaye dont la pauvreté primitive n'avait pas été recommandée en vain â la charité des fidèles par l'éloquent saint-Bernard. Chaque bailliage eut son tribunal inférieur^ Moudon eut beau se plaindre; les appels lui furent enlevés et transférés tous â Berne, La Palrie-de-Vaud était brisée. Il n'y eut plus de centre, plus de capitale; et les Etats devinrent peu-a-peu un obscur souvenir*
L'entière Réforinaliou du pays suivit de près la conquête el en fil raccompliaaemenl. L'année n'était pas finie que, pour hâter une solution, un décret Tint ouvrir â Lausanne une dispute publique, une de ces disputes de religion que l'église attaquée redoutait tant : elle, sentait bien qu'elle avait négligé de se mettre en mesure; et, il faut le dire, cet appel aux convictions individuelles répugnait à son principe méme« l'autorité et l'unité. Une dispute, à ses yeux , usurpait les fonctions d'un concile. EUle veut ignorer quau dessus de tous les conciles, et le seul vraiment œcuménique, il y a celui des consciences face à face avec la charité qui recueille les voix * • Farel composa dix thèses, en latin et en français; elles furent imprimées et bientôt on les lut afiiicbées^ avec le décret, aux portQS de toutes les églises paroissiales, sous
* D'autre part il resti; ccrtaîiieiii«Bt beaucoup à dira aur catte nanière toola temporelle et mUlement eccléaiastiqae de procéder. A cet égard* lea'nolencca et la manvaiae loi du clergé ro^ main eapUqoent maia ne joitifieiit pas tout. L'împoisibUité de s'en remettre pour la Réforme à l*Egliaeelle même parut suffisamment constatée par l'issue des démarches précédentes; on se crut donc autorisé i prendre une autre route > et Luther parut à Worms où il n'aurait dû avoir que faire» mais où, faute d'un concile qui voulût le joger diaprés PEcriture. seule, il en appelait de l'Eglise obstinée dans son mauvais train aujug^ement des nations et des princes dont elle invoquait le bras contre lui. Voy. J. H. iVIerie d'Aubigné, Hist.de la Réiormation du t6« siècle (Paris, 1^7), II, S37 , 93S.
ce titre : les conclusions qdi doivent estre disputées A LAU8AN^E , NOUVELLE PROVINCE DE BERNE * .
Prêtres, moiaes, députés des paroisses durent s'aeheminer yers Lausanne pour le 1^ octobre. Les ministres et prêcheurs vinrent de leur côlé, bien accompagnés de peur de m^iivaise rencontre. Dès le matin ^ la foule montait de toutes parts â la Cathédrale dépouillée en partie de ses orne? ments ; le peuple remplit les échafauds dressés pour la Dispute et les longues et hautes galeries : ordinairement yides aujourd'hui ^ elles n'étaient pas de trop pour donner en spectacle à tous l'humiliation d'une église dont elles n'a- - Taient long-lemps à contempler que les pompes et la grandeur. Les tenants de la dispute étaient dans le fond^ au milieu: les catholiques, peu ferii(ies, peu habiles > peu accoutumés surtout â traiter d'égal â égal dans ces sortes de cas; les réformés^ 4éj|à triomphants. On se montrait, parmi les premiers, un médecin, personnage fort singulier; des régents et des curés du pays; quelques çanonistes; linéiques seigneurs, ce Fernand Loys entr^autres qui de la folle charge d'abbé
* Pierrcfleur. — Quatre notaires firent le procès verbal de la Dispute et le bulletin des principaux discours. On a encore ce manuscrit; Rachat et le Chroniqueur en ont donné d<|« eitraiU fori f teodos : j'y renvoie ici d'une manière générale.
de la jeunesse parvint à celle de bourgmalire de Lausanne et fut un des soutiens les plus actifs des calvinistes français un dominicain qui, en se retirant^ avait plus Tair de résister à Yen* vie de disputer que d'en avoir la crainte ; et enfin les chanoines» songeant encore a protester quand il ne s'agissait plus que de mourir ou de se bien défendre. De l'autre côte, paraissaient toua ces liardis prêcheurs que Lausanne entendait batailler autour d'elle depuis huit ans sans leur ouvrir ses portes, et qui maintenant venaient s'asseoir en pleine cathédrale aux yeux des vieux croyants consternés: c'étaimt Le Comte (il pour» suivait Tœuvre (Je la Réforme à Grandson et dans cette contrée); Caroli, docteur de Sorbonne et converti d'avance au parti qui servirait le mieux sa fortune et sa vanité ^ ; mais surtout Viretj Farel, et
' Le prince de Soobizc lui écrivait en 1562 pour le remercier au nom des princes et des seigneurs calvinistes: < sçachant que vous » estes employé de {grande affection, non seulement envers Mes- » sieurs de Berne , pour nous envoyer gens , niais aassi envers ceux > de ValajfseiNeuicbaslel. > Rucb. Vi, 5ô9.
• « . .. personna{;e tant ambitieux, et convoiteux de nom et de f;loi> re, qu'il luy est tout un , moyennant qu'on parle de luy.... Ne taschoit que d'innover toutes choses, pour donner a entendre aux hommes , que tout ce que les autres avoyenl fait, ne valoit rien , mais qu'il esloit le grand réformateur des Eglises.... Il appelait escarmoucheurs, les bons ministres, qui pour avancer l'Evangile, avoyent rompu les premières glaces et avoyent mis la teste, la où
Calvio« Ce dernier ne faisait que d'arriver à Genève; mais son livre de rinstituliou chrétîeime Tavail déjà mis tout de suite â son rang* LaRéforme recevait en lui un nouveau chef > fort détentes les victoires du premier et plus libre et plus sévère. C'est maintenant le Français qui prend la parole après FAlIemand; après le prophète vient le k%islateur^ l'organisateur; après l'apôtre, le grand écri- Tain qui rédige la pensée nouvelle % qui l'épure
il n'eiiAt osé mettre le petit doigt. Aussi disoit-il bieo luy-meme, |Mur meaprii des autres, qa*îl nVstoit point de ces petits escnrmoodieors. » Viret, Di»patalions chrétieanes (ifôSt), p. S5^25S.
• Préface de Tlnstitution Chiétienne (texte orig. ,IS02): c Je > peuâe avoir tellement comprins la somme de la religion chré- » tienne en toutes ses parties , et l'avoir digérée en tel ordre» que .» celui qui aura bien comprins la forme d'enseigner que j'ai suy- » vie, pourra aisément juger et se résoudre de ce qu'il doit cercber » en l'Escrilure, et à quel but il faut rapporter le contenu d'ictlle.* ZTentend-on pas ici le Français qui se lève et qui lant hésiter va dire le dernier mol? G*cftt un Picard, un bomme de ces popula* tiens éreillées en contact avec le génie gaulois, et germanique, habituées à la liberté par le voisinage de la Flandre,^ et toujours les premières à répondre à l*appel de ce qui se fait de neuf et de hardi. Luther est un Allemand , avec les défauts et les qualités de sa race : un pauvre fils de mineur saxon bercé dans les humbles joies de lamille avec les ballades des minnestenger, aimant lamusique, la bière et les songes } bonhomme I mais quelquefois un peu vul* gairOf souvent grossier et lourde ayant un bras moins leste et moins preste que celui qui le remplaça f inCleaible une fois que la vérité et la colère rcurent saisi • plein de pensées hardies , de paroles retentissentes, mais gauche dans le maniement. Du reste, il ne £iut voir dans ces différences de peuple et de génie que les divers talents d'ouvriers tons nécessaires i une même œuvre qui n'appartient en propre i aucun d'eux.
el i'étend , qui la fonnule dans son entier, la consigne dans une oeuvre méditée ^ travaillée avec 8oia S et en achève ainsi renfantement. Calvin » dans celte circonstance^ parla peu el se tint volontiers en arrière^ n'avançant que pour aider à porteries grands ooupa. Il était jeune ^ encore peu connu des masses, qu'il s'agissait surtout d'ébranler. Le caractère dialectique, bref ' et dur de son éloquence^ ia vigueur franche mais froide de sa pensée devaient avoir moins de prise sur le commun des esprits que la véhémence, les éclats de Farel toujours tonnant, ou que la ferme dou-
* Préf. • ib. , } « Tontes fois et quantes qu'on Ta réimprimé, il • a esté aucunement augmenté et enrichi. » — Luther est ▼iolent, brutal et bien plus grossier que Calvin» qui, au contraire, est, pour l'époque, habituellement él^ant et pur. Mais Luther a une bonhomie dans sa vigueur , quelque chose de plein , de rond dirais^ie voloaiiers, et aussi une certaine émotion conlinuellcment régnante ^ dans C6qu*it écrit ou plutôt dans ce q^Wdit. Calvin, lui, ^cril toojonrs. Rien de lyrique en lui, de spontanés plus de colère, d*à> prêté que de véhémence; quelque chose de sec et de dur, alors même que sa parole retentit le plus , comme elle le fait quelquefois lorsque son christianisme l'élève et remporte à la lin. Mais, humainement , c'est un homme de cabinet et de discussion dont tout le plaisir était de lire et de composer ; il ne vivait^ que par la pensée; toujours dans des tristesses , des angoisses , des sueurs d'esprit et de corps. Voyez d'ailleurs sa fi'^ure maigre et détachée , ses mains iiévreuses , et tout cet ensemble qui n*a rien de lar^ ni d'épanoui.
' « De l'aicl, on voit que je n'aime point d'extrava(][uer, ni user » de lon(jue proliiilé.» lust. Chrét», îb. ^ Prompte et âincere était la devise de Calviu.
ceur el ronclion pénétranle de aolre aimable Vi* ret, des trois l'orateur le plus accompli el le plus populaire ^
La Dispute prit sept jours^ depuis le matin du lundi 2 octobre jusqu'au dimanche après midi. Les dix thèses y furent examinées successi vemeut ; mais elle se rangea d'elle-même autour de deux points capitaux, dont la solution des autres dépendait* C'étaient l'autorité de la Sainte-£criture et la doctrine de la Justification par la foi^ en Jésus- Christ. Le premier avait été supposé plutôt que proposé: il forme pourtant et il est devenu dès lors le grand article de controverse entre, l'église
* Pierreflenr dit de Yîret : «.«.. ayant partout grand crédit et autorité .... U fast en grand hnùt, tellement ^'il estoit le pins aymé et aYancé des gens et grands seigneurs de sa religion. » a. 4531. — « C'était un homme d*one érudition eicellente, dont les mœurs étaient douces et polies, surtout d*une éloquence admirable , en sorte qu'il se faisait écouter avec plaisir même par ceux qui n'avaient pas beaucoup de goAt pour la Religion. • Melch. Adam., Vil» theologor. ezteror. , p. ISI, ap. Rnch., YI. 557. — Et Théodore de Bèae a caractérisé ses trois compagnons d'œuvre par ces vers (Poëmata varia , a. 1597 , p. 178) :
Gallica mirata est GALVium Ecdesia nuper
Quo nemo docuit doctius. ^
Est quoque te nuper mirata , Faebub , tonantem , Quo nemo tonnit fortius.
Et miratur adhuc fundentem mella Yiebtvm Quo nemo latur dulcius.
romaine el nos églises. Le domioicain qui selrou* ▼ail là, interpellé viTement, sembla monlrer que, s'il n'entrait pas dans la discussion > ce u'.était point faute de savoir où la plat^r avantageuse* ment pour lui. Qui reçoit TEcrilure ? deniandait-il: qui la reconnaît et la donne pour authentique? Cesl TEglise. El il ajouta même avec une brutalité dû logique extraordinaire: cL'£glise est » au dessus de l'Ecriture, tellement que l'Ecriture » n'aurait point d'autorité si elle n'était approu* » vée de l'Eglise» » Et sur ce qu'on lui répliqua « qu'il blasphémait grandement » car cela revenait a dire « que Dieu ne serait pas véritable s'il n'était i> approuvé des hommes i», il demanda qui donc jugerait au besoin du sens de cette parole de Dieu 9 que les deux partis s'accordaient à tenir pour la vérité même? Son adversaire (c'était Viret) dut reconnaître qu'il « touchait un point fort n bon et bien nécessaire à savoir ' ». Puis il éta-
* li s'en explique ailleurs très-formellement dans sa Réponse à un religieux de Lyon p. lU sqq, , où il reconnaît la diffi-
culté, mais non insurmontable, de trouver le vrajr sens des Livres divins, pris pour unique règle de foi; il ajoute: « Les traditions « et inventions humaines... sont presque la principale cause de tous » les dilFërcns que les Chrestiens, tant de l'une que de l'autre reli- » gîon, ont aujourd'hui par ensemble. » Comme on le verra plus bas , par quelques citations , Viret fut l'un de ceux qui jetèrent d'entrée le regard le plus pénétrant sur les principes et sur les destinées de la Réforme.
blit aussitôt que la seule manière possible el vraie de se décider élail de comparer enlr'eux les divers passages mIou Tanalogie do la foi el lea doo* irioes par leurs fruits, en jugeant s'ils étaient ou non des fruits de charité el si les croyances tendaient ou non à la gloire de Dieu. AvecTabondance el la facilité qui faisaient le caractère de son talent, il avait promptenienl tourné le sujet en exemples tirés de l'église romaine, el montré qu'elle n y pouvait âontenir l'application de ces principes, sur la force desquels il en appelait sans crainte au bon sens el a la conscience de chacun. La difficulté se trouvait ainsi résolue, non pas théologiquement, mais de fait. Le dominicain interrompait brusquement et an hasard son antagoniste, comme un homme qui n'écoute pas même 9 parce qu'on s'écarte de la question. Mais il avait beau s'écrier que ce n'était point la le satisfaire ni lever la difficulté, Tassentiment populaire ne pouvait être pour lui. Malgré la sécheresse théologique dont toutes les discussions sont alors pénétrées, le débat finissait eti dernière analyse par se formuler en cette question souveraine : Où est le mal? où est le bien? Où est l'égoïsme? où est le dévouement P Aux yeux de la masse , il s agissait de ce qu'il fallait croire bien plus que de reconnaître le point de départ de la foi. Aujourd'hui que tout est à recommencer, c^esl de ceci
au coatraîre que I'od so prooccupe dans cette cou- Iroverse. Viret aurail pu répoodre que la foi religieuse nesl el ne peut elre, au fond, qu'une affaire entre chaque homme lout enlîer et Dieu ; que toutes les paroles, que toutes les décisions d'autrui> que les miracles même n'y font rien» parce que chacun ne peut d'abord croire qu'en soi pour son bien ou pour son mal; que faire intenrenir r£glise, c'était donc reculer inutilement la difficulté, el qu'il s'ag^issait bien moins de re« chercher sur quoi la foi repose, car la foi repose sur la foi» que de savoir ce qu'elle doit être et ce qu'il faut croire. Au reste il n'avait pas besoin d'en venir â cette dernière position^ qui est inex* pugnable, maïs où plus tard les Réformés ne surent pas toujours s'établir lorsqu'on les poussa de ce côté. C'est ce qui arrivait peu alors. Il j avait une foi positive el générale au fail du christianisme » â la chrétienté; on partait de la sans remonter plus haut: fEcriturc Sainte, qu'on la voulût seule ou avec les décisions de l'Eglise^ était toujours le commencement; et les thèses avaient été habi« lement composées dans ce sens. L'opinion publique demandait donc la décision des Livres Saerés. Les gouvernements lui faisaient probablement peu de violence 9 en établissant» comme ce fut le cas ici, que tout se jugerait d'après la parole de Dieu. Aussi le chancelier de Berne, l'un des présidents
de la Dispute 9 ne parail-il pas avoir excilé de réclamations ^ longue meltant fin â ce prenûer débat, il invita le dominicain â entrer dans la discussion des thèses propremenl dites. Cela nous fait aujourd'hui l^effet d une ironie et d^une perfidie; alors il n'en fut point jugé ainsi. On ne comprit pas que c'était interdire ûux catholiques la première de leurs positions et la meilleure* Le dominicain lui-même ne le sentait peut-être que fort vaguement. Se bornant â répondre qu'il ne voulait point opposer deçani des juges suspects, ( il aurait dà dire : i des conditions ou Pattaque ni la défense ne lui étaient plus possibles), il se retira. Les catholiques répétèrent que la Dispute n'avait pas été libre * , mais la plupart en ignoraient la vraie raison* Depuis ce moment , elle fut donc renfermée dans le cercle décrit par les thèses, qui aboutissaient toutes â r£criture^^Sainte. Des deux points importants, il n'en resta plus qu'un, celui de la Justification parla foi>
* «... il n*y enstpM grand* oppofaDS, tant pour crainte que auMî qu'on cognoissmt bien la fin OÙ Ton tendoitaisaToir 4e miner et mettre jus (bas) les esgliaet Qaand Ton cognoitsoit
qu'ils Touloyent trop presser, et s*advancer en disputes» inoon» tinent on les faisoit taire. » Pierrefl. Ceci s^applique surtout ans discussions qui suivirent celles du dominicain $ elles furent les plus longues, et parurent en conséquence les plus iniporlanles^ mais elles l'ëtaient le moins.
déjà perdu i moitié pour Jet admrtaire» de la Réforme par leur abandon du premier; el le catholîcbme, privé du seul champion qui avait paru le
comprendre^ ne (il plus avec ceux qui lui restaient qu'une contenance médiocre ou ridicule.
