‹ Le Canton de Vaud, sa vie et son histoireChapitre 2 sur 74 · GO · texte numérisé non relu

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» meolée en sa propre personne: et si a bien aussi

n prévu que ses apôlres et ses disciples Texpéri-

» menteroient après lui, en ce monde ingrat >

» ce pendant qu'il dureroit. Si donc Jésus-Christ

» et les Prophètes et les Apôlres ont ainsi été re»

» çus au monde^ nous ne devons pas être ébahis si .

» le semblable advient â ceux qui non-seulement

» sont beaucoup moindres, mais sont même si

» petits au regard de ceuzJâ qu'ils ne sont pas

» dignes de porter les souliers après le moindre

» d'entr'eux* » • * Je ne doute point cependant

» qu'H n'y ait encore beaucoup de bonnes brebis

» du Seigneur, lesquelles ne me dédaignent et ne

» me rejettent pas, mais me reoonnoissent au

» contraire pour ministre de la grâce de Dieu, et

» celui par lequel il lui a plu de les appeler â ht

)» connoissance do leur grand et souverain Pas»

» leur JésusoGhrist, le prince des pasteurs* Et

S quand ainsi ne seroit, si aurois-je bien grande

f occasion de rendre grâces â ce bon Dieu de ce

» qu'il lui a plu se servir de mon ministère pour

» amener mon père et ma mère â la connoissance

» du Fils de Dieu> et de ce qu'U a voulu que j'aie

» été témoin de la profession chrétienne qu'ils en

» ont faite tant en leur vie qu'eu leur mort * • »

* Virel, Du vrai rainîstcre de la vraie é#»Hse de Jésus-Christ, préface. — « Ses dits père et mère (de Viret ) moururent en la loi

L'âme teadre de Viret se [sent tout entière dans ce dernier pesMgie» qui «jonta an effel|Bi|louchanl

à la haute el sévère éloquence du Eéformateur.

GonlinuanI de communiquer ainsi avec ses

compatriotes > il revit, réimprima ses premiers ouvrages, en publia de nouveaux. De tous les Réformateurs > le ndtre est un de ceux qni ont le plus écrit Dépourvu d'ambition littéraire ec se croyant très* inférieur â d'autres par qui il lui aurait été facile de ne point se laisser obscurm, il ne voulait qu'avoir une tâche dans Tcmi-' vre commune'; pour faire un livre, ou plutôt pour jr parler, il se contentait donc de Vélo* quence et de Tonction qui lui étaient naturelles; plus de souci, le soin des détails aurait peut-être mieux servi sa gloire qu'avancé le seul résultat qu'il cherchait, celui d'enseigner aux menus esprits la science étemelle et de pouvoir les j têl*

Luthérienne, le fila les avoit a ce endoc^nes. » Pierreflenr, bao^ Derd d'Orb«.

* Un bibliographe dit qoe les oavrages de Viret formeraient à enx seuls une petite bibliotbèqae. Celle de notre Canton est loin de les posséder tons.

* Voy. Advertissemens aux chresticns , p. 29, 55,enlcle des Dispulations c h rcs tiennes {z. J 552).— C'est un petit traité presque entièrement littéraire et où la piété a un sourire plein de finesse et de sens.

mener soaTenI ^ D'ailleurs il était dans son talent

de se produire ainsi ; Tabondance et la fécon* diié, voilà surtout ce qui le caractérise: c'est une source pure et profonde de pensées , d'images et de faits^ toujours épanchée et toujours pleine, non lente mais sinueuse, d'un mouvement irrésistible et doux, s'écoulant en quelque sorte dans l'oubli d^elle-même, sans avoir ni l'emportement qui s'enlève y ni la marche sévère, la distribution savante qui ne perdent aucun flot. Du reste, nul n'était plus empressé que Yiret a çritiquer les plis et les détours de son stjle, à l'effet duquel ils sont cependant loin de nuire tou* jours: leur grâce errante et leur aimable abandon, il rappelait prolixité; mais, il en prenait son i^rti: travaiUant pour le grand nombre,

^ * Jejngeroye digne de vitupère, et trop indigne de l'homme chrestien , de se tant occuper à enseigner les plus savans, et ceux qui sont loin^r et séparez de nous, et que les povrc.; if^norans et ceux de la maison lussent mesprisez, et n'en sentissent aucun fruit.» Ib. , p- 50. — ce Qu'ils nous laissent entântiller avec les eni'ans et abbaisser avec les petis... » p. 67.— « Quand le riche a les picz chaux, et qu'il est bien veslu et louré, et pompeusement accoustré, il est assiz à table, il a des viandes délicates en grande abondance, entre lesquelles il banqueté et fait grand chère: il ne pense guère à Lazare, qui est devant sa porte , rogneux , tigneux , mal vestu et mal nourry : il ne se soucie guère s'il est chausse ou deschaux , nud ou vcslu, s'il a froid ou chaut, s'il a à manger et a boire, ou non. Puis qu'il est à son aise, tous les autres y sont, et ne se soucie d'eux.. » • . Ib.,p. 1.

ee n'ëtail pas trop^ peasaiuil, de dire U même chose deux fois ^ En elfeî, la science et Tërudition s'allient chez lui à un génie populaire. Aussi duuil renoncer à écrire habitneUemenI en latin : et il fit volontiers ce sacrifice, au risque de se voir dédaigné de ses pairs. N'ignorant pas» d'ailleurs y qu'on n'écrit vraiment bien que dans sa langue maternelle ' , il aimait sa bonne langue française» aussi jeune <Aes lui, pour ne^pas direplus^ que chez maint écrivain purement littéraire de ce temps«lâ. Son grand désir d'élre compris de tous lui faisait même affronter « le rude style du pays où il était ^« » U prenait beaucoup de peine à rendre , dans leur force et leur grâce , les auteurs payens dont , à l'exemple des

* «... paraventure je povrrirf estrc reprîns de trop grande prolixité. Mais...i*escry leplus pour les ignorans et les rudes, auxquels illant miens mâcher les viandes par le menu» et déclairer les maUéreaplnf (prossement^ lesquelles ils ne peuvent entendre en un mot» comme les savans... » Ib.» 94.

' « Toutes {gens de bon esprit taschent ^nsjours a faire valoiv; leur langue naïve« tant qu*ils peuvent* » Ib«» p. &L

' « ... m'advient souvent^e fe retombe en mon patois.... cofpiois« sant la portée du païs auquel {e suis, i*ay quelqutleb usé expressément d'aucuns motz, qui ne serojmit pas re^eus de ceux tpd a'estudietit à la parlé de la langue françoyse : mais \e iay cela pour condescendre a U rudesse et capacité des plus ignorans, qui entendent mieux ces mois, prins de leur langage, que des autres plus exquis. > Ib., p. 33 et 34.

pères do l'£glise, il croyait coaveoable d'orner .et de fortifier ses propres enseigneiiieata; c^ëtait se donner ainsi une érudition à la portée de fout le monde et suivre le goût du siède sans tomber dttis sa pédanterie. Il traduit grandement les prophètes, les philosophes et les prosateurs \ Pour les poètes, il recourait aux imitationfi qu'en avaient faites ses contemporains ou^ â déCaut de cette ressourco.

* Yoy. entr'autres des morceaux de Platon et de Job, dans le. prtmier Dialogue de la Métamorphose chrétienne.

' « S^il j a peu de rime en mes Ters, il me suffit qu*il y ait quelle qae niiOn. Cai^ je ne lay pas profession de poésie. Il m*a sufl^ » de les tourner de gros en gros.... Si je suis povre orateur, je » fois encore dKMiii po^.» Adv., p. SS.r-11 anriit dû avoir moina, 4e défiance» si les Tera anÎTanti smit de lui (MéUun. chrét. , 52):

« Tont ce qiid est au monde ce n'est rien :

Chacune chose avec le temps se passe.

' Blesme le temps par on mouvement sieoi^ Coule, s'en va^ ravissant mal et hien.

L'homme vit peu , et puis soudain trespasse.. Et tout ainsi qu'en un lieu ne s'amasse Le fleuve enlîér, et l*onde chasse Ponde : Ainsi le temps qui jamab ne se lasse Court et s'enfuit,, et lait un nouveau monde. »

Toy. aussi, dans le Dia). des Anniversaires (Office des morts, p; lt6), des traductions d'Ovide^ de Perse et de Juvénal, sur iebaiirt ^uet des âmes t

« £n petit plat le souper font poser

Des mortz, qui jà sont allez reposer, > el<.

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Mais chose remarquable el qui s'explique chez lui par l'absence de œtte préoccupation des moU où s'égare parfois le plus véritable talent I malgré son habitude et son amour des sources grecques et latines y il n'y altéra jamais celles de la langue française, comme tant d'autres y mettaient alors leur gloire et y employaient leurs efforts Sa connais* sanoe de l'antiquité ne le rendait point non plus aveugle au présent^oùil trouvait des choses encore^ diuil^ plus dignes deinémoire que celles des temps passés. Enfin, il ne croyait point devoir se faire dans ses écrits un visage sévère et constamment ridé. Il aimait la bonne plaisanterie et s'y connaissait ^. Le dessein avoué de plusieurs de ses ouvrages, des mâUears a notre gré, fut mdme de donner â la

' Ge traTen r^Umntit: «... ili pceferent, disait-il, les fleuri. » peintes aoz natiirelles • et cuydaat liiMi aorner leur langage, et » enrichir la -langiie irançoyse. Dieu sait qaelle escorcherie ils «. tiennent, et comment ili esoorcbent le. latin, tellement qn^ila ne » parlent ne latis iiefraof(»7f ils forgent un langage toat aoan 1^ veau, et méprisent les boas mots françoys, pour mendier el des*. > rober cens dea langues estranges. » Advert., p. 86. Viret publiait ceci dans la pins grande ienrenr de ropinion pour Konsard et ponr son école. — Ib. • p. 95.

* c ... de savoir bien a propos, et avec grice, et par mesure par* 1er joyensementi pour recréer tellement qu'il n*y aytrien d'inepte , oujelté à la volée, ou débordé, ce n*est pas une vertu commune ou vulgaire.... Pierre Viret... aune dextérité singulière à ce faire, autant qu'il s'y veut mettre: c'est à dire autant qu'il convient.» Epitre. ^onyme, en tets des Disput Cbréi.

polémique religieuse un tour enjoué qui lui faci» iilâi l'accès. Quelques-uus l'en blâmèreni; il n'en fini compte^ s'appuyaol 9ur l'exemple des docteurs de r£giise et sur celui de la parole de Dieu ^ Mais pour être d'un fleatimeol différent de ceux qui ne « peuvent seulement endurer un petit mot joyeu^CDy il n'en détestait que plusi franchement les livres, alors nombreux el lus de tous^ dans lesquels Fauteur se bornait à luciani* ser, â pantagrueUser et n'avait en vue que d'amuser ses iecleurs par les moyens souvent les plus honteux et les plus condamnables. Tel se montre à nous Pierre Viret dans une classe nombreuse de ses écrits. C^.sont ordinairement des Dia«i logues entre divers personnages r^résenlanl chacun une opinion ou une situation d'âme dans la g^rande affaire du temps. Ils se rencontrent chez un ami commun; d'abord on se regarde de travers et sans mot dire; puis la vue de la table fait peu-i-peu desserrer les lèvres : on escarmouche avant le repas, on livre bataille après. Ou bien les interlocuteurs

* « La parole de Dieu ii*est pas tellement aévère et tetrique, qa*elle n'ait ses ironies* ses jeax bonnettes, ses brocarda et dictons convenables à sa gravité et majesté, quand la chose le requiert. ^ Advert. ans Gbr^t • p. fô. <- Ib.« 57.

* Ib., p. 9S. — Telles gens « n*ont prins leur visée qa'au hla^o 9 de la vanité et curiosité humaine. • p. h$.

i^at réunis dans un jardin; ei^ lâ^ les inlervaUes de la causerie^ qui roule sur rhomine et sur toul ce qu'il a gâté, sont remplis par la conteniplalioudes merveilles de Dieu ^ Cette forme du dialog^oe, si afTeclionnée des anciens dans les matières philosophique»» par sa souplesse et sa variété , par l'espèce de chatoiement que la conversation donne aux idées en les présentant sous plusieurs points de vue à la îm, répondait â merveille au talent ei au but de notre Réformateur. Nous osons dire que ce genre d'ouTrages lui aurait sûrement acquis une réputation littéraire si, outre sa qualité d'étranger que les Français pardonnent assex mal, il n'avait pas en contre lui un titre auquel il tenait plus qu'à une vaine couronne du monde» son titre de chrétien. •

Virel avait dû quillor presbytère et paroisse au cœur de Tbiver, souffrant comme à Tordînaire et, au bout de deux ans , si accablé de tant de traverses , qu'on le crut mourant, Genève avait été son pre-

* « Quand l'esprit est toujours enlcnlif à une mcsmc chose, il s'en lasse et faschc a la fin , tant liclectablc ou profitable qu'elle puisse eslre.... Afiu que nous soyons plus frais, et que nous poursuyvîons la matière plus alaigrement» ilm'eit advis que pour 1« présent nous cntrelaissions un peu ce propos... et que nous passions un peu le temps à contempler ces belles herbes qui sont par ce jardin, lesquelles Dieu a creéos pour nostre usage.» Le Monde à i'fjnp. , p. 57^ 575.'*<-£Hé€romance papale (a. 15^3), p. 56.

mier refuge. Mais il élait alors à Lyon, prêchant daas les raes comme en ses jeunes années: « Lm » force de son éloquence divine arrêtai l> dit*on, » ceux qui passaient par là sans dessein de Ten-r 9 fendre , et les engageait a récouter jusqu'à j> ce qu^il eut fini ^. » Puis il tomba si malade, que^ comme il le raconte lui-même^ il ne pouyaii 7> attendre autre chose que d'être porté en terre. » 11 n'avait jamais été si près du sépulcre, non » pas même quand il fut empoisonné par les en<* 9 nemis de TEvangile. Mais Dieu qui, déjà dans ce; » temps-lâ, Tavait délivré de la mort que la poi-; » son mortelle lui devait apporter » Ten relira en-^ » core cette autre fois » Il tournait toujours les yeux vers son pays et, dans cette maladie surtout, il crut que l'air natal lui ferait du bien; il chargea donc Farel de sonder leurs amis de Berne sur son. retour: ou ne lui laissa aucun espoir. Alors, s'enfonçant dans le midi et Fintérieur de la France, sous la conduite de Dieu qui a l'adressait en son voyage et qui lui prépaiâit son logis », il se renr

* Melch. Adam. Vitae Theologor. exicror., p. 121 , ap. Ruch., VI , 357. — « Ceux de Lyon ont fait si grand pourchas après luy, * qu'ils n'ont resté jusques à ce qu'ils l'ont eu , où a présent il est» » avec grand avancement. > Pierrefleur, banneret d'Orbe.

' Extrait, ainsi que la suite, de Viret, Instructions chrétiennes ( 1564), Epître dédiratoire. - Voy. aussi Ruch. . IP P., L. VII1-. et IX. — Poison était alor« féminin : voir Montaigne.

dit i Ntiim puis « MonlpelKer où d'habiles méàe*

cins conlribuèrent â avancer sa guérison. c: Le » Sei^eor, disail-il eooore» m'a tiré de Pégtiae » en laquelle j'avais bien occasion de m'aimer, » comme s'il m'avait empoigné par la main pour » me mener, tout tremblant de faSilesse et à demi» »mori, et me rendre jusqu'à vous (a'adressant ans fidèles de Nîmes). Il semblait â me Toir que » je n'étais que comme une anatomie sèche, coU' » verte dë pean^ qui avais la porté mes os pour y » être enseveli : de sorte que ceux-là même qui n'é- » taient pas de notre religion , ains y étaient fort » contraires, avoleiat pitié de moi , jusqu'à dire; » Qu'est venu faire ce pauvre homme en ce pays? » n'y est^il venu qne pour y mourir? * » Pais fiii« fiant encore un retour vers cette patrie qu'il avait probablMient quittée pour toujours^ et la saluant en quelque sorte de loin une dernière fois: « De » ma part, ajoutait-il, je ne faisais pas mon compte » de jamais sortir du pays de ma nativité pour at V 1er ailleurs prêcher l'Evangile, Mais le Seigneur « qoe je sers en avait autrement disposé, comme il » me l'a bien fait connaître depuis par les moyens » par lesquels il m'a eomme arraché par les che-

' « Et metme fay entends qu. qnand je nontay le première' ioi» ii en chaire, plonenra ne voyana» craignoycnt qne je ne deiâîllisae % en icellc, avant «pie je penaie parachever le aermon. » Ibid.

ï> veux d'entre les meilleurs^ el pliTs grands^ cl » plus anciens amis que j'eusse an monde. » Pei> sëculé â Lyon et banni de la encore^ il se rendit â 1565 Orange^ d'où U fut appelé en Béara par la reine de Navarre, Jeanne d'Albrel, mère de Henri IV. 11 mourut (â Pau ou â Orthez,oa ne sait) en 1571, ayant donc juste soixante ansK Six ans plus tôt était mort Calvin, épuisé de travail. Environ une année après lui, en 1565 » âg^é de soixanteseize ans^ Farel aussi, le vieil âXlilèle, avait été cou* ché dans la tombe; mais il avait pu rendre visite â Calvin sur son lit de mort, entreprendre même un voyage en France auprès d'anciens amis, et, dans Tannée qui précéda celle de sa fin, il lui était né un polit garçon, rejeton chétif du nom de Farel, auquel il ne survécut que quatre ans. Le serviteur fort et guerrier semble avoir du contraindre le déclin de ses jours â la tranquillité et â la paix ; le serviteur malade et pacifique les termine dans, le trouble^ dans la solitude et dans l'exil. C'est

* Sa famille, qui longtemps dut à son nom un certain lustre, • s'est perpétuée dans notre paj^s jusqu'à nos jours. Plusieurs de ses membres suivirent la carrière ecclésiastique. Au commencement du {7'^ siècle ( 161Ij-1620) ÎSicolas Virct, pasteur de Lucens et petit-neveu du Réformateur, ayant traduit en latin, aux appLiudissemeiits des doctes, les quatrains de Pybrae alors fort goùlés, les fil imprimer et les dédia aux « quatre louables villes du pays de » Vaud , Moudon, Yverdon, Morges, et ISion, unies parle lien » d'une sai^ictu et aiicieitne aïoitié. • ( Bibl. cant. )

ainsi que Dieu aime les siens. Bien loin de faire des esdares oa des lâches^ le Christ, voila sa vé-

rilé el sa gloire ! dans loules les carrières el dans tous les temps n'eulsate que des martyrs ^

£nf]n> Tan 1564^ au milieu des événements memorableç qui agitaient les églises calvinistes » le traité de Lausanne était venu clore bien des négociations. U rendit au duc deSavoie, Philibert, res« taurateur de sa maison, les Pays de Gex et de Chabiais, mais la possession du Pays de Vaud fut confirmée a la republique bernoise. Malheureusement elle lâchait pied au meilleur poste, â ce pas du Fort-Les-Cluses d'où l'on domine tout le bassin du Léman. Elle fut mal soutenue de ses confédérés, n'ayant voulu que primer au nûlieu d'eux. Toutefois, par elle, la Suisse avait un moment coîncidé avec rUelvétie ; et, quoique forcée de rétrograder, elle en démeura plus près. D'ailleurs^ la Providence nous ménage â tous par nos actions une destinée de telle sorte que l'homme ici ne peut eu rien se reposer sur la nature, dans un pays que

* Il suffit tle la rencontre tle Viret pour tHre récompensé «l'une course trop souvent aride, Pcul-élre aussi Irouvera-t-on , tlans cette partie ties travaux tic notre Rétormatcur, tels qu'ils nous sont apparus, tles échappées de iour, bien étroites sans doute et nécessairement bornées, sur l'ensemble de la Rétormc, qui est alors, ou le sait , tout le mouvement de Thistoire.

la nature a cependant si fortement marqué. Là

nationalité suisse est plus que nulle autre appelée^ ai elle veut vivre , â être une nationalité toute morale : ce qui n'est â elle que de corps fait donc bien de lui échapper.

Une aussi grande révolution que celle qui changeait alors l'Helvétie romane ne produisait pas seulement de l'agitation en masse mais une multitude de troubles de détail dont il faudrait pouvoir réveiller leà souvenirs endormis dès long-temps pour rendre un moment la vie à celle époque terrible et bizarre. L'histoire ^ outre les mouvements d'ensemble» ne prend note» dans la vie privée» que des accidents: l'image qu'elle en tire a donc inévitablement uné exagération» du moind une saillie» à laquelle il ne faut pas se laisser tromper; elle ignore ou dédaigne ce gros de Texistence commune quî^ beaucoup plus qu'on ne se le figure» doit avoir été le même en tout temps. Cette réserve faite» disons aussi qu'une révolution ne courbe pas seulement les plus hautes têtes mais que» de proche en proche» de détours en détours» par des coups et des contrecoups impossibles â suivre» elle s'engouffre ou se fourvoie partout» abattant hs grand» pins avec un vaste bruit du même souffle qui tourmente étroitement les broussailles muettes couchées contre la terre. On

rentrevoit ici : sur ce rivage ordinairement si Iran-

wm

monde bruyant qui Tentoure, les derniers recoins de lâ aociëlé ne forent pas â Tabri des vents tumultueux. Il n'est point de maison qui n'ait, alors son petit drame, lugubre ou grotesque^ austère ou vicieux^ indépendant on lié aux grandes scènes. Des éclats fréquents troublaient^ ensanglantaient les relations sociales^ plus libres dans un état de lutte et de désorganisation ou plus irritées par uae nature encore forte et grossière. Des meurtres horribles n'étâient pas rafes> Ou reste certains faits arrivés de nos jours où la vie publique a aussi reçu de fortes commotions^ ne scmt-ils pas la pour rappeler même à un peuple pacifique ce qu'est tout seul le cœur de l'homme et quel enfer de haine couve dans notre seili. Mais alors lés querelles journalières étaient plus brutales; il s'en élevait peu qui n'aboutissent â du sang : les partis reli« gieuxj pour s'endoctriner ne méprisant pas la violence, ne s'en faisaient pas faute pour se ven*ger. Dans un village voisin de Grandson, un vieillard très âgé, homme de bien nous disent les catholiques, ayant voulu faire remontrance aux Réformés de l'endroit, ceux ci ne prirent pas la chose â gré, et le tuèrent \ A Romand

* CéCait à BoQvUUrs (a. 4552). Pierrefleur: a Le dit pauvre

près de Morges^ les bourgeois étaient un jour ensemble â consulter sur les aflEures de leur com-^ mune> lorsqu'ils virent passer, venant do Genève, un prédicant de la nouvelle foi. Us résolulent d'aller V attendre; deux d'entr^eux se chargé-» rent du meurtre, assassinèrent le serviteur de Dieu^ et prirent la fuite. Le Pays-de^Vaud ve^ naît de pa^r aux Bernois, lis mandèrent au seigneur de punir les coupables, fin conséquence, les habiianls du village au-dessus de dix-huit ans furent pris, menés au château de VuUierens dont ils dépendaient , et exécutés : tellè maison perdit le père et le fils \ Souvent la religion ne servait que de couverture à des inimitiés particulières plus envenimées et plus profondes. A Orbe, un homme du parti des Réformés entretenait la femme d'un catholique; il se prit de querelle avec lui dans une émeute, et le mari fut tué^

bomme ancien fiist mis à mort, et foat fort plaind i cause de sa prodhomîe. » — Voj, aussi, dans le Gons. suisse^ X» ISft, i'bis* toire des deoi fils de la veuve de Lansanne.

' a. IS87. Voy. Pîerrefl. , a. I88S.

* le fossa par la poitrine d'nn grand poignard.» tcmenrtrier s*enfolt. 11 tnt crié par trois fois devant sa maison : c Claude Gri- » bet, meurtrier manifeste, tn es assigné à l'benre présente , à de* » voir venir en justice pour répondre aux demandes des parens et * amys de Claude Larguey mort* > Pierrefl.a a 1S5I.

Ainsi se dénouaient souvenl Tadullère el les autres libertinages, noa pas plus rares mais Bioifis violents aujourd'hui*. Les discussions pri* vées et publiques, journellement renouvelées, avaient donné une grande irritabilité aux esprits. Trois hommes cheminant de compagnie s'en vont, en causant, de Cbampvent a Montagny. L'un est un officier de ce dernier endroit , les deux autres un riche paysan et son fils. Us ne sont pas d'accord, et celui-ci, oubliant le respect qu'il doit à son père, Tinjurie emporté par la dispute ; leur compagnon veut lui remontrer sa faute; dans son dépit, le jeune homme furieux contre ce donneur d'avis lève la hache qu'il portait, et lui en assène un si grand coup sur la tùle qu'il le fait tomber roide mort. — Dans cet état de perturbation générale^ la fortune eut le champ plus libre encore pour ôter rapidement â ceux qu'elle avait comblés nsguère» et pour donner â d'autres qu'elle se plairait de même â dépouiller uu jour. Les domaines de l'église passèrent aux habiles ou aux forts. On vit les enfants de tel prédicant célèbre

Pierrefl. a.lBS5.— Id., 1856: «.... à troU henres «prêt midy Claiide Gttiberl enfant de la ville d'Orbe, tuaea une taverne un homme du village d'Epeodej, el le tua d'an coup d'espée qui luy foMa le corps. Leur différent estait à cause d'une g.... de chemin • que tous deni vouloyent avoir. Le dit Gnibert s'en alla hors du pays, st ne revins! jamais. » — Id., IBBI.

porter dans sa succession une ardeur indigne de

leur aom^ L'héritier d'une famille aacieuue -efc opulente, ruiné ou égaré par la révolution » pouvait être réduit sur la fia de ses jours â ce se prosterner devant la bonne grâce des seigneurs de Berne j> , pour en obtenir de quoi subsister Un autre, iils d'artisans devant tout à eux-mêmes, au lien de suivre le métier qui les avait enrichis^ quittait Tatelier et, sous le prétexte d'un commerce de blé ou de chevaux, s'accoutumait au rien-faire, jusqu'à ce qu'ayant vagabondé assez long-temps de taverne en taverne il eut tout perdu ^: icif les petites fortunes se brisent encore aujourd'hui con* tre les mêmes écueils, La Suisse française était le refuge naturel d'un grand nombre d'étrangers persécutés pour leurs doctrines religieuses'^. Il en

' Pierrefleur cUe le mari d'une des filles de Pierre Virct, ou son ayant-cause , un ministre du pays, lequel, ddns la liquidation de rboirie, se montra «homme sans pitié» envers Antoine Viret» irère de Pierre, et le ruina complètement. Antoine mourut de chagrin.

* Ce fut le cet de Hngonia d'Arnay ( ci-dcuns , p. 817 ); il mon* rut k Ripaille^ ddnl les Bernois aYaient (ait un hôpital.

* «.... ne Yonlnat inyvre lea traces de son pere« aisaToîr labourer à la maison an met tier de draperie , mais Toalust laîre antrement, assavoir estre maquignon de cbe vaux, et vendeur de blé..., et estrecliarrolon, et partout estoit toujours perdant.» Pierrefl., IS6I.

* c En ce Pays-de-Yaud. . . il vinst tant de François^ tant prédicant

vinl d'Angleterre, de Flandre, mais surloul do France. Les uns s'établissaient 1®* autres ne disaient

qu'un séjour momentané. La plupart se conduisirent honorablement, et quelques-uns laissèreni des traces bienfaisantes de leur passage ' ; mais il dut se trouver parmi eux plus d'un parasite, plus d'un chevalier d'industrie â qui la Réforme ne ser^ vait que de gagne -pain et de manteau. A cet égard, comme i d'autres, nos temps doivent savoir quelque chose de Thistoire de ces temps-la. Parmi les aventuriers de cette espèce, nul ne fit plus de bruit qu'un certain Cléopas établi a Grandson. Ce nom évangéiique n'était pas le sien; il s'appelait Pierre Petitpied; fils d'un maître d'école des environs de Mâcon, il se disait de uoble race: d'ailleurs bel homme et hardi. Ayant accompli un larcin considérable^ il se retira dans ce pays^ oh, quoique déjà marié dans le sien , il épousa la fille d'un riche bourgeois, et se fil remarquer par sa bonne mine et par sa braverie: on ne le nommait plus que Le Prince, sans doute avec ironie et

fvc aalFCf y que c*esKoil choêe menreilleiise qno d« las Toîr, et loas diioycBl qu'il t'ai Mtoyent fou pour la loi LulhérieiiBO» se dÎMiM Vom antres^ de riche maÎMii. » Pierrefl. IStS.

On prétend que ce aont les vingt-cinq iamilles anglaises retirées ici pendant la persécution de Marie Tudor^ qui ont institué la bourse des patmvs pauanU de Lausanne. Rucbat, VI, 1(51.

soupçou. Déclaré enfin bigame ol voleur^ il fi* nii par être pendu. Les bommes vicieux qui ne Tétaient pas asaes pour devenir d'habiles hypacri«< tes^ cherchaient la fortune dans les ténèbres de la chicane: de faux actes n'étaient point chose inconnne dans cet âge dont on nous vante la bon* hommie et la loyauté; la fausse monnaie paraissait aussi un moyen. D'autres, plus grossiers, se faisaient brigands des bo^s. Les hauteurs du Jorat étaient Infestées de mauvais garçons qui en rendaient le passage dangereux *. Dans un grand cas d'adversité ou de fortune, beaucoup de gens, mal* grélesédits, avaient recours ans devins, aux enchanteurs et aux autres c savants dans les arts du démon, a Du reste, c'était partout la même avidité, la même contention d'esprit vers un seul but, posséder et jouir. Dans les campagnes, nulle simplicité^ ni d'esprit, ni de moeurs, rien pour rappeler cet âge d'or qui devait en avoir fait son asyle. Dans

* Pierrcfl. a. i537: «De Michel L'Escaeil brigand debois... lequel tenoît le» bois, et tust mis sur la roue comme meurtrier..., et estoic jeune homme. » — Au mois de Novembre, iS36, l'ambassadeur du roi de France, craignant quelques mauvait ganoRi demsadaetobtint du Conseil de Lausanne une escorie de vingt hommes pour passer le Jorat. Deux conseiller» les candoitircBl avec denz hérauts. OdSG. de Ruchat.

tueuse peut-être^ mais plus sotte ei plus vaîae^-^ Les peines de chaque jour, les pensées rongeantes , les noirs accablemenlSy les tristes heures, les chicanes sans fin 9 les prœès ruineux, les mauvaises tocoites, les mauvais gains/ les longues maladies ei les grands revers faisaient justice quotidienne de tous ces orgueils sans bruit qui, non moins rebelles que les autres, ne se repentaient pas. Puis

disettes, les famines, quelque tempête générale dtfraalant le pays d'un bout âj'autre, et la peste, devant laquelle on fuyait aux montagnes Nos

* « 11 n'y a si petit marchant qui ne vueille contreiairc le gentilhomme. 11 n'y a presque si mcschant coquin, qui ne vueille porter le bonnet de velours, et avoir tapis et vaisselle d'or et d'argent en sa maison : ou s'il ne le peut avoir, il s'addonnera a toutes caulelics, tromperies et mauvaises pralliques, pour y parvenir, comme les autres.... J'ay contemplé Testât des laboureurs, des paisans, artisans , et hommes mechaniques.... mais ay esté tout estonné de voir leurs ruses, finessQ3> déloyautez, tromperies et larrecins. Je ne l'eusse jamais pu croire si je ne l'eusse expérimenté. Quant aux mœurs et à la manière de vivre , j'ay bien peu trouvé de ces bons anciens, qui eussent retenu celle simplicité , innocence » et preud'horamie de l'aage d'or et d'argent. Je n'y ay veuque fer et airain.» . Yiret, Le monde à l'Ëmp., p. 183.

* L'an i 6h8, le froid et la neige tdUirent miner Im montagnards. Ils venaient par grandes troupes acheter dans la plaine de quoi nourrir leur bétail. An seul péage de LignerolleSt on compta plos de deux mille chefs de paille et de foin. —L'an llNt9» tempête géné* raie de Genève à Berne» accompagnée de chûtes de pierres et suivie de longues pluies Iroides à la Saint-Jean. Anssi, en cette année-là,

vallées sont en général des moins exposées aux ravages dea Beiges el des torrents ; ma» la gràle tombe dans celles do Jura comme dans une aire ouverte» el les pics calcaires de aos Âlpes ne sonA pas tous solides sur leurs bases crevassées. L'an .1584^ le dimanche 1*"" jour de Mars, à midi» par un air calme et aereiii » la terre trembla subttemeni autour du lac, surtout vers son extrémité supérieure* On avait à peine entendu tinter les vi*^ Ires et craquer Jes maisons que des parois s'écron<* lèrent et que des arbres furent renversés. Les se» eoosses redoublèrent le matin et le soir des jours suivants» avec un grand mugissement dans l'air» beaucoup de vent et de neige. A La Vaux les mur» des vignes roulèrent au lac; a Montreux les flots surmontèrent de beaucoup leur rivage. Quelques mois plus tôt on avait vu» du bord valaisan» la crête des rochers présenter vis-à-vis» au dessus du beau village d'Yvome» une rupture inaccoutumée.. Cette observation fut négligée de ceux

« tout le dit Pays-(]e-Vaud est presque demeuré toiertile. > Piet-m refl. — Id.. itiol-my. - Mais l'année avait été appelée tan^ née des vins rôtis à cause de leur qualité supérieure. Rucbat» tp* Cons. suisse, X, — \ 'i6î» : fjrande pesle qui emporta, dans le caiv tonde Berne, 55,000 personnes. A Aigle, plusieurs iamilles se sauvèrent dans les montagnes, abandonnant les malades; elles eurent ordre de revenir les soigner. Quelques pasteurs qui avaient qailtj^ leurs paroisses perdirent leurs bénéfices Ih»

qu'elle aoraii dik le plus inquiéter. Le mercredi^ se croyant â la fin des terribles scènes > Us étaient m leurs champs * (et ce fui très-heureux), lorsqu'ils virent comme un torrent de terre et de blocs se prëdpiter dans la gorge où leur yillage est bâti. C'était un des compartiments de Ténorme massif dominé par iaJIour d'A^ qui s'éboulait ^* Un boulet dé^ canon ne se détache pas plus prompte* jnent. Les pentes inférieures cédèrent sous les supérieures» et tout le terrain fut en iln moment « comme une mer agitée où un flot pousse un autre flot On crut avoir vu une vingtaine de fem« mes et d'enfants courant en bas pour se sauver; mais ils furent atteints et ensevelis. II. en périt

peu d'hommes, ceux-ci étant occupés dehors selon la saison* L'un d'eux » resté chez lui^ dit à sa femme que c'était là sans doute la fin du moude> et qu'il fallait pri^. Dieu. . Us se mirent â genoui. La vague rocailleuse, épargnant leur n^aison, sauta par dessus. Ailleurs^ on retrouva le corps

* Situai dftDi la ptatne on • à l*iiricnt des roaiftons, sur a De belle peote coQTerle aujourd'hui d'au figpiobla qpl repousse de ploa en lilaa baut la forSt.

' ProbableDenk la tête rocheuse da vaste et magnifique pâturage de Cbam-de-monl. Des têtes pareilles sont encore debout sur les. I^àtnragis en?ironnents mais toutes crevassées et menaçant ruioe» .

d'uae mère servant comme de voûte au ber- eeau d'un enfant de quelques semaines* qui fut sauve ' . — Les violences de la nature^ les désastres des révolutions laissaient des traces encore moins cruelles, moins irréparables^dans certaines vies que le simple abandon d'un passe où oelles-ci s'étaient encnainces , tan t l'homme prend aisément le collier. Ainsi, quand il fut dit que les catholiques avaient le dessous^ bien des cceurs parmi eux pensèrent que jusque là ils n'avaient paa souffert'. Les égli'ses inutiles au nouveau culte, plutôt que de leur èlre abandonnées^ étaient adjugées au maçon qui demandait le moins pour les mettre c a fleur de terre >; rentrés dans leurs maisons, ils y étaient poursuivie par cette révolution odieuse, elle s'asseyait avec eux A leurs repas et ne les laissait pas toujours libres ^.mèmo dans le manger et le boire, d'observer en famille les pratiques d'un culte qu'on leur avait enlevé en public^. Ceux qui purent lo

' Vo|f . pour plus de détails le Gons. suisse, Xill, 58 S(|<|.

* « Si par le pasté j'y en des tristeMes et tribalatioiUt ceste-cy..,: •arpasse Uuites les autree. • Pierrefl.» a. IS6S.

' m. Qui voalloiilaire josne ou abstinence de viandes , iceluy ta^ toit «repaie homme papistique, avec ce qu'il estoit en dan{«er de payer amende» comme il en priât an faiseur du présent livre, lequel ponrce qu'il ne vouloit manf^er chair le -vendredy etc, lui iust re» monstre par le juge consisiorial.... avec commandement exprès ait d*en manger, et non piaas'en abstenir. > Id.

faire ou a'y résoudre abandonnèrent leur terre natale et allèrent vivre ailleurs.Quelquea Réformés^ n'espérant pas de leur église qu'elle put suffire â leur fortune^ la renièrent et passèrent â l'autre bord, où le seocès les attendait. De ce nombre fnl un jeuue homme appelé Oavy et, depuis^ le cardinal Du perron, il fut Tun des controversistes les plus habiles de l'église romaine, l'un des beaux espritsde 1 époque, la protecteur de Malherbe, et le catéchiste d'Henri IV dans sa conversion: on peut juger du catholicisme du mahre par celui de récolier. De pauvres campagnards pensaient de ces choses comme le puissant roi: ceux d'une paroisse de ce pays troquèrent, dit^on,avec lenra voisins de Fribourg un beau saint de bois tout neuf contre quatre mesures de poires sèches, en se réservant de pouvoir les rendre et reprendre ainsi le patron/. La plupart donc suivant en ceci la voie populeuse de l'intérêt personnel et présent Dde s'inquiétaient pas du reste. S'accommodaaH au jour nouveau sans grands soupirs, avec enthousiasme quand un peu de lumière en tombait sur eux, ils vivaient. Us ensemençaient leurs terres, taillaient leurs vignes, arrondissaient leurs propriétés, achalandaient leurs magasins et cher-

* Cons. suisse, XHI, art. 7. Un viliafje du pays «le r^euch^lel douaa quatre aaiots coutrç une bouue paire de bœuis.

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chaient daas les affaires publiques de rinfluence> de la distraction ou du profit. — Berne avait «ouf* flé sur beaucoup de fêtes et de plaisirs. Quand ^ après la cour d'usage ou le pourchas, comme on disait alors S un jeune homme avait obtenu la main d'une riche héruièro^ il ne pouvait plus, â Timitalion de ses pères» dresser sa table de noce â tonl Tenant; et un bal lui aurait coûté, ce jour-là, trois florins par clique paire de danseurs^. Les foires» les revues, le tir', la chasse^» les drames satyiii^ ques et moraux joués sur les places des villages et. des cités» tels étaieni les prindpaux divertissements. Les nouvelles étaient colportées par les compagnons de guerre qui revenaient au pays. — Le temps nous entraîne, on s'imagine le dévider

' Voy.» dans Pierrefl. (a. raventure d*un geatilhODiDe dft MoadoD, à Eatavayer, où il allait c ao porchaii pour avoir à lenamç en mariage. »

' 0eai florins pour le cavalier, un poor ladame. Bocb.» VI, 851.

* Lee prix, ans Urs d'arqaebaao, étaient do-drap on deos piècea de fntaine faisant doute pourpoints que Ton tirait par doate dimanches. Pierrefl. » a. 1837. — Id., 1889. Prix d'arquebuse tiré à Berne : y lurent envoyés des compasnons de toutes les châtelleniea du Pays-de-Vaud. « sans ^ faire ancivi proflt • aioute notre morose banneret.

^ En 1880 il est question d'un priear de Grandson « n'ayant, » Uganda vertu en lui fors qu'il astoit grand chasseur de cailles, et » perdrix atout le chien et l'oiseau. » Id.

ieulemenl après 80Î; el mille choseB fuUles el pas-*

sagères devenaient de longues préoccupations que rhistoire ignorera toujours. Ainsi vivaient les hommes dans ce grand siècle^ comme ceux qui les avaient précédés el comme nous vivons â notre tour. Ici l'existence était chétive; elle manquait d'apparence, elle do manquait pas d'infortune: mais alors on croyait aussi être quelque ebose quand or ne ressemblait pas â son voisin* D'autres vivants ont arpènté ces rues montueuses > foulé ces prairies, gravi ces monts^ où nos pas emboîtés dans les Içurs laisseront tout aussi peu de vestiges. Chacun avait son désir et sa peine; tous se travaillaient en bien ou en mal: puis tous moururent. Et qui pense à eux aujourd'hui?

O mes Amis, qui seuls prâteres une oreille attentive et fidèle à ces récils d'un passé monotone! son flot pâle est le miroir de notre présent et peut-être notre avenir même y retrouvera»t-il sa couleur et ses traits. Notre histoire est comme ces petits lacs enfoncés et perdus dans les hautes montagnes: le roc les lient enchaînés, la brume les environne presque toujours ; mais ils sourient , quelquefois ils folâtrent, et, s'ils venaient» hélas!

âtarir^ la solitude en serait désolée. Pournous^ 6 mes Amis 1 nous aimons leur douceur triste et cachée^ leur enjouement peu durable, cl, pardessous oettp immobilité 9 nous seuls voyons quelle est la profondeur. Encore donc que les choses passées découragent souvent^ nous vou- ' Ions â travers la mousse et les ronces en poursuis vre la quête , savoir au moins nos morts et , si ^eur tombe est sans gloire ^ au moins leur ôter parmi nous la surcharge de Toubli.

La Réforme fut une chose mauquée. Son oeuvre^ avait deux parties comme toute révolution : elle réussit dans la première et faillit dans la socondo. S'élevanI contre un pouvoir illégitime et niant l'autorité d'interprète sur laquelle il s'appuyait, elle le renversa partout où elle put Tatteindre* Mais^croyant d'ailleurs au prësentet â Taveniravec les idées du présent, elle voulait, do plus^ fonder un nouvel ordre de choses ; former ou plutôt reformer des églises chrétiennes selon Tespril des livres saints : et c'est là^ comme notre histoi^d en fournil un exemple , que la Réforme ne se ré-^. alisa pas; il serait donc injuste de la juger sur ce qu'on fit d'elle contre son gré. Dans son point

de vue iasurrccûonnel ou protestant^ comme on disait alors, elle Invitait chacun â consulter la révélation évangélique^ n'admettant d'ailleurs sur cette dernière aucun doute capital , car c'est seulement dans un état donné, dans sa position particulière vis-à-vis Tcglise romaine, que la Réforme était le libre examen : et dès Torigine elle prit francbement cette position révolutionnaire en récusant tout autre juge que la fiible ^ Maia, dans ce même principe , elle avait aussi son point de vue constituant, (pour parler la langue raide mais brève de notre siècle tranchant ) son affirmation en même temps que sa négation. £lie affirmait le christianisme comme une révé» lation. dont les vérités mères portent avec elles leur évidence^ parce qu'elles sont la parole de Dieu, c'est-a-dire rezpressioii divine de l'honime, le bilan exact de notre devoir et de notre avoir, avec leur terrible balance. D'un côté donc^ elle enseignait la doctrine qui veut qu'aimant Dieu de tout son cœur et son prochain â l'égal de soi* même, chaque homme se dévoue complètement à ses semblables ainsi qu'à des frères, en s'ap-

* A Worms , rdcctcur de Brandebourg dit à Luther : « Si je » vous comprends bien, M. le docteur» vous ne voulez reconnaître » d'autre juge que la Sainte Ecriture? — « Oui MoMsci'jneur , pré- » ciscmopt; c'est là mon dernier root » Merle d'Âubi^jué, lliât. de la Héformation du iû' siècle, II, 332.

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puyant sur le Père cominaii. De Tanlre^ pemiadéo que Rome avait altéré ou obscurci ces vérités dans l'Église, elle voulait réformer celle dernière et ne prétendait rien de plus. £lle ne voulait ni faire absolumeni une église nouvelle, estimant qu'il n'y en avait el qu'il n'y eu aurait jamais qu'une f celle du corps de Christ; ni laisser chacun agir à pari et pour lui seul : ç e&l été en effel le comble de l'absurde, puisqu'elle professait avec l'Ëvangile que les Chrétiens soni liés entr'eux par une même chaîne dont le premier et le der« nier anneau sont au ciel ^ Mais qu'arriva-l-il el

* Jiiiqa*à prêtent , on avait attaqué la Réforme esaentielleoitnl att point de voo de Fanciennt théologie, savoir quant à TEglise, quant au culte , quant à la loi. Elle va subir aujourdliui i*eaa-. men au point de vue social » comme on dit; el« là, ce qui en elle n*est que protcsUntisme sera certainement retrsnché : qu'elle vlj ait pas de regret! — L'accusation dont je parle se retrouve plus on moins vague ches tous cens qui, de nos jours, veulent restaurer le catholicisme romain et n'aboutissent qu'à s'en voir rejetés. Mais elle n*est nulle part formulée avec plus de rigueur systématique et d'aveugle franchise que dans une école républicaine qui voudrait établir la liaison philosophique et historique du jacobinisme Irançais et du catholicisme romain. La publication principale de jce # parti , outre une Ininnlaetion à la science de l* histoire ( Paris , i835)et divers jonrnans, est /'i^/j/o/re parlementaire de laréçoibr» Uon française, ouvrage capital et, jusqu'ici, le moins au-dessous du sujet. Cette école rapporte son origine , mais sans prétention de reli{;ion nouvelle, à Saint-Simon. Partant de l'égalité et de lairaternité universelles, elle se dit chrétienne ; mais elle commet la singulière méprise de ne voir dans les mots de l'Evangile homme et taiut que le sens de citox^n, ou membre toeial et d^ action so^

qu'est-ce qui ût que la Réformai ion fut en partie manquée là même ou elle pul vaincre ? Il arriva en grand, dans presque tous les états^ ce que noua avona vu dans celui de Berne en petit : c'est que les gouvernements ou la masse du peuple se bornèrent à se séparer de Rome sans réformer en eux ce qui avait besoin de Tètre. 11 en résulta qu'au lieu de chercher à élre l'église chrétienne, uniquement^ ils furent des églises anti-romaines, voilà tout. D'ailleurs, sous Peffet d*un goût théologique alors très- répandu, la foi tendait i devenir toujours plua une discussion et tou« jours moins une action. Ainsi faisant, quel es* poir d'unité 9 l'unité n'existant que par la charité? De tant d'eiTorts , il ne demeurait donc qu'une œiivre d'égdisme; les souverains et les peuples, agissant en hommes inconvertis, choisirent surtout de la Réforme ce qui allait à leurs intérêts indîviduek, savoir Tinsurrection, par où

«io/tf. L'bomme éttiit une aeihUé relative ^ ainsi qu'elle s'eipi^ime » trop songent elle onblie que cette activité est relative non feulement i ses semblables mais encore k Tactivité absolue qui est Dieu. Elle dit, bien que le rapport de l'bomme à Dieu, c*est Tobéissance ; et le rapport des hommes entr'eoi » l'obéissance en commun (t. XI, p. u) : mais ce qu'il faudrait ajouter, c'est que l'bomme • i Ibrce de révoltes • est déchu du pouvoir d*obéir et que le christianisme décbro élre venu le lui rendre. L'injustice de celte école et de son parti envers la Réforme a sa source dans le mémo oubli.

elle avait du débuter : ils ne furent que protestants * ; c'était risquer sur bien des points de n'è^ tre ni véritablement Réformés^ ni Chrétiens. A qui la faute? Au principe de la Réforme? autant vaudrait condamner PEvangile, toutes les fois qu'il est mal compris ou que , restant sur les lèvres^ il ne descend pas dans le cœur. U y a des préjugés protestants : ils sont élroils ; mais il y a des préjugés romains et papistes : ils sont hautains. Pour qui rejette et les uns et les autres , le vrai Réformé sera vrai Catholique% parce qu'on le verra se placer au dessus de toute unité matérielle et factice, ne vouloir pas plus de la secte d'une nation, d'un empire, ni même d'un monde social passager, que de la secte d'un individu, et bien loin de faire bande a part n'aspirer au contraire qu'à agir avec tous^. Mais les princes de l'Empire

* Oq remarquera quo ce mot de protestants , puisqu'on n'a pas dédaigué d*en tirer un argument contre nous, est bien plutôt sorti de la bouche des princes que de celle des Réiormateurs.

' Le Trei Réformé nie seulement que le catholicisme ne piiisM eiister que par Rome et par la France , comme ce fut le cas an moyen-â£;e plus ou moins heureusement. En effet» ces deux mots: caikùlieisme et romain, ne jurent-ils pas ensemble, ne se détruisent^ils pas Tufi l'autre?

* Les séparatutes ou anti-catholiques > aujourd'hui, sont : d'entre les églises traditionnaires , ceux qui veulent un pape avant tout comme les Ullramontains, ou une nation comme les Gallicans et les

maïs Henri VIII, mais Zurich el Berné, mais Luther el les Réformateurii quand Us ont erré * la Reforme les abandonae â ses accusateurs , qui ae peuveni dire qué ce qu'elle dit âTant eux ; c'est qu'elle a besoin d'être reprise el continuée^.

Que dans la £susse position ou ses premiers partisans la Jetèrent^ la Réforme ail laissé pré^ dominer le développement individuel^ c'est évident ^. Le dévdoppemelll social ne lui était pas directement permis. Mais outre que Tun

Grecs j et d'entre Tes églises protestantes. ceUx qui ne veulent de U Réforme que le libre examen examinant toujours et n'ouvrant Ja bouche de l'esprit tonte grande que pour lermer plus hermétique» ment le cœur. Mais dans toutes il y a de vrais catholiques, qui , chacun de leur côté, tendent au centre pour éviter l'une et l'autre de ces aberrations. Si l'on parvient un jour i s'entendre* c*ea( principalement à la Réiorme qu'on i*aura d&.

* « Ponrqnoi 1« magistrat ne corrigerait-il pat le clergé?.. > demande Improdeiiiineiil Lotlier, dans son Appel à ià Mi^esté impériale. (Voy. Merle d*Aiibigné, il, 115.) En pareille matière, c^est à ri^lise do corriger son clergé, et non aa magU^rat.

* On ne a'aperigoit guère qu^ellé le soit : c*est poirlant ce qui a lieu aujoard'lmi ; et dot catholiqaes-romains s*y aident à lenr insu. Haie par une sorte d'enbntillage d'orgueil • ils s*olistinenl à ne rien ▼OttUnr de ce que la Réforse a ftit, comme aussi t nous autres « nous ne songeons guère à ce qu'elle n'a pas fiût.

' Mais Home tait bien pis : die ne se remue ni pour les antres, ni pour elle. « Tout va comme il peut aller t par nnë sorte de ▼ieille » habitude et de mécanisme i demi usd. * Lamennab, AAtres de Borne.

ne doii pas éire sacrifié a l'autre puisque notre Me, dans son unité, n*est pas seulement le rap«

port de nous à nos semblables^ mais de plus le rapport de nous à Dîett> il est aisé de voir que . le perfectionnement des parties, bien loin d'è« tre une négligence absolue du tout, en est, dans certain cas donné, la préparation nécessaire comme le seul véritable avancement ^ D'ail* leurs' tes Réformés de ces premiers temps ne (a* rent point aussi étrangers â toute pensée d'unité qu'on se plaît â le dire. Us voulaient aussi une seule foi, un seul corps, uue action d'ensemble. Le bannissement de Viret, la république de Calvin comme on dit, sont là pour le prouver, ainsi que, dans le siècle suivant, les Puritains, qui maliieu* reusement se préoceupèrent trop de la forme biblique d'un côté et de la prophétie de l'autre : malgré cela, l'esprit d'égalité et de démocratie ' ne s'est encore montre nulle part aussi austère et aussi fort que chez ces derniers} on le sentira un jour. L'idée d'organisation sociale appartint surtout aux Réformés calvinistes, chez lesquels elle était représentée > comme dans le

* L' individualisme xïx \c fédéralisme ne sont point le but logique et morat. Mais ne peuvent-ils pas, dans la vie sociale, être aussi nécessaires, aussi utiles roomentanément, que le doute Test à la foi dans les individus ?

oaiholidsme romaiii > par la difciplilae fk pàt rexcommonioalion ^ Mais uae trop large porte était ouverte à rindividualisme pour que seuls et d'abord ils pussent la fermer ;ib anraient eu be^ soin, pour cela> d'une force temporelle que la situation générale lear re&isait et que leuf foi né leur créa pas^ sans doute parce qu'elle fut trop peu

tantes ne furent points au fond, des églises, mais des états avec deux ministères inégaux, l'un eoclé« siastique, l'antre civil. C'était reeommenoer Cons^ tantin, mais en petit: ce qui était déjà un gain; et entre ennemis : ce qui en était un autre. Dé plus, toute tjrannie ecclésiastique allait être d'autaot mieux broyée que le pouvoir séeuli^ se chargeait d'en faire l'opération l'Eglise serait débarrassée de son premier et plus grand enne^

^ On ne peat rîtn arguier eonire la Béiorrot d« leUft o« telle opinion particulière enseignée par les Rélormatears; par exemple, de l'élection selon les idées de Calvin. La Réforme n'a prétendu ai* £rmer qu'une seule choie, le Christianisme et sa révélation. Elle ne fait nulle attention aux personnes et n'a pas plus de foi à Calvin qa'à saint- Augustin , ou qu'à saint^Bernard. Plusieurs • par faibteite ou par aveuglement, veulent & toute fôrce un semblant dé »udiiion protestante ; mais rittcoMé<(iience redresse lee principe» bina loin de le«£ûre fléchir. . .

' Ce n'est pas seulement dans les pays prolestants que l'Eglise est abattue et qu'on lui a mis le pied sur la gor^ife. Les princes catholiques en ont iait tout autant» à commencer ptr Charles'Quint,

'mi^ de celoi qu^ellé nourrit éUe^méme^ de son nauTab of^g^iml^de sa'mÂuyaiBe ambilioir^ H ne resterait qu'à la délivrer de l*^autre, des fem 'de' ce -pouvoir -temporel qui m doit ni lui commander en maître^ ni lui obéir en esclave, mais TÎvre en elle et apprendre en elle son devoir avec le mojen de Taccomplir.

La Réforàie ét cé qu'on en à lait étant ;l'un *des événements qui ont eu le plus d'influence sur les '^lestinées de toute la Suisse» il' convenait à notre histoire de s'expliquer lâ>dessus. Celle-ci^ d'ailleurs » a sur ce point dé quoi mériter Tattention générale : elle est une image fidèle, en raccourci mais d'autant plus vive> de ce qui arriva dans les grands pays protestants c'est comme un abrégé ou l'on juge plus aisément tout d'un coup d'œUé

Nous sommes donc bien loin de prétendre que la Suisse et notre canton n'aient fait que gagner à la Réforme: elle éfail demeurée trop imparfaite pour cela. Les centres furent dé|>lâcés ou même

par Louis XIV, et à finir par le pape lui-rocme. ( Voy. Lamennais » ibid., et le journal du jacobinisme catholique déjà cité, L'Ew ropéen, T. II, 1 , p. 17.) — Le fait est qu'il n'y a plus de pouvoir spirituel , parce qu'il n'y a plus de sociéLé spiriluelle proprement dite , mais seulement des débris ou des germes de cette dernière : protestants et calholiqaeA-ronuiini M sont précipité» tout entiers dans la société civile*

Ml

^ffiicés; et non seulement l'anemiiie unilë nation

nalesoil dans la Confédération, soit dans la Suisse française» soit dans le Pays de Vaud , fut brisée par le fait de ces séparations ou de ces détachements politiques; mais encore une nouyelie ten? dance morale y fut imprimée à la société. On araii glissé sur la pente de Tintérèt individuel; on s y précipita. Cbaoun s'adonna de .plus en plus â la cuU ture exclusive de son propre domaine'. Legoùl de risolemenif si naturel k notre Helvétie, reçulun nouveau renfort^ sans doute pour que Textrême variété l'amortisse, â la fin et le ramine» satisfait 9 a l'unité intelligenla et vraie. Ainsi, les fractionnements se multiplient; d'abord., inté* rieurs et cadiés, plus tard ils éclatèrent au grand jour: et à cet égard les catholiques finirent bien-r tôt par être autant, pour le moins, protestants que les autres. Tout cela vint, encore une foiSf non du principe même de la Réforme^ mais de l'esprit dans lequel il fut appliqué. Cet esprit datait de loin. Berne s'en montrait animée long? temps avant de s'occuper de sa. Réformation ni de la notre ^ 4, l^^u^ile. certainement, elle ne

* Les églises elles-mèiiMt tendirent à se mettre chicune à l'écarc. Çelies de la Suisse française semblaient en commencement* dîi Rn» çhat ( (l* P. , 1 , 134), ne fçrmer qii*an seUt corps, liais combieii ^ela dnra<-t-il ?

peiisa que lonqu'elk avait déjà beaucoup pensé à nous.

Si, du reste, cette manière de procéi|er melr tait ravenir du protestantisme en périls elle raffermissait ineontesubiement dans le moment

même, là où il était admis. Les avantages particuliers et prochains étaient évidenU; ils ga* gnaient le grand nombre et serraient a faire écbouer les eiforts de ceux qui eussent voulu rer>>. venir en arrière ou de ceux qui desiraient conti» ^uer d'avancer. Ici, le changement d'église et do domination, quoique généralement accepté de mauvaise grâce , avait cependant , comme ailleurs , de qu(» se faire pardonner. La vente des biens, du clergé était une trop bonne occasioB de ^ea^ richir pour n'avoir compromis que les nouveaux souverains ni même que les Réformés t ce remuer ment des fortunes calmait la colère des faibles, on même temps qu'il écrasait oMe des puissants. On prit quelques mesures au sujet de la mendicité; des hôpitaux furent fondés pour les pauvres, mais, mal soutenus*. — La liberté gagna aussi des rangs que jusqu'alors elle n'avait pu atteindre. Les fran-

• * Celui dont la maison de Savoie avait anciennement dolé Villeneuve était encore là pour &îre honte à la médicicrilé dea nouf. yeaus. Voy. Buch.Vl , 512.

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çhîses des villes ouvraieni déjà aux serfs main-, morlables une large porle rers les boui^^eoieiesel. raiFranchissement. Berne eut la gloire d'abolir enlièremeal celle taillabililé odieuse. U lui fallul-y revenir à plusieurs fois pour en couper et extirper les derniers restes; mais elle avait lopinioa pour eite^ oar* de tels droits répugnaient â un pays de liberté: nos vieilles chartes ne furent pas non plus, i cet égard, une arme inutile entre ses mains \ Sans doute » la féodalité existait toujours; mais elle n'était plus^ comme jadis, le principe de la vie sociale, la loi ! un antre se faisait jour. — Çeaucoup de règlements de police, sur les objets les plus divers eoncoaraient aussi à porter dans

* En 1869, Berne disait déjà que « par succession de temps et long usage la taillabilité se trouve abolie et convertie en devoir de iïet-

> li/;e» (l'opposédulietsimple, dans lequel onétait moins astreint). Grenus, "Ss^ 156.— En îHSk^ pour repousser les prétentions d'un seigneur sur les biens d^un bourgeois d'Yverdun, décédé sans enfants et issu d'aïeux mainmor tables , eUe se londt signamment sur ]« franchise d'Yverdnn « laquelle porte que toot faoDime reçu et » demenrant en icelie par an et jour , sans ôtre recherché, est et » demeore Iraac boiirf(ems.B Id. , M* l7l.*<«Eiifia, en I67S, « dans » Intention oà no«s iOMBBi» dÎMit-^Us • de ne pins tiNiffrir Ida » taillables dans nos pays » elle ordanna que danê un an précisé^ ment et moxennant quelque prix UtiémbU , ila fussent affranchis tfe €eti9 condition^ odieuse dan* un pays de Ubetié comme eeiui de Suisse»

* Par eiemple , un mandat sur les charretiers : il punit comme larron manifeste cet ai qui « percera d*un bosset par dessons les

Vadmînîslration une action nouvelle. — Lejustice^» ^ui avail WQHé tant de plaintes sous les dernier^ 9aroDS^ fut inieuz rendue. Les anciens Iribiiumii^ des villes étaient composés de jurés ignoranti; dhes lesquels l'esprit dç çette institutioii s'élai^ perdu â force de relier stalionnairc: aussi nelais^ gèrent-ils pi^ beaucoup, de regrels» quand oigi 1^ vit remplacés dans chacun des bailliages nouveaui^ pair des cours baiUivales dont la pjus grande comi pétence assurait la meilleure organisation. Ma» la baute-CQur de Moudon perdit ses droits antiques ' | et les commissaires bernois qui devaient se reur 4re dans celle ancienne capilalo du pays, tenir les «ssise^ et recevoir les derniers appeljs, n'y vinrent que la première année de l'occupation; dès la suivante , les Appellationsi romandes furent transférées â Berne; çUes y eurent, une CImmbre, exçlusivenient recrutée dans le patriciat. Moudon

B ccrcict ou aakre part, «a bien Tiandraii k tirer, ifin par len • gailUMu »... oa à meure de l'eau dedana , etc. » (ISSS)— Mandai, ^ntre les devins , conU*e les meiges (médedoi empiriques et non patentéfl) , hommes ou lammes(lKA5) id« sur les hypothéquée^ (11^88)» l'usure, c[tG.— Le droit de mntatîenou les kdsint'réduit de' moitié.— Ordonnance que chacm dût nourrir ses pauvres (1552) ; mais « ceste ordonnance fost de petite vallcur , car elle ne fust » rien observée.» Pierrefl>.

* Ci-dessus, p.630. — F.-C. Labarpe, Essai sur la couslit. du Pays de Vaud (Paris, 1796). P. 1* p. *9. - Ruch., VI , 422,-GrC" uQs, p. zx sciq., ^m-m, 265, 266, 438.-Le Chr., 302.

ne put jimaîs prendre son parli de celle infrao^ tien au traité par lequel elle s'était rendue, mais qu'elle avait stipulé, il but le dire., avec plus de soin el de souci pour eUchmème que pour le pays: mainleuaat elle, eu portait la peine. Ses réclamations lui firent un moment rendre les appels des. bailliages de Nyon et de Morges; mais quand ils • furent replacés sur le môme pied que. les autres, elle eut beau provoquer dans les villages de leur ressort des pétitions en sa faveur, envoyer à Eerne son orateur ou parlm*, ses deux rivales gagnèrent leur cause; elle fut moquée et méprisée; aussi, ne pouvant prendre son parti 'de oette humiliation, refusa-t-elle même une indemnité pécuniaire, ne voulant pas, dit-elle, a que la postérité lui fit le » reproclie d'avoir vendu ses privilèges et ses li« » bertés. » £lle les réclamait eucore, au milieu du siècle suivant, mais non dans un meilleur esprit que les autres villes qui profitaient de sa dér pouille: et quant â ces dernières, voila un exemple entr'autres où la satisfaction du bien-être individuel remportait sur le sentiment, vague mais réel, de l'ancienne confraternité.

Ënfîn , comme aujourd'hui, comme dans toute révolution qui brassant le passé amène nécessaireipeut plus ou moins le peuple à la surface , le besoin d'une instruction répandue était senti :1a secousse ^vait au moins produit cet effet de faire un peu

lerer k tète , et asiea pour Toir l'ignorance ou.

Von croupissait * : le dobir de $'ea dégager indiquait au pouvoir nouveau un moyen sur de poo. pularité; il s'empressa de le saisir. Des évèques avaient bien tâché de Caire quelque chose^ mais, sans suite et plutôt par dévotion que dans des vues d'iustruclion proprement dite : la complication de leur position persranelle et Tesprit du cathc^i* cisme qui u'aime que les grands centres, avaient détourné ces prâats de toute entreprise solide à œt égard. Les jeunes seigneurs, les fils de riches bourgeois^ quelque enfant pauvre mais triomphant de la pauvreté par la patience et le talent, allaient faire un tour d'université, surtout à Paris. Quelquesuns, revenus dans leur ville natale avec le- titre de maître- ès -a ris, joignaient a leurs occupations savantes de magister ou de commissaire celles^ plus lucratives sans doute, de marchand de drap, de fer et de sel ^. Un petit nombre de parois-

* On lit dans des iragments d'une cbronique mic» 4e Lansame* (Bibl. cank., B. V. 193 G ) : « Jacebata mulUs retrp secmlis Lausan- • na b»c nostra in cratsissimis ignorant!» et # uperstitionis te- » n^ia. »

^ Pierrefl., a. 11(57, 155S, IS4S: ««..Anthoine Chollet, maistre aux arts de Paris, bonrgeois et Qonvtmwr de la ville d'Orbe... où il réf^enta les escboles...; it fut aussi coramissaire et gpnverna longtemps les papiers de la justice. — Jehan Matthey, maistre aux arts de Paris. U estoit marchant de drap » de fer et de sei ; il avait ac-

sas^ araient dans um nSgeat oa^ par bâtard, dana^

leur dergép quelques moyens d'enseignement pré*, paratoirea, qu'il serait facile de trop dépreobr en ne tenant pas compte de Tépoque et de certains faits. Alors anssif de temps en lempsy une paavresse in-* firme ou disgraciée de corps mais non d'esprit , parvenait à s'instruire à force d'attente et de aoins , ouvrait une écde^ et peu à peu, avec quelques bons patronages j la petite école se changeait eu pension renommée^ ou les demoiselles nc^les de Berne et de Fribourg venaient apprendre le fran*^ çaia dans la compagnie de celles de Lausanne el des alentours *. Après la Réforme, la nouvelle éduçation religieuse fut d'abord le principal change-* ment dans Imstmction publique; des pasteurs.

qais{jrand savoir. Il mourut d'hydropisic et de graisse : car il était trop gras.» — Oulrc ceux-là et "Viret , Picrrcfleur mentionne encore d'autres bourgeois d'Orbe qui avaient étudie à Paris ou à Poitiers.

* Orbe, \e\ey, eatr*autres ; mais non pas Moudon. Voy. Gre~ UU5 , p. 209.

* Voy. dans Pierrefl., à. IMS,- l'histoire de € Françoise Pugia , naiifve du village de Baulmes^ laquelle était en son jeune âge une pauvre boiteuse prenant comme il lui venait et qu'on lui donnait pour Dieu. £t ainsi estant, se accointa d'un prestre homme de bien et son parent...; la prinst en sa maison , et lui apprist a lire ét à escrire , et ainsi apprise cllecommençaà prendre peine de demander et appeiler les filles de bonne maison, et leur apprenait el preuoit peine après elles. En sorte qu'elle prist grand bruit.*.. »

lélés ajoutèrent a leurs fonctions celles d'instituteurs. Berne aussi encouragea rétablissement da quelques écoles; mais surtout elle fonda TAcadé-: niie^ lui donna des professeurs, des étudiants et soutint^ sans toulefois lui permettre de s'élever beaucoup, cette institution qu*une loi récente Ta peut-elre encore plus rajeunir que féconder ^. Depuis qu'il n'y avait plus d'£vêque,la Cité s'était sans doute fort dépeuplée et commençait â prendre cet air morne qui ne l'a pas quittée aujourd'hui. Unq rue presque entière > achetée par le nouyeau souyerain, disparut pour faire place au Collègue. La, dans cette cour plantée d'arbres aimés déjà de bien des générations, Conrad Gessner s'est promené, Homère ou quelque plante alpestre à la main; plus d'une fois sans doute Viret s'y entretint avec lui des merveilles divines de la nature, tandis que, par-, tisan de la révolution littéraire aussi bien que de la réforme religieuse, Théodore de Bèze aiguisait â l'écart une épigramme contre le pape et sa. çour ^. Les chaires étaient encore peu fixées ; un.

Berne payai! chcs le pmdpetila GoHége k peaiioii de aonie écolien ; « et a'ippeloyeot lee jerne eecholiers ki enfans de > MeMieiirf.>Piemfl.»a.lSI0.Roch.»VI,8a6.-Ib.,m.MI»m^

* Loi sur rAcidteîe, da SI l>éc., I887«

^ Ou bien c'était l'épitaphe d'une vieille iemme k qui son ivro- Snerif avait mérité le docte lurnom d'Amphora: » Boire lui était,

grand nombre de professeurs s'y saccédèreni dans le cours du seizième siècle^ des français, des soisses^ des allemands » un italien^ un es* pagnol et un grec. Malheureusement Berne aima mieux se priver des plus dislingaés d'enir'eux que de courir le risqbe de yoir sous leur influence s'élever une puissance rivale de la sienne. L'enseignement comprenait Tiiébrea et les deux langues classiques, la théologie, la philosophie, un peu de mathématiques, quelquefois rhisloire et le droit. Dans les occasions solennelles les étudiants, paraissant sur la place du marché, y représentaient devant le Conseil un drame allégorique ou sacré; tantôt Thistoire de Suzaniie, qu'ils jouèrent en grec^ en latin, en fran» çais, et en allemand ; tantôt le sacrifice d'Abraliam, en vers français > que Théodore de Bèse

» plus cher que la vie ; aus&i» par une mort digne d'une soil si » profonde, s'était-elle noyée en voulant pajser le lac» tumldian » sulcare Lemannum * , comme on disait danA notre quartier latin. (Th. (le Bèze, Poem. var. , p. 213.)

Ampbora qii« memit parto cognmnine dici» Plena mero semper» nec satiata mero, Ëbrîa forte paraiis tttmidum sulcare LemaDiiiim , In medîif vitam lapta reliqait aquis.

Atque illam sane quanvis iniiieta bibentOA Pocula , quum mediis immoreretor aquis, Credibile «ai hiiarem tamen inleriisse bibentem • Cai nasf non plaçait Yivere quam Bîbere.

composa exprès pour eux et qui obtint partout aiora une graude oéiébrilé ^« Bàze laisia un long fiouTenir dana la jeund Académie* II aimait Lau<aanné et Ton dit que plus d'une ibis il en regretta le séjour* Il se plaisait du moins à y chercher de temps en temps la douceur tranquille . et sage des souvenirs lointains et des amitiés premières. Aussitôt sa venue ébruitée, c'était à qui lui ferait cortège de la porte de la ville jus* qu*â son logis. La dernière fois qu'il fit sa visite d'usage y quatre-vingts ans pesaient sur sa belle tète ; mais son œil était toujours bleu et souriante On entrait dans un nouveau siècle. Lu ther>Zwingli^ Calvin > Yiret^ Farel^ tous les vieux combat-^ tants^ depuis long-temps étaient morts; lui seul restait de ce premier âge de la ïléforme ^ qui^ an lien d'être représentée par des théologiens et pef quelques petits princes mesquinement intéressés^ allait l'être 9 dans son second âge, par un de ces grands usurpateurs qui font pâlir peuples et rois> et par un de ces poètes dont les chants sont la voix de tout un monde.

Peu-à-peu, par ces gains^ le nouveau régime

* Ib.. p. SS5, S86.- Man. de Uut., a. 186S. ^ S«r It léjovr de Bèze 4 Linsaniie, Coas. sniMe, xni, Sttl.

8'euracinait^ d'abord daua les habitude, puis dans las esprits* D'ailleurs chaque année venait renforcer la conviction que le cbaogement de prince était un fait aooompU. Berne ayait déclaré son K entier courage el son invariable vouloir de ne « nons abandonner en nulle sorte ^ »• Aussitôt après ce qu'elle nommait la conquête^ elle avait fait réparer les châteaux dévastés par la guerre^ comme un propriétaire qui virat habiter sa nou« velle maison* Les ruines des autels renverses dans les églises environnantes avaient servi à bouoher les brèches des murs, les grandes dalles des sépulcres a paver les cours *. Plusieurs églises, transfor-> mées ainsi en carrières, disparurent complètement. Les paysans étaient requis d'amener la chaux et les pierres» les montagnards de fournir les poutres et les bois. Devant cette ferme résolution, l'espoir, le 'doute s'en allaient. Des nouvelles , sonnées bien haut, avaient fini par n'être plus qu'un faux bruiti On s'était raconté peut-être ^, qu'un jour

* • Puisque « diMÎi-eUe, 1« bon éternel et UNil«pui«sànt Oiea

per sa grice a ordonné qne vous soyez mis sous notre gouverne-' ^ ment et obéissance. « Mendement du 14 Juill. lSt3S.

* Ce fut le cas tlu château de Morges » de celui d'Yverdon , t Ic-i » quel estait tout vagae et enfondré. » Pierrefl.» %• IS39.