Foi et OBuvre ne sont en réalité qu'une même chose vue sous deux faces qui s'entrerépondent p comme droit et devoir. Toute couvre appartient à une foi^ et il n^est point de foi qui ne produise ses CBuvres. Ceux qui admettent la justiGcation par la foi en Jésus-Christ ne peuvent absolument pas nier la justification par bs œuvres en Jésus-Christ : ces deux propositions sont identiques. Mais au temps de la Réforme, ses adversaires ne se faisaient plus une idée juste de cette foi ni par conséquent des œuvres qui en sont le fruit. Partout , et ce fut le cas â Lausanne comme ailleurs^ on leur démontrait l'Evangile a la main , souvent aussi par le témoif^nage des Pères , que nous sommes incapables de faire nous-mêmes ce qu'il Sàui pour être sauvés, mais qu'aussi Dieu, en considcration du sacrifice de son fils , nous tient pour justes, et nous traite comme tels ou nous justifie, pourvu , du moins j que nous voulions consentir â recevoir cette grâce, c'est-â-dire y avoir foi \ Tel est, leur
* C'est qu'en effet, s'il n'y avait pat amtenlenient de notre part , «'il n'y avait pas il D*y aurait pat on»m.
difail-on» tout le mystère de l'fiTaiigfle. Celte
doctrine n'était pas nouvelle pour Téglise catho» lique ; mais elle Tétait pour la {dupart des catho« liques de ces temps. Quelques-uns des passages qu'on leur alléguait sont tellement explicites^ et ils en avaient si peu ou'î parler^ qu'ils en demeu* raient frappés de stupeur. Us ne voulaient pas croire à l'exactitude de la citation ; mais quand on leur ouvrait la Bible el qu'on leur montrait l'ea- • droit 9 c'était pour eux un coup décisif qui les dé* sarçonnait * . Ils n'avaient pas toujours le temps ni Taudace de se relever par une autre controverse^ on voit cependant que quelques-uns auraient voulu Tessajer en établissant la relation nécessaire de l'oeuvre et de la l<n * ; mais elle était peu claire â leurs yeux ; ils l'eutendaient d^une façon toute matérielle et grossière ; et surtout la prati* que de leur église les mettait mal k l'aise par sa prédication exclusive d'œuvres dont elle n'assi-
* « Blancherose ne pouvait croire qu'il y eût dans le texte sacré ce qu'on y lisait. Pour le convaincre, on lui présenta une vieille Bible de parchemin , manuscrite, tirée de la bibliothèque des Cordelkrs;on lui montra iepassa{];e, et l'ayant ou^ tout étonné, U conjessa et dU: Il €$i vroî gu*on est justifié par la foi. » Eucb.^
VI, eo.
' Mimard , un des catholiques: « Puisque la foi n*est point 1» sans la charité, pourquoi ne pas allrilniér à Tune autant qu'à » l'aatra. » Rucb. , ib. , 90.
gnail pas ou dont elle dénaiuraii la foi. Les appalances éuieiit trop grandes ponr qu'il Oïl possible do les sauver. lis acceptaient donc la difficulté plutôt que de cberdbar à Pesquiirer, et 9 comme s'ils espéraient encore s'en tirer en la forçant au lieu de la résoudre, plus d'à moitié vaincus ils essayaient de petits coups-d'ëtat théologiques tout^â-fail impuissants Ils avaient à faire à trop forte partie. S'ilsinToquaient Tautorité de TËglise , sa perpétuité et sa concordance, on la leur faisait Toir schismatique, depais le concile de Bâie, par sa propre sentence S'ils en appelaient a wtt his» toire, â ses arrêtés » les Réibrmateurs n'avaient pas de peine à lent» remontrer leur ignorance des conciles y des canons et des décrets. Les Pères semblaient n'avoir écrit' que pour ces nooreaux docteurs qui niaient leur autorité, mais qui s'en
* Ils venaient direà l'improviste* etiorsqae 1« dUpate était en* gagée depuis long-tempa : Cett une matière ^utrmoaie la capatiii àt iùu* ieg hommes. Il tant ne pa$ être gage au delà de ee gu'ii /oui. He, Ib.« 1^.
' € Le concila 4e B&le déclara le pape Eogène IV tcliiMDaU^iiab » héréticpie et rebelle avec tona aea adhérents : ce pape de son côté » mit à néant et caasa tous les décrets de -ce concile* Ce concile » ayant efi tontes les formalités requises pour iaire on concile «en» » méniqne, tons ses décrets doivent être reçus. • Ib. » S7. — Du reste, les catholiques revenaient toujours à eppder leure adversaires au concile de Mantope. Mais Farel les renvoyait à Esalfe ou à tel autre écriveîn sacré. Ib. , 175.
. aidaient bien plus qu'ils ne les oombatlaienl. Quant
à Thébreu^ quant aux auteurs classiques, ces derniers seuls pouyaienty toucher sans peur. Enfin, il n'y avait pas jusqu'aux arguments del'école qui ne leur fussent familiers; et au besoin, la scholaslique leur fournissait quelque bonne et vieille lance qui ne tremblait point dans leurs mains Le docteur filancherose , médecin établi à Lan*sanne ^ peut-être originaire de ce pays ^ , comptait bien que cette dispute ne nuirait pas .à sa réputation et caressait en idée, sinon le triomphe impossible de son parti , du moins pour lui , athlète invaincu, les applaudissements certains du vainqueur. Il avait fondé son espoir sur une théologie de la nature et de Thistoire dont il s'était fait un système mystique a son usage d'après ses propres observations et encore plus, il faut le dire, d'après ses propres divagations Hais sa vanité
Mb. . HO, lit , 256;; ~ 1&6 ; - 167, 177. <- « QaelqoM Canonisles firent entendre qu il n'était pas écrit dans les Décrets comme on venait de \p& citer. On ail» donc qaerir le Livre des Décrets et on lut publiquement.... Après avoir vu et tenu le Livre, ces Canonistei fttr«iit tout clonnés qa*il y fût ainsi écrit. » Ib. 255.
' C'est l'opinion de quelques-uns, — Il avait été médecin du roi de France, puis de la princesse d'Orari{i;c , et avait « cnsei{][né > cil plusieurs bonnes villes et universités de France > dit-il luimême. Voy. Le Cbroniq. , 321 , 314.
* « Entre tous les opposans qui ibrt se présentast, ce lusl un
ne se tira pas si bien d'affaire qu elle lavait cru. Le docteur Itouta aisément ses maîtres dansées modestes prédicants qui ne faisaient profession que de rËvangile» ne voulaient rien appren* dre que de lui y mais n'en savaient pas moins tout le reste. Viret particulièrement qui aimait Fétudede la nalure et de rhistoire * aurdt pu rembenrasser
nédociB uomaié Blancheroie» hoDmtteDaDtdelâliiiDet etfi>rli fjinlastique, lequel «a Mf dispatci mesloit la medeciiM avec la. Théologie et fidsoit incontinent • rire. » Pierreftenr.
* Plitte> Galieii et les antenra. de ranliqnilé où ron cfaercfaaitalors la science de la nature, les historiens classiques et les chroniqnenrs modernes étaient familiers à notre Réformatevr* Dens de ses bovrages snrtoat font preuve de sa vaste érndi^ tion en hbtoire naturelle, politique et philosophique. Ils sont intitulés» l'on, Lê Monde à f Empire (186i), l'antre, ha Méiamor'^ pkoee chrétienne (réimprimé en 1S9I). Dans le premier « qui est. divisé en quatre dialogues , Tantenr passe en revue les quatre empires oji il comprend toute rhistoire du monde» l-empire des monarchies, celui de l'empire romain, celui des chrétiens» enfin Tempire des républiques; et, jouant sur le titre, il montre que dans ces quatre empiree le monde a toujours été et va de plus en pluiL en empirant. Le second dialogae entr'antres contient, avec des. applications à ce qui se passait du temps de Viret» des observations, importantes sur les lois et les mœurs romaines. Le quatrième a. pour but de prouver que < lamiême cause qui a miné rempire ro- » main et tons les autres est aussi la mine de toutes les choses. » publiques et communautés. • Bans le M^amorphose Chrétienne, ouvrage orné des plus beaux passages de la littérature sacrée •t prof ane éloqoemment traduits, Viret montre « quel e&t l'hom- • me en son naturel» combien il est misérable, comment il se dif- » forme et transforme de corps et d'sme par ses morars et par ses 1^ vices. » D traite fi^rt au long des divsrses opinions humaines sur
plus sérieusemeut qu'où ne le fit pour ne pas sortir des limites propres el obligées de la discussion. Il dut y avoir plus d'un rire sourd dans l'assemblée» quand le bon docteur se mit à prouver la transsubstantiatioii par Teiemple d'un œuf : » L'œuf, dit-il avec triomphe, n'esl-il pas con- » verti en poussin, et le pousûn, mangé par un
> homme^ n'esl-îi pas converti en la substance de » cet homme? £h bien ! tout de même Dieu peut s convertir le pain et le transsubstantier au corps 1 du Sauveur. » — « De ce qu'une chose peut
> être il ne s'ensuit pas qu'elle soit ,» lui répliqua Virel, qui ajouta en riant que, dans ce cas, il faudrait au moins une similitude parfaite^ par exem^ pie « que les prêtres couvassent , comme les poules
' » font leurs œufs, pour les convertir en poussins. » On ne s'en lini pourtant pas â ces plabanteriea sur ledogme de la présence réelle. C'était un point
ta tramforiDttioii on méfamorptiose des Bmes. Enfin , il enseigne
> comment il faut que rbomme soit réfirrmé ponr être le vrai
> hoomie , représentant an vrai Timage de Dien. » Suit une seconde partie intitulée rJET^ofo des Bêtes^ > non une école où lesikéles soient ' enseignées par les hommes mais en laquelle les hommes sont
> enseignés par les lictes. > Viret, poursuivant ce paradoie qui n'est au reste que le cadre ingénieux de sa satyre religieuse, fait voir comment les hommes auraient beaucoup à apprendre des animaux dans l'économie domestique, dans le gouvernement politique • dans l*art militaire , dans les arts, ele. A ce propos donc il cite un grand nombre de traits curieux d'histoire naturelle » selon la connaissance qu'on en peuTsit avoir de son temps*
Irès-imporuiiil, les Réformés eux-mêmes y étant divism. Virat fut cbar^ de la coodiiHe principale de celte thèse épineuse ; il exposa la doctrine de son église et discota les arguments un a un. Le régent de l'école de Vevey , maître Jean Mimard^ dans la dévotion naturelle a sa profession pour les Tieilles idées ^ pour la vieille science > se leva résolument et 9 prenant ToiFensive^ tança les prédicants sur leur outrecuidance. Farel le prit sur le même ton et, avec plus de hauteur encore^ lui rendit accusation pour accusation \ Mimard était déjà bien décontenancé lorsque se leva Calvin^ demandant pour la première toi& la parole sur un point ou la discussion le touchait lui plus particnlièrement^Le grand Réformateur entra donc dans la lice contre le pauvre mattre d'école de Vevejr. Ce fut bientôt fait de ce dernier.
' « Tous ceux qui veulent grandement magnifier ce qui n'ett » rien et qui ne vient à rien , ils parlent haulemenJt comme tous
> songeurs et rêveurs , et disent la chose être haute et incomprc-
> hensîble... Je crois bien que vous ne personne n'entend ce que
> voules qu*on eiitsnde «l croie » etc. Farel.