* Comme le prétend l'historien de la maison de Savoie, Guichenon, qui cite un acte , asscK suspect , du ik Avril 15i8«

le héraul de l'Empire avait paru aux portes de Berne, yèlu de la tunique d'armes impériale et accompagné de hait f^entilshommes tous à die* val ; que, lâ, sommant Berne de rendre sa conquête usurpée^ si elle n'obéissait pas^ il Ini avait déclare la guerre en criant : d abords la guerre à feu ; sur quoi Tun des cavaliers s'était avancé contre la ville avec une torche allumée ; puis y la guerre à sang ; signifiée par on second cavalier avec une épée nue ^brandie du même coté. Mais Temperenr Charles -Quint avait bi^n d'autres ai&ires sur les bras. Puis vint le traité de 1564^ acte décisif si l'on n'avait pas toujours su â quoi s'en tenir sur la foi des traités*. Seuls, que pouvaient ici les partisans d'une restauration? Non seulement les esprits étaieni divisés a cet égard ; mais l'ancienne unité nationale de la Patrie de Tand se montrait si bien rompue par les adjonctions d'un côté, les démembrements de Tautre, et par tout un système nouveau, que> lorsqu'on la cherchait, elle ne se trouvait plus. L'institution de nos états - généraux, d*uue origine d'ailleurs si vague et d'une suite si peu constante, reposait sur le sentiment

* > Et qnint an Pays de Vaad, las Bernois s^étant opioiàtrés à le retenir » son Altesse aima mieux y conaetilîr, en attendant «{lie foccasion se pr^nllt plus tavorable pour le r'avoir, qae d'entrer en guerre avec ses voisins. • Gniebenon , H. généal*» \\ ,

conius de celte unilé et sur l'idée de trois ordres, dont^ uii munleiiAnl avait dbpara; U Iradilion s'en perdait^ les anciens magistrats clant morls ou éloigaés des affaires. £l au surplua, les iasil* tolions da ce genre tombaient partout devant les trônes absolus. Le Duc Emmanuel-Philibert les avait abolis an Savoie , qu'ici Berne convoquait encore ceux de la noblesse et des villes/. £lle reconnut même et confirma aolénneUement les 1877 anciennes franchises^ mais avec des modifications et dans un esprit qui tendaient i leur faire perdre tout caractère politique et constitutionnel^ pour ne leur laisser que celui de coutumes^ de simples règlements administrais. Outre qu'on se déshabituait de souhaiter autre chose» on ne pou* vait donc guère espérer mieux. Cet acte de. coa«* descendance était en même temps un acte de for* ce et de souveraineté : il attachait les villas et lea bourgeois, bien plus occupés que précédemment de leurs améliorations locales , gagnés d'ailleurs par l'empire de mesura républicaines auxquellea leur aacienne vie ne les rendait pas étrangers, et

^ En 1S70, pour la première fois depuis 1835 ; et encore quelqadois d«&i la suite, jusqu^en 16^3. Les états-généraux de Savoie tarent abolis pour toujours en 1560- Yoy. Grenus , p. xix sqq , et 877, D. — Cependant la valljje d*Aoste conserva tons ses anciens privilèges (ib.) et la Bresse, le Bugey et le Pays de Gex leurs états proviiMi«iii(Fr.-G. Laharpc , Essai etc., I, 10!f )

mieux alleînls aussi par la nouvelle discipline religieuse^ que Berne maniait et faisail agir à son gré. Mais il n'en était pas de même des genlilsbomntes. Ils se flânaient encore de voir abattre la tête de ^0ur8^ Ce qu'ils regretuient^ eux, c'était non point les liberlés de tous, mais leur ancienne prédominance dans le pays el, au dehors, le point brillant d'une cour. Dédaigneux et mécontents, ils s enfermaient dans leurs châteaux , n'obéissaienl pas a l'Edit de Réforme et ne le faisaient point exécuter sur leurs terres. On leurou- TTil, dil-on, l'entrée de la bourgeoise de Berne'; très peu s'en soucièrent : plus d'un, parmi leurs descendants, devait s'agenouiller inutilement devant ces portes' inexorables. Ils estimèrent ploa qu'un patriciat républicain leur antique noblesse, ignorant' qu'elle ne devait être que plébéienne sous la domination de ce patriciat ^ : en attendant

* Les antiquaires ont retrouvé quelques exemplaires d'une médaille attribuée à la noblesse vaudoise et représentant un oun dé* collé. Voy. Levade, Dict. du Gant, de Vaud, p.

' Mulhien, llech., p. 09. —Grenus , sn, sxii.

^ Voici en effet ce qu*on lit dans Niebuhr, l'homme qui a le plus cherché à éclaircir le fait général des palriciats et des plèbes. Il dit (II, 390.): » Formée par l'admission de bourgeoisies et de cora- » munaulés entières , la des Romains était comparable aux » snjeU Tandois de Berne ; id, Tancienne noblesse bour^ifnonno s se troQYiit , eu égard an sawffrmn , sur la mlmo Ugne f a« les

que palriciens ei simples nobles fusseul rapprochés par uM nouvelle cbule el rëduiu a ae voir du

même œil dans ua même néant.

La conjuration formée à Lausanne en 1588, dansle but de rendre la suzeraineté au Duc Charles- Emmanuel» ne vint-dle que de la noblesse» à la* quelle en effet apparlenaii son chef ? ou faul-il y voir en général, comme le prétendais ce dernier^ la résolution de délivrer la ville et le pays de la tyrannie de Berne? Quelques circonstances pourraient le faire supposer. Ainsi, une des promesses faites par le Duc à ces conjurés» qui n^avaient d'ailleurs atipulé pour eux que des avantages personnels et aucun privilège de caste» était la con* servàtion et Taugmentation des libertés lausan*noises. Mais il est surtout remarquable qu'ila eussent aussi exigé et obtenu la liberté de conscience pour une ville qu'on entreprend t oepen* dant de remettre sous un prince catholique allié dJb roi d'Espagne et des Ligueurs. Ce n'était donc pas tant Tancien ordre de choses que regrettaient les conspirateurs» que Berne qu*ils haïssaient. Du reste» au moment de la victoire» on devait» par

» villei et Ic0 campagnards. » — Mail l'êDcieBM noUtaia Itliat •▼«Il pour elle la comniUMiili de langae, de moiart » de vie « et elle enl coatrtMre le palriciel rommin à cMer.

un massacre, «e débarrasser non-seulemeiil da bailli, des employés et des créatures de Berne, mais encore des ministres et des profiosseiirs, que Ton supposait lui être également dévoués ' . Parmi leseonjurés> plasieurs étaient de U bourgeoisie, entr'autres deux frères dont lo nom de famille, Espaulas, a longtemps possédé une ^rte de cé* lébrité scolaire et lasticographique sous «a Irans^ formation latine, Scapula'. D'autres, comme uu de SMAt^Cierge et deux d'iUens» portaient des noms très anciens dans le pays. Ceux que nous Tmons de nommer et un plus grand nombre ea« core, hommes marquants dans la conspiration, étaient magistrats ou revêtus de qufdiqtia charge importante. Cétaient des juges, des grciBers, dea membres de ces Conseils â qui Pierre Viret de«> Bsanda en vain de le comprendre, un officier au^ périenr des milices, un châtelain, trois bannerets, et eniin le booi^;mestre lui-même , principat arli«*

' La plupart det ÊêSu romi inivre nont tant fonrais par il'AItt (HiM. HdYél* • IX» ft89 iqq. ) et surtaat jgtu mi «r|. da Gooi. tuisie (Xlil, 921 sqq.), dont raqtear a pu consulter, nous dit-il t outre les chroniqueurs et les liistorienA, des nannscrits de Rachat , da Bnilinger , et quelques notes gardées par diverses familles.

* Jean L*Epan1e on Scapnla , l'abréviateor da Thrdsor de la iangae grecque d'Henri Eslîenne, était professeur à Lausanne en IS79.Buch.,VI,S8S.

sdn de tout le complot, Isbraud Daiix y et soa iiU Georges. La seigneurie de Crissier el de Prilly^ des richesses, du crédit el sa charge faisaient d'Isbrand un grand personnage : il avait de Tambîlion, de Taelifilé el dés amis; mais il m posséda pas jusqu'au bout la première qualité nécessaire â une entreprise telle ique la sienne^ Fespril cou* vert el contenu. La conjuration avait des alfi- Uës hors de Is yUlo; dans le Joratf \» seigneur de Berebier François de Dortans et, a la tète du lac, un gentilhomme d'une de ces maisons qui dotni* naiéDl le pays. d'Aigle ayani que rinsurredioA populaire exploitée par Berne fût venue les humilier: bourgeois de Yerey» lieulensAi de £hil« loB, habitant de Villeneuve où sa maison forte s'ëlevail sur la rive, directeur du riche hôpital de eelieu et propriétaire de fleb et de domaines plus avant dans la vallée, d'ailleurs homme résolu, propre son coup de main comme la plupart de ses complices^ et^surtout d'une présence d'esprit qui lui fut trqp-tttile, Ferdinand Bourier (c'était son nom) donnait aux conjurés un point d*ap« pui redoutable dans toute cette contrée; ils se eroyaiënl sûrs de recouvrer, par son mojon, l'ancien château du comte Pierre # devenu main^ tenani celui des baillis d^Une république» Toute* ibis, malgré le nombre des conspirateurs et leur influence personnelle, il ne paraît pas «qu'ils atten-^

dissent autre chose du peuple sinon qu'il se laisserait faire au moment décisif* 11 leur fallait donc d'autres secours. On n'était séparé de la SaToie que par le lac ou le Rhône ; les vieilles relations d'amitié et de voisinage n'avaient pas cessée et le commerce élendu des deux frères Claude et Louis Espaulas leur permettait d'entretenir avec le Chablais des relations non suspectes. Tout allait ainsi à merveille. On se visitait à Thonon, à Eyian, a Lausanne; il Fe tint des conférences â la frontière 9 c'est-â-dire au milieu du lac^ où Ton était sAr de n'avoir pour témoins que les flots. Sous divers prétextes^ Thoaon> Ripaille, Gex s'étaient insensiblement garnis de troupes venues du Piémont. Ënfîn, après six ans de négociations^ et de correspondances, on était prêt et d'accord. Outre une maison dans la rue de la Madeleine , le bourgmestre en possédait une beaucoup plus grande dans le faubourg Saint-Laurent cette dernière avait une porte ouvrant sur la campagne. Bien fournie de toute espèce 4^ provisions, elle devait recevoir de nuit quatre cents Savoyards. Il en devait arriver le double par le lac^ entre dis et onsse heures du soir, lesquels se couleraient dans un souterrain donnant sur le chemin de Lausanne â Ouchy et aboutissant à l'ancien couvent de Sainl-Frauçois, dont le receveur, lo banneret Sébastien Roche, était du eoniplot. La

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longue nuil du 12 au 13 Décembre fui fizeo pour rexéculion. Il ne reslait plus qa*i mettre â la voiie^ lorsqu'une de ces violentes tempêtes qui ferment brusquemeni le lac dans Tarrièresaison, reliul les barques au port pendant deux jours.

A Lausanne^ ne voyant rien venir ^ no pouvant ni envoyer ni recevoir de nouvellesj on résolut de se tenir coi et d'attendre. Cependant il était dilliciie de n'avoir pas donné Tcveil. Les troupes stationnées sur la frontière inquiétaient Berne; elle préparait les siennes et faisait placer des sentinelles sur tout le bord du lac. Le Conseil de Lausanne i*eçul particulièrenient des avis et des ordres. Les conjurés, oubliant qu'il s'agissait- d'une conspiration » avaient plus d'une fois cédé â la vieille coutume du pays qui ne permet de traiter aucune affîiire sans boire. Tant d'allées et de venues entre les deux rives^ tant de rencontres mystérieuses aii milieu du lae, avaient surtout attiré l'attention d*un gentilhomme nommé Isbrand de Crousaa* U demeurait dans la haute gorge où s'abrite, entre des noyers, des vignes et des châtaigniers, le beau village de Chexbres, et y possédait une part de seigneurie. Mieux placé que personne pour dominer^ de sa terrasse élevée , les sinuosités du rivage et la miroitante étendue des flots, il avait eu outre, pour veiller avec lui el

pour 1 esciler â faire bonne gardoj une compagne qui ne dormait point» savoir une querelle de famille; car il étail en procès avec IsbrandDaux^ sou parent ' . Il communiqua ses soupçons â son cousin Claude de Crousaz. Ce dernier se rend chez leur oncle le bourgmestre : il le trouve à souper; on le retient; et, au dessert» dans un de cc»s accès de coniiance oii l'en-train de la table et de la conversation bit tomber les plus circonspects» Daux lui dévoile tout sou plan» dont rexécutiou avait déjà eommencé» puisqu'on était au 14;.et là dessus» il le presse de 9e joindre â eux ^, De Crousaz refuse» adresse dea représentations» et finit par des menaces/ Elles sont reçues avec hauteur: « Je ne » crains ni vous, ni les vôtres» s'écria.le bourgmestre» qui» échauffé par la dispute et comme par une géuérositc de mépris» ajouta : a Et même» je 9 vous permets d'aller rapporter le tout au dià^ » teau. » L^'autre le prit au mot» dit notre auteur. Quand son neveu fut parti» Daux n'eut pas be-^ soin de benucoup de réflexions pour voir que foui éuit maintenant perdu. Dès Taube» en elTetjt

• Son oncle, suivant le Précii hist. de la Révolution du GanUm de Vaud (Lausanne , 1S31) I, ti7,

* » Il l'exhorta très- vivement & vouloir l*aider à délivrer la Pairie de la tyrannie des Bernois; ce sont les eiprcssiojis de Lauffcr.»

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Clandede Crousaa était avec le bailli ; et Daux pré* . veuaîi ses complicea de leur danger. Comme c'é* lait on dimanobe, le calme et les retaitla ordinaires de ce jour, la solitude des rues pendant le seryice du matin farorisèrent leur •ortie de ia Tille. Le châtelain de Saint-Sulpico^ Guillaume d'illensji était on des leur)|« Derrière la langue de lerre ou s'élève celte YÎeille abbaye, ils avaient une barque stationnée à leurs ordres. Descendant la colline en tonte bâle^ ils aeootinimit vers ee rivage où le pied traîne dans des marécages et dans un gra* ▼ier profond sans ceise amoneelé par les flots. Le bourgmestre^ ayant mis en sûreté sa vaisselle, ses bijons, ses titrée, sent argent .comptant, et renvoyé par une servante les sceaux de la ville, n'eut que le tempa de se jeter sur son meilleur cheval. Il arriva au galop et monta dans la barque, laissant sa monture sur le rivage, les bateliers ayant refusé de s'en charger. U ne manquait que trois conjurés: les deux frères Espaulaz cl lo banncret Tronchett Oubliés par leur efaef ou trop lents, ils furent pris et transférés à Berne. Les autres arri* vèrent sains et saufs sur terre de Savoie.

Ferdinand Bouvier non plue n'était pas resté inaclif. Le vendredi matin, croyant que le débarquement allait s'opérer comme on en était convenu j il cacha quelques soldats dans la foret escarpée â Tombre de laquelle Chillon sort des

eaox. Pour lui, â Tbeure ordinaire ^ il se rendit au

château, où il devait diuer avec le commaudant* Au moment de Tattaque, il s'en serait défait et, avec lo secours de ses gens embusqués^ la petite garnison bernoise eut été précipitée dans le lac* Comme on était â table , le capitaine reçoit une lettre, louvrc et dit bonnement; « J'en suis fâ- 3» ché , mon compère I mais je reçois Tordre de » vous retenir ici aux arrêts. s — Bouvier : «Je dois 9 TOUS obéir, mais vous ne me retuseres pas une » grâce, celle d'aller chez moi mettre ordre â quel- » ques affaires pressantes. Je ne tous demande » que deux heures, et vous me donneres une » garde qui ne me quittera point: elle aura la » consigne de me tuer si je cherche à m'échap- » per. » Le commandant se laisse faire» £scorté de quatre soldats, le prisonnier reprend le chemin de Villeneuve. Quelques minutes suffisent au • trajet. On arrive devant la maison. La porte de la cave est non loin de la porte d'entrée. On gardera le lieutenant tout aussi bien en bas qu'en haut : pourquoi ne pas lui permettre de se rafraW chir d'une si chaude alerte et ne pas en faire autant avec lui puisqu'il le propose? il ne serait pas bien d'être plus sévère que le commandant. Les voilà donc les cinq â. boire. Bouvier leur versant de tous ses vins. Comme ils étaient au meilleur , il s^esquive» ferme sur eux la grosse porte de

chêne, monte â son cabinet, y brùIe quelques papiera^ choiail ce qu'il a de plus précieux, se jeUe a diaval, gagne â une demUlieue delà le Rhdne abaissé par la saison , y trouve un gué, el arrive en sûreté sur l'autre bord.

Les fugitifs eurent leurs biens confisqués ' et leurs maisons rasées. Il y a quelques annéest on voyait encore, â Lausanne, dans la rue de la Madeleine 9 des pans de mur en briques rouges avec quelques vestiges d^ chambras et de croisées; celle masure ou plutôt ces décombres avaient je ne sais quoi de sinistre et de colère dans leur aspect > au lieu de la mélancolie sereine qui repose ordinurement sur le front des ruines : c'étaient la les restes, aujourd'hui disparus, de la maison du bourgmestre Isbrand ; le peuple la croyait celle de Davel, suivant son habitude de rapporter tous les souvenirs d'un même genre a un seul nom, au plus célèbre ou au plus référé. Quand on vient de Vevey et qu'on a passé la porte de Villeneuve, dont rènoeinte , mal remplie et presque nivelée aujourd'hui» témoigne de son étendue et de son . importance dans les siècles passés, près de la cure

* « Lcidtlâ fogHifr larcBt ciléf par trois divers jours à son dt

» trompe pour conparoir»; leors biens adjugés à LL EK.,dj§-

cnléi et vendus pour payer les dettes. Mém. de la viile de Lausanne an avîet de la diicnaiion dca bièoada nia}or Davel. (Arcb. cent.)

du pasteur on voit , bientôt peut-être on ne verra plus^ une vieille tour: c'est celle de la maison-forte de Ferdinand Bouvier; largue, basse et carrée, toute noire et sombre malgré le lierre qui l'embrasse et qui est seul â Taimer , on dirait que, chose triste et manquée, elle ait peine à jeter un coup'd'œil autour d'elle, sur la montagne et sur les eaux. Le banneret ainsi que les deux frères pris avec lui furent jugés par le Grand-Conseil de la république et eurent la tète tranchée, Lonia Espaulâz à Lausanne, son frère Claude à Berne avec leur compagnon Pierre Troncfaet* Le jour de leur exécution» il se trouvait dans eette dernière ville un bourgeois de Fribourg, n^ommé Hans Fury, lequel se laissa aller â dire m en pré« sence de gens honorables », que « les deux con- » damnés n'étaient poiht traîtres , nais bien phn » tôt bons et honorables soldats, et que si l'on j» voulait traiter de la môme manière tous ceux >i qui leur ressemblaient dans le Pays-de-^Vaud, » on ne trouverait pas assez de chevaux pour les M traîner au suplice. » Cette parole hardie faillit lui coûter cher. Il dut la rétracter^ et ses parents avec les magistrats de Fribourg intercéder pour lui, en rejetant sa faute sur ce que par excès déboire ilétaii lellementddvoyé desens rassis qu^U nesaçaii ce quil disait. Berne lui pardonna , mais elle ne voulait pas avoir lair de se fâcher toute seule i oa

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fil enlendro aux communes vaudoises qu'elles de* ▼aienlM fâcher aotai. filles eurenida la pruden-' ce. Leurs députés vinrent donc demander un ac« te de réparatiou d'honneur^ et Furj paya les.frais * •

Dès cette môme année^ les hostilités éclatèrent eatre les Bemoîe et ie Duç^ doot les projeta venaient d'être éventés; d'ailleurs, il ne dissimulait paa ses ialeationa aur Genève» Oa se iMUtU â Tho* Bon, a Ripaille^ sur le lac, et dans rmi^iear des moniagnes àSaiot-Jeoire. Les Savoyards reçurent divera écbeos; mis oe n'étaieni plusj de part ni d'autre» les temps de Charles !!{. Bien loin de songer a reprendre ce qu'elle avait cédé^ Berne n'avait plus qu'une ambition, celle de conserver le Paya-de^Vaud; les chances d*une guerre lui Csisalent peop. Elle entra donc m arrangement avec Charles^Emmanuel ei, par un traité conclu à Njoa m moia deSeptembre, elle fit alliance avec le Duc: abandonnant nettement les Genevois j elle les invitait à ne plas résister i un si paissant princer Berne aussitôt se vit couvrir de honte ^. Tout le

* Voy. GrfBiM»^^ 176. — AwUôi la coupiratioa évealéa, le CoqmU de Iitiuaniie s'éuit empressé d'envoyer pue dépotelion à Berne A « pour les assurer de rinnocenoe da peuple de tausaïuie» » leurs très-humbles et affeetioDiiéi féaiu. » Mail, de l4i|U.(arch.) 87 Mars ISSe.

* «Plu5ieurs jeunes gens de la viile et de campagne se prome*

Canlon protesta contre l'opprobre que les patriciens laisaieiit ainsi rejaillir aar lai. Sacrifier Genève, c'était commencer â sacrifier la Réforme^ qui, avec lea générations nouveltes» prenait déci« dément le dessus. A cet égard, le Pays-de^Vaud faisait toujours plus cause commune avec Genève^ qui d'ailleurs comptait parmi noua ses plus an« ciens alliés*. Malgré le traité, d'ici on allait donc fourrager sur l'autre rive, des troupes étaient mi-* ses sur pied par les communes, et des députés portaient â Genève des paroles d'affection les ministres s'agitaienten faveur de cette viUequ'un parti voulait trahir ^« U fut remarqué^ a la louange

naient dans 1m rttéf de Berne portant an col des chûaet d'oignon t par allnsîon âni ch^ea d*or ^e quelques magistrats avaient reçues, disaiuoB» de l'amfcassadenr d'Espagne. » (Cona. aniase, VL$ SS. ) — Dans le Paya-de-Vand on criait : A /« potence , /m ami» de la croix branche J (armes de Savoie.) La croix blanclien*en est pas moins restée long-temps l'enseigne &vorite de noa hètetleries.

* • Genève avait un traité d'alliance avec Aubonne en ISiO.c'està-dire avant d^être alliée d'aucun canton Suûie. » Grenus» vu« mais voy. id.» p. &18.

* L*an IS9i , ordre an liallli de Lausanne < de ne permettre > qu'aucun de aon liailtiage eût à passer le lac, pour aller picorer » en Savoie. » (Plantin, petit .Chr., p. 154). L'an 1890, les lionneavillës rappellent cles dernières sortiea de quoi n*ont été entrete- » nus soudoyés. » (Grenus • p, BU) — «.... lurent ouïs les députés » du pays de Yand trés^alTectionnéa. > (Rcg. du Cous, de Genève» ib., N<>.fSO).

' « Le ministre de Payerne fit grand office. > ib. et Cens, suisse • IX» Si.

d'une telle conduite, que, si Ton en revenait i

à la guerre, les Vaudois y seraient pourtant le plus exposée Us ne la demandèrent pas moins avec tout le Canton, et so montrèrent des plus décidés^. Voici» loirsque Berne» sentant sa faute» consulta ses sujets allemands et romands sur la ratification du traité de Nyon, quelle fut laj-é- . pense de nos communes^» Leurs députés eorenl soin, d abord, de remercier le Grand Conseil de ce qu'on demandait leur opinion aur une affaire de telle importance; puis, touchant un mot de la gloire de Dieu et de Thonneur de Leurs Excellences, ils représentèrent que la patrie n'était pas ' moins intéressée à ce qu'on abandonnât cette paix déshonorante et nuisiUe. La crainte de la » guerre, dirent-ils, ne saurait être mise en re- » gard d'anciennes et authentiques promesses » de fidélité jurées avec ceux de notre religion. » Dieu Ta plantée et soutenue jusques ici; il la

* «... Ya qaie pour être les phia proclialii» ils aoroieni b guarre sur dos à lanr sranda perte» » Grenns't p. SIS.

* c Cens d*Yferdoii entr'aalres étaienl fort émiis. • Id, . 811.

' Je n'ai fait que la débarrasser, mais sans autre changement, des broussailles du style notarial , dont je ne souhaite à personne d'avoir à s'ouvrir les ronces entrelacées. — Puisque l'occasion s'en présente, j'en dis autant du discours d'Othon de Grandson» cidessus, p. 669 sq^.

n bénit i vne d'œil : recnler ou tourner le dos se* » rdtl iograiitude trop grande envers lui et tache i> inezoasabie envers les bommes. Gen&Te, d'aiU ' » leurs, n'est-il pas un des plus beaux forts » qu'aient les Sniases aux frontières de lenr pays? I) un de ceux qui leur coûtent le moins à garder? » Si on le laisse prendre au Duc, il pourra cou- » rir a sa volonté tout le pays de Vaud, et peut« » être d'autres. N'oublions pas la résolution de » ceux qui s'appellent les exéeoteors du ooneiie » de Trente^ dont un des principaux chefs est celui » qoi nous flatte I U»<mt. jnréde noos ruiner et ra- » cler entièrement de dessus la terre. Si le Duc » ' vient à bout de Genève^ voilà l'un de nos mem- » bres coupés^ et nous, exposés en proie , sans » espoir de secours de ceux de notre religion; n cap noqs les aurons tellement aliénés qu'ils s'ai» » deraient plutôt à nous achever qu'à nous favo- » riser en rien. Si le roi de France, en qui Ge- » nève espère, a le dessus, nous qui nous Irou- » veronç enclos au milieu de ses ennemis et de- » stitués de toute aide, nous ne pourrons éviter » qu'il n'en ait du ressentiment, et qu'il ne nous » fasse du pis qu'il pourra. Nous serons ainsi M abandonnés de Dieu et de tout le monde. Nous » souhaitons la paix, mais durable et sans oppro- » bre. Nulle crainte sur la perle de nos biens ou » de nos vies ne peut nous engager a dire qu'il

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• » faille abandonner Genève el faire, en tai^l ni » peu I brècbi i la religion. »

L'ambassadeur d'Henri TV mit do son colé tout en œuvre pour rompre une allianoe qui menaçait de livrer Genève a niî allié de la ÎÀgue. Berne^ craignani que le blâme n'en vint à une inaurrection ' , cassa le traité , el , pour subvenir aui frais de la guerre qu'elle attendait, ordonna la levée d'un subside extraordinaire. On ne le fournit pas de bien bonne grâce dans le Pays-de-Vaud. Outre i anéantissement auquel l'avaient long-temps réduit les incursions du commencement de ceaiècle^ il avait eu à supporter le voisinage des dernières hostilités et, de plus^ trois impositions récentes à cette occasion^. Il trouvait que, n'étant pas encore épuisées, elles devaient suffire pour le présent^. Les communes dirent nettement que Berne , en temps ordinaire, tirant de ce pays des revenus

* JVous serions , dit Berne dans sa lettre tu Duc , « exposés à une

• altération de bonne volonté de tous nos autres bons cl féaux

• emU» voire a une esmolîon inteatioe. «Grenus» Docum.^K". 181.

* Id. , IS**'. 186-188. — Mondon avait été obligé de recourir à une imposition cl à un emprunt pour fournir sa quote-part d'une compagnie de SOO hommea envoyée à I^yon. Id., p. 355. n.

' €... d'autant que déjà du passé seroil été faite ievée de deniers , pour semblable fait, qui ne scroient encore été employés coaimc leur semble. » Grenus, 18S. - Id., jN". 186..

considérables, ne pouvait moins faire que de les employer à le défendre; el surtout, elles espéraient^ fat-il ajouté, qu'ayant d'être contraintes à aucune contribution , les biens ecclésiastiques serfiraient au soutien d'une cause qui était celle de la religion ^ Enfin, Ton invoquait les anciennes franchises, qui donnaient leconsentenmit des impôts aux députés du pays, el qui mettaient le service militaire aux frais du seigneur passé les huit premiers jours. Du reste, les sentiments n'atraieni point changé: on courait volontiers en Saroie ou à la défense de Genèye, contre laquelle le Duc s'acharnait; et lorsqu'en 1602 elle allait recevoir icette chaude alarme long-temps célébrée chez elle par un festin annuel, Genève vil se lever spontanément et marcher à son secours cinq-cents hommes du Pays-de-Vaud que Berne n'avait point coinmandés

Ainsi se terminait pour nous le Seizième Siècle, dont ces derniers bits nous apprennent le r&ultat :

^. • avMt lyie les contraindre à ancane contribution • emploieres voa biens e( revenu annuels» tant ecclésiastiques que autres > etc. Ib.

* Grenus, p. 531-338. — Plantin, Petit cbroniqne de Berne p. 15&. Scisneus, précis bistor. de la Bévolut. du Canton de Vaud, 1,58,39.

on y voit aisément de quel œil noire patrie considérait 8a aituaiion nouveUe. Lei violencmel les in« justiceadela ooaqoéta refonn^ étaient mises en oubli pour n'en voir que Thonneur et que les bieufaiu. A oe titre, la aouTeraineté bemoiae élail acoep* tée: on n'aurait plus voulu d'un suzerain papiste, ni do précédent dévergondage des lois etdeanMaura* Il restait^ il reste encore beaucoup^ de l'ancien laiaaer-ailer; cependant on a'était habitué a quel* que chose de pliis sévère. On faisait, il est vrai^ consister la Réforme bien plus dans une Confias* aîon de foi que dana iiM vraie régénératîoa in» dividuelle et sociale, bien moins dans la conversion de ses adversaires que dani la poasessioik de sa propre liberté. Et même, en matière de doctrine, on finit par promettre, non de prêcher pour mais seulement de ne pas prêcher contre^ i distinction qui est tout un caractère et toute une histoire; elle facilitait Tunion mais danà le silence et dans la mort. A Lausanne, au lieu d'être tout à Viret pour le suivre ou pour le retenir, on avait mieux aimé le laisser agir seul et le voir proscrire: sa

* Tel est le genre de serment que nos ministres prêtent encore (1838) à !a Confession de loi Helvétique qui parut en lî)66 et lut adoptée par les églûes Réformées. Du reste, voy. son éloge dans Le Chroniq., P'375.

piété ni sa fermeté d'esprit et de cœur ^ n'avaient pu gagner «es concitoyens; en revanche ils disputèrent vivement de lui et de sa cause après son départ. Mais sa paroisse eut beau demeurer ainsi fort remuante; ce n'est qu'aux ministres qu'elle faisait peur Berne n'avait plus rien à craindre de son clérgé français: Texil Tava^l débarrassée des plus difficiles; quant aux autres^ elle les joua fort lestement A tous ces égards donc^ bons ou mauvais^ elle ëlail devenue noire centre: par la elle nous tenait sans peine^ et se confiait en nous*. La Réforme arait introduit la conquête^ elle la faisait passer maintenant. Du reste, on n'acceptait qu'ainsi le nouveau souverain: encore voulait-on > puisqu'il fallait le subir « de*

* Bucer, dans une lettre, appelle Viret vir vere pUu ^ prudent et cordatut. \oy. Calvin. £p. et Resp. (1575) , p. 37.

' M Aucun ministre ne se souciait du miniitère de LaïUiUne» • Rucb.. Il» P., L. VllI , art. xvui.

' • Ccà sergneurs (de Berne) ne tinrent pas parole aux ministres et se repentirent bientôt des avances qu'ils leur avaient faites. > etc. Ib.

^ C'est alors, dans la seconde moitié da siècle seulement , que les soldats vaudois marchèrent sous la bannière âcs seigneurs de Berne. Il lut même enjoint à tout le monde de porter l'épée devant les tribunaux, a l'enrlise et en voya^je, comme « la marque d'une li- » berlé et franchise que d'autres princes ne concèdent ni ne per- > mettent. » Yoy. Le. Chr. » 575, 376; le Cens, suisse, XIII, 237.

meurer soi sous son haut patronage. Aussi , dans

les deux siècles suîvaats^ bien loin de laisser se perdre le fil de Tancienne existence politique» tous les efforts du pays tendent-ils â eu conserver des lambeaux afin de le renouer au moment favorable et d'y rattacher, comme il fit, son émaaci« pation. D'ailleurs, quoique n'oubliant guère^ nous ne sommes point rancuneux, mais d'hu-r QH^ur accommodante et légère. Comme nou^ pren nions gatment nQtr^ parti, en bons cnfanMMp oi| ne pensait pas avoir â rien ménager. On ne se plaignait que de notre médisance et> rérita^i blement, nous faisions notre service assez bien pour que Ton nous passât de temps en temps quel- * ques risées» Mais enfin nous étions à la rêpubli^o que et âla Suisse, tandis que la Suisse ni la répu-

' Ce déiaut nous est reproché daiiiun poème français de ce tenipi*. U , inUtttlc Le tableau de la SuUie par Marc Leicarliçt, avocat au Parlement. (Paria, â6IS), p. 40:

Je verrai des Vaodois la terre , dîSamée Par «ne média anee au peuple weoaVawftée.

Kn 1667, à roccasion d'un lutaulle nocluiue dont les auteuri étaient des étudiants du Pays-Alieinand , Berije laisait donner oi drc à Lausanne que « les Romands y dcmeurans eussent à s'abstenir » de tous propos do mépris envers les dits A'Iemans pour éviier » aigreur et fâcherie; espérant, ajoutait Berne, qu'à ra\enir Lau- » sanne ne permettra pas que nos bourgeois en pasiant par la viU » le soient balToués par les leurs. >

blique n'étaient à nous. On avait fait un pas: reauit le second; il vînt avec de la patience.

C'eist le refrain de notre histoire: il y a certaine*

ment ici quelque chose qui sait pâtir^ qui le sait trop pêut-ôtre. Une vertu? cela se pourrait: maia bien souvent un vice. La palienco est un arbre grand et fort^ lent a produire, et qui se charge a la fin de toute sorte de fruits; Mais il a son gui, si Ton n'y prend garde^quirafiaîblitet qui le rouge, sa mousse qui Féndort, savoir , ô mes Amis! la ^riste indiiTérence et la paresse qui use plus que. le travail.

Le Dix-s£PTi£MB Si£CL£ iut pour la Suisse le. commencement de cette longue impuissance qui a fini par une dissolution où il est miraculeux qu'elle n'ait pas trouvé la mort. Pour nous, familiarisés avec la vie helvétique, en même temps, que le perfectionnement et le triomphe de IW prit français nous initiaient naturellement à des forces nouvelles, le dix-septième siècle fut un ^emps d'instruction et d'attente, qui n'aboutit non,

plus qu'à une conspiration si Ton peut donner co nom au soulevemeat d'un homme ioul seixL Mais eelle-ci fol entièrement pureel toute dans le sens de la Suisse^ à laquelle Berne nous rattachait mal en continuant â vouloir égdîstement peser sur nous.

Cette grande époque présente deui eôtés différents: Tun^ catholique, royaliste et brillaul; Tau-

subsista dans sa gloire^ et le nom du Mèole lui est

resté: le second^ vu en face du prefinier, n'en parut Ion g- temps que Taccessoire importun» le point noir et trouble^ la tache désolante, Torage épars et changeant; tandis que Tayenir sans doute, le dégageant toujours plus, raflermira dans le lointain et le fera grandir^. Le catholicisme romain et la royauté ont atôrs pour eux Tamour du changement quj aide aussi les réactions, Téclat d'une

* Il y a ui» autre dix-septicrac «iécle catholique et Irançais, (jui lend la main, par dessous le manteau royal de son (rère aîné, au dix-septième siècle austère et républicain : c'est celui dont le Jansénisme, au milieu d^aulres tentatives analo^jues fut le principal représentant, Pascal , le génie , et dont on peut regretter que Port-Royal n'ait pu se faire complètement le chei elle Réformateur. H est demeuré long-temps enseveli, sous sa propre humilité d'abord , puis sous la persécation et les ruines ; mais M. Sainte- Beuve nous le révèle avec une pénétration d'esprit et d« civiir, une érudition de science et d'àme , une fleur de pensée et anecba«* leur de vérité qui laisseront de son séjour à Lausanne an bien cher et durable souvenir. (1837 — 1838)

lois

cour sans rivale, la suprématie de la France el

de son roi^ un â^c iiuérairQ; mais il leur manquei un certain dérouiement et enchaînement de vie: ila

soul debou l plutôt qu'en marche ; c'est^ si Ton peut dire» la perfection du genre plutôt que le progrès. Avec eux^ le dix-septième siècle est dominateur^ mais il est isolé ; on sent du vide â s» base ; toujours un peu d'emprunt dépare ses plus belles inven-» tiens; son parfait na.lurel est toujours unpeucon-? venu; autour de sa vérité si viv^ flotte je ne sais quoi d'imaginaire ; son christianisme se fait courtisan S Cherché dans le puritanisme ctt dans la rét publique^ ce même siècle semble en quelque sorte ne pas être de son temps ; il est bizarre , étranger au milieu decequi Tentoure. Tout luîmanque: Punité, sans laquelle il n'est rien d'accompli; l'assentix ment de ceux qui faisaient la renommée ; 'la popularité, les élèves, lehouhe.ur et finalement le suct çès. On ne veut pas même alors qu'il ait la poésie, et la science 9 quoiqu'il produise Milton â la bau-^ leur duqu€>l la France n'atteint pas, et que Newton le touche de très-près. Cest néanmoins par ce côté rejeté dans l'ombre qu'il tient le plus profonçlément açç quiprécède et à ce qui suit. Ce monde

Eât-il auci^n monument Uuéraire qui, dans Témolion q.u*i). produit, mêle à autant d'admiration autant de répugnance que ift^ Orabons funèbres de Boaauet? \ '

obscur et sévère ressortira d'aulsnt plus^ â mesure

que la \é/iié se ièrf^jour: parce que, si son christianisme fut étroit^ scNi républicanisme incomplet, e^ Tua et l'autre épuises d'uu seul coup, il s'efforça cependant de délivrer. Tbomme de tout ce qui n'est pas Dieu, et qu'abusé sur l'avenir, dans le présent du moins, il ne releva pas lefi» vieilles idoles et ne se prosterna point devant de maguiûques mensonges, qui ne çcint plus aujourd'hui que de la pourpre en l.ambeanz.

Malgré l'imperfection de notre Réforme et le prompt tarissement de sa sève révolutioonaire, au zvn* siècle 9 elle nous range cependant dans ce dernier parti. Berne et la Suisse protestante ne veulent plus de la première liberté politique ni religieuse : mais ils sont pourtant à la republique plus qn'À la monarchie tout en faisant des affaires avec celle-ci; aux puritains démocrates plus qu'a Louis XIV et qu'aux Stuarts, tout en ne pouvant pas grand^chose pour cenx-lâ. Les apparences surtout sont les mêmes. La Réforme est demeurée incomplète dans son principe, dans sa prédication, dans son église. Mais la contrainte et un zèle qui, vrai ou taux, est alors moins refroidi, donnent aux mœurs et a toute Texistence, dans les pays protestants, une austérité uniforme que nous ne

ccnnaissons plus. Les loix ne sont pas seulement de police ou de gouveroemenl^ mais aussi de morale. Elles s'ingèrent de votre manger et de votre boire^ de yo& Têiements, de votre dormir e| de vos veilles. Tout est plus grave et plus strictement taillé; tout se fait davantage au commandement. On sent que cette yie manque d'aise et d'air^ que quelque chose lui pèse^ que u ajant pas tout en«fanté et ne le pouvant plus elle se tourne et se retourne sur son faix^ sans trouver qui l'en décharge. Ce n'est pas du malheur, c'est du malaise. Chez certaines âmes, sous l'empire d'une imagination ou d'une passion forte, ce malaise, devient humeur noire, sombre fureur. Mais, au lieu que la mélancolie vague et fantastique de notre siècle se rêve en quelque sorte elle-même, celle de ce siècle de foi rêve les réalités de la foi. Ce tourment intérieur, vnlgaire chez les hommes vulgaires, grand chez les grands^ prend une existence propre, un corps: c'est une vision, une ombre sensible, un personnage mystérieux, agent du ciel ou de l'enfer, un démon, plus ordinairement la Tentateur lui-même sous un visage humain.

Sans YOtuloir par la expliquer entièrement l'épidémie morale que signalent alors tant de procès de Sorcellerie où le condamné fut souvent son propre accusateur, ne faut-il pas, du moins, Fat-

tribuer aillant aa réveil trouble de l'imelligence qu'à sa faiblesse et qu'à son engourdissement'? Toute espèce de dépravation fut sans doute pour beaoeoup dana le mal» mais peut-être y 6ent*on bien moins encore d'ignorance grossière, comme on le suppose au prenûer abord , que cet état in* quiet de demi-connaissance où la Réforme et la vévolntioin f^énérale avaient laissé les esprits

Il parait que notre pays eut singulièrement à souffrir de ce fléau; on peut l'appeler ainsi. Noua avons vu » au second livre ce qur favorise cette sorte de merveilleux à froid dans un caractère, tel que le nôtre où beaucoup deabmmeil finit par enfanter des songes, mais où la rêverie a toujours quelque diose de positif. Ceci peut bien servir à expliquer le trait général, mais ne rend point nûson de sa saillie prononcée à cette époque , si l'on ne fait pas attention en même temps a ce que l'emploi d'une violence excessive dans une çauvre de liberté avait dû jeter d'angoisse et

* Au moyen-à^e, sectaire et sorcier, dans la langue comme dans ropiuion , étaient volontiers s) uonymes.

' De cet étranges procéf de Sorcellerie et de tontp» les épidémiet de ce genre* qpi sontd'ailleors des laits historiques, il faut dire evec le poète : ehe fa dubbiar ben saggi,

Gi<^essns# p. Sîl sqq. el8D6, n.a.

laisser de recherche inquiète^ de curiosilé familière cl peureuse^ chez un peuple faible, reniré en lui-même ei craintif. Aussi est-ce dans la partie romande du canton de Berne que se firent les principales recherches contre les sorciers*. Rien n'était si fréquent que d'y entendre parler de personnages ea accointanco positive avec Satan, et de leurs communs maléfices. Vainement les divers édita de Réforme avaient-ils sévèrement défendu toute entreprise de communication avec les esprits de ténèbres. A chaque instant de nouveaux coupables étaient découverts^ et souvent ils se dénonçaient enx-mèmes. Gela vînt au poiui qu'il y eut un synode ' assemblé dans le but de chercher un remède au mal> etuncaté"* chisrae publié à ce sujet. Le mécontentement-et la misère faisaient alors des sorciers, comme^ dans le siècle suivant j où l'on y croyait mofats^ ils fir

* M*7a-l-ilpas dans ce laît un rapport'astesétrangs avec et dont les VandoU religionnaircs avaient M aatrefoif . accusés? Voy. çi dessus, p. ti9-t35.

* Co fut le dernier (16;)5). Voy Rurhat, Abréjjé etc. , p. H6 , U7. — Fragments historiqjes sur B«îrnc , P., p. 261. — î^ans le seul district romand de la Montagne-de-Diesse , qui relevait particulièrement de Berne en matière ecclésiastique, il y eut, par àouze condamnations réparties sur un dcnii-siècïe ( i6i \-i6G7^ soixante personnes mises à mort pour cause de sorcellerie. Cette pclile contrée n'a que cinq-quarts de lieue de large, six de ionj», et uu millier d'habilanli. Voy. Gescbichtiorscher , V«

reni des voleurs et des brigands. Toute la contrée n'était pleine que de lugubres récits*

« Un homme étant allé aa bois s'en revenait avec deux javelles de ramée. Il se reposa sous un cbéne^ en un lieu désert, non loin de la forêt. Xis, comme il disait eu lui-même, se tristant cl lamentant de sa pauvreté : « Je n'ai pas seulement le » moydn d'acheter du sel; trou vèrai-je quelqu'un » qui me prêle? 9 à Tinslant s'apparut âlui une grande forme d'homme vêtu de noir, qui lui dit: « Qu'as-tu? pourquoi te tristes-tu tant?» Sur quoi le pauvre homme lui répondit que son indigence en était cause, et qu'il voudrait trouver quelqu'un qui lui prêtât de l'argent. Sur ce» leVêtu-de-> noir lui dit: « Si tu veux me croire, je te ferai ri- » che: tu n as qu'à te donner à moi, et je te donnen rai autant d'or et autant d'argent que tu von- » dras.»— « Ët qui êtes vous? » — « Je suis le Dia- » ble. » A èe mot^le pauvre rëdama le nom de Dicu^ et le Yêtu-de-noir se disparut de lui. Mais le même jour « après goûter, il retourna au bois; et en la même place se retrouva le dit Yêtn-denoir^ qui le pressa encore de se donner â lui; que d'ailleurs il était sien déjà depuis long-temps, puisqu'il jurait d'ordinaire % et que, bien plus, il

* L'accusation d'être jureur est fréquente dans ces sortes de confessions: peul-etre faut-il se souvenir ici de l'importance que les •dits de Béforme avait mise à reprendre les iurcmenls.

mentail : toujours lui promettant de le rendre

riche. La dessus le malheureux s'étant laissé tenter et confondre par les charges du Malin renia Dieu son créaleur et prit le Diable^ ennemi du genre humain^ pour son maître. Le Diable, alors, lui imprima en dedans de la cuisse droite une marque que laccusé montra aux juges et qui fut, dit la procédure, bien éprouvée. Il lui apprit, aussi lenom(Saugettaz)doQt il voulait être appelé et invoqué par lui. Après quoi le Diable lui remit une boite blanche conteuant de la graisse verle, une autre botle notre contenant du ponsset ou fine poussière, et une épingle noire. Tous ces objets devaient servir à faire mourir gens et bêtes. Le salaire serait de trois sols par chaque mort. Le nouveau sorcier avait promis d'obéir â ce commandement diabolique et meurtrier ^. » — • Un autre' avait rencontré le Tentateur, disait il, en gardant le bétail, au mois éù Mau Comme il ramenait le troupeau àTétable, il avait aussi vu apparaître la c grande forme d'homme vêtu de

Détails , prcs(|ue entièrement textuels , tirés du Procès criminel de Pierre Alottbey, jugé à CoUens m MSG comm: par M. Fr.de Charrière. —

* Procès criminel de Marcq Morand , jugé à Cottcns en i6&l.

noir'». Il eul pear, el le nom de Dieu inFoqué

chassa le Maudit, mais jusqu'au lendemain seulement Ce furent alors les mômes sollicitalions de se donner 9 les mêmes accusations de men* songe el de faux serment devant la Justice , en* fin le mtoe dénouement et les mêmes cérémonies. Le sorcier fut marqué sur Tépaule gauche; il reçut Tépingle noire et les deux boites de graisse et de poussier » Tune blanche, l'autre rouge ; et son nouveau maître lui dit de l'appeler désormais Pairasset.

Cela fait, les sorciers, à entendre leurs confessions ^ commençaient paréprourer ces ingrédients et instruments de mort, lis les essayaient d abord sur quelque animal peu propre a attirer Tatten-* tîon, un chat, un chien, elc. Ordinairement même, les premières victimes qu'ils s'attribuent

' D'autres le voient c vêtu de vert > ou • vélu de brun, ayant les pieds comme un cheval » ( Geschichlf. , ib ). — Dans les récits des accusés, c'est, pour l'ordinaire, d'un grand mouveraenl do tristesse et de désespoir qu'ils datent la première apparition. Une femme (ib ), nommée Jacobce , ayant son mari malade depuis long- temps, avait dû prendre des laucheurs et leur portait à manger ; chemin faisant, elle vient à pleurer et se lamenter sur la situation de sa famille . et le Diable lui apparaît. Un autre ( ib.) au lieu de trouver ses faucheurs dans ses prés, y trouve le bétail à l'ouvrage : alors il « se regrette el lamente de voir ainsi fouler son * bien ». — I^ous n'avons plus les sorciers, mais nou^ avons les suicides.

au

ëoni de leur famille ou de leur maison ensuite, ik

les oot prises chez leurs voisins, chez leurs mai- Ires ou chez les puissants de la contrée. Vaohe^ bœuf, chèvre, brebis, jumeal paissant â l'écart , ont» disent-ils, péri; tantôt pour avoir mangé de leur graisse étetidoe sur du pain ; tantôt pour avoir été piqués de leur épiugle, au col , au dosi . a Pépaule gauche, asë^ volontiers, il semblerdans la partie correspondante â celle où le Diable les avait niarqués; Parfois, de leur propre instinct ou sur le commandement de leur maître, les sorciers s'en vont semer de leur poussière infernale sur les pâquiers on prés communaux d'un village; mais « par le vouloir de Dieu il vient une pluie ^ qui lave les prés, ensorle qu'il n'arrive aucun mal » Leurs maléfices, assurent-ils j n'ont pas même épaïf né les hommes. Une sorcière; appelée Guillaumaz» engraisse la porte d'une maison et le propriétaire meurt; il est vrai que c'était après une épidémie. L'un pique au genou sa propre fille, enfant de douze ans, qui en meurt. D'autres

* € Pour csprouver la dite f^raisse il en donna à manger à ua sien chai dessus du pain...» — « Il piqua au genou gauche une sienne iîlie, âgée d'environ douze ans.» Ib.

'Mais une sorcière, nommée Mis, et ponr Uquefle le Diable «'appelait Gabriel, n'avait qn'i « Irapper Teau «la bassin d*ooe Con* > laine avec noe verge blanche, et aassitdl vn nuage s'élevait et se • changeait en gréle ou en {;c!ée.» Knenlin , Dictrf, art. Roe.

complotent do faire périr un hotnme considérable de Tendroii, parce ^ disait-ou^ qu'il allait être mùmmé oIiftlelalB.

Les femmes, surtout les vieilles et les veu- Tes, paraiaaent avoir été le plus redoutées en ce genre do maléfices. Vers le milieu du xvii® siècle, l'une d'elles, appelée vulgairement La Martine, fut dans nos contrées un objet de célébrité et d'effroi £lle entre un jour chez un de 'ses voisins malade, avec qui elle était en différent , et, s'approchant de son lit, lui prend assez fort le gras de la jambe: désormais il se sent plus mal et ne peut aller qu'avec des béquilles ; ses jambes deviennent toujours plus faibles et décharnées ; parfois le col lui enfle , disait-il, et il s'y fait des cris, comme les malins esprits font de coutume. Un petit garçon ayant jeté des pierres â la vieille, son chapeau lui est pris, et dès lors il déchoit tellement qu'il deoieni à rien, et qu'il meurt. Des femmes, touchées sur Tépaule ou seulement prises par la main, avaient eu dès le lendemain le visage, le sein, les bras et les mains, tout rouges , puis couverts de vessies^ elles assuraient surtout qu'il leur semblait souvent que leur corps était plein de fourmis. Une autre avait reçu les malius

' Procès de la veuve de Jehan Marlin, jugée à Lausauoe , en

^ lia plat d'esçargots. Une autre encore , sur co aeal mot: qoW/b ê*m repentimdl, était peu l9inps après devenue « comme enragée: U lai niemblaît qu'elle devait frapper les muraiUea el passer par le trou d'âne ûgniUe it §Qrtê ie donnaient p^ Tattouchemeat^ par des parolçs de

midédietion proférées dans le« Ueux publies # m

marché, a la fontaine, ou simplement on causant â la fenêtre emre voiaiiM» ^

La persuasion générale m'était pas difficile, on le v<Htf («as empiriques nçhevaîent de l'^^erinir en reoonnaiamt, par ce qui est toujours enK yem du people le grand mo^en de divination médi-' oale, que des malades evaiwi le Uaiiu dsw leurs

corps. C'était la foi du temps; mais c'était suasl la jalopsie de métier: car tes sorciers et les sor*" cières ne possédaient pas seulement des droguée meurtrières; ils composaient ou indiquaient dos remèdes merveilleux Les serviteurs du Qîebie

* a â^claPé, que ta dits vefVe loi a qiulqqcf^^U part« asluns lotis deux au fenestres de leurf maîsona ^^ai se touchent.,.» Ibîd.

' Dans cor^ins cas* H {allait pprtar <on enfant entra onzç henrca Stminnit, à trois pas de Tavant-toit» la tete la première, et le remporter de même k la maison sans le relonmer. D'antres fois, il fallait loi couper les ongles en croix , en faire nn paqnet » et les jfler «tt rais9fas»sana regarder TeadroU» sans parl«r è.peraonne ai en allant ni en revenant.

ne se bornaient pas non plaa à tmr et à guMrt on leur reprocbail des adultères > el le vol iai^ sait aussi partie de leur art» Ils ocafassent umé

multitude do petUs larcius^ larcin de javelles au leaps de la moisson , de blé dans les marchés et les foires, mais partii^ulièrcmenl do bl6 do la dîme» larcia de pain, de leatîlles, de choux, d'avoiod, dW{)res, d'iiabits» de cuirs, d'outils, d'armes même, do tout ce qui pouvait leur tomber sous la maia dans leur vie arrame et rustique* Us la ven« daiont à des étrangers» surtout à des Bourguîgnons ou Franes-Comtois, qiu servent encore au^ jourd'hui à maints pactes de ce genre ^ , dans lesquels il tt y a plus de sorcellerie mais où le diable ne laisse pas d^ntervenii*. Ce n'étaient point là, prétendaient-ils 9 leurs seules ressources. Leur maître les payait, suivant sa promesse; en géné* ral peu grassement: trois sols par méfait» et encore pas toujours. Ordinairement, les sols, le bats, n'étaient pas tout bons; quelquefois la moitié» quelquefois seulement le quart étaient réels; le reste» i la fin , ne se trouvait plus que des feuilles de chëuo.,

Le sorcier n'agissait pas toujours seul : il se réunissait souvent à ses frères en damnation. Ou

* Notre langage vulgaire donne le nom de pacle {paehe) à toute espèce de marché.

complotait aa ceiii du foa; on se fencontraif

à la seiie diabolique ^ ou au sabbat, près deà fou" taines solitaires^ au pied des collines, sous les * poiriers sauvages dans les lieux écartés, ou à Toinbre des noyers autour des maisons mal famées Là on dansait autour d'un feu bleu attisé par de petits diables sautillants, on buvait des liqueurs étranges, on mangeail les produits de sa chasse magique, el quelqu'un de la bande « disait les chansons ». Mais ils n'étaient pas constammeni de bon accord. L'un d'eux avait-il été, à Texclusion de ses confrères, honorablement traité dans un lieu public; l'un des assistants ayait-il finit part â celui-là seul de son pain et de sa pitance; les autres s'en montraienV jaloux et menaçaient de se venger. Irascibles et soupçonneux, pour se croire en dehors du vulgaire ils ne prétendaient point être au-dessus de l'offense , et bien loin d'oublier ou de déplacer le point d'honneur, ils n'y étaient que plus sensibles, l'établissaient sur les mêmes bases qu'avant leurs affiliations sataniques^ exigeaient et rendaient les égards de la politesse

* Sêiie^ sestUj ou shctta comme on dit encore aujoord'hm dans nos campagnes. Probablement de ^^c/e. Yoy .ci-dessus, p. 1019, n. t.

' «... dessons le blessonnier et vers les noyers près sa maison >

dît un sorcier.

comme rentendaienl les gens de leur classe et eomme, dans nos carapagneg , o& les compread eBGore aujourd'huL Ainsi, c'était an aflRront mortel que de n'avoir pas bu un verre de vin que l'an d'eux tous aurait porti^

Se trompant ou trompant les autres, en y mettant plus ou moins de précautions , ils vivaient ainsi quelques années *, le Diable, à leur dire, continuant à leur apparaître de temps en temps. Puis, dénoBcés^par la rumeur publique, trahis parleurs camarades, vendus parleurs complices, et surtout déçua, poursuivis par leur manie , par le re« mords et par le malheur, ils tombaient un jour ans mains de la Jnstice m s'j livraient euz-md» mes, avec une liste de leurs adhérents. La torture faisait Tenquète ^ et la crédulité publique la dirigeait. Du reste, nul ne partageait autant eette crédulité que ceux qui en étaient les victimes. Al'audience , ils soutenaient que leur Maître les te^ nait au gosier, pendant la question , pour arrêter leurs aveux. 11 leur était apparu dans la prison, comme une ombre, leur reprochant de no l'avoir pas bien servi et leur défendant de dire la vérité. Sur leur réponse qu'il était un traitre et un-

' Cinq, six et jusqu'à quinze et ieite am.

* «... t fait les confessions en partie sans torture.»

todo

aiQÂtoar^ il aViyançait sur mx el d'un ^nd coup de poing les jeUÛt par lerre« Plusieurs de ces mal-» liemeux^ hommes el femmes , fnrent brûlés tUb, afin que leurs corps ^ réduits en cendre^ fussent « empcKTlés par tes Tenta». 0 anlrea> par foronr ou par crainte du supplice^ se tuaient dans la pri-^ aoa* Dans les cas moins graves, ou lorsque iea esprits eommenoaient a dire moins frappés , on » oontenta d'interdire à ce genre de suspects leur <iomm€M[*€e qoqoIio ; il leur fut défendu de Tendre des remèdes et ils no purent fréquenter ni'mar-* ehés> ni fonlaises , ni fowa ni moufina.

Ces faits ou d'autres semblables se reprodui-^ saieat partout dans noire étrmie enceinte : il esl bien peu ée kamenu qui n'ait en sa soreiire oo son sorcier. Ou peut croire à une grande légèreté dhna lea obsamiiona: la rratarqoften fciifiûiei dans le temps même où cette singulière épidémies •ommettgail â diminuer ^ Il sotfieaii du moundrei signe sur le corps d'une personne' smpaeie , pour la faire accuser du crime de sorcellerie. Mise à la quesUon sur cet étrange indice, on kri faisait « eu-^ durer des tourments extrêmes j> pour eu obtenir des ayeux^ JDea marques» vues avant la torture^ ne> se retrouvèrent plus après. Ou bieu ]^oxk s'en rap-

*■ Voir daas Grenus, N^ iSt, une ordonnanco de Berne contre- Je lésèreti des enquêtes juridique^ en pareille matière.

(^orlait aveuglémenl sur ce point «ttl tndlcillMâ du iorticir «l a iea haUucinations* L'examen des. membres frappé» de Mléfioe et des empMîiaEtei» dé SâtaB ë'éuÀl aoBTeni faii dans deé « lieux obsourS elMiif6nt»|M l'on ne M dbaii^ tia« toujours la peine d'y revenir â deux. fois. Berne duliîfiémeordonner de meltre a ravenir plus de soin dans oe genre procédures. Néanmoins li» mal tenais atanl toni i des causes morales trop profondes,, ^oelquês^nnes fropinsondables, pouf qu'on puièsè ea avoir une explication satisfaisante, et pour que le remède èe trottrâl dânst une expUeâtion. Les croyances chrétiennes -ne répugnaient d'àUleors pmnt à admettife bi réalité d'un commerce extraordinaire avec le Tentateur. Atfssi l'on «ait combien d'honmies émiaents donnèrent alors sur ce point leur assenfimeni à l'opinion populair05 i6î,eoiillîse ailleunij elle avait gagné tous- les rangs; et si lé toajor Devel , qni éuit plutôt un homme da dixseptième siècle, crut à des communications arvW le mmàB inrâ3>le, notonsrle^ d'avance, il ne faisait en cela que partagei* les idées de son temps. La sorcellerie ne fut donc que réprimée dans ses actes, die ne disparat pas; eBe subsista, sourdement; et la croyance à ce genre de merveilienx, après l'espèce de recrudescence que . nous venons de rapporter, joint à tout ce qui lui avait d^mné a«oèa parmi nousi. laissa ici de telles.

]oa2

traces qu'on en retrouve encore plusieurs aujouF d'hui*.Quoi qu'il en soit, voilà un des traits prononcés du dix-septième siècle, et du dix-septième siècle protestant; d^agë, mai» TioleniBienty des anciennes superstitions, il en avait emporté quelque chose avec lui et y mettait comme un nouvel esprit , connne une force nouT^lle*.

Mais , avec un earactere particulier que le

mot de Puritanisme, eu tout pays , marquerait assez bien, la Réiorkne avait encore alors là aoèno politique et en occupait le devant. La Suisse, partagée, dut rester en dehors des mouvements principaux. La guerre de Trente-Ans ne fit que Téélabousser , à Texceptiou des Ligues-Grises que cette vaiste guerre prit dalis un de ses rayons. Avec les Provinces-Unies, le service militaire et les communications théologiquea ' ne produisirent guères que des relations, assez étroites et long-temps soutenues, mais tombées aujourd'hui. La république d'Angleterre était encore plus lointaine et plus inabordable. Néanmoins elle trouvait ici bien des sympathies. Cromwell, soutenant» comme les Cantons réformés, les Vaudois piémoutais,

* Le Pantalogue msc de la Section Vaudoise de Zoffinguc contient de curieux articles sur les sorciers célèbres de notre pays et %VLt les traditions qu'ib ont laissées parmi nos montagnards.

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lOdd

a^ipl bumîUé la Sarim oelte yieilb ennemie dea

Confédérés. Le supromeascendaat que prit un mome&l Louîa XIV ^ son dédain pour la &uifi^ fion insolence et y dana l'occasion , son mauvab tooloir envers elle, la nullité florissante où il contribua le plus à la iaîre descendre el eroupir, tout cela ne laissait pas d'inquiéler parfois vîvciucnl nos aristocraties républicaines; surtout, les cités protestantes^ qui n'en faisaient pas moins avec lui trafic de soldats \ Ce qu'Adrien de BubenbfMrg avait déjà redouté deux siècles auparavant ^ venait de s'accomplir en entier: la Franche-Comté était désormais â Is France, qui recueiUait.ainsi les derniers fruits de celle guerre de Bourgogne dont l'Helvétie avait fait toua les frais. Plus tard, Louis XIV , ne trouvant pas Neuchâtel indigne d*iuie

* « Les derniers succès delà France avaient tellement enfle l'orgueil de cette cour, qu'elle fit écrire. .. au canton de Berne que le Boi ne lui avait pas d'obligation des troupes levées sous prétexte de lui rendre sei vicc^ et qu'il aimait mieux ie relus du canton de Zurich qu'un don Tait avec tant de restriction et de regret.» Mém. de Ludlow (Coll. Guizot, Paris iô251, lU, W.

' a Durch Vernichlung des Ilauses Burf^uncl allé Mnclit im West an Frankreich zu brinyen , hielt ... Bubcuberj} fiir Uavui slaïul . ■ Mull., L. V, ch. { , avant la n. 424. — La Franche - Comté lut alors dcclarce neutre, en faveur de la Suisse particulièrement; mais pendant les guerres subséquentes, la Suisse ne sut trouver d'énergie ni dans son inlércl ui dans spu droit pour maintenir celle ncutralild.

petite gpctem de «neoeMiatt^ Toulai ctntofrfMT

an prince français de ce oôt^i du Jura. De Tau-» Ire se rassemblait déjà une forte armée. Berne se mit sur ses gardes^ occupa les passages^ disposa les signaux et ent mème^surle lacLémaii^ tmepe* tite flotille dont le commandement fut naïvement offert au fib de Duquesne , baron d'Aubonne^ retiré en Suisse pour cause religieuse ap«is la Ré-^ Tocation * • Louis XIV était â son déclin et la Prusse Remporta Biais Berne arait été aiir le pcant de ee

mesurer avec le grand-roi. Et auparavant^ lorsque dans tout le feu de la gloire^ il était l'ami dea Stuarts, le représentant de la royauté iriom-^ pbante^ elle n'avait pas eu peur de prendre soua Sa proteotion des répuUicMns et des réfolitlion-» naires anglais.

Ici même en effet j quelques-uns trouvàreiit re^ fuge; deuxentr'autres: Broughton, qui lut à Charles I son arrêt de mort^ et le générid Ludlow^ ré^

^ Henri, aiarqnis DuQoMne , transporta et ensépoUun à AilH boDBO le coBur de son père qu'il avait été réduit à faire enterrer eecrètement. Lev. , Dict. — Sur les divers barons d'Aubonne et la •ingiilarîté de leur sort , voir Sinner , Voj. 1 , 51^516. — Sur la tncceaiîon de Neuch%iel , Fragm. neuchàtelois par Ul. Gninand (Laos., IS33) 77 eqq.; Fragm. hiktor. snrBérne, U, 227 ^1»$ Me.

' « On en eut la bonté, on en témoigna da reatentimcirt pendant six semaine», après qaoi« taute de mieiSt pouvoir, on s'apaÎM de soi-même» • Blém* du duc de St^Sîmon , V , 493. «

publicaia sincère» digno d'ùlrc reuiicmi de Croinwell mais non sen rival. Ganàve rafbsa un atila â ees proscrits d'une cause qui m pouTril rëdamer du nom de Calvin ^ Berne, que n'ébranlèrent ni promesses ni menaces, leur ouvrit une re» traite dans nos contrées el nos pères prirent la tâcbe délioala et doooe de leur en Etire les honneurs. Vevejr se distingua particulièrement. Ludlow et ânq de ses compagnon* y furent reçu» « avec de grandes marques de civilité et de bien« veillance par les magistrats et le peu pie >» .Selon l'antiqne usage, le vin*<fo la bourgeoisie futollert aux proscrits, en qui l'on se plaisait surtout à voir des martyre de la liberté \ Le banneret,le châtelaiuj» vinrent leur £aire visite et, dans les deux église» de la ville^ des places leur furent réservées et marquées de leurs noms. Berne, malgré le lâdie exemple dé la Hollande, ayant refusé de les livrer, leur» ennemis essayèrent de s'en débarrasser par l'assassinat. On peut ne pas adopter toutes les terveiira^ tous les soupçons auxqueb ces infortunée

* • Hdnttanm abandonnét deeeux qui araieitt te mèmt intérêt à Matrair ^euMia. » Lsdlow, Blém.» ttf. S96b

^ Ih nova «Mnraieiit ^e... tes Mraartiioes que nous avions on— éacéM pour lalilMiié do aotre pays cUienI le principal motif te leur cmprossement à noas ofif îr si cordialeoienl lenrs services. »■ il. , p. 516.

s^abandonnèrenlf hésiter eDtr^aulre â croire avec

Ludiow que celle Henrielle d'Angleterre qui « fut douce envers la mort comme elle l'était envers tout le monde y>, ail été le principal artisan de ces machinations; peut-être faut-îL même tout réjeter snr des subalternes qui, n'attendant pas qu'on leur demandât ce genre de services^ s'en promettaient eux-mêmes^ en cas de succès^ de magnifiques récompenses, que, d'après leur accusateur^ ils n'obtinrent pas toujours. Mais ce qu'oa ne peut nier, ce sont les tentatives d'assassinat, puisque Pune d*enlr'elles réussit. L'un des réfugiés avait quitté Tevey pour Lausanne, espérant y olre mieux en sûreté; il se rendait un jeudi ma-> tin au sermon dans Téglise de Saint^FrançoisattO'nante â Vune des portes de la ville. Gommé il passait par une des rues aboutissantes, un inconnu, couvert d'un grand manteau, sortii d'ûne boutique de barbier où il avait prétexté quelque achat, salua l'Anglais et le suivit douoementjiisqnes jur la place où le temple est situé. La prenant une carabine qu'il avait tenue cachée sous ses vêtements, il la lui déchargea dans le dos ; le coup fut mortel : un second inconnu se tenait prêt dans le voisinage avec deux chevaux; les assassins crièrent: Vive le roi! et disparurent au grand galop du côté de Morges. A Vevey où les républicains Anglais étaient fort aimés et jouaient davantage un

ràle^ toute h Tille, a la lettre, s'occupait de les garder. La maison qu'ils habitaieat (elle existe encore) fut fortifiée et pourvue de toute aorte de moyens de dcfease. On leur permit, en cas de nécessité^ de sonner la cloche d'alarme, et ila pouvaient le faire sans sortir de leur logement parce qu'il touchait â Tune des portes. Leur propriétaire était continuellement à Taffuit des nouvelles concernant leur sécurité. Tous les hôtes et les cabaretiera de la ville furent requis de rendre compte, chaque soir, de toutes les personnes qui viendraient loger chez eux. Aucun bourgeois ne devait recevoir d'étrangers dont il ne pùt répondre. Lesjours de foire, la garde était doublée. £t quand (fa eut appris l'assassinat de Lausanne, tous les hdbiiauls de Vevej, des hameaux et villages de sa dépendance recurent les ordres suivants publiés par deux fois dans les marches et devant les égli« ses : « Au son de la grande cloche, ou â Fouie d'un » coup de canon, ou â la vue d'un feu allumé sur » une des tours de la ville, ils devaient s'armer, ocy> cuper les avenues et saisir tous les étrangers ou » inconnus pour les amener devant le bailli; si c'é- » tait de nuit qu'apparaissaient les signaux, se ren* » dre en armes à la demeure des réfugiés anglais » pour y recevoir des ordres.» Chacun, en pariiculier, s'empressait de concourir à ces mesures. Un habitant de Vevey, allant à Lausanne, reucontrait-

lOM

il chemin faisanf^ dans quelque endroit suspect, des étrangers de mauvaise mine; aussitôt tournant bride sons quelque prétexte» il réntrait â Vevey et donnait réveil. D'autres fois, c'étaient des bommes subitement débarqués après le eoucber du soleil et logés en différents cabarets, leur bateau les attendant sur le rivage , avirons tout prêts p tandis que ceux de tous les autres bateaux du port avaient leurs attaches d'osier coupées et hors d'état de servir. A la maison de Lndlow et de at^ amis aliénait un jardin dont le lac baignait les murs; or c'est surtout en Savoie que s'ourdirent ces Irames, ouvrage de misérables sans ressources, déjà couverts de crimes et réduits à tout. Ils trouvaient quelque pied â terre dans le Pajs^de-^Vaud chez certains hommes de leur sorte^ chez un officier de fortune, par exemple, nommé Balthazar, que les rapines de guerre avait accoutumé à faire profit du sang. Mais les uns et les autres étaient déjoués par leurs voisins, par leurs propres parents, par quantité de personnes de divers endroits du pays et de diverses conditions qui, invitées à favoriser ces attentats, non seulement refusaient d'y prendre part, mais en donnaient aussitôt avis Voilà ce que sut faire, quand

* &ir tout cela, et eiitr' autres sur lus ^ons of&ces que rendirent

notre Vlmné aUbit d'aUleufS in déwdroee p la sy m»

PaUÛ9 pour um noble cau«e el pour l'exil qui es| une dw pbs grandos doolears. Bien qan d^onéat

par cette soUicitade générale^ ces menées enlrele* naîent cependant Ludtow ei aeaamia danadea Iran* «ea perpéln^lea. fla n'araienl que la consolation des proaorita» «avoir laitenle dun avenir qui ne TÎenl pa« , parce que oel avenir qu'ila demndeni , c'est le pa^sé qu'ils ont déjà tenu dans leurs mains

la cruelle eipérience. La révolution de 1688 le trouva encore vivanl. Le vieux rëpuUioaîn aecev* ml â Londraa* L'ordre de lui fiilre aon proofts Yy aUendai(« Frappé au cœur^ il revint mourir auinrèa de aea amia de Vevey • lUeur a laiasé aon toni* 1093 t>eau^ mêlé encore aujourd'hui à leurs cendres aana nom, Lea idennea même ne finit ploa guèra

de bruit: et pourtant ce sont là les restes d'un des prineipanx acieura de cette révolution d'Angleterret aurpaaiée dès lors^ maia unique jusqu'ici par ses vues et par le sentiment qui rinspirail*

aux proscrits un M. Dubois lenrhôte, un M. Du Moulin, un M. de Jeffrey, tous trois de Vevey, un M. Lonf^eon de Lausanne, un M. de U Fleschère, d'une maison savoyarde et vaudoise, un Fribourgcois établi à Lyon , voir lesMém. de Ludlo\v,III, 337, 539,342, 348, 558 , 404 elc ; et Sinner, Voy. , II , 237- 250, - Le N". HOO des Documents de Grenu3 témoigne aiUAÎ de l'intérêt qu'on porUit aux réfugiés de Yevey.

Tout jmparfait que Hit l'espril de la Réforme^ il

avait encore plus de générosité^ plus de force pour cDDibattre régdîame , que l'espril des révolutions modernes. Notre pays ne reçut pas seulement quelques proscrits anglais: de nombres ëmigrants persécutés y trouvèrent aussi un port, puis une patrie. Dès 1 685, année de la révocation de Inédit de Nantes , on vit arriver des réfugiés français. Leur nombre alla bientôt grossissant et ils refluèrent jusques sur Berne même. II se fit des colleetes pour <r les recevoir, les héberger et les nourrir » *. Les uns furent admis à rester: tous l'auraient bien voulu ; ik étaient , ici , près de France et , par le langage du moins, encore en France. Mais à eause de rafflusnoe , plusieurs durent être dirigés sur rAllemagne protestante , principalement sur Francfort ou sur Berlin ; il fallut les prier et les presser de partir * ; avant leur départ des sommes considérables avaient été adressées en divers lieux de leur passage pour les convoyer. La Suisse

' Mandât baillival an bourgmeatre et eonaeit de Lansanne , iSSU. En 1700. mandat aonverain et collecte générale; la réfiublique demanda des secours & tons ses sujets , et notamment à ses baillu , à ses vassaux , aux gentilshommes et aux c miniatras <{i|i sont ponr- » vus de bonnes cures. ^ y eut aussi des contributions pour le rétablissement des églises et des écoles dans le Palatinat.

' Ceux qui ne le voulaient pas furent traités « comme des désobéissants, t» 1S99.

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riSonaéù aa parlaget owx qui denmii^rait. Le

Pajs-do*Vaud en eut proporlionnellemenl la plus

fraade part*. Laa uns entrèrenl dana dea cpvt*

mu nés à leur eonTettance ; le reste se forma en corporation t el leira desottidanta aoat encore aujourd'hui citoyeiia à ce Chre. La RévoeatioB d»* vint ainsi parmi noua un événement mémorable el auquel pluaiattra de noa Camillea ae plaiaeat i rapporter confusément leur origine.

Apria Cronmell , la poKlique de Louia XIT

agissant sur le duc de Savoie avait trouvé moyen d'étendre lea efleta de la Révocalion joaque aur les Vaudois piémontais. Ce furent de nouveaux réfugiéa. Mais, dîaperaéa daaa lea villea et lea Tilldgcs^ ils n'aapinaieni qv^à f^eiMiquérir leur patrie. La vue des montagnes qui bordent notre lac parlait i cea proaerita de Mura dièrea vallées ; en face de leur asile^ des gorges tortueuses a'ouvraienl cmnme pour lea inviter an retour, et reutrelaccmenl des cimes leur marquait le chemin, lia résolurent de le tenter. Mais Berne et lea canlona prolealanta mirent obaiac^ a ce que la politique leur faisait considérer comme une invaaion dana un état voistn et allie. Les eziléa

' £n 1705, sur 1122 personnes Berne en prit MO, dont U tiers poar la ville et les deux tiers pour le Pays-de-Vaud .

i'éuieni domié wendm-was dans la plaine de Bez,

afin de se diriger de là sur leGrand-Sainl-Bernard. ils s 7 rendirent de nuit par différents diemins :

Néanmoins l'enlreprise fui éventée; et arrivés au

avec le gdtiyemeur d'Aigle leur bon ami , l'impossibilité de forcer le passage, U fallut donc rétrograder. Le gouverneur le* conduisit a Aigle où ils trouvèrent du pain et des logements. Mais à Vevey ils ne furent pas si bien reçus: le e6nseil^ obéissant à un ordre supérieur^ défendit de leur rien fournir ^ ni le Tiyi6 ni le couvert. Ils csm« paient donc tristemént dans un pré lorsqu'ils virent venir à eux une veuve qui» au risque d'avoir sa maison raéée , lelir apportait quelque subsistance et leur faisait part de son pauvre bien. On était en Juin 1688 ; le dernier jour du même mois, à sept heures du soir^ Vevey devint inopinément la pf oie des flammes et ^ sous le concsours de plusieurs vents qui entrechoquèrent Tincendie^ n'en sortit, le lendemain^ matin» qu'à moitié réduit en cendre. Dans Toti des qùarUers qui furent consumés, une petite maison restait seule, n'étant pins enclavée que de débris.* C'était la maison de t la pauvre charitable veuve » : les exilés qu'elle venait de soutenir dans leur détresse demeurèreal persuadés qu'il y avait là un jugement de

Dieu à leur sujet *. L'année suivante, ils reprirent leur dessem y qui réuMit ayeo éclat. Rassemblé» fort aecrètemeiit dans une grande forêt confinant au lac et située entre JNyoa et RoIIe^ ils s'y tinrent cachés quelque temps^ â portée de rielieft vif-, lages d'où ils pouvaient se procurer des vivres; enfin p le 16 Août 1689, dans la nuit, ils s'embar^ quèrent sur une quinzaine de bateaux et arrivé^ rent en fiice , entre la pointe d'Yvoire et Séjpûy^ sur rentre bord; De la, ils entrèrent dans les montagnes et, avec des souffrances infinies, â travere lee embuscades, les précipices, lés balles , la neige et les torrents, épuisée de tout excepté de isœur, cette petite troupe et son chef le vaillant ministre Arnaud escalada glorieusement les obs* lacles et panant â son but. Mais, pour divers^ raisons un certain nombre d'entr'eux avait man** que â rembarquement, et roiBcîermèmeqni de* vait être le commandant en chef de l'entreprise, un capitaine Bourgeois > de Neucbâtel. Apprenant

- * Hût. de la glorieuse rentrée des Yavdoià , par W. Arnaiid, leitf pasteur eCcokmel ( 1710 ), p. l&^Oa a va par les Mém. de Lodlow , qui vivait encore à Tcpoque de cet incendie > que Vevey D^étaît pourtant pas dans rbabitude de âe conduire ainsi envers de malbenrens étrangers. El Genève, écrivant à Berne k roccasion de ce désastre» déplore le « triste état où est anjonrd*hai réduit » un aussi agréable lieu, même servoit d'asile à on grand nom* > bre de malheureai. * Voy. Grem ^ N*. SdO. — Lev. , DIcL

ie succès de ceux qui les ayaienl devancés , ils Toulureat les suivra» s'einbarquèrenl à Vevey recratës de. Suisses et de Français rtfogiés, abordèrent â SaÎQt^GiiigoIph^ montèrent dans leavat- .lées de la Dranae et » « a'amusant à buTOier » p forent contraints de redescendre lion teu sèment sur Thonon f d'où ib se débandèrent. La pbia grande partie se sauva à Genève. Berne fit saisir le capitaine Bourgeois; au bout d'un procès asses long^ileulla tête trancbiey â Nyon, snr ieport^

Enfîn^ si la Suisse ne prenait qu'une part indirecte aux grands mouvemen ta politiques du Purit*nisaie en ces temps , elle avait aussi ses propres guerres civiles et religieuses* C'est aux Ligues de Tantique Rhëtie qu'appartient alorale râle héroïque dans rhistoire des Confédérés. Ces derniers s'en mêlèrent pea activement, moins surtout que les étrangers, espagnols et français. Mais Suisses romains et protestants allèrent au combat pour leur i6S6 compte et » a Villmergen > Berne fut honteusement vaincue par Lucerne> Zug et les trois cantons primitifs* Ce fut moins une défaite qu*une pani* que, assez peu sanglante malgré l'hiver^ la neige et les bois qui génèrent les fuyards» Elle était le

^ Hi. Arnaud , Hist. «!• la glor • mtrée • p. IS , 55 » S6B tqq*

résultat do la surprise et du peu de discipline. Les Vaudoisy que B^rne Tmaii de jouer foui ré» eemnenl, ne se piquèrent pas de plus de déyouemyol que leurs compagnons \ Les dieis de Far* Bsée surfoul manqnirenl om|4élenient i leur de» Toîr'. Mais le succès des vainqueurs leur fut de pea d'ulililë: ila n'étaient ni plus d'accord* ni plus surs de leurs sujets, que leurs adversaires; la oonmmanti d'intérêt politiqm entre les divers patriciats de la Suisse» Remportant donc alors mène sur les passions religieuses, amena une pronple ol &cile psix.

£t en eiïet, trois ans plus tôt, ces patriciats, dont la Guerre Bourgogne fit la fortune et qui Texploitèrent longuement, avaient été rudement avertis ; leurs plébaenseampagnsrds les attaquj^>

'lbbrAlémiMitt>pliisieariauMOiM;€ niMt ilp»r^4S*ik»t » le firent pas à dessein, puisque trais d'entr'em restèrent dans le » ISS.» Relation, msc. de Spielmande Bmgg, qui avait combatta è TîHMrfai ( Flapieisiae Ranbat),

' c Plusieurs officiers se sauvèrent sons prétexte d'aller querîr de nouvelles troupes Pendant le plus pos de Paction, le capitaine Tschady. et Monsieur de Breslcnber({ qui étaient postés avec lenrs troupes sur on monticule * et qui auraient bien pu nous •ecoorir, re{;araaient comme nous nous battions.... L'illustre maréchal Guy demeura tranquille avec son régiment derrière nons.... Monsieor Jean Jacob d*£rlach et Monsieur le Banderet Friscbing arrivèrent pendant Taction avec onse compa^ies... : mais le bruit d*one feuille les fit trembler et fuir aussi bien que bous qui avions déjà été lonii^temps au ieu. » id. • id.

rest aussi bien dans la Suisse papiste que dans la

Suisse réCormée, et Berne s^était vue en péril toutâ-coup. Seb sujets allemands, ajrânt retrempé leurs souvenirs de primitive indépeudance dans lessource4 mêlées ouvertes par lea Aéformateurs, se levèrent et marchèrent contre elle. Autant en firent, de leur coté, les campagnards d autres cantons* L'eflfort fut si terrible que Berne elle mime eût peut-être été emportée si elle n'avait eu le Paysde-Vand pour appui ^. Il était dans tout le trouble et rincertitude d'une situation nouvelle encore mal acceptée par lui ; de plus, toujours très a part^ peu admis des Confédérés, et surtout peu au fMt. Cependant, quoi qu'on en ait dit alors et dès lors , le Pays-Romand ne fut pas si empressé de défendre Berne. 11 songeait aussi â autre chose. Cela se voit de reste â la mauvaise humeur de cette dernière peu de temps après. Il fut rapporté (et elle le croyait puisqu'on dut s'en excuser auprès dçlle)^ qu'il y avait eu ici, à cette occasion, de sourdes menées, des messagers secrets envoyés de lieu en lieu '.Il fut d'ailleurs po-

* « La milice dv Pays-de-Vaud s'étant mise en campagne par les ordres de LL.KE. , ces mutins iurent a\is4Îtot raog^^ à leur deyoir. » f laiiliii , Petit Cbron. , p.

* ■ .... voire même qne Ton faiaait trotter sccrèle|iieiit et clandestinement, île nmit, des messagers. » Grenus, Docji p. W>. —

«itivement déclaré que *i si Ton voulait bien rea-s )»..dr6 toale ohéiasance possible #1 équitable à Leurs 9» Excellences, on ne pouvait cependant pas se baU 3> tre €oalre des frères^ sujeta comme. oouSt sou? » teoani la mèmeTaiton.que noua et maiatenaat » les libertés ^ A Lauaaoneet le restase montroreul évidemment préoceupéea. aTeni tout de foire acte de leur volonté eu ces conjonctures, de. se rassemr bler d'abord^ de se teoir prêts, puia, quand tout serait passée de tirer de là une force nouvelle pour • s*opposer aux uaurpations. Malbeureusemeitt on peasa trop a soi et > il faut le. dire, ou y était bien encouragé par le continuel mauvais vouloir des confédérés allemands a notre égard* L'insnrrecf tion menaçait d'être vite épuisée; le pays, mal in^ formé, mal uni et défiant, prit un mauvaia parti moyen, mélange d'égdisme et d'inhabileté, qui, malgré roccaaion d'une criae ai forte , ne poovait que consolider l'état présent sans nous rendre notre passé ni nous créer un avenir: il intervint, il s'interposa'. Bern^, gardée par lui, accueillit ses

* Id. , p. 436. — En 1641 , Moadon avait déjà répondu : « On ne » veut combaUre contre ceux, qoi sont nos frères ei voûius*.» Id.

' Grenus, Doc. , 26Î). Les choses auraient pris un aulrc tours si, dans un pareil monacnt, le Pays-dc-Vaud avait eu un Frédéric-César Laharpe au lieu d'uu Policr (voy.. iS'. %6h ).

offres > les fil passer maclHavéliquemenl pour plus qu'eilee ne valaieni ea taisanl les retlrictioos^ jeta faoHemeiit du Ironble dans les esprits par som crédit^ par sa puissance^ par ses promesses » par les inimitiéB «ilUes qu'elle sot lier i son propre péril*, el n'eut enfin pour toute peine que celle de aiMager mi montai enoore l'exéeulton de ses desseins envers nous. Us étaîeni déjà bien dé« imlës.

Le lori de o^le république^ pour s'en faire une juste idée, m fut pas tant d'avoir oherebé Punilo aux dépeas de notre développement propre que d'avoir voobi son unité â elle seule , sans que nos

pertes â cet égard servissent le moius du monde

Polier, signataire de ce document, est sans doute le même que te bourgmestre de Lausanne qui, adonné à l'interprétation des prophéties, proclamait alors les heureuses nouvelles qu'il avait décou-* vertes dans les sacrés Registres desquelles Dieu nous promet t'aocomplissement ès jours de la septième trompette ausquels nous tommes parvenus (Le Hélablissemeot du Royaume ; Genève , 1652).

* « La déclaration qu*on ne se battrait point contre des frères fui tenue secrète par les soins du gouvernement bernois , et comme il fil grand bruit de l'assistance de ses sujets vaudoîs, les habitans de la Suisse allemande, auxquels on avait caché la réserve dont ils l'avaient accompagnée , en conservèrent un vif ressentiment, dont le gouvernement sut tirer parti , en 1791 et 1798, pour faire marcher contre le Pays-dc-Vaud leurs Ircres de ï'Argovie et de rOberland. > Fr.-Cés. Labarpe, Observ. sur je Précis hi&tor. de $ei|(neux, p. 2fii.

Punitë belTëliqiie qui, au contraire^ les voyait renforcer «ou obstacle priacipal» La position était do«o fausse. Par la RéfortM et tout ce qui en dépendait^ on avait une liberté nouvelle mais dégradée ; et la liberté ancienne était soumise â des sacrifices stériles dont il ne rejaillissait rien d'utile ni de grand sur oeux à qui on les imposait.

£n outre, une oppression de détail joignait à cela de fréquentes amertumes. La tyrannie consis«

toriâle et disciplinaire pouvait devenir, dans la vie privée, l'entremise de mille petites vexations. Les édils de Reforme avaient défendu les habits découpés et tailladés ; en conséquence on imagina, par le moyen de doublures et de boulTanls de soie * , de faire en quelque sorte des découpures et des taillades en relief ! comme, ainsi, il n'y avait paa d*interslices dans TétoiTe^on croyait avoir esquivé I» loi. Mais la mode» encore poursuivie dans ce retranchement, dut avoir recours à d'autres stra-

* « HabiUemens décbiquelcs » etc. Voir Grenus , Doc. > p. 223. — « ...« iceoi font découper et les forer ei broder entremis de U décoapure, avec le large d'une maîn ouplas de taffetas, et les loDt tellement recoudre qao le taffetas ou âotre matière.*., floque et redonde dehors si largement qu'ils se montrent comme si tels habillemens (combien qu'ils soient consus ensemble) éloicot dédiiqiwtés » Ib., a. I{(i(9.

fagèmes. Le dix-septième siècle vint avec ses aiguiilotles^ ses canons et ses rubans, ses perruques énormes, ses babits d'une étoffe si riche, d'uue garniture si somptueuse^ d'une raideur sL opulente enfin que celui qni les portait pouvail dire aussi en un sens: a Je porte ma maison avec^ moi » ^ • Berne, comme an reste jadîs les Evéques, lançait de temps en temps contre ce luxe quelque, edit sans doute toujours mal observé. Son inquisition tracassière et moitié tbéologique entrait à cet égard dans tous les détails. £lle réglait Thabiilement des deux sexes selon leurs rangs : celui, de la pauvre servante comme celui de la grande dame; celui de la bourgeoise de qualité commè. celui de la femme du pasteur'; celui même des petits enfants, Toulant tout diriger, tout mettre en sa main et comme en sa grâce^ jusqu'aux amours-

* En 1681 on portait dans ce pays même (paisqaecehi y lot dé*. icAdo } dei « étoîks on toiles d*or » d'argent et de bropard , des rn? » bans d'or et d'argent, des broderies et dentelles d'or» d'argent on

• de soie, des joyani de pierreries, de perles et d'émail, des collets » en points de Paris on de Flandres^ des souliers ornés de dentel- », le^ et de galons, des habits de velonrs» de taffetas, de soie et de » satin. » Grenus , Doc,, Ti^, !|97. —

* « Les femmes des minisires... doivent se passer des habits

» velonrs , taffetas, soie et salin, et de tout ce qui leur sera indc^ 9 cent > 'f celles seulement qni sont d'eitraction noble peuvent « po^ > ter aux noces on autres rencontres de solennité un habit de soi^.

• noire et tout simple sans garniture. » Doc, ib.

propiw maMuels. Le iBasmumi des d^entee

pour ua baptôme, pour une noce, pour un enterrement» pour les présents de denil; le costuma sous lequel on devait se présenter dans les tem-. pies» fou| lequel on pouvait asMsier â telle on teUa solennité; la longueur de la perruque; la forme, et la hauteur de la cotifure; Téobancrure de la. robe ; tout cela était sévirement fixé et, a la lettre, exactement mesuré. Le goût du siècle suppor* tttt bien une certaine dose de prescriptions pareil-, les, mais il n'en ^i^pportait pas tant. Et d'ailleurs elles gênaient surtout les petits, à qui l'on enlevait, parfois il est vrai au nom do la morale mais sans les rendre meilleurs, le seule liberté qu'ils aient , celle de la vie privée, de leurs grossiers amnsements, de leurs pauvres plaisirs. Ainsi, les cbann sons nationales, les rondes d'amour n'avaient pas non plus obtenu de, privilèges, çt toutes assurément n^n méritaient pas s mais le peuple aimait jçes chants avec passion ; c'était son âme à lui, essesi peu belle il est vrai, mais telle et toute fràn« che/ dès qu'on ne le sarveillait plus, il reprenait donc ses vieux refrains, jusqu'à ce que denouveaox édita revinssent à la charge et fissent baisser mais non taire sa voix

* « £l eombÎMi qne cet ani pa»sM ayons déienSa les rondeaux

La diiTérence de race amenait aussi d'inëvita-

bies froMsemeols. A début 'de la morgue pairi*

cien ne encore peu développée, les baillis^ la plopari chefs de bande^ apporlaieul ici assez de morgue militaire pour s'y rendre déplaisanla. Faits aux gains brusques, ils n'aimaient pas qu'on se présentât devant eux les mains vides, et le rappelaient durement â ceux qui osaient l'ignorer ^ D'ailleurs, fort insubordonnés eux-mêmes ib ne songeaient point â se soumettre aux lois qu'on les chargeait de faire observer. Le dimanche les voy^

> et aalrit clMinoiii iBi|miUqiic*.... IdlM duBÊêèm^ikiélà reprl- » Mt en main el^e plus tort » etc. Doc.» p. «- Pamii ces . anciennes GOtttames.dens les^elles les chants nationeax servaient comme de rituel cl d'accompagnement oMigé, il s'ea tronvaituno dont l'abolition par la «bosoM berMoîse remonte aussi A ces temps; noQsla rapportons, sans pouvoir décider si dans nos villages elle est encore pratiquée on seulement regratée aujourd'hui : Au mois de BSai» les femmes « a'assomblaîeat avec grmul tumuiCe cl déeoi^ » dre, pour mmtUleret baigner}^ hommes » qui dans ce mois-là avaient battu leurs moitiés. Berne trouva • chose intolérable qu^el- » les iTatlribmsseat ado do magistrat », et le lear défendit. Ih., p. S6S.

* « Ces preèoiers préfets du Paya-Romand étaient des hommea de guerre et do rapine, élevés danè la corruption des penaioBs et lormésauB habitudes qui naissaient de la guerre mercenaire. — Ce qui nous reste de registres des conseils de nos villes « nous en a conservé la preuve; que Ton vouIiU obtenir justice, ou que l'on demandât une concession , l'on savait qu*il lallait envoyer au chllteau quelques testons d*or ou un char do vin, » Le Chroniq., p* SUT*

ait récolter leur foin., tandis que celui de leurs ittbordoDoés reBUil, ce joor-U, forodmeiil expQié MX mauTaiaescliaaces delà Mison. Ils purent être accusés même d'avoir, selon leur bon plaisir^ déU« ▼ré des crtminelt Comme toaa les inienears» ils cherchaient aussi â se grandir eu outrepassant les ordres ou lee intentions du maître :. pour eux c'était un moyen de se faire pardonner leur propre liœnoe; cependant elle allait si loin qmlqiiefoia que Berne était obligée d'inleri^ntr . Sur les avertissements du clergé quand il osait porter jusque»ls rexercioe de son droit de surveillance ^, ou sur les représentations des communes poussées âbout^ elle * adresttsit à ses lieutenants de Révères réprimandes ^; mais CCS premiers abus ne cessèrent qu'avec une autre génération^ qui en vit naître de nouveaux a leur place. Du reste ^ Tétat du pays n'en fadli» tait guère radministration ; les commencements ,

* Voir , dm Grenus » le 192, a. 1591.

' « Les règlements ecclésiastiques du Pays-Romand sonmetUient réglîâe aa contrôle des baillis et les baillis au contrôle de i'éslise. liais les baillis surent rendre ce droit si pesant aux ministres qne ceux-ci demaBdérent d'en être déchar^. Voy. Le Chron. » p. 5il7.

' « 9ien aimé Ballil:.... I?olrt ardente opinimi... eel q«s ta soyes plut diligent..., ainei qne tu aimes d*éviter la déposition de ton office» anqnel nous mettrons on autre, qui nous sera plus oliéissant » et fera noire Toulotr et commandement mîenx que toî. Svr ce IB sache condoîre. > Mandat dn 97 FeYr.,

avaient du être pénibles. Il y eut d'abord un long décburagemenl; la vie communale elle-même en fut atteinte: b*éiait seulement par des injonctions au nom du serment de bourgeoisie^ par des amendes mème> que les TÎlles obtenaient leurs magis^ trats ordinaires ou leurs chargés d'affaires dans un cas particulier * i Souvent ^onc , quel qu'en fut le vrai motif, le relâchement des administra^ teurs bernois pouvait n'avoir Tair que d'une con* ttivenoe. Puis, de part et d'autre, Fbabitude eut bientôt formé son pli. Le changement de bailli > loua les aiz ans, tenait comme en suspens dana une variété qui finissait aussi par être un lien. On ne risque t^iéit non plus â supposeif loujoura l'in^ épuisâble fond des bassesses humaines. Il n'est lieu si étroit ni si pauvre qui ne puisse fournir la vile matière d'un trône ou d'une cour. Bien vite il s'en organisa dans les diverses résidences bailli^ vales. La vivotait tout un petit monde admiratif eu contemplation du dieu régnant ^. Quand le pas«

* «..« auiquels, tiMobftuit tears eit«ses, avont enjoint pa^ 1« •ennait qu'ils ont à ladite ville /d*accepter ladite charge. * Grenus» N". 191 , a. 13191.— < A I«aasaiiiie on dat aalcter d*ttM amende de tOO. L. qoicoBi|iie refoseraH d'accepter sa nomiDalioit à tene cliarge. » Le Cfaron p. 5BS.

* Berne, dans sa fierté républicaine OU son humilité puritaine , avait d'abord défeuda qu'on employât envers elle et ses délégués les titres d'Excellences, de filaguifiques Seigneurs ( voir Grenus # N^. Si3); mais elle s'y accoutuma bientôt.

lOSS

leut y jouail un rôle, et cela èe devàit voir Mqoeminfenl^ e*ëtail celui de médiateur) de ba« raoguetir^ parfois aussi de panégyriale que la iny« thologie approviaiolinail de ces complimenta regrettables qui perxneltaiont à soi et aux autres do sourire sans semoquér \ Puis, le dieu pàssé^ on aU # lail au devant de son successeur, en belle cavalcade, avec de rartillerie el des présents de vin> de li« queurs, de sucreries el de gibier * : en fi n , q u el q u es vers d'un antique stjle, une plate allégorie pompeusement dîalogttée rinstallaieni au manoir, ou servaient d adieux a celui qu il venait détrôner \

* Nicolas Yiret • piktear de lÂiceas ét petit ncréu do Réformaleiir, s*ciprime ainsi dans la dédicace d'on de ses recueils de quatrains an baiiti de Hondon : « Je ne parle point ici en général du » sage résteieqQè tenes en votre prélecture: (combien queviVans » sons votre magistrature alcjoniquement, c'est nn plus que suffih sant argument pour noos pousser à vous dédier les f rnils de nos » labeurs. ) » etc. Quatrains* a. 1010.— Grenus, Doc., K*. i9S.

' En 186^, le présent o#ert au nouveau iMilli de Lausanne était de 1 belles et bonnes boîtes de drsgées, 6 pots d'hipOcras» 'fa dou- • saine de perdrix, autant de chapons, S dousaines de grives» *|3 dousaine de bécatsei 9i 1 bon mouton gras. Reg. de Lausanne» dans les extr. de Rucbat. ,

' Èn 1630, le f d'Octobre, fut repréientée au •kâtemt dê Lausanne, pour te irUte dépari du bailli et pour¥hewrtme anivée de son successeur, une façen de emnédie composée par Pierre Bos^ son, ït. ( Lausannois ) — Cest un dialogue allégorique » à la louange de la ifiUe de fOwrs et du peuple Lausois. (impr. )

Les impôts allaieml leor frain et conliniiaient .

de donner lieu à des diffiçullés. Un des faîls qui a le plus embroaillé noire bisUNre, le plus pesé sur noire destinée, même jusqu'en 06S deraiera jours» ce soni des deUes, les délies que la maison de Savoie laissa en noas qnillant*. Cotom» peuple nous avons eu sous nos pas les mêmes épines ^ qui nous blessent comme partieoliers. M'es^-ee pas ici un irait des pays exclusivement agricoles? La terre est souToraine» elle est ridie tant que Targent n'a pas été tiré de son sein. Une fois Pargent récolté en abondance^ dans sa lutte avec lui la terre toute seule est yaincue. Ces champs ^ ces pré», ces vignobles, ces monts et ces rochers même ont derrière eux un matire invisible» souvent lointain; T Argent. Regardez ces domaines que les sueurs de Thomme pouvaient seules rendre fertU les: quels soins dans tous leurs détails! quelle air florissant! £b bieni il en est peu qui n^ait sa lourde hypothèque qui le grève. La lettre-^e«reate est partout comme une plaie secrète» attachée aux flancs de ce beau sol; toujoura prête à le ronger

* Soit les délies des anciens Ducs , soit des dettes nouvelles qu*eii . I56'i le Duc alors sijrnataire du traité qui abandonnait définitivement le Pays-de-Vaud aux Bernois , parvint à négocier encore sur nous. Voy. Coup-d' œil sur le compte prcserilv par Berne contre le Canton de Vaiid ( Lausanne, ^dl/S^), p. 22.

Me s'étend bieiitôt tt on ne la eerne tapt Telàche.

L'autorité y le crédit» la richesse elle-même eu sont alteints, Quamd.la terre ne au(£( pius^ elle^e dévore en emprunta. Ainsi vivent aujourd'hui nos grands proprîelaires de la veille, ainsi vivront de^ ttâin les sacbeeseors de ceux d'âujourd'bui. Ainsi avaient fini par vivre jadis les seigneurs des mon*tagnes, ceux de la plaine et des rives des lacs ^ les comtes de Grujère, les barons de Vaud. Ils n'avaient que le sol, d'autres avaieni l'argent: c'étaient les Juifs de B&le, les boucliers et les meuniers de Berne, les tanneurs de Fribourg,.comm& aujourd'hui ce sovl les (abricanis ou les banquiers de Genève et de Neuchâtel.

Voici quel étsit le noeud dans la question qui nous occupe et que la suite des faits nous a déjà posée en partie. Berne prétendait dégr^éver sa propriété nouvelle^ entr'autres donc se pajer elle-inême ^, en faisant usage do son droit de simraineté pour établir des taxes et des tfiipâla' extraordinaires qui pussent acquitter comptant, dans linterme fixe, les dattes des anâenss^i^neurs'. Le pajs^ lui, trouvait que la possession seule de ce

* € Les "Bernois avaient une créance liypolhécaire sur le Paysde-Vaud. Par la prise de possession ils avaient saisi leur hypothèque, leur créance était éteinte Néanmoins Coup-d'œil sur

1« compte préseiiié par Berne {^81 A), etc. p. 22.

lois

droit el la jouÎMance du reraaQ ordiaaire <{m ea

dépendait, étaîeiil un assez beau remboursemenl, .joint au produit conaidërable de pluaieiiri seigneorieB particolièrea, à l'aceaparemeiit deabîena d'église» à l'enlèvçment des ricbesses de la Cathédrale, éapèoa'de trésor aatloBid dost le Paya*d^ Taud avait incontestablement fourni la plus grande portion. Jamais les deux parties n'ost pu s'entendre sur ce poiul; el, de nos jours encore, Vaud ayant d& faire un dernier sacrifice pour avoir la paix quand ces deux vieux plaideure ae furent tout-âfait et amicalement quittés, chacun emporta l'idée que l'autre avait gagné injustement. Noua n'avons point â défaire un tel nœud^ chose probablement devenue impossible après tant d'incidents et déjà tant d'oubli, car heu reusenlenl cette triste histoire d'argent a pris fin*

Alors elle ne faisait que de commencer. Berne étail^à la fois le créancier, le souverain et le juge; long-temps donc elle ne put pas avoir tort. Auan* tôt qu'elle se crut bien assise dans son nouveau domaine, elle se bâta de régler cette affaire* • Six ans seulement après le traité de 1564 qui tQrminait tout différend avec le duc de Savoie^ elle demanda solennellement au pays qu'il eût a se libérer. Les

* Déjà avant it»64et définilivemenl en 1670.

villea furent averties^ les villageois durent se icson» eerter aveo la priaoipaleeîté de leur baîUiage penr rélectîon de députés, les geatilbommes y concDi^ rir; les réuniona à ce sujet, fureat nombffâuaeaet animées» et poar ddtcm il* j eitl a Vaymsti^imt espèce d'assemblée nationale ^ ; tout montra enfiiiL que ce Cul la dà moment grave, dont l^iiiportapda était sentie et que^ si Berue tenait â celte liquida» lioa^ le pajs.a'y tenait pas moitis.'OA ami .IcnijOprs eu ici graride bomiir des:sabflide».et>de firât impôt extraordinaire; rtea. ne faisait peo^ oiomnte de le» TCHr passer en usagé et. d^uasgè en 'drotli mais, â celte occasion comme jadis, le pays était du moins consulté; et si ces dettes^ ilest wai, wt^ taient pas de son fait, puisqu'il fallait pourtant se résigner â les prendre^ une fois résigné il serpré^^ lait au remboursement simm de lionne grAoe du moins avec empressement^. Deux contributious auoeessires dans la seeoode moirïd du. seiâièmé

* Mais ce n*étaient pas là le»aiici«94 étiiU-géDéraux , .puisqiMi l« clergé n'y fut pas appfsié. Bttm «Pt «siff ausû.fi^ «boUir ilB«a«ISt iicu que Moudon.

* « ... leur volonté étoU ne faire grande liejrangue ni' disputé » à nds très-redoutés Seigneurs:'» Grei^; Iftl. t.*assembtêf de Paycrnc « paraît pluldt a'élre soumite % rhnpAt qaé l*âvofr eccordé. » JUI., xjpn. ... » /. ,

loeo

aiècle avaient fourni des aommes considérables^ mm encore bien petites en comparaison de la délie. Toulefois celte dernière se trouva complètement éteinte Tan 1639. £t le pays vécut tranquille sur ce poinl^ ne se doutant guère qu'un jour Berne redemanderait en son nom aux Vaudois ce qu'elle leur avait demandé dëbx siècles plus lot au nom du duc de [Savoie ^. 11 se consolait^ n'être pins autant a soi par la pensée d'être désormais tout à rHelvélie* Le temps de. Saook loi apparaissait toujours comme' tin âge de liberté dent il fallait précieusement garder le souvenir^ . mais uniquement en ce qui nous concernait et sans sympathie pour les succèsseurs de princes dont on se plaisait â rappeler et sans douté a ekagérer les bonnes intentions â notre égard. Berne goûtait peu ces sorles de panégyriques f qu'il était prudent de ne pas trop lui rabâcher ^. £n effet > tandis qu'à Texcep-

' En 1870, trente mille éen», Itré» par une imposition que l'iii* lenr da Coup^mU évalue à «nvtron vingt francs ife Safsse par fétt. V«j. p. Si et as. Gemp: av. Mnlinen , Redr. elc , p. '75» 74. •

' Dans les 657 , 06i fr., \ b., 6 rp. qne Berne en vint réclamer du Pays-dc-Vaud à titre d'îndeainité , elle portait de nouveau en compte 279 . .^06 fr. pour dettes du duc de Savoie. Yoy. le Èoup-^d*ceil,p.4,.{{1^76. . ' • • >.

* Morges écrivait il^^ on en 1727 , au sujet d'une procédure qui devait être portée i Berne: < ... Nous trouvons qu'en pariant des » ducs de Savoie ils y sont trop encensés et qu'il laul simplement

tiou.d6quelque«-uosde nos geuliishommes, c'étailr pour nous chose passée et finie que r«nliqiie liaisoa avec les princes de l'aulre côlc du lac et des mou- Ugnesj Berne s'en monlraii forl*préoccupée» Son malaise croissait avec la restauration et l'agrandissement d^ leur maison. La. malice de ses nouveaux aujets ne se mettait probablement pas fort en peine d'aller au. de va ni de ses inquiétudes; et les projeta» d'ailleurs isoléa^ de quelques hommes peu au fait des vrais sentiments populaires^ acheyaient de. tenir B^ne en éveil. Une mauvaise con* science a beau faire; elle respire la peur: on rie surmonjle la crainte de mal acquérir que pour tom* ber dans délie de perdre.

Même après des temps aussi orageuiL que ceux de la Réforme et de l'occupation , les sonûnea que Berne lira du Pajs-de-Vaud furent déjà donc si considérables qu'au^ bout d'un siècle seulement cette énorme dette de Savoie se trouva éteinte. Si cela fait Téloge de Tadministratiou bernoise» il faut rècounattre aussi» d'un côlé^ qu'il n'eût pas été impossible d'évUer lescontributiOnsextraordi* naires levées dans ce but et» de l'antre^ que» ces dettes une fois payées» les cent-cinquante années

siiivauiea» jusqu'à notre émancipation» nç dureaU.

» m élire. .: ensuite des piwiléges confirmés aux bonnet villes par JifL. EE. » Grenus , TS". 52S -r, lU . p. m, 456.

fm verter ckns Jet mains du palrtctal bernois «s

médiocre revenu*. Le Pays-de-Vaud aubvenail d'aîlieurs lui-même â beaoeoop de dépeMoa répii* téea nationaleis: il fut imposé pour les fortificdtiona des villes, pour celles de Berae, pour les pe» tilea guerres iulérieures otf evtérieores du xm^ alècle ; il équipait et y entretenait en partie ses soldats^.. Goiia» outre lea radeTencea foucièrea dont Berne^ comme seigneur, était propriétaire^ Berne, comme éiai, peroevail pluaieura-impôla indirecta; elle exerçait enir'aulres les deux monopoles les plus productifs dans un piys de vigne et de pâturagea, le.Qionopole du vin et celui du ael.

Notre principal commerce est celui du vin; il a'cBportait jadis comme i présent dans la Suisse allemande. Ceux qui y formaient avec nous un

seul oaaiioii ailmient dù^ ce semble, être libres de

* A«l9Îi»,4è* U «•coQ^e moi lié du iS" siècle, voît<^Q i'Btat é», Berne Uice du prêts coasidér^lff à divers soaveraîiis. Coup** ^ttii , etc., p. la: ^ Id., p. S7. '

* Coup-d'œil clc, p. 24. sqq., 66 sqq., Grenus, Doc, p. 351, 353 , 362, 36Q(: «... ils sont employés en fait de guerre, soit es (tamisons » oa aulrement presque toutes les années à leurs dépens. > Eu i637» contribution ou gîte de guerre , à l'occasion dos troubles d'Allemagne: comme « ce sont deniers réservés et appliqués pour la » détense de nos personnes et de jiotre chère patrie, quelles raisons > par nous bien considérées nous ont induit à ne nous roidir là des- B sus , ains nous ont fait résoudre à faire ofTrc de contribution pour • le terme de dix ans. sous cette réserve toutefois ^ue les de^ier^ « ta proveuans ne soient encoffrés. » là., p. 427'

£aire directemenl leurs approvisionnemeals chez leur* compalrioles français. Il n'en fui rien : une ordonnance leur défendit d'acheier nos vius ailleurs que dans les caves de Berne, Dans la suitev% pour mieux enlrsTer ee né|poee et le concentrer plus sûrement aux mains du palriciai^ il fui inter-* dil aux Vaudok d'avoir des tonneaux d'une con* tenance un peu forte ; et par voie légale ils ne poovaienC réclamer du marchand bernois qu'une somme minîmey passé laquelle leurs titi*es n'étaient plus admis. Toila ce qu'étaient les descendants des vainqueure de Laupen: marchands de vin en gros et eu détail, comme ils le sont encore au* jonrd'bui dans leur déchéance; propriétaires de vignobles, de cabarets, de tavernes, et, leur tyrannie les débarrassant alors de tonte concurrence^ accapareurs absolus spéculant avec des lois. Bien loin de vouloir jamaia protéger celte richesse du pays, qu'elle égare peut-être mais dont elle est jusqu'ici la seule ressource importante, ils ne re- BOttcèreni paa nsèmeà leurs vexationa sur ce point quand leur pouvoir allait tomber Aussi la mémoire de ces vexations esi-«Ue encore friche, et

' En 1737. Coup-d'oeil elc, p. SS. ^ iSonvellute Vaadatf, «, 1837 , p. 3fiO ; «n. d'Ëmai. UOiMrpc , couttllcr d*étit.

* En 1797, Berne défendait aux Vaudoia de laireU commerce de vin avec les Fribourgeois. Nouv. Vaud., ib.

il suffit d'interroger nos. vidllardss mais peùl<-

être la plus cardctérislique de toutes est^elio dtibliée parce qu'elle appartient a des temps, dqâ loia de nous et qui ne méritèrent pas que Ton coBr serrât beaucoup mieux leur hisitoire* Le ^nd travail de nos pères fui le défrichement: arracher le sol à la forèl, contraindre le roc nu à se vêtir» tels furent leur» exploits et leurs conquêtes Entrepris dès le premier jour qui vit l'homme aborder nos vallées > ce travail continue aujour^ d^hui pour être repris^ interrompu, regardé, ache^vé' et recommencé :9ttcore« Il a eu «es époques d'activité plus grande. L'ardeur qui fil place â la terreur engourdi^sante. de l'an mil lui. donna une impulsion restée ici mémoridile. Notro siècle de -uremuement trouve encoi^e à fertiliser bien des tertres redbvenues vierges mais dont le sein» percé de tombes et rempli d'ossements , va d'abord metr.

*■ Un champ, a ansai ses révolutioiu., liasse «t repasse,

par les mêmes sysl^ni^ i Vloiôt le a%c du laboureur y commandai^ taDtôt la houe du vigneron ; un noyer le tient aujourd'hui sous son ombre, hier c'était un chcne. Voilà Ie& vîcissUudea des lieux et à, quoi se réduit souvent tout le travail de l'homme ! Combien de lois furent-ils déjà ce que nous les voyona» ou seront-ils encore ce qu'ils, ne sont plua! nul ne sait leur histoire; mais le peuple en a le sentiment. Dans une pétile légende des alpes de Bez, une fée on dame, blanche , voulant marquer hi lOltgoe suite d'années écoulées pour elle, dit d'un p&turage des environs, qu'elle l'a vu trois fois pré^^ ^rois fois champ: irai yadz à frd, treiyadn* à tçan.

IMS

Ire au jour des témoius de soa antique fécondité Le XTi* sjlèole fot aussi une de oea périoéoB d'agio tatioa générale dput 1q sol finit par se ressentir. Ici, dans plusieurs lieux, on a'éiall. mis comme

aujourd'hui â planter beaucoup do vignes^ né-» gl^eant pour oçla le produit des blés. Ce n'était pas le compte de Leurs Eicellenoes: la dhne di* jninuait; elles le dirent avec une brutale franchise^ 0if ft'tolorisant eussi des fâcheux effets que pour** rait avoir une trop grande abondance de vin, ordonnèrent, dans Je siècle suiTani, que ton-* les les vignes nouvellemeni plantées fussent ex^ tirpé.es dans Fespaoe de |rois semaines: i'édit eu fut pubUé dès la cbàire. CélMl couper par la m-* çîne ce qui gênait.

L'impôt sur le sel, oljel d'un usage si nécessaire et si général, augmente encore d'importance dies un peuple pasteur et isulti valeur. Aussi rien, sous le régime bernois^ n'excila-t-il plus de diffieuUés ei de réclamations. Auparavant^ les mar-» chés avec la saunerie de Salins n'étaient pas tou<* jours dorés ni faciles; mais du moins le pays les faisail-il luirméine^ le'commerce du sel-é^it libre, les Ëtats le surveillaient seulement* Pl.us de six*^

^ c La grande quantité de plantages de yiffke* nouvelles... càust vn grand détriment... à la dinii|mioo énffrwMè^ét nos dîmes, n. prévus, N». SS7,. t^. 4^

cents familles vivaient de ce trafic et on le regardait comme une des principales libertés. Mais il arrivait aussi quelquefois que la vente du sel se trouvait ocmoeutrée aux maias d'un petit notobr^ de gros marchands, d'étrangers même, qui profitaient de cette circonstance ponr ne le fournir qu'à un tressant prix; c'est ce qui arriva entr'ati* très précisément à Tépoque oà l'on payait les dettes des duos de Savoie* Berne fut prif£s en même temps de trouver un remède ù celte cherté et de ae charger des acbata. -fille y consentit et institua des fermiers qu^elIe choisit parmi ses principaux bourgeois: Tavojer en était un. Soit caprice, SMt défiance^ on u^alla pas ÂVeai(dette chez eux. Sur ces entrefaites, Berne, pour se récupérer d'une partie des frais que lui nvflit oc-, casionnés la dernière guerre de Savoie, prit du roi de France Henri IV une certaine quantité de sel marin: elle en remit la ferme â deux seigneurs ' » puis elle défendit le commerce du sel blanc de Bowirgogne. Les facteurs des deux fermiers en profitèrent pour vendre de mauvais sel a grand prix. Gè fut un :ori général: on ne par* lait pas autrement de cette affaire que comme d'un

* Diesbach et Mootricher. Grenus , p. 36tf. Voy. pour le reste p. 363 , 367 , 368 etc., et la n. 34, p. xv, où se trouTent iei rtavoh, trop grand oombre pour être tous cotée ici.

fléau public' • La pluparl grands propriélaires, lea nobles faisaient cause commune avw les câmpa« goards elles bourgeois des villes pour décrier celle ordounance/Méme les partisans de Berne les plus

prononcés se joi«;nirenl à eux Eafin on transigea: le PaysHle-Vaud prit une quantité déterminée .de sel marin, se chargea de la vente, et la liberté de 4K>^mcrce à cet égard lui fui rendue. Mais pour peu de temps. Berne ne a'étaii relâchée de son dessein qu'afin d'y mieux revenir. Vingt ans plus sard la Teiite du sel fut mise en ré^ gie. A Tépoque où Torgueilleuse cité risqua d'ê-* tre humiliée par ses propres campagnards opprimés, elle allécha encore son' Pays ^Romand par une promesse de rétablir la liôerié du sel eommé d'àndenMté Il en fut pour sa confiance:

««M cette trte-pîtoyalite iovcntioii do tfAmtori^^ k laquelle an > chacun , par devoir de aoi et de ses saccessenrs » çst tena t'op* » poser. • ( 6r., p. 36S ). Plus tard , Tordonnance de Beroe « con- » cernant la débile da sel » est appelée « une «plaie grandement » sanglante et l>ieo difficile d'arrêter le sang >.( Id., p. M ).

Voy. dans Grenus , p. 365. une lettre écrite Tan 1603 par IsiMNilid de Crousaz problabiemejit ielnême qui éventa les deaseiils de son parent Isbrand Dans, à làK ruine duquel il parût avoir pro^ fité de façon ou d'autre s car il signe Isbrand de Groosas • seiguear de Prilly : er tetleseiglieiirie avait appartenu tu mlhciireitz bonr* gmestre (Voir ci-dessus, p. 997, iûQO sqq.)

' Ib., p. kkl , etlihli, n. 1. — Quant aux salines d'Aigle doiil il est question plus bas^ découvertes en 1554, elles fuçeut possédées

le patricîal coolmua de garder ce monopole p affermi bientôt par la découverte là possea* siou de saliues dans le gouveruemeat d'Aigle comme on disait alora» Tout ce que. l'on, you'lul aussi bégayer^ au sujet de ces dernières^ n'obtini qu^une verte réponse'. Depuis loug-temps au resie^ mais spéc^alemen^ a propos de cette a&ire <kr. sel, que nous n^avons pu taire parce qu'jeUo occupa singulièrement dans ces jours morts du régime bernois, les libertés, comme se Técri-i vaient les bonnes- villes^ se diminuaktU conU*. nuellemeni *.

• Ces empiétements ne se bornaient pas a queU ques points particuliers. Les libertés de la palrie> furent attaquées air fond et . leur constitution ra^

pideraenl minée â sa base. Berne eut Toeil de bonne heure sur les assemblées nationales, et profita de sa puissance, de la première terreur impri-

par la famille Zobel, d'Augsbourg, jusqu'en i685 que Berne les acheta. Dictionnaire de LuU, Irad. par J. L. B. Leresche ( Laus., i836), art Bex. — Voy., sur une émeute à Aigle çoxitro ua maître» mioeur el.se» ouvriers • Euciut,. Uf L. YJLU.

• « Leurs quatre bonnes villes, dirent LL. EE., s'étaient avi-. »séG5... s'étaient hasardées » etc. a. i756. Voy. Gr„ K°. 355. — .

• Ces mou M lisenl dans, une lettre de iNyoa à j\jQudon . 9. i625,

mée par elle^ pour les entraver. D'£tats*Générârux il n'eit fat plua nbaTelle, ni de rien de semblable^ bien qu'il y eût un autre clergé cependant potir renîplâoer celai qui àirâil dispara. Mais les communes avaient toujours été regardées comme la force el la mbëlle de la représentation. Souvent leurs dépatés» quoique siégeant seuls, avaient reçu le ilom d'Etats, Malgré le déchire naent opéré par la préteifdae oonquéteymslg^ré les ruptures de tout genre qui la suivirent et qui durèrent long* temps» dès lé Inilieu da seizième siècle on dh^ élrail'i renouer la tradition de l'ancienne onitë nationale. Pièrre Quisard de Njou composa son commentaire dee liberiéedu Pays^e-Faud ês HeU çélies; il le dédia aux étais, aux bonnes çilles et aux pcatioteà diœluif marquanir en outr^, par*, une seconde dédicace aux seigneurs de Berne el deFribourg; qo'îl entendait le Pajs<«de-Vaud dans son ancienne généralité. Berne ^ a différentes reprisés, ayant reconnu plus ou moins franchement nos ' droits et nos coutumes^ on 6t <fe beaux projets , surtout lorsqu'eu adhérant à quelque nouveauté grave on s'imaginail follement s&meltrè en état d'exiger. Les villes songèrent donc à se réunir annuellement : c'était leur droit ; elles eurent le tort^ prpbablemeiit force, de demander que cela leur fut permis. Berne consentit: c^était prendre le pou- Toii* de défendre. Elle ne larda pas à l'exercer. Elle

mo

entendait, qaeiloa que fusgeni gù$ oonfirmalioni de franchises^ « ii^amoindrir en rien" ses droits de » souveraineté mais avoir . au contraire la main i> ouverte ou fermëe poer ed user. » Pois vinrent les « fâcheries, les g^randes menaces et les rigou- « reuz propos » contre les députés; autant .-eontré ceuit de la nd[>lesse que contre ceux des ComiiMi* nés. Bientôt ces as^mblées ne furent ,plu6 que celles des quatre bonnes«viU6s« Dane les preniieres années dp xyii" siècle il leur fut défendu de se réunir « sans le su et la permissiez 4e9 baillis » \ * L'inulililé de plusieurs tentatives finit bientôt par rebuter: cependant on se reprocbait la « léthargie n oh Ton tombait; « la botfrasque calmée», ou essayait encore de se remettre à vogner librement, La position critique où .Berne, se trouva vers le milieu de ce siècle parut une occasion fa- Torable. Lias boniies<*Yilles se oonvoquerent dled mêmes, et dans un lieu peu accoutumé mais central, â Cossonex. On oaa parler de grri^» Le bruit courut d'ageiis secrètement répandus d<ins tout le pays* Berne se hala^ pour parer le coup, de dé* fendre et d'empêcher, la reonion. Outre la per*

^ Berne , prenant un air paternel • affectait de ne voir éans^ ces nasemblées qu'une occasion de « dépens inutiles et qui pourraient » être mieux appliqués.» Gren., Voy. Is"" 339. — Sur le reste, qct n*a pu être noté :ia., p. 225; * 5U(» 347 n. I ^ — a71| - 57S| mi - tôt ; *- 441-444.

taÛMÎQa d'im baîUi^ il faliul dëaonraâifEi qae ces m* gemfcléeft rabissalit sa présidence. Il fut alors &«• etle de coojecUirer que tout était £ni. Le&dëpo^ tatioas à Bemo^iie procuraient qtié longueurs et

qu 'ennuis \ Le vieil arbre des libertés s'en allait irapideltiMil feiliUe i feuille^ DépoQiUëè^ on u*o^ sait encore 'se plaindre qu'en riant: il fallait plus d'un compliflidnt^ plus d'une belle ipiinœe> pour se faire pardonnèr quelque tellëité de ressusciter les anciens droits; on s'en excusait comme on poii# Tâit et» saivAiit rimportance 4es. oecsaions» avec assez d'emphase pour que cela ne tirât pas à consé* qi^oe ti n'oflrît matière qii^à pUisanier K A la fin du siècle il était reçu que « Leurs £xcelleqces

* Lîs. la curieuse lettre du député de Morges, Mr. d'AuIbonne, envoyé à Berne avec d'autres dans le but t particulièrement de pourcliasscr le rétablissement » des assemblées des bonnes-villos : € . , . Si -donc il faut que je {>risonnc, dit-ii, j'aimerois mieux que ce » liit à Morjycs qu'à Berne ; c'est pourquoi , au cas que trop lon[j » séjourme voulût arrêter, et que après avoir étendu ma patient o » le plus que je pourrai, il fut requis et raisonnable me relever de > sentinelle, je \oiLi prierai n'eo faire relus ...» Grea. . Pi"*. 2âl« a. 1651. — •

' Par exemple les quatre bonnes-villes, obligées de s'excuser au sujet de l'assemblée de Cossoncz, employèrent cet étrange exorde : « Comme c'est le naturel des cantharides de s'attacher aux roses » pour enlever leur beau teint et agréable odeur , aussi est-ce le » propre des médisans et détracteurs de porter leurs atteintes sur » les actions des personnes les plus sincères et innocentes , » clç. Voy. Gren.,p. 442. - Id.

mt

ne voyaient pas avec piatmf ces jonction» ». Biles

cessèrent. Les bonnes-villes furent réduites à correapondre enlr'ellM par lellrea: c'étail la dernière voie qui leur restait pour {irr^iaenter des pétitions collectives ; encore faiiait^il qu'elles fussent outreprudentes dans leiirs épltres>. Ao milieu du xviu^ siècle il fut ordonné aux quatre bonnes-vil* les «de cesser tout commerce de lettres à ce sujet.» : ainsi fut mis à néant le dernier débris de nos assemblées nationales. — Ces détails sontari* des; mais ils nous apprennent a quoi l'abus delà forcer d'une part, et l'abus de la résignation > de Tautre^ peuvent réduire la vio publique d'un péupie^ en nous faisant voir à quoi, ^dans certains temps, se réduit son histoire.

Les assemblées de la noblesse et des villes réunies avaietit encore plus vite cessé ; mais non sans avoir essayé de ranimer leur ancienne existence. La révision du Coutumier en fut la principale occasion. Il y 6ut même un projet de constitution et de règlement pour ces réunions , dont le but était « une plus étroite liaison , entretien d'amitié et » concorde, comme aussi le service de Leurs Ëx-

' • « Nous devons êlrt circonspects. ... II est plus facile de sentir que d'exprimer combien celle démarche pourrait nous éloigner de notre but. » Lettre d'Yverdun à Moadon , a. 1738, Gren. , p. 535. -.ld.p.tôl{~»36}-3«6.

» œlleiiDii^ el le bien de la patrie i. Elles de- Taieat avoir lieu une Ibia par au^ le dimanche avant- Pentecôle. On se aérait assemblé dans

l'une des quatre bonnes- villes ^ les députés marchant deux a deux, un de chaque ordre aur le même rang et^ dans le lieu des séances ^ ceux de k noblesse ayant leurs si^es d'un côté , ceux des communes vis-a-vis. La forme d'aller aux voix était aussi déterminée de manière â conserver rétiquette et â ne blesser aucune susceptibilité. Soit dans les délibérations^ soit dans les conQiculê» ou petits repas comme on appelait , sans doute par euphémisme , les festins qui les terminaient, il était enjoint d'observer c toute mo- » destie^ de faits el de paroles sans pique ni alté- 9 ration »• — Ces précautions contre la discorde prouvent qu'on la redoutait, et, en effet , il y avait peu de bonne harmonie entre les geutilshommes et les bourgeois ; les souvenirs , le mode de vivre , les intérêts et les prélenlions , tout les diviaaitjls ne s'accordaientpasméme dans leurs regrets ni leurs espérances. Ijs chasse formait un de leurs sujets de querelles les plus fréquents. Les anciennes charges donnaient aux bourgeois c entier pou- « voir de chasser comme aux nobles v : ceux-ci prétendaient que leurs terres, pour lesquelles ils ne relevaient que du suzerain , devaient faire exception à ce droit , puisqu'un seigneur lui-

même ne pouvait chasser sur le fief d*uu aulre sans la permission da propriétaire. Lors donc que des gentilshommes rencontraient en nom* bre un bourgeois égaré chassanl sur leurs ter- "res , ifes lui prenaient de force son arme et le faisaient même conduire et retenir dans leurs manoirs. Un fait de ce genre s'étiât passé dans le IGtS voisinage de Morges. Sans autre relard que le temps de lier la partie > sept à huit jeunes gens * soHîrent un matin de la i^Ile , armés de pistolets» d'arquebuses et d'épées, traînant après BUS chiens et filets , et se mirent en chasse par tous les villages d'alentour. De seigneurie en seigneurie , de Saint-Saphorin a Cottens j de Séverj . à WufFlens, par tout ce territoire doucement ridé de légers côteaux et de bassins évasés , ils firent ainsi leur ronde^ n'oubliant aucun château , passant en vue des plus fiers^ chassant tout le jour et 9 à la dinée , « tenant sur la table leurs armes à feu bandées et le coq abattu >^eu signe de provocation et de défi. Quelques jours après, une troupe encore plus nombreuse^ le banneret avec maints conseillers en tète , après avoir répété les

* C'étaicnl eolr^aulrsA , Féréol Marquis, deux Forci , etc. Voy.^ Gren., Doc. p. ii03-418: m, 406. A17. ~ Id. , xvï n. 40; S58.- Sur CCS assemblées et les relations de la noblesse et de» villes, id., 392, 460; -503.

mômes dcmoQSlralioDs , ponélrèrent dans le château de Wufflens et » de la ooor , interpellèrent le

seigneur. Les gentilshommes > se voyant ainsi for« cis dans « leiin murailles domestiques i»^ qui eussent encore été capables cependant de soutenir quelque rustique assaut^ recoururent à Berne. La république profita de l'incident pour restreindre le droit de chasse des deux côtés. Souvent confirmé depuis aux bonnes-Yilles , il finit parleur èire enlevé ainsi que le reste Les geuùlshommes, se séparant toujours plus des bourgeois, mettaient aussi leur vanité à prendre le pas sur eux en toute occasion, fierne, s'interposant, le maintenait sèchement â ces derniers, quand Tusage était en leur faveur. Malgré les liaisons personnelles de ses patriciens avec la noblesse romande, liaisons qui allaicul s'augnieutant et se resserrant de plus en plus , au fond elle se défiait de ces gentilshommes tout français, nullement républicains et dont plusieurs ne trouvaient la suzeraineté de la maison de Savoie que plus digne de regrets depuis qu'elle avait la couronne royale : les villeSf dumoins^ étaient tout â THelvétie. Dans cette situation, les assemblées de la noblesse et de

' L'an 1745. — Il est juste de dire que les conseil! dea villes eu* mêmes éuient embsrrassés de €9 droit ooen abosaieet. Voj. Greo.y ib. , 434 , B. I et N"". 516.

la boorgeoisio ne pouvaient que tomber promptemenl^ et la classe seigneuriale déviai toujours moins en élal d être utile au pays

Une parfaite union ne régnait pas non plus entre les communes , même entre les quatre bonnes-villes , qui cependant mieux liées étaient volontiers appelées sœurs Dans des circonstances importantes^ le député de Nyon ou d'un autre lieu n'arrivait pas : on était obligé de se rejeter honteusement sur ce que l'argent avait manqué.

L'harmonie était encore plus difiicile dans les rares occasions oja tout le Pays-Romand bernois se trouvait représenté. Le cas s'en offrit quelquefois* Dès la fin du seizième siècle les députés de Lausanne, d'Aigle el de Vevey se renconlrèrenl a Berne avec ceux de l'ancienne baronnie de Vaud. lis furent encore provoquésà délibérer en commun dans le siècle suivant : une réunion de ce genres

' * Lo service militaire n*oavrait alors ici , même aux gentils* kcnuDet ; 'qu'une porte assez étroite ; leor vie eài donc été de» plus contraintes , sir ane fortune encore peu entamée ne leur avait permis de se livrer aux plaisirs de celte époqaeet ans habitudes restées de la féodalité , à la chasse t ans visites pompeuses » ani grandes réunions de iamUle , etc.

' € Les quatre bonnes- villes sœofS. » Greu», ih., 546 et f.*430etc.-id.rN''l»3*

s'appelait ta générale ; 91, chose qui dul donner â penser^ ce fut Lausanne qui se chargea de l'inicilatioii. Verey j reconnaissait même la préséance dfe Moudon ; mais il faut direrqn'un de ses dépu» tés écrivil, sur la paroi de la salle ^ que cette pré-^ séance ne çaiaii pas cinq sols *. Moudon sé fâcha. Hclâs! pourtant c'était vrai : que pouvail-il rester de Tancienne Patrie-de-Vaudet desa capitaie sons une telle oppression et dàns une telle abjection?.

Berne> d'ailleurs, connaissait l'art d6 régner. Ses confirmations. de franchises, outre qu'elles étendaient de plus en plus les droits du souverain à force de les bien spécifier, avaient soin de laisser subsister des germes de division; elle s'empressait de recouaallre les privilèges particuliers qui ne la gênaient pas et que les intéressés, cela va sans dire, étaient les premiers â défendre envers et contre tous ; elle n*efFaçait que les diversités qui pouvaient lui faire obstacle et non celles qui étoulFaieut le pays ^. Comme elle disposait delà |ustice, elle en tirait à son profit un Conds inépuisable de querelles. Sous son gouvernement , disent nos vieillards ,

'^Gren., îb. K"». m p. I». Ib., p. US.

* Le Cotttttmier lui-mémp ne fat en un «ens qn'nne aivcritté de pUiÈ ajottlée i tant d'antres » puisque lea privilégea ét iea usages locaux iureai maintenus à coté de lui. Gren., p vm, % li.

ilélailbien rare qu'un procès Cùnenlièremenl vidé : on laissait toujours un resle de ferment pour servir à dissoudre ce qui menacerait de se réunir. Des concessions utiles et Tenues à propos , telles que rabaissement du droit de mutation^ TaiTrandûssement de la taillabilité et d'autres plus parti-* culières ou temporaires, aidaient â lui gagner des partisans ou a faire prendre en patience son jouf « Quant à Lausanne^ Berne sans doute la ménageait moins; mais par ses privilèges, d ailleurs fort entamés^ elle était toujours isolée^ comme en fit la triste expérience un homme vertueux^ qui ji en ce temps-lâ, voulut se dévouer pour sa patrie^

Davel et la Guerre de 1712 où il combattit aux premiers rangs , voila comment s'ouvre pour nous le DIX-HUITIÈME SIECLE : c'est-â*dire par la dernière grande bataille civile et par le trait le plus extraordinaire d'héroïsme individuel que Thislorien de la Confédération déclinante ait à raconter.

La religion fut en gros la cause do cette guerre^ souiHe d'agonie de ce qui allait passer. L'arbre humain des divines crojauces a aussi sa

Ame des feuilles : sur lui s'avançaii alors i

grands pas celle saison d'un retour nécessaire , saison d'aveugle ivresse ei de folles vendanges mais légère aux autans et avant-oourriàredu morne hiver. Ce qui se relève ne le fait sou veut que pour tomber. La Suisse préludait a Kncrédulitépar une guerre de religion , où les protestants eurent amplemenl laur revanche de la première afTaire de Tillmergen et de oelle de Cappel. Hais ce triomphe ne raffermit la foi dans aucun des deux partis, el il précipita la ruine de Tancienne Confédération. Sans doule il eût mieux valu écouler le poète errant venu en quelque sorte â la découverte de nos monts et de nos latis' comme pour en montrer le chemin a Voltaire ; moins barbares, il eut mieux valu se rendre aux chants de cour de cette lyre exilée ac« compagnant tout bas d'un sou vide et majestueux

^ « Aàim , eiiêê : •àtM » pompenset covrt : A4itii, mortels. Je qpille pour toojoors Vos vains honnears • vos pleisirrcfaîoiérîqucs t Et loin de ¥Mt • dtex les ovrs pacifiques , • Je vais chercher dans mon obscurité

Moins de grandeur et plus de sftreté. • C'est à Soleure , en 4712 , que J. B. Bousseau écrivit fEpitre an comte du Luc, terminée par ces vers. Sous le nom de PhiUhmèle, exilée chez les ours pacijiques, ilWtia propre liisloire, comme il le dit lui-même dans une lelire • € Tout cela linit par une fable « d'un (renre très - sinfçulier qui eiprime métaphoriquement . tout cs'qui m'est arrivé. » Lettresde J. B. Bousseau, lettreàMr. Boulet » li Sept. 1712. (Genève , 1780, 1. 1 ).

loao

la Yoix prosaïque de l'ambassadeur franfMa, et

. . • réparer la honte

De nos passagea violés

Mais on avait biea la force encore de s'entr'égor-

ger , on n'avait plus celle de se défendre. Le furibond abbé de Sainl*6aU appelait aux armea Un vent de colère (il plier les cœurs el les précipita Ters lui, les uns pour le auivre, les autres pour le menacer et tous pour lui répondre. Dans cette guerre furent eu cause pourtant bien d'autres intérêts que rintérèl religieux: il les généralisait et leur donnait une dénomination commune plutôt qu'il ne les comprenait véritablement et ne les en* gendrait tous.

La Guerre de ViUmergen ou de 1712 fut une

guerre fédérale, et cependant noire histoire parliculière la réclame essentiellement. Outre les dis* sentiments religieux, on y vit concourir les divers

* B« Raïuseaa, Ode aux SuUses» dorant la guerre civile de 17IS .

* Les Catholiques darentaToner que le principal bonle-fett de cette guerre civile était venn de leur parâ : tonlefins» ils prétendaient que les Ministres y aratent bien aussi leur part : « Si le repos de la > Suisse avait dépendu de nos Moines » et peut-être de vos Mini»* • très elle serait aujourd'liui dans un état dont etie ne se serait je- » malt retevée. • Lettres de I. B. Bousseau , IV^ 88*

lÛSl

parlb élémentaires doni m compoéaU raDcion Corps Helvétique et dont il vivait. Pour en énumérer quelques-uns: la jalousie de petits cantons» Lucerneen tdle^ contre des grands; les prétentions de cantons primitifs sur des cantons secondaires; la rivalité de patriciats usurpateurs; les querelles et les craintes réciproques du Souverain et des Sujets ^, car j si Lucerne agit trop^ Fribourg pas assez, c'est que Tun et Tautre, poussé ou retenu^ eurent peur de leurs ressortissants*. Dans tout cela 9 il faut aussi distinguer les Pays Conquis; ila y eurent un rôle a pari : le Toggcnbou rg, la Thurgovie et TArgovie^ voilà le centre de dispute où la proie grossit pourles uns^diminue pour d'autres; et Yaud fait pencher la balance. Berne , qui donna la victoire, l'obtint surtout par lui^ Lié â Berne par la Réforme, d'ailleurs facile à mouvoir â cau&e de sa positioQ isolée^ il est alors une ressource

* Sous Teffet àes idées monarchiques partout alors dominantet» i*EUt» même en Suisse » à défaut d^un princa réel » avait pris une sorte de persoonalité idéale. Oo disait , d'une manière absolue : le •omnEAm ; et cette façon de parler avait passé dans le langage populaire » comme cela se voit aa refrain de notre conte du Graizo ; 4.e io Souperain 4ii : etc.

* A Villmergeo , suivant l'avoyer de Fribourg', « on n'a pas osé f vaincre , dans la crainte de perdre celte autorité {Vautorilé sou-^ çeraine)». D'AU, X, 6&6. Voy. , p. 661 , ce qu'il dit des paysans do Lucerne et de « la quantité de tètes ^u'on fit sauter après la s guerre. »

16tt

unique ei, dans les mains qui le manieni, l'arme

au coup décisif^.

Ce n'esl pas a dire cependant que Berne n'eut

qu'à aller en avant sans avoir rîen d'inquiétant derrière elle. Sur le plateau, Fribourgel Soleure pou» Taient lui faire un mauvais parti ; Valais, dsns les Alpes. Mais elle coupait le chemin aux premiers et, par un corps de troupes rassemblé à Vevey ^ menaçait le second. Craignant d'ailleurs de se dégarnir, les palriciats fribourgeois et soleurois ne bougèrent pas ou se contentèrent de servir leurs alliés catholiques par des négociations, fierno au surplus les savait ' trop au nombre de ses jaloux pour ne pas se tenir sur ses gardes; un camp volant la protégeait et les observai!. Quant au Paysde-Yaud il ne fut pas laissé sans défense exposé aux diversions. Des garnisons occupèrent les vil* les, et les murailles ayant souflbrt du triple assaul du temps^ de la guerre et des intérêts privés

* D'AU le fait bien sentir par la manière dont il roeten opposilioa et comme de niveau, d'un côté, deux membres du Corps Helvétique, Fribour(j et Soleure et, de Taulrc, le Pays-de-Vaud. « En prenant » les armes , ils auroienl , ce semble , dit-il , tenu le Pays-de-Vaud > en respect, et empêché une guerre qui a eu des suites «i funestes

' « On ordonnera à tous les parliculiers qui ont (ait des ouver-^ turcs aux murailles de les murer ou boucher iocess^mment. > Gre* nus, p. 492, ^\ 309. - Ib. IS 510.

on boucha les troat de cel%e yieiile ceinture mili* laire dont la mode commençait à passer. Enfin Berne aTail encore Genève pour elle» ainsi que Neuchâtel, aujourd'hui Tami de ceux qu'il combattait alors* Il eniroya nn fort contingent; Genève plusieurs compagnies, hébergées ici a leur passage et régalées, tout le long du pays, corétialemeni ei sompiumsemeni*

L'armée bernoise était en bonne parlie une armée romande. C'était donc, comme autrefois, rîncursion de Tune des deux Helvélies contre l'autre. Seulement les rôles commençaient a changer. Les Romands allaient être cette fois les vainqueurs. Mais Berne était encore le chef, Berne qui a tenu pins d'mte fois toute la Suisse dans ses mains et qui n'en a rien su faire. Le gros de ces troupes romandes venait du Pays<de-yaud^. Dans la précédente guerre de religion, il avait été mal parlé des milices vaudoises^ soit qu'elles l'eussent mérité, soil seulement que Pon fût plus â son aise pour rejeter la faute sur de nouveau-venus. Elles avaient donc, dans l'armée helvétique, k ga-

' A labiUilledeBreiii|;arten, lesbataillonsGhampTent^d'Arnex , de Berchier , de Disy , Bégis , E&cle pends , Gingins , de Mes ei Fetcby , formaient i eux seuls plus de la moitié de l'infanterie i>ernoise. Voy.la Relation ttun officier etc^dans les papiera tibroait* UuM de Rachat <Bibl. heUet. Bridel, à la Bibl. cent.)

gner leur revanche et à refaire ou plutôt, car

jusqu'ici elles n^avaienl guère pris rang, à se faire leur rëputatioa. filles y paraissaieui décidées, ci se portaient allègrement aux combats. A leur tète, elles voyaient avec orgueil, au nombre des meilleurs oHiciert ou des plus vaillants, le bannerel de Morges Régis, les colonels Monnier et Porte^ faix dTverdun, un Saussure, un Lasarra, un; Rovéréaz, plusieurs autres *, nobles ou bourgeois du Pajs-de-Vaud; et, participant au commandement en chef, JeandeSacconay,lieutenant-géné* rai, seigneur de Bursinel où jadis avait pris naissauce la Ligue un peu rusUque des gentilshommes, de la Cuiller. Agé do soixaale-six ans; grand et bien tait mais gardant, de ses campagnes et de ses sièges, de nombreuses . blessures qui ne- devaient pas être les dernières; ayant servi avec renom sous les plus illustre^ capitaines, â Senef sous le grand Condé , en Sicile sous le marcchaL de Vivonne, en Catalogne sous celui de Belle-^i^

* Le lieutenant-colonel de Giiigins; les commandants de balail« lou d'Arnex , de Dûy; le major Damond ; un Polier de Boltens ; un deCrousaz; un Duret ; an Guisan ; un May or ; le capitaine Hugoiiin de Vevey ; h capitaine Cerjcat de Moudon ; son lieutenant DeMîerrc ; le lieutenant de dragons, Pachc ; etc. Sur tout ceci : ib. ; ploa» un MSC. de Vevey contenant des extraits de pièces olfi* cielles, de gazettes, de lettres, etc, (communiq. par M. Fiorian Dulon , étudiant); Fragm. bist. sur la ville deËernc, p. 5ô2, 579; d'Ali , X , 6tt6 wiq.s Grenui , Doc. « p. &92.

fonds^à Fleuriis et à Sleinkerque sous Liixem* bourg* en Italie sous le princo/^ugène^ en flollande sous le roi Guillaume, Jeaa de Saccouay était donc un de eea yieox eQureors de cbanipa de bataillea tels que la Suisse n'a pas cessé d'eu fournir; d'ailleurs zélé Réformé S de mœurs exemplaires: enfin, une des belles figures militaires de ce temps-lâ. II* avait pour aide«de-<:amp un de ses anciens compagnons d^arroes, viens comme lui dans le service quoique plus jeune de treize ans. Nouvellement retiré dans sa patrie apree avoir anssi visité l'Europe en soldat, ce dernier retrouvait dans son géuéral actuel le colonel sous lequel il avait rempli divers grades pendant les guerres de Hollande. Cel homme attirail les regards, non pas seolemmt par son extrême bra* voure, par son audace froide et nue, par sa sirapUcité digne, par une certaine austérité enga-* géante et facile, mais par je ne sais quoi encore qui lui donnait dans Tarmée une considération au-dessus de son rang et une sorte même d'as^ cendant tout â part. Cependant il ne flattait pas, pour ae rendre populaire, les-mosurs des campa ni celles dé la nation; car il était parfaitement sobre, quoiqu'il eut été fort jeune au service,

' La Révocation et 1^5 Dra<ronDade& le dégoulércnt du ter vite de France. Fragni. htst. sur Hcrne, H, 582.

qu'il y eûl passé yingt-cinq années et qu'il likt originaire de ces côleaux brusques ei droits où la cave et le pmsoir sont volontiers la salle d'hospîlalité. Il venait de Cullj : son père lui avait laissé là du bientôt leur fiamilby subsiste encore. 11 s'appelait Davel.

On m balUt en ArgoTie^ dans ce champ de

tous les peuples qui se sont dispulc le pied des Alpes helvétiques* : pays populeux d agriculture, de fabriques et de bains , plaine montagneuse ou» â travers les champs, les prairies, les chènevières, les jardins et les bois, convergent l'Aàr, la Limmat et la Ileuss« Ces contrées servaient débourse com« mune a plusieurs cantons, et tous n'eussent pas demandé mieux que d'y puiser. Berne et Zurich, les deux principaux soutiens du parti réformé , ne pouvaient se tendre la main que par-dessus ce pays. Les catholiques, prenant les devants, s'y postèrent. On était coupé, il fallut forcer le passage,ce qui eut lieu, surrAar,au village deStilli ou de l'Eau* Tranquille. L'arméebernoise, repoussantles Lucer» nois qui le gardaient , joignit ses alliés de Zurich, chassa l'Abbé devant elle, en renversa les tenants et, victoriflttse au centre qu'on lui avait voulu dis*

ff

■« Cette contrée a élé an pays frontière entre les Homains et let Germiunt « entre lei Bonrgn^gnona et le» AUémani • entre les

puXer, occupa FArgovie^ d'où, comme d'un fort et d'ua camp mobile^ éim menâftit lool autour laa quatre Waldstœlle et Zug, ses en aemis armés, Soleure, la Suisse catholique, rompue et percée au cœur. La campagne mtttne n'appartient pas à notre cadre, je ne yeux qu'y suivre nos Vaudois.

Après plusieurs escarmouches, dont une entr'autres ajouta quelques gouttes de sang suisse aux champs de Cappel l'armée protcstanie était arrivée, i rorient de la petite ville de Mellingen, au pied du Heitersberg par lequel passe le chemin de Zurich. Le 22 Mai, de bon matin, grimpant, la montage de différeifts cAtëset gagnant la hauteur à la faveur d'un épais brouillard, elle avait «urpris et délogé un corps de Lucemois, dont la confusion fut telle qu'ils entraînèrent dans leur fuite la garnison de Mellingen et abandonnèrent cette place aux vainqueurs. De la , remontant la Reusa et dépassant l'abbaye de Gnadenthal ou du Valde-6râce, Tarmée marchait en deux colonnes vera

SttisMt et kt AnlrteliiMit ^ni omt posiédé le Fficfcdial jusqa*ea 1801. » Fr. de Rougcmoot» Pr^is tic, ou Essai d'tme Géographie de rkomme (JScwb. I88S-I838) . p. 527, 528.

' « lies CâtMiqoes ont été fort mtlmeiiét de même do côlé de Keppet • . « ; enSii Van commence tovt de bon à faire lap^ tîle ipierre. » BI5G de Vevey.

Oigitized

BremgarieD. Le dëûlé qui y mène lui restait à passer .Les Luœmon l'yattendaisiU en grand nombre. Tous les grenadiers^ au nombre de six-cents, réunis en un seul corps, formaient lavant-garde, sous le Golimel Portefaix d^Terdon, jugé le plusdi* gne de les commander : on lui avait adjoint un bernois et on yaudois, le major Damond ; de plus, pour Jieutenau ts el capitaines, choisis parmi ceux qui s'offrirent volontairement, deux berncna el quatre yau«doi^i, de Dizy, de Grousaz, Mayor et Durel. La colonne de droite , commandée par le général de Sacconay, outre les dragons des colonels Wallenwyll et Lasarra placés à la tête, comprenait quatre bataillons romands entremêlés â six bataillons allemands. Les bataillons réunis d'Arnex, de Berdiier ou Saussure , de Diay et Régis , faisaient la force principale delà colonne gauche commandée par le colonel May. Le général Tscharner était au centre avec rartillerie. Le défilé qu'il s'agissait de franchir était d'une nature assez particulière et eraipliquée.

Adroite une foret irès-épaisse elplus élevée que la route, â gauche une cote boisée étaient les principaux appuis du défilé qui se prolongeait l'espace d'environ sept-cents pas. Mais la côte laissait s'ouvrir , a Centrée, une piairie il est vrai très en penle^ ceinte d'une haute haie^ puis^ plus en arrière, un champ; â la sortie, une assez grande

plaiûe qu'une haie seulement séparait du chemin*

De même^ la forêt qui pressait d'abord le défilé en face de la prairie^ passé celle-ci et vis-a-yis soit de la côte boisée , soit de la plaine y laissait un petit champ faire une percée étroite le long de la route jusqu'au débouché. Cette bande de champ ^ à droite ; à gauche , cette prairie â Tune des extrémités et cette plaine â l'autre^ sont essentielles â remarquer.