* • Nous ne conlemuous point les saints docteurs anciens...; » nous prenons volontiers la peine de les lire : je le pourrais prou- » ver non pas à vous, mais à un qui serait un petit peu plu.s >» cxercité. » Calvin termina par cet argument: « Si l'on veut >» presser la lettre des mots de la Cène , on peut en intérer que lo » corps de Jésus est sans le sang: f'ar il donna le pain à part, di«
Blancherose élait le plus aciif de« opposants s'il ne se montrait pas le plus habile; on le retrouvait partout, combattant pour son propre compte, aidant â chacun, ne disparaissant que pour reparaître bientôt, et harcelant l'ennemi tantôt en face tantôt 9ur les flancs. 11 défendit le pape, disant que Géphas était un mot grec qui signifiait îéie ou cAç^/Viret lui répondit doucement que c'était un mot syriaque qui signifiait pierre. Il insista sur fezcellence du célibat, attestant l'expérience de tous tes jours, la déclaration de saint Paul,rezemple de Socrateetde sa femme^ pour prouver quelle source de sollicitudes et de distractions est le mariage. 11 établit que, le jeûne étant reeonnu nécessaire, le temps ducaréme était bien choisi, parce qu'au prîa^ temps la nature se réveille , que le sang s'échauffe et porte au plaisir Il parla en faveur des images eomme étant propres a inciter les hommes i l'exemple des saints qu'elles représentent. Il soutint le purgatoire, ei| établissant la nécessité d'une pénitence à subir dans l'autre monde par
* sant : Ceti est mon corps ; et le vin à part , disant aussi : Ce ealiee- > est mon S€mg,„ 11 faut donc afooer qu'à s» tenir à U lettre , le » corps est sous le pain et \» tang aôns leWn : en quoi je tom tatae
• à considérer, dit-il. eamàkn il y auraii dakMurâité» 9 LeOironîq. p. 819. Rnch. TI, 18SL
< Lifts i« courte réplique de Farct. Rnch. , VI , ÎST-tBa.
ceux qui , ayant été criminels dans celni-ci, étaient pourtant morts en la foi. A toutcela on lui répondit. OU que ces obotes étaient bonnes mais qu'il ne fallait pas les imposer comme un esclavage de la loi contraire à l'alliance de grâce, ou que Fé* glise romaiae les avait tournées en dissolution, ou qu'il ne les prouvait pas par l'Ecriture mais par des raisonnments humains , par des types et des symboles inventés â plaisir. Le docteur tenait tout particulièrement i ses idées sur ce quHl appelait les Trois Monarchies ; celle du Père déjà remplacée par celle du Fils, après laquelle devait venir â son tour le règne ou Terapire du Saint-Esprit : rêverie déjà vieille en ces temps *. C'était là, pour tout dire » le nœud et la partie vitale de la foi du docteur, beaucoup plus que l'église romaine et que le Pape. 11 se faisait là^dessus, quoique fiintastiquemeut , des idées plus nettes et plus hardies qu'il n'osa le dire ou qu'on ne le lui permit. Maintes fois il revint ii la charge avec ce système, si c'en est un. Mais, pour sa déconvenue, il prêta le flanc en laissant entrevoir que cette troisième monarchie pourrait bien être celle du règne des médecins , entendant par-la , je m^magine , le rè^
* £lle iat prêcbée au seia des Ordres MendianU, dès Tépoqae de leur poisitiice et de lear |;raudeur.
gnedes sciences positives succcdaul à celui de la théologie el du clergé, c La mooarcbie des médecins ! » lui répondit malicieusement Farel : c mais il » y abeau temps qu'elle existe. Plmedéjâ ne disait-il s pas? // esi des médecifis qui oni le droit de
> iuer impunément *. On ne peut donc nier
> qu'en cela ils ne ressemblent aux rois et aux » monarques. » Le docteur , tant de fois battu , se consolait en répétant : Ne Hercules guidem contra duos , « Hercule même ne peut rien contre deux» > faisant allusion à ces deux vaillants athlètes , Fa> rel et Viret. Puis il finit par prendre congé de rassemblée, non sans lui avoir fait de petites confidences sur Tavarice et la lâcheté des prêtres , lesquels si'.élaient rendus en grand nombre a Lausanne ^ mais au lieu de se défendre en public, ils se bornaient» dit Blancherose, a murmurer par derrière, el leur plus grand souci était de voir la longueur de la dispute augmenter les frais de leur séjour L'un d'entr'eux» mais il se conduisait autrement» Dom Jaques Drogy» vicaire de Morges y tout en prenant une part active â la discus-
* Medieo» eue , quihuA Utet impune oeddere» Ruch. VI. S56.
^ « Le« prêtres , au lieu de m'aider, m'ont prié que je me dépor-
> tasse, me disant qu'ils sont bien six-vingt cl qu'il faudra, «i la » dispulaliondure plus lon^jucmeiiti qu'ils veudent robes et cha- • peroDS pour payer leur hôte. »
sioDj sentait le rouge lui moutor au visage à chacun de ces traita mordanta que la défense ou l'attaque
faisait pleuvoir sur ceux do son ordre et de son état. A la fin emporté par la colère et la honte, s'avançanl Tirement : < Eh bien! i s'écrîa-t-il avec feu, t oui , les prêtres sont ignorants, mais c est » une raison d'en avoir compassion , au lieu de les » dauber impitoyablement comme vous lavez fait, » leur rendant cent injures pour une , ce qui est x> contre l'Evangile. Que ne leur donnez-vous du » temps pour étudier, au lieu de les entraîner â » la dépourvue dans une dispute oii on les écrase 1 sous de longs discours ! La belle gloire pour les > ministres d'avoir vaincn de tels ennemis 1 a £t comme on lui répondit qu'il donnait mal à propos le nom d'injures à de charitables admonitions : c Oui, la belle charité^ fit-il brusquement, que s la charité qui injurie! On m'a dit que je serais a excommunié si je parlais etdisputais avec vous : » cela ne m'en a pas empêché. Vous me recevez a amèrement : je reviens gracieusement â vous. » De quel côté est la charité? » La ferme douceur de Yiret mit un pou de baume sur ce cœur blessé. Quant à Tesprit qui animait les prêtres , on savait bien qu'ils ne se contentaient pas de quelques paroles plus ou moins dures envers les ministres ré* formés, el la personne mumc de Virel, ses traits souffrants, son air maladif étaient là pour ré*
pondre. Il eul soin , tout ea maintenant ce qui arait été dit des prêtres ea géaéral, d'ea exclura toute application personnelle m i^caire irrité; celui-ci se calma peu-â»peu et^ convaincu au foad^ ae tarda pas à deveair Fua des confrères de-ceuz qu'il avait non savamment mais énergiquemenl combattus. Celte petite scèoe assez dramatique termina la discussion ^ d'ailleurs ordinairement froide et gênée , excepté quaad les imaginations du docteur filaacberose réiaieat veaues égayer.
« Oa se ferait de la Dispute uae faussa idée si . on se la représentait reafermée sous les arceaux
de la graade cathédrale. Quand elle avait fini dans le temple, c'était pour se moatrer sous de aouvelles formes dans les places, dans les carrefours, â tous les foyers p daas tous les lieux de réuaioa et d'entretien. « (Vulliemin.) Les simples aud^ leurs, les pauvres gens descampagaes qui avaient entendu bien des paroles hardies proférées â leur inteatioa % les députés des paroisaiesif les miais^
* « K'a*l-oii tvcttne piiié du panvre peuple» ainti condaiien.
• grosse i^orance, toat char^ de traditions humaÎBCS, de «L
» grosses iniquités, tant de horribles paillardises, des ventes de
• filles et de lemmes. C'est hootenx de voir les énormités qui sont » de présent. — 11 iaut plus avoir pitié du pauvre peuple qui a
• tant enduré de mal.... — Il ne suifit point qa*un pauvre labou- » rear aje porté set geliaes è saint-Loup, baillé les cboIs i ses en-^
très qui ne s'élaieut point hasardés à prendre la parole en puUic^ par leurs réeits et leurs com<mentaires étendirent cette discussion à toute la contrée^ a tous les esprits, avec l'impression bonne ou nunyaise qu'ils ayûent pu en recevoir. Plusieurs étaient convaincus; mais la raison a beau être entraînée, le cœur ne suit pas toujours. Sur un grand nombre aussi le meilleur raisonnement s'émousse et tombe â terre ; n'étant qu'ineptes on entêtés ceux-là parlaient de leur cons*tance. D'autres cloutaient. D'autres plaisantaient» Le sentiment le plusr général de satisfaction sérieuse devait être celui d'avoir fait connaissance les uns avec les autres et d'une manière qui donnait a cette entrevue (car ce n'était guère davantage) un caractère national. Ici, ce n'est plus, comme précédemment, le Baron, la noblessOi et le
» laiits pour s'aller confesser, les fromages aux QuesUns, liage et • > Jaioe aa Saint-Esprit» le jambon à saint- Antoine, comme cea
• Questeurs et porteurs de rogatons donnent à entendre; donne » davantage , blé , vin et toutes choses à tous les mangeurs du > Pape , qui Pont rongé. Quand un peu de lard loi sera demonré»
• la cruauté du Pape et des siens , qui tout loi a osté et prins » et » rien ne lui a donné» ne permet qu'il en mette au pot avec des '• pois » qu*il a cuits sans huile , mais faut qu'il mange ses pois avec » du sel et de l'ean sans aalre cboee. Qui pourrait eiprimer et dire » le demeurant « comme le pauvre peuple est tourmenté du Sié{;e < de toute abomination, tant en corps qa*en âme ! » Farel. (Rucb.» YI. 7S, «IS» SU.)
haul clergé, ^£f^ue, les abbés el prieurs, les
chanoines , qui dominent ; ils sont au contraire absents ou dans l'ombre ; c'est le petit clergé, les maîtres d'école, les pauvres prédieants , et , pour juges , les députés des communes et des paroisses, en un mol Télémenl bourgeois et yéritablemeni national du pays. On y sent la Patrie de Vaud tout entière bien plus que dans ce qui nous est resté des délibérations des Etats. Placée par la dernière guerre entre le vendeur^ que démoralisait la perspective de sa ruine, et Facheteur, fort aise de précipiter celle-ci pour y trouver mieux son compte, elle n'avait pu qu'assister froidement à sa destinée, qui la pressait de tout coté et ne lui laissait niissne ni point d appui. De part et d'autre on s'était arrangé à Tenvi pour l'écarter de la révolution politique : maintenant^ la force des choses lui donne accès dans la révolution religieuse, où on ne lui fait , de mauvaise grâce , qu'une petite place , peu sure, mais où on est pourtant bien forcé de la subir. Foulée aux pieds, elle venaitde se rencontrer ellemême contre terre , et y prolongeait , en les
dans ces thèses et leur dise ussion ^ il n'est pas le moins du monde question de notre nationalité ; oe n'est pas elle qui est en cause : mais c'est elle qui parle. Jamais auparavant dans noire histoire nous ne voyons notre peuple se dessiner
anm francliemeat tel que nous le conaaiMOBs^
tel que nous sentous qu'il a toujours été. Sa tenue est modeste» riAgnée, mais droite et ferme,
avec je ne sais quels a parte railleurs. Il est la : on ne lui ouvre que l'arène religieuse , mais c'est . lui qui la remplit* Pour nous donc» il ne s'ag^it pas seulement de ce que Téloquent et célèbre Vi* rel avança en Csveur de la Réforme»'ni de ce que le pauvre régent ou rirascibie vicaire lui répondit; mais voici Tintérôt tout particulier que nous avons a les entendre : c'est que la plupart de ceux qui parlent et qui traitent les questions sont d'Orbe , de Vevey» de Morges ou de Lausanne , qu'ils prennent rang dans les affaires à Tinstant où Ton espérait le mieux les en chasser» et qu'ils s'y présentent avec des traits où^ malgré la distance, il est facile de nous reconnaître » tant nous retrouvons les mêmes phjrsionomies de nos jours. Chacnn de nous ne pourrait-il pas nommer un Mimard» un Drogy»un Blancherose ? et d'entre noscondtoyens les mieux vénères n'en vois-je pas qui rappellent par plus d'un coté ce Viret si aimable et si cordial, si naturel , si bon entant» d'un savoir si consciencieux, d'une érudition si vaste et si peu pédante, d'une éloqneace si persuasive» infatigable valétudinaire , toujours travaillant , toujours souffrant , d'ailleurs si modeste qu'il n'obtint, qu'il ne réclamât jamais de la première place que la peine et les dangers?
Ainsi donc ^ par ce caractère de nationalité^ la Dispute avail d& laisser après elle, dans la généra* litc des esprits^ quelque impression favorable a la Réforme, indirectement il est vrai. Mais, si la cause religieuse y gagnait cela^ on sentait bien plus encore que la reforme particulière du pays en était aussi l'occupation tyrannique et ce que Berne appelait la conquête. Berne effectivemenl usait de sa réformation â son profit sans perdre de temps. Voici quelle fui sa manière d'agir : les faits parlant tout seuls, le but, lensemble et la progressbn de sa conduite n'ont pas besoin de commentaire.
La Dispute achevée , elle s'en autorisa pour toucher de suite a l'ancien système religieux et commença par désorganiser Tétat extérieur de TEglise, sur l'abus duquel on tombait en effet le le plus d'accord. A son ordre, ses baillis se transportant etune église à Vautre , et aussi es cLoistres et monastères, firent abattre, aux frais des communes, les autels, les images, les croix : plusieurs temples eurent le même sort, lorsqu'ils y rattachait quelque superstition extraordi« naire * . lis se firent donner Tinvenlaire des bieus
' Tel Cul le cas, 4 K/on , de l'église paroissiale, située à Torieiit
ecclésiastiques^ de tous les meubles et de tous les ornements dequelque valeor ^ L'humble gobelet d'argent qui composait toute la gloire d'une rustique chapelle dut prendre le chemin de Berne avec les calices magnifiques des grandes églises et de la cathédrale , les statues d'or pur hautes de plusieurs coudées, les reliquaires» les encensoirs^ les ciboires» les bassins» les colliers» les bagues» les couronnes» les missels» les manuscrits» les tableaux» les tables 9 les cuillères > les chandeliers» les lampes » les tapisseries de Hongrie et de Perse, les étoles» les chasubles, et mille autres objets précieux» d'un travail singulier ou délicat» tous d'or et d'argent» ou enrichis d'or et d'argent, de perles» de diamants» de rubiset de Saphirs Il n'y
de 11 ville et dédiée à St-Jean. Oo Tevait ea al grande yénératioii que, dana la contrée, le aerment le ploa aolenael était ipar Sam^
I Les famiUea qui avaient fiiit quelque prêtent à nne égliae pa« reni le reprendre» ai la date ne remontait pas au-delà de la troiaième génération. Maia il fallait pronver le font « par gena el par lettres » et payer en outre te cinq pour cent de la valeur des objela retirés. Yoy. Edit de Réformation, et Pierrefl.» e. lffS6, 1S57.
' Cette énnmération pourra paraître un peu long[ue et trop répétée. Mais ceux qui connaissent les pièces de notre histoire diront que ce n'est là que quelques mots en comparaison de la simple liste des objets enlevés. Elle a été imprimée plusieurs lois. Quant à
eut pas trop de dix «naees pour paracboTer U. moîâfiaa. Dieu soit loué! s'écria-l-ou à Berne , a» dernier eayoi : GoU hab Lob! avec une ex-, ppeasion et un accent dignes de celle dégoûtante avidité.
Berne gagna par le même moyen ceux qui partageaient la souveraineté du pays avec^elle^ on ^'autres wrps inférieurs qu'il eût été imprudent de pousser au désespoir. Les biens ecclésiasliques &isairat au moins le tiers de la richesse de tout le pays. Sur cela^ Berne laissa aux communautés, pour subvenir au culte et â rinstruction publique^ des maisons, des champs , des vignes; les unes reçurent plus, les autres moins. Lausanne et, après elle, Payerne furent le plus favorisées. Fribourg n'ayant pu intéresser la Diète en sa faveur, se résigna a prendre ce que sa rivale voulut lui donner. Il eut, entr^autres , le meilleur des biens rdu prieuré de Payerne. Les deux républiques se confirmèrent et se garantirent réciproquement leurs conquêtes et leurs spolialions \
la valeur de ce trésor, dont la moindre partie seulement peut être calculée aujourd'hui , voy. le Coup dœil sur U Compte présenté par Berne contre le Canton de Vaud^ en 1814 1 p. 62, et Le Chroniqueur» p* 555.
A Orbe el â Grandson , la Réforine contiiiuait de gagner du lerrain ; Berne paiientail donc* Le de ministres actifs , remuants , et le voisinage de Farel renversaient peu-à-peu les barrières* Jean Le Comle> pasteur à Grandson « quittait son ser* mon pour conduire ses audileurs à l'assaut des autels. Orbe Toyail arriver contre eUe des préd^ cants^ encore plus terribles. L'un d'eux, nommé Zébédée ^ , prêchant un dimanche après diner en« tend deux petites filles qui jouaient devant l'église au jeu de pierreiieê 11 descend de sa chaire, chasse les deux enfanta^ puis» son prêche fini y se rend chez le père de Tune des coupables, homme riche » instruit, oonndéré» elle semonce outrageusement y l'appelant /rotere â Dieu et à JUeseieurs» Zébédée ne put se tirer si bien de cette algarade qu'il ne dikt, un IiamU» dans Téglise j crier merci el démentir son allégation. Des voies plus douces entraînaient et gagnaient w que les autres avaient ébranlé. Le principe de la plu*
* • homme rons el colère , bien enperbe. • PierreA* lS4t. U répèle en an aalrc endroit: « homme roux el fort fiert, netiff de » Flandre*. » — Ce Zébédée fnt dans la tnile nn des minUlret adversaires de Virel.
* « deux petites fillettes... lesquelles s'eajouissoyent et passoyeni le temps au jeu de pierretles comme ont de coatvme les pelili enfans sans penser a aucun mal. • Pierrefl.
ralité subsistait toujours On se comptait et recomptait. Les villagesembrasserent la Réformation les premiers. L'antique monastère de Grandson, ou de la Lance, ne (ut plus qu'un domaine rural, Berne et Fribourg partageaient ou vendaient en commun. A Orbe, les catholiques en étaient à redouter rëpreuve du Plu» ; ils durent pourtant s'y résoudre. On se rendit à l'église en présence des ambassadeurs des deux villes : ceux de Berne ^ au dire descatholiques, étaient gm» cetëres et chauds, tendans à aooir le meilleur, tandis qu'hélas ! ceux de Friboni^ étaient g^nsdaux, non cantredUoM. Les deux partis furent invités âse ranger Tu n d'un côté Tautrede l'autre. Dix huit voix l'emportèrent en faveur du prêché. Gela fait « chacun s'en alla «< dîner, lequel dîner pour les uns fut fort triste. » Le soir, on voulut sonner vêpres: les députés bernois arrêtèrent les sonneurs et firent défense aux prêtres de chanter. C'était c pitié d aller par • la ville. L'on n'oyoit sinon pleurer et lamenter , B criant : Hélas ! » Quelques semaines écoulées^ ordre d'abattre les autels puis*, vente des biens
' L'ambassadeur de France disait aux Beruois un siècle plus tard : « Renoncez à vos Plus en religion , chose si étrange que ja- » mais elle n'a été faite parmi vous. » Le Chron., 362, d.
^ <t lequel mandement nos Luthériens eurent mis incontinent en pleine exécution: car tous furent iournis de leurs instroment
d'église : des catholiques ea achetèrenl uae partie en soupirant 9 ei la famille de notre chroniqueur le Banneret fut très-outrée de ce que les sœurs de saiule Claire, ajani permission de se retirer où il leur plairait» vendirent à d'autres qu'aux Pierrefleur une maison qui louchaii celle do ces derniers ^ Les oalboliques» au nombre d'une centaine environ > contiauaieat d'aller a la messe dans les^ villages des alentours : une ordonnance positive de réformation le leur défendit. Grande son suivit Orbe au bout de quelques mois. £challeos tarda davantage , et le moment fnl passé.
«omne 4e fOisoin , pioches . pauters , palanches et perches el an* très choses servans à tel affaire t etalloyent d'un cœur q^'anssiei. pensé qa*iU alloyent à la guerre, ou qu'ils evoyent peur que les autels ne se rebeUasseut. * Pierrefl.
' Cette affaire ne laissa pas de refroidir le lèle des Pierrcleiir pour les gens d'église. « le me déporte d'antres petits tonrs , qni^ » u'cstoyenldevoisin^à le mettre et réduire par escrit, ce aon*- » obstant que pour conclusion sont- dangereuses gens, que gène • de religion , et tant que vous tous en.pourrei passer si les lala> » ses passer par le menu, ni trop près ni trop loin. Par ce petit » nota ne veux entendre que en religion il n'y eyo des gens de bien « et d'honneur , et remplis de grande dévotion , mais le plus passe ». par devers Seint Pol. » Pierreff,,.a. ISSS.
'Berne et les Béformés ne crurent pouvoir l'cmporleràEchallens quedepuis le commencement du 17' siècle. Cedernier lambeau de ù révolution du iù' traîna de 1602 à 1675. Les menaces et les intiir
L'année BuWante les deux républiques menèrent à bonne fin une opération bien plus grande * .
Le comte Jean de Gruyère , baron d'Aubonne et seigneur d'Oron , mais maintenant sous la suaserainelé d'une république ^ avait pris, non moins galamment que Fribourg, le parti de laisser Berne agir a son gré^ afin de partager avec elle et de ra-> mener un peu d'argent dans sa vieille maison. A Aubonne, il obtînt tout ce qu^il voulut. Ce ne fut pas de même à Oron : il chicana donc Berne de son mieux; mais il n'y avança rien. Il mourut. Son fils^ le comte Michel, c le plus beau chevalier de son temps > en fut bientôt le pins pauvre. Les banquets populaires , l'hospitalité montagnarde, les danses pastorales, les voyages de guerre ou de plaisir et^ par dessus tout, les joyeuses amours ou se dépensait tantôt un tilrOj^ tantôt un
gues de TambaMadeur français «t.de Tespaguol, la négligence des pas-< leur» réformés conservèrent au catholicisme Echailena et quel'^ qoes petites paroissu. Yoy. le Chroo. , p. 362, n,
* » Les Suisses bernois et frîbtwrgeois , non contents d'avoir chassé le Duc de Savoie du Pays de Vaud et exterminé toute la haute noblesse du pays , trouvaient encore un obstacle pour faire leur carré parfait ; et cet obstacle était le comte de Gruyère.» ,D' AU« U. du Hdlvétieos ( i75â ). IX , 49.
* Valllem.. U €hr. , ^ 819. - Ib. » M7. «d, m, 89«-961.
boiSf Untôl une alpe fleurie, n'ayaîeal plus guère kisae à oetle impréroyanle &mille cfiie sou vitu
manoir et son, droit de 6ouveraiaelé« Pour toute l'eaaouroe, rempruiit. Maia ne tenant â perionni^, et leur ruine devant retomber sur eux seuls > ils ne pouvaient fiie s'endetter aana jr trontw on moyen de ae Certifier et de se rendre redonlableay. comme d'autres l'avaient su. faire ailleura. Le comte Midbel anivait la voie de aon pire et de «sa aïeux : mais la An approchait. Berne et Friboui^g Paient les prindpanx eréancierB^ et Berne, 'le plus pressé, exigeait , en sa qualité de successeur de la maison de Savoie» Tbommage du comte de Gruyère. Geluw» ne prétendait le lui devoir qne^ pour quelques fiefs. Il espéra par un grand coup, rétablir sa fortune. François I étaiit aussi momentanément uu des successeurs du Duc; Michel réclama sa protection et se mit a son service dans, la guerre contre Pempereur Charles-Quint. Il leva quelques milliers de soldats^ probablement mal À propos tous confondus sous le nom de Grayériensc ses vallées n'auraient pu fournir une troupe si nombreuse ^ ; les bergers aimaient le Gomte^ nds.
* Lm rédti varimit ealrt trois . quatre 6t eitiif mille boinaeà. Du BeOof (Coll. Petîtot, XK, 801 ) dit :< à la gauche... marchoient > lei Italiens et Graiens , qui poavoyent estre qaatfe mille homr » mes; » Montluc (ib., XXI, If.) quatre milleGruyenset trois mille
luliens » ; TatamuÊ (ih. , XXIH* W) : • quajtre mit Suisiet,.
ils aimaient encore plus leurs pâturages et leurs troupeaux. Plusieurs sans doute descendaient yo«lontiers de leurs montagnes; mais, â part les ayear turiers naturellement en minorité^ ils n'y cher^ cbaient guère qu'une incursion passagère, un coup de main fructueux. Il est donc bien à croire que ces trois ou quatre mille soldais du comte Michel étaient un ramas de toutes sortes de gens S sur lesquels ce seigneur comptait regagner quelque chose en les louant au roi. Toutefois il s'y trouvait aussi de ses sujets de la Gruyère et de ses autres seigneuries delà plaine. Un gentilhomme Taudoîs^ le seigneur de Cugy^ commandait toute )a bande le Comte n'y était pas. D'ailleurs, à
a| trois nil^Graym , Provençaux , qu'ItaHest » ; Le ChraaiqiÊmttt « cinq mille. • Tk^ois mille feraient défè trop , poar croire qu'ils fuMeal tout des sojets dn comte de Gmyère.
^ Oa vient de lire que Tavannes , qui se pique en général de COmuô^re à fond les détails des événements militaires , compte parmi les Gruyériens de Cérizoles des Italiens et des Proveocanz.-«* Le récit de Paul-Jove montre qu'il avait cherché à se représenter quelque peu où était située la Gruyère ; mais sa description laisse encore bien de la latitude. € Hi erant , dit-il , ex regionibus quae ad > Losannam et Genevam, Lemanumque lacum pertinent* Ueive- » tiii, Bernensibus et Sedunift ftnitimi. » Livre XLIV.
^ Pierrefi., a 15&8. — Les de Cugy sont mentionnés dans les délibérations des Etats. En 1&56, François de Cugy était chàleiaip de Corbière et de Grandcour. Voyez Grenus, Doc, p. 83.
Pexoeplion des chefs , ses compatriotes n'étaient pas encore habitués comme les Suisiies à la grande guerre en bataille rangée ils ne connaiasaieni que celle de délail et d'occasion, la défense improvisée d'un passage on d'un col» la brusque surprise an coin d'un bois. L'armée française et l'armée impériale se rencontrèrent à Cérizole de Tau- t544 tre côté des monts. Les soldats du comte de Gruyère furent placés à l'aile gauche, avec les Italiens. Us se tenaient debout. Leur uniforme était blanc. Le général de l'empereur les prit pour les Gascons , qu'il ne vit pas parce qu'ils étaient en noir, piques basses, et le genou en' terre Croyant avoir aifaire au corps le plus redoutable de l'armée ennemie 11 envoya sur eux ses meilleures troupes, une vieille bande composée de cinq mille piquiers, allemands et espagnols ^. Les Gruyérieos et les Italiens « se voyant ainsi le plus
' c . Gmevl, mi malli um » «t aiilia|prasle mttitiim sms* 9 P.Jove, limXUV.
^ a il vit les Gruyens qui estoieut tous armez à blanc , il pensa i^aece fussent les Gascons et dit ; Frères , frères ^ voici les Gascons, nmrchez à eux / Ils ne furent [à mais à deux cents pas de luy qu'il •pperceiit notre bataille qui se levoit, mais il n'y pouvoit plus remédier $ noua portiona tona armct noires. » Montluc , ib. , 27 sqq .
' « Cette bataille de cinq mStle picquca a'en alla le grand pas droit ao» GraiiNu. » W ontloc i ib.
chargés, faiblirent *. Les remontrances de leur» capitaiaes les retiarenl un momeat ; maiâ bîeutôt» pendant que les Suisses et les Gssoods gag^naîent la bataille d'un autre côté , ils se mirent à fuir eu déroute 5 abandonnant leurs lieutenants el capitaines qui formaient le premier rang: ceux-ci^ quoique restés seuls^ firent bonne contenance; ils furent tous tués, et Cugy leur général avec eux ^. Ce ne lut dans toute l'armée victorieuse qu'une longue huée sur les fuyards Il eùl été juste de se souvenir qu'ils n'étaient que des conscrits comme on dirait à présent, jetés sans préparation au cœur de la bataille * , auxquels il ne manqua peut-être qu'une seconde occasioa
* « Ut eitoîeiiteilODnat. • Dn Bellay» ib.
* Pierrefl., ib. — Da Bellay » ib. » BOS : «... hormis les capitaines qni estoient an premier rang» tons se mirent en fnitte. » — Montlac , ib. , 80, sqq. s « Et là mearnrent tons les capitaines. •
* Les Gascons ne s*y épargnèrent pas. «Je ne vis jamais de plus > grands grues que ces gens-là , indignes de porter armes, s'ils ne 9 se sonf rendus ploa courageux. Ils sont voisins des Suisses , mais » il n*y a non pina de comparaison ^pe d'un asne à un cheval d'Es* » pague. » Montlnc» ib.
^ Le marquis du Guast (général de l'empereur) ne se peut excuser ^S'avoir mis le régiment d^Espagnots rentiers pour combattre des. Grisons (lisfsGruyers) sans valeur. » Tavannes , ib.
pour prendre leur revanche cl pour regagner leur honneur. Biais, an lieu de la leur fournir, le roi aima mieux s'autoriser de leur conduite pour ne pas payer le comte Michel accablé de ce dernier revers.
Celui ci^ dans sa détresse, convoqua ses sujets* Rassemblés dans le pâturage de la Gharonnaa , qui servait de place publique^ ils écoutèrent les propositions que renaii leur £aire le Comte. Berne et Fribourg avaient fini par acquérir contre lui f directement ou indirectement, pour 82,000 écus d'or de créances Si ses sujets voulaient se charger de pajer cette somme » il les affranchirait complètement et les rendrait aussi libres que les Petits-Cantons. Pour lui^ renonçant à son droit de souveraineté, avec ce qui pouvait lui rester de biens propres et la dot de la Comtesse , il ferait son bonheur de vivre au milieu d'eux. Des cris
^ Le roi de France disait en riant : c Je ne dois rien au comte de » Gruyère • ses aoldeU ont décampé comme des groes. » Eœnlin > IMct.,H,4S.
* « Berne et Fribourg ayant acheté, à vil prix» les créances des juifs de Strasbourg et de Bàle, qui avaient prêté de l'ar^jent au comte, l'expulscrent, dit l'historien et patricien bernois Tscharner d'Aubonne ^ avec une dureté que la politique seule pouvait eX'»cuser. * Lettre* de Ualvetua p. i8.
de joie lui repondirent que Ton acceptait Mais il n'éuil que trop facile aux deus villes de parer ce coup ; elles pouvaient chicaner sur le remplacement de l'ancien débiteur par un nouveau , dont surtout elles avaient les moyens de faire chanceler la résolution; Tintrigue» la séduction, Fascendant que ces deux républiques exerçaient autour d'elles , en vinrent aisément à bout. Le Comte passa en Flandre^ auprès des Espagnols son dernier recours. Ses biens furent mis en dé*
152(3 cret : ou sait assez avec quels frais et quelles pertes énormes la Justice a toujours acquitté les dettes de ceux qui voient s'achever leur ruine entre ses
ISKS mains Fribourg^ ayant un plus grand nombre de combourgeois dans le Comté , se chargea des deux tiers environ des dettes et eut la principale part des dépouilles: la Gruyère propreou la Basse-6ruyère> comprenant les bannières situées en dessousdu Pas de la Tine, lui demeura.. Berne^ pour le prix de l'autre tiers, eut ce qui était situé au dessus^ et la anse*
* « Le traité fut fait et signé... Cet acîe s'est trouvé dans les registres du notaire de Minsies. • D*Âlt, avoyer de Fribourg^ Hist. de» Helvéi.» X. 49.