Les grenadiers et le colonel Portefaix s'avancèrent dans lepassage ; ils n'aperçurent que quelques senlineSles qui firent feu et se retirèrent. Us arrivèrent â la plaine et ils y entraient déjà lorsqu'ils virent^ â quelques cents pas en avant, se dresser derrière les haies une bande d'ennemis qui vint sur eux. A peine avaient-ils fini de se mettre au largo et de se ra\iger en bataille, que de « grandes huées » les saluèrent, auxquelles répondirent sur la droite d'horribles cris : c'était un autre corps de plusieurs milliers d'ennemis postés dans la follet. Il descendit^et tous deux firent conjointement leur décharge sur les grenadiers, qui, pris en tète et en flanc^ lâchèrent pied en désordre ; les officiers restèrent seuls. Cependant la première colonne, avertie, avançait dans le défilé. Les dragons, survenant eu lête^ firent reprendre courage aux grenadiers et, ralliés, ils retournèrent ensemble â rennemi. Mais les dragons s'étant jetés brus-

Digi

'quemeut , l'épée à la , dans le petit champ de

droite quia'avail paseu moyenne quatre-vingts pas de largeur , une grande décharge, partie de la côte et du bois de gauche , les renversa sur les grenadiers, qu'ils remirent en fuite, et sur Tarmée engagée dans ce long et perfide détroit; la confusion qu'y jeta leur déroute, resserrée et rendue par là plus violente, porta Tébranlement jusqu'aux rangs demeurés eu dehors du passage. Les généraux Tscbarneret Sacconay, arrivés à la téte des troupes, ayant fait avancer, toujours dans ce malheureux champ étroit, le premier bataillon bernois, une nouvelle décharge le renvoya grosnir le flot qui venait d être refoulé. La déroute fut complète sur toute la première colonne; ellé ne s'arrêta * qu'a Vua des derniers bataiilous, celui de Mex, qui fut même sur le point de prendre la fuite. Les dragons vaudois avai.ent perdu le lieutenant Paohe, le cor* nette Rovérca et leur colonel Lasarra tombé au borddu chemin , pris d'une fontaine qui le rappelait jadis au souvenir du passant. Tandis que les officiers lâchaient de rallier les soldats, l'eanemi, poursuivant sa victoire, s'avançait dans le défilé et dans le bois ; il commençait à déborder dans la prairie ; déjà les plus hardis voyaient à leur portée les canons bernois dételés et abandonnés.

L'affaire semblait donc^décidée. Mais quatre ba« taillons vaudois formant la queue de la seconde

colonne (c'étaienl les bataillons d'Arnex^ de fier* cbier^ de Dhy et Régis) revinreiit surlearspm et, dans le champ conligu à la prairie, &o mireot en bataille asses près de l'ennemi pour faire line décharge efficace sur ceux qui débordaient le passage. Mais eux-mêmes essuyèrent un grand fea et, perdant beancoop de monde, ils commençaient à s'ébranler. C'est alors que le commandant d'un de ces quatre bataillons, SaussaredeBerchier, « prit le parli d'aller à l'ennemi w.Polier de Botleus et une quarantaine de braves le suivirent. Usfran* chirent la haie du champ , irayersèrent la prairie, montèrent droit aux Luceruois, attirèrent la fusil-* lade sur eus» puis f arrivés a la seconde baie au sommet de la pente, déchargèrent leurs armes à bout portant sur ceux qui étaient le plus avancés dans le défilé. Ils les firent reculer à trente pas. 8e jetant alors dans ce peu d'ouverture, celte petite troupe y fit un feu très -vif et combattit pendant plus d'un quart d'heure sans perdre ni gagner du terrain. Les quatre bataillons , de* meures en bas, se rassemblèrent et revinrent à la charge. Le général Sacconay eut le temps de rallier la colonne de droite et lui fit reprendre courage. De toute l'armée accoururent, pour soutenir Saussure et les siens, d'autres petites u bandes, quantité de soldats »^ des officiers: nommons, parmi les nôtres, un Duret, un Gui»

san , un Gîogioi. D'autre», surloul Porlefaix el le» chefs des grenadiers, Davel aussi el les aidesde- camps, réublissaienl le combat sur divers poinls, parliculièremenl dans la forêt. Toute l'armée avait enfin repris l'aluque et remplissait peuà-peu le terrain. L'ennemi, toujours pUant, se laissa enfin pousser au bout du passage, où il demanda quaHier, prit la fuite el gagna Mûri par les bois. U avait perdu son meilleur poste, on millier d'hommes parmi lesqueU le double plus de tués que de blessés, deux pièces de canon, de» caisson» de poudre, et il laissait Bremgarten et Baden à la merci du vwnqoeur. "Trois ofRcier» bemoi» avaient été blessés, quatre officiers vaudois' étaient demeuré»

sur le diamp de bataille.

Après ce succès, l'armée de» Réformé» en eut bientôt fini ave© Bremgarten, avec Baden même malgré sa garnison de don» à qnînw-cente homme», »on château, ses fortifications, cinquantedeux pièces de canon, de» munitions, des vivres en abondance, el la présence de l'ambassadeur autrichien qui, à la première bombe, se hâta de

' U colonel, baron de Uw.rra ; le Heuteiiiiit-colo«el de 6i»- Rin^ le lieutenant Pacl.e et le cornette de Bovérfai. - Tout le récit est tiré esseuticllemenl de U Relation «TlOI <^^'^»^' ce combat de BremBarten : »oir Ic» papier! de Riicbet. MSC de vevcy ; Coni. suisse, II . S90 ; elc.

faire retraite. Les cations pris et les fortifications démolies» les Zaricois allèrent s'emparer du Rhinthal, où TAbbc et les cinq cantons catholiques avaient des droits» et les Bernois établirent leur camp au riche couvent argovien de Mûri. Le pont deSins» ou Seiss, sur la Beuss, poste important qui gardaitle chemin de Lucerneet deZug, fut confié â un corps bernois de quatorze-cents hommes sous les ordres du brigadier de Mulinen et du colonel Monnîer d'Yverdun. Les catholiques demandaient la paix; on eu conférait à Aarau; lambassadeur français faisait des discours de conciliation qui le rendaient suspect d'hérésie dans l'un des partis et que l'autre se contentait d'applaudir ' ; Zurich et Berne voulaient la paix mais avec les profits de la victoire. A la fin pourtant» on s'était entendu ; et ces derniers n'avaient pas a se plaindre. Berne commençait â licencier ses troupes. Les députés venaient d'arrêter les conditions. Déjà ceux de Lu-

Mémoire du Comte du Luc présenté à la Diète d'Aarau, le IS Août 17i2. Voir aussi J. B Rousseau. Lettres à M. deCrousaz, IV, 31 , et d'Ait, X, 6SI. — L'ambassadeur irançais se donna beaucoup de mouvement dans toutes ces affaires de 171*2. Du reste, c'étaient en Suisse les mêmes menées qu'aujourd hui de la part des puissances étrangères, et leurs ambassadeurs y causaient le même ombrage. Dans une atftre lettre de J. B. Rousseau à M. de Crousaz (IV , 131), on lit: oc Je ne doute point que vos spéculatifs ne don- » nenl un molii' politique à oolre relardemenl. »

Digitizetj Ly v..jpogIe

eerne el d'Uri leb avaient sigaees el scellées; dana

deux jours, savoir le 20 Juillet, leurs Cantons la ratifieraient. Mais, ce jour-la, toute leur ratification fut lo locsîn d'alarme soaaë dans les campagnes et suivi d'une brusque et perfide reprise des hos* tilitës. Le peuple s'ëtail soulevé contre la paîx d'A* rau, ou avait saisi ce prétexte pour garder les armes et faire plier l'aristocratie. II avait déposé une partie des magistrats et forcé les autres, probable* ment sans peine, de marcher les premiers. Les catholiques revenaient donc à la charge de toute part. Cinq à six mille hommes se jetèrent d'abord sur le pont de Seiss et ses quatorse-cents défenseurs. Ces derniers n'eurent que le temps de se réunir et de se poster dans le cimetière; ils j a soutinrent, durant deux heures, toute la furie da Tennemi », qui les accablait sous le nombre ou qui 9 à couvert, faisait feu sur eux des maisons. Ils allaient, sinon le vaincre, du moins le lasser, quand la poudre manqua ; mais la bayonnette leur suffi t pour se frayer un passage. Davel, qui s'était déjà montré dans les actions précédentes, acheva d'attirer Tattention dans celle-ci. Avec soixante soldats il fit téte â la masse des assaillants et suivit heureusement la retraite après Tavoir favorisée

* lDterro((«t6ires da nia|or Davel ; msc. « Il favorûa , par aa > hellf défense, la retraite des Bernois qfit échappèrent aa glaive ea-

L'enuemi^ ayant perdu deux œnla hommes, par^

mi lesquels un Hëdiug» n'osa poursuivre cette petite troupe. Plus victorieuse que vaincue^ elle se retira en bon ordre» emmenant même des prison* niers^ et alla rejoindre l'armée à Mûri. Mais elle laissait en arrière son second chef» le colonel Monnier, qui resta coupé avec quinze soldats seule* ment. Quoique blesse, il se défendit, lui et ses quinze, avec acharnemeat^ d'abord sous h\ porte de réglise, puis dans la galerie de la tour, ou enfin il ne put être fait prisonnier qu'après une capitulation honorable; action qui dut sourire aux yainqueura, en leur rappelant les exploits de leurs pères.

A ces nouvelles, l'ambassadeur français et les cantons neutres n'eurent pas beau jeu pour conclure ni pour reprendre les négociations. L'armée bernoise, quittant Mûri , se porta plus au nord dans les plaines fédérales de Wohlen sur les bords

a nemi. • D'Ail, X, « Avec soldante hommes il fit Iclc à cinq

9 mille hommes dei ennemis » Moréri, Supplém. (Bàle, 1731)» T. 11.

* Camps fédéraux à Wohlen, en 1820 ei 18^. Dan^ colle meint plaine, le 6 Décembre 1830, se réunirciil six raille i évolutioniiaiies ar{»ovicn.s , qui lurent passés en revue par leur chef Fischer de Merischwanden et marchèrent de là sur Aarau. Voy. Dict. de Lutz et Leresche.

delà petite rivière de la Bunz^ à proximité d^an

plateau nommé le Meyengruo^ où elle avait un vieux camp et prenait Tolontiers position ^ Réduite par rassurance de la paix au quart de ce qu'elle avait été dans le cours de la campagne, elle Décomptait gaère que neuf mille hommes. Les catholiques en avaient quinze à dix-huit-miile, tant de Lucerne, de Zug et des trois cantons primitifs que des vallées italiennes. L'avoyer de Lucerne, Schweitser, las comntandait ; ils avaient ou-> tre cela plusieurs bons officiers. D'ailleurs^ passionnée, tumultuaire et populaire, formée surtout de pâtres et de campagnards, ayant des femmes dans ses rangs ^, faisant une irruption plutôt qnela guerre» c'était , pour Tair sinon pour la cause, une vraie armée suisse des premiers temps. Les vieux drapeaux, le grand étendard de Lucerne, la grande trompe de guerre appelée le Bœuf d'Uri, et ces massues étoilées de fer les terribles ëtoiles-du-matin ^, tout ce qui avait autrefois brillé

* Dé}à dans la guerre de 16S6. — Ce plateau ou cette émioeoce de Meyeogriin doit être dans le voisinege de Dottiken.

' Mémoire de l'ambassadeur français, du ^ Juillet.

' On rangeait les porteurs de ces Morgenstems « à côté de ceux > qui avaient des armes à leii, et quand ils trouvaient de leurs cnne- » mis blessés, il les achevaient avec ces masses. » MSC de Vevey.

Oigitizeci by

pour la pairie^ flolté, sonné ou frappé avec le plus de courage et de gloire» au dehors tout était la: mais 9 an dedans, au lieu de la sereine allégresse du guerrier, une haine farouche pour des frères; au lieu de l'antique prière d'union, de constance et de force, une malédiction fanatique et jalouse contre les Bernois ^

Les cinq Cantons , rentrés si furieusement en campagne, poursuivirent par les hauteurs l'armée bernoise, mais sans oser encore descendre , ce qui ne les empêchait pas de prendre insensiblement le's devants sur elle du côté de Lensbourg d'où elle lirait ses approvisionnements, d'inquiéter son camp assis dans le fond et de la menacer delui couper les virres. Aussi, le 35 Juillet, entre huit et neuf heures du matin, elle se remit en marche, abandonnant sa position de la plaine de Wohlen, et se dirigeant, maisavec Tatlente d'une action , sur son camp deMeyengriin.Dansle circuit qu'elle devait faire pour y arriver, elle avait â franchir, en présence de Tennemi, le mauvais défilé de Tillmergen. Les gros bagages et l'artillerie une

* « Très- honorée Marie, gardez-nous .... des chiens infernaux » de Hollandois .... des chiens marins anglois .... et des Ber- » DOIS , qui volent par ici comme les diables dans l'enfer. • Prière que chaque soldat de l'armco catholique devait dire matin et soir pendant la guerre de 1718; ib.

fois expédiés sous escorte, Varmée, ne gardant que huit pièces, suivit saos grande opposilion. Seulemeat Tarrière-garde » au moment oii elle était tout â découvert sur une colline qui forme le défilé d'un côté, souffrit un peu de quelques balteries placées parmi les vignes et sur la pente du Lindenberg. Au passage d'un pont , probablement en ayant de Tillmergen 9 le détachement commandé pour ouvrir la marche, s'était arrêté et avait témoigné quelque répugnance. Davel,qui eu faisait partie, s'avançant achevai, passa en tète; et» suivi de ceux que son eitemple avait le plus vite entrâmes, il les conduisit au premier corps de garde ennemi et le dispersa. A quelque distance , une batterie tirait sur nos troupes. Davel, s'adressant à quelques dragons , leur propose de Tenlever ; comme ce coup de main ne pouvait réussir que par une promptitude extrême, peu satisfait de la leur, il s'élance seul « à la face de toute l'armée », poursuit les canons fugitifs et, les dragons l'ayant â la iin appuyé , revient avec sa proie ^ Mais les cinq cantons, cette foisébran-

* Interrog. de Davel ^ du Lundi S Avril — Ce n'est pas ici le lieu de discuter les témoignages que Davel a pu et du se rendre à lui-même dans la dernière circonstance de sa vie. Mais, quant au fait dont il s*agil en ce moment , je le trouve précieusementconfirmé par un mautticrit de ce temps^là. C'est une liste des

Oigitizeci by

lés sans remiflo» desoendaieni aossi dâ leur c6ié

vers ViUmergen situé dans le fond. L'armée bernoise yenail de traverser ce village en bon ordre et entrait dans une plaine fort belle» qui va s'élar* gissanl. Serrée de près, elle se retoiurnâ el salua aussi de son artillerie. Lorsqu'elle fut rangée en bataille, elle se trouvait appuyée» sur la gauche par la Biîne, el par des haies vives â dos. A droite el â gauche, l'ennemi occupait les hauteurs et se couvrait de grandes forêts de chêne ou de sapin« Malgré sa supériorité , celle dernière position avait pourtant un désavantage ; elle ne permet* lail pas d'agir avec antanl d'ensemble que dans la plaine» où» en revanche» l'infériorité du nombre risquait de se faire plus fâcheusement sentir. Ainsi» tandis que nos troupes» disposées sur trois lignes de trois hommes de hauteur, el ordonnées

ctnom gagnés par les Bernob dant ceUe gaerre t t\h commeDce ainii: « An premier choc, «ons la condoile ûvl major Davel qa'on » a fait mourir & Lausanne, à Helfiquc, pris deux canons, où il esl » imprimé: sauit-paiil; SAUiT-PHiLipra. » Helfique (HilfikonX est VA château situé sur une colline au pied du Lindeubarg • au sud de Tillmergen , mais un peu à gauche pour Tarmée bernoise^ et à eôU duquel /«s etmemtt ont marohé d nmit selon le plan offî-* . ciel de la hataille. Cette action du major Davel est donc parfailement constatée : seulement» j'ai eu des doutes qu'elle n'appartint peut-être à la charge qui se lit au début de la mêlée sous le commandement du général Sacconay (voir plus bas) ; mais, tout combiné» Tinterrogatoire du major» le plan et les divers récits de. la bataille» elle me parait s'être passée en cet endroit*

plulôl que diviiëes en deux «les, tenaieni le large

de la plaîue en un seul tout , PeaQemi formait deux corps dislincta. L'un, enayaot» compoaé des trou« pes d'Urî, Schwylz, Untenvalden el Zug, celui même qui^ pressant Tarmée bernoise , l'avait vue se relourner ; ramassé en deux lignes de douce à seize hommes de hauteur , il marchait maînteuant snr notre aile gauche en s'inclinant pour la déborder. L'autre, moins à portée et moins avancé^ s'olevant par Y illmergen le long de la pente ou, dansla direction de Hilfikon et de sa chapelle aimée des pèlerins, se coulant par les montuosités du Lin^denberg, venait se ranger sur la hauteur de Din* tikon , d'où il dominait de profil Tancien petit champ debauiile de 1 656et de face lagrande plaine qui allait être celui de 1712. Ce dernier corps se composait de Lucernois ; à leur descente, notre aile droite , faisant une conversion, était chargée de les recevoir. S'avançant ainsi parallèlement, quoique â distance, en deux bandes séparées, les ennemis couraient la chance de nous mettre entre deux feux , tactique triomphante mais périlleuse ; car si leurs opérations manquaient d'ensemble ou leurs mouvements de secret, ils s'exposaient a se voir battre isolément , l'un des deux corps ne pouvant rien pour raulre. Or, leur marche actuelle était difficile a cacher soudain

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après une si longue et mutuelle observation

les Luceruois furenl, moralemeut ou phj^sique* ment» en retard; et nos généraux» au contraire» ne se laissèrent prendre ui du terrain ni du temps.

Après donc qu'on se fut assez « enlrecanonné » tout le cnalin , a midi et demi , notre aile gauche» commandée par le major-général Rodolph Manuel» attaqua le premier corps ennemi , celui de droite ou des quatre Pelits-Canlons Commandé par le brigadier de Sonnenberg». il accourait» en partie par un bois de chêne et en partie a travers champs par ce bois. On s'approcha de part et d'autre avec une bonne contenance et une égale fierté; Notre première ligue fil feu avec assez de succès; mais sous la violence et le poids de Tennemi très supérieur en nombre elle commençait â céder^ lorsque le général Sacconay , chargeant â la tête de quatre bataillons delà droite» se jeta sur l'artillerie des Petits-Cantons^ l'enleva et mit tout en. déroute de ce coté. Pendant ce temps» la seconde ligne de noire gauche, par un quart de conversion» prenait Tennemi en flanc et venait âlui « le fusil

* L'avoyer Schweitser et le brigadier Pfyffer , comnumiItttU dn tecood corps , ne furent pas masquer leur marche , comme le clief lucernois de iSKô , un PfyffiMT aaeii ; on plutdi ils ne trouvèrent pas lea Bernois dans nne aussi folle sécurité.

' « Ils sont petits cantons , mais ils sont grands de cœur », disait notre ami Pierrefleur le banneret.

sur Pépaule jusqu'à hnile-pourpoinl ». Ce double cboc» en face el de côlé, le renversa et le précipita dans le bois. Il s'y relint â on petit fossé g^arni d*une épaisse haie ; mais là nos milices le forcèrent à l'arme blanche, après un grand carnage, et poursuivirent les fuyards^ l'épée dans les reins. Un grand nombre de ceux qui échappèrent au mas-* sacre, périrent dans rélouffement de la presse, ou, de précipitation > se noyèrent^ les uns dans la Buns, les autres dans un étang de la forêt vaste et profond.

Mais, dans cette première charge, Sacconay

avait été dangereusement blessé de deux coups au dessus du sein et, à la gauche des ennemis, les Lucernois , enfin rassemblés ou ébranlés , descendaient de la montagne; ils vinrent fondre avec furie sur l'aile que Sacconay commandait. Comme sa gauche, elle s'appuyait â des haies vives, parmi lesquelles , sur son terrain, se dressait une énorme pierre qui fut dans la mêlée un des plus funestes endroits et comme le principal achoppement de mort. De plus, en faisant son quart de conversion , elle avait occupé, à quelque

' Blessé à l'cpaule au commencement de TaLlion , il se fit panser, ^ remonta aussitôt à cheval , s'acquitta <le tout avec la même vigoear jusqu'à ce qu'un second coup au br«s gauche le mît hors d'éUt d'agir, MSC de Vevey.

distance, deux postes avancés^ parmi des vignes et sur la hauteur. Le détachement qui les gardait risquait d'être coupé : on lui ordonna la retraite; il n'obéit qu'avec peine et se posia on embuscade sur la pente dans une grande foret de sapin. Le reste de Faile pensa qu'il fuyait et, déjà aux prises^ se mit a reculer en désordre ^ entraînant même la gauche yictorieuse qui arrivait a son secours. Quelques-uns crûrent la bataille perdue ^ Aiors^ les officiers avec un courage et une présence d'esprit qui furent très admirés, s'appuyant à la haie> Tépée et le sponlon à la main, arrêtèrent et ramenèrent leurs milices, qui rengagèrent le combat \ Mais elles étaient tout à découvert , tandis que les Lucernois tenaient les broussailles et la hauteur. De plus, ou vojait dans le lointain^ du côté de Hilfikon» un troisième corps , frais et nombreux, descendre des montagnes. Pour éviter d'être

* loterrog. de Davel , du K Avril : « Mr. Schiffely» secrétaire de la généralité, vini à lui (Davel), tout alarmé , lui disant : Tout est perdu, nos Iroupei reculent et s'enfuient ; là-dessus ledit Davel le prit par les deux mains et lui dit : « Monsieur, cela n*est rien ; vous verres tout d'abord que la bataille est gagnée. *

' m ... Nos officiers prirent lanl de soin et de peine qu'ils rallièrent les iroupes , car nous estions pour eslre tous perdus, si on u'eiit pas repris coura{Te. M. notre capitaine (Hugonin), INI. le major , enfin tous nos officiers ont bien fait leur devoir cl se sont hnzardés autant qu'il se peut. » Lettre d'Abr. Viard , de V«vey. (comm par M. Fl. Dulon)

pris en flauc^ comme pour attirer la maase de Tennemi dans la plaine, l'armée bernoise recommença son mouvemeulderelraile. Celle feinle lui réusait; Pennemi a'ëlance de son poste après elle; arrivée près de Hendschikon , environ à une dcmi-lieue de là, elle fait brusquement volte-face et le charge â son leur avec lanl d'impeliiosilé qu'elle le met en fuite et ie chasse de la plaine en un instant. Mais la retraite de Tennemi fut longue", disputée et sanglante. Regagnant la hauteur il s'y était comme retranché soit dans les vignes , soit dans un grand bois de sapin conligu, le bois de Herliberg. Il s'y défendit en désespéré: d abord, â l'extrémité la plus avancée, où il résista une bonne heure , jusqu'à ce qu'enfîn deux compagnies forcèrent à la bayonnette cette espèce de redoute et l'en délogerent. Mais on eut à lui arracher encore Tautre coin de la forêt où il fit une seconde halte non moins opiniâtre. Ce nouveau poste, avec le bois, une grosse haie , la montuosité et la pente , fut comme une espèce de fort qu'il fallut emporter. Quelques cents de nos plus braves soldats grimpèrent à l'assaut ; des détachements vinrent par deux autres côtés; toute résistance finit. Les Lucernois de la gauche , comme les Petits-Cantons delà droite, fuyaient, en déroute complète, écrasés et dispersés.

Dans cette finale course, vainqueurs et vaincus

dorenl traverser derrière Vîllmcpgen le petit champ peu connu où leurs pères eu étaieal venus aux mains cinquante-six ans auparavant, mais avec un résultat tout contraire et qui n avait rien décidé. Au lieu d'une surprise et d'une panique comme la première fois, celte fois-ci c'était une vraie bataille, Sanglante et définitive. Elle avait dure jusqu'à SIX heures du soir ; et, a quatre heures, la victoire était encore fort disputée. Les vainqueurs n'eurent ^uère en tout qu'un millier de tués et de blessés i mais, outre plusieurs lieutenants et capiiaiues, ils comptaient parmi leurs morts an officier supé* rieur, Tscharner, deux colonels, Feschy et Métrai, et^ parmi leurs blessés, deux généraux, l'un ber-» nois, Diesbach , Pautre vaudois, Sacconay. Saussure, le héros de Bremgartën, avait aussi été blessé dangereusement. Lés vaincus avaient incomparablement plus souffert : ils eurent environ trois mille hommes tant tués que noyés et, des blessés, presque autant périrent. Leurs deux ailes avaient perdu canons et drapeaux, et les Petits-Cantons le fameux cor d'Uri , les Lucernois leur grandétendard : cela fut singulièrement sensible au peuple qui attachait â ces objets des idées super* stitieuses elles regardait en quelque sorte comme d'antiques palladiums de valeur et de liberté ^

* « Cette perle n*a pas été sensible à la populace , en comparaison

Il fiallul bim conclure la paix comme le touIq»

reot Zurich el Berne, qui se irouvèreul n'avoir pas perdu au retard. Deux blocs de rocher bruli^ trouvés là ou amenés par les vainqueurs , marqueot ce champ de bataille selon Tusage el dans le style helyéliens. Les Réformés célébrèrent la yictpire et la paiyparune fete suivie d'un jeûne et par une prière approuvée alors m^me des catholiques raisonnables. Des aumônes, des collectes vinrent au secours des Petits-Cantons que la guerre avait dépeuplés et ruinés \

da grand cornet d'Urifiàt4'iuieconie de bœuf garnie d'argent asses richement; laquelle aToii été bénie par un pape .... Cet instromeat qai servait à sonner raterme , à assembler le canton, è donner le signal da combat» éloit tp grando vénéraiion par ni le penple qui croyait ne pouvoir éire vaiaca tant que ce précient cor serait es sa puissance. Le grand étendard de Lucerne » dont les Ustoirei ile Suisse loiil«MiveBt atntioa , est anssi tombé entre les naiaa des Bemoii evec huit antres étendards, » KSC de Vevejr. •«.. ... deai cornes de bœuf d'Urî garnies d'argent dont ce canton se sert pour eseemUer eetlreapes. sonner l*alarme et pnUler la goerre. Hi font qn fort grsnd cas de ces cornes de bteaf qu'ils disent qu'elle* leur ont été données par Temperear Charlemaguc en mémoire de la valeur que leurs tronpes firent paraître dans une grande bataille oà les Sarraains qui se servaient de ces core lurent défaits; etils ont été débits eux-mêmes aujourd'hui et ont perdu en même temps le signe de leur valeur de sorte qu*on peut dire quMls n'bn ont plus. • Ui. ^ Le cepilaiue eu vojé à Berne evec le uouvelle de le victoîM y porta • comme principal trophée» la eoivie éTVri, Ib. Voy. aussi a*Alt,X,e6S.— Selon d'autres, le Taureau d'Uri avait déjà été perdu è la bataille de Marignan. Voy. Gluta-Blosheim , L, IV, n. 53S.

* M3G de Vevey. Pour tout ce qui regarde la bat. de YiUmergeu»

Telle fut cette bataille de Villmergeti dont le souYeniry malgré le torrent de bruit qui nous sépare de ce passé, se conserve encore parmi nous et y occupe une place marquante dans la tradition*

On se raconta long-temps à nos Toyers toutecette campagne et ses diverses aventures. Comme fl l'or»

dinaire, propos el faits plaisants décontenançaient volontiers la gravité des récits. Brentgarten surtout fournissait de grotesques incidentd. La comiquement triste âventure d*un dragon du village de Faoug avait parîicnlièreraenl fait du bruit. 11 était, dans son pays , assesseur de consistoire ; et, quand il se vit , lui au milieu du défilé de Bremgarten , les ennemis dans le bois', son colonel et son lieutenant tués , il songea beaucoup moins à illustrer le dragon qu'à mclire en sûreté l'assesseur; et prenant l'épouvante , dépassant ses camarades, avec la bonne intention de porter au moins â toute bride la fatale nouvelle , il galoppa d'un trait

je me suis servi essentiellement du plan e( des récits oiïiciels, in-> ^crës en outre plus ou moins textuellement dans ce manuscrit, »laii5 les Fragm. histor. sur Berne, II. 545 sqq. et dans Alt, X, 66k. Voir aussi le Cona. suisse, II, 291 , el Gren. IS". 311. — Sur la prière, voir lettres de J.-B. Rousseau à M. de Crousaz ; «Elle ' • est sage et modeste, lui dit le poète, qui ajoute : » A l'égard du «> style, il serait plus châtié cl plus Irariçois si votre académie avoit • eu le loisir àe le corrigée, » (IV, 72 )

ilOS

jusqu'à Lenzbourg à deux lieues de la. Charles-Ie- Téméraire^ après Moral, arail bien tah pis; mais on voulait des soldats et non pas des courriers. Le dragon, accompag^né de tous les tambours de Tarmée, fut conduit a rétat-major. La, il fut cen-^ sure, casse de tout emploi, reçut défense de porter l'épée à l'avenir ni aucune arme; le Grand-Prévôl lui ôta son uniforme et son équipenieni, et « on le conduisit hors du camp avec ignominie A Bade, un Gënevois s'attira pour une autre affaire le même cbàtiment. Voyant des Bernois revenir au camp arec du vin, il a en voulut aussi avoir s: et partout furelant^ partout tâtant, le Genevois, chargé de sa marmite, de plus armé d'un fort couteau de tonnelier, s'attaque enfin â une porte qu'a sa grosseur il prend pour celle d'une cave. Il essaie de la faire sauter. De la fenêtre au-dessus^ quelqu'un rinterroge; il répond deux ou trois paroles brutales et continue; la même personne descend, lui donne du plat de l'épée sur les épaules, le Genevois riposte avec sa marmite, enfiu il est blessé et conduit à l'ambulance ; guéri , il fut de même dégradé, chassé du camp et, arrivé à Genève, banni. A Villmergen aussi, un tonneau de vin avait jeté quelque gaité sur la scène, mais sans honte et sans fâcheux souvenir, car il fut bu vaillamment sur le champ de bataille et par ceux â qui ce champ était resté. Le lendemain delà victoire, lo village de Villmergen

accuse d'avoir ëlé malveillant et trattre^ fut livrée au pillage peudaat deux heures. Chevaux et bœufs, serviettes 9 nappes, matelas, vases d'étain^ grandes chaudières de cuivre et jusqu'à Thorloge du clocher % tout accommodait les soldats qui revendaient aussitôt a vil prix. Quelques-uns d'entr'cux, et c'étaieut à coup sûr des nôtres, flairèrent un tonneau de très4)onvin; ils s'en emparent, le portent au beau milieu de la plaine où l'on s'était battu et là, te mettent en perce. Qui voulut put boire à pende frais son coup de victoire, elle tonneau fut bientôt lui-même au nombre des morts. Une histoire^ telle quels nôtre ne peutsouvent être qu'une chronique ; on me passera donc cette petite aventure ainsi qu'à nos soldats. Pour cenxqui ne remporté* rent point d'autres trophées de la campagne que les dépouilles du malheureux Villmergen, sans doute* ils firent bien, par la suite, de laisser dormir leurs souvenirs et oublier leurs exploits. Mais le grand nombre n'était pas dans ce cas^ il osait raconter.

Le bataillon dq Yovey et le bataillon Régis demeurèrent particulièrement en renom Le con-

* Elle iul vendue à lacommiine deNoville, dans le gouvernemeut^ dlAigle. MSC. de Y«vey.

* «Notre bataillon et le bataillon de Réf^is font parler d'eux à, cause de leur {'énérosilc , car c'est eux (|ui altaquèroot les pifQ-^

nie» les coaeuiiâ. > LeUre de Viard , de Yevcjr*

tiogeni de Montreux avait ea. plusieurs blessés.

Do Moudon étaient restés sur le champ de bataille le capitaine de la oompaguie d'élite» Gabriel Cer* jeat 9 et son lieutenant le conseiller Dernier re, qui, oncle de rhistorien Ruchat et , comme lui» en quête de vieilles cbarles , avait quitté la poussière des archives pour celle, plus glorieuse, où il fut enseveli \ Tel soldat obscur avait été em^ porté par un boulet, tel autre assommé d^un coup de masse ; leurs camarades seuls en parièrent quelque temps On faisait mention â parlde eeiix qui avaient été au pont de Seiss Un sabre porté à

*■ Cest à Demierre «I à son Mveift Kucliat que l'on <loU la dé. couverte de la chronique connue dans notre histoirat^ilS le nom de Manuscrit de Moudon et souvent citée par Muller fOUs celui de Chronicon brève. — Grenus . Doc, p. 492 , Cons. anifae» Xil. 359» Joorii. d« Uâoç. va«d< d'Util. publ.,,V.> 417.

* « Pierre Stou qui a été presque assommé à coups de masse, je

> ne sais pas s'il eu eschappera : il est mort. Le petit Ormond de la » Tour a été lué d'uu boulet de canon ; le 61s d'Augustin Corlay est » blessé assez danfrereuseraent ; plusieurs de Moutruz sont blessés >» dangereusement; enfin c'est une compassion de voir la quantité de » blessés; mais Dieu soit loué î tous ceux du Bourg-du-vieux-Mazel (quartier de Vevey où demeurait Viard ) se portent bien, et lis

> saluent le voisinage. >» Lettre de Viard, de Vevey.

' Le MSC. de Vevey, dans le rôle des quarante hommes que la compagnie Hu{]oniii avait fournis pour la {guerre de 1712, inscrit à part les tués , au nombre de sept, et Ceux qui ont été au pont de Seiss , savoir : Gatelas. sergent } Jean Gaiiié, corporal; Paul Ode; Décloua ; et David Gap.

Villmergea fui longlemps m glorièlix souvénir. .

Les milices vaudoises avaient évidemment joué le premier rôle daus ceae guerre » soit par le nombre 9 soit par la valeur ^ soilparlea r^ol*tats. Cela esl saillant quoique Berne se soit nâ-*fnrellenieiit peu appliquée à le fam ressortir el qu'elle ait^ autant que possible ^ tout confondu sous le nom bernois. Mais les récompenses mêmes qu'elle décerna, et qui n'échappèrent pas dans le temps au reproche de mesquinerie, la trahissent sur ce point, car les principales fuvent pour des ofliciers vaudois, Saccouay > Saussure j Régis, Monnier, Davel

Mais à présent, dans de vagues intentions de concorde et d'oubli^ on affecte de ne parl^de ce fait d'armes qi/aree réticence et répugnance, comme d'une lutte sacrilège dont il faut proscrire le souvenir; on nous insinue cet aban« donneraeat de nous-mêmes et nous y donnons

Sacconay : haute bourgeoisie de Berne, une place dans le Grand- Conseil de la république , une chaîne d'or et une médaille de prix ; Saussure: érection de sa seijjneurie de Berchier en baronnie; Régis : affranchissement de toute redevance pendant sa vie ; Monnier : petite bourgeoisie de Berne, trois mille irancs, et la remise de divers intérêts qu'il devait à LL. EE ; Davel ; une pension d'environ cent écus et en outre, dans la suite, la charge d€ Major d'un des quatre départements militaires du Pays-de- Vaud. Voy. Grenus, jN". 3U; Fraym. hist. sur Berne, TI , TrSl ; etc. — Fr. Ces. Laharpe, Histoire du major Davel (Laus., lÔOa), p. 95: etc.

agréablement les mains. Cependant^ point de vé'ritable concorde sans une franche explicalion. Il y a d'ailleurs dans tout ceci un point de vue ro^ maneaque dont la connaiaaançe de Thiatoire ei dç Tbomme €l<»l démêler les faux aapects^ car n'étant pas vrais ils sont à craindre. Rien n'^st parfaite? tnenl beau dans la réalité humaine; et ce qui passe pour de riiérdisme eut ses laideurs que Tœil de la vanité du monde ne veut pas voir. La seule irré* procbable beauté est celle du dévouement ; et il peut se trouver dans une cause d'ailleurs triste et sans bruit. La poésie d'une action la consacre juslemenl dans un monde idéal; mais elle n'en fait paa la valeur dernière ni le droit â jamais. Les guerres civiles ne sont pas moins inévitables et peuvent n'être pas plus illégitimes que les gue^u res contre Fétrangcr. Elles sont la grande ornière de l'hiâtojjre; et les Suites, en particulier, par un effet de leur position au centre, qui les lie â tous les partis et donne pleine carrière à leur choix, les Suisses n'ont jamais livré de bataille où ils ne trouvassent des adversaires qui allaient être leurs frères ou qui Tétaient déjà. Les guerres civiles mettent fin aux choses, et la fin^quoique plus douloureuse el plus froide, peut être aussi iraporlanle que le commencement. Tel fut le cas de la bataille de Villmergen : elle donna le premier coup, un coup décisif^ â Tancienne puisse ^ a Tancienne Gonfér

dérAlion. Les Catholiques , le plus hautain elle moins religieux des deux partis, furent humiliés^ el diacua perdit au moins toute illusion que la foi put être pour quelque chose dans une guerre rdigieuse. Les Petits-Cantons purent bien conserw ver leurs prétentions exorbitanteç , mais dès lors le néont eu avait clé mis au jour et eux-mêmes %*y étaient sentis rabaissés de manière a ne l'oublier plus. Ilsavaienl étédésorgauisés^et le moment Tiendrait oùLucerne^ leur centre, se détacherait d'eux. Berne Je prineipal vainqueur ^ obtint une prépondérance si forte que l'équilibre en fut rompu ' : elle dominait trop les Confédérés pour qu'au moment critique ils soutinssent efficacemenl un ordre de choses où elle pesait autant. D autre part, elle ne l'avait emporté qu'avec le secours d'un peuple dont elle retenait l'héritage et qui le réclamerait un jour : son succès au dehors était un commencement de défaite au dedans. Ce furent là les grands résultats, l'œuvre réelle^ dans son action" )a plus durable et la plus vraie ^ Villmergen était le coup de canon éloigné mais sur de 98.Lespatri-

' Monteaqaieu en fit la remarque dans son Espritdies Lois( L. X> ch. 6 ) : « 11 est contre la nature «le la chose que, dans une consli- • tulion iédcralive» un état confédéré conquière sur Pautre, » comme nous avons vu de nos jours chez les Suisses.» D'Alt* l*avojer de Fribour^]; , cite ce passage et en lait sa seule réflesion «ur le traité qui anivit la bataille de Villmergen. X, 66S, 645.

ciats se Irompèrent crueUement ; il» jonèreol un jeu

de sang où tous perdirent. Qu'ils maudissent YiUmergen ! ils j furent raincus. Qu'ils détoumest les yeux de ce champ lugubre d'où monta sur eux le premier signe de mort ! Mais que le peuple ne craigne pas de le regarder en face , car ce ne sont pas tant des frères qui s y entrecombattirent que des égaux d'oppression qui, de manière 6n d'autre, se levèrent ensemble contre leurs oppresseurs!

Pour les Vaudois en particulier, cette guerre n^est pas seulement un fait brillant de leur histoire^ mais elle j tient profondément, et c'est ce qui BOUS a fait autant y insister. Elle fut pour eux comme le premier pas d'une véritable entrée dans la nation suisse ; entrée militaire ainsi qu'il convient, mais avec un caractère moins héroïque et moins distinct, en rerancfae aussi moins égoSsteet plus général. Telle est en effet noire position, notre volonté, notre nature. Nous ne faisons pas saillie. Nous sommes au bord, mais pourtant sur le plan du milieu. Nous avons peu agi mais beaucoup servi. Cette part n'est point celle qui a le moins d'utilité; mais elle est la part qui a le moins de bruit: personne donc ne la relève, nous-mêmes moins que personne , et l'on prend notre silence au mot. Mais, avec ou sans étalage,, chacun a un droit; Yillmergen est le nôtre: Yillmergen, le testameni do l'ancienne Confédération. C'est nous qui le si-

gnâmcs pour elle, eii allendaut d'en être reconnus. Oo ne pouvait plus nous tenir pour étrangers. Dans une cause qui peut paraître terrible, mais enfin dans une cause suisse et grande ^ un baptême de sang commença de laver la lâche originelle de la conquête. La Uéforme nous était venue les armes a la main; nous fîmes triompbery parles armes, et la Réforme et ceux qui nous l'avaient donnée ; quant aux autres» nous les rapprodiions de nous par la défaite et par la crainte d'un maître, puisqu'on ne voulait pas de nous pour Confédérés. Les Vaudois avaient pris rang dans l'armée helvétique et soutenu vicloriensement ^épreuve de ses prétentions» de sa discipline. Us avaient vu de près ces Petits-Cantons si fiers et si farouches, et ils les avaient vus fuir et laisser â ces Welsches si dédaignés les canons» les drapeaux des antiques batailles et jusqu'à ces trompes de guerre qui avaient sonné à Grandson*. Yaud

* «Moni leur mwonê pris Mpt canOM . . wi dr»p«Mii et pour êum 9 dire le meilleure pièce de leur sac ^ni est les cornets de Oori > ils evoyent des prodigîeases cornes de bœuf garnies d'argent dont » neas leur avon» prie deax qui est la plus grande perle qu'ils

» croyent avoir fait. > Lettre de Viard , de Vevey.— Dans nos contrées romandes , les traditions populaires ont amalgamé quelquelois les souvenirs de la bataille de Villmergen et ceux de Gharles-le* Téméraire, c'est-à-dke les deux guerreequi nous ont faits Suisses: celle de ViUmergcn ocmmença d'arroser ce que celle de Bourgogne avait seulement déraciné et transplanté. (Pour ce genre de tradi*

claii désormais quelque chose, el il avait monlré co que Berne el lui pourraient faire si jamais^ égaux et amis, eux qui sout au centre des deux Helvéïies^ ils venaient â s'entendre un joujh

La Guerre de 1712 eut donc essentiellemenlr

une portée politique; el l'on s'en douta fort bien dans le temps ^ quoiqu'on lait oublié dans la suite, Forage de la fin du siècle ayant couvert et comme emporté tous les bruits de son commen-« cernent.

Cependant elle agit, cette guerre^ au miliei^ d'une fermentation théologique , mais sans s'y rattacher, du moins autant qu'on se le figure, ni eu soi ni dans ses résultats essentiels.

En même temps que la Suisse réformée deve-^ nait prédominante dans l'ancien Corps Helvétique ainsi morlellemeal ébranlé, la foi religieuse y arrivait à une phase nouvelle qui n'était autre qu'une réaction plus* ou moins dissimulée, réaction en bien et en mal. Ce qu'il y avait d'incom-^

fions, voy. enlr'autres , dans le Panlolo{i[ue de la Sect. vaud. do ZofF. ,uu article, sîgaé L. Durand, sur les Servants et les Sor-^ ciers).

picl^ de suranné, dans rétablissement religieux du seizième siècle ; rinfériorilé de la polémique prolestante au siècle suivant; eniin, surtout > le vent agréablement perfide qui cammençait â souffler^ détachait, excitait ou séduisait les es**^ prils.

C'est un fait (il vaudrait la peine de l'éclairer) que, tout comme le dix-septième siècle eut ëon républicanisme dont on parle beaucoup moins que de sa royauté, le dix-huitième^ outre son incrédulité qui fait sa renommée , eut une grande activité théologique et religieuse dans sa première et même dans sa seconde moitié. Des doctrines évangéliques , mystiques, théosophiquos, le labourèrent en divers sens dans toute son étendue et y ont poussé leurs sillous jusqu'à nous.

Pour ne prendre que la Suisse, et même la Suisse française, il reste encore ici des traces de ce qui, sous le nom vague cl diversement commode de Piéti&me % fut dans ce temps-là^ sinon un réçeih comme on le dit du nôtre, au moins une veille de la foi. L'un des principaux compagnons d'œuvrc

' On disait alors: « On ne peut pas toujours mélanclioliscr et faire U Pié(ûie, > (Lettre mUtive, Partie I., p. 1S« citée plu» Uuy«

du fondateur de l'église des Frères-Moraves fut

II IL VVatie ville ^ un Bernois. Les senlimeots de Madame Guyoa 6real école à Lausanne ; ses ouvrages y furent édiles^ et il s'y forma, sans séparation eitérieare» une petite société quiétkte, très-distincte quoique peu apparente, avec d'assez nombreux aboutissants \

Quoique très-décidé, tout ce mouvement religieux étant venu à une heure tranquille fut beaucoup plus doux, plus huileux I moins raboteux mais moins énergique aussi que celui de nos temps révolutionnaires. On s'en souviat naguère pour l'offrir en modèle au nôtre ; mais on oubliait que celui-là n'avait pas échappé davantage aux persécutions. Les anabaptistes furent chassés A Genève, le morave Walleville risqua d'être

' On trouvera ci-après des détails. «^CEavres de Mad. Guyon > en qoaranle vol. • cbecHoiri Vincent • imyrimenr-Ubreire à Lausanne. Xolr PkUosophie divine, par Keleph-Ben llatliaD (Dutoit- Membriny.)

' Yoy. Lettre mùtipe eterite à Leun Exeelieneet de Berne par un de leurt st^eti , Nieoias Samuei de traytorrem» anabaptiste benni(a. 1717) : ouvrais très-rare et cvrîenx à cenaaiter sur Tétât moral du Pays-de-Yaudaa commencement da IS* siècle. (Bibl. Brid. • à la Bibl. cent ) — • Des anabaptistes du pays > furent envoyés, « comme de présent « au roi de Sicîlle pour mettre sur ses vgalleres et esclavage perpétuel, et cela non pour crimes.» Ib., I*. P., p. 9, Il^ P., p. 17. — A. Bost, Hist. anc. et mod. de l'Egl. des Frères de Bobème et de Moravie (Genève^ 1831 ), L. XII , t. fl » p. SS3. — Mém. sur le Gons., 8*3,

Upidë avec Zinsendorf. Le piétisme d'un autre

Walleville, pasteur allemand de Vevej, lui fii perdre iBoa emploi. Los quîétisles eurent aussi leurs trairerses* Et pour des opinions fort diflerentes, pour une cause qui fit plus de bruit, TA- 4sadémie de Lansiiniie et le dergé vaudois, par leur résistance à Berne, par la lutte qu'ils soutinrent, attirèrent sur eux l'attention générale el provoquèrent rintervention de plusieurs souverains. Les questions qui furent alors débattues n'étaient pas neuves sans doute, mais elles le sont encore moins aujourd'hui qu'on les agite pourtant de nouveau et avec assez peu de différence d aspects. Les siècles sont comme les jours: le second fait oublier le premier el n'est rien â son t9or pour oelui qui le suit. Il est nécessaire de dire un mot de ces troubles, connus dans l'histoire de Suisse sous le nom d'affaire du Consensus, parce qu'ils peuvent tendre quelques fjis pour y rattacher utilement d'autres faits plus intéressants comme plus importants à raconter.

Cesl souvent du vide du cœur que la lête so remplit. Il s'était trouvé ^des théologiens, plus calvinistes que Calvin leur maître, qui jetèrent sur les perfections éternelles un regard d'autant plus hardi qu'il était plus aveugle et plus éperdu ; ils poussèrent l'idée humaine^ el nécessairement

informe» de la prédestination^ de rélectioni jusqu'à des limites oii notre esprit ne peut que s'anéantir : mais» comme un échappé que rien n'effraie et que rien n'arrùle, noire esprit monte et descend partout^ touche à ioni, sans a'apercevoif qu'il est hors de lout et qu'il ne fait que rouler en lui'méme, perdant toujours le sol et ne prenaut pied nulle pari. Nous croyons que c'eal nous qui sommes immuables, que tout doit comparaître en notre présence , même Dieu» tandis que noua ne faisons que passer et défiler devant lui ; nous croyons être, tandis que c'est lui seul qui est; ouÛiant sans cesse que le pouls du temps ne bat que dans réteruité, nous disons : Il a prévu ! dp celui en qui il n'y a ni avant ni après, qui n'a besoin que de voir, et dont le contentement di-^ vin fait notre inquiétude. La raison de l'homme ne manque donc pas^ dans sa folie, de regarder comme au-dessous d'elle les adorables incon^ séquences de Pamour infini, lumineuses contradictions de la suprême vérité, et notre orgueil intrépide ne sait jamais nous faire qu'un Dieu semblable â nous. Ainsi était-on arrivé jusqu'à cette pensée, que Dieu a dù^de toute éternité des« tiner les uns à être éternellement condamnés et les autres éternellemeut justifiés/

A ce point extrême commença la réaction ; par^ tout: en France, en Hollande, eu Suisse. A la

jurtification particulière d'un petit nombre de prédestinés on opposa l'idée » reprise souyenl dès lors^ d^ttoe graoe universelle oflerte à tous mais non «cceptée de tous et qui n'empêchait point U nécessité d'ane grâce partioulière^ A Féleetion 9 avancée comme principe essentiel et premier de toute théologie S l'armiaisaisiDe oppose la néoes* site de la foi et la possibilité d'une déchéance de la lbi« Mais, outre cette r^ction théologique et dogmtique^ il y m eut une antre, plus popu* laire, une réaction morale.

La (os vivante des Réformateurs était peu-à-peu devenue une foi morte. On avait si bien accepté les doctrines qu'on ne s'en inquiétait plus* £t méine, tomme cela ne eo&tait lœn f on fos exago* rait. Une extrême rigueur de principes sur le péché, aur l'élection, sur le salut: mais en fait, ilans les enseignements pastoraux, force indulgence et rassnrement * ; dans la pratique générale,

* L'éf «ction ett ta ekaihe étor notre sahtL Sjaode éê Dur- 4pMht. Voy. Cdsfcutoa àê foi dtt égl. réL dei fêy4liê» (Ansterd.^ 1687, in-4''), p. 53.»L'anniliitaMiiM fot à la Réfomt ce que le pélagianisme avait été à l'église primitive ; par la foi il remettail riiomme tù saillie et en teèDe dans l'éleclion , comme celui-ci avait cherché à le faire dans la grâce par la «aacUficaiion.

■ « U fit dans toii f réehe sd tel éloge des richesses de ce aïonds et des «laalagea qoi lee aocompigiieot déjjè icj bas» aaéiae poar Vkm disait-il !•>••• que je vis assarément plosiesrs riches en sourire l'un contre fantrevelc. etc. Lettre missive, P. I, p. 111.

une iamilière insouciance sur tous ces points. Céiàilf la foi sana lea'œuvrea, ce qui' Béaaurait jamais être la foi. La réaction fut de laisser là cea doclrioea morlea ei de ne prêcher que lea œuvrea: tnaia il ny a point d'œuvrea aana foi; fea œuvres témoignent seulement quelle est la foi. On se dirigeait donc vei^ un nouvel extrSmev aussi daugereux que le premier^ car une foi sans œavrea équivaut en principe a des .œuvrea aana foi ; leur l<éaullal commun , identique, eat nne foi de néant ou des œuvrea de ténèbres. Aussi la préidicatioB excluaive des <euvrea ne produbit-elle paa plus de régénération que la prédication exclusive de la foi. Seulement^ comme toute réaction /cette dernière y à sou origine, quoique portant à faux, tirait de la lutte l'activité et la vie £n conaéquence , pour lea esprita aimplea et droits , peu théologiens mais religieux , la piété put consiater alors i auivré ce mouvement , à y coopérer : c'é* tait toujours renverser une foi morte, sentir le besoin de travailler et d'agir « se replacer ainai^ par un coin , sur le chemin oublié do la foi aab* atantioUe et vraie* Malgré donc une opposition vigoureuse^ et tout stérile quMl dût se montrer sans beaucoup de retard, ce revirement de doctrine entraîna tout» â apn commencement $ auaai bien les esprits libres, actifs, les aines fortes et généreuses^ que les esprits liberlins de divers

gt^nres, qui u'y cherchaient qu'une aide pour pousser à l'apothéosa <le la raiaoa humaine ou à l^abaolution ide rimmoralilé.

' £nfiu , dans toute celte réaciion générale contre le calvinisme pur ou exa^é» il faut Toir un aulre dessein encore: celui d'un rapprochement des diverses communiona cfarétiennea, au moins des églises protestas les. On espërail qu'en abandonnant de part et d'autre ou qu'en voilant les dogmes les plua ténébreux » on finirait par s'entendre. Relever la part de la morale, s^enfermer, comme on le croyait possible, -dans cet unique domaine, parut aussi un moyen. Mais le silence est raremeoi a£Eaire de bon accord. Cependant eelte idée de réunion plaisait aux esprits dégagés et faciles; elle répondait dans l'église à tout ce qulj; sous le vague nom de tolérance, était dana le lapnde et dans Ja société le but favori de ces (emps*

. Tolérance, moralisme, anli-ealvinisme (j'emploie à dessein , cpmme les mieux appropriées au aujel, des expressions informes el négatives), tout ceja triompha dans Topinion assez vite, mais rencontra d'autres obstacles. Peu embarrasqantesdana^ la pratique, les doctrines menacées étaient partout plus ou moins intimement unies â Tétai commet orihodoxies nfitioneles , et Von me pouvait les ^î-^

taquer sans risquer de heurter au vif soit le pou^ TOir soil les sealimenls populaires.

Les mêmes éléments de réaction, de lu Ile el de ré-

sistance se retrouvaient en Suisse comme ailleurs; et ils finirent par s'y produire avec un certain éclat, dans la Suisse française en particulier. A CSenève Alphonse Turrelin, â Neuchâtel Osterwald, elâ Baie leur ami commun Werenfels, se cbargèreni de la révolution purement ihéologique cl la poiis* sèreni, le premier jusqu'à Tarianisme, les deux autres à une sorte d'anli-dogmatisme seulement* Notre clergé et son corps le plus émineni, TAcadémie, prirent pour tâche la lutte active, la résistance^ en faveur des nouvelles idées, a ce qui leur survint d'oppression.

Il ne faut pas oublier que la Réforme et ses plus sévères doctrines faisaient en quelque sorte corps avec PElat et, â Berne ^ avec raristocratie. La Confession Helvétique était aussi constitution. En la laissant esposée ans attaques , Berne se découvrait elle-même sur un point. Elle le comprenait.de reste, et fut en outre excitée par son clergé allemand qui , pins traditionnaire , redoutait pro» bablement aussi de voir toucher , en quoi que ce ttn, i un jétat de choses oit il avait Tbifluence et le pas. Aussi, dès la fin du dix-septième siècle, et de concert alors avec d'antres cantons, Berne

tl2S

avait -elle cru devoir renforcer la Confession HeU vétique contre les nouveautés: elle le fit, entr aufres, par an livra ajmbdiqae aonKaire » formu* laire d'union appelé Consensus, que tout le corps da clergé d de rinalmclion puidîqàe » paataim » ministres , professeurs et régents > devait signer. Il était plus serré que la Confession de foi sur les dogmés lea |dûs pénibles » Téleetion et la prédee^ tinaiion, et plus littéral^ plus matériel, sur lacri^ tiqne marêt, car il admettait Finspiration et en quelque sorte l'immutabilité du texte hébreu jus* qnea dans lea lettres d lea pointa. La lâgnature de ce formulaire souleva promptement quelques difficultés; et la plupart ne la donnaient qu'avec cer« tttnes reatrictkma que Tacadémiede Lausanne tolé* rait pour laisser une porte ouverteaux consciences. L'Acadénûe comptait alors dans aon aein plusieurs hommes distingués, étrangers ou du pays, en relation avec le monde savant^ lesquels , suivant resprit du siècle, inclinaient â une reaction contre le passé théologique sans établir bien stricte* ment un nonveau système. Le clergé vaudois^ formé par elle, était animé du même esprit; les menenra dn clergé bernois PaocuSMent hautement d'arminianisme , bien qu'en général sa tendance fut plutôt anti-dogmatique et moraliste que spéculative. Il comptait aussi des piétistes, moins nombreux ici qu'à fierne^ où ils avaient les Wal-

un

tevîlle, mm represenléB'aoBsi'â LaiiMnne pai' irne

famîilc^ illustre alors dans la science ci les armea^ pttr les Potier. Les dissèniimenis âugmealaient* Dès le commencemenl dir siècle. Berné prit des mesures sévères; la signature sans réserve et un rîgocireilz sermenl d'assocnitio» àmtre les nova* leurs furent exigés sous peine d'inlerdiclion et de déposition ^ On ne courba' pas la tèlesmsbmil', La guerre fui très-vive entre les deux Seadémies: cell^ de Berné n'eut que de la grossièreté sans fran« ebise: ceUe de Lausariné, Séfendant la cause de la tolérance et se plaçant habilement sur ce terraio, éveilla l'opinion publique en sa faveur. Plusieurs de ses membres^ un grand nombre de ministres refusèrent d'abord leurs signatures ^. Maïs 'd'aiU'^ très les abandonnèrent ou les entravèrent. L'intérêt, la vitude et Tattacbeme au monde te*

* liém. sur les troubles de Suisse à Toccasion du Consensus (Amsterdam I7S6), pauim. \oye% aussi Warrateur Religieux*, (a. I857)| f, 184. «-Letlrt missive été., P. I,>.S,7.

*€.... La Foromle du Consensus, dont il • tant été parlé. > Lettre du roi de Prusse^ ep. Mém. sur le Conséusas, p. 392.

*Rossetde Rochcfort, pasteur de Lausanne; deCrousas, fils du célèbre professeur, qui, alors recteur de l'Acadcnoie, la diri{];ea dans celle quercliej Barnaudj auteur des Mëm. sur le Consensus, etc.

naient do plas en pia» Je clergé par ses racines ' . Les libeclés que les Réformateurs» dans leur luile avec :1e pouvoir, aTaient iâebé dé lauver pour r£gUse, n'existaient presque plus. Les synodes araiaat cetié dàs b miliau du diz-lioitième siècle*; c'est'â-dire 9 coïncidence remarquable! à la même époque. où le palrieiat jeta tes dersiers fondements. La position des consistoires avait été faussée dès l'origine» et, maintenant que 1 apreté dea {Nnemiera tempa ne les aouténait plus, leur action dégénérait le plus souvent en petites înquiaitJons et en inutiles scandales, il ne pouvait donc être. nullement question de rësistaiiee organisée. « Les baillis parlèrent haut s: Leurs Excellences . n'élaient*ellea paa c lea andena dea Eglises » f On eut soin de jeter des soupçons habiles sur les réfractairea et sur t leurs vastes desseins » ; il y eut enfin tant de comparutions terrorisantes et tant de verbeuses explications, que très-peu poussèrent la résistance jusqu'au bout. Quelques ^tina a'é-<

. 'cj'a/ entends dire plus d'une fois à des pasteurs do pays même, qu'on ne sçaorait assez déplorer ni croire la (grandeur de la corrup-. tion, qui reigne maintenaut dans tout leur clergé, qu'ils tâchent tant qu'ils peuvent de tenir cachée, crainte de scandale. » Lettre missive etc. , P. 1« 109 sqq. — Mém, sur le Consensus, 31 277, 20^ cl S07.

' Rucbal, Abr. d'U. ecclés. etc., a. iQ&X

taieni expatriés, et TADgleterre leur devînt une ressource eomme â ceux qui, de nœ jours, maia pour des sentiDients bien opposés, se sont vos Jetés un moment dans l'exil. Berne, de son côlé, se sentit ayerU»; on la blâmait généralement r on raccusait d'enlrarer les projets de réunion Outre les gros mémoires ibéologiques dont U lbo« droyaient les deux partis, elle se voyait sorw tout désagréablement liaroelée par une grèle de peUtes brodiurea âcres ou fuquantes K PJosieare souverains, les rois d'Angleterre, do Prusse, lui demandaient de renoncer â son formulaire, déjà abandonné de Bâio et bienldt de Zoricb. Le besoin d'une nourriture spirituelle moins affadie avait enfanté la dissidence^; les persécutions la fisraient vivre. Les nouveautés religieuses oomp-

• Elle déclarait • il est vrai , assez ironiquement qu*elle prenait rengagement d'abolir la signature aussitôt que « la réunion sera faîte. » LeUre à S. M. Britannique, ap. Mém. sur le Cons., p, 447,

• LeUnt éet [Bienheureux Réformateurs aux conducteurs des Eglises dn Seigneur dans le canton de Berne, datée des Plaines Pacifiques (1718). — Lettre au prof. De Crousai, datée à'OrlhodoxapoOs (1717). Ib. 95. — Madame hormulon, comédie rnsc. (?)

• «En vonlant établir une parfaite uniformité de senlimcns, on va multiplier de plus en plus le nombre des Dissenters .... Tant do Plétiatesne se jettent dans ce parti que parce qu'ils ne trouvent rien de solide dans ia plupart des sermons...» Lettre de Barbevrac, ib., ikÙ, 147.

taient des partisans à Berne dans le sein nième du gouTernemeiii ' • En ioul ceci d ailleurs Berne avait TOttlu essealielleinent d^ndre on consolider Té* difico politique: or de fermer la brèche n'avait lait qu'ëbninler tout le mnr. Le miens serait sans doute de ne pas trop attirer l'attention sur un côté si faible, d'aulaiit plus que ce n'était pas le seul Enfin l'entreprise de Davel qui eut avec tout cela des liens, ne manqua pas d'éciairer aussi, et, sans qi/on en devint ni plus afifomi ni plus sage 9 le Formulaire fut abandouao.

En eflet, tombant i Pimprovisto vers le dénouement de ces troubles, un événement extraordinaire avait risqué de les grossir , de les pousser bien plus loin qu\m refus de signature et de soulever une eause dont le seul remuement fit taire tout autre bruit.

Je veux supposer un homme sélé pour le bien,

* Le député bernois chargé d'intimer le serment, lui TUlicr^pasfait lui-même pour arminien. Ib , 278, — lb.« 41.

* Berne eut de sa victoire une dé6ance ou une peur qui se trahit bientôt par l'ordre qu'elle donna de « ne plus absolument parler, > ni écrire, ni taire imprimer sur cette matière* • 15 avril i723.

rhumaniléf le droit ei Ia jusliee^. un lioiiiine ami

de son pays qu'on opprime et résolu de tenter quelque chose pour le sauver. Ce pays est profondémeot roiné, moralemeol perdu, divisé > dis* sous : sa vie est sans ressort. Cet homme se seni précisément ce qai manque a sa patrie» une force iulîme, un ressort capable de tout soulever. II no redressera peut-être que des morts» mais du moins il les redressera. C'est un grand oùbut, une âme forle^ un esprit couvert et persévérant* 11 lui faut de plus une position qui aide â son ascendant personnel) et qui lui serve de poiul d'appui. A cette époque et dans ce pays-là , il n'est que trois positions de ce genre» celles de patricien ^ d*ecclésiastique ou de militaire. Le palriciat possède le pouvoir et la richesse » mais il n*en esi pas en» core au point de fournir à la cause populaire ces grands transfuges dont elle fait ses plus redoutables chefs. Le clergé trouve dans la nature même des occupations pastorales une soproe d'influence que la plus jalouse domination politique est impuissante à lui ôter^ mais cesl une influence individuelle» sur laquelle il ne peut rien» comme corps ^ que de Tenlraver, que de paralyser dans finertie du tout le membre encore sain et robuste: d'ailleurs le temps répugne désormais â voir dans le ministre un réformateur» un tribun un révolutionnaire. Reste le service militaire: il

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6st âecsmblis tn divers degrés, à toutes les êlâs.«ès i

il est honoré; il doone un rang à celui qui s'y dis* tiogiie dans la i-efraile, un ôertain prestige eh niùnie temps qu'une entière liberté. Cet homme que j'ai on vue sera doue uik vieux soldat, connu de nombreux rrères^armèe^ainié des jeunes gens. Il a un grade 9 il commande une partie des mi^ Ikaee: avec de l'adressa et de la volonté, il lui sera facile de s'en faire suivre, et de les mener où il voudra*

' Supposons encore que cet homme, selon Tesprit 'du temps soii auimé de sentiments religieux qni ne lui défendent pas d'appeler ses concHôyens à secouer le joug, qui l'y excitent au contraire, lui donaenl pour le fiiire une puissanee de plus; mab qui pourtant ne sauraient lui permettre d'exposer aucun d'eoir'eux^ ni un ni plusieurs, contre leur gré, a la chauce qu'il faut courir. Les révolutions évo« quentsur leur chemin tant de démons el poursui- ^vent tant de fantâmea qué ce scrupule a bien droit à quelque respect. D'ailleurs il est ici plus particujièrenie&t auggéire par les circonstances: le peuple i sauver pourrait bien n'en avoir que l'envie; la dépendance l'énervé ; la misère ( nous en verrons 'les preuves) coinimenoe a le démoraliser; toute sa vie est extrêmement relâchée; ses mœurs n'ont pas moins besoin de réforme que ses lois. S'ils veulent n'être que prudents^ le liou, par son cou*

rage» 1m oo«proiiieltrsi^l4l?Mdn: il en a pilié.

Que fera donc cel homme? Il s'exposera lai seuls il se lèvera , montrera ans autres qu'ils penvent avoir un chef, une armée et la victoire, el leur dira: Le voulez-vous? Aucun n'a son secret: toua demeurent pariaitemenl libres» et il n*ûsi pas be^ soin de 8*inquiéter de leur prudence. Si lenteur, crainte ou lâcheté les arrête, il reste seul , il tombera seul. Ce ne sera qu'un peu de bruit, on s'en amusera peut-êlre et personne n'en souffrira.

On dira : Cest un' beau rèveP*. Mais i'il a été réalisé? De lous les mortels les plua insensés ne flonl-iis pas ceux qui ae croient exempta de foUeP Cet homme eut aussi la sienne; mais, comme l'a dit le premier écrivain de son paya, il l'eut sublime» Aussi la pensée a laquelle il se dévoua lut sembla si forte et si belle qu'il ne la crut pas de lui , mais d'une puissance supérieure, dont H n'était que l'humble et fidèle instrument. Simple, pieux et solitaire, vivant dans une époque et dans un paysd'antiqiûefoi, pouvait-il ne pas donnera sa mission, comme nous dirions absirailemeni au** jourd'hui, un nom^ une voix sumaturelie, une ligure P et ce irait, cotte naïveté si Ton veut, ne aenM-elle pas une beaulé, une vérité de plua pooè les bons juges? Tout au moins la sagesse ne sau« rait«-elle prétendre à plus d'ironie et de sceptîcisme que l'bistorien GiUK>n , qui , sur lea lieux

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mêmes et non loin du temps où cet homme a paru»

iit ainsi son élogo: < Enthousiaste! il esl vrai; » mm enlhoutiatte poor le bien public* > -

Cet homme est le major Davel. La supposition que j'ai faite est la seule manière de le comprea* drey et c^est ainsi qu'il s'expliquait lui-même^ mais moins systématiquement ^ d'une manière plus nttve> plus vivante, et enfin autant que sa situation le lui permit. Sans celle clé, héros ou phénomène il demeure impénétrable; et pourtant il est tel qu'on ne Ta pas jugé pour l'svoir passa sous silence. Nous allons maintenant nous en tenir esaentieUenientaux faits, scrupuleusement déduits de documents contemporains et des actes ofii« ciels

* Tout cet article sur Davel a pour base un travail beaucoup plus considérable, qui ne pourrait être publié qu*À part. Ce dernier ttst fondé principalementsurunRccueilofTiciel, allemand et français, de l,OiO p. in loi., intitulé DavelRebellions Geschcifft {\rch. cant.), et contenant , enlr'aulres t diverses relations de révéneraent , des discourt et des leUret autographes de Davel» ses interrogatoires , Umte la procédure, les correipoadMioci de Berna «Ides ImiUîs, les •ttrails des registres des conseils » etc* elc* J'en dois connaissance à M. le commissaire-général Sterchi ( et mon ami W. Espéran» dicn^ membre do tribunal d^Appei, m*a aidé 4 en Caire le déponillemant*~1Fsir en ontro» dans les Jfdmoirvr smr le CommiÊ^, pt 8W M, nn rédt qni a servi de fond, et mémo oriinaîMMnl d6 texte, à tout ce qu'on a écrit depuis sur le major Darel. Une an* rienne copie de ce morceau, qui m'a été communiquée par M. Dumur commissaire^arpenteor ; une peliu biographie msc. du major

La gneri-e de i7l2 avail pris Davel au relour du service^ el déjà vieux soldai quoiqu^l n^ent alors que quaranle-chiq ans. Nous avons ru qu'il s*j distingua d'une façon marquée « qu'il fut du nombre des orfici0rs vaudois auxquels Berne crut devoir une récompense. Après la bataille de Villmergen, Davel était revenu dans le pays de sa famille^ a Cully; il vivait là de son petit bien patrimonii^l, plus que suffisant pour un céliba-; taire» et aux produits duquel s'ajoutait une petite pension» méritée par ses récents services. Comme toutes nos fortunes rustiques, la sienne pouvait avoir ses embarras et ses charges suivant les vicissitudes des saisons ; mais elle lui donnait ce* pendant une honnête aisance. Par les dehors rien ue distinguait sa vie de tant d'autres qui s'écou* lent à peu-pros dans les mêmes conditions» rieii que certains trails honorables et peu remarqués : line extrême sobriété» simplicité et réserve en toute chose, sans mystère; une largesse de cœur, qui ne se bornait pas â dire aux pauvres: « Ailes

Dtvfl ptr taon ami K, Vermeil , \nt à la section vandobe de la socîMdeZoffiiifpae ; enfin le Mie. earOrnnpomin, publié par H.*B. Ganllteor dana le KouveHIste Vaudola dWil IS66, contiennent, •nrtonl ee dernier , quelques détails noareans et de$ variantes intéressantes*

en paix » ; un ordre dans m êSmés , un soin de régler ses comptes , une régularité dans les habi-p ludea extériearet de la piélé, dignes d'allefilioa chez un homme dont Tàme contenait tant de ehbset qui, semUe-l'il^ «kraienl déborder celloBr là. « Aimé et considéré j>, on ne lui voit prendre «UGiia soiu d'augmoater une popularité qui pçu* vait être ploe tard utile â sa cause c content de sou sort 9y il en avait dépouillé la tranquillité de toute espèce d'ëgdiama. De ce modiqae bien dont il était réconome vivaient avec lui^ comme lui , ses niècea et ses domestiquée. « Les douceurs de cette situation », auxqudles plus lard il en appelle aveo le sobre sentiment d'un homme fort, consistaient en indépendance au dehors réglée par ^austérité du dedans> en solitude intime^ en piété sincère qui reprenait chaque jour la trame dea pensées soua le regard de Dieu, en fidélité simple, confiante et soumise à une vocation secrète depuis loug^tempa acceptée. Il j rapportait même une prédiction singulière qu'il avait eue dans sa jeunesse, au mon ment de partir pour le service» mais dont il ne fil jamais aucun bruit et sur laquelle il ne parait même s etro un peû expliqué qu'à ses derniers moments* • Ce n'est pias ici le lieu de suivre Thisloire inlé-

' Ce serait trop allonfyer que de la rapporter ici ; mais noos la itottoona tOHi entière ailleurs.

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rieure de cet homme que ses contemporaiaa eiiz« mftmeS' qualifièreDt d'estraordÎMire. Les documents i la main , on peut reconatruire , par l'en* obalaement des délaîls» la fif^nre réelle de «et être â part^qui, tombant tout-â-coup dans notre histoire de «a hauteur h«*cique^ nous fait iropl'eflfot d'une apparition hors des rangs humains. On voudrais ravoir aous les jeux , en juger par soi-même ^ le auivre et ^entendra. Et pourtant il esl impossible de ne pas y croire. Aussi , frappé de ce caractère extraordinaire e( yra , un de nos ma§istrsta me disait : Davel est l'homme que je désirerais le plus d avoir vu. Même en se bornant^ comme noua devons le lâire > aux grandes iignea qui ne senl que Tesquisse^ on doit en saisir et en accepter les mjetérieox .contours y sans s'itiquiéter d'autre chose que de la vérité vivante dans le modèle» Ce qui la défigure avant tout et la relègue dans le brouillard , ce sont les eommenlaires et les juge* menls précipités. Pour peu que Davel plus enfoncé dans la nuit des siècles passés eftt élë contestable, il u'est pas douteux que^ dans sa sagesse logique^ Topiaion du Tulgaire> qui est tout autre chose que la tradition du peuple , n'eut essayé de le nier; chose plus facile que de l'expliquer^ chose même plus raisonnable que de le définir comme elle le fait quelquefois.

Durant cet intervalle, non de repos mais de

ooncealrAlioa ^ qui s'écoula entre les deux pe^ riedoi âotives de la vie de Date! , sil peas^e dié* cutail en silence > au dedans de lui^ les avertisaemeals que reçoit tout iMimne dé eosur et de tite par roppression de sa pau4e et la vue du mal. Chez lui celle préoccopalion si gravé, donl les eonseiéuoes dévouée» et le» tmnê fortes sont tsni plus troublées qu'elles ont peu pour eUes» mèsM» â craindre de joug^, oeNO préoeoopation devait s'aiguiser encore par lo sentiment d'un pouvoir moral tréfr-élendu» inexplicable en plus d'une occasion pour celui même qui en étôt rcN vêtu, et par ia conviction non moins forte qu'il n'avait pas été donné poot rien. Dans sa foi ainaple et réelle aux appels, même directs, de la Providence» et s étant cm lié d'avsMé a quelque gf^and dessein non révélé encore bien qu'annoniîé, dont toute chose n'avait été peiur lui que les préparai* tifs, Davel se tenait prêt a obéir 9 c'était la rigide et candide fermeté d'un soldat à son poste. Mais^ avec le sens droit do soa carsotève, avec la seru^ puleuse probité de son christianisme , il dut hé« siter long^temps, sonder af éprai»ver son âme et aesdesseins, soutenir bieo des luttes viéleMteadsns le secret de ses résolutions devant Dieu, etn'ar^ river enfin qn'inâiraBdableà Taotion désintéressée qui termina par un si merveilleux martyre ce drame mystérieux. L'opportunité d'an dévoua*»

Oigitizeci

meal qui affranchirait ses concitoyens put lui être démontrée par l'étal des choses autoor de lui : la Suisse ébranlée depuis sa dernière guerre civile, la plupart des cantons jaloux de Berne > le besoin que Berne arail en du pays de Vend pour remporter la victoire» la dégradation» Tinquié- Inde et le mécontentement de cdui-ci» enfin Tat* tente où étaient bien des gens dans ce temps-lâ» entr'autres Tambassadeor anglais Stanyan, qu'une révolution menaçait Parislocratie bernoise. Une fois convaincu » et ses propres paroles comme les détails de son plan prouvent qu*il ne s'en tint pas uniquement» pour se décider, aux appels de sa voix intérieure, il ne lui resta plus de doote à franchir que le scrupule religieux d'exposer, de briser peut-être d'autrea destinées que la sienne dans une tentative. Chacun sait comment il y pourvut» en n'allant que juste aussi loin qu'il le pouvait sans négliger aucune chance» mais sans compromettre personne que lui-même. Quant à sa propre tete» un vieux soldat n'a point a se demander s'il lui est permis de la risquer pour le bien public. Au moment où» par le sacrifice de Davel » et seulemmt en profilant des moyens préparés par lui au péril de sa vie» ses compatriotes pouvaient changer en sagesse â jamais louée la folie sublime d'avoir espéré en eux pour leur liberté, â ce moment-là encore

loul se passa comme l'avait régie , en ce cas pré- Ya , la Ticlima : personne ne tomba que lui. 11 tint dans ses mains fermes la fortune contraire^ comme sans doute il aurait tenu Tautre. Singulière puissance 9 rare, et qu'on n'a pas asses remarquée , de dominer encore la chute par sa volonté et la lucidité^ la fermeté de sa préroyanoe. Le hasard , cette divinité mortelle des conspirateurs ordinaires, na rien â faire icî et nj intervient pas. Tout se passe minutieusement comme l'avait marqué d'avance le consciencieux conspirateur. Sans vouloir la délivrance de son pays â tout prix, il n*a rien abandonné aux chances humaines que Tenjeu perdu de sa vie. Est-il beaucoup de sagesses plus belles que celle-là, beaucoup de succès plus habiles que cette défaite, beaucoup de révolutions heureusement accomplies qui ne puissent laisser envier a leurs chefs la moralité pieuse de cet échec? Qui oserait dire que, dans ce généreux sang seul répandu , il n*a pas germé de nobles pensées dont le fruit s'est mûri pour la délivrance future?