* • Tout ce qui restait au comte.... iat mis au plus bMCt fait abaadounc aux deux ville». > Le Chron,, 379»
railieftë d'Oron * : Thérilage que nous en avons fait nous console un peu de ce que l'ancienne Patrie de Vaud fol alors brisëe. Attaché par plusieurs lien a â cette dernière, le comté de Gruyère fut brisé ëusm, sans avoir pu retrouver dès lors» pour sea vallées éparses, pour ses peuplades de langues diverses, l'ancienne unité qu'il ne tenait que de la domination paternelle de ses seigneurs. Ici enoore, ce futavec la couleur delà Réforme quefierue effiiça ie passé L'attachement naturel aus racea pastorales pour les antiques mœurs ^ et ce qu'il y avait en outre de libre, d'aimable et de joyeux dans celles de ces montagnards, entretinrent assea long-lemps la résistance', mais ne pouvaient pas la .faire triompher. Berne voulait avoir toul entier un
' Cette seigneurie fut achetée alors par le trésorier Sleiger ; la revendit ensuite à la république de Berne qui en fit un bailliage. C'est ce trésorier Steiger, baron de Roi le, seigneur d'Oron et de plusieurs autres terres , qui , ennemi décliré de revoyer Ncguely, M présenta un jour ches lai ane srsnde épëe à la main. Déjà Nsgoely se préparait an comliat» loffsi|iie Steiger loi déclara qu'il venait loi offrir la paii et loi demander sa fille en mariage. L'avoyer lai accorda Foae et Taatre. Sinaer , Voyage etc.» II, M.
* « Comme si les dettes du comte de Gruyères avait été un argument en iaveur du nouveau catéchisme. » Bonnstetteii.
• Voyez-en un tableau animé dans le Chroniq. , 580 , 58i. — On faisait venir des ménétriers valaisans et l'on allait, la nuit, jouer , chanter et danser dans les bois.
pays qui assurait ses coramonioaiiona avèc aea autres possessions des Alpes romanes. N'étant d'ailleurs gênée par rien , elle fui impitoyable et brisa les cœurs. Son génie impérieux et dur était d'accord arec l'esprit du temps : c'est ce qui fit alors sa fortune; et la fortune^ aux yeux de la foule j passe aisément pour de la gloire ^ comme la gloire pour delà vertu.
Long-temps Fribourg ne fut guère mieux aimé; tant était vif le souvenir de Tancien seigneor I On ne pouvait rien^ peut-être faut-il dire qu'on n'eut rien tôulu hasarder pour celui-ci; mais on ne rou« bliait pas. Des protecteurs puissants lui avaient fourni Targent nécessaire pour racheter son comte: il écrivit en conséquence aux deux villes; elles ne lui firent pas même de réponse. Depuis sa ruine, il erra vingt ans en Flandre, en Bourgogne , et en Suisse dans le voisinage de ses anciennes demeures. Il n'y trouvait pas toujours protection et respect Cependant lui aussi était un
* Au (iirc des traditions, quelque pauvre et dernier serviteur raccompagnait dans ces tristes voyages , inventant, pour soutenir le rang de son maître ou pour réparer une folle dépense reste d'anciens souvenirs , un de ces stratagèmes qui auraient suremeol trouvé grâce devant le vieux Galeb de Lammermoor.
* Du moins le Coos. suisse^ VIII ^ 368, doone une lettre où le Comte en iait des plaintes.
Ccmfiédéré. 11 avail coBiervo ton acte do bourgeoisie de la ville de Fribourg et» dans la maladie ou l'ennui, il prenail â le relire une aorte de plaiair mëlancoliqne et moqueur ^ Il n'avait point d'enfant. Ënfin, il mourut^ les uns disaient : dans 1^76 un château, lea autrea : â l'hôpital. Un messager courut en hâte porter cette bonne nouvelle â Friboui^ Tandis qu'on a'y r^nissttt , m grand
* N'y a-t-il point d'ironie dans cet antre billet da dernier comte de Gmyère à U république de Fribourg , publié par le mcffle re* cueil? « BIagiiifii|tie M. l'Advoier, trè»-bonorés Seig^neurs , i ^oe » bonnes grâces afTectuensenieatme recommande ! — L'autre jour*
9 accablé des vives douleurs que je souffrais en mon pauvre corpa « malade , pour dissiper l'cDDui de la maladie, étant ataîa* je me » mta à lire U lettre de bourgeoisie de voire ville* que je revoie » tottjours avec plaisir ; le petit chien de madame la comtesse» ba- » dînant à l'entour de moi , vint sans que fy pria garde, en arra- » eber le ruban et le scel; ce lait me chagrina : je vous renvoie » donc ma lettre , et vonaprie par la présente , de me donner la sa- » tisfaction d'y en faire appendreun autre; par quoi vous obli^c> » gérez grandement celui qui est de cœur et d'affection, Magiiifi- » que monsieur l'Advoier... renlièremenl votre bon bourgeois, » prêt à vous rendre service. » Ce ton dégagé de l'horarac du monde feignant d'attacher une grande importance à ce qui ne peut plus avoir pour lui que l'intérêt d'un caprice ou d'un amusement, me ferait volontiers soupçonner un peu de persiiflage chea le vieux seigneur envers les bourgeois qui l'avaient ruiné.
* « On voit encore à Gharmey un tableau à fresque représentant nn messager qui court portant une lettre» et qne poursuit essaim de grues qui la voudraient arracher de ses maint* > Le Cbrc^ niquenr, 3SI.
peuple descendit tristenmil la raliée et les monta* gnes où le printemps venait de rappeler les troupeaux ; il courait a Gruyère auprès du chef du clergé de la contrée, Dom Pierre de Gruyère * fils de la belle Luce et frère du défunt. Dom Pierre , suivi de la foule , monta dans la chaire de réglise consacrée a saiut-Théodule , et la , faisant Toraison funèbre du comte Michel , célébra ces vieux temps auxquels il fallait maintenant dire adieu pour toujours. Alors, rapporte la chronique, <c la Gruyère fut désolée par la désolation ; » on n'entendit que pleurs et sanglots dans tous j» ses confins : el nos seigneurs de Fribourg » furent indignés tant el plus » Souvent mêlée à Thistoire de notre patrie vaudoise où plusieurs de ses seigneuries lui faisaient prendre rang, ainsi finit une des plus vieilles maisons de l'Helvétie, une des plus célèbres, des plus aimables et des plus vaillantes, une des plus chéries, des plus populaires , enfin, de toutes, la plus paternelle, la plus poétique et celle dont le souvenir s'est le mieux conservé.
* c nesolatiolie deaolaU est Graeria , ploratas et ulalatus in omnBnia finibqs ejus, etindi^piati santdomini nostri de Fribargo indlgnatiooe magiMiiiiiiu. » Chronique de Castella de Gruyère. Voy. Komilîn , Dkt. , d'où nont avonf tiré plusieurs détails.
Quând Berne avail ainsi dépouillé TEgliie , à
son profit et au profit de ceux qu'elle voulait ga* guer^elle faisait un nouveau pas : elle publiait son Edit de Rifbrmation. On serait porté a Ven former^ sur le premier énoncé du fait, une idée analogue a celle que l'on attache à une confession de foi ou à une exposition do doctrines. Tel n'est point du tout le caractère de TEdit, Sa partia dognliatique était essentiellement négative: il tbo* lissait ' l'ancien clergé , les cinq sacrements romains que les Protestants rejettent, Im messes, le célibat des prêtres, la distinction des viandes, radjuration des saints, les pèlerinages, les Ave- Maria ^ les sonneries des cloches^ les chapelets et Patenôtres. Le reste était une ordonnance de meeurs contre la gloutonnerie Fadullère, la paillardise, les blasphèmes, les jeux, les habits somptueux ou déshonnôtes % les dans0S> les pen-
* « Etes assez iniormés des raisons qui nous ont mus d'abolir toutes cérémoDies papales et traditions des hommes. • Préambule de l'Edit.
* « Avona ordonné que tous cens qui mangeront et boiront ploa qu'ils ne pourront porter, et ne pourront retenir le vin et U viande «ina les rendront par la gorge »... etc. Edit de Béf.
' • Qrdonnoni ..« que nul dorénavtnt doive taire chanasea décoopéea.J» U»é
BÎ0D8 des princes * elle service étranger ^. L'£dil n'était donc pas un symbole, une déclaration de
la foi; il prétendait au contraire à en être Tinstrument, la loi : en celle qualité donc, il défendait
et il ordonnait.
Tout cela faits l'Eglise dépouillée, Pancien clergé mis de côté, le culte changé, de nouvelles mœurs commandées, il restait encore la partie positive et vitale de l'œuvre : il fallait conslituer la nouvelle Eglise dans son clergé et dans sa foi. Ici fut la déception. Les croyances d'une église lui appartiennent ainsi que ses ministres : l'aristocratie bernoise retint â elle les unes et les autres. Elle consultait, il est vrai, ses théologiens; mais ce n'était qu'une consultation. Elle décidait en dernier ressort quels dogmes seraient prêches , quels dogmes seraient tus. De plus 9 elle mil le clergé sous son obéissance et fut donc â la fois pape et concile. Après la Dispute, des ministres avaient été envoyés et placés par tout le pays; ils s'y occupaient activement de seconder les projets
* » Que nal entra vous d-«prétiOttti hardi de prendre psnsioa ni dons des priocas. » Ib«
* • Pareillement» qne nnl de vont ci-aprèa aille en gaerre étrange. • 11».
di5
de Berne en faveur de la Kéformation. L'Eglise fut dépouillée y mais non en leur faTeun Us fu« reni, on ne peut pas dire récompensés, maiscbétivemenl entretenus : c'étaient , outre une pension modique, de temps à autre quelques petits présents. Des hommes tels que Viret recevaient â peine de quoi vivre ^ Calvin, Farel ^ Tiret n'étaient pas gens à se plaindre de cet état de choses pour eux-mêmes. Mais il leur semblait» comme â leurs collègues dont quelques-uus furent sans doute animés d'autres motifs» que les richesses de cette église opulente et vaincue n'auraient du être employées qu'à Tavancement de l'église régénérée qui lui succédait. Us ne craignirent pas, Virel â leur tete, d'improuver trèsfortement la vente des biens ecclésiastiques , « traitant de sacril^es et de Judas les détenteurs de ces sortes de biens. » Berne alléguait» d'un côté» ce qu'elle avait donné ou laissé aux comma^ nautés pour les ministres, pour les écoles, pour les hôpitaux» de l'autre» les hypothèques dont le
* A Lausanne) le public lui prêta des meubles qu^à leur départ sa femme voulut rendre» mais qu'on leur laissa. Une gratification de dix florins fut donnée à l'un de sea successeurs pour acheter des livres. Calvin vécut long-iemps de sa propre bourse. Toute la fortune et tous les effets de Farel , à sa mort , ne moolèreot qu'à cent et vingt livres. Yoy. Ruchat, IV P. (iaéd.) L. IX.
pays étdit grevé ^ et se défendail dTun ton menaçant. Mais pourquoi Téglise devait-elle pâtir à ce point d^une situation qui n'était pas uniquement son fait ? et les coutemporaius ne se méprenaient pas sur cet accaparement y avoir aea procédés^ son vrai but et sou éuormilé. Etait-ce pour établir la papauté des mag;istrats que la fléformation s'était faite'? Les Réformateurs allaient porter la peine de la nécessité qu'ils avaient subie et de l'imprudence qu'ils avaient commise d*élever le pouvoir civil pour renverser le pouvoir ecclésiastique
' • On peut bien connaître à çoelle fîn tels personnages ont priiM rEvangile , et comment ils en font leur profit. Ib ont crié et crient encore contre le Pape : et cependant ils ei| ventent dresser
on autre entr*enz Au lien d*an Pape de longue robe » ils. en
veulent faire un autre de courte robe, lequel sera bien plus à craindre» s'il advient qn'il prene une fois racine et qu'il soit admis et soutenu. » Viret, Dialogue des Diables biamet dansXtf Monde à t Empire et Le Monde Démoniaele, p. 870*
' « Et pourtant quand les vrais minislrcs de l'Evangile ont au commencement presché contre le Pape.... et l'ont totalement renversé, et qu'ils ont admonnesté les Princes et les Magistrats de tenir main a ce que les abus qui esloyeiit en l'E^jlise tussent corrigez, et qu'elle iust reformée selon la parole de Dieu , ils n'ont pas presché que les Magistrats clevoyent prendre la tyrannie sur l'Eglise .. et qu'ils dcvoyenl nullre le ministère d icelle sous leurs pieds: mais qu'ils se devoyent employer de tout leur pouvoir à le remettre au lieu auquel il devoit estre selon Dieu En quoy ils n'ont
point lait de faute, mais ont fidèlement exécuté leur charge. S'il y en a qui en cela ayent passé mesure, je ne les veux pas excuser, en ce qu'ils pourront avoir failli. Si puis après il s'en trouve entre
Calvia^ Farel el Virei savaient fort bien a quoi s'en tenir sur les intentions de Berne en particulier. Calvin se fit un poste indépendant à Genève; Farel, jusqu'à un certain point» en trouva un a Neuchâtel. De lâ tous deux inquiétèrent les Bernois, et prôterent secours à Viret, qui, placé à Lausanne, en face de l'oppression bernoise, se trouva principalement chargé de la résistance , et
Il avait directement contre lui toute la puissance de Berne intéressée ici â ne rien céder parce que déjà elle tenait tout. Le clergé nouveau était sans Ibrce et I0 soutini mal. Ce n'était pas ici un cler-< gé concentré dans une ville comme â Genève; c'était celui d'une contrée, petite mais variée et formant un tout 9 clergé par conséquent asses nom« breux, flottant, mèlé^ et qui aurait eu besoin de s'organiser fortement, de s'unir, ce â quoi Berne s'était hâtée de mettre obstacle dès le commence* ment, le commencement lui ayant appartenu. Au lieu d'en faire un seul corps, elle Pavait parqué
let lOa^ttralt » qoi eatesdciit plot tfant qu'ils ne doy^ent, ce qui Icor â esié.preictié par les vraU HinUtrea dn Seignenr , touchant l^aulborité et la puissance que le Seigneur leur a baillée , la coalpe n'en est pas is Trais Ministres» mais en ceui qui veulent ainsi abuser de leur doctrine, qui est la doctrine de Dieu, • Viret, ib. S80.
en plusieurs classes iadépeadanles les unes des autres. Ces classes se réunissaient parfois en un synode mais dont Berne s'était réservé la convocation. Elle affecla d'être frappée des inconvénients de ce que le flegme allemand appelait la pétulance française S pour s'autoriser â convoquer le plus rarement possible ces réunions de son clergé romand ; aussi finirent-elles bientôt par être mises en oubli. Outre cela, les ministres s'assemblaient toutes les semaines en colloques pour conférer en-
disputes qui ne pouvaient manquer de s'y élever parfois , les seigneurs de Berne réduisirent â quatre par an ces reunions hebdomadaires, qui, dans la suite^ le furent même â deux. Le clergé vaudois était donc sans force, sans action comme corps, et en soi désorganisé par son organisation même. 11 n'avait pas seulement Tascendant d'un conseiller sur le maître^ qui prenait toujours Tavis de son clergé bernois Le plus grand nombre de ses mem^
* J. Halier# Ephémérides , snr le synode de 16t9: « ... Bien deplas tarbnlent que ces séances.... et si les sénateurs présents à ces^ colloques tomttltneoz n'enssent interposé leur autorité» tous aarîes v« ce synode finir comme le iestin des Lapithes. La gravité allemande ne pouvait assea s'étonner de la pétulance frantaise. • €ons. suisse , XOI , 864. — Le Chroniq. , 3BS.