Ce fut le 31 Mars 1723 qu'éclata en plein suc* 1793 cès et au grand jour cette conception mystérieuse à laquelle il n'a manqué, pour continuer à réussir, que la défiance; mais qiii , avec elle, sans doute

n'aurait pas existé. Le moment avait été choisi

avec uuc sagacité vigilante. Lausanne comme les autres villes élail sans beiUi, répoqoe solennelle où la répuUique bernoise sabissril disque «nnée une sorte d'interrègne pendant les élections, ayant rsppelé tons les psirieiens dsns la cspilsle. Les châteaux étaient ouverts, sans défense; tout le psjSy et Lausanne particulièrement, fort irrité de l'issue des troobles religieux, où d'ailleurs il ne parait pa& que Davei ait pris aucune part. Major on eommandant d*on des arrondissements mili* taires, de celui de La vaux, il avait convoqué les milices à CuBy sous prëteite d'une revue. Par fermeté et par persuasion , sans s'expliquer et en laissant cr(Mre seulement qu'il avait des ordres» il réduisit les capitaines à le suivre â Laussnne/ niatgré le droit des troupes à être injectées dans leurB commems. Suivi donc de trois couipagnies d'élite y obéisantes et confiantes (passé cinq cents àonu|ies), au petit pas de son cheval, avec cette galté ëersine , digne el tranquille qui ne l'abso» donna jamais, il se dirigea vers la ville, où personne ne Tatlendait; il y arriva en Ubératsar si voloiilairement débonnaire que ses soldats avaient ' reçu l'ordre, strictement exécuté, de ne prendre ni bslles, ni autre» munitions * et de ne potnl charger leurs fusils. C'étaient des moyens qu'il amsoait pour la délivrance et non des v^hh qoeuirs qui dussent l'opérer par la force. A midi.

la me de Bourg vil passer celle peiiie t^onpe^ déniant en bon ordre, tamt>our balUnI» enseigiijea déployées et se dîrig«siit du oôlé du Chftieaa.

Maint curieux suivit , entr'autres le lieute* nanl-baUlÎTêl Loys-Boohal. Sans aulre fenoontre que le coulrôlear Crousas accouru au premier bruit S Davel arriva devant la Cathédrale» sur la ferrisae de la Gilé ; il y rangea ses feus eo bom ordre. Le coatrôleur^ à ses côtés^ attendait ses explioationa el consealità raccompagner.* ainsi que le lieoteoanl^baUlival , au aeia du ConseH , ou M rendrait raison à tout le monde de sa conduite» Laissaal la «en troupes entourées 4^ speelalaur»» il prit avec lui ses deux principaux officiers» qui ignoraient encore pourquoi ils étaient vwns. Avant d'entrer dans la saHe où l'allMdait cette autorité lausannoise qui allait 4écîder du sort de son entrepriset et qu'il semble encore n'avoir pas voulu risquer de compromettre malgré elle en la surprenant directement lui-même par une bruaque déclaration, il prit à part uu instant le petit groupe d'hommes qui r«iniourait ; il s'ouvrit alors i eux, pour k premièf^ fois, parjia communies-

* IPtr M charge. Je Gontrôleur repréfenltU le p<Mivoir daas la magistrature municipale de Lausanne : mais il avait pu, comme les autres Crousaz, être de Poppositiou dans les afTaires ecclcsiastiqaes, et, en tout cas , était bien bomme à jouer tçus le« rôles.

lion de deux pièces éoriles quHl les pria de lire avec lui. C'était l'appel â la ville de Lauaanae qu'il allait prononcer loi-même dans le Conseil. Cétait encore un manifeste d'indépendance contenant , sous une forme naïve et populaire^ mais avec une vérité dont l'histoire peut donner les preuves, le tableau politique, administratif el moral du pays el ses griefs contre le régime bernois. Une conversation suivit^ où Davel exposa son plan^ engageant chacun de ses auditeurs â aider â sa réussite, surtout Crousaz, major comme lui, son camarade â la guerre^ lequel se vanta dans la suite impudemment d'avoir été son « intime ami » et ainsi le mieux placé pour le perdre. Sans le rebuter, odui-ci el un autre magistrat qui les était venu joindre, se chargèrent de présenter son affaire au Conseil, el de ce momenl-lâ date là première trahison ; mais elle ne fut résolue qu'après un entrelien particulier entre les deux confidents.

Le Conseil prévenu , craintif, lâche sans doute et incapable dé se montra hardiment vrai devant un homme'de cœur/le reçut cavec on très-bon accueil i>, et écouta sans marque de désapproba* lion, outre le discours et le manifeste de Davel» ses explications verbales sur la suite de ses desseins pour l'affranchissement de sa patrie : elles prouvèrent qm'il avait pensé à toutes les questions*

U déclara, en terminant, que son intention était

de se porter» avec les troupes que le pays lui coufierait , au pont de Guminen» de garder ce passage et la frontière contre les Bernois : si tontefois Tintentioo de Lausanne était, en donnant l'exemple aux autres villes poiir accepter cette délivrance, de lui en confier le soin. U laissait aux autres les places lucratives ou avantageuses que le changement de régime nécessiterait, et ne redmait pour lui que l'honneur d'aller eu avant et d'occuper le poste le plus périlleux, le plus exposé aux eiForta de la vengeance bernoise. Tous les détails de ce plan en montraient Texécution aisée et la suite assez probablement aùre. Les baillis étaient absents : on trouverait de Targent dans leurs châteaux et même des otages; Fribourg, dont les derniers événements avaient encore augmenté l'antique jalousie contre sa soeur cacfette, ne l'aiderait pas; Zurich, «prudent et sages, nWanturcrait pas ses troupes si loin; Berne serait donc réduite â elle seule, â ses sujets aUemanda toujours mal disposés ; et les Vaudois avaient formé la meilleure partie de son armée dans la dernière guerre» où il est probable qu'elle ne l'aurait pas emporté sans eux. a Le succès est iniaillible ! s'écriait le major avec conviction. Si Laûsanne concourt, je réponds de révéuement ». Mais le Con- ^seil récoutait pour le dénoncer et mieux mériter

d0 00700 en livraoi jui^u'au (onA coUe wnfidence gén4re»ie. Biaoïdl «a tourner de distino liop galoppaîl» par uae roule déiouroéej pour avertir Lettre fisoeUetioee^ et le château ee fiiniiaU

eur une petite garnison suffisante contre un coup (le meia que Davel ue vciulait 4'aîUeura point ten*' ter. Sa troupe , logée chee les bourgeoie et dia*- •éminée^ élail comme lui àladiapoaîtioa du çorp^ qui n'oeait que le triibir.

Après uo repas où il se montra sobre suivant eon ordiaaire , oi| le laissa ee livrei* à Thypoorite hospitalité de Crottsaa, saas démeaiir par on seul indice la tronipeuse approbation qu'on donnait eatenaUblemeni a ses pi\)jet8. Ib lai avaieal toa| promis , il est plua que prpbable qu'il y en eut qui M fapeal perfides qae pet^e^peu et aprè^

eoup : il est évident que tous ne se crurent pas font de suite aauTéa ^, ^t a» fiant pat même itui^ asauranoBS peeitivea de I>aTei qu^ie éta^eiit enoore libres et que lui se^l élail compromis.

Lanail était venao pour caoksr cette iaiqoité^ Des messages pressés parcoururent les alentours en tout sena peur Caire arriver des miUeea au seoour^ du Goaa^l^ qui , tei|aat npsqrreetion çbw ao^i

* l.ei«naeiMiamd|i»eqii9n4t«vlfi^pri«da finir» «onvoy^îl \e» membres diiGonaeil alltnt et venant a'ane rae i l'antre, t^ytç 99 TÎHgo conaternév. I|éni. aur le Cons. , 40S^

l«06tj «'oMÎt enooro oependêiil le aemr , tant k

sécurité était difficile en repoussant une entre» priae ai aîaeiMol populaire el dam lea radnea ae aantaiem partout si profondea | tant aussi l'on se défiait les uns des autres même dans la perfidie. D'^Uavra ai Diarel avail trop eapëré dea hommêê en supposant la possibilité de les tenter pour TiQdépeadance, il w a'étaîl aucaneiMot troaipé aor la mtaation dea dboaea» el on le aentait bien. H fallait au moioa troia jours pour que Berne informée pût envoyer le moindre aeooera i aaa fidilea» dépourvus de moyens de résistance et paralysés par rabaeuoe de lenra aaperlenre. Le aèle de la fidélité n'aurait peut-être pas suffi : celai de la bassesse pourvut à tout. Crousaa ae cbai^ea de le diriger. Il avait invité Davel à loger cliea loi. Du* rant ces heurea qui auivircmt le repas donné ai| snijor el a aaa otiioiera par le Ckwieil de VUle^ heures dont l'apparente tranquillité invitait â la eoniiaaoa aur le aiioeàa de la journée ei le grave eapoir dn leBdemain, que dit Grouaaa nitire chez lui avec ce Davel qu'il appelle son ami? Essaiel*il qadqne ohoae pour le retirer de cette entrer prise , da moins pour lui en sauver les dangers ? au contraire. Il a trouve la une eiceUaote oooaa» aion de montrer â Lenra BioeUenoea on dévoue» inent sans égal et qu'on ne saura trop payer. C'est vue bonne fortune qu'il ne partage avec peraonne

que œ lèle-à-tète 9 durant lequel il dirige toute

la ruse do son esprit contre les détours qu'il suppose enoore eu celui qui pourUni ne cachait rien. Ce subtil interrogatoire, sous couleur d'amitié, dans lequel le contrôleur s'assura des desseins, des ressources et des appuis du conspirateur solitaire^ dura pendant tout l'espace d'une de ces longues veillées qu'on prolonge si volontiers, dès que le sujet y fournit. Puis Davei se retira pour prendre du repos et Crousaz pour écrire, fort avant dans la nuit, une relation du tout, qu'il expédia â Berne sur le champ. Il la terminait en assurant Leurs Excellences qu'elles pouvaient « se tranquilliser 1 , que dans quelques heures le coupable allait être arrêté, ses troupes désarmées et congédiées.

En effet y le matin , au moment oîi Davel mon« lait à cheval, après de nouvelles conférences dans lesquelles tout avait été calculé pour l'abuser encore, il fut abordé par une compagnie de soldats, dont le chef, Desoombes, capitaine de ville, Parrêta prisonnier. Sur sa question c si le Conseil avait changé d'avis depuis la veille», on essaya d'allég^uer une erreur du Iieutenant*bailliyal; mais, comprenant déjà, il prononça froidement ces mots dont Berne se montra fort préoccupée pendant tout le cours du procès : Je vois bien que je serai la victime de ceile affaire : maie importe t

il 611 reciendra quélqw avantage à ma patrie^ Et il remit son épée»

On le mena «par derrière la ville» au Château» sans que, durant le trajet ^ les injures et les reprochea pussent le tirer de sa tranquillité parfaite. Dépouillé et travesti brutalement, lié outre mesure, gardé a vue par huit hommes , il ne changea ni de figure ni de maintien. Ses oiBciera, gens d'aasès vigoureuse élile à ce qu'il parait^ mais peu disposés à prendre en rien l'initiative » congédièrent les soldats dès que leur chef fut arrêté et, se justifiant comme ils purent de leur laisser-aller^ reçurent la ville pour prison : ils échappèrent par l'évidente insignifiance de leur conduite à tout désagrément plqs grave.

Comme il l'avait voulu le cas échéant, Davel se vit donc abandonné seul aux suites fatales d'un premier pas qui Tavait porté jusqu'au faîte d'une rebdlion armée, aans que, ce jour passé, il en subsistât d'autres marques que des traces morales, des préoccupations saisissantes pour les particuliers, et des craintes vives pour le pouvoir. Davel se trouvait ainsi livré sans défense , sans excuse, sans appui, sans espoir même, de ce monde du moins, â ses ennemis. A dater de celle heure, il ne fut entouré que de peureux satellites, de témoins muets et de juges prévenus. CesX â tra-

^•ro oalie prison morale, prsfque mmi «Nifdcu

mais lion fidèle comme l'antre, que les paroles, les «veux e& le i^reclère même de Davel aouA oni Mé readuBt fil oes paroles sonl Hiegnifiques de simplicité^ hérciques de cbfisiianiame 1 Et ces eteos, arrechés per lembesttx avec ke (priffim de la torture, ne révèlent jamais rien de bas ni d'intwesséi fit ce oaraelère, loiqoiiiis plus uni et plus loQcliaBt i nesvrequ'oB le eomprend mieax, ne renferme d'étrange que son dérouemeal même, £ruît ou germe de quelques croyanoes plus singulières dans notre temp^ que dans le sien !

Oaire la prévention qui juge sans entendre, la frayeur ignorante qui ne veut pas comprendre* rinlérèl bassement écouté qui nie le désinléres^ aement et le traite à la fois de folie et de mensonge, PsTol avait contre lui dans son affaire Ipui ce qui* vainqueur , l'eût servi : la complication des cir^ constances politiques reudait une entreprise pa» reiUe si daagerense qu'il la fallait séviremeal punir ; et une espèce d'obligation bien entendue de la pan des LanaaniMHS â devenir ses compli»

ces en fit des juges impitoyables^ probablement par frayeur autant que par complaisance. 11 fut examinéf interrogé, forlttfé» et i la fin jugé par le tribunal qui, sous le pom de Rite de Bourg»

8# conpOMit de tous leB boui^geois de LausaHM

possédant dans celte roe une maiioii*

Dans recbnige omtinuel de comiimniGalioasqui se fit durant le procès de Davel , entre cette coor de justice el Berue^ la vîUe nuiiiresae ne OBMB d'insieier sur la ntossilé^ capitale pourelle^ de forcer le major à indiquer d'autres conjures, . oo do OMmia d'aotrea aUiés que eaux aasquala seuls il revenait» savoir Dieu et le boa droit. Cette paraeTérance infiatigable^ obstinée^ quiestoomma ridée fixe du pouvoir^ fait aana cesse dévier et tourmente en quelque sorte le fil de Tintenrogaloirs : elle a d6 OMitiler, non pas les aveux , ear que pourrait-on vraiment appeler de ce nom ? mais lea révélations loucbanles qui eussent complété authentiquement la figure de Davel : suffisam* ment dévoilée pour les intelligents, il n'a pas tenu à Mesneura de Berne qu'elle ne demeurât cachée sous le masque vulgaire du conspirateur. Tool le génie dea examiaaiaurs aat dirigé dans oa sens de faire apparaître et de détacher du reste ce qui n'esiaie paa : la vérité et le jour jaillisaeni â eélé d'aux , jamais par eux. Dans tooaoeaeffeMia maladroits, ny avait-il pas d'ailleurs de l'habileté, en dernière analyse ? Voulait-on que Davel restât lui-même devant le peuple et dans son souvenir, quand, avec un soin si grand, on anéantissait, â force d'exprès messages et de négoôations, le plus

fort 'document qui exbtâl pour et contre Da-

vel, son maaifeste ? Il en était échappé quelques copies au trouble des premîersinslaats : elles furent retirées > détruites» et Toriginal déposé aux archives secrètes du patrîcial bernois , où, inaccessible pendant tout le siècle passé , on ne croit ravoir retrouvé que très-récemment *•

Le procès de Davel, commencé sur le chainp, redoubla de vivacité après Tarri vée du Haut-Commandani Wattenwyl. Il venait au nom de Leurs Excellences surveiller cette affiiire, étoufibr tout germe de révolte^ et recevoir les félicitations serviles que de toutes parts s'empressa d'offrir â ses gracieux souverains le pays si inutilement appelé â l'indépendance. Les élections avaient été suspendues à Berne» les baillis renvoyés à leur poste» tout autre intérêt public et privé avait cédé la place a celui-ci.

Cependant le prisonnier» gardé par les Etudiants» qui l'avaient demandé avec une ferveur étourdie» y trouva un sujet de joie parce qu'il eut le plaisir de s'entretenir avec eux. £n leur parlant de son entreprise, sans blâme et sans cbagrih» t il ne prit point â tâche de jeter des germes de re«

* n iallot en livrer loulei les copies s mate il l'ca coBsem soat

main une analyse qui parait très-eiacte* Voir ci-deitas, p. 1142. — Tillier, Hist. de Berne, V, IfO.

beilion dans leur esprit t. « Le souterain^ disait*

> il encore^ voyant par ce coup d'éclat que le plus 9 solide appui du gouvernement consiste dans » l'cquité et dans la modération avec laquelle on » traite les peuples^ ouvrira les jeux sur les abus » et les desordres dont je me plains dans mon » manifeste , et il y apportera du remède. Je » mourrai satisfait dans la pensée que ma mort » apportera quelque avantage â ma patrie». La question^ â laquelle on le soumit plusieurs fois avec une rigueur qui arracha quelque pitié â ses examinateurs^ ne lui fit pousser d'autre plainte que celte réponse touchante a Tun d'eux qui s'in* fermait de ses souffrances : « Ceci est douloureux » assurément : mais je suis persuadé que vous » souffrez autant que moi »•

Le tribunal de la Rue de Bourg s'assembla dans le parc du château pour le juger^ quand, le noble député bernois étant reparti avec tous les honneurs dont on put s'aviser, il fut bien manifeste qu'on ne gagnerait rien de nouveau à de plus longs délais. Davel, examiné puis accusé en forme ^ ne fut pas même défendu. La cour> prenant en considération atténuante ce qu'elle appellait « le fanatisme et l'extravagance de son projet », le condamna comme traître â avoir le poing coupé et la tète tranchée. L'entier bon sens de Davel, son calme, son sang-froid, la justesse

li&2

de m»ê répliques et dese^faisoimeinMIfyattMibieft

dans la salle du Conseil que dans celle de la torture et dans la |»riaoii, étaient de notoriété publique; Taveu en est échappe I la pkiniedu grtU fier dans les interrogatoires , et la peine à laquelle en le eondamnait n'en étoiMlle paa une aanglante confirmation 7 U reste palpable que son extra va<* ganee ne fut autre chose qne scn déirouement. U ae

le croyait prédit, il Pappelait une vocation : c'était sa manière de rendre inébranlable. £t cette ou il ne vit d'ailleiirs que le devoir du sacrifice, est-elle plus étonnante, en derniète analjrse^ que tantde auperatitionaaeorètea, taa tinee vulgaires^ les autres bizarres^ que nous portons tous au fond de notre cceur?

La sentence eonfimée par Berne, qui refran*^ cha l'aggravation de la peine^ allait être exécutée. Deui pasteurs Tannonoirent é DaveK iMes^nsçuS avec beaucoup de joie, rapportant tout a Dieu aens vaine gloire el sans ostenlalioa de forcer 8ê nuit fat de même fort iMtnqnvtte, au rapport de ses jeunes gardiens; et lorsqu'à midi on vint le prendre, rien en lui ne démentit cette haute a^ surance de la grâce de Dieu , cette entière acceptation de ses myslérieusea voies. Rtemis sur la sel-« lette il entendit de nouveau la procédure et la sentence avec un parfait sang*froidj et s'achemina ensuite vers le Keu ordinaire des exécutions

avec le même «ir de gaité sereme qu'on lui avait

Remis entre les mains du bourreau , il eut k traverser toute la ville » un jour de grand marehe (samedi, 24 avril), au milieu d'une foule immense, pour gagner, a une lieue de là , les plaines marécageuses de Vidy et le petit tertre entoure de ro« seaux où Téchafaud TaUendait. Il marchait entre tes deux ecclësiattiqttet qui rasaisterent jusqu'à la fin; mais ils conservèrent l'attitude de déférence qu'imposait un pareil ooodaimié. La route fut longue et pénible^ à cause des monvements de la foule, des flots de poussière qui s'élevaient, et de la ebaleur. Arrivés au tertre funèbre, le lieutenantbaillival déclara que rexécution serait suspendue si Davel avouait enfin quelque complice, et il Tes-* horla encore fortement d'en convenir, le som* mani en la présence de Dieu sur ce point. Davel répéta brièvement et Termement qu'il n'en avMl aucun, puis il monta sur Téchafaud et s'avança jmqu'au bord pour a'adreaser au penple. Son diacours nous a été conservé. Il avait promis « de ne rien dire anr le compte du Souverain»: tenant religieusement sa promesse, il parla aeulement, mais avec une grande franchise, sa sim» plicilé ordinaire et une netteté d'idées, une pré* senco d'esprit incroyables, des plaies morales qni dévoraient le pays par la faute de ses liabi-

Unis. Il s'expliqua peu sur lui-même el sur son. entreprise^ et ne s'en ezcasa point. On réoouta avec une atlentioa exlraordinaire , et son calme^ sa résignation^ son contenlemeat, touchèrent, nous dit-on, une infinité de gens. L'un des pasteurs de Lausanne, M. de Saussure, fit ensuite un discours où, habilement et avec conviction mais non sans risque pour lui-même, il rendit une certaine justice au condamné au lieu de a'étendre sur le crime de son entreprise. Davel exhorta encore la foule à profiler des avertissements qu'elle recevait, déclara n'avoir sur ieaujet de sa mort aucun repentir ni aucun ressentiment, el alla gaiement se placer sur le siège préparé pour lui. Les ministres lui firent leurs derniers adieux, et du premier coup l'exécuteur lui trancha la tète. < Le corps enterré sous le gibet , la tête y fui clouée. Mais elle fut disputée à la vengeance bernoise par un^voleur nocturne que, malgré toutes ses perquisitions et inquisilions, Berue ne put découvrir. Un an après, quand on n'y pensait plus^ elle se retrouva par aventure , conservée dans do l'esprit de vin, el fut remise, pour être brûlée , au bourreau. Les biens de Davd furent discutés : les juridictions de Lausanne et de Lavaux s'en disputèrent ignoblement les profits.

Maintenant encore la mémoire de cet homme

unique n'est-elle pas^ ailleurs du moins que dans le souvenir dii peuple quil*a gardée fidèle el pui^^ n'est-elle pas un sujet de disputes 'el de doutes ironiques^ de la part des politiques bien élevés qui ne veulent croire â la sagesse d'un homme et d'une action que lorsqu'elle a réussi suivant les vues du monde? Seuls ils. trouvent l'affaire de Davel bien conclue el log^iquemenl achevée. C'é« lait aussi l'avis de Crousaz et des autres membres du Conseil de Lausanne. Ayant été les agents de la victoire de Berne ^ ils en recueillirent les fruits des mains de leurs maîtres : Tentreprise dn major proGla donc, matériellement, aux gens qui pouvaient et ne voulurent pas la (aire réussir. Elle a profilé sans doute» moralement^ au pays qui av^il besoin d'un grand exemple pour remonter dans sa propre estime au rang des nations et s'y retremper. L'extrême misère du peuple suscite une Jeanne d'Arc inspirée^ avec laquelle^ par son ca« raclère demi-msiiqnè el illuminé , Davel n'est pas sans, rapport ^ Chaque révolution a sou précurseur» son Jean Huss; mais loules ne Tont pas si étonnant et si pur que celui qui le fut.de la

^ Voir rarlicle de Walckcnaer sur Jeanne d'Arc dans la Biographie universelle. — Le mot de H. Vinct sur Davel (ci-dessus, p. 113S) se trouve dans Le Semeur, T. VII» p. 269; celui de Gibbon, dans ses Œuvres mêlées (Bàle I79S), II» 6S.

nôtre. Davel a devancé les temps avec uii instinct extraordinaire ; et peut*oii dire aojoard'lini que

ce qu'il appelait sa çocalion l'ail trompé?

Berne ae vit triomphante : oar elle put croire

même à de la fidélité. Les fruits^ du reste amers, delà gtteri% de 1712 n'avaient enrichi que le patricial : pleinement constitué depuis le milieu du dix-septième siècle, c'est dana lea premièrea annëea qui auiyirent cette guerre, qu'il reçut aa dernière forme, son organisation définitive. Dès loris , et encore plua compièteinent depuia Dttyel, le Pays-de-Vaud perdit tout semblant de droits politiques. Le paya allemand n'était paa mieux traité . que le romand: le patriciat avait astorvi ses propres bourgeois. L'un d'eux ^ riafortuné Hen^i, forma une conjuratioii, dont les principaux membres étaient des gens d'esprit, des savants, des poètes : cello^i fut cottçue et exécutée selon les règiea ordinaires ; ce fut une conspiration raisonnable et que l'on comprend : elle n'eu tomba pas moina tout à plat, car les oonsptrationa échouent toujours, il n'y a que les révolutions qui réussissent. Henzi ne se compromit paa seul , et son action, qui d'ailleurs ne s'adressait pas à tout le peuple mais seulement à la petite aristocratie opprimée par la grande, fut bien loin de laisser l'impression morale et le profond retentissement de celle de

son devancier. Elle est un peu à cette dernière ce qu» fui la conduite des bourgeois de fij9rae a celle des Yaudois^ dans la cbule du patricial. Ceux-ci, après avoir en vain demandé justice > se jsoulevè» rent ooverleuieBt contre leurs matlves : les autres ne firent guère que les embarrasser et les trahir.

€e peuple au milieu et eu faveur de qui DaveK s'était levé avait alors une oonditioii bien misérable ; tout confirme le tableau que le major en a: tracé lui-même dans soa manifeste et dans sescSscours.. II B était plus serf, mais 1» vie du pauvre est toujours esclave» L'agriculture , le service mir litaire ou ci vil ^ étaient ses seules ressources* et tegouvernement 9 loin de l'aidera en tirer tout le jMrti passible > Vj écrasait souvent par le monor pcd». Partout les émigrés de la Révocation avaient apporté avec eux le commerce» Tindustrie» uneactivité nouvelle , partout excepté dans ce pajfl^ où plusieurs cependant trouvèrenl aussi un asile. A cette époque y il ne se faisait encore rien pour les routes et, lorsque vers le milieu du siècle oa commença de s'en occuper activement S on y vil

avant tout l'intérêt de Berne, de la capitale du Souverain^ et de ses relations avec une prorince^ comme la république appelait alors le pays romand. Cette contrée qui aujourd'hui n'est presque plus qu'un jardin^ un verger continuels, renfermait non seulement beaucoup de terrains incultes» mais des districts entiers peu abordables^ redoutés même des voyageurs Yousaures peine à le croire et pourtant le fait est certain, ces confiants rivages du lac Léman où l'on ferme peine le soir sa maison, avaient, comme ceux des mers de Sicile el de Grèce, leurs bandits, leurs klephtes rustiques, assaisonnant volontiers d'un bon mot leurs mauvais coups, et l'on parlait en ce temps des brigands du Pays-de-Taud. Gela seul dit tout sur la situation matérielle et morale d'un petit peuple asses misérable pour en venir là. Cinquante ans auparavant, on avait eu les sorciers ^ : ils disparurent comme ils étaient venus, mystérieusement, moins encore par des supplices dont le gouvernement reconnut lui-même l'inutilité atroce que par une autre direction des

* ib.. ss.

' c II n'y a pas bien d'années qu^on ne voyait pas moins que des « villages presque entiers suspectés de cet abominable vice de • sorcellerie et dont même plusieurs pour ce sujet ont été sup- « pliciéa à mort comme l'on mU ». Lettre mitiive etc. 1, 51.

esprits, A leur place on eul des voleurs organises : l^e brigandage^ comme la sorcellerie, semble avoir élé une contagion, mais on ne pénétra pas davantage ce nouveau secret d'un peuple qui allie sînèrement à un esprit moqueur et bavard le besoin vif et le talent poussé à Texcès de masquer ses moindres pensées.

Rien^ au surplus, n'est mieux constaté que cette vilaine renommée-j. heureusement passagère, mais qui, dans les souvenirs de nos vieillards, entachait même encore quelques hameaux. Le ministre et historien Ruchat, contemporain de ces désordres ^ les rapproche de Tasservissc-* ment de l'égUse , de l'oubli calculé des anciens synodes ; il demande assez naïvement si peul-èlre il n'aurait pas été â propos de convoquer une de ces assemblées « pou r| examiner Porigine de tant de voleurs qui déshonorent le pays » et chercher au mal un remède. « Ôn n^osait pas sortir le soir de sa maison ». Tel pont, tel: passage le- long d'un boia, a Hmte heure étaient dangereux. Le pont d'Ailaman sur l'Aubouiie, dont une forêt penchée ombrage l'abord; le col du Jorat, bas et sombre; sur la route de Bourgogne^ les ravins boisés , les tandes désertes, tels étaient les lieux parliculièrement infestés.

On croit peut-être qu'il ne s'agissait que de quelques vols plus ou moins effrontés. Non ! a il.

66 commit^ nous dit- on cypressëineut, des crimes borriblas». L98 d^l^iU eu fureol sagepieiit ei|8evelis, mais l'importanoe et la sévinii qi|e Beni^ mil dans la répression qq laissent aifciin doute êur la grarité itea iaita. On ordonna d^s patrpuiU les générales. Chaque commune devait « fournir autant d'hommes qu'elle avait accoutomé de le faire en temps d'alarme »;Les soldats^ armés defuails, d'épée^, de pistolets etdebayocinetlei^ avaient en outre avec eQZ « de bons chiens , pour décon* vrir d'autant mieux les rôdeurs de nuit ». Ces pa** trouille^ aurveillaieiit clea grandes eK petites roules » dans leurs deu% lignes principales, a savoir Coppet jusqu'au delà du Jor^t et» de IjansAnoe, par Laasarra, jusqu'en Bourgogne», lies baillis furent chargés de s'aboucher enlr'euj^ pour k l4ue prompt^ e^ 1a plus complète exécu*

tion de ces mesures , et les principaux de chaque lieu invitée à fournir d^^ mom^oires sur ce dai^i^ gereuz état de choses et sur les moyens» d^y obvier : enfin j copime si l'on eùl eu alTaire à tout un peuple en conspiration, il fut « défendu que per* sonne n 'eût â sortir de nuit sans une obligation très-^ pressante» : les chefs de comnuine « devaient, au^» tant que possible, visiter toutes lés maisons, pour savoir si quelqu'un était absent, dans ce cas le questionner Ibrtemetit 4 eoQ retour, et procéder coptre

lui «selon V^xigQuc^ du fait * ». Vu grand nombre de gens suspecis fureol aâiaia» convaincoa aana doute, el roués vifs. On voudrait se persuader que la plupart élaietti dea étrangers* dea ev^Qr iuriers, des d^aerteurs^ déjà proscrit»de la aoeiélé pour leurs crimes et pouaaéa et là par les Ionfuea agita4io^4» Ie$ grand^a guerrea du dix-aaptiènie siècle. Mais un contenipardin nous dit pofiîti¥epieni avoir vu lui-iaéim « des vingt à trente rouea à la foia^ çhargéea de menrtriera et voleurs, prutgm iou9 des gené dn^ pay^

Us paraissent avoir forme des bandes bien or^ ganisëes et nombreuses : car Tune d'elles ne eraignil pas d'assaillir la métairie d'qn riche pay-t San dont la famille et les domestiques faisaient une dooMine de personnes. Ils forcèrent la matson, saisirent et garrottèrent tout ce monde , les toarmentèrent cruellement, mirent fes pieds do maitreau feu et les lui brûlèrent «jusqu'aux cuisses », le frappant en outre à l'assommer pour lui faire déclarer oh il cachait son argent; enfin , ils l^achovèrent ainsi que la femme et quelques-una des domestiques, puis, laissant les autres, ton| roués de coups, sur la place, fouillant partout et emportant ce qu'ils trouyèrent, ils disparurent

* Lettre do gonvemcaieBt aai baillii , du S Ners 47aai

ue2

« 8aa8 qu'on a'ail rtea pu apprendre deux ni sayoir ce qu^ils étaient devenus i*

Au dire de la tradition^ des villages entiers, comme en Itatie^ étaient aospecta^ £Ue confir* merait donc le fait suivant, rapporté par un historien^ mais sans indication de source officielle Les habitants d'un village sitaé entre Lausanne et Morges, et qu'on ne nomme pas , s'étaient unis pour exercer en commun le brigandage et se défaire de tous ceux que leur malheur conduirait secrètement dans cet endroit* Plusieurs personnes y avaient déjà disparu , entr^autres une fille et un étudiant^ lorsqu'un vieux homme tomba aussi dans ce repaire. Il se bâta d'abandonner tout ce qu'il avait et supplia tant et si bien que, soit las* situde de meurtre, soit son peu de résistance ou son grand âge, ils le laissèrent d'abord! s'enfuir; mais bientôt, le péril réveillant leur cruauté, ils se mirent i sa poursuite. Le vieillard s'était caché et leur échappa , mais ils passèrent si près de lui qu'il pùt les entendre parler de leurs crsin-^ tes et de leur genre de vie. Le jour venu, il gagna Morges et alla Caire sa déposition ches le BaiiU.. Celui-ci ordonna d'occuperle village : on s'assura

* Vëgdin • Goicb. dcr scbw. Eidgen., UI, 292. Pour lea autre», laits, voy. Traytorrens, LeUre mistiYei t. 47 , 4S; Frasm. hiat sut Berne; Rvchal » Abrégé etc.

usa

des bommesy les femmes et les enfants s'enfuirent»

les maisons furent détruites, et les coupables remis au bourreau. Comme on se rendait vers le lac au lieu du supplice , nul des malfaitéurs ne donnant le moindre signe de rcpenlance^ à un certain endroit du chemin Tun des brigands pan> til loul-à-coup d'un affreux éclat de rire; et il se mit a raconter qu a;^ant trouvé dans ce même \\m , quelques années aupararant, un pauvre magnin ou chaudronnier ambulant dormant la bouche ouverte, il lui avait pris sa poche pleine de plomb fondu et la lui avait versée dans le gosier; qu'encore à présent il ne pouvait se tenir de rire en se rappelant la mine du pauvre diable et les contorsions qu'il faisait pour mourir. Des roues étaient dressées sur le bord. Le supplice des brigands devait se prolonger jusqu'au soir. On dit qu'étendus sur la roue et les membres brisés, ils s'entr'appelèrent 'continuellement, se deman* dant si le soleil par son coucher ne donnerait pas bientôt le signal de leur coup de grâce.

Un trait qui appartient aux temps de la Réforme et que noua avons mentionné (p. 960), rappelle la même rigueur dans la punition et, sinon la même perversité, du moins la même union dans le crime. Quoi qu'il en soit de ce dernier fait et de ce qu'on lui trouvera d^horriblement invraisemblable dans quelques détails, il parait certain

que le mal ne s'arrêta poiul â des iadividus isolés, qu'il ne «'Agissail pas uniqmmaftl dk quelques mauvais coups de hasard, mMS d'eipéditioos concertées^ raisonnées même et railleusemeoi justifiées par Télal du pays. U senble qu'on y reooa^ naisse cet esprit de résistance dans Tombre dont Bos mœurs et notre histoire offrent de si singuliers traits. Toujours le peuple s'est plaint et • senti ses charges, ses maux, ses droits, plus qu'on ne le pense. loi , ses propres yioleoees, ses habitudes de paresse et de désordre, la Créquence el la brutalité des querelles , la manie générale des. procès, les exaetions des riches, les vexations des puissants, la corruption brillante qui oommen^ 4^t à percer, tout eeb disait au peuple une exie» tence d'envie et de misère, qu'il sentait, et qui dut légitimer, eux yeux de plus d'un coupable, cette manière de se révolter contre l'oppression en se révoltant contre la société tout entièire et les loix.

Rien ne donne mieux l'idée de cette situation exlrèmci de ee qu'elle afratt de grave, d0 général, de profondément et de dangereusement naturel, qu'un pamphlet manuscrit qui courut alors en réponse ironique aux mesures prises par le giou* vernement. 11 est intitulé : Humble requête des Brigands aux Juges et Justiciers du pays. L'auteur y critique au long l'état moral de sa patrie.

donne chemin faisant un signe d'hoslilité aux piétistes ou séparatistes de ce temps-lâ, el parle eu fin des ministres avec une complaisance qui ne laisse presque pas de doute qu'il n*en soit un : son écrit n'eu a donc que plus de hardiesse et de poids. L'auleur commence par les infanticides et entre daus des détails affreux â ce sujet» Il passe ensuite en reyue> pour j Irouyer de « braves voleqra » comme il dit» toutes les classes de la société : les gens du monde « qui se trahissent en se faisant beau semblant » ; les gens d'aiFaires , marchanda; percepteurs, intendants, qui « iiloutent» à toute heure du jour » ; les gens de loi et de justice « qui font tort pour des présents»; les nobles et seigneurs qui « tirent tout et ne laissent rien » i leurs fermiers» vivent dans la débauche et Tinsoleace. Dans ces portraits satiriques il A'oublie que celui des ministres» dont un contemporain» anabaptiste persécuté, nous dit en revanche » qu'ils commencent à devenir suspects et à dé' » goûi a un chacun » â cause de leur propre cor- » ruption et vices' » : mais en revanche il touche même à la politique et parle de ces « écumeurs distingués (les baillis), bons camarades en fait de voleries». £t après chaque article il ramène

* de Traytorrens, Iieltre miitive elc* P. L 98, tqq.

lies

îrouiquemenl son refrain : « Qui ne deviendrai! » brigand, quand on roU tant d'Iionnètea gena

« voler et piller impunément ^ » P

Les brigandages dont le Pays do Vaud fui le théâtre au commencement du dix-septième siècle ne sont point , on le Voit , des traits anecdotîques» mais un fait parlant de son histoire en ce tempsla. Ce fait peut causer iine impression désagréable» étrange , et une délicatesse malenienduc souiîrir^-. de le voir rapporté avec une sorte d^nsistance« Mais comment taire, ou comment bien eiprimcr sans lui> ce qu'il révèle si puissamment, la misère d'un petit peuple que Ton croit avoir toujours été sage et heureux tant il a de conditions pour râtre? Un trait de démoralisation nationale aussi prononcé que le brigandage suppose nécessairement, quand même on ne Tentreverrait pas d'ailleurs^ un fond en harmonie aveo lui.

Assurément les choses ont bien changé dès lors; sans peut-être, en dernier résultat, qu'elles aient autant gagné qu'il le semble. Le riche est moins brutal^ le pauvre moins écrasé^ la vie

* S'il nous reste eues de place dans lea EdairciaseiDeiit», noua donncFona une analyse de oeUe pièce • qai appartient à la bibliothèque de feu M. le landaaraïaa Menod*

matérielle meiileuret pliM assurée» les épidémies plus rares, les famines peu pcwribles depuis Hntroduction de nouvelles cultures , et , dans la vie publique , sans parler de Tégalité de droit , il y a moins d'inégalité de fait. Mais l'augmentation des besoins n'*-t-«Ue pas égalé pour le moult s^ celle des ressources ? et s*il est toujours nécessaire êt juste de secouer un joug humain > cela fait^ reste à ▼oir comnent on porte oelui: de Dieu* Ët que dire des suicides, qui partout, même sur ces bords aereins» ae muItipUeDi»: m la bonté de Te^lèce httttaine^ a véc le déreloppement de Tesprit I

Il ne £8ut paa oublier non plus, en comparant une époque I une aotre^ ce qui diminue aussi beaucoup les diiTérences, savoir un certain lieueoDMtnii d'eûstenee Je même partoolei dana tous les temps. On pourrait soutenir en un sens que rfaiataîre ne s'occupe que d'exceptions et néglige la masse ^ le tram ordinaire des cbosea^ la véritable histoire universelle, dont nul ne dit mot pisrcê que ce mot serait on trop court oti trop long. Chaque génération , comme au reste chaque homme en particulier, recommence tout pour sou propre compte , parcourt avec plus ou moins de rapidité , d'éclat et de forœ, toutes les phases de la vie , en fait successivement toutes les expériences et inventerait le monde à elle seule s'il n'était

pas depuis long*tçinps inventé*. Ce qu'elle prcud pour une nouveauté n'est que Texpression diffé* remment colorée d'un sentiment , d'une manière d'être intérieure par laquelle toutes les générations passent â leur tour. Nous croyons faire du nouveau, tandis que c'est nous qui sommes nou* veaux â nous-mêmes» voilà tout. Par un dernier aveuglement qui remplace ei comprend tous les autres» à mesure que nous nous voyons davantage ce n'est pas nous , mais les choses hors de nous» que nous croyons voir, f^ous néieg pas ce que nouMfûmee ne signifie d'ordinaire que cm» : Nous ne sommes plus ce que nous avons été. On ne s avoue pas cette illusion ou on ne la connaît que trop tard, quand une autre nousoccnpe. Il arrive ainsi que chaque génération» chaque homme apprend la vie sans jamais la savoir et surtout sans pouvoir l'apprendre à ses successeurs. Quoi de plus éternellement semblable â lui-même que l'amour» et quoi de plus nouveau pour' tous I Dans les vies les plus extraordinaires» que de ré-

* » Noos allons oubliant et reSkiiant ineestarament les mêmes 9 choses. Cette toile de Pénélope, dans la science et la philosophie, » amsse les amants de Phnmanité, qui sMmaginent tonjonrs que te

» soleil ne s'est jamais levé si beaa que ce matin-là , et que ce sera » pour ce soir à coup sûr le triomphe de leur rêve ». Sainte- Beuve. Les Journaux chez les Romains^ Revae des Deux-Mondes, 4' Série. T. XX« 853).

péiitioiiSy que de réminiscences ! £t que de singii« larités dans les vies les plus vulgaires ! quelquesuns de ces détaik de noire obscure histoire ne nous l'ont-ils pas démontré P Chose élouaanie I c'esl souvent dans les traits les plus communs et de tous les temps que Tou s*iniâgîne le plus faussement que tout est changé*^ En voici quelquesuns , qui appartiennent à notre pays et rentrent d'ailleurs dans ce tableau de la vie privée où nous sommes depuis un moment : le récit le plus trivial^ le fait le plus prosaïque est naturellement ce qui trabit le mieux cette ignorancé où nous sommes tous de ce qui nous ressemble.

Le luze^ par exemple , la multiplication des besoins » la disparition de l'antique simplicité, le relâchement des liens de famille, le peu de fixité qne présente même la vie d'intérieur j Tintérôl présidant seul aux relations des maîtres et des domestiques, tout cela nous le qroyous â peine de* hier' et nous faisons dater de notre temps ce qu'il y a un siècle les hommes murs où âgés croyaient déjà nne décadencèduleur. c Autrefois, disait-on aussi alors , « on voyait les domestiques » rester quinze â vingt ans chez leurs maîtres, » qndquéfois même toute leur vie. A présent , à » peine y demeurent-ils seulement un au ou deux s » au'cdntraire, plusieulw maîtres ou maîtresses » en changent trois ou quatre fois durant une

» année ». Ainsi le bon vieux temps de la dômesticilé^ que quelques personnes se flattent d'avoir TU dans leur jeunesse, n'existait déjà plus ici il y a un siècle. De mème^ le luxe actuel étonne; eh bien! le même auteur , notre anabapUste, va nous dire encore qu'il n'a pas moins étonné jadis* Voici ce qu'il nous raconte avec sa naïveté ordinaire : « Il m'arriva , rëlé dernier (en 1716), j> de me trouver dans une certaine ville, le jour » d'une f6te. Gomme je passais , sur le soir, dans » un lieu de promenade, j'y vis assurément une » telle quantité de beau monde que je puis dire » n'en avoir jamais tant vu de ma vie : tout y » brillait d'habits de satin, damas, fînes étoffes j» écarlales et semblables ; diacun admirant son » voisin, petits et grands; ce qui me fit gémir« » Êt , comme je m'en retournais dans mon Ic^s, s> je rencontrai eu chemin un vieux paysan dn M voisinage qui me dit : Monsieur, voyes*vous » bien tout ce faste et cet orgueil : à peine ai-je » atteint l'âge de soixante-quinze ans; mais je » vous puis dira avœr connu le temps que, dans » cette ville , on ne voyait encore rien de toutes » ces choses : les femmes de condition allaient » tout simplement, les femmes de bourgeois à- >i peu-près comme celles des paysans d'à présent. » L'on ne voyait encore ni perruques, ni coiffures, » ni labiic, ni de ces breuvages nouveaux qu'on

un

» dit que l'on boil à préseat; tout étail eacore simple » et cependant tout en abondance : en aorte que, » quand je vieus à réfléchir sur ce teraps-lâ et le » compare À celui d'à présent, je ne sais quelque- » fois si je suis entré dans un âulre mon<itoou si le » monde s'est renversé, en voyant comment toutes I» dhoaes oal si fort change en si peu de temps ». Et le boa narrateur , en terminant sa petite anecdote^ s'écrie comme bien des persranes pourraient le faire aujourd'hui ; c Quelle vanité ne » voit-on pas aussi à Tégard des bâtiments, meu* » hleê, jardins de plaisance el autres 1 Tout le M vieux ne vaut plus rien et est en dégoût; il » Gaul maiAtenant tout à neuf et selon la mode Rappelez-vous aussi ce que Yiret pensait des mœurs et de la manière de vivre de son époque : il n'y trouvait riea de Vage d'or, rien « que fer et airain i> , nous dit-il (ci-des8us> p* 965). Ei si nous remontons au moyen*âge^ même critique du présent, même illusion sur le passé. Au quatorzième siècle on vante l'austérité, du douzième et^ au ensièmè, en pieiM féodalité, on prétend connaître d'autres temps primitifs ; on regrette Charlernàgne, lui qui s héritier des Barbares» avait^ voulu refaire un Empire Romain.

Chaque époque a son genre decorruptiouqui^en soi, vautbien cMiii d^n]ë antre; des défauts opposés assimilent le jeune homme au vieillard : toute la

diiFérence ne lient peul^êlro qu'à certaines forces Tires > ag^issant comme antidotes» mais qoi se dé* placent cl s'en vont. Seulement nous avons tous réellement côaiiu Tâge d'or» car noua avons toua été enfants^ tous joui de peu, tous vécu avec confiance: ne pouvant ensuite ressaisir ces jours lumineux et les ramener jusqu'à nous» insensiblement nous les étendons en arrière» et nous dotons largement le passé d'un bien que noua avons perdu. Une époque n'est pas non plus de la même date pour tous ; chaque peuple comprend d'ordinaire» vivant côte â côté mais d'un âge moral bien différent » deux races opposées » l'une raffinée et vieillie» l'autre encore jeane et grossière : diversement mauvaises» il ne faut pas les voir l'une sans l'autre en leur temps» ni croire que leur mélange aérait pour cbacuise un rmiede: leur mélange» au contraire » semble les avoir tou* jours condamnées à périr.

A voir ainsi le luxe et le plaisir se déployer sur nn fond d extrême misère il paraîtrait qu'ici» comme ailleurs» k séparation entre les bautes dasses et les classes inférieures était extrêmement prononcée an commencèmènt du siècle passé. Et cependant il n'est peut-être point de pays où Té* galité soit chose aussi réelle que dans le nôtre. Avec ses petits héritages et ses mstiqoés manrârs c'est une véritable terre de démocratie» parce que

ehaeun j esl un peu seigneur* Je conjecture qjii'U en fui ainsi de bonne heure. Au nioyen*j^ge lev châteaux se touchaient, ils n'étaient donc pas bien terribles; le suserain^ TEmperenr, étail loin; dans le pays, lo Comte, les communes el TEvèque ae tenaient réciproquement en arrêt. La révolu* tien religieuse apporta qudquo amélioration ma* térielle et morale; mais Berne, qui vint avec elle, alUil détruiaant pièee a pièoo loiilea les libertés, el celles du moyen-âge et celles de la Reformations pour lesquelles on- avait . négligé les pre* miirea. Nous avons dit qu'au dix-huitième aiècle les unes et les autres n'existaient presque plus. Il est remarquable de voir, en môme temps , ce peuple ainsi dépouillé se partager contre sa nature en deux sociétés, deux vies- profendémeni distinctes > Tune dégradée par la misère , l'autre perdue dans la licence^ â laquelle d'ailleurs le siècle l'invite de toutes parts.

Ainsi commençait une vie nouvelle, qui se lie à la précédente ou s'en sépare fon ne saurait trop dire lequel) par ce noir épisode des Brigands; vie de relâchement et de jouissances, fort contraire

aux premières habitudes de la Réforme, mais avec des mœnrs plus douces et un grênd mmyemeiil inteliecluel. L'extérieur est de nouveau toul changé. Les débris de la féodalité sont sans yie. Les règles et les lots puritaines ont perdu leur empire. Toul ce qui est triste et sombre déplaît. Des couleurs gaies, un certain enivrement d*exislence, quelque chose de léger et de hardi, voilà le dixhuitième siècle qui se déclare el qui va régner. Temps heureux ! on le dit s répélons-le sans trop le croire*; tout en accordant qu'ici du moins, après une guerre fédérale» un essai d'insurrection et la démoralisation populaire pour son début , il a fini par avoir un cours â la fois animé et Iranquille.

Gomme bien d'autres, ce changement, plus agréable qu'utile et profond, nous vint beauconp du dehors; et le passage ou le séjour d'une foule d'étrangers dans notre pays lui fit faire de rapides progrès.

Si le service militaire et la Réforme paralysèrent ou rabaissèrent toute action extérieure de la Suisse, il est indubitable en revanche qu'ils y

ouvrirent un plus graad nombre de carrières aui parrliculiers et mulliplièreni les relations individuelles avec l'étranger.

Les héros de Morat et de Novarre^ magistrats, négociateurs et guerriers, avaient dans les affaires de leur patrie et des états avoisinants une tout autre influence, une font autre poâtion, que celle d'un colonel de régiment au survice de France ou de Hollande : et, â cet %ard, nul Suisse ne peut se vanter d'un rôle pareil â celui du cardinal de Sion> qui l'eut européen. Mais le service militaire tendait naturellement à donner une seconde patrie â ceux qui s'y vouaient : et, déjà dans ces premiers temps oà il était la politi>que légitime et non pas encore uniquement Tin* dustrie, le trafic de la nation » les Diessbacb , les Boubenberg» les Stein, les Felga, les Gingins, les Lullin , les Silliuen , les Schwartzmaurer , les Rœust, les Hohensax, les Supersaz et les Salis paraissent fort bien habitués aux cours de Bour* gogne, de France, de Rome et de Milan : Schiur ner de même , quoique peul-ètre plus suisse au fond de sa politique qu'il n'en a la réputation, finit par être tout romain. S'il en fut ainsi alors que la Suisse agissait pour son propre compte et de sa propre impulsion au centre de la politique européenne , plus tard ce fut bien pis ; et, pour plusieurs , le service étranger fut une vé-

ritable expatriation^ une dénaturalisatîon morales. La yie des Erlach^ des Zourlauben» des Pfyffer, des Besenval^ élait au Louvre ou â Veraaillea. L'aristocratie bernoise toul entière à la fin avait pris le ton , les goûts, les mœurs de la France et^ ne fût-ce que pour son Pays-de-Yaud si aimé mais si peu gâté, elle s'efforçait d'en parler la langue, sans trop y réussir^ quoique avec Murait^ Sinner, Haller el Bonstetten elle récrivll fort bien.

La Réforme aussi ^ dans ses jours de puissance et de latte^ faisait d'one moitié de PEorope comme une patrie générale a ses enfants. Genève était peureux un centre, un point d'arrivée et de départ continuels. Combien de célébrités du monde protestant y ont passé , français , italiens^ hollandais, anglais, d'Aubigné, Rofaan^ Socin, Arminius^ Knox, Milton, sans parler de Viret^ de Théodore de Bèse et de Calvin I Puis, lorsque partis religieux el partis politiques, réforraalion et révolu tion> guerre civile et guerre d'équilibre, lors, dis-je, que tout cela se fut de plus en plus mêlé, et que la lutte des ambitions cl des intérêts toute pure eut succédé a celle des idées , on ne saurait croire quelle vie singulière d'aventure ot d'intrigue fut celle de plus d'un Suisse, ayant devant lui ce double chemin de la Réforme et du Service, et y trouvant au besoin mille ressources^

mille détours*. Dans ces époques que noos nous représentons si casanières^ pour u avoir ni diligences Dombreuàes ni bateaux à yapeur on n'en allait pas moins â petites journées au bout du monde : et nos Suisses se retrourenl aussi un peu partout. Arec la France , ils figurent sur tous les champs de bataille; avec TAutriche, ils vont com«

* L'eiemplc la plot cori«Bi penMlre ëe ce genre de vie et de ce qee poaTiH ea taire vn balHle îalr{san|f eik celoi des deax frères Sloppiie» des Grisons ; ron « d*ebord minislre des Vendois pîénonUîs i Londres, en ce temps-là espion de Crom well et, suivant Bnmcl, qni le cite comme sa principale antorildsnr ce terrible pcraonnase» espion très-eccrédité, puis colonel d'nn régiment snisso en France » toujours agent politique au besoin « brigadier, et bleead mortellement à Steinkerque ; rentre, colonel du régiment de son nom, puis maréchal de camp , enfin lieutenant-général, auteur d'iiinovalions imporlanles dans le service militaire de sa nation en France, riche, honoré , tenant tète à Louvois , ayant tonte la confiance de Louis XIV, auprès duquel il jouit d'un crédit constant jusqu'à sa mort, arrivée en I70i. Voyet Burnet , mémoires (Londres, 1725), I, 128> 15K, sqq. ; Ludiow (CoU. Gui-

aol) lli , 378} Saint-Simon, 111, 71; May, Hist. militaire des Suisses, I, 245, 2t58; Sinner, Voyage, 11, 247. — En Suisse même, rinirigoe et les habitudes de la diplomatie pouvaient amener d*d» franges situations, développer de singuliers caractères. Une dame de le ianûile WatlevilUf celle qui wU, dit-on, à Morat un duel avec une grande dame Irencaise» s'étani liéeevee rambassadenr Amelot, prit part à de telles manonvres que» ddcouverte, elle lut mise à le torture» condeoMiée à mort et ne dot le vie qu'en crédit et eux sup* pllcations de se famille » dont tous les n^embres vinrent Intercéder pour elle en longs crêpes et on habile de deuîl. Voir Tillier , Hisli de Berne , IV , 317 sqq.

battre les Tarks; avec ta Hollande^ iia pasienl les

mers * .

La Soiaae ne communiquait pas seulement avec le monde par les émigrations plus ou moins nombreuses et de toute espèce , mais continuelles^ parties de son sein elle serrait en mâme temps,

comme toujours > de lieu de passage à une foule d'étrangers qui se croisaient cbes elle en divers sens, et même do retraite et d'asile à plusieurs. Le Pajrs-de-Vaud surtout est un port qui a déjà recueilli bien des naufrages. Tout le monde sait que Tavernier se reposa long-temps de ses voj^ages à Aubonne, mais» pour son malbeur» sans pouvoir en perdre le goût. Et que de poêles couronnés^ que de princes déchus sont venus chercher ici

* L'histoire des deux amis de Lassara, Olivier et Cuf]pny, qui devenus, TuiifOificier au service d'Autriche, et Pautre, pacha de Bude, se rencontrèrent au siège de celte place , après celui de Vienne, se reconnurent et se le dirent en leur patois , est sans doute embellie» mais on prétend qu'elle repose sur un iond de vérité. — Qaa peoser do curieux lirre où Ton veut qu'une famille de paysans vaudtoia descende d'encicna rois de rinde ? Ce qni pourrait être pUia mthentiqse « ce qne tenibltnt admettre des enloriiét gniTce, c*ett la fortune et rélé?atiMi d'un avenlvrier de ceUe famille» Daniel Moginié, en Perae et à la cour da Grand-llogol, an tempe do cdlèbre Sohali-Nadîr. Yoyee Vittmêife Paystm (Lava. » I78S) oiims* cilé par la Biogra^Me «n^mvveltoj aru Naâù^Chtih, à la Sn. La tradition tnr Hoginié tabitste encore dana la contrée, et même avec de curieuses variantes.

de Tombre pour leur gloire ou pour leur inforlune ! De nobles exilées ont même porié le sang de ces roia de Porlugal qui comroandèreal à

rinde^ dans plus d'une famille encore subsistante de genliis*hommes campagnards du Payable-

Vâud*,

Ces faits isolea n'auraîenl pu avoir sur les

mœurs el sur la direction des esprits qu'une influence à-peu-prèa nulle. Mais il n'en fui pas de nêfne d autreé réfugiés qui tinrent ici en asses grand nombre ou avec assez d^influence personnelle pour provoquer ou aider le nouveau mon** vement des esprits : réfugiés révolutionaires dans notre temps; réfugiés littéraires au dix4iui- Uème siède , car Vun el Taulre Rousseau , VoU taire lui-même en un sens^ étaient de véritables exilés; enfin > réfugiés religieux an dix-seplieme siècle et au seizième*

Quant a ces derniers , ils fureni de deux «spà* ces: les uns^ purement religieux^ dans le prc* Aiier âge de la Réforme^ se IrouvaienI ici plutôl dans leur élément el leurs idées qu'ils n'y en ap-

. * Voir1«0 prravtt iant um article înterM/Mat et trfe-bmi fait d« D.-A. Ghavannea» In à la Société d'hiatoire de la Saisse romande et inséré dana te Journal de la Société Vandoise d'utilité publique on Fenlllo du Gantoa de Vaud , T. XXIV, 338 sqq.

portaienl de nouveUes; les antres joignaient déjà,

par eux-mêmes ou par leur temps ^ â ce premier caractère un caractère politique. De ceus-ci> il y en a trois bandes principales : les républicains anglais , les Vaudois piémontais , et les proscrits de la Rérocation. Les deux premières ne. cherchèrent ici qu'un asile momentané et ne firent pas trace; mais la troisième ^ composée de français^ venus en un temps où il se faisait un si grand changement dans les mœurs, où le dix-septième siècle s'était dqâ produit, de plus fixés ici el mêlés â la population, eurent nécessairement une influence marquée , particulièrement aur la Suisse française où ils retrouvèrent le mieux leur patrie.

La Réforme n'était plus si âpre ni si exclusive* ment théologîque : elle avait passé par la politi-^ que; et la controverse même qu'elle soutenait avec le catholicisme restauré de Saint Françoisde-Sales , de Bossuet et de Fénelon, quoiqu'elle n'y ait pas toujours été à la hauteur de sa position ni de ses adversaires, avait cependant contribué â lui donner un caractère en partie nouveau. L'intérêt de parti n'était donc pas le seul à accurillir les fugitifs de la Révocation à Genève,, â Lausanne et à fierne, comme des frères persécutés et des populations utiles. On recherchait aussi en eux des Français, ces Français qui venaient de donner nonseulement la loi mais le ton à l'Europe, des hom-

mes polis, spirituels, aimables, causant, écrivant, controversant encore , mais avec agrément et es-

prit *.

On a un vojage en Suisse de deux de ces exilés* Cest une suite de lettres où la description da pays, des anecdotes de société, de mœurs, d'his* loire , ocoopenl infiniment plus de* place que la coQlro verse et la polémique. Ils parlent de Genève et s'embarquent sur le lac au commencement de Fliiyer. « Nos amis , disent-ils , nous procurèrent » une frégate où nous fûmes le mieux du monde. n Le jour fut beau et h'otre compagnie était ai » bien choisie qu'il n'y eut rien de plus agréable » que la conversaUon que nous eûmes sur une in* » finité de sujets. Il n'y eut que nos bateliers â » qui le calme plut pas« Us furent obligés de » ramer. Ce ne fut pourtant que pendant quatre » heures : car nous nous arrêtâmes à Nyon , d'où » nous ne partîmes que le lendemain * s. Le tour

* Le séjour des Réfugiés à Berne introdaisil, non-seulement dans les cercles les plus élerés tes mœurs françaises , mais ressascila medie d'anciens usaf;«s de (galanterie , des espèces de eimnéTa» maur, ¥07. Tillier, Hist. de Berne, iV» 460.

* Rebonlet et Labrune • Yoyage de Suitie (U Haye • I68S)» F* Partie» p. 5. 6, IS, IS. U« P., 1*7. 161, m, etc. - Sûr H. de Balthasard , ib.s Ludiow (Coll. Guiiot)^ lU, 407; Grcniu, Docim.

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du iùc, oa le voit , ne se faisait pas alors ea ua elin-d œil ; mais , pour avoir plus de temps , sa* ▼ons-nous l'employer mieux P Prangins, possédé de uos jours par un frère de Napoléon , l'était alors (m«8 non pas le châtean actuel bâti plua tard)« rétait, dis-jc^ en ce temps par M. de Balthasard , colonel retiré du service » aventurier intri* gant selon le général Ludlow. Nos voyageurs avaient dessein d'aller le saluer le lendemain de leur arrivée â Nyon ; maia les bateliers voulurent partir et profiter d'un petit vent. On s'arrêta en revanche â BoUe, « aimable bourg que bien » des villes ne valent pas : sa situation a quelque » chose d'enchanté. L'on n'jr voit que des per- » sonnes bien faites ». A Morges» ou nos réfugiés débarquèrent pour se rendre de la en voiture â Lausanne^ ils eurent fort à se louer de la réception du bailli, a On ne voit guères de gens mieux faits » que ce seigneur-là^ et qui aient l'esprit mieux » tourné et les manières plus honnêtes »• Ils arrivent à Lausanne et tout d*abord, comme aujourd'hui^ visitent la Cathédrale. « Vous avez oui » parler de cette église : on ue voit rien de plus

sur le Pays-de-V., 472 — Au temps de la guerre de Genève, le Duc de Savoie lait de même équiper des frégates sur le lac. Voyez ausiti, sur la navif^atinn du lac Léman au moyen-â^e, de curieui détails daoa le roman de J. Fazy , Jean ttYt^oire (Genève* iS39).

» magnifique .... On n'a jamais vu tanl .de co* x> lonaes. Nous nous lassâmes de les compter ... » Le temple de Sainl-François est mignon ». Puis vient le tour de l'académie. « On peut faire de » grands profits dans cette ville^ lorsqu'on a des- » sein d'cludier. M. Polier et M. Merlat sont des » professeurs de fort grand mérite ». Ce dernier était alors « ce fameux ministre de Xaintes^ banni » de France pour avoir composé un livre » main« tenanthélas ! aussi oubliéque son auteur^ AMorat,

' Le nom de ce professeur lausannois (*{- 1704) aurait mérité de passer à la postérité pour le Irait suivant , que je trouve datis le Gonserv. Suisse, III, 292. « Il ne donnait jamais un repas à ses amis sans iaire un compte exact de celte dépense extraordinaire* et consacrer une somme pareille au soulagement dea pauvret du quartier qu'il habitait. Ce no fut qn*aprfi aa mort, en parcourant ect papiers, qu'on apprit à connaître ces actes de bieuiaisanoe. • — M. Poiiêr (non pas celui de Voltaire) : «Vous séries charmé de • son esprit et de sa politesse. Nous avons ouï peu de prédicateurs

> qui aient plus de talents que lui et qui tournent mieux ce qu'ils

> pensent Ses levons de théologie n'ont rien qui sente cette école » que la plupart des grands hommes affectent; et il conserve juif- D ques daàs la chaire un certain air qui n'est naturel qu'aux per*

> sonnes de qualité. Aussi est-il de naissance ». Reboulet, ib. — M. Fomerod : avait été long-temps ministre français k Berlin et bibliothécaire du grand-électeur. Ib. — M. Combe (à oni on voit encore le portrait à la bibliothèque cantonale) : « C'est un vieux M ministre qui se fait distinguer par sa probité, par sa charité et » par son zèle, et qui, dans ses prédications, n'a rien de vieux que » sa doctrine aussi ancienne que le monde. On peut dire qu'il n'y » a guère de personnes qui supportent plus chrétiennement nos

description obligée de la bataille et de rossuaire,

A Borne ils visitent c tout ce qu'il y a de gens 8a« I» Tants el de personnes qualifiées; el toul le » monde généralement s'empressait à leur faire des » honnêtetés » Les deux amis parcourent ainsi les principales villes de Suisse , partout bien venus» répondant à celle hospitalité avec une cordialî> té vive et riante, ne parlant pas trop ni trop haut de a leurs chères églises » , s'euquérant de théologie et de sermons (ils étaient ministres) , mais non moins curieux de conversation char marrée de toute sorte de personnes et de sujets* En partant de Zurich après quelques semaines de séjour 9 ils s'embarquent sur la Limmat pour se rendre â Bade. Ils ne s'ennuyèrent point dans leur bateau» disent-ils : « Nous étions en » trop bonne compagnie. Notre batelier parlait » btin et nos écossais» qui sont savants, noua

» infirmités qac ce vénérable pasteur et qui soient moins snscep* 9 tibias de ceUe haine qae nos théologiens eax-mèmes ne font pM » diflicuUé d'appeler thMogiquê» Jamais penl-étre prédîeatear » n'a prêché d*iina manière plus apostolique • etc ete* (ib.)

* H. Rodolphe (qui, en sa qualité de prolesseor à Home , ent nne grande pari à la rédaction dn Formniaire et dont l'Académie de Lansanne eut particulièrement à se plaindre en cette occasion) : « Ontre qu*il parle dii k douze langues , il sait plas d'hébreu et de a syriaque que tous les rabbins ensemble ». Ib., I« 98.

» dirent mille belles choses. Il y avait un allemand » surtout .qui paraissait eitrèmemenl outré des » traitements qu'on nous faisait en France. » C'était un jeune homme qui avait de Tespril » mais qui était un peu emporté. Il savait Tbis* » toire du temps , il avait lu nos meilleurs livres, i» et iis'enservaitfortâpropos...Ilajoutad'unton » décisif... Qu^ il faudrait acheter des huguenots » s'il ny en avait point dans le royaume, comme » disait le cardinal Mazarin >»• Sur le lac de Moral nos exilés naviguent vers le lac de Neuchâtel en compagnie d'un ministre de leurs amis> de deux ou trois Suisses, d'un Polonais et de deux jeunes demoiselles neuçhâteloises, «qui commencèrent » à ramer elles-mêmes dès qu'elles virent appro- » cher la nuit. Nous vous avouons, que nous 9 souffrions un peu de les voir suer. Mais elles » s'en faisaient un plaisir^ et nous gâtions tout » lorsque nous voulions faire comme elles »•

On le voit par cet exemple (et il y aurait dans le même genre d'autres souvenirs à citer) , plusieurs des proscrits religieux fournirent ici leur part â cet assemblage agréable, aisé, frivole , élégant, qu'on appelait alors la bonne compagnie. Aux savants â rude \ écorce succédait une génération plus douce. La noblesse ne dédaignait ni les lettres ni les arts , ni même l'église et les études sacrées; ^Ue en recevait un certain lustre et leur

en donnait i son lonr. Bieni6l LaaMnhe ie fit

une rëpulalion de bon ton et d'esprit. La certi^ tude de retrouver ici un pende 00 monde qu'Obéra mann ou Harold y vii^nt au contraire avec hu^ meur ; d'autre part , un goût nouveau et recherché de la nature, un faui bruit de liberté primitive ré> pondant aux illusions démocratiques du dixhuitième aiàcle , enfin des liens dè société formés ailleurs, tout cela finit par amener ici un grand nombre de célébrités de toute espèce et surtout dés eAàitiXéB littéraire^.

Notre histoire, ô mes Amis ! (et bon gré mal gré tout le monde a la sienne) est une histoire de famille : c'est pour cela qu'elle ressemble à une causerie et que les longueurs, les entraînements et les écarts peut-être ne lui vont point tn^ mal. Pourquoi l'étranger ne serait-il pas, là aussi, parmi nous le bien-venu P après avoir tant parlé de nos pères, pourquoi ne parlerions-nous pas un peu de leurs hôtes P

Jean Baptiste Rousseau, qui élàit nu fond

rhomme des épigrammes encore plus que des

ùdeê, s'arrèu peu â Lausaïuie , mais am» popr y former et y entretenir des relations. Il vit aussij du moioaen passafii^ ce paya pu avait mmmeneé, dana nue cure de village^ la carrière de ce ministre eiacadéi^icien ^urin qui fut l'une des con- Teraioaaleapluaauspecteadu grand Boaanet, et ce* lui auquel le poète , par leur faute à tous deux^ avait d& aon exil (1711). Loin de Paria^ dernier ne pouvait songer â se faire une cour et une domination comme Voltaire^ ou une solitude mejMçanla oomme Jean-Jacques. D^une Tanité asses haute pour qu'elle eût quelquefois et de plus en . plus , soua la leçon du malheur , les allures de la fierté, il n'était ni assez fort, ni assez habile, ni assez bien servi par son temps et lets circonstances pour se passer de Mécène : Tambassadeur français en Suisse , le comte du Luc, fut le sieu . Il ne choisit donc pas sa retraite et son asile, il les reçut et, jetant un coup d'œil de regret à Lausanne, â la Suisse française, il alla vivre a Soleure* ches les ours helvétiques comme SI disait, heureux quand les négociations de l'ambassadeur le conduisaient à Bade au â Aran , ploa heureux ooeore quand la société ordinaire de ce seigneur était aMgntentée par Tarrivée de quelque ami de France ou d« Pays de Vaud : d'ailleurs , prenant assez bien le temps comme il venait, bon convive, passionné danseur et s'autorisaiit grarement sur ce

point de rautôritë de Satnt-François de Sales ;

rimant^ corrigeant, rèvaut, s'accoutumant , assurait-il j, à un € état de quiétude » , dont évidem* ment néanmoins la douceur lui pesait trop; lisant enfin de bonne graoe les doctes écrits de notre pro« fesseur de philosophie, deCrousax, sur la Logique et le Beau ; lui jurant du moins qu'il n'avait jamais rien vu de si parfait ni de si rnstractif sur ces profonds sujets*. Puis^ quatre ans après, il partit pour Vienne avec son protecteur et» au lieu du comte du LuCj» au lieu de la guerre civile des

* Lettres de J.-B. Rousseau sur différents sujets de littérature (Genève, 1750) IV, 63, 142 ; — ib. , 97; - ib. 86, 88, 92, etc. — La meilleure ode de J.-B. Rousseau , celle au comte du Luc , fut adressée à ce dernier pendant qu'il était a ambassadeur de France en Suisse et plénipotentiaire à la paix de Bade > signée dans celle petite ville de l'Argovie par le Prince Eugène et le maréchal de Villars (171&). L'ode à Malherbe fut composée àSoleure : on en iroBve la preuve dans Jcs lettres de J. B. RouMeea à M. de Crouaaz, dont rcpotetioii comme philosophe et comme physicien* était alors eoropéenne et pour leqael le poète français profetse, dana aes'IetCrei, ane admiration fervente , tempérée par de Texagératiott. Lire entr^âatrca k Jettre da II Déc., 1717, (ib.> 147, aqq. et I8t). ~ Voir anaai, anr l^ode à ia Fortune « qni parait de mime avoir été composée à Soleare, les Lettres de J. B. Boosseâa i M. Dm Lignon , gentil homme provençal réfugié pour cause de religion è Lausanne , où il s'occupait de travaux de géographie (Ib , 170, 479). — Le traite' du Beau fut dédié par M. de Crousaz au comte du Luc : la dédicace Ju poète iil uu peu plus pour ia gloire de l'ambassadeur que celle du savant.

Suisses 9 ce furent > pour malièrc à ses cliaiils> le prince Eugène» le çomle de Boaueval ei la.balaille de Pelerwaradin*. ...

Gèloi qui devait rendre le nom- de Rousseau bien plus célèbre par sa prose véhémeote que le premier par ses rers doublement mesures, Jean- Jacques vint aussi visiter le Pays-de*Vaud, dans sa jennesse en enthousiaste , dans &oa âge mur eu proscrit. C'était pour lui comme une seconde par trie, la patrie idéale de Julie et de Saint-Preux : . Genève était celle de Pauteur d'Emile et du Coatral Social. Il l'a dit lui-même eu cHet^ dans une page que l'Europe a sue par cœur : « Toutes les . n fois que j'approche du Pays-de-Vaud, j'éprouve » une impression composée, du souvenir de M*"* » de Warena qui y est née, de mon père qui y » vivait (â Nyoo) , de Mademoiselle de Yulsou » qui y eut les prémices de mon coeur, de plu- » sieurs voyages de plaisir que j'y fis dans mon » enfance, et^ce me semble, de quelque autre » caueei encore plu» secrète et plus forte que tout »' cela. Quand l'ardent désir de celte vie heureuse » el douce qui me fuit et pour laquelle j'étais né n vient enflammer mon imagination > c'est tou- : » jours au Paya»de-Va|id> près du lae> dana des » campagnes charmantes , qu'elle se fixe. H me » faut absolument un verger au bord de ce lac, et

y» non pas d'un autre; il me faut un ami sur, une » femme aimable, une vache, el «n pelil bateau* » Je ne jouirai jamais d'un bonheur parfait sur la » terre que quand j'aurai tout cela ». Hélas I il n'est que trop de yillaa maintenant qui assiègent ces beaux rivages; maison y voit peu de Jean« Jacques : et d'ailleurs sa vie ne Ta que trop bien réfuté lui même et prouvé que celte nature qu'il pre- ' chait n'est pas non plus le bonheur. On sait» car il faut ton t dire, qu^après cet éloge du Pays-de-Yaud l'auteur ajoute avec plus d'humeur que d'amabilité. « Je ris de la simplicité avec laquelle je suis » allé plusieurs fois dans ce pays-là, uniquement » pour y chercher ce bonheur imaginaire. J'étais » toujours surpris d'y trouver les habitants, sur- » tout les femmes, d'un tout autre caractère que » celui que j^y cherdiais. Comlrien cela me aera- 3» blait disparate ! Le pays et le peuple dont il est » couvert ne m'ont Jamais paru faits l'un pour » Tautre.... J'allai a Vévay; et pendant deux » jours que j^y restai sara voir pereoune , je pria » pour cette ville un amour qui m'a suivi dans » tous mes voyages, et qui m'y a fait établir 3» enfin les héros de mon roman. Jo dirai vclou- » tiers â ceux qui ont du goût et qui sont sen- » sibles : AHez â Vévay, visites le pays, «xaminea » les sites, promenez- vous sur le lac, et dites «i » la nature n'a pas fait ce beau paya pour une

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j» Julie^ pour une Claire pour aa 3aiA(-Prei|X, » mais ne les y chercbez pas ».

Rousseau semble ne pas $e douter que^ celle Julie ^ il ne Teul alors Irpuvee hors de lui nulle pari, et qu'un jour, après avoir produil une imilalîpn passagère^ elle n'eipalerail piMS que dans ses <prit|5, où même i présent elle êsl, ce bous semble j un peu délaissée. Peul-êlre, aussi à bien ypir, est-ce h Pays-de-Vaud qu'il laut ))eauQoup accuser d'avoir fait ses habilanls ce qu'ils sont. Un géogra|iIie moderne ne .manquerait p^s le 90Utenir« Le Pays-de-Yaud, pour Jean Jacques, ç'^St le lac et les mQUis qui l'eiiçadrent^ vus par un beau jour : sans tenir compte 4n reste, qui, pour les indigènes^ forme le prîacipal. Les petite gradins salurals o^ artîfiçiels sur leiaqq^ls il s'élage; les nombreux vallons contournés-, rccpurbës , qu'il recèle î çe ^n^vemput pfir mPf^ ei Ç0UX qui aemble lui avoir dpnnë son nom ^ ^ en un mojt tPMt ij»iérieur f^m^ enlrelsjcé

* J'«i bien de là peine i ne pas revenir à celte étyinologie li jolieet 81 naturelle : P^Lys éè'Vaulx , comme on écrivait anaat Mlra- 4iMe» Pays des VéUlom. « Jl«et appelé Péïs de Vanx à cam ée » lent 4e yaMéM^qu'îl y ; pswiië do f«lit»m9Bto •t:€9lliBee fort • firUles». iJtnmqptê •« MtHmw9 cvriMM dn P«yf-de»VMd iLm^Vm^ p. 8. — Imê «npoiriei de lo fiaronnie de Vaml portalettl d'argsnt à 1* aoiila|;De d« labls. •Gresoe , Doc. , p. 699. — S'il bal adopter rétymolofiiede fP'M (forêt) lonlemie par -H. de

qui en fait la plus grande partie^ ne rappelle pas mal Tespril couvert, retors si Ton yeul, de nos campagnards , ni « le ton maniéré d que Jean- Jacques « à tort ou à raison, reproche aux dânies du Pays-de-Vaud ; lesquelles , dil-il , « prennent le » bel esprit pour l'esprit du monde et ne savent » parler que par épigrammes », D'autres influences encore, qui ne sont insensibles que pour celui qui passe , contrebalancent le magique at* trait du lac et le haut appel des cimes : Tair est pur mais un peu froid ^ et aussi un peu coi aurait dit La Fontaine ; le printemps est sujet â de brusques retours; les teintes sont douces^ tendres plus ordinairement qu'enflammées, et le fond se dérobe souvent sous la neige ou le brouillard. Ce n'est pas le nord , mais ce n'est pas tout-âfait le midi : c'est un entre-deux, où il faut de la prudence. D'ailleurs le commun des hommes ne se sauve pour l'ordinaire d'une faiblesse que par une autre. U ne résiste à la dangereuse puissance

Gingins dans son mémoire sur les Burgondes , mais qui ne semble point s'accorder avec le nom allemand ( ^^a«//a/i<i), alors le Pays-de-Vaud, le centre de l'Helvélic romande, aurait été aussi en un tcmps| le Pays des foréls comme les Waldsletlen , qui sont le centre de THelvétie allemande. Nais pourquoi tous les deux B*«iirueiU-iU pas été aussi bien : ie pays des Wales , des indigèoea pour les envahisseur*? Voir Hennc , Chronique SttÎMe» aorte* racca belvétiqaea; et ci-deiaiiJ, p* ISS et 156 aqq.

d'une Balure ou trop belle ou trop forte qu'em

l'oublia nt si co n'esl mcmç en la raillant : nos bona SoisMe prennenl ataés volontierè ce dernier parti. ' ' '

Quoi qu^il eu solide ces.criiîquea de Rousseau, ceux qu'elleè regardeul sont bien capablea de s^ea exagérer la justesse et de faire par*lâ preuve de bonhommie. En tout cas ila auraient mauvaise grâce à so plaindre, sachant que ce grand homme malheureux^ ce misantlirope de génie, ne a'est pas épargné lui-même; qu'il n'a pas non plus ménagé Genève; et comment il traite lea Neuchateloia^ cea « gascons de la Suiaae, àU » fectionnés aux grandes manières, qui n'aiment o» que la preUntaille et le clinquant , qui ne ae 9 connaissent point en -yéritable éfc^e, et 'meltent Tesprit dans les .longues phrases « etc. etc* Maia pour nôualeni ienir a ce qu'il dit du Paysde-Yaud, ses l'emarques ne s'expliquent pas seulement par un fond de yérité et Thumeur atrabilaire qui en a tiré parti. Il avait des raisons peraonnoUes d'aimer peu les habiianta de son .paja de prédilection* Citoyen d^une république alora en travail d'un avortemeni révolutionnaire qu'il avait contribué à provoquer, il voyait sans doute avec un juste déplaisir le rôle plus que pacifique de la contrée voisine ^ oii l'on ne savait que faire

«a oour i B«rM et au étrangers Comm a l'un

de ses futurs élèves, au girondiu Brissot, Lauaanne dewêh loi -déplairo par « la friyaUla de aaa mœurs » et son peu de souci de la liberté. I! eut pourtant bien mrâia â se plaindre de cette yilie qu'on a'aarait pu s'y plaindre de lui. U « ae mit » eu tète d'y enseigner la musique qu'il ne savait s» pas, el de se dire de Paris, où ii n'avait jamais » éie ». Son hôle^ â qui il conte ces petits mensonges « se Ironre être le meilleur bomme du » monde, le reçoit Csrt bien, Ini prœore des » écoliers, et n'épargne rien pour lui être utile* » Non oontent de eela , il se domie pour eompo- » siteur » et, présenté a M. de Trey torrens, homme do monde et bomme instruit, dé plas amateur de musique^ « il se met encore en téte de composer 4» une pièoe pour 6on4Boncert, tout aussi résolu* n ment que ^1 mnk parié à des babitants de la » bine i>. £t toute la vei^feiince que Ton tire de

« miiaf imémimn , f» Hmi Ks^(Uwmm, IS«S), 4»» lis. Vmt ssMi fWft e^L vOifk Ch. Ejmtà, Tls 4éTi$^ joC tptutim. — hn cilalioiia «ont de Roaiscio Inî-mlnie t Confes- •iom , P. L. IT. L. 01, P. 11% L. XO et 1" LeUreav Maréchal •Sa-Jiwmriboars t'aie. — Le.fMncw cancart de Routicaii à Laa* %nm fat dimiiédaiMCatta niaiaaii 4e la naelle de la Hidabina qai fak le coin a?ec les Escaliers da-Marché , du côté de la Palad. Le salon eiisUit encore il y a petite temps dans sa disposition primitive.

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oMo myitifiisBtioii , tfmi de la ncmoir ém m

déconcerter. On joue imperturbablement cette belle musique^ ei le melire d'offcheilre est obUgé de la aaroorer lai-nème jnsquVia beirt. On sut bientôt son secret (or^ à Lausanne^ il était par- Iksolièreineat dawigréihle danir rieqiiéh jnaii* vaiso plaisanterie d'un genevois), et pourtant, « M qui eal mnavqmble^ jecite m propm pa* rôles 9 personne ne lui en (It semblant , pas • nàme ie lion Peirotei (l'Iiote) , .qai pour tou4 :» €ela ne ee ifebdia paacb Ieie|;er et de le «mp» » rir Qu'il n'ait pas emporté de Lausanne « des «Miyenirs bien fsppelants » , ^on le «iiaçoil ^ anais à qui la faute? Et la conduite de son hôte, « qui » lui envoya fidèlement son petit bagage , quoi- 9 que Rousseau lai vedfti aiies Sergent » ; d'un autre encore qni l'avait hébergé aux environs de Lansatae et ne voulut pas meevoir «a v«eie en igage, disant «que grâce an ciel il n'avait jamais m dépoutUé peraome » ; to«it eela «lirait du^ w semble^ le réconcilier un peu mieux avec Lausanne, et même avec le souvenir de « ce petit serpent de » fille qui se donna le plaisir de Ini montrer bean- » coup de musique dont il ne put pas lire une » note , et qu'elle eut la malice de chanter ensuite » devant monsieur le niâUre, pour lui montrer » conmsent'Qela#VBéculait », Enfin , lorsqu'il revint eu Suisse j il y trouva Voltaire établi, et

raocueil fait à ce dernier dans le Pay6*de-Vaud acheva de lai donner maavatiie apinton de ses faabilanis, parmi lesquels Rousseau comptait pourtant des amis» entr'autres lé médecin Tissot. Mais la majorilé était contre lul^ surtout dans le gouvernement bernois, comme elle le lui fit bien voir. H enveloppa un peu le Pays-de-Taud dâna son ressentiment. « L'influence d'un certain voî- » sinage , écrit-il en faisant allusion â Voltaire> » nourrit dans le canton de Berne une furieuse ani- » mositë contre moi,' que les traitements qu'on » m'y a faits aigrissent encore... Ces messieurs ne » me pardonnent point le tort qu'ils ont eu avec ]»moi*j».

Tandis que Rousseau ne trouvait pas même en

Suisse un asile qui le défendît contre lui-même et contre sa triste destinée, son rival en effet y irof nait en homme célèbre et en grand seigneur : à Montrion, d abord, près de Lausanne, et près de

* Voici ce que M. le lendaniiiitn Moret m'a conté. Dans un do «es voyages de Paris ayant fait par hasard la connabaance d'un GéneTOla'qai était le nevea et rbéritier légal deBo«ssean, ils allèrent ensemble à Ermenonville : là , un vieux domestique dit positivement à ce dernier , que son oncle s'était donné ia mort , et cela pour avoir trouvé un jour dans le parc un certain arbre qu*^ir aimait , abattu par ordre do M. de Girardin, lequel ignorait celte préférence. — c Jean- Jacques, a dit très-bien Georges Sandf c'esL » rhomme misérable, iojusle et désespéré »,

Genève, aux Délices; puis âTouraoy, elâFerney, ou ii pouvail se dire encore : « le Suisse Voltaire » ou. du moins « Français Suisse et libre ». Il eut un momenl ces quatre propriétés à la fois, « quatre pattes au lieu de drax » comme il di* sait en plaisantant. Montrion était « sa petite eabf ne, son palais d'hiver, son ermitage à l'abri du cruel vent du nord ; Tëté le voyait revenir aux « prétendues Délices». Bientôt il eut à Lausanne même ^ une maison dont le site lui arrache plusieurs fois des cris d'admiration et d'enthou» aiasme : « Il n'esl point de plus bel aspect dans » le monde. La pointe du sérail de Constanti- » nople n'a point une plus belle vue. Cent jardins » sont àu-dessous de mon jardin. Le grand mi« » roir du lac les baigne. Je vois toute la Savoie j» au-delà de cette petite mer, et, par delà la » Savoie, les Alpes qui s'élèvent jusqu'au ciel en » amphithéâtre ». Il ajoute , il est vrai : a Mai» il « faudrait avoir un estomacb: cela vaudrait mieux

* laedaGrmd-Gbêne* «cludleaiaiit le n*^ 6. Cet «rlicle sur YolUire c«t liré d'un autre ptos cemplet et esses étendo, que Tautear se propose de publier sous ce titre : Voltaire à Lausanne» Les sources sont la Correspondance générale de Voltaire, prîocipale-

menl les T. IV el V (Paris , Leqoien , 1853) , sa Correspondance . • avec d'AIerabert; les lellres recueillies à Lausanne et publiées par le comte Golowkin (voir enlr'autres p. 215); les mémoires de Gibbon i Sianer, Voyage etc., Il» i71 ; des traditions, etc.

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» que r«8peol de GôDStmtiaople ». CepMdml

alors, jusques dans sa terrible correspondance arec d'Alemberl, U a'ëcrb : «Que tout me faîi » aimer mon lac et que je sens mon bonheur » dans loole son ëteadue » I U semble éprouver m Lausanne^ où il passa aartoul laa hiwra de 1766, 1757 et 1758, une sorte de bien-êirej de joie plus franche, moiaa ftora ou moins carfompoe que celle qui ailleurs le tourmentait. Il a écrit lui-» même «qu'il détail k la ville de Lanaaane aea jours les pins heureux »•

Nous a?ona dit combien les mœurs et les idées eTuieut passé , dsM les hantea ckssea du moiea» du puritanisme â l'excès contraire. Comme tout oe qui tombe eu ToulanI frapper fort, le Chr^ sensus n'avait frappé que sur ce qu'il était destiné i défendre : le règne des tbéologieaa n'étaii phis ; celui daa philosoplm YmAi remplacé Voltaire trouva donc â Lausanne une société prête a le recevoir, empreaaée mais point tyran» nique, aimant la littérature, les arts et qui joua bientôt les pièces de Voltaire de manière , chose cKfHcile ! â contenter leur auteur. Il veut bien

' 11 y sdiat te voiaisaft de Njoa» à Fendboacborf dp la pililf fivièie ippeMe la Boiroa • nu aentiar» le long du lac, qui, daaa mm «afanea, s'appelait at s'appelle probaUemant ancone aRjoar*

d'bui : Le chemin des philoiophes*

même pinittire Mclimt^ et ne peut «mes fiiire pari de ce siieeis dramatique à ses amis parisiens* Qn'on en pense ce qu'on voudrai tout ne peui être malice ni compliment : « Jo fais le boa homme » Lusignan, cela me oonyient fort. — Je voua » avertis sans vanité que je suis le nleilleur viens » fou qu'il y ait dana aucune troupe. — - Noua » avons un bel Orosmane» un fila du génoralCon« » stant, un Nérestaa excellent^ un joli théâtre^ a une aassmblée qui fondait en larmea. Toul » le monde Joue avee dialenr. Vos acteurs de » Paris sont â la glace. — Je voudrais que voua a eussien passé l'hiver avec moi â Lausanne. Voua » y verriez des pièces nouvelles exécutées par » dea acteurs exoeUenla ; les étrangers accourir

» de trente lieues à la ronde... ^ On croit chez a iea badaude de Paris que toute la Suisse est uai irpays sauvage : on serait bien étonné ai cm jt voyait jouer Zaïre à Lausanne mieux qu'on ne a la joue â Paris : on serait plue aturpriê encore » de voir deux^ents spectateurs aussi bons juges » qu'il 7 en ail m Europe.». J'ai iail couler dea 1» larmes de tous les yeux suisses »« La tragédie étaii auivie « de danses exécutées à merveille et i»d*un opéra4mfla enoore uiionx meeule i le » tout par de belles femmes, par dea jeunea-gena » bien faits ^ qui ont de l'esprit j et devant une aa- » semblée qui a du gout ».

Savants étrangers et iaoaaoïuiM^ comme il

prononce^ lui rendaient hommage. Haller, seul capable de le tenir a distance; et qui le fit , Tint pourlanl voir jouer Zaïre ; on connaît sa remarque toute française et qui, au dire de Voltaire luimême^ eût été redoutable a Paris : «que c'était » la première fois qu'il avait vu donner un ren<- 'i> defr-vous pour se faire baptiser')»» Le pasteur Polier (père de M"** de Monlolieu) se chargea pour l'Encydopédie de plusieurs arlides dont Toltairé, qui les lui avait demandés et se disait publiquement son ami , se moquait durement en secret avec d'Alembert. Un antire ministre voulut YOir prêcher TEnfant Prodigue, c'est ainsi que Tauteor traduisit la demande et fit payer la permission. Mais il n'en à pas moins Pair agréablement surpris de ce cQucert xl empressements et' d^hoînmages. Pour un Erançais, il ne pep* àilKle pas trop ; pour Voltaire , presque pas : il a Tair de jouir lui*mème et de s'émerveiller* A plusieurs reprises il se fait auprès de ses amis pairisieiis raVocat.du.Pays-de-Vaudy du pays ro» man , comme il aimait à dire , et nul n^a si bien {ait valoir ce joli nom, j'ai presque dit ce nom romanesque Lorsqu'il lui échappe quelque remarque analogue à celle de Jean -Jacques ^ . il

* « Il y a dans mon petit pays roman » car c'est son nom (ou,

demande seulement avoc malice si « dans ce char» » manl pays» qui inspire la joie, la gravité ne » serait point Vetbi du gouvem^ent ? »

Les spéculations d'aventuriers delà librairie et, suivant Gibbon» quelques querelto ecclésiastiques finirent par donner un peu d'humeur à Voltaire contre Lausanne. Mais surtout il . lui convenait d'être sur terre française et de se rapprocher de Genève. 11 s'était amusé de Lausanne et. ne pouvait y avoir d'influence bien distincte , en tirer autre chose que du plaisir. Les mœurs s'y étaient polies sous son influence , raffinées. Gibbon ne dit pas plus : mais en tout cas Lausanne^ ni en bien ni en mal, ne pouvait être une puissance a detrniré ou à fonder. Genève au contniire avait une vieille célébrité de Rome protestante qui en disait un but de conquête : il se;flatta de Tavoir

COdiiDe il dil «illear s : « Noire petit pnya ronaan , appelé aatre- » ment le peja 4e Veud ; le long dea borda dn bean lac Léman)

* il 7 a lieancoop d'eaprit , beanconp de rafaon , point calièleè » eîc, Gorreap. gén. » T, 959, 961. — Sa nièce, V**". de Fontaine, qui demeurait à Paria et qni loi fit l*étrange propoaîllon qui ae lit an I. V delacorreap.gén., p.9S9et38S, ayant appelé pariaiennement M. Conatant wi gros Suitseï « M« Conatant , loi répond Poncle tout en colère, n'eat ni Soiaae ni groa.lfona antres taoaannaia qnt > joaons la comédie, nous somnoea do paya roman et point Suissea.'

* 11 y a Saisscs et Suisses ; ceux de Lausanne didcrcnt plus des

* PelUs-Caolons (|uu Paris des Bas-Bretons. » Ib , ZHk, 355.

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coiMmpaey mais ae réussit pat â s'en dni|Miw^

A Ferney ^ les heureux jours de Lausanne ne re* vinrent plus. U était toujours là, « entre les Alpes et le Mont-^ura » le Vieux de la mo&tagm » : mais il était malade décidément^ et faisait de son lac â d'Argeatal «no description foui autre que celle qu'il lui adresait de Lausanne une Tingtaino d'années auparavant. « Je vous écris de mon lit,^ » où je souffre cemme m damné, ayant devant » moi de beaux jardins, une belle campagne, un 9» beau lac; â mi droite les montagnes du Jura, » â ma gauche les glaces éternelles des grandes » Alpes > et dana mon corps le diid>le ». On sait comment Voltaire mourut, étou iTé dans sa vieillesse encore verte par ce que lui*meme appelait de la fumée, tué par l'impiloyablè vanité des mos, et désespéré de sa folie Le seul peut-être de tous

* « Grare an ciel j*m corrompa Genève , comme ni*écriveit » Totre ioo de Jeeii-Jaeqaee. • Gorresp. de Volt. «id'AlemlMrl « î» Isa. — Heif la grêle de trailf qa*il lait tomber aor Genève trahit moÎDfl la victoire 4|m la vengeance. Cett une ville «peoplée de

• vingt quatre mille ralsonneora ; nne pétaudière ridicole s la

• petitiitime, U parvnliMime république ; petitlstîme, répèta-l»U ailleurs , en ajoutant avec une satisfaction profonde : « et trés- > pédanU55ime. * Du reste , « il ne connaissait pas de ville où il y » eût moins de calvinistes que dans cette ville de Calvin. » Gorresp. Iléaér.. VU, m, IX, S7, etc.

* Tronchin , qui écrit : Furiis agiiatus obiit. Vojes sa lettre

WÊê «lealours qui lyi fikl siaeèrmneiil el timple-»

ment allaché, et qui ait bien pleuré sa perte, ce fol son «ecrélaire, cekii qu'il appelait boa brai droit et wm fidèle Âchale^ Wagnîère^ du Pajsde-Vaud.

Parmi les spectateurs de choix qui se pressaient au théâtre de Moa-RepoaS M trouvait un jeune Anglais, exilé â Lausanne par son père et confîë âui soins d'un des professeera de celte TtUe. Ceue espèce de rélégation avait pour motif el pour but essentiels , comme celui qui en étail Tobjet noua l'apprend, de « le retirer des erreurs du papisme»^ où l'ayait jeté sa révolte de collège, juste cepen« dant f contre la dominalion d'une église aana vie. Gomment il abjura en efiet ces erreurs, c'est ce que son nom dit assesj car, on le devine, il a'agit de Gibbon ».

à Bonnet» dans ta tîe de Tiatot par Ch. Ëjrnard , p. 271 , sqq ; elle est pleine de paasages saisiaianla. — Voir anssi iea mémoires do Wa|fnière.

* Campagne près de Lausanne oii se jouaient les pièces de Voltaire. On saità ce sujet Tanecdole du Conservalcur suisse : — «Où • sommes nous? guidez mes faibles yeux. -* Seigneur ! c'est le > grenier du maître de ces lieux. •

* On l'a vu , Gibbon n'est pas le premier Anglais qui ait visité et habité ce paja. La tradition veut que dea Anglaîa a'Jr soient établis

« Quels quVieBt élé les fruils de mon éduoa- » lion, il faut, dit-îl, les attribuer â l'heureux » bannissemeiil qui me relégua à Lausauae ». Pendant^e premier a^oar, qui futde cinq années, il y refit ses études , sous la direction du professeur chez lequel il logeait» se mit en correspondance avec quelques sayanis allemands el surtout avec un ministre du pays» M. AUamandj homme d'un rare mérite , mais mal chanceux, comme on la observé de beaucoup d'écrivains suisses et de MuUer en particulier, dialecticien spirituel et secrètement sceptique» onfin» au gré de Gibbon qui l'appelle un «rmi/isrsoniiel» «le » théologien le plus raisonnable qu'il ait jamais

à la suile des Graodson et du comte Pierre (ci'dessus, p. 613 et 669). On a trouvé récemment, dans des fouilles, un noble à la rose qui provient vraisemblablement du passaf^e de l'armée de Charlesle-Téméraire. Nous avons parlé de Ludlow el de ses compagnons d'exil. L'ambassadeur Stanyan écrivit , au commencement du dix-huitième siècle, sa description de la Suisse, et, un peu auparavant, le célèbre évêqueBurnet, son voyage de Suisse , dans lequel il fait cette description de [«ensannc ei da Psys-de-Yand : • Entre » Genève et celte ville (Iiaasanne) est le lac. qni , à an bont» est » appelé lac de Genève et, à l'aotre , lac de Ltosanne... Son rivage

> est bordé de divers petits pelotons de terre si bien pris et si bien

> ordonnés, qu'on dirait que le pins fin art y a mis la main. » etc. etc. Il est carieov devoir , par ce passage et par nn autre qnenons avons cité p. 811, n. 2, comment on admirait alors la nature d'après Part, tandis qu'on admire aujourd'hui l'art d'après la nature.

w GOimu A*. Ces einq années, « ai ulilemenl em- » plojées dans Telude », le furent aussi dans la société ; et c'est même alors que Gibbon éprouva pour M"*^ Susanne Curchod (Bf** Nodier), fille d'un pauvre pasteur de campagne, cette vivo passion qurne fol pas couronnéodesnccès; amour jeune et franc (my early loçe), que Gibbon n'a pu s'empddier de placer dans ses souvenirs , non sans quelque hésitation pourtant, danê la^crainH du ridicule»

Ctibbon quitta Lausanne en 1758 , « ayant cessé d'èlre anglais , malheur irréparable aux jeux de ses compatriotes » , mais entièrement affimni dans une vie nouvelle ^ le corps et l'esprit forli^ fiés, et le- cœur, il semble, mieux guéri de

' « Après quelques tentatives en France et en Hollande, dé- > jouées par la fortune ou par son caractère, ce frénie fait pour

• éclairer ou pourséduire le monde vint s'ensevelir dans une vie de ».aanpagDe, inconna i ia-. répuUlioii et brouillé avec le genre hu*

• miin. Est sacrificulus inpago, et rusiicos decfpit». Gibbon, Mén». I« 99. De BcB» où il était ramisire» il écrivait à Gibbon en 1756 : » n y a loBg-lempa que Je aoapçoDBC un plan Ibnné de rédoire le •••yitèmt nénéral.à iroU gModa» empires:. ceini des Françafo^à » rocddent dn Rliln , celui d*Aalriche à l'orient • et celui des Russes » an nord* n n*j ena poartant rien dans r«poca1ypse.> Gibbon dit encore de lui qae «on esifpfvl était act^fj mmi$ sa plumg MolêtUe, . mot qui achève de le peindre et qnt sera secrètement compris dans lepayi roman. Il ne laut pas le coniondre avec le nstoraliste Allamandf son parent , Tami et le successeur de S'Gravesandc. (Voir Gons. suisse, XI* p. 343.)

M"* Curcbod que de Lausaaud mêmej dont le sou* venir IroubUil â Londres sm Mirées Bolilaire» ^ Aprèsquelques anuées passées eu Aoglelerreel un séjour à Psris » il en fil à Lausanne un second, d'onaeniois (1763), avant de se rendre en Italie. Un genlilhomnie lausannois, de la meilleure noblesse du pays , tenait alors une pen^n élégante, « qui n'a pas eu peut-être pendant vingt » éns son semblable en Europe,» et dont Gibbon a fait une description humoristique, qu'il vaut nussi la peine de lire pour voir â quel point florissait alors a Lausanne l'art de cnitiver les étrangers. Gibbon s'/ logea ; il fut aussi initié à cette êoeiéié du prmtempê, dana laquelle plus tard, vieux et célèbre, il se prêtait à danser, au son du Tiolon, avec Tissol, pour retirer un gage perdu dans des jeux innocents Tout cela est caraotérîstique pour le tableau des mœurs, non pas seulement de ce pays, mais du siècle.

A son second retour en Angleterre, Gibbon lais8anl-<*là un essai d'histoire de la Suisse que Hume avait pourtant loué, publia successivement les preouers Tolumea de son bisloirb de la déca^

* « P'mdKiil qtteiei rtrrotvet rimMeiif ivr le pavé tf« Boi»l«traet«

» j'ai passé bien des soirées solitaires dans ma chambre avec mes

u livres. Un soupir vers Lausanne interrompait quelquefois mes » études. » Mém. , l. , i 15.

* Vinct, Cil. Lynard , dans la Bévue Suisse, 11» <42.

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deoce l'Empire roiiuiia« eu même temps que^ devenu membre du parlement, il suiTâil ki foiw tune de lord Norlh > doni le ministère est resté fameux par aa graade défiûie de la gnem é'AmS^ riqw. Sa chute rendit Gibbon â la liberté. « 11 » avait toujours careasé l'idée que réoole de aa a jeuneaae devieadrait la fieiraila do aou ige i> avancé». Un ancien ami, Deyverdun ^ lauaannoie» bemme d%9prii el qui avab tu le monde, philosophe épicurien comme Gibbon et ^ de plus que lui, pareaaeus a Télat iaonable, ae vepoaail alors de ses voyages dans sa vOlé natale^ ou une vieille parente lui avait laissé une duu*mante Biaison. Maigre des lacuMB de pluaieàra ranéea dans leur correspondance, leur amitié ne s'était jamais geCroîdie. Gibboik avait eoaqité qu» Dey* Verdun serait son traducteur. C'était même, a ce qu'il parait, une chose à-peu-près entendue* Le aoeond volume. de rorigtnal allait paraître, et cependant point de nouvelles de Dey verdun ni de aa tradootion française. Enfin arrive on» lettre, avec force excuses détestables : il n'y avait rien de lait. Quel cUén de paresseux t est-ce aaaaa tourmentant? s'écrie Gibbon > qui n'en aimait pas moina Georges Dey verdun comme t un ami qui n lui convenait également par les eenUuMita et n les idées, et avec lequel il n'avait jamais connu

» un iastant d'eanui , de sécheresse oa de rën flenre »•

Dégoûte de la carrière politique^ et détaché de rAnglelerre oii la Goniinuatîoa de son histoire venait d'être asaes mal accueillie, il songea donc à chercher une retrailL3 dans l'ancien lieu de son exil el « jouissait de l'espérance do pateer quel« » ques années dans la société domestique d'un I» ami ». La peinture que ce dernier lui fit de la société de Lausanne, de leur solitude en commun, de sa maison, avec terrasse» jardin , treille («c qui ne vous est pas indifFerente^, ajoutait*il), vigne, pré, chalot, chaumière, petite montagne, et en-r fin « galerie de bois doré d'où l'on voit tout ce » qui sort et entre en ville par la porte du » Chêne*; nuis surtout « Tacceptation plrine » de chaleur ét de satisfaction » de Deyverdon, achevèrent de le décider. Les arrangements fu* rent bientôt pris. Les deux amis n'eurent pas de peine, il parait, à tomber d'accord sur la clause fondamentale de leur traité ^ qui fut profwdé* ment rédigée ainsi par Gibbon : beaucoup de sen-^ êualiiéet peu de luxe. La seule diificulté était Tap^r provisionnement de l'esprit, la bibliothèque pu* blique étant assez pileuse pour Tappélii d'un tel historien : Gibbon dut se faire suivre d'une par* tie de la sienne.

Il arriva â Lausanne en 1783 , environ vingt

M8 après le seoood séjour qu'il y avait fait. Sa

vie s'écoulait doucement, uu peu fatiguée seulement, dans la belle saison , des incurêions des étrangers.' Aussi , « quand il considérait le lot » commun de ibumanité, devait- il reconnaître » qu'on billet très-favorable lui était èehu à la » loterie de la vie C'est là toute son action de graœs.

Il assure ne pas s'être repenti un seul instant de sa détermination et, badinant avec ses amis d'Angleterre qui longtemps n'avaient pu la prendre au sérieux % il leur écrivait son mariage... avec Fanny Lausanne. «Son visage n'est pas beau» leur dit-il : mais sa personne et tout ce qui ren« » toute a une grâce et une beauté admirable. Elle » est du caraclère le plus gai et le plus sociable. M Sans ôtre très-instruite elle a du goût et du bon » sens; et si elle n'est pas riche » la simplicité de s son éducation en fait une très-bonne économe. » Ceux qui l'ont élevée lui ont défendu le luxe » des ornements ; et quoiqu'elle ne soit pas trop

* lit le tronTaient absurde (Hém., U, SS8). — « Vous |»rëttreri«i » GcnèTe à LauMiine (Lord Sheffield) $ . • • maît • quoique {'y «e • trouvé quelques CBiniiiee aimeblef, leurs manières et leur senre y de irie sont en tout moin^ aisés et moins agréables que les manié*

> res et le genre de vie des nôtres. » (LeUre dn h avril, 1799 ,1.11, *SS.) - T.I. p. 594 : leilre du 1" Ocl. 1785. - Ib., 242, el, dans roriginal, (Bàlc 17%), I, 184.

» bieu conformée pour marcher , elle n a paa eA- M core exigé de moi que je prisse oo carrosse »•

Eufmj» c'esl à Lausanne, et « dans son [ardin» » dans sa maison d*iié , la nuil du 27 ymu ll&9p » entre onze heures et minuit , qu'il écrivit les j» dernières lignes de la dernière fêgfd de son » histoire». C*ëlsil une de œs 'nuits Éierveilleuses dont l'éclat le dispute à celui du jour ei ne rend malgré cela que plus pénéiranta leur vague attrait > leur douceur , leur rêverie et leur mystère. «Après avoir poié ma pkmef noua dit-il , je fis plusieurs tours sous un berceau » d'acacias , d'où la vue domine et s'étend surin n campagne , le laCy lea montagnes» L'air élail » tempéré, le ciel serein, le globe argenté de la » lone était réfléchi par les eaux» et toute la na*- » ture silencieuse. Je ne dissimulerai pas mes » premières émotions de joie a cet inalant du re- » couvrement de ma liberté, et peut-ètoe de Té» » tablissement de ma réputation. Mais mon or- 0 gneil fut Uenldt humilié , et nno mélancolie » pensive s'empara de mon esprit, à l'idée que » j'avais pris un congé éternel d'un vieux etagré- :i> able compagnon, et que, quelle que put être j» la durée future de num histoire ^ la vie pré* » cairede l'historten ne pouvait plus être longue.»

L'année même où il ne crojait prendre congé que de son Uvre^ son autre « viens et agréable

itiî

compagncMi • I Doyverduat lui lot eiite?é paruM alUque d'apoplexie. Puis la révolution française, gfoasisaani de pliia. m plus sa voix menaçaale» redoublant d'éclairs et de nuages^ vînt inquiéter Gibbon daos sa reiraile ei^ l'Anglais se réveillant M lui » faire IremUer le ifieil épieiirien de colère. Singulier retour des choses pour l'ironique historien des premiers temps du Ghristiattisme ! Porté, maintenant^ « à excuser jusqu'au respect do Bu rko j» pour lee ëlabliaBementa derJSglise, il .avait quel- » quefois la pensée de faire un dialogue des moris» » dans lequel Lucien, Erasme et Voltaire recon* » Battraient mutoeUeBieBt le danger d exposer une » vieille superstition au mépris d'une multitude » aveuglée et fanatique» » De même (si panw licet)^ il avait i sous le pseudonyme d'un Danois et en forme de lettre à un ami, écrit ses idées sur la situation de œ Pays-de-Yaud qu'il appeUt sa seconde patrie, et sur les torts du gouvernement bemoia ; espèce de pampUet polUqùe, très-ttesuré mais très-fort, dont notre révolution s'est emparée et fort bien servie dans le temps. Mais lorsque » plusieurs individus et quelques communautés

> parurent infectés de la frénésie française, que de » fanatiques missionnaires de sédition en eurent » dispersé les semences dans nos cités et dans nos

> villages » (cW lui«méme qui dit no$ et il faut lui en savoir gré : il fut le seul de tous les étranger^i

célèbres altiréa alors â Lausanne, qui s'y aitacfaa comme â une patrie) ; alors, il ne vit plus que des avantages dans raristocralie bernoise, et, dans ses inénioires^ il plaide avec chaleur la cause du souverain. Il a la confiance, dît-il, que le corps de la nation lui serafidile, et il termine son plaidoyer par ce singulier argument, qui est un irait de caractère : « Quant â moi> je m'en tiens » à déclarer que le premier coup d'un tambour » de rébellion sera le signal immédiat de moB » départ. »

Tout lui devenait plus noir de jour en jour Une foule d'émigrés arrivMent en fugitifs dans cette ville où les avaient autrefois conduits la mode et la dissipation. Mme. Necker elle-même, repoussée dans sa patrie par la tempête ^ rendait a Gibbon son Lausanne d'autrefois^ mais combien changé ! L'espoir de quelque revirement 9 la difficulté du voyagepour un homme d'unegrosseurprodigieuse comme l'était Gibbon, le faisaient pourtant encore hésiter a partir. Enfin la mort de la femme du meilleur de ses amis d'Angleterre le décida. Au printemps de 1 793 il quitta Lausanne et n'ar-

* »U «Itriboalt au pfm d'énergie qu'il y a ea général dans lé • caractère de» habitaas de Lausanne, la trop faible impression » dliorrear et d'indignation qiie fit sur eux (à son gré) la morido » Louis X?I. »

riva giièrea dans son paj^s nalal que pour y moU'> rk (16 janvier I79k).

Depuis Jean-Jacques, Voltaire et Gibbon, (a foule des étrangers n'avait cessé de se presser sur ces rives du Léman ^ qui, nous l'avons dit, furent toujours un lieu de retraite et de pèlerinage ; aux temps de l'ermite de Ripaille comme aux temps de celui qui Ta chanté, le non moins bizarre ermite de Ferney. Je ne sais quel magique anneau d'amour fut jelo dans celle onde; mais elle fascine et rappelle ; quand on Ta une fois aimée, on ne Toublie et souvent même on ne la quitte plus.

Vers la fin du siècle, la réputation du médecin Tissot*, celle du Pays-de-Vaud ^, et la mode, alors toute nouvelle, des excursions alpestres acheva

de porter à son comble ce singulier concours d'é*

* »ll ii*«ft pu doutent, lai écrivait le patricien il'£rlacli (de Spiels), que irou ctea la première canie de renricliisieiiieBt, ai » je penx me servir de ce mot» dn Paya de Vaad ; et si Toas dtiea • antorisd i prélever la dime de tontes les sommes que vons y avet » lait importer • vons seriea riiomme le pins riche dn canton. • Vie de Tîjsot, par Ch. Eynard , p« B7S*

' U n*y a qnfà fenîUeler qnelqnes-nns des voyages dn temps, celui par exemple d'une Française en Snisse (la marquise de Sabran), Londres « 1790 i ou celui dWéne-Haria-Williams (1796). Ccst nn encbanlemcat , un trémoussement • un fracas de soupirs, quand on approche do Vevey » de Clarens» et qu'on voit Meillerie!

au

trangers. Malades réels ou imaginaires ^ riches

blasés^ curieux oisifs^ aventuriers en quele ou égarés, gens de lelires, diplomates et princes > toute l^Europe voyageante se donnait ici rendes* vous. Genève, en proie a la guerre civile « n'at-^ tirait personne; et suivant Brissof» ^nii da genevois Glavière il est vrai , Lausanne « triomphait du malheur de sa rivale C'était un lieu â la mode pour la société élégante : on y prenait même des eaux , qui aujourd'hui sont abandon^ nées : «après Spa^ dil positivement Gibbon, il uy avait pas d'endroit plus généralement recherché »• Dresser une liste des étrangers et des malades célèbres qui visitèrent alors Lausanne ou qui y séjournèrent, cela ne fut- il pas absolument en-* nuyeux, serait déplacé : Thistoire d*un pays n'est pas celle de ses maisons de campagne ou de ses auberges. Je citerai seulement quelques noms pour donner une idée du fait en lui-même '« — • Boufflew , qui « s'était résolu a passer en Suisse pour chercher des originaux s , avait parcouru surtout le Pays-de-Vaud et semé, chemin faisant,

* Voir Oeirrrw èe Bèiiftérit ««Httde ▼•Mrci Iti WmoiM «C hê lettres éé GiMon'; le Voyage êtSiMcr dn* k S«iMt oeci*

dentale ; les Lettres recneitties en Saisse ptr le rmiilt Crokmktn ( la Vie de Ttssot par Ch. Eynard ; l'Histoire de Catherine II par Castéra (11, 146, 201); les Ménoirts de Brissot} etc. etc<

mi

1m peiilB rert» les pastels et les médisances. A

Montrions le prince Louis do Wûrlembcrg avait succédé â Voltaire , qu'autrefois il appelait son maître et auquel il renvoyait maintenant^ avec une franche sévérité , les pamphlets irreligieux qu'il en recevait. — Dans une autre campagne de Lausanne^ au Timonet, le propriétaire, fils d'un réfugiéde laRérocation>le célèbreCourt-de-Gébelin, ne se doutait pas que le sol voisin de son domaine recelait en grand nombre les tombeaux d'un peu pie antique, qui remontait peut-être â ce momfeprimiiif où le savant allait s aventurer ^ — Le comte Grégoire Razournowskj» fils de cet het*

* Un étadiant de racâéémie, M. Fréécric Troyon, s*eslfail, avec beaucoup de patience et de sagacité , l'investigalear de cet tombes ; et les résultais qu'il a obtenus paraissent devoir décider la question de leur origine , qui divise encore les archéologues allemands. Voyer Feuille du canton de Vaud , XXIV, 361 , et les Mitiheilungen dtr zûrcheriêehen GeselUchaft fOr vaierlœndiiche Alterthamer Description des iomb«aox de Bel-air près

Gheseaax parFr. Troyon. Selon l'auteur, < les anii^oitéi du canton de Vané représentent les âges les plus anciens. Les irnios en pierre, •n brome, cl en fer» prccisenttrois époi|iet sneceseives aTant i'ére chrétienne. Des Men^Alnr el des tÊomdi eiîslent encore. Une trentaine de cimetières antiques, pareilt à celui de Bel-air (dans le volsia^ du Timonet), semUent montrer les flehrètea sons U dottinalfani vomalnt ou plntêl ▼is*à-vîa des Rsmains. EnSn, dane pins de deuK'cents emplacements dé{i connus , on rencontre les débris d'époques antérieures au moyen-âge». Ceci, pour complé* ter ce que nous avons dit sur le même sujet, au L. I, p. 196 sqf|.

man Kyrilie Vun des prindpault eonplilm de

Catherino> dans la noire révolution qui la mil sur le Irôae, vivait à Lausanne, y cultivait les scien* ces, et y écrivit une hiatoire naturelle du JoraU

— Depuis sa retraite du barreau où il avait fait tant de bruit, Servan, entiché du magnétisme el 8*occupant à des expériences mesmériques , passait neuf mois de Tannée â Lausanne : « il ne res- » pirait que pour s'y établir toul-a-fail el regret- » tait toujours d'êlre obligé de retourner dans ses i> terres i. L'affluence des étrangers était telle que M""^ do Genlis aurait du attendre dans sa voiture qu'on lui eùl trouvé un logement , si M"** de Grousaz (depuis^ M*^ de Honfolieu), Tayant vue de sa fenêtre» ne luieàtoiFertrhospilalité : ce fut ainsi que commença leur liaison; dans la rue.

— Le prince et la princesse de Ligne arrivaient de Bruxelles, avec de grandes dames, « n'ayant » d'autre motif, et ceci est littéralement vrai^ que » de jouer la comédie â la campagne ». Gibbon, qui rapporte ce fait, outre ses habitués de Lausanne, puis «une douzaine de comtes, de ba- » rons et de personnages singuliers, parmi les- » quels un fils naturel de Timpérairice de Russie», vit un jour réunis sur sa terrasse (c'est lui-même qui nous a laissé ce curieux dénombrement) , Tissot, Raynal, qui avait aussi « choisi Lausanne » comme asile de liberté et de travail historique »,

Mercier , le paradoxal et vaniteux auteur du tableau de Paris; M. » M""' el M^^" Decker; Tabbé de Bourbon^ fils naturel de Louis XV; le prince héréditaire de Brunswick^ alors dans tout l'éclat de «a gloff6^ que le fameax manifeste et les revers qui le suivirent allaient bientôt éclipser ; le prince Henri de Prusse, qui laissa entendre à Gibbon que la vicloire de Rosbach lui était due et non à son frère, le grand Frédéric ^ (1784).

Il faut nommer à part (d'ailleurs il vint tout à la fin du siècle) le solitaire auteur d'Obermann, Sénancour , ce peintre terrible et froid que « les neiges perdurables » semblent avoir inspiré de leur éternelle mort. Dans nos temps, René, Man* fred , Joceljn , Lélia ou Jacques , qui visitèrent aussi les Alpes , le premier pour les bouder par un caprice du génie , lus trois autres pour y élever leurs chants^ ne sont venus qu'après Obermann, et peut-être n'ont-ils pas senti pour elles un at* trait si violent et si désespéré.

Mais dans le pur dix*huitième siècle» on n'en était pas encore là ^. On avait pour la nature

' Ce dernier parlait quelquefois avec humeur de loulc ceUe Suisserie parmi laquelle était venu a'établir celui de lea ennemis qa*il redoutait et cajolait le plus» Voltaire. Voir sa correspondtnce.

* Au moyen-ftge, chea les trouvères et les minnesftnser, les la*

toute l'exaltation, toute la foi du premier amour. On la saluait avec ivresse » en attendant de l'in-

bleaux de la nature n'enfont, pour ainsi dire» que rexprcs&âion enfimiioe et naïve :

A ristoe d*aTrU , un tenu écm et joU .

Que erbelcte * poigoeat et pré tout reverdi , ' hertetiet.

Et arbriasel désirent qu'îi fàtsent parfleori ...

(Adenè»! LiMomant de Berie aus grwu piés,)

On rencontre quelquefois une touche plus sévère, comme dans ce passage du roman de Roncevaux ou de la chanson de Roland :

Hait * sunt li pui c tenebrus, e grant, i haats s pics s pro- Li val partant ' ^ et les ewes ^ curant ^. fonds smix s coarants.

Dante a peint la nature aussi grandement qu*aucun des poètes modernes, mais jamais pour elle seule et par pure description comme ces derniers. Voyez, par exemple, ce tercet admirable {Enfer, Ch. 14), où Timege de la neige tombant daoa les Alpea mp lui sert qa'à rendre pins ajgu le fea qu'il lait pleuvoir aar see damnés :

Sovra tutto M sabbion , d'un cader lento, Piovean di fuoco dilatate ialde^ Gome dâ neve in alpe senca venta.

— Au seizième siècle, c'est une nature classique, volontiers épicurienne « mais d*un idéal un pea convenu. — Le diz-septicme la tempère et la spiritualise. Nous pensons trop qu'alors on ne la sentait pas : seulement on en voyait surtout les traits généranx» le cdié humain, social , si je puis dire; le climat, le terrain , Peau» raîr et le ciel , plutôt que la poésie intime et les délaib pittoresques :

Ils arrivèrent dans un pré Tout bordé de ruisseaui , de fleurs tout diapré ,

lerpoler arec angoisse, on de l'aecuwr avec désespoir *,

Séjour do Irait , véritable patrie Dettéphiri...

La Fontaine cependant non» montre d^one laçon hardie : Un rodier , ^nelqne mont penilani nn p9éct|Mae.

Mail ploa ordinairement il a*écriait :

Qne je peigne ea mes ver« quelque rive fienrie!

Le doc de Saint-Simon qni» i se maniirot eat aoiti nn grand peintre , n*a qn*on crayon Hfroteiqne ponr une gorge des Pyrénées :

• Vallée fort étroite, nous dit-il, dont les montagnes de roctie qnt

> la serrent des deux côtés, doivent faire nneglacière qnand elles sont

> couvertes de neige et une tourtière en été* • En revanche il parle en long de l'édifice qui y éUit situé (t. XIX, S9). Pour un de ses contemporains, TAnglais fiomet, le Mont-Blanc et la vallée de Ghamounîx, qui n'avaient pas encore été découverts (voyez. Ebel), n'étaient que la Montagne Maudite ; et ia vue des Alpes ne lui inspire gucrcs que celle réflexion, qui sera d'ailleurs toul-à-fait du goût de plus d'un ihéosophe et d'un géologue modernes: « En » considérant la hauteur de ces montagnes . . . eC le mélange confus » de la plupart d'entr'elles, ... on donnera aidément lieu à l'in-

> génîeuse conjecture de cet homme qui, les ayant traversées pins » d'une fois, disait que ce ne pouvait être lé ia première produc-

• tion de l'Auteur de la nature, mais bien le^ grandes ruines du » premier monde que la fureur du déloge y avait jetées péle-méle. > Voyage de Suisse etc. (1690), p. 19.

* Chea les poêles de Tantiquité, lee montagnes et la nature grandiose ont quelque chose à la lois deaereittetdedemi*&bnleni. Ou bien, dans sa région moyenne et tempérée, familière, la nature est re*

A Lausanne mème^ encore plus arriéré^ on en était toujours a Tancionne manière de tenir moina â la vue do la nalure loule seule qu'à celle de ses voisins â figure humaine et de préférer la fenêtre du côté de la rue â celle du lac et des Alpes^ comme on peut s'en convaincre par de vieilles cartes et de vieux tableaui. On faisait cependant des parties de campagne, c Les darnes de Sainl- » François (une des prindpales rues)^ se met- »> taient en chemin par le plus beau temps et le

prodaîtc par eux avec une vérité incomparable et. en quelque sorte, prise sur iefaiii mais elle est tonjonrs représentée enharmonie avec rbomme , et non point en contraste ni en débat avec Iqî } elle Tentoore • elle lai sert de vêtement , an lien que les poètes modernes la Toîent toujours an travers de l*homme et l*interrof»ent comme sa sœur ou sa rivale. Comparez, de ce point de vue, la grotte de Calypso d'Homère, vivant tableau où la nature a, dans le divin et Vextraordinairc ^ quelque chose de sî parfaitement humain , de si vrai , de si réel , de si naturel, avec celle de Fénelon, où ce n'est plus qu'une description , classique il eit vrai par la simplicité , le goût et la grâce » qu'un délicieux paysage , c un hortaon tait à souhait, pour le plaisir des yeux» * mais dans lequel on ne se sent pas introduit. Termines enfin cotte petite excursion poétiqne par la grotte de Lamartine (au bord ttun lacd^aua) : ici , à ce point extrême, c*est encore de la description plutôt qne l'objet loimôme> nne nature composée, arrangée, mais sentimentale et triste, que Tbomme porte en lui bien plus qa*il ne vit en elle et dont , i cbaqoe image graciense do poète • même avant qu'il Tait dit , un soupir se mêle — à nos propres soupirs»

» plus beau soleil du monde, pour aller cher-

»cher«..» de Tombre apparemmeal dans quel* » ques bosquets, sous quelques arbres touffus ? » demande, en badinant* une de ces dames diès* mémos, forcée de faire comme tout le mûude. «. Cela serait beau» vraiment, ajoute*t-elle, que des » dames de ville allasseol sans façon s'asseoir sur ' 1» riierbe. Mettez-vous à la raison et comprenez une 1» fois que cela n'est plus d'usage et d'ailleurs d^u« » cuue convenance ». Il est vrai que cela se passait au temps de Voltaire, en 17S7. Mais en 1770, un voyageur français éorit encore : « L'habitant du | » Pays de-Vaud est Tépoux d'iine belle fémmeque 7> tout le monde admire eicepté lui ». Au resle,. ce propos» dans rintention de Tauteur lui-même, renferme Texplication du fait qu'il tourne en badinage. Mais ny fallût-itvoir qu'une plaisanterie et uné observation françaises toujours est-il que b société de Lausanne, qui, au retour do la belle saison, recevait tous ces flots . d'étrangers, était bien plus mondaine qu'enthousiaste et beaucoup mieux laite pour les salons que pour les champs. Le jeu , comme nous le verrons, devint même le grand. Tunique inlérèt des soirées. Mais il y avait des exceptions ; et même en hiver , ou Lausanne «t était abandonné â ses seules ressources » , on.

f sâTail en tirer meillonr parti diex Mesdames de

/ Charrière el do Montolieu * .

Ces deux dames reprësenteni aussi raclivilé

liltéraîre de Lausanne olle-même^ à cette époque : r.une par la disliuctiou , l'autre par la réputatioo de ses écrits. Il fauV leur joindre la chanoinesee Polîerji élève do Gibbon. Celte dame dirigeait alors un journal littéraire {Le Journal de Lau-* sanne), où il y a bien un peu trop de charades^ d'énigmes^ de logogryphes et autres menus frais d esprit de l'époque , mais qui n'en était pas moins une asaea rude entreprise pour une main de femme et pour le pays. Elle a du reste un titre meilleur. Son cousin, Antoine de Polier^ lieutenant-coloiiel au senrice de la compagnie des Indes, s'y était distingué comme militaire et comme ingénieur , sait sous le bmeuz lord Cli-

* Voir le Gonaervat. tnisie, VII» Wi les Lettre» de Giblioii (Mîscellaiieooe Works . Il« S6S, SSS) t celles recueillies per 6olow«iio, p. 11; les Blélanises ée LlHSéretnre, de H. Rgoel, p. 113; la Vie de Tissot » par Ch. Bjnard , pag. 3S5 ; oetre article sur Toltairo à Lausanne; et , plus bas , un article sur les mœurs dans le Pays* do-Yaud à la fin du 48* siècle : en ce monietil, il ne s'agit que des étrangers et du goût de la nature, qui les amenait.

yeê, ibndâleur de Tempire britannique danâ

rilindoslan , soit soub des nababs, qui lui coutérèreal le titre d'omrali avec des fiets conaidérablea : U ne a'élait pas borné a fiûre une grande fortune , â chaque iuslanl compromise par mille ▼îoiaailudea ; au milten de «fie vie agitée^ ii avail recueilli de nombreux matériaux sur ce pays extraordinaire ^ et » aouala direction du kchairya ou guerrier Ramtebund et de devx bnananea^ étudié les livres religieux et les poèmes mytholo^ giquea dea Hindoue. Membre de k aoeiété aaia> tique do Calcutta , lié avec Wilkes et avec Joaes> oVat hii qui donna au nmaée de Londres le premier exemplaire des Védas qu'on ait vu en Surope; il remit aussi pluaieura manuscrits arabes et persane à M. Langlèa. De relonr dana aon pays après trente deux ans d'absence, il avait embraaaé les îdéea révolurionnairea et ^ cferchant une terre qu'il croyait celle de la liberté^ il alla s'établir en France prèa d'Avignon. Une bandede brigands, parmi lesquels se trouvaient des convivea du colonel^ assaillirent une nuit sa maiaon et la toirent » ae figurant que aea eavea renfermaient d'immenses trésors. U n'eut ainsi pas le temps de .voir ni sa patrie émancipée^ ni ses travaux sur THindostan mis eu ordre. La chauoineaae Polier a'élait chargée de ce soin : elle publia uue histoire de la mythologie des Hindous^

travail admiré de L'historien du oommerce des peuples de raniîquité , le célèbre Heeron » et moins loué mais non moins souvent cito par Tau-» VmréàXai Symbolique, Gremer, et par Guigniaut^ son habile traducteur ^.

La renommée de M*"* de Montolieu dure encore. Elle Teut mieux assurée si, plus libre du goût de son temps • elle eut composé davantage^ moins traduit^ et se fôt défiée de ce rentafiea^s enfantin qui la mit a la mode.

M"^ de Gbarrière, d'origine hollandaise > mais mariée à un gentilhomme du Pajs-de-Vaud ^ a laissé beaucoup de petits romans anonymes ; peu connus du grand nombre , ils sont recherchés de ceux qui se plaisent â ce genre intime et fin , oii Ton sent tout bas, et dont le charme est d'autant plus grand qu'il reste voilé. Le clairvoyant écrivain, le pénétrant poète qui a su donner à la critique la réalité de la vie et la vérité d'une dé-

*■ Gilibop l'était ^Aovà cliargé de c«Ue rédaction , maiê fions > la eondition eipresae d*être le maître d'arranger et d'employer » ae» ipalériam comme il l^ntendratt : le coionel a'y refusa, parce- » qa*il Tonlait que le système religiena des Indoos parut aux yeux f de rEnrope sans ramalgame d'aucnn commentaire ëtraii[;er. » Conscrv. sntste» XII, 9. Voir cette intéressante notice; et Heercn. m, 8S6,n. S(trad. fr ); Creuier (irad. Ir.), ll,6ii. de la thauoinesse de Policr (Mylholonfie des Hindous, KuJolstadt, i809; 2 voi. in 8") est iurl rare, parce qu'un incendie, deruièfo vicissitude! eu a consume presque toute l'édition.

couverte^ M, Sainte-Beuve, a relevé de nos jours le lalcnl de M*® de Charrîère; il en a dit : « J*a- » vais été mis depuis long-temps sur la trace de » M"^ de Cfaarrière par la lecture des Lettres de ^Lausanne; mieux informé de toutes choses » par rapport à elle, durant mon séjour dans le » paySj j'aurais cru manquer â une sorte de jus- » tioe que do ne pas venir, tôt ou tard, parler » un peu êii détail d'une des femmes les pins » distinguées assurément du dix-huitième siècle, » d'une personne û parfaitement originale de » grâce^ de pensée^ et de destinée aussi ; qui, née » en Hollande et vivant eu Suisse , n'écrivait â la » fin ses légers ouvrages que pour qu'on les Iran duisit en allemand, et qui pourtant, par l'esprit » et par le ton , fut de la pure littérature fran« » çaise, et de la plus rare aujourd'hui, de celle j» de Gil-Blas , d'Hamilton et de Zadig * ».

^ Critiques el portraits littéraires , Y , 526. « Mademoiselle de » Zoylen , prise d'indioatioo , à ce qa'il paraît, pour M. de Char- » riére , geoiilhomme vaudois , instituteur de son frère . . . , se dé-

> cida à l'épouser et à le suivre dans la Suisse française. Dans ceUe » pairie de Saint-Preux , dans le veisioags de VoUair«, elle saD^ea

è remplir ses loisirs, c (lb.« A8I.) Biais les ombres qui s'accomu» l^eoi pett-4-p9tt sur sa vie durent clianger sa retraite à la £n en un morne et pesant eill i son biographe nons dit encore: > Ce » dons îar4ni du pays de Vend et la voe de oss pentes benreoses » ne l'avaient qu*à demi consolée ; l'anneau mystérieux du bonheur

> était dès long-temps ensereli pour elle dans l'aMme des lacs tranf quilles. » M"' de Cbarricre mourut en 1805.

Benjamin Constant, M"*"" J>ïocker el M'^'' de Staël apparlienaent aussi au Pays-de-Vaud » les deux premiers par leur famille , leur naissance et leur éducation 9 la dernière par aa màro et par aon long séjour â Coppet« Mais tous les trois Tout beaucoup oublié > ne le considérant dans Tooca* sion que comme une retraîlo agréable où ils avaient des droits, et, malgré leur haute position^ bien loin de Taider dans ses mauvais jours , îls l'ont plutôt desservi. Us tenaient â raristoci*alio par leurs relations , leurs goûts et le luêtre même qu'ils lui donnaient. A Tapproche de notre révolution , Benjamin Conalant passa poor avoir écrit ou faveur du gouvernement bernois. Dans la suite il renonça complètement â TUelvétie pour la France > a'^onvrit un chemin par la littérature et» sous l'Empire mourant puis sous la Restauration condamnée d'avance, il brilla dans la politique et le monde , par le talent, Téloquence, la finesse, la passion , plus que par le caractère.

M™" de Staël, toute française malgré sou roDMntisme , n'avait pas « le préjugé de la campagne » ; et l^on sait ce qu'elle disait do beau lac qu'elle voyait de sa fenêtre , el ce qu'elle lui préférait. Bile aimait peu la Sotsse où, comme a son ordinaire , elle se montra pourtant bonne et affable autour d'elle, mais en y faisant plutôt des vœusic

pour ceux à qui l'ou ne pouvait «oubailer autre chose 9 aaaa injusliœ» que d'être moins aveuglée et moins obstinés

M'"' de Slaël a oertainement calomnié sa mire> non par ce qu'elle eu a dit ^ mais par le coulrasle ëdatant de leurs deux nalures et la supériorité de là sienne. M""* Necket* valait mieux que sa réputation • Sa b^utët son savoir ^ trop grand peut-être^ en Grent une espèce de prodige dans sa fe^re toa* laie. A Lausanne elle excita le plus grand enthousiasme t en y donnant^ très-jeune et d^à orpMine^ un cours des langues qu'elle savait (le latin ^ le grec^ l'anglais)» Ses auditeurs^ les professeurs et les étadiants de Tacadémie, lui élevèrent^ en guise de chaire peur ses leçons» un trône champêtre dans le petit vallon des Eaux^ queXissot avait rais alors à la mode, et qui est aujourd'hui désert» dépouillé et avili. T^anisporlée tout-à-coup dans la plus haute sphère par son mariage avec le banquier Necker» Susanne Curchod s'aperçut, comme elle le dit elle-même , que « les talents que l'on H montre ailleurs s'évanouissent à Paris qui en est n le centre* Depuis le jour de son arrivée , elle » ne vécut pas un instant sur le fond d'idées qu'elle 9 avait acquises se ernt « obligée de refaire son es-»

^ Voir fteaContidérations m la révolution fraaç. » S* P«» «li. S9«

» prit tout â Muf » et» consorTant d'ailieursaes prin*

cipes de morale , ue gagna de loul cela qu'un air apprêté et solennel \ Mais peut-être fut elle plus embarrassée que pédante, et éprouvait-elle plus de gène qu'elle n'en causait. Réfugiée dans l'adoration de son mari , sur qui elle régnait sans le gouverner, son plus grand tort peut-être est de lui avoir fait ou laissé écrire â TAssemblée natio-* nale, Ini , grand ministre, aux représentants d'un grand peuple, et dans quel moment! une lettre de démission où son nom de femme est peUtemenI et indiscrètement mêlé M°*^Necker nefutpour-*. tant pas étrangère à l'ambition, quand une si grande fortune s'ouvrit subitement devant elle» Bien vite Lausanne, que d^s les premiers temps de sa vie de Paris, elle appelait encore « sa obère patrie » lui apparut comme « un petit séjour Elle ne fut pas fâcbée dfhumilier un peu Gibbon qui, du reste , il parait, le méritait aussi

' « Elle ne sat élre ni lemme de banquier » ni ftmnie de minUlre». > ni mère de de Staël, ni luNnine de lettres. > Gelowkin, 198 n» -lb.»S85,800.8SS.

* ... « Un nouTeaa retoor des mtnx <|nî n'ont mîê en danger » cet tiiver et les inquicUidca mortelles d*nne femme aussi ? ertnense i»qae cbére à mon coeor. me décident à ne point tarder d^aller « suivre mon plan de retraite. » Assemblée nationale , séance «la i| Décembre 1790.

cl d'anciens amis la trouvèrent plus empressée que vérilablemenl serviable. M* el M""^ ClaveldeBreoles qui , en fait d'amitiés liltérairés , avaient pourtant l'expérience de celle de Voltaire, la répétèrent un peu avecM'^Necker^ dans une liaison d'abord très-vive mais que Texaclitude de cette dernière ne parvint qu'a refroidir Toutefois on ne peut lui refuser d'avoir eu de la beauté , de l'esprit, du savoir et des mœurs : si elle fut au dessous de son rôle , du moins elle n'a pas cherché » comme sa fille , â l'exagérer*

Dans de plus humbles siluations , d'autres Vaudois encore se firent alors , par les lettres ou par les sciences et les arts^ une carrière hono* rable.

On sait le rôle politique et intellectuel de la

Hollande^ au commencement du 18^ siècle. La

* Voir, dans les leUres rccueilllet ptr Golowkîn, celles de M?* Nccker i M. ou H** de Brenics. Elles sonttrés-cnrienses, A les lire altentivement. Voy. p. 599, 39S elc. — M. de Brenles. père de M. S. Ctavel, qui a travaillé dans oos temps an renverseineiil de la

constitution de 181S , clait un tut isconsuitehabile, instruit, aimable et certainement l'un des hommes les plus remarquables de notre pays au IS' siècle. Voltaire appelait sa liaison avec lui c un commerce sûr et délicieux.» Lors des troubles deNeuchâtel, il fut chargé par Frédéric II de les pacifier» réussit dans sa mission et en fut chichement récompensé.

plupart de nos hommes instruits y étaient allés pcrfoetiooner leurs éludes > comme on va en Allemagne aujourd'hui; quelques-uns mènie s'y fixèrent. Un ministre originaire d'Ormout, nommé .AUamandf mais non pas le même que celui de Gibbon (ci-dessus, p. i20'i) devint l'ami du fameux 'sGravesande el lui succéda dans Tuniversité de Leyde , soit par sa plaoede professeur et de recteur, soit par le genre de ses travaux. A Flossiugue» Gallandal, d'Yvonand sur le Ise d'YwrduD, se (il un nom comme savant voyageur et médecin philanthrope*.

Resté fidèle â sa pairie , malgré de brillantes sollioitalioQS , Tissol^ par son heureux caractère, ses connaissanees, son génie pratique et son tact, plus que par des découvertes scientifiques, devint à Lausanne le médecin de toute TEurope et le nom peut-être le plus véritablement populaire de ce lemps-là. Il fui le médecin du peuple, en un siècle oii la démocratie transpirait, si je puis dire, par

* WûikilotiVB * prétident de la société des sciences de Flessiogue «lemi perlîoilicr deGalleudal (f t782) . rappelle, dans son éloge, l'on des bienfaiteurs de la Zélande. Voir Com, quitte, XI, S3, et

GrtgoirCj Lilloralure des Ncgrcs. — Allamand (f 1787) était de la sociélé royale <le Lonilrcs el de celle de Harlem. Il est cilé honorsbleniciii par RuiTon , à qui il rendit des services pour la publication de son ouvrage. Ibid, , 343.

tous les pores de la société. Un do ses concitoyens, qu'un déTOoemeiit iafatigable au ioulagemeul de rhumanîto aurait du rendre célèbre, plus mcme encore que Tisaot si Ton regarde aux résultats positifs, Vend d'Orbe^ fut le créateur de Part orthopédique. Son zèle ardent pour la science^ ses découvertes qui ^ d'après de bons juges % ne sont pas encore dépassées, l'ont trop peu sauvé de l'oubli* On voit donc que^ depuis Jean Grîifon et son élève Fabrice de Hildon, qui étudia sous lui à Lausanne et vécut long*temps à Payerne, les sciences médicales peuvent se faire gloire de Lausanne et du Pajs-de-Vaud, Encore aujourd'hui^ eUea y sont dignement représentées par Matthias Major, praticien de premier ordre, esprit fertile, ingénieux , et qui n'a quelquefois dépassé le but que par trop de puissance et de fecmdité*

Un gentilhomme lausannois qui vivait dans la première moitié du dix-huitième siècle» Loys de Gheseaux, correspondant de Tacadémie royale des sciences de Paris , et mort jeune d'études excès* sives et d^une sensibilité malheureuse , fit, sur des inductions astronomiques et théologiques tirées

* 1. De La Harpe. Voyci ton intéreaaante biographie do Venel, -, dans la ReTae soitte, IH , 593 sqq.

des livres sacrés, de profonds mémoires admircâ de Caasitti et de Mairan. Ce dernier les appelle « eicellents », 61 laisse échapper a leur sujel cet aveu singulier t « Il n'y a pas moyeu , dit-il , de » disconvenir des vérités el des découvertes qui y » sont prouvées ; mais il ne peut comprendre » comment et pourquoi elles sobI aussi réelle* » ment reufermécs dans l'Ecrit ure-Sain te* ».

Le doyen Muret, pasteur à Vevey, aurait mar* que égalemenl dans les mathématiques , pour les(]^uelles il montra, dès son bas âge, une aptitude extraordinaire, si la carrière pastorale ne Tcn avait détourné. Il se (it néanmoins connaître d'une manière avantageuse et précise, quoique sans bruit, dans le monde savant : en correspondance avec Haller, Ënguel, Bonnet, Court-de-Gébelin, Le Brigand, Necker, il fournit entr'aulres a celui-ci des vues sur les impôts et en paijiculier sur les abus de la ferme des sels, Oulre plusieurs autres travaux d'utilité publique, le premier, dans un mémoire couronné par la Société économique dé Berne, il montra comment on devait calculer les tables de population que

* Voir la préface en léte de cet Mémoires. Voir atusi Tisiol» De la santé des {^cns deleUrea» Œuvres complètes, (Paris 1810), T. III, p 8S.

jq&qu'alors on calculail mal : il eat ainsi , Tun disa

pères de la slalistique modorne, cl le fameux Mal- Ihua a profilé do aea obforvatîona ^ — L. Baynier» de Lausaune ^ frère aine du général, fut aussi de rexpédilion d'£gjpte et conunença d'y raa^ aerobler les malëriaax qui loi permirent de publier dans la suite plusieurs volHmes érudits sur réoononûe publique dee peiipley apcieoa ; aujel d*uDe haute importance pour l'histoire, dout Heerea a tiré le grand ouyrage qui iiiîl aa répiilalion*. (t 1824)

L'bialoire ne peut guère fleurir aoua ces gou-

* Jean-Louis Muret , né 4 Morges en i71 5 , mort à Vevey en 17%. C'est le père da landamiiien^ tl mil appris à lire sur les ballots de ■larebandisM «ipoeée devant la douane de Marges. A cîpq ans, il possédait rorthographe aans savoir écrir^. Ses c^onlemporains s'accordent à dira qn*il réunissait» chose rare! la promptitude et la justesse dans la pensée : il avait « nne merveillense facilité 4 » sfmpliier et résoudre les questions les plus compliquées.» BiSs^e historique du doyen Muret, prononcé dans régli&e de Vevey* le jour des promotions, 3 mai 1796, par Chavannes (msc). — Voir aussi Afa/Muf , Essai sur le principe de population, L.II,ch. 5; la Biographie universelle ; et le Cons^v. suisse, VI, 33 sqq.

* L*histoire de l'économie publique, non pas seulement comme science mais surtout comme fait social, a été présentée d'une manière originale et lerme, d'un point de vue à la fois pratique et élevé, dans un cours donné cet biver par M. Th. Emery à l'académie de Lausanne (1S4I). On trouve une analyse de ces leçons dans Le Semeur.

vernements prétendus paternels» qai accumulent autour d'eux le sileucc et ]es ombres , et redoutent^dans le passe ses indiscrétions sur le présent et sur l'avenir. Cependant l'histoire fut aussi culf ivée aloi^ dans notre pays, mais avec beaucoup de restrictions forcées y et dut se borner â des sujets religieux ou à des époques lointaines sans liaison arec Tordre de choses existant. Le professeur LojS'de-fiochat, fils» si je ne me trompe, de celui que nous avons vil figurer dans l'affaire do Davel et l'un de ses juges ^ donna de savants mémoires sur l'ancienne Uelvétie; ils contiennent beaucoup d'hypothèses passées de mode» et ne sont plus lus» pour le reste» que par les antiquaires 9 J^Ace presque perdue aujourd'hui. Rachat^ son collègue, dont l'ouvrage est resté» n'eut pas le génie» mais un savoir où Jean de 'Muller lui-même a puisé » un dévouement dans la recherche des antiquités naiiouales sans lequel plusieurs se seraient perdues» enfin une candeur» une véracité d'autant plus étonnantes qu'il a» dans son histoire de la Réformation de la Suisse» non seulement les préjugés mais les passions de son partit — Plus tard» le pasteur firidel»

* Une preuve curieuse de celle vcracilé d'ailleurs bien reconnue, c'est que Ch. -L. dellaller , après sa conversion à l'église romaine, a fait un ouvrage historique contre la Rëloi lualion de Ja Saisie» presque uuiqaemeul avec celui de Ruchal. 17£I0)

dans SCS Ëtrenncs Helvéliennos^ qui ont é lé recueillies sous le titre de Conservateur suisse, publia une foule de nolices, d'anecdoios, de tableaux de mœurs et d'histoire nationale, auxquels un certain goût de terroir dans le style donne un attrait et une vérité de plus.

Le mouvement révolutionnaire provoqua de part et d'autre des pamphlets, des mémoires, qui sont encore consultés. Et dès la -fin du siècle un jeune Vaudois, Jomini, de Payerne, préludait, dans un ouvrage d'éclat sur Tart militaire, à ses vastes travaux, qui font de lui , par le savoir, la pratique et le style rapide, aigu, délié, î'un des premiers historiens de cette époque immortelle, Tun des plus souvent cités, enfin avec Muller, mais par des qualités diverses , le plus grand que U Suisse ait produit S

L'Académie n'était plus un simple séminaire, bien que les besoins ou les goûts du pays finissent toujours par la ramener plus ou moins franchement â celte deslinalion priniilive. Les plus considérés de ses membres avaient même alors

* En 1803, à l'âge de vingl-quatre ans , Jomini publia «on Traite des grandes opérations , qui le mil aussitôt au rang des écrivains militaires les plus disUogués.

le projet, mais ils échouèrent, d'en faire une université. Naissante au ^ei^ième siècle, toute Idéologique et poudreuse au dix-sepliime, elle prit ainsi son essor dans le suivant , surtout lorsque Tespril de Tépoque eul réuasi à la débarrasser du formulaire ullra-calviniate imposé par le gouvernement.

Des éludianla élrangera la fréquentaient , entr'aulres, au commencement du siècle, des Hongroia. Parmi aaa professeurs ^ quelques noms, alors célèbres , lui donnaient du relief. C'étaient, outre cous que nous venona de nommer : de Crousat , cartérien mitigé , éerivain trèe-féoond, surtout pour un philosophe, et dont les ouvrages, lus de Gibbon avec fruit, eurent sur leur lempa une influence étendue sinon profonde * ; — Barbeyrac, ce suivant aec et long des GroMua et dea PuiTendorf, qui n'est point , tant s'en faut ! l'écrivain le plua illustre que l'académie de Lausanne ait vu dans ses chaires, quoiqu'il soit le plus ordi-

* Jean-pMire àt Qtçwt» • pMlmir , profcMeur et rtçtenr i Lausanne, avait été profossevr à Groninguc , goa?ern6iir d'on prince

de Hesse» conseiller d'ambassade da roi de Suède, et « fut appelé pour être le chef de la première université d'Allemagne ». Eloge hist. du doyen Muret (msc); Biogr. univ. etc. — Dans les noies du poème de Voltaire sur Lisbonne, il est question d'un livre de de Crousaz, • savant géomètre» , contre Pope. — YiMf aussi, plus baut, p. 1188. - (t i750)

nairement cîlé ; Alpbonae Rossei » professeur de théologie , «avant éloquent , dhine vie scrupuleuse el sainte, et dont le tempéramment fut dé* fruit par «t un travail prodigieux » , noua dit le. médecin Tissot , lui-^mème membre de Tacadémie ;

Georges Polior^ qui faisait admirer son Taatesavoir dans les langues orientalea , sa gaieté , son aménité, rbeiireux partage et la santé de ses. tMvaus, toua ces beauJi dons enfin conservés jusqu'à son dix-huitième lustre; — Polier de Bottens, cekii qni, en Allemagne el diins aon pays où ilTattira, fit la malencontreuse connaissance de Voltaire (ci-dessus, p. 1200);: — Alex.- César Chavannes, dont les travaux manuscrits sur la philosophie, les religions , rhisloire et les langues forment une encyclopédie des sciences morales, mais sont restés enfouis trop longtemps et, sans âvoir pu prendre place, ont été dépassés * ; etc^.