' « ... comme on l'a va dans ce siècle au sujet du Consensus, Ainsi» si» k l'avenir» les ministres du Pays de Yaud ont quelque
bresëtaienl des étrangers^ plus enclins à se dégoili* ter et à chercher une place ailleurs. En oulre, il faul bien le dire, les ministres originaires de ce pays étaient^ la plupart, d anciens prêtres et d andens moines qui, suivant l'expression de Viret, n'étaient pas tous deprétrés et démoinés Berne , redoutant le zèle et T^udace des premiers^ appuyait eenz-ci^ et^ en général, tout en maintenant la Reformations n'était pas fâchée delà voir s'amortir. Son établissement avait été pour plusieurs et â beaucoup d'égards une tyrannie. Qr on soup»
aosveaii Règlemenl à demander an Souverain , ils feront prudmment de s'assurer anparavant da.cODCoura daxlergé de Berne s aaDS quoi il ne faut pas qu'ils se flattent de poavoir jamaîa réus-^ iir. » Bttcb. P. • L. VU, §. 6.
* « Or sur le tout est asçavoir que l'avarice» qui est ta raçine de tout mal , cfflisqua tant les dits prestres que quasi tous se condescendirent à la volonté desdits S"- de Berne , tant pour crainte de non habandonner le pays que aussi pour crainte de perdre leors* bénéficea. » Pierrefl.» t. I6S9,
' Le MondeàlXmpire, p. S83i — • La plus grtnd^part sont des venirea» dea flatteurs et des mercenairea, qui pour avoir la bonne grâce des .magistrats et des plus pniasans, parlent comme il plaiat a cens auxqneU ila veulent plaire , et conferment leur tyrannie , an lieu de la reprendre» et de combattre pour aoaalenir la liberté
de l'Eglise. » Ib;«— et que voua les ministres rendiea ci-après
mieux votre devoir, et satisiaciez plus diligemnient à votre office, que jusques à présent n'avea fait. > Mandemenide Berne* du 7 septembre 1559.
çonnaitbienquecelledesministresfleraitautrement
sérieuse que celle de Berne ^ Mais leur joug eût été sans ignominie puisqu'on restait toujours en position de le secouer, et que c'était au moins un joug national ; il pouvait redresser et fortifier la vie politique^ tandis que Berne ne voulait que k courber et l'exploiter sons le sien. Tout cela n'était pas senti du grand nombre, ou Pétait peu , ou rétait mal. Il s'en fallait donc de beaucoup, que la Réforme eût véritablement pénétré dans les cœurs, ni même que TEdit fût extérieurement observé. D'ordinaire, les joueors» les ivrognes, les débauchés, les adultères se livraient en paix à leurs vices ^ le prêche n'étail ni tou^ jours suivi, ni toujours respecté On pouvait
* Ia tyrannie des miniiirea Mraît venue, non pis tant de laor^ prétentiona» aaseï légitimes» ponr l'église comme corps , mais de ce qne« réToIntionnatrement, ils n'admettaient i|a'utte aenle égliseï^ h leur. *
* En quelques lieux» on dansait, on tirait à Tarquebuse pendant le service. Comme en nos temps, qu'à cet égard on a tort de croire pires que ceux-là, des paroissiens ne mettaient les pieds è l'église qu'aux jours de communion. D'autres n y allaient que pour troubler le prédicateur. On sonnait les cloches désordonnément , marquant ainsi, à la mode catholique , les diverses parties du jour, la Retraite, la Diane et Midi. A Lausanne, Messieurs du Conseil se rendaient rarement au sermon. Synode de Veveyi Yoy. Eucbat, II. P. » L, Il et le L, IX ; U Cbr. , 3!j7, m-.
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s'autoriser do Texemple des baillis^ la plupart hommeB de guerre qui luaMaient les ministres et toutes ces gènes nouvelles. Les prêtres el les moines parcouraient le pays^ annonçant que to«t ceci ne durerait pas ^ : bien des maisons avaient leur petit oratoire secret^ une relique^ une image ^ dérobée aux raines et cachée soigneusement. £u résumé, il y avait chez le plus grand nombre îndiilérence ou aversion. Ce qu'on aimait le mieux du nouvel ordre de choses» c'était ce que les ministres ne voulaient pas, un état d'âme vague et flottant, une foi légère, manquée^ une conscience à tous vents, eu un mot, les bénéfices de la liberté sans les charges L'Edit p'était qu'un ëpou vantail, on se le persuadait aiv
* En IK37, le curé de LigneroIIes, Jehan Vuarnery , « fust placé pour estre au nombre des sei{jncurs chanoines de Lausanne, cas advenant que la chose se pomroit remettre. » Pierrefl. — « En la ville d'Orbe Ton disoit... que le tout tourneroit bieuiost ». ld.« |B60. - Voy. aussi Ruch. , VI , 51 1 , 533.
' « Us ont volontiers ouy les prescheurs, quand ils ont crié contre les vices des prestres et des moines: mais ils ne les veulent point ouir crier contre les leurs. Ils veulent qu'on leur presche uti évangile sans repciitancc, et sans amendement de vie. îls veulent une liberté sous le nom de l'Evangile, laquelle leur soit une licence desbordée, à tout ce qu'il leur plaira. Ils veulent bien estre dcscharf»ez du jougde l'Antéchrist, mais cependant ils ne veulent rien porter de celuy de J«sus-Cbrist. * Viret , Le Monde à TEmp.,
sèment^ car Berne n'y tenaii la main qu'autant que oela étail nécessaire â sa propre cause. Elle réussissait trop bien â opprimer en grand pour . ne pas éviter de cabrer en détail^ et choisissait de ménager le peuple plutôt que les Réforma«teurs**
Dans ridée de ces derniers, tout le mat Tenait
d'un seul points mais capital^ de Fabsence d'une bonne discipline ecclésiastique. A leur avis , c'était le nœud de tout en celle aiTaire; et la Discipline répondait juste aux deux besoins que nous Tenons d'exposer: constituer l'indépendance de r£glise en faisant une position forte au clergé ; mettre un terme, ôter du moins le masque â cette réformation mensongère ou servile.ll faut le dire: c'est la Discipline qui alors a sauvée Genève ^ ;
* « .... sunt pacis aroantissimi. Videmus tb etiam omntam ani-
> mos Bcrnensiam propendere : turbas tanien metuant. » Lettre de Viret à Calvin (90 ievr. bibl. de Genève. — « Sperofore » ut posthàc minus liccat caluninialoribus turbare ecclesias ,
> quamvis qui eas haclenus turbarunt, et qui nos f;ravissimis al-
> ieccruiit injuriia, aini bumaniaaiine iracUU. Sed-biac est aora • noatra. • Ib.
' Les Hbertim, ainsi qa*aii namniait les adversafres d!l6 Calvinet de la Diacipline, en appelaient toofours i Berne et ans eérémo-nies bernoises. Or on sait les vues de Berne sur Genève. — Toy. Roset, chron., L. IT, c.n,ap Rach., II* P., p. 96, ISSsqq. el passim.
c'est elle qui en fit» par la maia de fer d'un Ljcorgue théologique^ oetle Sparte protestante toujours mal domptée et frémissant sous le joug qu'elle est arrivée i rompre mais qui, pourtant^ malgré sa vermoulure, lui résisle encore aujourd'hui ^ Berne sentait si bien l'énergie d'une telle institution qu'elle la redoutait même hors de chez elle , où elle se garda bien de la laisser s'établir. Scripturairement, on peut différer d'opinion sur cette matière; mais ou ne doit pas méconnaître qu'il y avait dans la Discipline en ces temps une question de fait très-importante et qui devenait souveraine en certaines situations. La nôtre était dans ce cas, el je crois que Viret le comprit.. Il voulait faire pour Lausanne et pour son pays ce qu'il voyait, faire a Calvin pour Genive Assurément il était, avant tout, théologien el Réformateur. Révolutionnaire absolu comme tous les grands révcdutionnaires, cet homme si hum-
^ U se rompra â*autant mieux que des ptrlif qui n'en ont pM ia force CMaient de le relever (iS37 et 1S3S).
' « .... Neqaedubtlo qnîn me maxime gravarint indivia commn- •icati inter nos consiliî : non possnnt enim tacere qain palam jac- ' lent, mehcc GeneT»didîeisse« ac milii toom me proposoisse cxemplar qood sequerer. • Lettre de Viret à Calvin (3 sept. , ISSS)> bibh de Genève.
ble * et si doux se formait de l'œuvre à laquelle il avait coopéré^ une idée une et radicale ' ; il n admettait qu'un état chrétiennement logique dont le
règne de Dieu faisait le seul vrai fondement ^ :
* • Combien qae je n'ignore pasmt petitesse et ^e grand avancément ne pent pas revenir à l'Eglise de mon tant petit savoir et tabenr. » (Dialogues ân combat dos hommes contre leur propre salut (1861, p. 60 — « Scio eqnidem qnam sim ineptus ad omnia, aed spem et fidnciam in illom repono qni aptos et idoneoa ftcere potest. > ( Lettre de Tiret à Calvin , dn t ma» 16KB. BibL de Genè-. ve.)
' Ce qu'il y avait de radical dans les réformateurs calvinistes se mit Asseaau jour par la révolution d'Angleterre. Biais cette idée ressort d'une manière particulièrement frappante des écrits de Viret. On peut ajouter que le mot lui-même s'y trouve en quelque sorte austts car plusieurs de ses onvrages affscient pour frontispice une vignette expliquée par le passa{;e : < La coigoée est jà mise à la « radne des arbres. »
' c....Diea seul nous peut donner Loy parfaite, selon laquelle il
> nous convient gouverner... Si cela y est, alors il n'y a ... forme s de gouvernement quelconque ayant fondement en cette Loy de M Dieu, qui ne soit convenable à la société humaine et à toutes Ré- » publiques ausquelles Dieu présidera. Au contraire, si cela n'y
> est, il ne faut attendre sinon une horrible confusion .... Nous » avons assez d'exemples de cecy. » Viret, Instructions chrétiennes. Exposition sur les dix commandements (Genève , iHôk, in fol. ) l, 2a6. — K On voit presque en tous les estats de la chose publique,
> soit ce Monarchie, ou Aristocratie, ou Démocratie, que tout y » est (][ouverné par quelque bien petit nombre de gens, qui sont » comiue les gros chiens et gros maslins, lesquels les autres n'o- » sont approcher, et comme les gros lions, qui ont tout entre leurs • pâtes > (id., Le M. à l'Kmp., p. 109.) Et il conclut, par la bouche
c'était vouloir Fimpossible; mais l'impossible n'est souvent que la mesure des grands cœurs. D'ailleurs une doctrine absolue , bien loin de rien exclure> laisse au contraire ce rôie â celles qui ne le sont pas; une doctrine absolue n'exclut rien^ elle subordonne ou rectifie seulement. Aussi^ quoique Yiret,
d'an de set personnages : « II va mal partout, et tonsjonrs à Tempire. » Parquoy ie ne suis pas esbahy s'il est peu de gens de bien et si » les gens de bien ont peu de crédit et d'aulhoritc , et s*ils sont
> fort empeschcz à rnellrc bon ordre en tant de desordres. » Aussi voyant combien peu ce rè^jne de Dieu était avance sur la terre • et ne s'abusant pas sur le coraple de celle Réformalion éfjoïste qu'il ne combatlit pas moins qu'il n'avait combattu l'ancienne é{];lisc, il reprenait volontiers, comme on voit, son refrain du monde allant àt empire: il comparait ce dernier, tantôt à « un vieil resveur, le- » quel rassottc et resve tousjours plus fort, quand plus vieil il de- » vient; M tantôt à ces c vieux Singes, qui sont plus mauvais en
> leur vieillesse, que paravantj > ou bien ce monde lui apparaissait comme un malade abandonné des médecins et tombé en phrénésie, « laquelle croist et s'augmente de jour en jour, en
> sorte qu'il y a grand danger, qu'il ne devicne du tout furieux » et enragé, et qu'il ne coure les rues et les champs, comme
> Nabuchodonosor. » Quelquefois , la mort seule lui paraissait pouvoir mettre un terme à une si incurable iolie. Ët en cela pareil aux natures fortes et actives qui toutes, un moment ou un autre, dans un esprit bon ou mauvais, voyant leur œuvre fondre entre leurs mains , désirent puissamment de déloger , il cherchait aussi pour lui-même, dans celle morl générale, l'heureux terme d'une vie, manquée comme elle Tcsl en effet pour tous. C'est alors qu'il se redisait avec un ancien auteur: « Maintenant
> donc, pourvoy à ta maison: chastie ton peuple: console ceux qui » sont alfligczen iceiuy: renonce maintenant à la corruption : laisse » les pensées des choses mortelles : et jette arrière de toy les fascfae- • ries des choses humaines : de vests à la fin ta foible nature : cl ayant
fiuivant Tespril de l'époque^ jugeai tout de sou point de vue ihéologique et religieux, dans celte affaire de la discipline ecdésiastique, il ne s'en montra pas moins bon patriote^ el plus que ses conciloyeus de tous les temps a ont paru s*en douter. Il aimait tendrement sa patrie. Orbe sa ville nalale, Payernc oix il avait subi un si rude assaut S Lausanne y Genève, et tout ce pays de plai-
• mis à pari en quelque Uea iei contemplalions , qui te sont lent « fascbeiiseSthasIe U>y de voider de ce inonde. Car autres pires ca- » lamites adYÎcndront que celles qne ta as venës advenir.... Car c vérité de pins en plus se recule, et mensonge approche. > Mais en iTencoorageant ainsi à la mort, il ne se déconra^eait pas dans la vie: il ne cessait de combattre au contraire , et d*autant plus qa^il ne se laisaîi pas d'illusion sur ce qu'on avait cru la victoire. (Voj. le M. à l'Emp. , p. iO», 111 » S09 et S07. )
* I! dédia ses dialogues du Combat des hommes etc. à « ses chers Irèrcs el bons amis » de la ville d'Orbe, en leur disant : « S'il y a c point d'hommes sur la terre ausquels je soye tenu et obligé, c'est
« à vous par celle estroite obligation de nature, qui oblige par
€ droit naturel un chacun à son propre pays, plus qu'a soy-niesme. € Car si je suis detleur aux hommes incognus, voire à mes ennemis » mesmes , combien le suis-je plus à mon pays , à ma nation, à ma » maison , à ma propre chair , el à mon propre sang? » p. 7. — Il dédia pareillement son ouvrage du Vrai ministère (iî)60) à ses w chers frères el anciens cl bons amis, les Âdvoyé, Conseil et pea- » pie de Payerne; et cela, dit-il, pour ne VOUS laisser aacane ocw casion de penser, que je vous eusse oublies, maintenant que par » la volonté de Dieu je suis un peu plus eslongné de vous que je » n'estoye auparavant (il était exilé) ... , et poar renonveller entre « nous la mémoire de nostre ancienne amitié et conjonction , la-
sanoe qui enlace les pins austères comme dans un fi»
let de grâce et de beauté. Les Réformateurs étrangers eux-mêmes a y voyaienl pris. Bèze enir'au-* très était Tirement attaché à Lausanne» où il occupait la chaire de professeur de grec. Lui, ainsi que Farel et Calvin, poussèrent Viret dans la nouyelle cause dont il se chargeait, complémeat nécessaire à ses yeux de celle qu'il arait déjà gagnée. Il voulait la Discipline : ceux qui, tout en ayant adopté la Réformation, avaient des croyances erronées, ou n'en avaient point» ou ne s'amendaient pas dans leurs mœurs, devaient, selon lui, être excommuniés de la Sainte-Cène S il voulait cette discipline comme étant rigoureusement, à son avis, de droit évangélique; mais il la voulait au8« si comme devant servir à sa patrie, la régénérer a fond et lui donner la force nouvelle dont, malgré la Réforme, elle manquait encore. Ce qui le
9 quelle a duré josqnes a prisent et à l'aide de Dîen dorera encore « jnsqnes i la fin... Je yona ay tonsjoars aimez et portes en mon » cœnr dès le commencement ipie j*ay fréquenté avec yoiu« ainsi » qne je le devoye faire , tant ponr raison de mon office que pour > Tamonr mutnelle laqaelle nous atone tonsjottra eue ensemble. » Prélace.