Voltaire disait : « Il y a |rfus de philosophie » sur les bords de notre lac qu'en Sorbonne » :

* Triale detlinée det choie» bamaipes, lesqueUe* n'ont tontes qn^nn tooment et , sons peine même de ne pas naître , doivent venir à ce moment là S En revanche» notre savant inédit (f ISOO), pour nn peUt onvrage imprimé renfermant des conseils ans élndiants qui se vouent an St.-Ministère, a eu Vimig^e honneur d'être cité par le grand de Maistre dans son ouvrage du Pape, L. III, ch. 3, § 2.

cependant on sait que le siècle qui fut celui des encyclopédistes au grand jour fut aussi, dans l'ombre, celui d'une foule de mystiques religieux ou profanes, croyants plus ou moins purs qui se séparaient de leur époque par leur conduite ou par leurs opinions ; et la Suisse française en comptait aussi un bon nombre. Les doctrines mystiques les plus hardies , les plus singulières, quelquefois les pins profondes , y faisaient leur chemin à côté de Voltaire et do Gibbon. Au commenoemenl du siècle, des anabaptistes furent cruellement et obscurément persécutés , ompri*sonnés, envoyés même aux galères en Sicile et à Naples. On a TouTrage, très*rare^ (noua lavons cité quelquefois, p. 1165, 1170 etc.) de celui qui se fit leur défenseur : homme simple, doux, mais tantôt naïvement, tantôt grotesquemont hardi, dont les doctrines , exposées d'un ton rustique et avec une sorte de niaiserie pieuse, n'en vont pas moins à tout remettre en question. D'autres religionnaires encore, piétistes, mora« ves, illuminés, etc., avaient ici des adhérents.

A Lausanne surtout s'était formée et assez développée, avec des aboutissants nombreux au dehors, une école religieuse ou espèce d'église domestique qui n'est pas complètement éteinte aujourd'hui : elle se rattachait à M"'" Guyon. Cette femme éloquente, au génie viril, à la foi

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pASsionnée , avait fait , dans aon . voyage de Cbablais , uno apparition à Lausanne, et paratt être entrée en relation avec quelques familles du Pays-de-Vaud. Par h suite diverses personnes

des deux sexes, dout plusieurs d'un vrai mérîte.% adoptèrent ses doctrines comme base de leur théologie, et les suivaient avec un respect poussé parfois jusqu'il l'adoration ' f il n empêcha pas qu'elles ne fussent développées dans un sens nouveau par Fun des principaux directeurs de celte église particulière et en même temps l'un des pasteurs de l'église élabiie, nommé Duloil-Membripi : homme assurémen.t d'un grand esprit et d*un vaste savoir, vif, perçant, enthousiaste, dont la pensée avail surtout, une forçe de germination singulière ; d'un caractère original ^ ;

* Entr'aatrcs le profeitear B^illif • qu'on appelai! avec raison on puits de science (on a de lui un catéchisme remarquablement bien lail) ; et Henri Polier, qnilut prélet do Léman soos la République Helvétique. — Sur les anabaptistes. Lettre missive etc , P, t* 9.

^ ...«les divins oovrages de M^^Goyon», de «ceUc kmme. chérubin en connaissances et séraphin en amour»... La PhUoêophie dhinet II» S65» n.

' C'est Le héros anonyme de ce trait louchant que rapporte quelque part le Conservateur suisse» d*un ministre qui, ayant fait un héritage. Tabandonne à d'autres collatéraui frustrés dans leur attente, et ne leur imposç que la condition de ne pas se disputer dans le partage.

ayante de la solitude, les réticences et lajactanoe , le myslère et le franc-aller ; mèlaiil a l'a* prêté nationale le miel et le sel du désert ; enfin > un composé d'onction véhémente et d'insinuation bourrue* Thëosopbe biblique , mystique précis et réel» il se ressent , en bien et en mal» de ion pays, par je ne sait quoi de aana bçon el de rude , mais aussi de solide et de seusé. Son système esl plus complet que celui de M'"^ Guyon^ quoiqtie fondé d'après elle (je suis obli^^é d'employer les expressions consacrées) sur la doctrine de Pmiétieur et le rejet de toute propriM de ac»» même ; mais il est plus historique^ il embrasse darantage l'ensemble des dioses» et se tieni mieu]( en garde contre le quiétisme^ Duloit-

* Ce ftyilène pari de la liberté , el de la cbnte de rhomme et de& anges. Pieo se fail connaître par c le triple miroir analogique » de l'homme, de l'onivera et de la révélation». La raison, même sous l'empire de forces occultes qoi • ea la rendant passive , onmnt de nouvelles voies à l'espril bnmain • est une lumière inférieure i celle de la primitive innocence , éteinte en nous par le pécbé : celle de la raison lui fut alors substituée. Alais l'homme priroilit' a pu € renailre de ses cendres : semblable au soleil la grâce s'offre » à tous, et ie règne de Dieu est au-dedans de nous ». La Bible contient toute espèce de vérité et a plusieurs sens, tous vrais, mais de plus en plus profonds et en quelque sorte cacbés Tun dans Taulre. L'univers , cette autre parole de Dieu , a également ses lumières de divers degrés , ses cieui étages, inférieurs et supérieurs. Christ, le Verbe , a fait et a sauvé le monde , et partout se retrouve le mystère de la Crois. - Tout cela écrit sans la moindre intention de st^tlcA

Membrini tm% Pinilnmienl isolé d'uM activité religieuse éleadue el sans bruit. Il était sans cootredit bien au-desaus de la plupart de ses eompatriotes, lesquels ne s'en doutèrent pas , et se distingue des autres mystiques par des qualités peu communes ches eux, qui demient loi avoir Cait plus de réputatiou^,

Le dix-huitième siècle fut celui de la littérature et des sciences plus que des arts. Dans la peinture,

le paysage devait lui plaire^ mais ne fut souvent, comme dans la poésie la description, qu'une tiatore arrangée, coquette et voluptneose. Les Tsudois Kajsermann , MuUener et Ducros» con-» tribuèrent a donner à ce genre de la vérité et du naturel, ce dernier même de la chaleur, de la hardiesse , et MuUener de Tinspiration. Mais ils «e réle virent pas à ce pittoresque sublime, dont

Bais avec nne Vemè étoanante qoi s'a sooci ni peur ée rieiijL dans une laDgno ^tii se ressooTÎent parfois de Fénelon il do boa sîècîe; enfin avec une ferveur et une foi d'oi^jaillîtMBt tout na-» liarelIciDeBt de nombceu» tratls d^loquence» de slylc même, de betvtd et de graadear. — L'ouvrais capital de naloit-Hcmbriafta qei a publié en Mire des sermons et laissé mannscrils de volvmi* neox commentaires , est intitoté : La Philosophie divine , par Keloph Ben Nalhan. .. (1793) Voir entr'aalres T. I, 45, 259. II. 2oa (exemple malheureux, il me semble» du sens myslii^ue et du seust huéral) , 2ô0sf^(^., 111» 195 etc.

les Alpes leur offraient le modèle^ et où a^ins-

piront aujourd'hui Calame et Diday.

Charles rAbelie^ né à Veyej, fut rarchitecte du pont de Weslmînsler , ouvrage hardi, dont nul Anglais n'osait se charger ^ et qui prit douze années de travail, -r-* Suivant quelques personnes, Falconet^ l'auteur de la statue de Pierre^le-^ Grand, était aussi de Vevey ^

D'autres carrières encore, qni tiennent aux arts et aux sciences, celle de précepteur parti*

culièrement, fournirent â plus d'un Vaudois Toccasion de voir le monde, la scène politique, et même d'y figurer *. — Reverdil, de Nyon, pré-

* S«blel, de Itqsanne, te $t de la répuMilioi^dan» les tableaai de genre. — L*Abelie mournt à Paris , octogénaire , paorre et ignoré (17S1). ConserT. saiise, VIII, S9B. — Sur Fakonet, toir entr'ai»tres va article de M. Daguet» de Fribourg, dans le NoaveUiste vaudois de 1840, K** 47. Mais il ne paraît pas que Falconet qui avait du reste des relations avec la Suisse française et, à la fin de sa vie, habitait même altcrnalivement Lausanne et Paris, fut de la famille de ce nom subsistante encore à Vevey Au surplus, la gloire du sculpteur iavori de Diderot est bien tombée.

' Le sens pédagogique dont il semble que nons soyons donés» s'accordait avec l'esprit novateur des hantes classes dans cette époque. La carrière d'institutenr pouvait mener é la vie de conr, i la diplomatie : aussi la noblesse même ne ta dédai(;nait point.

€ Le Pays-de-Vaud était volontiers un séminaire d'instituteurs et « institutrices du qualité « Sainte-Beuve, Critiques et portraits,

cepteur^ puis Mcrelaire de cabinel du roideDane-

mark Chrisliau Yll^ après avoir été d'abord disgracié par une intrigue de cour comme promoteur do rairranchisscincnt des serfs ^ fut rappelé dans la suite pour tenir compagnie à son ancien élève et le distraire. Le fameux Struensée, qui eut de grands projets, mais malheureusement en Don Quichotte sceptique el matériel » étail alors au pouvoir. Ueverdil^ saus avoir été de ses partisans,' fui enveloppé dans sa chute par ceux qui redoutaient toujours en lui Thomme droit , désintéressé et éclairé. 11 rentra dédoitivemeut dans sa patrie 9 devenue aussi Fasile d'un membre actif du gouvernement déchu , le colonel Falkenskiold — Maurice Glayre> instituteur à la cour de Varsovie, puis secrélaire de lé« gation, enfin ministre plénipotentiaire à Sainte Pétersbourg , reçut Tindigénat en récompense de ses services et , attaché de cœur â la cause qu'il servait , devint ainsi polonais au moment où la Pologne allait mourir. De retour dans sa première patrie, il y fut Tun des principaux acteurs de

* Sef mémoires ont élé imprimés. — On en a aussi de lorl inléressanU , mais inédits » de Reverdit, qui avait assisté k toute cette révolution de cour en observateur impartial et sensé. M"** de Slaël parle avec clofjctiocos mémoires elde leur auteur: voir ses Con&i-

dcratioiu sur U Uévolulion Irauf^aiso, 11^ i\ , ch

lâ irfTolatMm hoWéliqae. — YerA le même temps»

Fr.-César Laharpe élevait Alexandre el voyail son mâle caraclère compris de Calberine p qui le protégeail contre ses ennemis. — A firuxelles» Philippe Secrétaa suivait la môme carrière dans Is maison d'un ^and seigneor membre de Topposition; il fut compromis dans la révolution des Pays-Bas^ emprisonné » et faillit être enroyé à réchafaud* — J. J. Cari accompagnait, comme précepteur de ses enfants, le célèbre amiral Hood en Amérique, dans ce pays oîi nôtre patriote devait retourner plus tard, proscrit par le gouvernemenl bernois el chargé d'une mission par le ministère girondin. — Le Catt, qu'il ne faut pas confondre avec lui, avait été l'un des familiers lit- . téraires dont s'entourait le grand Frédéric , cet amateur de génie, ce maître- passé dans Fart d'àapurer Tesprit des autres» d'en tirer )e suc et la moelle et de nourrir ainsi commodément le sien * .

L'affluence des étrangers dans le Pays-de-Vaud facilitait aux habitants ces relations avec le grand

* On tronvern dans ThiébaiiU , Souvenirs , 1 , 117 , 156 , Y, 574. pliiaienrt Iraiu concernant Le Gatt, et rhialoire de m rencontre,, dans une anberge, avec nn inconnu qui le questionna, fol content de ses réponses» le prit à son service et se trouva âtre Frédéric H. — Notre Histoire de la Révolution Helvétique dans le canton de Vaud , ou du Léman (inéd.), contient des détails sur Cait, les deux Laharpe, Tbil. Sccrélan, etc.

monde, ouvrait une voie aux esprits aventureux, ou du moiua lea excitait. Puis la Révolutiou vint eneore mieux tout mèlep. On peut y reloTer quel-» ques Donis qui nous appartiennent, -r- Christin, d'YverduUf secrëlaÎFe de Calonoe» poia émigré à Goblentz, en Angleterre et en Russie, fut chargé par Catherine de négociations dans les cours du nord, où il réussît. — Cassât, de Lutry, littérateur plein de savoir f de finesse et de goût, rédigeait alors i Paris un journal anti-réyolalionnaire, le Journal de la Ville et de la Cour, qui mérita d'être mis en cause aux massaeres de septembre ^ — Le ministre Reybaz , deVévey, après avoir longtemps vécu â Genève en un temps de (actions, alla se fixer à Paris, où il esl mort (1804)^ laissant une réputation intime, naturellement i^te effacée , de biennlire el d'es- ^

* Dan» b penooiie d'im de aei csUsbsrtienn, Sainti-Miardi J'^V'tenr da iameni pamphlet inlitolé s Mon agonie detrenie-Mi heu'» res. Le voir dans lea coUectioiishistor. sur laRév. franfaiie. SaÎDt- Méard . qui gagna son procèa devant les massacreurs à force d'esprit et de présence d'esprit, nomma comme rédacteur da ]onrnal» non le véritable , qui était Cassai, encore à Paris , mais le propriélaire« alors en fuite. — Un article éloquent où l'on déplorait ïe sort qoe Louis XVI s'était préparé par sa iaiblesse , avait paru, dans ce petit journal, le 6 juin, au début des scènes terribles qui précipitèrent le trône. Il était signé Cassât et daté (fictivemenl) do Lutry. — Voir notre Uist. de la Rév. Helvét. , et sur ReyU^z» U Biù^r* unw. ; sor Chrislin< Castéra, lU, i52 i.elc.

prit. 11 avait aussi servi dans la presse^ au com* meacemeal de la révolulioDj et passait pour Tuii des préparateurs de Mirabeau. — Pache » « le Suisse Pache ^ » ^ le célèbre maire de Paris ^ ïun des caractères les plus â part et les plus*concen* très qui aient paru dans la révolution^ était de Morges au Pays-de-Yaud.

Cette longue liste de noms étrangers et indigènes vous aura fait du moins entrevoir combien s'agitait de vie en ce petit coin de lerre^ dans une époque que nous croyons aisément avoir surpassée. Malheureusement cette vie resta ou dispersée ou ensevelie et, de façon et d'autre, peu a nous. Que de talents , mais la plupart enfouis, étouffés en eux-mêmes, sans air, sans milieu et sans but ! et puis c'est toujours cette même nature facile et modérée^ plutôt que les passions fortes et le génie. Ce développement â moitié exotique épuisa les hautes classes, leur donna un éclat factice , adoucit, mais ébranla et ne releva pas les mœurs.

Nous avons vu ce qu'étaient les mœurs au

' On Tappelail aussi « le papa » i & cause de sa bonhomie et de sa gravité. Sou compatriote Cassât» dont nous venons de parler.

commencement du siècle. La teinte sombre et

mémo siuislrc qu'y jettent alors la misère du peuple et la démoralisation de la classe ricbe, en ces temps infects de la Mmmce, a maintenant disparu. Plus rien de noir i d est le tableau con* traire, celui d'une vie eitlpjparence ^âre et aisée, qui n'est même pas s' aS distincMion. Mais elle n'en oadiait pas moins pour le siède une fin qui devait tenir les menaces do son commencement.

« L*esprit et la philosophie de Voltaire, dit

Gibbon > sa table et son théâtre, raffinèrent sensiblement les mœurs a Lausanne ». £t quoique le genre de vie que Voltaire avait le plus contribue à y exciter ait continué longtemps après lui, on ne voit pas , avons-nous dit , que les choses aient été poussées plus loin que le rafrmements terme élastique il est vrai, mais qui n'est pourtant pas celui de licence. Au contraire le même historien loue « la liberté décente des deux seies, également » éloignée des extrêmes de la simplicité et de la » recherche. Les femmes y sont jolies, et malgré «leur grande liberté, observe-t-il encore, elles » sont très-sages ». 11 ajoute seulement cette remarque de vieux garçon : « Tout au plus peuvent-

mit une fois dans le joarnal qu'il rédigeait : « Cet argument

frappa pas papa Pache ».

» elles éire un peu complaigantes dans Vidée faon* » nète, mais incertaine^ de prendre un étranger 9 daos leurs filets * »• Eofin rironiqu» auteur de la Décadence fait une^description presque idyllique des soirées de sa jeilussse à Lausanne ^ et surtout de celte fameuse Somiié dm printemps, dont quelques personnes se souviennent encore aujour* d*bui* Ce que Gibbon reproebe le plus aux Lausannois j c'est Tanectalion , qu'il appelle « leur pécbé originel » : « aiFectalion de dépense^ affectation » de noblesse , affectation d'esprit. Les deux pre- « mieres , ajoute-t-il j sont répandues ^ pendant i»qae la troisiènie est fort rare*». Assnrénenl aujourd'hui l'affectation de la noblesse n'existe

* Certtini voyageori firent de la demoUeUe du Pays-de^Yfutd une eipèee de type léminin patnbleraent revêche au gré de ceux qui prisaient plus ce qu'ils appelaient sensibilité que la vertu. « Chevalier ! s'écrie Tun d'entr'eux dans une lettre d'où nous avons déjà tiré quelques détails : « j'ai été bien trompé. On calcule ici plut » qu'on ne sent ». Voir lea Mél. de H. Piguet, Gibbon, iG3, 171, n.

* Lantier, en copiant ici Giltbon, semble confondre cette affectation arec la vanité. « Let Lanfannaîs (tant doute il faut l*entendre

surtout de la classe en rapport avec les étrangers) affectent, dit-il»

> le luxe , la noblesse, l'esprit: ils aspirent toujours à s'élever,

> à enfler leur existence aux yeux des autres. La noblesse aime mieux » se nourrir d'orgueil et s'amaigrir de privations (?), que de s'en-

> rithir par le commerce. Mais leur enjouement et leur vivacité » demande grâce pour ces légères imperfections ». Les Voyageurs en Suisse (Paris, 1603). il, 177, 178.

plo6i celle de la dépense doit avoir diminue;

quant à cello de Pesprit, comiiio elle était déjà fort rare au temps de noire auteur , le mieux sera de n'en plus parler.

Mais si le séjour de tant d'étraugers ne causa pas autant d'intrigues galantes et de libertinage qu'on aurait pu le craindre^ il fut pour beaucoup oerlainemeni dans l'augmentation du luxe de table et d'habits, et en général dans une plus grande délicatesse de vie. Le même voyageur que noua avons cité reproche aux jeunes Lausannois leur mollesse excessive ; «l'hiver, dit-il, ils sont enveloppés de fourrures » ; et , s'il n'était pas â sup^ poser qu'il a pris une exception ou un ridicule pour un fait général» il faudrait croire que « les jeunes » messieurs se promenaient en été avec un para- 9 sol ». Le témoignage de Tissot a plus de valeur» lorsqu'il nous dit» non peu t*dtre cependant sans un peu de l'illusion de sou siècle sur la vie delà nature et sur le bon vieux temps : « Plusieurs ordres de » gens qui se servaient eux-mômes il y a trente » ans se font servir aujourd'hui ; ceux qui allaient » a pied vont a cheval , ceux qui allaient à cheval » vont en voiture ; ils trouvent même le cahote- » ment des voitures publiques trop rude» et les » derniers artisans ne voyageront bientôt plus que » dans des carrosses à ressorts bien liants • « • . » Les enfants se ressentent des maux des pères ;

n no» nïeux onfl commencé par s'écarter un peu

» du genre de vie le plus salutaire; nos grands- » pères sont nés un peu plus bibles ^ ont été y» élevés plus mollement^ ont en des enfants en* » core plus faibles qu'eux , «t nous , quatrième » ^nération» nous ne connaissons plus la force » et la santé que chez les vieillards octogénaires » ou par oui-dire. Il faudrait, pour nous les ren- » dre, ou une conduite raisonnée qu'on ne peut s» point espérer , ou quelques siècles de barbarie » qu'on n'ose pas même désirer ».

Le jeu surtout^ « peste des républiques », a dit La Fontaine 9 était devenu une passion acharnée. Les femmes la partageaient ^ Il rendait les soirées^ silencieuses * ; et non contents de ces occasions, l'on voyait même, nous dit-on encore, « les

* « le< LavMnnaiiw sont joUet » el ont oeUe nuance de eoqael- » tcrie qoi rend l'etprit aimable» aant altérer les nueurs. Mais ce » qui ternit lenrt agréments, c*eat Pamonr dn jeu , qni n succédé » à oeloi dn liel*esprtt ». Lantier , U , 177. — Tiaiot , OenTrei, Ul, a8« I49« n.

' AnssI» remarqne an voyefenr cpoinlde ville à preportien e&

• il j ait pins de gens d*esprit qa'à Lausanne • point de ville pent-

• 2tre oÀ il 7 ait moins de conversation ». Si la seconde partie de cette remarque était per hasard encore vraie anjonrd'lini , qne landrait-il penser de la première? Cependant, suivant une grande dame française qui écrivit aussi son voyage » « le peuple » paraît à Lausanne plus vif, plus gai et plus animé que dans les » autres villes de Suisse. On le dit avide de bals, de comédie et de

a jeunes gens s'enfermer Irislement dans de pe- » lites chambres pour jouer aux eartes

BouQlers , avons- nous vu, disait venir en Suisse pour y chercher des originaux» tandis que d'autres y déçus dans leur attente , auraient cru trouver ici « Thomme bien plua près de la sature »• Mais I^extrdme civilisation efface les individualités • et l'extrême vie de la nature ne les place pas dans ua milieu qui les fasse ressortir.

• toati espèce de plaiairf . La jiilence esl bamii de sef rdes » : f eoleur parle Musi de leur moiïTcment , dès ▼oîtnres el; des étriiii» (;ers qui y abondent. «Le bonne compagnie, potursoit-îl « est nom-

• breuse et très-affabie ponr les étrangers ». Mais il ajonCe plus

bas : < L'habitude que ies hommes oui contractée de fréquenter les » clebs , qu'ils nomment cercles, nuit à la société; elle est ton- » jours triste quand leur nombre nesi pas proportionné à celui des » dames ». Voyage d'une Française en Suisse (4790), 11, 56, 57. — «Leasanne est presque le collège universel de la Suisse pour la «langue françabe et la politesse». Laniieft H. ISS. — Voireoisi Mél. de H. Pignei» 223 , iS5 etc.

' On a conservé le souvenir d'un vieux joueur de billard (M. de Moatbrun) qui , se croyant sûr d'une bille , s'écria dans son transport: Si Je la manque. Je l' avale i II la manque en effet, la porte à sa bouche avec rage . . . mais ce qui n'était qu*un geste de passion se trouva soudain réalisé : voilà la bille derrière les dents. On eot tontes les peines dn monde à l*en tirer s le vieux joueur en int pourtant quitte pour une peur horrible. Son portrait fut gravé» je Tai vu dans la curieuse collection de M. Gassat. Il y est représenté avec te;us les attributs du jeu , cartes et queues de billard en sautoir, la bille dans la bouche, éperdu, consterné lui-même de son prodige , et toute sa figure comme prête à éclater*

Au dix-huitième siècle^ les caractères et les mœurs n'étaiont pas eucoro aussi égalisés, uniformisés que dans le nôtre ; et toutes les traditions qui nous sont venues de ce temps-lâ nous prouvent que Poriginalilé uy faisait point défaut, mais peut-être plus, il est vrai, cette originalité qui résulte des travers, des ridicules, des coutumes et des influences locales, que celle qui n^est que l'excès et en quelque sorte I^^xcroissance de la passion * .

Du reste, ou suivait le siècle, comme cela se fait partout plus qu'on ne Timagine, Les nouvel- Jes ne se savaient peut-être que mieux pour les

* Un jour , dans I« tftUm de la princeMê de Wttrtenberg , où m

trouvaient la comtesse de Brionne avec d'autres grandes dames, la belle-sœur de Tissot répondit ainsi, d'une voix claire , à la princesse, qui lui demandait si elle demeurait bien loin de son beaufrère , le célèbre médecin : • Assez loin , mais on peut traverser » par dernier: et, quand il pleut , je te trousse mes jupes, je te » fourre mes claques , et je te drille cbe» ma scBor». — Une vieille et noble denoiaelle de Lausanne était persuadée que c'était le prO' feiseor deCronsas qai avait (ait t histoire de Rollin. — Quand M"* de Seignenx appelait «on mari , bel-eaprit faisant des irers • il lui ripondait gravement da profond recoin d*an poele antique eà a^étaient btottiea pInileara|fjnérationi :

Laiiie un moment flotter les rênes da ménage.

— Enfin y car en ce genre on ne peut ton! citer, dans une société de personnes qni se réonlssaient lamilîèrement , pour caaser el souper ensemble, chacun apportait son plat, relief du dîner ; or il se trouva un soir six hàcbis : c'était presque le brouet clair de Lacédéroonc.

•vcnr de moins de bouches el les sltendre un pet»

plus : les étrangers d'ailleurs et le service tnliU taire tenaient au courant. Fontenoi, Rosbach étaieni les grandes joum^^ FrëdëriCf le héros. Les petites affaires du jour , le commérage de quartier formaient le fond de TezistenGe» et eans* doute alors ne parvenaient pas non plus à disais muler dans la trame le pâle fil de Tennui.

Le dlvertisement principal était toajoors ie^ théâtre*. Après Voltaire^ le gout s'en était nonaeulemenlsontenu mais perfectionné* M** Necker mème> tout enivrée qu'elle fut de son séjour à Paris, ne met pas de comparaison « entre le plaisir que lui a fait Annelle â Lausanne et oelot qu'elle a eu en la voyant jouer par Favart »^ Ce goùl s'était étendu â nos petites yiHas ; i Njmi particulièrement y où le voisinage de Coppet vint le ravi ver y on jouait la comédie , sur un petit théâtre de société > avec beaucoup d'art et de gout* Le peuple , â la fin , s'empara aussi de cet amusement, qui commença ainsi â passer do mode: et c'est, on assnre, dans la personne-

* Le ^ât èn AHire, m ce siècle, commença de bonne heure-

à Lausanne. II paraît que Destoaches y avait été comédien tmlm-

lant; et sa première comédie, le Curieux impertinent, «fut ep^ plaudie d'abord en Suisse». Voir le Tableau do dix-huitième siècle » par Villemain , XU* leçon.

dVne Irèt^belle femme d'artisan que Zaïre » à Lausanne, parut de nos jours sur la scène pour la dernière fois.

Cependant le peuple était reste fidèle â beautcoup de ses anciens usages et de ses fêles cham^ pètres. Encore alors^ aux vendanges ^ unecbano son rustique entonnée aux portes de Lausanne se répétait, de refrain on refrain , en chœur al«" tematif, jusqu'à celles de Verey. Dans les beaux soirs d'été on dansait sur les places , autour du tilleul, les yieilles rondes nationales et les eonmlas du pays roman. Les étrangers vantaient la douceur des mœurs et raffabilité des habitants de ce qui leur apparaissait comme un magnifique jardin *' : le Pays-de-Vaud était devenu la valléede-Tempé du dix-huitième siècle ; et cette époque à laissé à ceux qui Tout vue le souvenir ou Tillu? sien qu'on y vivait heureux.

Le triomphe du patriciat était si complet qu'il ne lui restait plus qu'à se montrer bénévole. Il )e fut, mais avec poids. L'eau pouvait çouler t>iei|

* H. MoBod, Hcmoiref , I* 10, Si,

Digjtized by

traoqttille poiurvu qu'elle ne s^éjoartii pas de son lit. D'ailleurs, la politique n était alors qu'une dispute de provinces entre les rois , ou de prineipes entre les philosophes : elle n'élsii pas la question vivante de tous les jours»

Dans radfiûnisiration Berne avait une répuifttion méritée : mais il ne faut pas oublier qu'elle se prenail avant lout^ elle-même, pour but. Des améliorations furent apportées; des maux, sentis; des remèdes, appliqués : mais aussi des priviléiges furent maintenus , des injustiees coiisacrees , et des projets utiles soupçonneusement repoussés. Dans tout œla, dans ie bien comme dans le mal, on doit tenir compte de ce qui se faisait, ainsi dire, de soi-même et ne provenait eu réalité que de circonstances impérieuses, ou bien de l'esprit et de la situation du paya. Il y eut peu do charges nouvelles imposées aux sujets ; maia les anciennes n'étaient pas diminuées , le trésor de Berne s'accumulait en silence, etlePajs-de-Vaud» qui dès rorig;ine en fournissait la meilleure part, n'avait que de mauvaises routes, et ne voyait guère s'élever sur son sol d'antres monuments pu* blics que les riches greniers de Leurs Excellences. Berne a moins fait pour lut pendant trois siècles que lui-même pendant cinquante ans. Des abus furent réformés, mais il avait fallu attendre que le

sang de Davel s'élevât oontr^en pour leê abolir';

el ce Quêtait môme pas toujours sans péril que l'on essayait de faire entendre ta vérité Quel* qties baillis, tout entiers à leur charge, étaient véritablemeul les pères de la contrée qu'ils gou-» Ternaient ; Ton en avait vu qui , mdme a lears dépens > voulurent la doter d'établissements ou d'améliorations dont le gonvemement ne s^n-r quiétait pas. Mais la plupart ne cherchaient dans un bailliage qu'un moyen de s'enrichir, ils les bri* guaient et , pour nous servir de l'expression d'un étranger qui visita la Suisse en ce temps-là, ils les cùuraiêM avec fureur. Un certain nombre même, comme les baillis réunissaient dans leur •pbire tonales pouroin, étaient accusés de se livrer à des manœuvres iniques pour augmenter leorâ profita^. Quelques-uns furent punis sévèrement ^

* Ainsi la dcrnièra espérance de DsTel ne l'avait pas trompé! Voir Tinier » Hîjtofre de Berne , V , ISl » 18t.

* Le doyen Muret , est-il dit dans son Elo^e historic[ne (msc.),

• adressa va mémoire «n chci de la républiqoey dans nn de ces 9 moments oii son cmr jnsle et bienfaisant^ navré par une pro- 9 cédoro ^ni Ini paraissait i^jsste, ne pnt résister an liesoin de > porter la vérité an pied da trône (!) , dédaignant de s'arrêter » à ce qn'ane dcmarctie aussi hardie pourrait avoir de dan(;ereox » ponr Iniii.

' € tes citojens de Berne regardant ces bailliages comme leur

* patrimoine, ils les courent avec tonte l'avidité possible ; et vona

mr

mais combien qui ne rétaient pat i L'éloquence,

un inomeut célèbre, do Loyseau do Mauléon, ni la jusiice de la cause qu'il défendail, ni le tiruit qu'elle fit alors en Europe^ ne purent soulenir un seigneur vaudois^ le comte de Portes , contre les patriciens qu'il avait irrités en dévoilant les machinations de l'un des leurs*. Do commerce^ d'industrie , encore moins qu'aujourd'hui'; et la réunion avec Berne n'empêchait point le monopole d'entraver aussi l'exportation du vin et notre industrie nationale. Enfin, â divers çgards^ des communes furent avantagées^ mais dans l'abaissement et le dépouillement général.

» »• Mtiritt croire toai ce qu'ils tont pour cela L'élection

» )i*eit pas pitttftt latle ^ve lea miiivaiiix baillifi aongent à remplir » leurs maÎDs ; c'est pourquoi on les voit poursuivre vivement le » crime , parce qu'il se punit par des amendes et des confiscations^ » qui tournent à leurs profils ». Burnet, Voya^ elc.» p. S3. là. Voir aussi Sianyan et, plus haut» p. I16S, etc.

^ Yoyes les Plaidoyers et Mémoires de Loyseau de JHauléon (Londres, 1780), lU, S3S. Le comte de Portes « seigneur deGenollier si colonel mu «ervice de Hollande , finit par se voir persécuté pour avoir défendu les droits d*nn enfant mineur contre le bailli

deI9yon, Tscharner.

* Selon Gibbon » Berne aurait craint que les réfogiés de la Révo-* cation n'apportassent la richesse à ses sujets du Pays-de- Vaud ; et,

de ces exilés , il ne serait resté ici c que la partie It plus pauvre » et la plus lainéaiite^ qui n'avait ni le moyen ni la volonté d'aller 9 plus loin Mise. Works, /oc. cii.

L adminialralioa de Berne a donc pii présenter des odiés honorabfes» être débonnaire^ assez sagement paternelle^ et habilement calculée pour son but ; tout cela ne justifie pas son principe et, a ne voir que les actes, on pourra même dire toujours qu'elle n'a pas été grande , quoiqu'elle ail pu le pandire parce qu'elle avait la force et la stabilité. De plus^ indépendamment de Tinjustioe de son principe , il n'était aucune etasse dans le Pâjs-de-Vaud qui n'eut alors amassé contre elle des griefs plus ou moins fondéa.

Le clergé ne sentait pas tous les droits de Téglise; mais il n'avait pas mieux réussi à faire va-* loir les siens : et, depuis l'affaire du Connmuê, lesoupçoa d'hétérodoxie compromettait encore la position de plusieurs de ses membres euprèa du gouvernement

La noblesse elle-même , quoique généralemeni faite à son sort et liée avec ses maîtres, les patriciens bernois, par une vie commune et dea relations de famille, avait pourtant aiisai dans sa

• « Encore même il régne à Lausanne ane inquisition soarde. » Les noms d*araiinien et de socinien remplissent encore ces lettres » où de très>honnêtes gens rendent compte à leurs protecteurs • des senlimcnls de leurs concitoyens; et c*est suivant ces indice» » que les places se distribuent >. Gibbon^ ioc* eiU

propre sphère des siijeU de mécouleutemenl iort TÎb. L'entrée de la bourgeoisie, qui passail pour lui avoir elo offerte dans l'origine , semblait mainlenani murée à jamais. Qu'elle obéit» il fallait bien en prendre avec tous son parti ; mais qu'elle ne fût pas l'objet spécial des faveurs du Souverain , c^est ce qu'elle devait encore endurer. Do faire partie d'une république ne lui servait qu'a 80 voir doublement humiliée. Il n'est donc pas étonna ni si ses pensées et ses vœux étaient beaucoup moins tournés vers la patrie que vers les cours étrangères.

Alors, du reste > toute la Suisse, aristocralisée de droit ou de fait, en faisait à-peu-près autant. Le service militaire^ après avoir clé la politique de la Suisse, en était devenu l'industrie. Au lieu d'une intervention libre dans les affaires européennes, et modifiée selon les circonstances, il n'était plus guères qu'un métier consacré et assuré par les capitulations. Mais cet état de choses avait son excuse et même sa raison , soit dans îa situation de la Suisse, soil dans celle de l'Europe entière, dont tous les peuples sont si profondément solidaires les uns des autres; et la valeur, la loyauté nationales, un caractère militaire à part * l'ont honoré et distingué jusqu'à la

« € Un corps de SaiMe*» disait le maréchal daSchomlierg, qui

iiu En tout cas, les élrangers qui rexploilèrenl après aroir le plus contribué à le produire, la France qui , en moins de trois siècles , a emprunté à la Suisse plus d'un demi^million de soldais, c'est-à-dire la moitié de sa population , auraient mauvaise grâce à prendre ici b rôle de censeur.

La nation suisse aurait seule le droit de se plaindre; d'abord d'elle-même, do ses fautes, do sa Cacilité parfois imprudente à travailler, à verser son sang, pour autrui; du peu de bonheur réservé à son çourage et à ses victoires i enlin, de ses gouvernements*

C'est elle, il est vrai, qui dans sa passion lielliqueuse , se voua d'elle-même au servico

en avait souvent commandé, est dans une armée française ce que » sont les os dans un corj^s humain ». May . 1 > SS.

* Les Suisses, après leurs guerres (rnidépeiidancc , n'ont pas cessé, dans les luttes europécntics , de combattre pour l'équilibre et la liberté générale : dans l'I^mpire déjà, contre l'élévation nienaçanle des premiers Habsbourg ; dans la guerre de Bourgogne, au nom même de l'Europe nouvelle et contre le dernier effort de Tesprit féodal; dans les guerres d'Italie, contre la France un moment dominante après Louis Xi ; dans celles qui suivirent et au temps de la Ligue, avec François 1 et Henri IV, contre la maison d' Autriche relovée ei pins puiaaanle qoe jamais sous Gfaartes-QainI et Philippe II ; dans les guerres de Louis XI V^ ou* avec la Hollande, les deux grands cantons de Berne et de Zurich se tournèrent ii la fin*contro lui* — « Petit peuple . tour i tour le bouclier des Gaules » contre la Germanie et de la Germanie contre les Gaules », a dit L. Vulliemin. [Histoire de la Coniédéralîon subsc (Paris et Lausanne, 18^1) , XI , p. %].

militaire. Les gouvernemens ne fîreat quo le régulariser, il devint ainsi de plus en plus un mélieff qui avait ses côtés fâcheux sans doute^ mais qui reposait , on a beau dire, sur quelque chose de populaire et de grand , la puissance que rhommeade mourir. Cette industrie, d'un genre eitraordinaire et terrible , était ourerte , assurée à tous ; et l'on a certainement calomnié les gouvememmts suisses en prétendant qu'ils vendaient les hommes et faisaient la traite de leurs sujets *. Mais ils y avaient reconnu ou créé des privilège», voilâ ce qu'on est en droit de leur reprocher. Les grandes concessions nationales de troupes suisses faites à la cause européenne qui les obtenait , ne furent pas seulement remplacées par un marché régulier : les patriciats , aristocratiques ou. démocratiques , se mirent en mesure de le diriger à leur gré, d'en retirer les plus gros profits, enfin de se faire aussi dans le service des espèces de bailliages militaires

* c C'est à tort qu'on accuie lei SaiiMa vendre leurs homnui^ el il* mérilcnC ptni-étre bieo maint ce reproclw que queI<iM»-«B» de leors ▼okini». Sitnyan . p. 107. — Ci*dfiMis, p. 576.

* II y eut même» en France» des compagnies «aiTcctécs à certaines femilles » , iormant eioii «ne sorte de petriciet militaire , qui lirait aiiMÎ de rbiitoire too explication, mais non pas un droit acquis pour jamait» comme le prétendaient les intéreiséf. Voir Zurlauben » Code militaire , 1 , S55 * n.

Âucuu des cantons ne fut coniplèteitient étran-^ ger i ce monopole. Il n*j eut même que Berne qui s*en relâcha. Celle république avait aussi ^ de beaucoup^ le plus de sujets, et, dans le Pajrs-de« Vaud , une noblesse nombreuse à laquelle il était impossible , il eut été dangereux de songer â fermer tous les hauts grades, comme c'était le cas dans les autres cantons, Berne permit à ses sujets d*avoir des compagnies avouées en France, en Savoie et en Hollande. Mais le nombre en fut limité, et réglé de manière à ce que les bourgeois de la yille souveraine et les patriciens conservassent une immense supériorité*.

Vaudois se firent une fortune, un rang et un nom dans la carrière des armes ; soit en profilant de cette ouverture dans los régiments avoués ; soit

* Il s'était fait, en 1672, dans le service de France une impor- Unie révolution, qui força aussi Berne è céder. Les régimenU furent alors rendus permanents, au lieu que précédemment U plupart notaient levés que pour la durée d'une campagne. L'auteur de ce changement qui, assura définitivement le service , mais le rcDdit encore plus dépendant et moins national» fut le colonel Stouppa detGrisona(ci-dessos , p. i 177). Jl eut aussi pour politique de briser entant qne possible les privilèges militaires des familles goavemantes» et favoriseit en conséqoeace les snjetâ et les eUiés» leVeleb, les Grisons, Venchltel^ Genève» lePayt-de-Vend» etc. Voir Znrlanben, ib.» 1, 55, OS. 6S, 91, W; 6renns,Doc., SSS* a. — Voir aussi Gibbon , ioe, eî<.

au tervice de puissances avec lesquelles Berne n'avait pas de capitulation^ parlîculiàrenieni à ceux de Suède, d'Autriche et de Pru^. Quelques-uns levèrent des régiments dont ils étaient colonelspropriélaires. Plusieurs devinrent officiers généraux* — Les deux frères Treylorrens, d'Yverdon, Vhn général d'artillerie, l'autre de cavalerie, se distinguèrent tous les deux sous le grand Gustave, au passage du Lcch, à la bataille de Leipzig , à celle de Lutsen , où le premier dirigeait 1 artillerie. Celui-ci encore, l'un des meilleurs ingénieurs de son temps, fut chargé de fortifier Augsbourg et, rentré dans sa pairie, c'est lui qui dirigea les fortifications de Genève. Ua autre Trejtorrens, neveu de ces deux frères, passa, avec le duc Bernard de Saxe-Weimar, au service de France, devint un cofonel de cavalerie fort estimé de Turenne et de Condé, et, comme le second do ses oncles, mourut sur le champ de bataille, — Doxat-Démoret y également d'Yverdun , devint général et feld-maréchal-lieutenant au service d'Autriche : « le prince Eugène en faisait un cas infini »• Après la mort de ce grand homme , des ennemis puissants parvinrent a faire prononcer contre le général Doxat un arrêt inique qui le conduisit à Féchafaud, et dont l'injustice lut reconnue plus tard. On lui offrit la vie s'il voulait passer à régliso romaine, il refusa et mourut avec

intrépidité, dovant ses compagnons d^armes indignés do son sort. — Posme de Saiut-Sapho* rin , général el Tice-amiral an service d'Autriefao, puis aml)a8sadeur du roi d'Anglelerre Georges I à Vienne , ae fil par direraea nëgooialioiis beu« reuses uue réputation de diplomate. Jean-fiaptiste Rousseau a esercé sur lui sa malignilé, en retour, dit*on, du bon accueil qu'il en arail reçu à Vienne , où la maison du général de Saint* Saphorin était « le rend^vona des ministres étrangers et des personnes les plus distinguées»'.

* Cett de loi qu'il t*agU dans ce lonnet plus qa'épisrainaiaCiqae. Jtdii matelot renforcé t Paie général fer l'écrUoire , Eoc poignarde aon anditolre»

Snr aea deni grands pieds plaU haussé.

Quand rois et cours ont bien passé Par sa bouche difiamatoire , Roc de son éternelle histoire Reprend le propos commencé ; II est vrai que son ton de cuistr^ Pour un tiercelet de ministre Parait un peu trop emphase .

Nais il iaut lui rendre justice, Cesi la politesse d'un Suisse En Hollande civilisé.

Les Français en voulaient beaucoup à Saint-Saphorin. Saint- Simon le dit «fort décrié par plusieurs actions contre l'honneur • el la probité et par ses manèges encore et ses déclamations contre M la France » (XV , 493). Le second chei d'accusation espUque sans doute beaucoup le premier.

Pendant la guerre hardie et non sans gloire que

le roi de Suède Gustave III entreprit contre la Russie^ sa flotte^ bloquée dans la rade de Wiborg, n'aurait pu échapper si l'on avait écouté un officier Buisêe, de nom vaudois, qui servait dans la flotte russe et avait été capitaine de vaisseau en Hol- • lande. Ce brave marin s'appelait Pélissier. Il inquiéta du moins la retraite qu^on ne lui avait pas permis d'empêcher; seul avec une petite frégate, ii prit aux Suédois treiae-cents hommes et plusieurs bâtiments de transport. L'amiral russe, Tschitschagoff, trouva encore moyen de lui enlever cette belle action ( 1 790) . — Sous ce même règne de Catherine II, un autre Vaudois, Ribeau pierre, entré par un mariage dans une grande famille russe, prit du service, se signala par son courage, devint géné^ ral-major, et fut tué a cette effroyable boucherie d'Ismail où Potemkin et Souwarof^ Pun en satrape, l'autre en cosaque, rivalisèrent de mépris des hommes et de froide férocité (1789) — Frédéric Haidimand , d'Yverdun , devint , au service d'Angleterre, lieutenant-général » puis gouverneur du Canada. — - Antoine Polier, de Lausanne ; Bonjour , d'Avencbes; Gingins , d'Aubonne; Pachoud, de Lutry; Perceret, d'Yver-

* Câtiéfâ, il, 5ltf. — Le fiU du général Ribeaupierre était, il y a quelques années , amliassadenr à Gonstantinople.

dun encore » servirenl arec succès dans l'Inde^ en ce temps où le trône du grand-Mogol ache-* Yaii de crouler ; les deux premier» a*occuperenl aussi d'y étudier la doctrine de Brama.

Il nous serait facile de grossir celte liste ; nous éauricms : de Lausanne^ lesChandieu^ les Polier^ les Grousa2> les Constant, etc.; de Vevej^, les Rossier , les Gourvoisier , les Joffirey , les Grenier» etc. ; de Morges , les Beau sobre , les d'Aubonne» les Monod » les Warnery p les Marquis , les Mayor ; d*Yyerdun , outre ceux que noua ayons déjà nommés» les Roguin , les Du Terrot; de RoUe et de Nyon» les RoUas» les Bouquet^ ka JDe Portes, etc.; nous avons parlé du général Sacconay à propos de la guerre de Villmergen. U n est aucune de ces familles militaires du Pays-de-Vaud qui n'ait envoyé et souTcnt perdu quelqu'un des siens sur les ebamps de bataille dont le nom alors faisait bruit, à Steinkerke, à Fontenoy, à Rosbacb. On a calculé que, parmi les Suisses devenus officiers» généraux dans les divers services d'Europe avant la révolution française et répartis entre les trrice cantons et leurs aDiés, un neuvième au moins nous appartiennent* Quant aux recrues, elles ' se faisaient dans tout le canton 9 aussi bien dans ' la partie française que dans la partie allemande*.

* £0 1814, le Pay«-de-Vaud avait tourni aux aervicos étraii({ers

Atoc celle «rdeur militaire ^ on comprend que

les Vaudois devaieul souffrir de se voir entraves josque dans le eer? ice élraoger par le privilégOt bien qu'ils fussent à cet égard de tous les sujets suisses les moins maltraités : les classes supérieurea aurlout en étaient sensiblement touchées; et nous avons vu que Davel, dans son manifeste^ n'arait pas oublié œ grief*

Berne d'ailleurs ne ménageait pas la noblesse dans ses YÎeuz droits ; elle ne se mettait paa beau'coup en peine de ce qui pouvait altérer son caractère, ébranler sa position sociale. La loi féodale du Pays-de^Vaud avait mis des entraves à Tacquisition des fiefs ou terres nobles, autrement que par héritage, afin d'en concentrer un pou mieux la possession dans les mêmes familles, de la rendre moins mobile. Outre la valeur du fief il fallait payer un lod, ou droit de

dans les aoixinte deratères «anées» mus parler de» miliiairee de toot^de alors encore vivanli» tSoificiera-géii^raiiz, 87cofo* nela, lieulenanti-colonela et majora, et eela dans le» corps aou^ bernois. Voir la Héponte à tBelainiuement auihemtiçue (tSih), pag# 54. — Gibbon doote que , dans tons ka régiroenu liemois an service de Hollande , on pût trouver ciniinante Inrargeois de Berne qui ne fassent pas officiers (Mise. Works , loc. cit.}. — Voir aussi May, Histoire militaire des Suisses (Berne, 1772), 1 , 357, 549, 5C2, II , ^79 sqq. ; Grenus , Doc, j31 , n. ; Sinner , Voy . , 1 , 5H sqq ; Gastéra^ 111, G6; J.-J. Qàti, De la Suim avant et pencUfil la Révolution» p. 2Sk

mutalioD» double de celui que Ton eiigeail pour

les terres uou nobles. Ce droil , appelé cape , en gènanl la circulalîon, devail tendre eu définitive à diminuer les revenus de Télal. Berne Tabolii(1749). L'effet de cette mesure fut de faire passer les fiefs entre lea mains des gens de finance; de iaire quitter a la noblesse la vie de la campagne où elle se maintenait dans une honorable simplicité, et de préparer sa disparition et sa ruine. En effets dit un contemporain » v c'est » ainsi que Von voit s'éteindre peu-à-peu cette » nombreuse noblesse du Pays-de-Vaud ». La qualité de gentilhomme finit par se confondre abusivement avec celle de seigneur. Tout pro« priétaire d'un fief ^ « ne iùl il que de deux chaumières », eu prit le nom , au lieu de couserver celui de ses ancêtres. Les gena de finance trônèrent dans les vieux manoirs> et un voyageur bernois raconte malignement que, visitant un jour le château d'un de ces parvenus, le domestique qui le conduisait, lui dit : « Voici le comptoir de M. le baron ' ».

Les villes prétendaient que leurs bourgeois , étaient, d'ancienneté, exempts de ce droit de cape;

* Sinner , Voy. , 1 , 278, 279; Grenas, 449, n. La noblesie eut wmi à iooffrir • de U haateur de* patriciens » dci veiationt parli-

mais Berne ne leur reconoul pas plus ce privî* lége que bien d'autres , ou , quand elle vil de Tayantage à le faire > rétendit â tous. Nous savons déjà ce qu'élaieni devenues les libertés nationales. Les communes les avaient pied à pied défendues. Elles durent non seulement plier mais se taire. A Berne « lesdéputations nombreuses étaient pour Tordinaire vues de mauvais œil ». Après avoir interdit aux bonnes villes de se réunir» on «< chercha â leur ôler la liberté de s'écrire ». Les réclamations ordinaires sur la chasse, sur la vente du sc\, étaient hautement^ parfois même brutalement repoussées, et toute tentative d'une des bonnes^villes pour se faire appuyer par quelque autre commune, appelée « mauvaise pratique, machination illicite, conduite très-irrégulière et blâmable ». Les anciennes fêtes militaires et les privilèges qui y étaient annexés tombaient en oubli.

Le brigandage avait cessé, mais non pas le vagabondage. Dans ce siècle encore , comme dans les temps qui suivirent la Réforme (p. 963) , uu grand nombre de gens sans aveu rôdaient dans le

colièrct. Voir H. Monod, t, S9. 60. ~ On disait l>eaiicoup ao dixtioitième siècle : un geniUhomme du Pays-âe^Vaud ; c*élait moins la race qnc l'aristocratie de fait que celle expression désignait. Ceci prouve encore ce que oous avons dil plus haut, p. 1173.

pay8> forinani même des bandes sous les noms ài Egyptiens » de Sarrajiins , de Bohémiens, au* joord'bui disparues. « On les Iraquail comme des bêles fauves »

Quant aux ragabonds et mendiants du pays, les communes furent tenues de les surveiller y de les employer et de les assister. Après la Kéforme , Tassistance était df abord restée affiiire de paroisse et d'église , selon l'esprit du moyen-âge. Depuis le diz-huitieme siècle y cette obligation fut concentrée sur les bourgeoisies , ce qui dut contribuer a en fâire hausser le prix , très-minime dans To* rigîne*. Plusieurs reçurent dans ce but des dons assea considérables, soit des particuliers, soit du gouvernement : successeur de l'andenne église, ce dernier ne faisait eu cela que payer uu peu le ser-

' «De temps en temps et à certains jours fixés, on organisait, » de par ordre supérieur, àes chasses aux gueux dans toute la con- »trée»... Voir dans VEnquête sur le Paupérisme etc. (un fort vol. in 8", Lausanne J8&1), 2" Partie, lo ch. I*'', qui est de mon ami Wilh. Eapérandiea ; il contient des recherche* historique» â*an genre trop peo comanin.

• Ib. , Î8. — C'est, il paraît, à Tannée 1090 qu'il faut laire remonter celte innovation , « qui non-seulement est devenue la base » de la législation sur le paupérisme dans les contrées qui appar- » tenaient alors au canton de Berne , mais qui de plu y a exercé • nne influence majeure sur le caractère dea inatitutiona aocialea» » en ce qu'elle se lie étroiieoient an développement dnayatène dea » bonrgcoiaie* ». Ib. , 23.

vice que lui rendaient les oommuMS, de le debar* rasser d'uae charge qui aurait dit principalement peser sur lui. D^un autre cdié, les hiena communaux, surtout les forêts^ étajenl conlesiés par le SottTerain , qui , juge el partie, a'eo attribua une portion considérable, dont l'état du canton de Vaudesl devenu l'héritier.

La baisse de la population n'est pas nécessairement un mgne d'appauvrissement ; mais alors elle fut interprétée en ce sens et parut annoncer une décadence nationale : elle était si sensible dans le Pays-de-Yand que Berne en fut inquiète et qu'a rimilalion des gouvernements de l'époque elle y cherchait un remède. Passé le milieu du siècle, Tissoi Cl d'autres hommes distingués signalaient encore cette baisse comme un fait désastreux, lui assignant pour causes le luxe, Tivrognerie, la fainéantise, la formation des grands domaines, le service, Témigration

Au milieu de la tranquillité, de l'activité privée

• Le doyen Muret , Mémoire sur la popnlatimi 4mt le Peys-de-

Vaud (YverduD, 1 766). — « Il y a près d'un siècle que déjà Ton soup- > çonnait une dépopulation dans lePays-de-Vaud Elle s'accroît • chaque jonr dans celte province ; et si une raison pouvait em- » pécher les recherches sur cette matière , il laudrait que ce fût la » crainte de dévoiler notre propre faiblesse >». Mcra. de la Société Economique de Berne, 1764. Préface. U société mit au concours tétat de la popuiation. Le doyen Murcl remporte le prii.

el» il semble de rabondaace^ il y avait donc un germe de stérilité et de mort : aucune nnion^ aucun ressort politique que le pouvoir ; plus rien de national ; tout ensemble était désorganisé. Berne avait le moyen , même par des innovatioua heureuses^ de détruire ou de paralyser tous les anti« ques liens , et elle avait l'œil â ce qu'il ne s'en format pas de nouveaux. Mais aussi, â force d'être dépouillées, les communes se trouvèrent â la (in , parce qu'elles n'avaient plus rien , qu'elles n'étaient plus rien, libres et unies contre l'ennemi commun; im puissantes pour elles-mêmes, elles pourraient tout pour le pays.

Telle était donc la situation du Pays-de^Vaud

à la fin du dix-huitième siècle^ après une histoire aussi longue et autant de vidssitudes dans sa pe« titesse que les grands états qui Pentourent. L'un des premiers â renaître sous Tinvasion des Barbares, puis, après Charlemagne, le pays de prédilection, le pays classique de ces rois montagnards qui commandèrent un moment dans les Alpes et, de-la , en Italie et sur le Rhône ' , il passe après

' Le pays où, dans le démembrement de l'empire carlovingieii, s'éleva la famille rodolfienne » est appelé par les chroniqueurs provincia inter Jurant et Àlpet penninas, — interJunun et mon~ tem Ja9iM, etc.

eux à l'empire germanique (1033 — 1038) ; mais il y Gonaerve, avec tout le royaume, aea loix el sou existence â part S son indépendance. Ses vaillants seigneurs ' la défendent avec persévérance, souvent écrasés , jamais soumis > contre les prétentions allemandes de Tempire ou de ses lieutenants, les Zœringen. L'Evèque est â leur tète ; et Lausanne, avec son évéché qui s'étendait jus* qu'aux glaciers de TAar , est, du onzième au treisième siècle. Tune des principales villes et Tun des principaux centres des contrées helvétiques. Au qostonième siècle , tout cela va dianger. La maison de Savoie s'est insinuée dans le pays â la faveur des complications féodales, des querelles de parti et de la lutte nationale contre la prépon* dérance allemande ; elle arrive au moment de l'é-* puisement des seigneurs, de Textinction des Zœriugen, de l'anarchie de l'Empire, et de la déca-

' Le droit bourgaignon , qui n'excluait pas, comme le droit salique ou leutouique, les femmes de l'héritage des biens territoriaux et des fiels. Voir , pour ce point et le saivant, Mémoire de Fréd. de Gingiiii sor le Rectorat de Bou/^gognep qai , bien étuSié, doDDe an jour curieux et profond sur ces temps obscur» de notre histoire. Mém. de U Soc. d'Hist. de le Suisse romande • I • 15.

* Ils furent des premiers à entrer dans l'idée de la chevalerie. La Trêve de Dieu fut publiée de boiuie heure dans la Haute-Bourgogne par HugQcs, évéque de Lausanne. Voir id. , 90 s le Gons. suisse» y, 814» et ci-dessus , pag. 589.

deace de la féodalité : eofio, maiaon romande, pour cela déjà elle réussit mieux ; et d'ailleurs elle reconnaît â la Earonnie de Vaud, lerre d'em* pire 9 mais petil état séparé ^ â ses seigneurs et â ses communes émancipées dans cea iuiles, elle lui reconnaît » dis-je ^ de nombreuaea et de belles libertés. Mais pendant ce temps, Berne s'est élevée dans le diocèse et a grandi aTec rHelvétie alle^ mande; elle éclipse la métropole, l'Ëvêque même, toujoura en querelle avec aes bourgeois ou avec la maison de Savoie ; et celte dernière enfin , déchue à son tour, n'étant plus une barrière, le chemin du Léman lui est ouvert.

Bien des nuages recouvrent les origines de B£aN£. Pour savoir quand et par qui elle fut fondée , on ne sait guères mieux dans quel but ^ La commune, ou l'élément démocratique, parait y avoir été de bonne heure tenue dans l'ombre ; cependant cet élément existait , on ne peut disputer que sur son degré de force au commencement Mais le Grand - Conseil fut étendu, portée deux-cents membres (1294); en sorte que , tout en donnant une plus large base

* Fréd. de GÎDgini , ib. » p. 100.

* Voir, sur ce point, uoe importante note de Ch. Ilonnard dans

sa iraduclion de Multer , l[ , 200 , n. lOft.

à rarislocraiie ^ il cul d'autaut plus do facilité a éclipser la commune ou le Conaeil-Générâl des bourgeois, alors encore peu nombreux. Puis Berne, après un siècle de lutte pour maintenir son eiislence, se trouva posséder des partisans » des alliés^ des combourgeoîs , et bientôt elle eut des sujets ei des domaines. La rictoire de Laupen (1339)^ préparée quarante et un ans auparavant par celle du Donnerbilhel^ la rendit toute puissante dans l*Hel?étie occidentale, où celte bataille mina la féodalité : dans ces contrées , la maison de Savoie put seule dès lors tenir tète â Berne. Grandson et Moral furent la suite de Laupen en un sens ; la féodalité y fut frappée , non plus en Suisse seulement , mais en Europe , dans son dernier grand représentant, dans un feudataire qui marchait l'égal des rois. (1476)

Mais Grandson et Morat furent aussi la lin des guerres d'indépendance, et le commenoement des guerres étrangères, du débordement belliqueux de la nation. Bmie avait grandi; ses armes , sa politique, son influence en faisaient une petite puissance européenne ; le dépouillement de la maison deSavoie (1536), déjà compromise dans la chute de la maison de Bourgogne , puis la Ré» forme, que Berne soutint et qu'elle exploita, achevèrent de Tenrichir (1536). Cet enrichissement même et Timportance des ailaires extérieu-

res ; l'inattention du peuple distrait du dedans par sa passion de guerre au dehors; les désordres auxquels il se livrait, el la nécessité d'avoir quelque chose à leur opposer; les privilèges du service militaire ; raccaparement du pouvoir apiritnel par l'état el enfin la tendance alors générale de TËurope vers Tabsolutisme $ toutes ces causes diverses, qui ag^irent ensemble dans un assez court espace de temps, facilitèrent, quelquefois même purent paraître légitimer les usurpations. Dès la guerre de Bourgogne les gouvernements suisses , sans doute en même temps dans un but d'ordre public, s'étaient ligués contre leurs sujets au convenant de Stants (1481). La Réforme ne les divisa que pour les intérêts nationaux mais non pas contre leur commun pouvoir : il dut même s'affermir & la fiivenr des périls renaissants de la lutte religieuse.

Les familles puissantes se liguèrent a leur tour pour s'emparer du gouvernement ; et à Berne, du seizième au dix-septième siècle, on vit ainsi le nombre des familles gouvernantes diminuer de moitié ^ L'issue malheureuse de la grande insurrection des paysans ou sujets allemands avait assuré le triomphe du patricial (1656); il ne lui resta plus

* En 1555, il était de m . en 1691, >l n'était plus que de i04. TiUier , Hbt. de Berne , 1 V , 58S , 589.

qu'à l^orgaoiser détiiiilivement el gouverner en

paix ses domaines. Depuis la guerre fédérale de 1712, les bailliages furent donnés parle sort : ce mode parait à de nombreux désordres, mais ne déguisait plus la situation des sujets ; ils étaient décidément considérés comme de simples fermes, plus ou moi os fructueuses, auxquelles le sort envoyait des régisseurs, au lieu de magistrats que, dans Torigine, les Pères de la patrie étaient censés leur députer selon le besoin et avec réflexion * • Le Grand et le Petit-Conseil ou Sénat s'élisaient réciproquement par des combinaisons multipliées et un mécanisme tres*compliqué. Dans le Grand-Conseil ou Deux-Cents , délinitivement

' Aussi CCS fermifcrs-gcnlilshommes joignaient-ils aux habitudes «le iaste et de mépris dp grand monde la morgue de petits souverains » relevée parfois d'un accent ludesque qui ne l'allégeait pas; ou bien c*étaii finaolUnte naïveté d'un égo&me lion enfant qui a'impOie et profilet mm m donler de rien. (Voir ci-dessus, p. lStf&) — Je lis dans une lettre d'un patricien bernois adressée à une personne du Pays-de-Vaud (a. 1776) : « ToatTa-t-il-bien dans ma cave? » H. Haller a reçu, d'ordre do roi de Suède, la croix de réioile » polaire. Le général Lentnlus a été décoré > etc. etc. Ainsi vivaient nos seigneurs {tatUva-t-U'hien dans ma eape ?) : nous ne leur en faisons pas an reproche , mais d'avoir été seigneurs. —On connaît l'anecdote : « II laul avouer que le lac de Lenrs Excellences . est beau ! « — celle aussi de Bonslelten, partant pour sonbailliage el allant prendre les instructions secrètes de l avoyer ; « rToubties > pas de m'envoyer des fromages de Gruyère : votre prédécesseur » m'en fournissait d'eicellenls > .

ocMnpoflë de deux oenl quaire-vingl dix^'Oeof membres pris dans moins de quatre-vingt familles f rëaidail le pouvoir souvemn : commé le dit Gibbon , il était non-seulement législateur mais il exécutait ses propres loix. Ou ne parvenail a rien que par lui et , pour y entrer, on se livrait auprès des électeurs , dont une partie n'était connue que deux jours avant les élections, i la brigue la plus ébontée*. Les bailliages étaient répartis en diverses classes selon leurs profils, mais habilement compensées, et tout le système

pouvoir et une sorte d'égalité entr'eux.

A ce point de vue^ tout était très-sagement conçu ; tout était bien que la base« C'était, « une » pyramide posée sur sa pointe^ qui ne pouvait » manquer de tomber bientôt sous sa propre » pesanteur^ ou bien d'être renversée par une » petite force étrangère ». Ainsi parlait, au commencement du siècle, 1 ambassadeur anglais Sta« nyan, qui avait fait de la Suisse et de ses gouvernements une étude particulière.

Qui avait amené ce résultat ? les fautes de la

* Cest alors que se passaient ces scènes f^rolesques de mariafres imprévus, décidés à la minute, et dans lesquels le baretU y on bonnet de membre du Deux-Cents, servait de dot Voir Stanyan, iâl-IS3 . - Gibbon , Mise. Works , U, tf7 sqq. , lit.

Suisse; la jalousie des autres caulons, par lesquels Berne, en mainte occasion importante, fut âé^ laissée ou même contrariée * ; son propre égoïsme el sa propre ambition , qui agit aussi sur d'autres points dans le même sens', et lui firent prendre aisément son parti de n'être que riche au lieu d'être grande ; la faiblesse enfin ou l'imprudence des sujets 9 qui se livrèrent ou s abandonnèrent eui-mêmes. Mais le patriciat bernois avait pris le pouvoir et par conséquent la responsabilité.

* Par exemple, dans la demande de ta Pranche-Gomlé d*etre

abrégée au Corps helvélique; eldans la rétrocession des Pays deGea el de Cbablais.

* Par exemple, iSempacb et dana les guerres d'Ilaiie.

Notre révolution ne date pas seulement de 1 798. C'est alors qu'elle fut reprise et finalement eifectuëé , mais dans des conditions fort autres^ moins bonnes peut-être à certains égards^ que celles où elle avait commencé. Elle remonte même au delà de 89. Dès 1782, Morges Tune de nos bonnes-villes-sœurs, mais qui ne Tétait plus que dans un commun dépouillement» fit a Berne , sur un impôt concernant les chemins, une opposition inquiétante pour cette dernière » parce qu'elle était d'un intérêt général. A la même époque Laharpe, plutôt que de vivre sujet de prétendus

républicains^ se condamnait lui-même â Vex'il, et s'y fortifia bieotôi dans l'espoir d'abattre leur joug. D'ailleurs^ pour toute la Suiase^edix-huilième siècle fut dès son origine un siècle de guerres civiles, d'insurrections, deconspi rations» de soulèTeaients, un siècle révolutionnaire. La guerre fédérale de 171 2 avait humilié les catholiques» agrandi Berne» fortifié les aristocraties^ trompé ou réprimé les sujets. La paixd'Arau» celle Paix de ff^estpAalie, celte PragmatiquefSanction delà Suisse, comme on se plut à l'appeler, fut au contraire le testament de rancienne Confédération* On ne vit qu'agitation après elle , uou pas saus doute dans tous les cantons à la fois; le corps pouvait même • paraître tranquille, mais il y sTait toujours quelqu'un de ses membres qui se remuait violemment» trahissant ainsi la fièvre intérieure. Ce feu secret n'était pas plutôt étouffé sur un poiui qu'il reparaissait sur un autre; il parcourut ainsi la Suisse entière, du Jura jusqu^aux Alpes daus tous leurs versants» et du Léman jusqu'au Rhin. Pour ne citer que les principaux exemples, Appenzell eut ses Rudes et ses Doux; liri, ses insurges do la Val-Léventine; et le Haut-Valais » ceux du Bas ; Fribourg, Chenaux et ses campagnards; Bàle» les siens; Neuchâtel » les bourgeois qui tuèrent l'homme du prince, le procureur-général Gaudot; Genève» ses Représenlanis et ses Négatifs, leurs

loDg^uee querelles^ leuiv tempêtes dans un yerre d'eau, qui répëtèrenl pourtant d'avance les principales phases du grand orage réfolulhmnaire où tous les autres allaient s'abîmer. Avant la An du siAde, Berne même ATali eu déjà, dans son Pays-Roraan^ les troubles religieux du ConsensuSf éirêerétonnante coospirâtion du simple et rustique Davel ; dtiiis le Pftys^-Alleiivaad > la eonspiratîon vulgaire du poète Henzi^ du mathéniAticieil Rœnig ét de leurs éevâtttb eouipaguone. Enfin, de sa conduite àvec le Pays-de-Vaud décidé à réclamer eeà droits^ àllaii d^épendre ie soH de la Suisse.

* Dans le cours d'une domination de deux siècles et demi correspondant e Tère monardiique de

• On nous permettra de renvoyer d'avance, pour tout cet article, ft notre Histoire de la Révolution HehéUqme dans le canton du Lém4w{}néà>)t dont il ià*eatquc le ooort résumé, r^oas indiquerona aealemeiit ici, une fois pour toutes, nos sdarcea principales. I** Les îoâmanx èi Actes officiels : le hteimU de iaix , anétét, elc . pour tm^iràrk^irê de iû JMrsMèii<4709) ; (e BuUetbt keipétifue i le tfoÊUfeUitte poudoU et étranger de ce lemps-lè ; le Journal des

deux Conseiis, elc. — f" Un recueil msc. de Note» et Pièces authenti^es , inlltuté : Carriire polUiqae de M. Mes Muret, pur A. Baron , archiviste, dont on a bien voohi nous conter l'important travail (4 vol in de texte, I in 4* et S in S** de pièces justificatives). — S** Divers renseignements et mémoires de contemporains. — 'i" Deprécicuses collections de brochures ; cntrVutres celle de la Ribl. cantonale; celle de teu M. le pasteur Favre-de Ribeaupîerre, à Eysins; celie de M. le docteur L. PelHs, avocat, à Lau>

l'Europe moderne, Berne, nous venons de le voir, avait fini par porter atteiate auaii aui liberléa partie culièrcs, à force de vouloir détruire les libertés gé*naralaa. Quand on aa fui la, oaa dernières » qua chaoutt avait peut^èlre tm peu oobliéea pour me songer qu'à son propre intérêt, parurent le recours de tous ; et après les résistanees ou laa rédamlioiis individuelleii des villes, des seigneurs, des officiera au aenrice ou le privilège laa pourauivaii encore , un même cri partit bientôt d'une multitude de bouches : « Les Etats ! Il faut convoquer » ces anciennes assemblées nationales : c'est la » voie légale > et le seul moyen de s'entendre » .

Des vexations particulières^ de grosses bmtalîliéa du pouvoir ëlaient venues, comme dsns toutes les révolaiionsy donaer l'éveil en domsnt lieu à loutea les craioles. Ua eeclésiasiique, le pasteur Martin, accusé à tort d'avoir engagé les paysans a refuser la dime dea pooMnea^e-terre (c'était

stnne. — S*lesouvragetet1rêgin«nUhMtorHiae»eii mds opposét publiés à diverses époques pir Préd.-'Cés. Laharpe . de Alui-

iinen;H. Monod ; J.-J. Cari (surtout sa curieuse brochure : De iéc Suisse avant et pendant la Bvvolntion , 1803) ; Fcrd. de Rovéréa {Précis de la Révolution de la Suisse : il a aussi laissé des mémoires inédits); Seigneax ; Mieville; otc. — Enfin, il laul mentionner a parties pages rapides^ mais pleines, que Joroini , l'un des Vaudois devenus célèbres au-dehors qui s'est le mieux ressouvenu de sa pairie , a consacrées à rhisioire de la Suisse dans son grand ouvrage sur les Guêtrei de ia Révolution.

mi

d'ailleurs un cas au moins litigieux) ^ fut soudain enlevé dans la nuit, sousiraii à ses juges naturels et transféré à Berne; il fut, est vrai., au bout de six mois, réintégré solennellement par le pouvoir, inquiet du mouvement et des rédamalions que cette lourde injustice avait excités. Mais chacun se sentit menacé. Des écrits commençaient d'attirer Tattention publique^ mime au dehors, sur cette conduite de Berne et sur Tesprit des gouvernements suisses. Gibbon, si Ton eu juge par son petit pamphlet, ne se taisait pas la-dessus, tant qu'il pou v^iit penser ne faire que deTbiatoire. Loyseau de Mauléon , eii plaidant la cause <lu comte de Portes , lui avait donné un grand retentissement. Brissot reprochait à Lausanne de ne pas proûter de sa position , « qui l'appelait â la liberté »^ et bientôt Condoreet écrivait à un magistrat de cette ville : « C'est à Berne que sont » aujourd'hui les Geaslers » ^

Dans le pays on commençait aussi à élever la voix. Jean-Jacques Cart , qu'un long séjour en Angleterre , en Amérique , et ses liaisons dans la suite avec plusieurs Girondins, affermirent dans sa haine du régime bernois , ne craignit pas de rappeler les droits et d'exprimer les

* Brissot, Mémoires (Paris , 1830), II, 137, ar> 1782 — Letlre de M. Condoreet à IVl. magistrat de la ville de *** en Suisse, •ji, IS. — Gibbon, loc. cit., ci-dessus, p. itii el ISiS.