* A la (êle des ministres de la classe de Laosanne , il demandait qu'on leur permîl d'examiner la foi et les mœurs de ceux qui se présenteraient à lu Sainte Céne. Ruch. , ir P., L. YI.
prouve, outre l'ensemble de sa conduite et de ses
discours^ c'est qu'il voulait la Discipline surtout contre Berne , el beaucoup moins contre Zurich 'où on ne Tadoptait pas non plus mais avec lequel le diflerend était purement théologique ' : cette doctrine avait donc ici, pour lui et pour nous, une importance qu'ailleurs il ne lui accordait point.
Il ne faut pas, eu se méprenant sur nos paroles^ s'imaginer que Berne n'eût établi aucune disci* pline : la discipline , la règle, la verge était trop dans son génie, comme dans Tesp rit du temps, pour qu'on ne remployât pas. Son £dit de Réfor<^ mation était presque uniquement disciplinaire ; et elle n*y allait pas , comme on dit, de main morte : amendes, prison, bannissement, suivant les cas et les récidives, pour les blasphémateurs, les gloutons, les joueurs, les fomicateurs, les adultères, ou pour ceux qui conservaient des cérémonies papales, EUle avait établi, dans les villes
* C'est Rncfaat Ittî-^mèine a remarqué la différence que les théologiena calvinisfes de la Suisse française mettaieDt à cet égard «Dire Berne et Saricb. U s*en explique très au long, et leur eu fait un reproche; mais Ruchat avait une certaine manière servile de dire bien des choses hardies. Yoy. la Partie de aon ouvrage , L. Vils restée inédite , parce que Reme l'avait voulu, elle se publie actuellement » avec des appendices par L. Voiliemin. (Nyon, GiraUPrélas , éditeur , 1856. )
el plus tard^ afin d accorder quelque chose aux miniatrea w\és , dana dhaque paroisse des
Consistoires composés du pasteur et de laïques nommés Anciens^ chargés de veiller à Tobseryation des règlements. Mais tout gisait en ceci: Berne relenail à elle l'ordre de ae réformer el le droit de punir si on ne le faisail pas. C'est a elle que la Discipline appartenait en principe et en dernier ressort; elle élail toujours finalement maîtresse de.l'exercer ou non. L'abolition de Tancienne église, voilà ce qui lui importait: il lui suffisait qu'elle fut passée et qu'on ne pût y revenir. Sa sévérité disciplinaire s^ réveillait bien quelquefois , dans un moment de crise ou dans une calamité générale'; mais le plus souvent elle la lais* sait dormir, ou du moins ne s'iiiquiétait pas trop si les diverses autorités inférieures, de connivence
' fidiuda V mai, 15SS, et da S7 février ISV9.
* Dans ces sortes de cm , on voyait alors» un Dimanebe malin, le condamné arriver dans le temple. Placé an pied de la chaire, il s'y tenait debout» tôle nne et les br?s plies , durant tout le sermon; le sermon achevé , il se mettait à genoux et^ tes mains {ointes» i haute voix» demandait pardon i Dieu, au Souverain» an mettrai de l*endroit et aux particuliers qu'il avait offensés. En outre il était emprisonné et lianni jusqu'au bon vouloir de la Seigneurie. Ei^ lltSS, un homme subit à Itausanne tontes ces peines ponr des blasphèmes et dea injures contre sa mère et une autre personne* Bnch.t use, Bibl. helv. Bridel » maintenant à la Bil>l. cant
avec l'opiniofi publique^ mettaient peu de vig^oear À faire exécuter les lois sur ce poiut. Quand les Mimslres se plaigMient, elle les rearoyaii à l'Edity leur disant qu'il y avait des règlements^ qu'elle ne demandait pas mieux que de les voir exëcnlés. Lee Ministres savaient bien à quoi s'en tenir. Obligées de^dislribuer la Cène à des inconverlis d'esprit et de cQSur, leur eonsoieneeen était perpétuellement tourmentée, ils demandaient donc Texcommunîcation dee Ticieus et des ignorants , après examen«Cétait, parle fait, transporter aux Ministres la Discipline et, avec elle 9 la plus grande énergie du nouvel ordre de choses Ml ne faut pas juger cette prétention avec les idées justes ou injustes de notre temps : les Ministres alors étaient ausn des cheCs politiques y des tribuns populaires , sujets sans doute a- toute rimbécillité humaine» mais en gé^ néral bien supérieurs par Taction, par la tète et par le dévouement, à ceux qui passèrent pour avoir modéré la Réforme quand ils n'avaient fait au contraire que la gâter en la pillant* Si', â cette époque» leà Ministres fussent parvenus â se ren*
* TotAùfok» Be]ony irel(DuVrax Miniitêre, L. I, ch. 26) Discipline « n'Appartient à aucun membre parliculicr (k I Eglise, non » pas m^'sme tus seuls Ministres ny ans seuls Ma^^isirats , mais à > toute l'Eglise. » — Précautions à prendre, dans la composition de Cette Eglise, contre les Ministres, contre les Magistrats et contre le peuple (ch. 27 ) —Mais Virci met surtout en opposition les Ministres et les Magistrats ( ch. 26 etc. )
dre maîtres de la Diacipline et que, nalurellemeni^ elle f&t tombée ici «y x maios de rbomme d'imellt** gence et do cœur qui était le chef de celte entre* priae, U y auraîl ea bien des froisiemenls, bien des rudesses , je ne sais si l'avenir, au bout du compte # auraii été meilleur; mais assurémeut on aurait» par la» repria a Berne «ne grande partie de sa puissance pour la rendreau pays Celui-ci ne comprit pas^ n'oaa pas^ ou plutôt il smrêil touIii autre chose^ la vieille liberté^; et c'était seulement la nouyeile que l'on pouyait obtenir.
Les Ministres» d'ailleurs» comme nous Pavons vu» étaient loin de former un seul corps et même ib n'entraient pas tous dans ces idées. Lies uns y répugnaient par vice et par lâcheté; les autres avaient théologiquemeni une opinion différente : les vues de Calvin sur la prédesUnation augmen-
* « La fermeté GtWIii fit puraitre l*an I88S ponr le naiiitieii de rexconimiiilicatioli, caïue de rombrane am leigaeiin de Bcna jaloiis de leur eotorité comoie le eont mftDvdtemaaC tooe Im Mm» TeritM « et ne conlribet pu pev à la leur rendre «ncore pkM nm» pede comme teadial à ériger dent l'éUt «ne pniiMUMe iadépeedenle et collalérale «a SonreraÎD. » Bacb. , Uf P« , Ii. ¥L
9 « Cer nous nous gloriGons fori des libériez et îranchises , des coa^tumes que nous avons , en sorte qu'il n'y a presque faute ne TÎce que nous ne voulions couvrir a eaUrctenir, sous cette couleur»' ViMl, U M. à l'Smp. » p. iOS.
taient encore les raisons de divergonco La classe de Lausanne^ la plus importante par son nom et par le mérite des pasieurs et des professeurs qui la composaient^ fut celle qui se mit en avant. Tiret en était l'âme. Il avait a plusieurs reprises essayé de quelques démarches^ de quelques réclamations, pour engager les seigneurs de Berne à âtre c protecteurs dn Saint-Evangile de Jésus 9 toujours de plus en plus jusquà la fin % comme il le leur dit dans la dédicace d'un livré > publié en 1548 Il revint directement à la charge
* Voy. dans Ruchat, ib., L. Vi, Thiftloire des ministres de Nyon cl de Barsins accusés de s'être répandus en injures sur la doctrine de Calvin et sur les rites de Téglise de Genève. Un inarcband de la rentrée iut aussi impliqué dans celte ailaire pour avoir fait un dtxain satjrique contre les Genevois, (i;>5S). — A la même époque, Berne écrivit à toutes les classes du Pays-de-Vaud , les censurant aigrement et leur défendant de • s'adjoindre à certaines hautes et » subtiles doctrines ..... principalement touchant la matière delà » divine prédestination. * .
' Verltt du Ministère et des Sacrements, etc.— Dans cette même é^re dédicatoire , Viretcite plusieurs eiemples tirés de la Bible : celui.* da roy Hieroboam , qui a voulu... ordonner de la religion & » sonplainr^etla faire servir à ses affections et profit mondain, et » esiire et consacrer lui-même les prestres et les ministres à sa • poste : et celuyduroy Uzias, qui s'est voulu mesler de l'olfice des » sacriGcalPiirs.., sans vouloir obéir aux remonsirances qui lui en » estoient f aides par les ministres de t église iï\sr^ï\. Qu'csl-il ad- » venu à ces roys d'une telle tyrannie... ? La ruine de Hieroboam et » de toute sa maison,' etc. li déclare que cet ouvrage « servira aussi
en 1552 et en 1554. L'année suiTanle, les classes de Lausanne j de Pajerne, et la classe éphémère de Thonon une dûs plus animées , firent encore de très-vives instances. Mais toujours sans succès. Les réponses de Berne» douces on aigres, ietermi* naient invariablement par la défense de disputer sur cea matières trop hautes; Viret, certain qu'il n^y avait plus rien a attendre de ce côté » sereso*lut à frapper autre part^ probablement sans grand . espoir; mais il ne pouvait pas davantage et il nédle^ vait pas moins : c'était d'en appeler à Lausanne elle-même. Durant Tannée 1557 > Viretfut très-aotif à prêcher devant le peuple et à faireidés remonirances ^ dans les Conseils sur la nécessité et l'urgence de la Discipline. Il propose Pordre quHl faut mettre aux choses mal dressées , demande des enquêtes sur les mœurs, sur les biens -^es pauvres et sur la religion des étrangers, car les opinions religieuses étaient alors les opinions politiques. Et, s'il agit ainsi, ce n'est pas seulement^
pcmr le repos de «a ooascience. «—Dans lei id^ de Viret, le Hi« Btftère et les Sacrements remontent lane interroption jusqu'au paradia terrestre, sont étroitement unis • et la divine importancede ces derniers fait la dignité d'an office exercé par Dien mémo • quand il créa Thomme et qoand il le sanva. ( U».> L. I.)
* ce... beaaeoptderemonstranoês lamentalotres de ce que Ton nr asyl les presches ny observe l'on la Réformatiou chrestienne* ^ Uus.,<MSC., Arch.) 6 Ao&t 1557» t. VlU, p. m
€ ponr décharger aa eoaacienoe et pour le deroir
9 de son miaîatère, mais encore, nous esl-îl dh fmÊLrquMmmai, pour PamiM qu'il porte ati n peuple de Lausanne Comme , avec sa modes* lia ordinaire» il craignait en même temps qu'on a'aecuafti « la dâ>ilité de sa personne » du peu d'amendement résulté de ses prédications , il abordail liBÎ-nièaie, dans ces admonitions, Tidée de son remplacement. On décida d'augmenter son . salaire % de lui donner un aide , et on crut Taroir compris. Mais quatid on vit quHl ne se taisait pas, on se (àcba, et on Taccusa devant le^ c Très-re* doutés Princes de Berne » d'mvcit manqué aux Lausannois. Après de vives altercations des deux paris f on finit par s^expliquer ; et Viret reçut même des remerciements Les faibles, un instant re« montés^ croient s'acquitter ainsi oft pouvoir ëeon-' duire les forts. Mais revenant anssiidl i la
* Ih., p. 992, 8 Dec. 1557. (Arch. de Uui )
^ • L'on lai augmenterai «oq gage. » Ib.» 6 Août 1557, p. 971 ,
^ leâ grandes injures que Maîslre Pierre Virel doibt avoir firosché publiquement contre les bourgeois de Lausanne en général. Sus ce a esté ordonné que l*on doibt articuler contre le dit Yiret, plaintifs... > Ib. , 16 Ao&t. — < A esté ordonne contre Mon- •eigneur yiret...(de)le picquer comme il a picqué par ses rcsponses. » Ib., p. 978* 28 Sept ~ « Icelluy seigneur Viret remercier grandement de (ses) admonitions. » Ib. » p . 99ft, 16 Dec.
charge^ VireW accompagné de ses deux collât gues^ se présenta» le 13 mars 1558, devant œ qu'on appelait à Lausanne le Conseil des Soix^ ante ^ Le moment élail venu de l'abandonner ou de le suivre. Il ne crut pas possible ou permis^ d'avoir recours au peuple; el s'adressanl donc â cette magistrature» dont le caractère était â la fois politique et judiciaire » il la pria de prendre un^*^ résolution au sujet de la réformation des mœurs, et de la discipline de Téglise. Son but était évidemment de l'entraîner dans sa cause * et par lâ« d'en faire une cause nationale comme elle aurait, du l'être. C'est une démarche analogue» autant que le permettait la diflërence des situationa,, â la tentative faite aussi devant le Conseil de* Lausanne, cent soixante cinq ans plus tard.,.
^ Le Cônieil oo la Chambre été Sôliante était tiré en partie^ da % Mît CooMÎI » en partie do Censeil det Dein*Gmlt on Onnid^CiNi— leil de Lanaanne. l\ représentait ce dernier et jugeait en appel dana < nue certaine limite. Voy. Plantin* Descript. part., p^SOil. — Lea. coUégoes de Viret et see compagnons dans cette occasion importante s'appelai nt Maître Jaques Valier el Arnaud Bàn&, Voy». surtout ceci Rucliat, P. , L. Vil, S- I" VU|, j|,lS; le Cens, sais* se, XIII, 562 , ô69 sqq.; et les Arcbives de Laosanne» Registres dea«< Gonseils (msc.); etc.
* « U se flatuit que ces Magistrats agréeraient ses proposHiôna* et que Leurs Excellences de Berne ne poudnûeni pas let en.dédir$^»* Ruch.,U«E^L.VIL
par celui qui ne trouva que trahison au lieu de Paide qu'il avait espérée. Viret ne lut pas plus heureux que Oavgl.. Il lui fut répondu c< qu^on ne » voulait rien ajouter ni diminuer aux ordonnan- » ces de Réforme que les seigneurs de fierne » avaient faites, » Tout était dit* il y eut encore beaucoup de pourparlers el de négocialions, les diverses fluctuations d'une crise ; mais d^ ce moment ftout fut véritablement fini. Ce que Tiret pouvait tenter encore » c'élait d^agir seul , de prendre Tinitiative et la responsabilité de la lutte réduite ainsi à sa dernière chance , en même temps que poussée dans son plus grand péril ; car Berne, contre laquelle il n'y aurait rien eu de trop â Teffort de tous , ne pouvait manquer d'inlervenir. Il ne recula pas devant le sacrifice qull prévoyait Ce furent pour lui des jours bien terribles. Ses pensées le brûlaient , comme il le dit , surtout rallenlede ce qui allait arriver De toute part on l'attaquait ; et Bèze lui-nième> dégoûté ou désespéré ^ Bèze^ fuyant â Genève, Pabandonnait
* € Aut certe me amplins non habebunt mlnistrom » aut coercebitur ista liceniîa » et sancielar aucioriias mai oiinisterii ab iis qal illod loeri debent. » Iielire de Viret à Calvin (3 Sept. 1S5S), bUilioth. de Genève.
' <t Ego plura qusc rue uruiit, habco quolies pctiitius in-^
tro5picio quae undique occursant. > Id. , ib. , du 'ik Août tIjS8.
indignement \ Il voyait bien que ses adversaires ne laisseraieni pas le débal devenir sérieux Un moment accable, il fut sur le point de renoncer aussi au peu d'espoir qui restait ^ ; mais Dieu le soutint â son poste jusqu'au bout Il commença par déclarer qu'il serait force d'en venir de luimême â ne point administrer la Gène. Berne qui redoutait encore son ministre, comme elle rappelait % chargea le bourgmaltre de Lausanne Ferrand Lojs de lâcher de Papaiser, Elle eut
* £|{0 vnnt andiqoe impetor » 9t eoram deititoor iulMidio » a qnibas nMaîme speravi... Quia video Besim niilIU ralionibas persnaderi poiae vt qaicqaam miitet de tcntcnUay non scribam que pOMum ineritô conquérir sed ejas coof ilia commiltam Do* mini jndicio coi nobis omnibus eril rcddenda ratio. » Id* » ib.
* « Hoc solom metao , quod suspicor , adTersarioif nolla eausam banc asî lariè, aed mibt melom inculi, aat neam libertalem aliqva comnonilioDe cobibari. • Id. , ib. , da 3 Sept. 1S88.
' • ... utinaro hoc mihi Deos coocedat, nt privalos vivcre pot« âim. > Id. , ib. , du 24 Août 1558.
^ « Spero fore ut sao me non dcsifiuat consilio Deu», cujaa me solus limor adhuc in statîone retinet. • Ib. — • ....Intcrea qu«- «o le ne quidanimo mea caoaadiacrocierisgsed polius mibi graïulare , commendans Domino communem caosam. » Ib. » 5 Sept.
^ «... il nous est vena à notice que depois peu de jours en ça noatre ministre maiatre Pierre Viret.... • Lettre de Berne à la Classe de Uttsattne , du h Dec. 1588.
même Tair de vouloir accorder quelque chose ol demanda aux Miaislres un projet sur r£xconi* monication, avec injohdion de le dresser au plus près de TEdit. Yirel trace aussitôt un plan de DîscipHue ; mais ne voulant pas dissimuler comme ses adversaires ni même temporiser^ Tajant fait
plan une double représentation: V sur la-délense de prècher la doctrine de la providence de Dieu , qu'il croyait intimement liée a tout son système ' ; 2^ , ce qui achève de dévoiler sa pensée « sur rusage qu'on avait fait des biens ecclésiastiques*. Il lui fut aussitôt ordonué de comparaître à Berne avec onze autres ministres et professeurs. On leur parla assez honnêtement^ mais on leur fit clairement ouïrque^ s'ils persistaient^ « on lesJaisseraii » aller et qu'on les bannirait du pays ; » et Ton finit par les engager à a parler et à écrire de Leurs s Excellences d'une telle manière qu'ils pensas- > sent toujours a ce qui pourrait leur en advenir.
' La réponse de Berne sur ce points et la manière dont elle cherchait à éviter les apparences d'uoe tyrannie spirituelle, sont vraiment comiques : elle disait que son < intention n'était pas d'o- » ter aux ministres la liberté de prêcher la Providence de Dieu ;
> mais qu'en cas que» par hasard, un ministre tombât, en chemin » faiscint, sur un passa^^e qui parlât de celte matière, alors il en
> pourrait traiter, mais d'une manière qui servît à édiiïcation et» » Dou à destruction ou à scandale. »
Virel fut décidé: U annonça qu'il refuftçrail b Cène â la prochaine fSite de Noël; il récrivit au Pa» lil-Conseil de Berne. Celait une dernière protes« lation el un dernier appel à la cause de la Ré» forme^ de la régénération et de Tiudépendance dans son paya natal. Lea autres ministres joignirent à celle lettre une supplication. Le Conseil • souverain de Berne ou des Deux*Cents choisit « toutefois à regret» dit-il, d'accorder aux ministres leur congé plutôt que ce qu'ils réclamaient, protestant que ce serait c à Imt coulpe, s'il advenait » quelque dissipation ou aaaéantisseincnt des » ^lises, et qu'il ne savait donc faire autre chose » que de remettre Taffaire â notre Seigneur. »
On était alors à la iin do i'année.Le 12 Oécemhre. Tiret se présente encore devant le Conseil des Soixante de Lausanne; il demande si on le regarde comme un vrai ministre de saine et sainte doctrine : Oui, répond le Conseil. Virel déclare alors de son coté qu'il persiste dans sa résolution d'établir la Discipline ecclésiastique. Onze jours après, Virel paraît de nouveau en Conseil et y fait une dernière fois « plusieurs saines et chrétiennes remontrances d; il veut qu'au moins on renvcne de huit jours la communion prochaine,, aftn de pouvoir c instruire les ignorants et récon-^ cilier les différends .i T^nt de constance, une si ferme retraite faite de poste en poste et en quelque
sorte piedàpied> ébranlaient quelques âmes. Virel d'aîlleara avait toujours eu son parti. L'assemblée fut en proie à un violent débat. Accouru pour le calmer» le Bailli n'y réussit pas â sa guise» car la majorité remporta en faveur du délai. Le peuple aussi devint fort agité * . Mais ce n'était là qu'un souffle incertain et qui arrivait trop tard. Berne envoya aussitôt trois députés, porteurs pour les trois Conseils de Lausanne d'un message fou* droyant On aima mieux ue pas se compromettre, soi» son bétail et ses champs ' que de risquer quelque chose pour le bien public. Berne déposa Tiret et l'un de ses collègues, ordonuant à la classe de les remplacer. Cette dernière s'y refusa comme a uue injustice. Tous ceux qui la composaient furent alors mis en prison; Tiret» Valîer».
* « Le différent lusl jusques à se vouloir battre. » Pierrefl. , a. 4559. -Dans les Rc{risiics du Conseil (t. VIII, p. 1059), il est parie de « plusieurs auUres causes et raisons et incidens. »
* • Qtt*on B'aurâit pM aUenda cette «alreprite hardie de la pirt » de la ville; qu'ils devaient se contenter de l'autorité qn^on leur » avait laissée ; qu'autrement on serait obligé de les en punir. >
' L'aspect et ta villa de Lausanne étaient encore bien plus rustiques alors qu'aujourd'hui. Aussi voit-on « le 17 janvier après tout ce grand débat ok Tiret lut si mal soutenu , le Conseil , retournant à ses délibérations ordinaires » assermenter le pasteur dei poehei des trois bannières ou quartiers de la Cité» de la Palnd. et de Saint- Laurent Reg , ib.
bannis. La classe fut citée à Berne pour avoir à so soumeiiro. 11 ny eut que Jjtuit ou neuf minisires qui le firent» la plupart nalifs du pays, et sans doule anciens moines ou prêtres. Les autres furent eiiiés. Des membres de la claase de Payerne embrassèrent leur cause; ils eurent le même sort. Parmi ceux qui restèrent» plusieurs étaient loia d'en avoir la conscience en repos. Ils demandèrent des conseils ; Farel ne leur épargna pas les siens et les gourmanda vertement : quelques-uns, obéissant à sa voix, suivirent leurs anciens compagnons. Dans la suite» il y eut encore plus d*un départ; des laïques surtout s'éloignèrent en grand nombre ; plus de six cents personnes des deux scms étaient dqâ «orties avec Viret et l'avaient suivi a Genève. Ceux qui avaient remplacé les ministres bannis voulurent a leur tour faire quelques tentatives, mais qui n'aboulirent a rien. L'Académie de Lausanne reçut ainsi» peu de temps après sa naissance» un échec dont elle ne Vest jamais bien relevée : la vie qui Tanimait dut passer à sa sseur cadette » à l'Académie de Genève fondée au moment critique de ces débats ; ils lui profitèrent directement ^ Enfin» notre église nationale
* On a dit qu'il y avait eu coraplol pour l'aire tomber l'Académie de Lausanne an proiitdeceliedeGenévei complot que Bèzcel Calvin
fui défînîliTemenl poussée dans celle carrière d'impuissance où elle se débat encore aujourd'hui. Recrutée, à son origine, de déserteurs de l'ancien clergé, imbue de principes serviles et surtout de Tesprii d'inertie et de torpeur dont h source était malheureusement dans le pays^ n'ayant d'autre ressource que celle d'une influt ence éparpillée, négligée même par elle assez souvent^ elle ne lit plus dès lors que végéter sous un màttre. Elle le ménagea, le flatta; surtout au commencement| pour ne rien dire de plus S et en fut médiocrement considérée. Elle TélaU davantagi du peuple, qui la voyait sortir de son sein; maia elle ne put rien pour lui. Pierre Viret avait espéré un antre sort pour tous les 4eos.
anninK dinsé. Yoy. Goiw. ssiiM , Xllt, M , M, — Si ceh lut • ce u'ékaiit^ I0 voit, qa*imte fils d'one t&ire jpliu compliquées! plui gr*ye.
* « Les uns .. sont îgnorsns.... Lesaalres...ne se soncSeol pis » beaucoup da Iroopean qui leur est commis*.* Les antres», sont » des flatteors* lesquels craignent d*«BGOiirir les maies grâces des
m Sommes, et principalement des plus gros Ils regardent 'qae
» c'est qui plaist on qui deplaist aux maistres ansquels ils servent , « afin qu'ils ne les irritent point contre eux. Ce sont chiens muels »
• lesquels on fait laire 00 abluiyer , comme on vent , ou pour une
• souppe et une lippée , on pour une escuellie de brooet chaud ,oa » pour un coup de balon. » Le Monde a l'Empire» p S8S, Îfi6. Tiret ne aoauaie personne» mais on voit aisément à qui songeait le proscrit. (IS61)
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il étaii maiotenanl e%ilé, ei bieatôi errant
encore de pays en pays il dut recommencer dans sa vieillesse les labeurs de ses jeunes années* Le sori des grands OOTriers d'une révolution est rarement d'en jouir. Messieurs de Berne devaient à sa parole autant qu'a leur épëe la nouvelle terre qu'ils allaient exploiter El lui maintenant était chassé, calomnié, car on affectait de le considérer comme un déserteur'. Le seul qui eftt combattu pour la liberté passait ^ur avoir voulu la tyrannie Mais il pouvait dire comme en une au*
* Dans ror(|anisation de la nouvelle église de Lausanne, on lui avait prcléré pour le poste de premier pasteur ua vil intrigant* Caroli , jus(|u'à ce que ce dernier se dévoilât.
' Lettre de Farel ans miniatres de la claaao de Lausanne qui ne amvirent paa Tiret et ses compagnons. Elle eat du 1 octobre ltf59.
* < .... ili ventent tenir sons leor patte ces ponrea Mfaiialreael preachenrt qn'ila ont comme des valleta , pour les faire trotter et passer par sons le bras» comme il leur plaira. Si les Ministres ne le veulent faire, et s'il s'en trouve queiqn'ons entr'eux qui entendent que c'est que leur olfice... on criera incontinent que tels Miniatres sont ambitieux et rebelles et qu'ils se veulent mettre au lieu du magistrat... Brief, sUlya Minbtres qui lacent leur devoir, â ce qu'il y ait telle discipline et réformation en l'église, que l'EvangiJe la requiert, on leur dira incontinent : Pourquoy nous venes-vous icy troubler ?I^c pouvesvous vivre 4 repos, et y laisser vivre les autres? Vous voules ester le glaive au Magiatrat, mais on vous en trottera les aureilles : lïous le tenons par le manche : mais si vous le voules avoir , vous le nous arraeliereB des mains par le trench an t.... — Je ne vois pas qu'il y ait grand dan(}er que leurs Mims-
tre occasion: « Un jour viendra qu'entre les bom- » mes même. Dieu fera conoailre qui aura eu » meilleure cause, et qui aura été plus lojal et » plus obéissant M i» Il ne perdait pas courage et, repoussé d'un champ^ était entré dans un au», tre. Rien cependant ne lui faisait oublier la terre ualale. De Genève où il resta quelque temps ^ il écrivait â ses amis de Pajerne» ou plutôt à tous ceux de son pays par le canal de ces derniers: • « Dès le temps qu'il^a plu au Seigneur que je sers, » do m'appeler au ministère de son Saint-Evan- » gile, je n'ai pas voulu laisser mon pajs ni ma » nation pour m'en aller ailleurs , sans lui avoir » premièrement présenté les dons et grâces qui » m'ont ëlé commises du Seigneur. Si mon min nislère n'a pas tant profité envers tous que je le » desirerois de bon coeur ^ j'en suis fort déplai- » sant. Car je serois bien plus joyeux d'avoir été » envoyé du Seigneur â ceux de mou pays pour » leur annoncer leur salut que pour leur annon- » cer leur jugement, pour n'avoir pas reçu la
très leur mettent Je pied sur U gorge. Car ils les ont mis si bas , i\u*iliic faut pas à mon advis qu'ils craignent cela. > I<e Monde i rEmp. » Us Diables blancs, SSS, 870.
\ Ces mots se trouvent testnellement dans l'Epitre à l'église de fiimcs citée plus 1ms, p. 954 et 958.
» grâce de Dieu^ quand elle leur avait été pré- » se&tëe lAot par mon miaisière que par oeltii de » mes autres compagnons. Les prophètes et les » apôtres du Seigneur ont été fort marris de ce » que ceux auxquels ils ont été envoyés, et princi* D paiement ceux de leur pays et nation , n'ont » pas mieux fait leur profit de leur ministère, » ains (mais) ont converti par leur coulpe en ». malédiction la bénédiction qui leur a été pré* » sentée par eux. Jésus-Christ en a pleuré sur Jé- » rusalem» Mais^ quoi qu'il advienne^ il faut nous » remettre â Dieu, et nous et notre ministère /et » ne perdre pas courage» pour Tingraiilude des » hommes* Quant i moi. Dieu m'a fait la grâce » que je ne perds point le cœur, pour ce que je » vois advenir au monde. Ce ne serait pas chose » nouvelle qu^l me fût advenu ce que Jésiis-Christ » a dit de soi-même et de tous ses vrais serviteurs^ j» savoir que nul prophète n^est agréable ni bo« » noré en son propre pays * . Jésus n'a pas dit cela y aeolement comme une prophétie pour Ta venir; » mais Ta dit comme d'une chose toute ordinaire »au monda^ laquelle lui-même a bien expéri*
* Viret dit encore dans son épitre à sa ville natale (d-detsust p. 9S6 f n. 1).: « Je n'ignore pas l'ancien proverbe : Wul n'est tenu •» pour prophète en son pays*, et nul n'est sans honneur, sinon en » son pays, • p. S.