Tceuz éb sa patrie injuslemeni dépouillée. Des pamphlets , des mémoires manuscrits) des articles de jouruauz étrangers, apportaient de Saiiit- Pclersbour^, souvent par un long circuit, les conseils, les encouragemeuts> les appels et les romon- IrancesdeLaharpe, volontairemeiu exilé. Un- autre Labarpe (Àmédée)y cousiu du premier, demandaithautement comme* lui la convocation des Etats, Berne envoya une Commission qui ne fil rien, temporisa, puis s'enhardit, ne voyant point de bien redoutables menées; et, profitant alors de q ueiques scènes de désordre, esssentiellement bachique, qui se passèrent dans des réunions destinées à fêler la prise delà Bastille, elle crut tout regagner en frappant un coup de terreur (1791). Elle fut d'ailleurs servie, en ce premier moment, par les rivalités qu'elle avait su exciter entre les diverses classes et les diverses parties du pays , et par la rancune que les Allemands gardaient aux Romands, depuis que Berne, trompant les uns el les autres, avait exploité ceux-ci contre les premiers. Un corpa de cinq à si« mille hommes est donc soudain lancé sur le Pajs-de- Vaud , alors occupé de ses vendanges. Plusieurs • personnes de tout rang sont arrêtées , jetées dans les cachots de Chillon ou d'Aarbourg, d'autres écrasées de logements militaires , et les magistrats forcés de venir au château de Lausanne,

dans un grand appareil d'humiliation, entendre de hautains reproches et des ineuaces pour l'avenir. Jean-Jacques Cari fut proscrit, Fréd*Cés. Laharpe se vil en butte aux menées des patriciens el des émigrés à la cour de Russie, et, de retour en Suisse , obligé de quitter sa retraite de Genthod, sur le territoire de Genève , où la police bernoise le pourwivail* L'aulre Laharpe (Amédée, seigneur de Yens) s'était prudemment réfugié en France, ainsi que son ami Boinod , d'Aubonne : il fut condamné a mort el ses biens confisqués. Tous deux ont un beau nom dans les fastes militaires de ce temps de prodiges. Amédée Laharpe commença par être Tun des restaurateurs de la discipline dans l'armée française; un Irait d*éclal le fit saluer du nom de Brave par ses com* pagnons d'armes; il fut nommé général ao siège de Toulon, et péril à la Idte d'une des diTisions de la fameuse armée d'Italie, Tun des plus intelligents, des plus aclib, des plua intrépides , el presque le seul qui n'oubliât pas Thumanité eu- Ters les habitants et les soldats *• Le général

* L'historien Botia n* excepte qae lai et on antre • permi le» généràok français . de t'iccnsalimi «le rspscité. > Soléat d^mie Talear

» accomplie et dont la vertu était plus accomplie encore , il inspira, dil-il, une si haute estime à ses contemporains qu'ils altribuèrenl, » quoiqu'à lorl , ce coup talal (sa mort, dans une surprise nocturne) > à ceus dont le caractère était l'opposé du sien et qui lui poriaicni

Boiaod> qui ue voulut pas concourir à faire Bonaparte empereur, lui reau fid^lo ciaus sa çbu|e , et son nom est impérissable, car il est insorit dans le lastameolde Ntipoléou ^

»eftvie* {Storia d'Italia^ L. Vi). Jomini l'appelle « un de« meil- » leurs chef« de rarmée • un des plus inirépides défenseurs de la » France, un citoyen vertueux et un martyr de Tiodépendance de » son pays • i Napoléon : c un des neillenrs généraux de l'armée > i ei Garnot lui rendit le ténoignas» d'efD|M>rter les re|re|s de tons les républicains. Ses lettres, publiées dans la Correspondance offi* eieiie et confidentielle de Napoléon (Paris, 1809 ; voir entr'autres t. I , p liO , 66 sqq ) ; ses ordres du jour inédits , conimnniqués à son 61s Emm. de Laharpe, par le gendre d'un des anciens compagnons d'armes du général (M. Ronès du Boisaymé, à Aleylan près Grenoble) , iournissent de nouvelles et touchantes preuves de ses efforts pour réprimer les crimes des fournisseurs et les excès des soldats. < Les Iripons seuls s'enrichissent; isévissez contre »euz .."I Ayea pitié de nous , général ! écril-îl à Bonaparte : je ne » demande que du biscuit, des cartouches et des souliers» (ib. , p. 116 sqq.). «Commandant» dit*ii à l'un de ses oiliciers. lais » en aorte que les soldats sous tes ordres ne coupent que les » cbàtaigniers sauvages et If s anfres arbres ne pi>r|4int pas 4v iruiti» etc. (inéd.). Voir, povr piMS de détails, nptre ^Ut. d0 h Réç» Help, etc. (inéd ).

«Je lègue èBoisnOfl, commisiaire-ordonDateur , cent- mille »francs*. Testament de Napoléon , S*' Codicille. — Boinod avait lait la guerre sous Washington , ce qui lui avait valu le surnom à' Américain : on l'appelait aussi le quaker.won sans une autre allusion il ses scrupules et à sa probité. Forcé d'accepter une indemnité considérable, en sus de son traitement, ce digne ami d'Am. Laharpe l'employa à faire confectionner trente mille paires de souliers qu'il distribua aux soldats. Nommé insppctevr en chef d^r^vves» av^ le grade do lieutenant-général , il n'en émit par moins un vote

Ce coup brutal ae fil qu'irriter, forliiier le iqouvement^ lui assurer toujours plus les amis influents qu'il avait daaa lea magistratures municipales ; et peut-être ne Taurait-il pas contenu si les Jacobins français el leur chef Robespierre , en montant au pouvoir, n'étaient venus directement et indirectement servir les Bernois.

La Terreur sauva la France de l'anarchie et de rinvasion étrangère^ mais en lui aliénant l'opinion» et peut-être a-t-elle perdu la république dansTavenir. Nos patriotes le déclarent tous , ils reculèrent d'horreur devant 93 ; el la perspective, que peutêtre leur honnêteté s'exagéra, d'être amenés â quelque chose de pareil^ leur lu différer la réalisation de leurs espérances, au risque même de devoir y renoncer pou r lo uj o u rs* . Berne ne fut point si scrupu-

négaùi , lorsque Napoléon lut élu empereur. Ceinra , qui rappréciait, se contenu de répondre à ceux qui voulafent profiter

de l'occasion pour perdre Boinod : • Je le connais ; c'est un quaker ; et les quakers ne jurent pas ». INotes msc. comm. par M. Emm. de Labarpe, conseiller d'état ; voir notre tiist, de la Rév. UeWét. etc. *

*■ Voir entr'autres les Mém. de U> Ailoood et les opuscules de J.-J. Gart

* Le chasseur de Napoléou, NoTcrru, nealionné plusieurs fois dans son testamenl, éuit dn Canton de Yaad. Il suivit l'empereur à Saint-Héiène et il a fait partie de l'espédition chargée de recuelUir ses cendres.

leuse. Par m neuiralilé, qui entraïaail celle de la Suisse^ elle avait , de mauvaise grâce il est vrai et après quelques velléités hostiles ^, sauvé à la France soixante lieoes de froatièrea a défendre ; elle re* poussait maintenant les Girondins fugitifs , et envoyait Tun de ses patriciens» le colonel Weiaa > en mission auprès des nouveaux possesseurs du pou* voir. D'ailleura Robespierre, Thomme du système jacobin plutôt que de la Terreur, n'était point pour la propagande , comme ceux qu'il avait ren-^ versés : aoit jalousie, aoit défiance plus désintéressée , sa politique tendait bien moins à étendre les victoires de la république au-defaors qu'à l'asseoir au-dedans selon ses vues* Nos patriotes réfugiés accusèrent dans le temps Robespierre de les avoir fait menacer de la guillotine , et les patriciens bernois d'avoir formé alliance avec lui. En admettant qu'il n'y eût des deux parts qu'un rapprochement de position , ce qui est certain c'est que les relations existèrent, et qu'à la lin de

' L'armement du mois de Sept. 1792. Les miliceA bernoises et suricoiaes furent canlonnéet sur la frontière française. Un parti dans le goavernement, le parti Steiguer » aurait, dit-on, voulu pousser sur Lyon « pendant que le duc de Brunswick , dont le mani* leste avait été réimprimé i Lauaanne, marcliait fur Paris. Cétait après le massacre des gardes et le renvoi des régiments capitulés : la Suisse était frémissante, mais enchaioée, et Berne même n*osa pas.

1793 Robespierre fil rendre par le Comilé de saiul public el la Conveiiliou une déclaralion de paix et de rraternité avec le peuple suisse, c'esl-âdire alors avec ses gouvernemeots ueuppaleurs *.

Quand il tomba l'aiiiiée suivante sous lescoups^ de tous les partis dont les débris se réuniren» contre le sien, ce qui reslaii de l'esprit girondin» accueillit l'idée d'une émancipatba de la Suisse», elles patriotes réfugiés a Paris, Laharpe en tète,, commencèrent d'être mieux écoutés. Us invoquaient le traité de 1564, rappelé par plusieurs, actes subséquents^ et tout récemment encore e» 1777, lequel avait stipulé la (garantie de la Franoe^ lorsque le Pays^de-Vaud passa , avec ses liberté» et ses droits, sous la suzeraineté de U République de Berne. Celle-ci d'ailleurs, en Poocupant alors avait dépouillé la maison de Savoie avec la coopération de cette même France , qui prit le reste,, et dont mainleuaut le Pays-de-Vaud réclamait rappui« (ci-dessus, p. 660)

Berne, malgré sa neutralité apparente , continuait en outre de se montrer sourdement bos-

* Voir le Rapport de Bobcspierre à la séance de la Convenlioii du 17 Novembre , i793 ; les opusc. de T.-J. Cart et l'Essai sur la Constilulion du Pays-de-Vaad, de Fréd.-Cés. Laharpe. — Il y a dans les papiers de Robespierre une lettre ducolooel Weiss, qui «'adresse à lui en Vtppthni grand homme.

file. Elle dépastail en faveur des émigrés toutes les bornes de rhospilalilé helvétique; elle les laissait se livrer à leurs menées ; plusieurs patriciens étaient même accusés à!y prendre part ; la Suisse • menaçait de devenir un loyer de Gontre*révolution inquiétant ; la cause de la liberté y avait fait en même temps des progrès : que de motifs légitimes pour soutenir la révolution qui s'y montrait imminente ! Malheureusement il s'en mêlait d'autres à oeux-lâ. L'esprit d'intrigue» de corruptien et de couquêles dominait bien plus dans le Directoire que l'esprit républicain : les Suisses, sans doute à cause de l'économie et de la modération dont la nature leur fait un devoir, passaient pour ricbes, comme déjà les anciens Helvé* tiens au temps de César ; et qu'on s'emparât ou non du trésor de Berne, on saurait bien faire payer largement les frai% de la guerre. D'ailleurs tout était de plus en plus entraîné dans le vaste orage que la république naissante et ses adver-^ saires avaient soulevé. (1796 — 1797)

Nos patriotes voyaient bien ce qui se mêlait de mauvais , malgré eux , à la justice de leur cause : mais ce ne fut pas, a leurs yeux , un cas extrême comme en quatre-vingt-treize. L'Invasion , s'il fallait en venir là , leur parut plus supportable que la Terreur. D'ailleurs on fisrait peut4tre la guerre sans eux, et la position qu'ils avaient mé->

tiagéo à leur patrie ne lui serait albrs pas reoaiinue. Enfin Berne (Laharpe espérait encore qu'ellecéderait à temps à la nécessité) pouvaii évitei^ à la Suisse tous ces fâcheux rë^ultals.

Les Vaudoîs avaient continué de dematider^ justice» lis se sentaient soutenus et ils n'en abu» saient point. Jamais peuple plus débonnaire « plus long^anime ! El Berne en profile pour le tromper, le renvoyer sans cesse ! £lie lui fait les promesses lea plus vagues et les plus dérisoires , continue d'essayer de le diviser, fomente la défiance naturelle des c^pagnes contre les villes, et affecte de représenter les patriotes vaudois comme de» hommes ne rùvanl que pillage et que sang. Uit arrêté du Directoire qui mettait ces derniers, dan» les cantons de Berne et de Fribourg, sous la protection du gouvernement français; enfin, l'ar-* rivée d'une division de l'armée d'Italie dans le Pays de Gex, étaient un dernier avertissement. Au lieu d'en profiter, de faire des concessions raisonnables , ou bien d'organiser, si possible ^ line calme et vigoureuse défense , elle tergiverse encore, prépare des munitions, soulève ses bandes et nomme pour général un de ces Bernois français et philosophes, le négociateur Weiss, homme qui ne manquait pas d'une certaine assurance mais sans énergie , plus satisfait que digue de commander, enfin novateur (il passait,

pour Telre), niais par bel-esprit cl peu sérieux. Il ne rassemble une armée dans les districts noninsurgés^ que pour se retirer sans coup férir devant les premiers voloolaires patriotes (Janvier 1798). Bientôt <le 26) atitanl en font les Allemands venus avec des canons jusqu'à Avenches; les i>ailli8 sont bonnètement congédiés; partout flotte le drapeau vert, et dès le 24 la République iémanique avait été constituée. Une assemblée représentative provisoire^ formée des députés des magistratures municipales, s'occupe de Tor- ^aniser.

Berne pouvait tout conjurer encore; le Pajsde-Vaud était libre , il no voulait rien de plus : mais elle au contraire persévérait dans ses démonstrations hostiles, lorsqu'un parlementaire, envoyé par le général français, fut assailli de coups de feu dans les bois au-delà de Moudon, par une erreur, d'autres disent , par un guet-àpens des Bernois (25 Janvier). Cet incident malheureux, impossible à prévoir, détermina l'entrée des Français^ qui n'avaient pas encore passé la frontière : ils le firent le 27 ; le 28 une de leurs colonnes, venant de Savoie et traversant le lac, était déjà à Lausanne. Mais ils restèrent tout le . mois suivant dans l'inaction 5 et des négociations

lrè6*im portantes , que le Directoire français n'au« rait pas risqué de compromettre par riavasion de la Subae, araient commencé à Raatadt.

Berne ne sut pas mettre â profit oe dernier instant de répit : travaillée par deux partis contraires, celui de Tavoyer Steiguer qui voulail la guerre, et celui du banneret Frisching, qui était pour les négociations ^ ses hésitations redoublèrent; elle ne sut ni cédera propos, ni assurer sa défense. £nfin^ attaquée au commencement de Mars par le général Brune, et abandonnée de ses Confédérés , elle succomba avec un hércSsme mal dirigé, mal employé, dont la meilleure part revient au peuple, qui le souilla cependant par des ^ctes féroces auxquels le poossèreal son malheur et sa défiance envers les patriciens. Les combats les plus sanglants furent cens livrés an nord par le général Schauenbourg venant de Soleure, et celui de la Singine» i l'occidenA , ou combattirent les volontaires VMdoîs, qui fai« saient partie de la colonne du général Pigeon venant pnr Fribourg. Do Pays-de-Tand s^étaienl joints aux Bernois, à l'appel et sous le commandement du brave colonel Ferdinand de iWyvéréa, quelque cents hommes nommés la Légion ^fidèle ou la Légion romande ; ils se signalèrent par «m dévooement, que, soIm Paveo même de leur chel, la conduite du gouvernement bernois ne

méritait point ^ Sur les derrières de l'armée francise, des montagnards du Jura, dans le Toiainage d'Y Verdun» tentèrent, pendant qu'on marchait mt Berne, une iusurreelion qui fut aussildt réprimée par les volontaires et les troupes à portée, mais non sans combal. Dans les Alpes, les Ormonts, mal disposés pour I« cause reTolulionnaîre, avaient du servir de débouché pour une descente des Allemands sur la plaine ; le jour même de U prise de Berne (5 Mars, 1798 : mais on l'ignorait encore), le commandent français Châtel fit attaquer, asses intempestivement , celle vallée, par deux colonnes sous les ordres de Clavel et Forneret officiers lausannois. Ce dernier ^ après une marche ter* rible à travers les montagnes remplies de neige, tourna les Ormonla par Gryon et Tavayaaiiaz; il avait déjà franchi le Col de la Croix , lorsqu'il se vit soudain pris en flanc par le feu des montagnards embusques dans les bots d'Aigue*froide et dominant le chemin, tiieutôt lui-même roula dans la neige , percé d'un coup mortel où ceux-ci, avec leur esprit superstitieux, voulurent voir de l'enchantement. Mais Taulre colonne s emparait

« II va même ju«qu'* dire: «Nos parjures gouvemailtt étMCBt . ou lies traîtres ou des lâches ». Voir son Précis de1« Réfolnlion de la Suisse (Avril, 1798), p. 84 el 71 , 73. •

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do la vallée el y mettait iiii^ après quelque résistance, i toute nouvelle lentalive d'opposition.

Au iond, la révolution du Pays-de-Vaud , qui donna le branle â celle de toute la Suisse ^ , avait

été cantonale; el c'est â quoi 5 après bien des traverses» elle devait revenir. Mais la prise de Berne^ amenée par une aveugle obstination^ impliquait la révolution fédérale; et^ quand môme elle n'eût pas été dans les vues intéressées de la France , la Suisse en avait un besoin si véritable qu'elle a fini par g^a^ner aussi quelque chose sur ce point : le pacte de 1815 lui-même peut le démontrer. Seulement» au début» on visa plus haut qu'on ne pouvait atteindre» les uns par système» par entraînement du jour» les autres par servilité et par intérêt. Le Pays-de-Vaud voulait rester suisse ; il refusa même de devenir le centre d'une république a part qui aurait porté le nom de République Rhodanique » et» ne séparant passes destinées de celles de la commune patrie « se joignit au mouvement général.

Une constitution unitaire» calquée par le bâlois Ochs sur la constitution française de l'an II, où

* Car «ie tous les pays sujets c'était le plus riche et le plus important. * « La révolution du Pays-de-Vaud a été Ja ciel de celle » de toute la Suisse*. Bovéréa.

le principe démocratique était déjà considérable* tttenl affaibli» fui donnée a la Suisse; son auteur lui-même et les meilleurs patriotes , Laharpe entr'autres^ étaient loin d'en être satisfaits; mais l'urgent besoin de reprendre existence^ d'avoir quelque chose a soi et de mettre, ne fut ce qu'une feuille de papier» entre la France et THelvétie» fil juger son adoption nécessaire ; elle fut acceptée par les grands cantons ; el lee petits , que la représentation proportionnelle réduisit â une in* fluence moindre, se virent sommés d'en faire autant. Ils prirent roiTenstve d'une manière fâcheuse; repoussés et poursuivis, firent une résistance héroïque au général Scbanenbonrg , moins pour eux en réalité que pour Taristocratie suisse et les prêtres, mais n*en durent pas moins se soumettre à ce qu'ils regardaient comme Tinj uslice et qui n'était cependant que le droit de toos% Les Hauts-Valaisans s'étaient aussi insurgés» Après une affaire très-chaude au pont delaMorge» une petite division de Français et de Vaudois, sous le général Lorge» les chassa de Sion, livré au pillage pour avoir tiré sur les vainqueurs après la capitulation*.

* Ce ftc de Slon dornit lieo» contra quelques habilanU dea dia* tricta vavdoia limitropbea • à dea accnaatioBa que la malveillance ae plut à grossir^ à reproduire en toute occasion, en les étayant

Ces tardifs essais de résistance enracinèrent malhenreusement rinlervention de la France , et lui donnèrent de nouveaux droits, qu'elle ne se fit pas faute d'exploiter. Ses domifiissaires, Leoar^ lier^ déjà chargé de cette mission qui dut répugner a son caractère 9 mais surtout Rapinat, areuglé par son importance et par ses entours, traitèrent l'Helvétie eu province conquise, levant des contributions 9 confisquant les propriétés nationales, prenant l'aisance pour la richesse et tarissant d'un trait les ressources lentement amassées pendant plusieurs siècles, enfla outrageant à plaisir amis et ennemis. L'abus fut si criant et les plaintes si vives que le Directoire français dut désavouer celle conduite et rappeler celui que Ton n'appelait plus en Europe que le proconsùl , le Verrès de la Suisse, Rapiuat, dont le nom était maintenant devenu une affreuse vérité. Mais la France, irritée par le seu liment de sou injustice et le demi- aveu qu'elle en avait fait, voulut y voir surtout l'esprit de réaction. Trouvant d'ailleurs des prétextes dans les déclamations qui se mêlèrent aux plaintes et

des malhenrâ inséparable» de la guerre, et qoe lltonneor national s*eiag<ra plalôt que de risquer de ne pas flétrir assea hautement des actes de pillage, peu considérables du reste puisqu'ils aviienl eu Heu en Valais, et qui , en (ont cas, n*étaicnt le iait que de quelques individus.

tm

dans raliiilide loiîjoors boâlUe de la Haute*Hel^ Tétié^ oh une iDaurrection nouvelle^ celle de rUnlerwald , allail se terminer , â Sianlz , par une lutte désespérée (oct; 1798) , elle imposa A la Suissè une alliance intime , offensive et défensive (aout> 1798) » que du reste le cours des choses aorail sans doute amenée égaletnenl : car il est bieil douteux que les coalisés eussent respecte la fron* tière de la Suisse révolutionnée de 99 connue ils Tavaienl fait, au risque de sauver la France^ pour la Suisse de l'ancien farégime/ aepi ana au* paravant. Quoi qu'il en soit , THelvétie se vit ainsi laneée brusquement et sans préparatif au cœur de la lutte européenné; et son gouvernement, malgré les avertissements de Laharpe alors directeur, eut le tort de croire à la eontinuation de la paix.

Depuis la brillante caihpagne d'Italie et la paix de Campo^Formio (1797), la France avait bien perdu de ses avantages. £n Allemagne, ses armées étaient en retraite devant rarcfaiduc Charles; elles allaient l'être en Italie devant Souwarof , le vainqueur de Novi : Bonaparte était en Egypte, et la république expirante se débat tail en vain dans les intrigues et la corruption. C'est Masséna qui, à la tète de la grande armée du Rhin et du Danube, ou de Tarmce d'Helvctie, se trouva chargé du

destin de la France. Massëna , faisant taire sa )iardiesse ordinaire, et ne se fiant pas même â sou bonheur, se renfernui dans les plus froides combinaisons , poussant les précautions, les retards au point, selon les militaires, de perdre une par> lie du fruit qu'il en allendait. La France fut sauvée; mais son salut faillit étouiFer THelvétia sous le poids de ces gigantesques eiForts. (1799)

Du reste, quoi que fit la France pour la gâter, c'était pourtant toujours la cause républicaine et, pour la Suisse^ la cause de sa révolution contre raristocratie e t TAutriche, contre Tantique ennemi. Il n'y avait pas a hésiter* Aussi vit-on , dès le début des hostilités, plus de vingt-cinq mille Hel"* yétiens sous les armes. Déjà ils s*étaient distingués en s'aidant â défendre le Rhin et , plus tard , quand Masséna se retira sur la Tôss, à Frauenfeld, où nos Vaudois enlr'aulres eurent une part éclatante: mais rinepiie de leur premier général (Keller); Fimpéritie et les désordres d'une administration militaire improvisée ; surtout la retraite de Masséna qui , pour concentrer sa position et faisant abstraction de la Suisse pour ne voir que l'ensemble, se porta sur Zurich, bientôt même en deçà ; enfin Toccupalion de ce qu^ii avait abandonné par les Austro-Russes et leurs proclamations terrorisantes; tout cela, et les incertitudes de la guerre, désorganisa les milices, dont la plupart

regagnèrenl leurs foyers. Il ne resia que quelques corps égrenés de divers canloas, et do Léman^i comme on appelait alors le canton 4^ Vaud^ tous .les bataiUoas.mis sur pied.

L'insurrection s'était propagée dans TOberland^ TArgovie et quelques districts fribourgeois. £lle y fut rapidement comprimée^ et avec peu de sang versé, par ces bataillons du Léman, qui étaient f ussi le plus â portée d arrêter les irruptions dit Haut- Valais.

Outre cela, ils furont employés activement su^ le théâtre de cette immortelle guerre , et combattirent en héros sur le Rhin , la Thour ^ la Limmat et PAsr, comme aussi dans Fintérieur des montagnes^ aux débouchés tortueux des vallées, ou sur les cols roides et naenaçants. Quand MassénSjt relire en deçà de Zurich , commença de reprendre les hostilités vers le milieu d'août, Lecourbe, ce Roland des Alpes, mais qui n*y trouva pas deRon« cevaux, se porta de nouveau sur la vallée de U Renss el le Sainl-Gothard pour en déloger les Autrichiens. Ceux-ci, attaqués par la vallée ellemême, par le Mayeuthal qui y débouche, par le Grimsel et le Valais qui y ramènent, (tirent de toutes parts culbutés. Nos Lémans se trouvèrent dans ces combats sublimes, dont les cimes des Alpes étaient le prix : surtout, à la prise du (ortin de Mayeo , après âvoir passé le Susten ou

ils Iratnèreni et portèrent le canon^^ et à celle du Grimsel où un grenadier de Montroux fit à lui ^ol bnit Aotrichienp prisonniers. Dans le Vakis, après avoir repoussé le^ in^urgjés jusqu'à Sierra^ }>irotiaqué longrtemps dans la plaine dévastée, et tiraillé dans la monlagae^ ils avaient également ^idé à débusquer 1-ennemi de ses redoutables retranchements derrière le Rhône et la forêt de pinge eu avant 4e Lopesch. Ealiu ils se trouvèrent aussi â cette mémorable défende de TAar contre trente mille Austro-Russes, qui sans eux cl les carabiniers zuricois^ auraient eilectué le pas» sage. Licenciés au commencement de septembre^ et remplaces par de nouveaux bataillons qtii furent dirigés sur un autre point , ils n'assistèrent pas a la reprise de Zuriçh , victoire décisive , mais peutt être moins étonnante et moine héroïque que ces premiers combats. Au surplus le Léman y fat encore représeaté par 1a Légion Helvétique^ qui contribua beaucoup au gain de la bataille et dont le chef. De Bons» plusieurs officiers et soldats étaient yaudois» Les généraiiz français • Masséna et Lecourbe, reconnurent publiquement, sur les cl^amps de bataille et dans les rapports officiels

* Le chemin actuel n*était pas encore construit ; il est d'ailleurs çbligé de taire quatorze lacets pour gravir le.cpl.

ia bonne conduite ^ l'esprit militaire et la valeur de ces jeunes soldats qu'une seule campagne a vaii formés ^ Leur nom, -ce beau nom de Léman^ devint populaire^ et nous^ ô mes Amis ! le laisserons» nous toujours dans Foubli? On les nommait « les fils aînés de ta république ». — » C'est vous^ avait aussi le droit de leur dire le prëiei de leur canton» H. Potier, homme intèg^reet pieux, c'est vous, » élites du Léman, qui avez soutenu l'honneur de » THelvétie t » - « Oh ! si toute la Suisse était com- » posée de Vaudois ! » s'écriait un orateur dausle Grand-Conseil helvétique; et il fu} décrété que les troupes lémanes avaient bien mérité de la patrie*.

Notre canton avait aussi son parti aristocratique 9 mais comparativement faible, et ses soldats réfractaires ^ mais vite regagnés. Des personnes de tout rang et de tout ige , des pères de famiUei,

' Lê manque de «olde» le long démiement où on le« laicsa» cai^ sérent parmi eex, noo des mnrmorct» mait qaelqaes désordres rassagers» qui n'eorent jamais rien de générai. Si les Lémans se irent redouter en tel lien • en tel antre ils furent regrettés comme des protecteurs. Yoyei le niâT témoignage que leur rend la commune de Kippet, dans le Hant-Valaik, (BnHelin offctYm, 99, MO) el comparca>le avec la manière dont les gens d'Urseren parlent de «leurs frères les insurgés (d'Uriet de Scli.wyl2), pillant > comme des Eussesi^, di&ent-iU (iU , IX , 37i}.

* Séances dn 6 et du IS juin, 1799. Bulletin officiel, VII. m, 313-345; IX , 55 ; Houvelliste Vaudois de 1799, N»*. S7 , 49 etc.

des femmes y des eofants même donnaient PeiemT

pie du dévouement. Ua vieil agriculteur, son fiU ayanl désenë par manque d'argent^ çouri le rem*

placer ; un autre^ montagnard des Ormonls, ayant perdu le a^ea dans le Valais , où il s'était distingué^i ofre au capitaine le fils qui lui reste et annonce que^ si ce dernier a le mêmct sort que son frèrej» il viendra luirmâme combattre après se^ enfants* Le Léman eut a^$si ses petits tambours héroïques dans deux jeunes garçons de dousee a treize ansj, nommés Delisie et Ruchonnet : le premier fut blessé dsiis une çb^rge devaal Zurich,

En outre le Léman prodigua toute espèce de secoure à eaux qui n'eurent pas comixie lui le bonheur de rester on dehors du théâtre de la guerre. Les conseils j les communes, les parti* ouliers , les sociétés de plaisir, se cotisèrent. Les dames de Yevey s'organisèrent en sœurs de charité pour soigner les blessés. Des vivre<(, du linge, toute sorte de provisions furent envoyées a plusieurs reprises en Valais. Sur diverses invitations laites spontanément, il vint des contrées dévastées, même des Waldslellen, un grand nombre d-eufants pauvres , qui furent élevée dans le Léman.] Enfin, pendant cette terrible an-* née 99 , ce canton paya a lui seul plus du quart des contributions totales de PHelvétie.

Cette torpeur que nous nous reprochons les

premiers, que aous nous exagérons peut-être daas noire défiance habiluelle de AouB-mémes» elle était donc beaucoup le fruit d*uue longue dépendance^ c^r à p^ine libres^ nos pères la seeouent» et un petit peuple inconnu se mêle à la lutte européenne avec une énergie qu'on ne lui foupçoiinait pas.

D'après un plan nouveau des Puissances, les Autrichiens quittaient THelvétie pour réunir toutes leurs forçe^ sur un i^uire poin| du théâtre de la guerre, tandis que Souwarof , de son côté, devait se mettre en marche pour joindre la pre* mièrearmée russe, à Zurich. Maaséna, saisissant le moment de celte dislocdlion , s'était jeté sur Korsakof , Tavait battu , écrasé et chassé , tout mutilé, de Zurich. Souwarof ne franchit le Saiiit- Gothàrd et , de la vallée de la Reuss, dont Lecourbe lui céda seulement la plus rude et la plua tortueuse issue , ne vint tomber sur Schwjrtz que pour y apprendre furieux, haletant, la uoU" velle de celle grande victoire. Le vieux lion dut reprendre le chemin des montagnes. Il travma d'abord le Pragel , se retournant toujours , tenant tète aux vainqueurs, refo^ilant ceux qu'il trouvait devant lui, et croyant enfin se faire jour â Nœfels : mais ici rallendait Molilor; les colonnes russes viennent se briser contre un,e deini-brigade hel<«

vétique, dix mille cooire trois cents : et Souwarof toujours enfermé, ne pouvant forcer celle héro'ique barrière, recommença sa retraite désespérée f grayil le Paniz par la neige, et ne s'échappa qu'en laissant après lui une longe tratnée de cadavres qui marquaieni son sentier.

La France élait sauvée ; mais THelvélie ayant supporté tout le poids de la lutte en restait à la fois épuisée et frémissante. Masséna, quî^ ainsi que bien d'autres , ne comprenait la victoire que comme l'aigle et les oiseaux de proie, n'eut garde, en quittant la Suisse, d'oublier ce second rôle ; il la frappa d'énormes contributions. Toutes représentations furent vaines, et une énergique lettre du Directoire helvétique, attribuée à Laharpe , ne fil que donner aux ennemis de ce dernier la France pour appui ; sa politique les soutint, sûre alors de pouvoir les laisser tomber, quand ils feraient mine de se retourner contre elle.

Laharpe était bien moins qu'on ne pense un homme de parti : c'était un homme d'énergie, l'homme de son pays , si celui-ci l'avait mieux compris au lieu de s'arrêter à la brusquerie d'un caractère peut-être trop cassant| mais inflexible

ol pur. Il avait acoeplé la constitution sans la croire

parfailo^ niâîs conimo uno planche do salul ; il augurait d'heurouz fruits de l'unité des pôuplades helvétiques si elle pourait s'établir, mais leur liberlc avait été son premier, son grand but. Ce qu^il voulait avani tout , c'était une Suisse nouvelle, mais taillée à l'antique; et s'il mêla quelques préjugés à la noble idée qu'il s'en formait» ils étaient ceux de son temps. L'alliance de la France lui avait paru nécessaire pour renverser les nombreuses forteresses de l'aristocratie; les traités précédents avaient fourni une voie légitime pour la réclamer : mais nul n'avait repoussé avec plus de force el d'indig^nalion le lyranniquo prix qu'elle mettait â ce bienfait. Il était évident qu'on aurait la guerre : on ne l'en crut pas ; qu'il fallait y prendre son rang, afin de pouvoir traiter de puissance â puissance : la plupart préférèrent se tenir à l'abri derrière les Français ; que le seul bon parti était de faire de l'Helvétie un vaste camp , de mettre tout en armes et, comme les premiers Confédérés, de tenir en respect les traîtres et les lâches : on se contenta de mettre sur pied une partie des milices, qu'on ne sut ni organiser, ni payer, ni nourrir; et quand il de* manda que le gouvernement, au lieu d'abandonner Lucernej se transportât plutôt, s'il le fallait, dans les Waldstetlcu , au cœur du danger,

ou appela cola une crânerie insigne , et l'on se replia bravement aur Berne pour y ai^r â aon aise et y tenir de beaux discours. Puîs^ quand tout fut fini» â peu d'excepliooa prèa aana la par* ticipation de la Suisse^ on demanda compte i Labarpe» à lui qui avait voulu éviter oe réaultatji de ce que rien n'avait été fait. Chacun le chargea de ses pécbës; et les bons, aveuglés , comme ils le reconnurent trop tard, alunirent aux méchanta pour le perdre.

Tous les partis voulaient des changemenla â la constitution : elle-même les appelait et en indiquait la voie. Laharpe avait résolu de la suivre et de prévenir ainsi légalement ses adversaires : il fut accusé de conspiration, mais par les véritables conspirateurs, car ses ennemie, renversant la constitution par un coup-d'état ^ aboiireu| le Directoire, puis bientôt les Conseils, et lancèrent ainsi la République ^ de chute en chute et à force de révolutions parlementaires, dans un abime d'où elle ne put plus sortir. Laharpe, alors de retour à Lausanne, sur un incident^ auquel il donna, une importance que la conduite de sqs adversaires.

^ Ua« lellrei^ vraUeioblabtenient bbriqaée, et rflmiM à Laharp«, dans laquelle le secrétaîre-â'élat fifouason» ennemi de ce deriiieHi étale représenté cotoime tratûsaant la patrie.

vint presque justifier, fui saisi, mis sous escorte et dirigé sur Berne où r«ttendaienl toute espèce d'ennemis , el des juges prévenus. Il parvint à s'évader en roule, et gagna la frontière. Mais ici ne devait pas s'arrêter la carrière patriotique de ce grand citoyen, qu'on accusa d'ambition el de despotisme lorsqu'au contraire il faut peut-être loi faire le reproche d'avoir eu trop .de facilité à se retirer hautement à lëcari el mis pins de constance a renverser le pouvoir des autres que de persévérance et do souplesse à établir le sien.

Parmi les députés du Léman au Sénat el au Grand-Conseil formant le Corps-Législatif helvétique, Jean-Jacques Cart, Jules Muret, Louis SecréUn, s'élevèrent en vain contre ces actes arbitraires. Le seul gouvernement qui avait fait quelque chose pour conserver i l'Helvélie une part d'action dans ses destinées, et tenir téte a la F rance , fut renversé : le Directoire d'abord (7 janvier, 1800); puis bientôt, pour commencer d éclairer les dupes, le Corps-Législatif (7 août, 1800). Les vainqueurs, jouets ou créatures de la France, partisans de la révolution puisqu'ils l'exploitaient, mais s'appuyant sur ses ennemis intérieurs au besoin , ne surent que traîner 1 agonie de la Uépubliqueen longueur, dans un étal provisotre qui dura près de deux ans. L'Argovien Dolder, aidé de son suivant le Fribourgeois Savarjr,.

fut le mauvais gëniè qui dirigeait ces basses et

fatales îalrigues : îl conspirait dans i ombre ; au moment convenable pressait les ressorts » certain d'élre soulenu de la France pour* rexéculion; Iriaîl les membres des Conseils ; expulsait les uns , retenait les autres, menaçait les reniVenlt S faisait et défaisait des pouvoirs d'un jour « non sans une sorte de talent. pour Feseamolage politique^ mais avec une effronterie et une habileté stupides en dernier résultats

La paix do Lunéville (1801) n'avait d'ailleurs donné à THelvétie la liberté de se constituer ellemême que pour voir tous les partis extrêmes et modérés > les unitaires et les démocrates, lesaris*

* La sénateur J.-J. Cart fut bafoue et eicla du goavernemeiit* Le sénateur Jalea lîaret loi-méoie, qoi d'alianl y était resté quoiqa'il se Iftt svssi opposé é ces actes arbitraires • se sépara du pouvoir quand Je coop-d*étai des f7 et tS oct. iSOl recommença le provisoire ; il se hAla d'en décliner la responsabilité : € Heareose- 9 ment pour ma conscîénce, Jeu^y ai pris aocnne part! > écrivit-il au nouveau gouvernement . qoi l'avait félicité officielleuem de sa prétendue coopération, de ne sais aucun gré, ajoutait il, delà

> reconnaissance que vous mo témoignez au nom de la station ; je

> doute qu'elle vous eût choisis pour en être les organes ». Voir le Rapport d'un membre de la Dièle-genéralc helvétique à ses commettons (Ch. Koch), 1803, p. 130. Il fut question , pour cela , de faire à Muret un procès de haute trahison. Mais on y regarda à deux lois avec un homme de ce talent, de cette finesse» et Misai populaire dana son canton.

tocrates el les fédéralistes, ne pas parvenir à se réconcilier ou à a'eulendre. CeUo politique convenail d'an tant mieux au Premier^ Consul qu'elle avait pour elle la justice et que de plus il prévoyait bien que les Suisses ne sauraient jamais ni cesserj» ni étouffer leurs querelles, et l'empêcher d'intervenir. Il en attendait le moment; mais auparavant se succédèrent, depuis le renversement de Laharpe, du Directoire et des Conseils, quatre et même dnq constitutions S dans lesquelles le principe unitaire, toujours conservé, mais toujours tordu et tiré par chacun dans son sens, acheva do s'user. La politique française présidait a cette agonie* Le premier soin de ceux qui arrivaient au pouvoir, d'Aloys Reding lui-même, qui y porta un noble caractère, mais peu de talent et de tact, était de tâcher d'avoir le mot d'ordre â Paris'.

• La constilulion rapportée de Paris par Maurice Glayre, néfjocialeur de la République Helvétique et unitaire mitigé , promulguée le 23 mai \SOi ; elle avait été précédée , 2° d'un autre projet que ne goûta pas le Premier-Consul; 5° celle de la Diète-généralo helvétique , quasi-consiiiuanie, renversée au 28 cet. I80i ; celle du 27 février 1802 , renversée par le coup-d'état du 17 avril; — > 6" celle , dite des I^otables . promnl^uée le 25 mai de la même année et abolie par TActe de Médiation.

• Voir la Vie de Jean Reinhard (Zurich, 1839), art, de la Bibliolh. univ. de Genève , nouvelle série, t. XIX , p 72, 73; et la Conférence de5 députés suisses avec 1© Fremîer-Consui i p. 9 et 10, Voir aussi Jomini, XIV, 421 etc.

mi

Dans le Léman, le contre-coup de ces révolulions se fit profondément sentir. Désespérant de celle révolulioQ fédérale, qu'il avait seulement demandée avec d'autres plus intéressés el ponr* tant moins dévoués que lui à la soutenir , il se yit peu-â-peu reporté sur lui-même et ne songea plus qu'a compléter et assurer sa propre révolution.

Trois questions principales y occupaient vivement les partis. D'abord celle dont les réaction* naires accusaient le parti démocratique, de vouloir l'incorporation du Pays-de-Yaud â la France; mais elle ne fut mise en avant par quelques-uns que comme un pîs-allcr possible et préférable â la contre-révolution dont on était menacé : d'ailleurs celle incorporation ne fut jamais positivement demandée. 11 n*en fut pas de môme d'une autre question extrême, la réunion â Berne: elle fut Tobjct d'une réclamation formelle de la municipalité de cette ville et, dans le Pays-de-Vaod , de pétitions qui durent un bon nombre de signatures â Tascendant encore subsistant des familles seigneuriales el en général aux craintes des propriétaires de droits féodaux. ^C'est cette troisième question en effet qui était populaire el véritablemeni â l'ordre du jour.

Il était peu de personnes qui ne fussent intéressées à soutenir ou à repousser l'abolition des rede-

vances féodalei. Elles n^avaitnt pas peu oonlribné

à faire des partisans â Berne et même au iédéra<liMne; et» d'autre pari» dans un bal oppose » ce sujet avait formé le texte le plus net et le plus sain^ mais non le pluadéveloppé» des grotesques tribuns qui 9 à Lausanne , prenaient pour du jacobinisme leurs mascarades demi^évergondées^ leurs baran* gues joufflues et leurenfantiUageeialté du temple de Sainl-Laurent*. Ce n'était là que le produit arriéré d'un esprit dont notre révolution ne sortait pas et qui venait de s'épuiser lui-même en prodiges et en fureurs. Leur société fut fermée sans résistance : mais des adresses ou des dis* . cours patriotiques rappelaient au Corps «Légis* lattf ce point important , et demandaient Texécutiou > sans cesse ajournée , des fois qui avaient décidé Tabolition des droits féodaux; On diiFéraîl sur le mode de cette abolition : les uns la voulaient pure et simple » les autres par un rachat 9 mais sur quel pied se ferait-il 7 et avec quel revenu ? Avec celui des particuliers, ou celui des biens nationaux^? Questions scabreuses , sur lesquelles on se disputait plutôt que de les résoudre. Les seigneurs

• Voir L'ami de la Liberté ou Bulletin des Séances de la Société populaire de Lausanne , dont des échaiilillons ont élé publiés dans le Nouvelliste Yaudois, il y «quelques année*.

xm propriélaire» de fiefii se moDtraieot foM récalcitrants.

On avait payé plusieurs impôts eitraordinaires, et en attendant il ne se faisait rien pour abolir les anciens : suivant l'esprit qui présidait aux révolutions parlementaires» on était même menacé de voir rétablir ces derniers. Les campagnards ne rentendaient point ainsi : c'est à quoi , dans la plus grande partie du canton, ils étaient bien décidés. La guerre » où ils pouvaient revendiquer la meilleure part, aj^ant laissé celle de l'administration aux citadins, avaient achevé de donner les campagnes a la révolution» qui les trouva d'abord assez défiantes; et labolition des droits féodaux leur semblait être une fin nécessaire» qu'il n'était pas impossible de rendre juste en s*y prenant bien* Déçus» on pourrait même dire» joués dans leurs espérances; accablés de nouvelles charges et menacés derechef par les anciennes» ils se concertèrent â la fin et» avec un accord extraordinaire, soit des particuliers, soil des communes, ils se levèrent dans presque toute l'étendue du pays» assaillant , d'abord de nuit et masqués, puis bientôt au grand jour et par bandes nombreuses» les châteaux» les archives» brûlant les titres et criant d'un ton moitié plaisant, moitié sérieux : Paix aux Hommes, guerre aux Papiers! Sauf la peur de leur arrivée et quelques menaces, quelques

brutalités dans le premier instant , ils ne firent aucun mal, el chacun put vaquer a ses affaires, comme â raccoutumée.

Sans une équivoque sur le moment fixé pour leur rendez-vous général ' , ils auraient peut-être pris Lausanne el détruit irrévocablement bien des titres qui ne se trouvaient que la et dans les châteaux déjà visités. Mais, après ce coup manqué, leurs courses et leurs campements devenaient sans but ; uu grand nombre d'ailleurs ne voulait pas d'une destruction des titres illégale et violente ; plusieurs considéraient même Tabo* lition pure et simple comme un voK Ils se dispersèrent donc, mais leur soulèvement était trop singulier 9 trop significatif pour rester sans effet. £t peut-être sans lui les redevances féodales auraient-elles subsisté dans le canton de Vaud jusqu'à ce jour.

A peine ce mouvemenl, quoique avorté, avaitil cependant affermi la révolution cantonale en découvrant aux incrédules quelles racines elle avait poussées dans le peuple, que la révolution fédérale arrivait à une nouvelle crise et le gou- Yornemenl unitaire à sa fin. Le Premier-Consul,

* La nuit da 1*" oui : les uûs «ttUndirent celle do 90 avril a« 1*' mai , le» antres, I» nuit sub ante. (1802.)

acbevanl l'ouTrage de sa politique^ retira sea

troupes de THelvétie. Les aristocraties délrônées et les Peûts-Canlona séparatistes commencèrent â remuer : les (iédéralistes de la révolution firent alliance avec eux^ les uns et les autres s'y étaient mutuellement pousses depuis lông-temps, dans leur commune attaque contre le pouvoir centraK Le gouYernement-Doldor n'avait que qudques troupes soldées el quelques compagnies de milices, ces dernières la plupart du Léman : au lieu de rassembler une force suffisante» il les envoya» dans le Haut-Un lerwald ^ contre les insurgés, qu'elles refoulèrent d'abord au-delâ du Pilate; mais surprises, pendant les négociations , au poste de la Renk, elles durent se replier devant Tinsurrection grossissante , qui eut aussitôt une dixaine de mille hommes sous les armes. Dolder» couronnant toutes ses lâchetés ou toutes ses perfidies, se laissa ou se fit enlever dans sa chambre ; Berne fui évacuée ; et le gouvernement unitaire se retira dans le Léman , auquel il avait peu donné de preuves d'affection depuis la chute du Directoire, et où il n'était ni estimé ni aimé : mais c'était son dernier refuge , et la cause de ce canton était celle aussi de la révolution» Les insur^ gés, dont les forces augmentaient rapidement, le suivirent de près, déjà, comme leurs pères, s*apprètant au pillage. La petite armée helvétique leur

tiol lAte un moment à Salavaui et â F«QUg sur le lae de Morat : quoique très-inférieure en nombre^

elle aurait lu lié encore : mais paralysée par son fâïet, le général Ândermatt» que les aoldata regardaient comme un trailre (il était dévoue aux fédéralistes) , elle battit en retraite et , par suite d'incidents qui n'ont jamais été bien expliqués, linil par s'approcber de Lausanne dans une assez grande oonfusion .

Cependant lo Léman 8*armait, les bataillon» arrivaient au chef-lieu « plus que complets » » une diversion tentée à Orbe par le parti aristocrate, qui s'apelait le parti suisse parce qu'il tendait la main aux insurgés , avait été rapidement étouffée. Tandis que le gouvernement central s'apprêtait a traverser le lac , le préfet H* Monod déployait, pour soutenir, exciter et diriger son canton dans ce moment critique , une activité et une énergie qui lui méritèrent les éloges de Napoléon; le pays témoignait assez par toute son attitude qu'il voulait rester suisse , mais libre ; les Bernois faisaient des promesses, vagues ; une déclaration solennelle d'indépendance, signée er les treize anciens cantons cl envoyée â celui du Léman par Aloys Reding , n'arriva jamais à son adresse ! elle aurait eu certainement pour effet de ne laisser aucun appui an gouvernement central , qui serait ainsi tombé de lui-même; et vrai*-

somblabiement la médiation étrangère eût été évi« fée. Qui 6t manquer ce résnllalP on l'ignore; mais il est difficile de ne pas le supposer (Septembre et octobre 1 802).

Berne et le Pajs-de-Vaud se retrouvant donc encore en présence par le vouloir de celle4à j la guerre civile n'avait pu êlre évitée. Mais avant les dernières extrémités Napoléon eut soin d'intervenir. Il imposa sa médiation et convoqua des députés de tous les cantons en une Consulta HdçéîiquB a Paris,

«r J'aime les Suisses » , disait Napoléon : il se

reniait pour eux « un fonds de bienveillance » | fc lui-même I disait-il encore, il était né montagnard » ; et quoiqu'il ne comprit aussi pour la Suisse d'autre dignité que celle d'une existence bonnète el d'autre gloire que celle de s'appuyer sur la FraqcCj on ne peut nier que l'Acte de Médiation ne aoil UQ des traita les plus honorablea de son génie et de sa puissance. A la Consulta helvétique « il s'était franchement prononcé contre

* tiens ce fait du landammiii Morel , qui , dana la auile » ioter«

rof;é par Aloys Réding s ar cette déclaration • l'élonna bien en loi répondant qac e*élaît la première foia qn*il en enlendail parler.

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le système unitaire^ tout en se monlrAniPâmi de

ceux qui le défendaient ou du parti ropublicaia^ et tonnant contre les aristocrates» leurs intrigues^ leurs menées , leur peu de tact , qui les avaient perdue et perdu la Suisse avec eus. 11 rétablit donc le système fédératif et maintint la- révolu«» tioD.

Le canton de Vend, pour lequel il montra un intérêt particulier, devint même Tua des six grsnds csntons qui avaient deux voix en diète et conservaient ainsi y dans le gouvernement fétdéraU quelque représentation proportionelle.il eut même des élections populaires , dont avec sa li* berté de génie Napoléon» dans la situation donnée^ se déclara partisan. « Au fond les meilleurs choix» disail-il» sont ceux qui sont faits directement )• par le peuple ; c'est peut être le mode sur les» quel» en dernier résultat » Fintrigue a le moins » d'influence» parce qu'elle doit avoir moins de » prise sur un grand que sur un petit nombre £t il se prononça pour une constitution même plus démocratique que celle que nos députés

* H. ttanod , Egamen de c« qui a précédé , occMionné et êvnl les pétîUoDs de IS89 (LansanDe » 1850) , p. IS. — Voir ami lu. Cmtfénneêt dtéc plvahant

mo

(Monod , Murel el l>oiiit SacréUn) avaiont pro* posée,

L'Helvélie rcoommença ainsi do se tottrner vers la vie cantonale el ne s'occupa plus que de s'effacer el 4e réparer ses pertes. L'administration du cantou de Yaud s'organisa et devint un mO" dèle; le rachat des emses s'effectua dans des con<ditions équitables pour les deux parties; plusieurs amuéliorationa furent défâooinnienoées, dans cott« période^ et quelques-unes menées à bonne (in.

La révolution n a pas encore produit autant dlionnnes dislin^pués qu'on en trouve parmi ceux qui la firent; ces derniers^ avec un but et peut-être un talent plus précis, semblent même avoir eu une trempe plus forte, Rappelons ici quel« quea-nns de ees noms déjà trop oubliés. A la tète du gouvernement, Monod , Pîdou et Muret s'en^ teiidaient et se complétaient par des qualités di*^ ▼erses. Laharpe vivait alors â Paris dans l'étude et la retraite, mais prêt à en sortir quand le salut de sa patrie Tapellerait. Philippe Seorétan, son ami et son compagnon de chule au Directoire (il devait le précéder de bonne heure au champ du repos, où ils sont maintenant réunis), continuait de faire chérir en lui un caractère élevé et pur, un savoir vaste et original. Un ami de ce dernier. Cassât, riiommc du monde qui a le plus vu et le

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plus lu de choses exlraordînaîreSj était , comme lui^ membre du tribunal d'appel^ aprée avoir été journaliste à Paris peiidaul la révolulion. Jean* Jacques Cart leur ooUègue^ et Louis Seorétan, ancien membre du Grand-Conseil Helvétique et de la Consulta y le premier avec son originalité brusque et sa verre parfois dégénérant en aigreur, le secoud avec une éloquence vive, pétillante et ai/nable , faisaient opposition â ce qu'on pouvait redouter d'empiétement dans le pouvoir. L'ancienne noblesse se disait exclue parée qu'elle n'avait pas d'existence politique â part 5 et tâchait de donner de l'embarras.

Au dehors, la oampagne d'Egypte avait achevé d'illustrer le nom d'un Lausannois, de Reynier, Tun des généraux les plus instruits et d'une intré» pîdité, d'une froideur, dans le péril, incroyables > mais que sa célébrité â l'armée du Rhin» ses premières relations avec Moreau , et son peu de bonne volonté â se laisser séduire, avaient fait tomber dans la disgrâce de Napoléon, Remis en activité et charge d'un commandement supérieur en Italie « il commençait d'y retrouver cette mauvaise chance qui persécutait son courage ^ et qui devait être couronnée à Leipsick par

4 Voir les leUres de P.-L. Courrier qui se senUii , dtl-il , du

im

la défection des Saxons. Jomiai, que l'injustice el rinlrigue finirenl par pousser â un acte où il ful^ selon sa propre expression , « plus malheu* reux que coupable»» devenait l'historien militaire d'une époque doni b gloire terrible , mais d autant plus sure , est d'avoir poussé l'art de la guerre a sa dernière perfection.

Les relations extérieures de la Suisse sous FAete de Médiation furent toutes de neutralité en faveur de la France : elle dot entrer dans le système continental ; et ses régiments capitules, pour lesquels elle fournit proportionnellement le double plus de recrues que les sujets de TEmpire^ contribuèrent d'une façon marquée â sauver la grande-armée â Polotsk et â la Berésina»

La chute de Tempire militaire sorti de la révolution remettait tout en question el surtout cette dernière. La Suisse nouvelle, les nouveaux cantons, celui de Yaud en particulier qui avait joué le premier rôle, voyaient leur existence de nou* veau menacée. Les Autrichiens ne respectant point la déclaration de neutralité , que le parti

penchant pour Beynîer » maii n'en conserve pu moins la niéchan«^ celé ordinaire.

amiocratique parvini d'ailleurs a rendre sans

effel, passaient le Rhin et s'avançaient rapidement entre les Alpes et le Jura, Neuf anciens cantons invitèrent alors tous les Confédérés â former un nouveau pacte ^ mais déclarèrent en même temps qu'il n'y aurait plus de sujets; en dépit de Berne et du landammann de la Suisse, Reinhard , ils persistèrent à convoquer la Diète actuelle et à ne pas ressusciter celle des Treize- Cantons. Outre les amis qui lui restaient parmi ses Confédérés et dont rexislence et la tranquillité de la Confédération lui garantissaient l'intérftl ^ le canton de Vaud en avait d'autres encore auprès des Puissances; là même le parti aristocratique et bernois devait finir par avoir le dessous. Dès le début des hostilités, Jomini avait commencé d'éclairer Alexandre , et Laharpe avait aisément gagné â la cause du bon droit celui qui appelait le vieux républicain son Jidèle ami. D'ailleurs le canton de Vaud, malgré la ligue formidable soulevée contre lui en Suisse et parmi les Coalisés, ligue qui ne se rendit complètement qu'après vingt mois de lutte acharnée, occupait une position telle que, si la victoire ne lui restait pas, la Suisse tout entière serait cruellement vaincue avec lui \ Son gouvernement, dirigé â

* > U SiiUse ta k la veille it devenir une seconde Espagne ».

rintérieop parPidou, Soulier, F. Clavel, elc. ; fiesdéputéaea dièle, Moaod» Sécrélan (Louis) et Muret 9 comprirent cetle positioo; ilala dé* fendirent avec intelligence » prudence et fermeté. Ce dernier particulièrement» supportant jusqu'à la fin le cours orageux de la grande diète extraordinaire qai, sauf quelques semaines d'ajour^ nement, dura du mois de décembre 1813 au mois d*aoùt 1815, sutj à force d'habilelé , degailé, d'adroite d'éloquence» de tranquillité et de présence d'esprit» démêler les trames, déjouer les intrigues» repousser les affronts et» au témoignage de l'ambassadeur anglais lui-même, StrafFort- Canning» qui d'abord appuyait les Bernois » rem* porter l'estime unirerselle» pour son paj^s et pour lui *.

Les Puissances déclaraient n'en vouloir qu'a

l'Acte de Médiation ^ qu'à son influence» et ne point admettre de Suisse partagée. Elles deman-

Lettre de Laharpe à lord Castlerea^jh ; voir set Obseivations *ur It Préeit kiâi^rigue de Sei^pieoi » p. 186.

* Carrière politique de Jules Muret , Wotet et Pièces auiheihtiques , pftr A. Baron , archiviste (rose.) , 1 , S71. — Après la lecture de CCS docomsQls» il serait îantîle et péaible de discuter» sor ce point, la Réponse de Pertmax à l^ ancien landamman Muret (Lausanne , IS30) , p. Sft sqq. , et t^nr polémique dans ItNauçeliiste Taudois d*ao&t el septembre 1830.

daienl des changement» dans les ooasiitulions cantoaales, moins de démocralîe^ plus de coacentration dans tons les pouvoirs. Le canton de Yaud s'élail exécuté le premier. Berne dut bieu se soumettre : le nouveau Pacte fédéral fut reconnu ; le Congrès de Vienne s'occupait déjà de régler certains points particuliers et ce qui regardait l'indépendance et la neutralité de la SuissOf quand le retour de l'île d'Ëlbe failiii tout compromettre et suspendit tout un moment. On savait le canton de Yaud bonapartiste % et plusieurs particuliers, par des actes plus ou moins sagea mais gén^reoi, se donnaient baotement pour tels, de façon à le compromettre : tous les regards se tournaient sur lui. Les perfidies, les accusations, les provocations , les calomnies recommencèrent. Le Conseil-d'£tatf qui avait été revêtu de pouvoirs extraordinaires, par la fermeté de sa ligne de conduite ; les milices , forcées contre toutes leurs sympathies mais en vertu de-

' Dès le commenceiDcnl , il j eut du bonapartisme dans la révolution du canton de Vaud , qu'avait achevé d'allumer la présence du vainqueur de l'Italie , à son passap^e (fin de 1797) pour se rendre au Congrès de l^asladt. Napoléon représentait la révolution, et d'ailleura le bonapartûnM «e coniondait avec le libéraliame dan* la réaction de ISIS.

tm

l'article buii du nouveau pacte * à entrer ea France avec une armée fédérale, par leur bonne conduite, leur discipline, leur bonnélelé ; enfin la masse du peuple, par aa tranquillité el son ensemble, firent encore passer ee mauvais pas et ramenèrent au canton de Vaud les plus prévenus.

Ce fui la dernière crise de son indépendance, gagnée donc seulement au bout de vingt ans de lutte , durant lesquels U avait été deux fois mêlé aux plus grands débats européens*

11 reprit alors paisiblement le cours de ses améliorations intérieures, qui en ont fait, par ses milices, ses finances, ses routes, et l'instruetioa du peuple , l'un des cantons les plus influents el les plus florissants.

Le pouvoir avait été nécessaire en 1803 pour oi^aniseï^, en 1814 pour sauver : on ne lui trouva plus, après cela, des titres aussi légitimes. La constitution semi-étrangère contenait un principe d'aristocratie , dont une majorité démocratique, composée même surtout de campagnards, s'empara heureusement, prévenant ainsi le parti de l'aucienue noblesse, qui, depuis 1814 , essayait

* Comme le lait justcinenl remarquer Henri Drucy, dans son Discours pour la Coiutituante fédérale (Lausanne , i8ô5) « p. 10.

de le faire une place â part au pouvoir ^ Mais

celle majorilé devenait compacle, se disciplînail ; el sa Yictoire» au commenoemenl néoeasaire et légitime, menaçait d'aboutir â un palriciat au petit-pied', qui eut bientôt toute aorte d'adversaires contre loi. Laharpe reparut alors dana la lutte » cette fois en cheveux blancs, mais avec la même persévérance el la même énergie , la même sainte colère contre le mal au risque d'en être parfois injuste et aveuglé , le même caractère entier et de bonne foi. Ayant vu Tune de ses motions (pour demander des changements) brutalement et inconstitutionnellemeni repoassée par le Grand-Conseil, il se relira de ce corps et prit bientôt une part très* vive â Topposition soua le nom mérité de Pertinax. Dans des vues diverses

^ Voir la spirittielle brochore ialUuMe : Du Dix^kuit Déeembn iVOHdêseê coûtes, ptr L. PellUt docteur ca droit (Laoïaniie, Janvier. 1851), p. 4 sqq. — Voir «lusi , conme renaeignement du parti opposé * VBuai iur fa révoiuUan pomdoise dê I8S0, par J.-J. De la RoUas • membre do Grand-Couieil (Vevej , Avril 1834), p. J5 «qq. ; écrit on l'on retrouve réloqaenco nalnrollo ot le francparler doaon aoteor.

* L. Pcllis, ib., p. J2; H. Monod » Examen cAié, p. 59. — ■ La » Commission Electorale renferme , dil-on , un élément aristocra- » tique. Tant mieux . il en iaut. Nous ne voalons pas d'une déroow cratie pure». Discours d'un membre de la majorité: voir le NouveUiate Vaudoia de i8S9, p. i%%

plusietini personaes konorabies firent cause couï-

miiuo avec lui : ils eurent un journal pour organe (ci-desfiufl, p. & 15) ; le pouyoir ae vil contrôlé, et S. Clavel f le fils de l'ami de Voltaire , proposa de reviser la conslilution*

Le ^uvernement » soit pour se maintenir, soit à cause du peu de bon vouloir que monlraient encore au canton de Vaud des puissancea ëtran* gères S fui eulraîné â des mesures fâcheuses. La liberté de la presse^ â la suile de quelques élourderies et de quelques iJl>us , commen^it de recevoir de nouvelles entraves. La liberté religieuse» â laquelle un réveil général des doctrines obré» tiennes» depuis long-temps assoupies» donna quelque chose d'étrange et d'énorme au premier abord, (ut odieusement» quoique populairement» violée: plusieurs citoyens furent bannis. A. Vinet^ alors professeur à Bâie » se vit condamné à une amende» et son ami » le professeur Ch. Monnard^ arbitrairement suspendu » pour avoir soutenu les droits de la publicité ei de la conscience. Ceci indigna. Enfin des pétitions et des maniiestations de plus d'un genre ' » engagèrent le Conseil*

' En 1823, au conférés de Johannisberg , le pléaipotentiaire irtoç«it iotUtait pour qu'on réuUii on Snim Taiicieii résioie.

* Voir ]Souv. Vaudois de 1829, p. 189, 'i07«qq.

d'Etat à proposer lai même des cliangciiienff (mai, 1830). La siluatioa extérieure élaU daiU leurs florissante : denx négociations oondoites par Muret , l'une concernant la vallée des Pap« pes , rétrocédée au canton de Vaud par le eon« grès de Vienne el que la France ne restituait pas; rautro concernant la baisse de i'Ohmgeld bernois, étaient suri» point de réussir*, lorsque la révo* lution de juillet, mettant fin â toute autre ques* tion. Tint augmenter les exigences démocratiques, et fut suivie, en décembre 1 830, d'un mouvement sur Lausanne, vivement répudie par ceux qui ne voulaient que d'une opposition légale. Le Grand* Conseil, alors assemblé dans sa session d'au* tomne» décréta la convocation d'une constituante : celle ci rédigea une charte nouvelle, purement populaire mais représentative, et la soumit au peuple, qui l'accepta.

L*écueil des histoires très-particuUàres comme

la nôtre, qui n'est qu'un sentier presque inaperçu, c'est qu'elles n'intéressent que par les détails; el le public a la fâcheuse surprise de trouver fort long ce qu'il se figurait, sans y avoir bien pensé, pouvoir être dit en deux mots.

• Voir la Ùa%eUê ttAugibourg, dlë« par le Noov. Vaudoiidc 1619 • p. 1 1 • el noire Hîsl. de la Kevalolion Hekéliqae etc.

Les détails^ les noms propres nous Auraient été nécessaires jusqu'à la fin ^ et c'eùl été mémo nous rendre infidèle i nos droits que de les éviter tous. Mais nous arrivons ici sur l'extrême fron* tière de noire récit : le nouvol liorison qui se présente est à peine découvert , et toute sorte de vapeora renvîronneal ; jusqu'à oe dono qu'il soit bien connu et remplacé par un autre , nous no pouvons en parler qu'avec doute et discrétion.

Notre vie démocratique présente encore bien des lacunes^ elle a aussi ses abîmes et ses nuages. Cependant sous cette ire nouvelle , héritière de précédents travaux (il serait injuste de Ponblier) % les progrès ont suivi leur cours et^ sans être eiemptsde titonnemenls ni de chutes , ils ont redoublé d'ardeur, d'espérances, et ont pu moins ezdosivement s'en tenir aux intérêts matériels. On a senti que l'instruction primaire était pour ' ainsi dire tonte la question sociale ' : aussi^ im« posée strictement à chaque citoyen , a-t-die reçu des développements considérables, trop étendus peut-être pour former un ensemble bien solide et bien sûr. La science, la littérature^ la poésie

* Le code civil , la niaiion pénitentiaire , Torganisation dea milices I la loi sur le parcours, sur les roules, etc. etc.

* € Védocatloii CM l'idée d la loi île l'avenir. Une grande ref->

waème, conlnueBl d'être cuUiirées dms noM

pelit champ , plut fertile que bien exposé ; ces deroiem, peoUètre arro moiM do fiM^lilé et de goût qu'autrefois, mais avec plus de sérieux et de profondeur * : oependeai toute» lea troia ont. peu pénétré encore dana la TÎe natiooale, qui eai tonjoura eaaeutieUement politique et agricole.

Quoique peu apparente pour qui n'y est pae initié, cette vie politique n'eu est pas moins trèsétendue, trèa^intriguëe , et combine aaaes bien* rintérêt et le dévouement. La richesse ne vient

• iHMiiibilité pèse donc sar le Umpi présent ; et an jour il lui sera » demandé de rendre compte de son osuvre : l'avenir par Tédoca- ■ lion ». André Gindros , dans lequel l'instruction primaire a trouvé chez nous un dévoué promoteur. Voir son Exposé det motifs de

la loi sur les écoles primaires ou De t Instruction primaire dans le canton de Vaud (Laus. , 1834), p. 127. — L'Ecole Normale des régents, dirigée par M. Gaulhey , s'est fait une réputation. luêmc au-dehors, cl a été citée avec éloge, notamment par Victor Cousin. Voir De VEcole-lSormale ducanlonde Vaud, par L.-F.-F. Gaulhey (Uoa.,i839)»p. 39.

' Citons , sens espérer les nommer tout» les pridcipaux noms actuels de notre littérature vaudoise: Vlnel, Monnard • Porcbat»

Vullicmin , De Gingins , Fréd. , W*. cl Fél. Chavannes, J"« Favcz, Ch. Secrctan, H. Durand, Franç. Oyex, Fréd. Frossard, Ad. Lebre, etc. etc. Lorsqu'il y a quelques années, la mort nous enleva Manuel» dans la pleine maturité d*un talent si riche et si naïf, dont il ne nous reste malheureusement que des souvenirs, et Fréd. Alonneron dans un essor «{ui promettait d'être celai du génie, il sembla qtfetle voulait tout nous prendre à la fois, • le fruit comme la fleur» (Sainte-Beuve). Voir Critiques et Portraiu littéraires, art. sur M. Vlnet, t. T. , 18S sqqo 156 ; et la Revue suisse, I » 078 sqq.

trop soavcni cherdier ici que iâ Iranquillilé et la

retraite, mais die seal pourlaui mootrée active et pâtriolique ayec qaelqaes citoyens g^éoereux

D'autres graves questions encore» outre celle de riastmclion pnUiqne^ ae sont élevées dans eeeoorl espace de dixans, après une révolution qui d'ailleurs les posait toutes : celle d'une conatituante fé« dérale ' , pour laquelle la République Helvétique ne présente que d'imparfaits antécédents ; celles de la réorganiaatioii judiciaire * , académique ^ ,

* Mm. Perdonnet (déjà Pud de nos patriotes de 98), Ed. Coavren, qui Tunet l'autre auront tant contribué à l'cmbeilisseincnt de Vevey ; Haldimatid (d'une fannille anglaise mais d'origine vaudoUe; ci-detsas» p. 1265), Tb. Rivier ; Gay (<ie Beauséjoar) etc. etc.

* Celte canie s été joatenne tvec Tiguear et talent par H. Draej. conaailler-d'état. Voir ioa Diteaun cité ploa haut.

* Une nouvelle organisation judiciaire , dans laquelle entrent quelque* éléments du Jury , a été adoptée , système coinpoiite doni l'eiaat nous appartient , je croit, et n'est pas encore jugé.

* L'Académie a subi une ▼éritable révolution « dont elle est encore un peu ébranlée. Récemment Illustrée par le grand poète slave, Adam Mickiéwks, et, un peu auparavant» par le plus intime et le plus original des critiques, Sainte-Beuve, elle a de belles chances de succès; entr*iutres: 1** on champ tonltrouvéd*activitéqui lui soit propre et en harmonie avec le caractère national, savoir les sciences morales et politiques, car elle ne doit pas rivaliser inutilement avec Genève pour les sciences malhématiquefi ; son double voisinage de la France et de T Allemagne; 3° sa faculté de théologie qui, si on n'en terme pas trop hermétiquement l'accès, attirera certainement des étudiants étrangersi à? la réputation que l'Académie s*est déjà faite depuis quelque temps ; on lit dans la Revue des dea& Mondes : « Mous devons être fiers de notre parenté avec cette uni-

ecclosiaslique ' , elc. Toutes onl été vivemeiit discutées^ plusieurs momeataaemeut résolues. La question religieuse» comme eu reste ayant 1830» mais celte fois dans le sens contraire» a particulièrement agité , servi et desservi les partis, te réveil religieux lui-même, après vingt ans de lutte et de victoire 9 semble s'être avec les uns four-^ voyé» avec d'autres» arrête et relâché dans son propre embarras Du reste » de chaque côté^ bien des préjugés tombent; on comprend mieux les directions diverses; toutes les,idées, même les utopies» qui sont les plus fécondes de toutes» finissent par obtenir l'examen^ ; le siècle esi sérieux , pratique et génoralisateur.

• vcrsité de Lausanne* qui compte àe$ professeuri teta que Mil;.

• Honnard. Ch Secrélan, Zandel» etc. (L XXVI , p. 954). — Le collège csntonal , augmenté et diaciplîné, a iMnvé daoa H. So\o^ miac un direetear terme et intelligent.

* La Bible a été posée pour seule règle , fundement dont on ne peut rien dire sinon qu'il est trop beau, et qu'il pourrait risquer du préparer à la Bible le rôle tàcbeux, si ce n'est le sort, des confessions de ioi.

* Le réTeil religieni eonprendrail bien mal la crise oà il se trouve ici dans ce moment s*il n'y apprenait pas que l'esprit uiéticuleux des sectes , les minuties de controverse , le cliquetis des versets (çox ferrea genwas) ne seront jamais le ctiristianiime.

^ Les socialistes « on les utopistes modernes» ont aussi leur» partisans sur nos bords , principalement Fourrier, assurément lé plus grand de tous, mais qui a fait le contraire d'Arcbimède; qui a^soulevé un monde et n*a oublié que le point d'appui.

Le Canton deVaud a dans la Gonfédéralion une place imporUole, easenlieile^ une influence mérilée. Par sa promplitade â s'armer contre Té* Iranger^ même contre la France*; par sa politique impartiale» par sa fermeté, sa tranquillité» son indépendance et sa modération , il a prouvé son esprit suiase, fédéral; et é sa vieille réputation de débonnairete , assez volontiers eiploitée , il joint de plus en plus celle de canton juste» fort et conciliant,

La nouvelle Suisse se défie trop peut-être de ses récentes ori^nes , comme s'il était en sa puis* sance de les renier ; elle oublie trop , en voulant remonter de nos jours à ceux du Grutli» qu'ils ne sont liés que par un abtme. Il faut oser être soi et ne pas même s'imiter : lancienne Suisse renaîtra» plus il y aura vraiment une Suisse nou-> velle. Mais surtout» qu'il reste a jamais sous la garde du Ciel le vieux rocher qui a A souvent remontré sa tèle au-dessus des nuages ! Les fils du Léman y ont enfin planté leur drapeau «

* Contre celte France qui , au lieu de se rallier les étals sccoiifdaires 4 semblait lout faire alors pour les repousser (1838). — Le mouvement, représenté en diète par Ch. Monnard, tut spontané» •ans hésitation, général* et aOMt iUnplment sérit ni que l'atuqiia éuit craellcment l^ère.

Fin dv ih* kt onum um.

ËPILOGUË.

Il esi fiai ce long voyage » ô mes Amis 1 pen*

dant lequel nous avons eu le temps de vieillir, noire voix, au communcemeat Irop jeune e| trop forte , de se modérer et nos pensées de se coocentrer peu-à-peu ! Que de tours et retours dans ce petit espace où nous avons voulu voir un moment Tunîvers ! Nous avons compté et recompté les montagnes » les bois, les prés, les champs^ tout jusqu'aux buissons et aux pierres. U n est rien que nous n'ayons remué 9 touché, appelé, au risque de n'avoir que notre propre ccbo pour réponse. Point de ileur^ point d'oiseau, * que nous n'ayons regardés, écoutés, admirés et chéris ! et plutôt que de rien oublier, nous avons

coara môme après le nuage ^ qui est aussi la patrie de réclair. Poiut de noms que nous n'ayons salués et d'autant plus pieusement re*

cueillis quMls élaîeul plus inconnus ! Nous aurions voulu vous redire un a un, vous apprendre par cœur, comme l'Arabe sa généalogie , noms ignorés, noms rustiques d'hommes qui ont seulement vécu t souffert , et qui sont morts, emportant aussi avec eux tout un monde. Nous n'a- Tons pas écrit pour la gloire, ni la gloire ne peot-^ être le partage de nos héros. Nous avons écrit pour parler de vous , de tout notre cœur , Lacs> Forèls et Montagnes ! Vallons » golfes des cieux ! Cimes, écueils des nues ! de vous. Ruines penchées ! Eglises en prières ! Hameaux ombragés t de vous , ô nos Devanciers et nos Pères ! nos Frères et nos Concitoyens ! de vous , pour en parler à nos enfants !

Nous n'avions pas d'histoire, nous voulûmes montrer que, le présent aidant au passé, nous pouvions nous en faire une, et retrouver notre caractère national, dussions nous, pour cela, meltro même un peu en relief les côtés mauvais^ Nous avons moins couru après les petites décou* vertes, qui ne peuvent donner un fond nouveau^ que tâché de faire ressortir celui-ci, d'expiimer sa nature, et d'en relever l'intérêt pilloresque et' moral.

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Voila ce que nous avous fait » ô mes Amia ! ensemble par la penaëe el la patrie, arrêtant > reprenant notre pélerinagj, l'égarant môme par difficulté, par fatigne on par plaisir* Noos avons écrit telle page en chantant^ telle autre la main pesante de tristesse ou de peine. Mais qiM^importent les défauts et les mérites de l'auteur, si la patrie se voit bien ici tout entière ! c'est d'elle seule qu'il s'agit. Il n'y a pas ici un ouvrage littéraire, il y a une iougue et intime recherche, une ardente poursuite, un profond amour. Aussi, tant que le pâtre du Léman ira s'asseoir au pied des tours rocheuses , où la sonnerie du troupeau semble chanter en dormant avec l'écho qui s'éveille à demi ; tant que le vigneron descendra, tout chargé de raisins, la colline abritée ; tant que leur député fidèle montera gravement au Château méditant son vote avec un cœur pur, ce livre de famille, ô mes Amis ! ne sera point perdu : toujours il se trouvera quelqu'un pouren secouer la poussière, en vaincre l'abord, en suivre au hasard quelques pages , y penser et Taimer.

Et maintenant adieu, ô mes Amis ! je le confie â votre garde. Quand la vieillesse sera toute venue, alors vous ou moi, dans la causerie du soir, nous reprendrons ces récits, sans trop les corriger pour ne paa gâter leurs défauts; nous y ajouterons ce que nous aurons vu, nous rap-

pelant notre jeune âge et regardant , du fond de la Yallée^ ces blaaca chalets qui ne devront plus nous recwoir, et cea deraièrea deoMurea qui a'ouvrent tout en haut sur nos têtes.

LàusANKB 9 juillet, 1841.

fiClAlKClSSIlKlIIS.

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