‹ Le Canton de Vaud, sa vie et son histoireChapitre 18 sur 74 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Âvec rorieot méridional de l'Asie et l'Inde en parliculier, la manifestation temporelle et progreMive de l'Immuable et du Parfait en eat à aet premiers pat* Dieu | mécooDU et re» Jeté, a commencé 9 ai nous l'osons dire, de sortir de lui* même |ioar entrer dans la vote trouble et mauvaise où il veut suivre et sauver rhommemalgrë lui. Ce n'est qu*un pas encore, mais Dieu a déjà disparu derrière la création. 11 n'est plus là. L'homme s'en est fait un autre. Mais ici Dieu est encore tout près de lui-même pour ainsi dire; car tout ce qui est à lui) se trouve encore dans ce dieu-lÀ ; il n'y a que Dieu qui y manque. C'est Dieu sans forme et sans eiistenoe propre , Dieu englooti dans la vie enfàntinement divinisée , d'oii il ne sort que vaguement sous de fiintastiques figures. C'est l'infini qui cherche à prendre un corps et retombe sur lui-même entraîné par son propre poids: Parabrahma ou le grand Brahm, enveloppé de son manteau et repliant en cercle ses pieds vers son front. C'est la vie universelle qui cherche à produire un type unique et qui ne peut que symboliser ses forces :

* Ceci complétera un peu les vues présentées dans le texte sur le développement historique du fait divin dans l'humanité. Elles ont été le sujet de diflérenis cours publics donnés I LanssBiie par l'aoteor.

iCLAIRClSSENINTS

Brahma, le créateur, le fornialenr, yislinun, 1*^ coiiservaleur, le dieu de l'immorlalité par les métempsycoses des êtres ; Skiva ou Mahadeva , le dieu régnant et agissant , le destruo teur et le transformateur. Tous 9 dieux vagues i ioformes, se soulevaot i peiae hora d'eux-mêmes y représeutauts de la nature maïs DOD ses mattres « copistes et non artistes de Tuoivers : la totalité saos l'individualité , l'unité sans la liberté ^ la multiplicité sans la forme , le monde sans l'homme. A ce moment de sa vie, Thumanité n'en est qu'aux castes dans ses créations sociales, et qu'au symbole dans Tart ; se sont, pour représenter par un être divin celle vie confuse qui s'élance tout entière à la fois , plusieurs bras ei plusieurs tétea essayant en vain de se dégager de Tuniverselle nature ; mais ce n'est pas Dieu.

Arrivé au plateau de l'Iran, ce vaste dieu informe de l'Inde et de PAsIe orientales^ cette grosse nature divine se précise , se dessine davantage et , afin de prendre une existence plus nelle el plus vive , se fend pour ainsi dire en deux grands génies de la divinité, entre lesquels elle n'est pas encore décidée. L'opaque universalité du dieu indien s'éclaire sous le ciel serein et cliaud de la Perse , aux lueurs nocturnes des sources de naphte et des lacs bitumineux de i'Aderbicyan. Le divin triage esi id plus avancé : il j a aéparation et il j a lutte ; Dieu est devenu plus libre et plus clair. Mais en revanche , son unilé est profondément attaquée : il n*j a pas seulement des représentations différentes d'une même idée de Dieu ; il y a deux divinités en présence. La liberté et l'erreur marcheul de concert. Les aucieus Perses sont d'entre les peuples panthéistiques du primitif Orient les moins asservis aux castes et au régime sacerdotal ^ ils forment le monde politique de l'ancienne Asie. Ils méritent le surnom qu'on leur a quelquefois donné , de Piuitams du paganisme. Mais, avec eux pourtant , le polythéisme est définitivement constitué , en essence comme en fait.

L'Egypte est l'Iran et Tlnde réunis, mais profondément modifiés, déjà par le fait seul de leur réunion. Le combat du

DO UVBI SBCORD

bon cl du mauvais principe y reparaîiavec T)'phoD el Osiris, qui esl aussi le soleil » le feu; la double faM des diotetf même dans le bien ei le vrai , j est de plus repréaeatée par ceg pairea de dieux é^aux el ideoUquea i maU diatkiota , Gai* m-laiat Oalria-Hen^èiif quiae pariagent le nMode : ajrmbolea de la vk , «aie préoîaée par lear nature égypiienne et locale , ce ne sont plus là seulement dee dleuv* principes , mais des dieux-réels , en qui i'idde philosophique esi bien mieux paganisée. Toulefois elle n'esl pas encore complélement humaine ; car ce qui disliogue surloul rËgjple, c'est que l'io- •linci des animaux y est devenu , bien plus que chex lea Hindoue I le ijpe prinaipal de la divinité. Lea animaux emploient aurtout lenr înalînct i ae procurer la nourriture. La 'nutrition aera donc, aux yeux des Euptient, l'âme et la vie de la nature, comme le Nil eat Tâme de leur pajs. Le fleuve nourricier et le bœuf de labour seront les dieux de l'Egypte et le même dieu. L'immortalité, même du corps (idée d'ailleurs chrétienne), mais du corps animal, sera rêvée. Il y a dans tout ceci un progrès, iies animaux, par leur instinct, août anpérieure aux forces aveuglée de la nature , et , redreseant le aentiment religpeux , le ramènent à l'idée de rinlelligencc ei de l'homme oîi l'image de la dtvinîléy altérée par uqe «anae générale et profiande, doit revenir eUe-mème graver aea traits. L'adoration des animaux est ainsi un pas dans le retour vers le Dieu intelligent et libre , le Dieu-homme, le seul vrai Dieu pour nous. Mais, d'un autre côté , ce progrès s'est fait dans la voie où rhotnme ne peut jamais par lui-mômc cesser de s'égarer, loi» vous ètea plualoin de la grande univerealité divine que le panthéisme fur consacrait davanUge. Il faut continuer de perdre pour oontinuer de §e§ner.

Lea naiiona de la Mésopotamie et de la Phénioie furent rintermédiaire entre TOrient asiatico-égyptten et TOccident gréco-romain. Avec les peuples de Baal et de Bel, l'asservissenieiu ou la résistance à la nature produit un double effet : i"" une sorte d'imitation licencieuse des forces de cette dernière i une consécration de ces foroea daoa l'hooime qui ae li-

icLAimassimim

vre, avec un enthousiasme sauvage, avec une inspiration désordonnée, aux excès les plus affreux. Doclriues abomioables, maia qui niontreot cependant la suite de ce combai de la nature ei de i'honinie : celui-ci croit hooorer ou dompter celle-là eu ne lui rëaistani pas, ou en exagérant sa poittance et ses lois, a^ l'ascétisme | la rigueur impitoyable des pratiques par lesquelles l'homme veut étoufer les penchants naturels qui le maîtrisent , ennoblir son dieu ou le vaincre. Symboles de la nature, surtout des astres, du mouvement , ces dieux informes Tétaient en même temps de la société et de l'état I mais avec quelque chose encore de peu humaio et de monstrueux. Quant à l'Hercule des Phéniciens, c'est la nature trairaillée , l'humanité industrielle et ▼oyageuse; le dieu trafiquant et civilisateur: mais, dans la phrase que l'humanité prononce, il semble n'être quels transition.

Avec les Grecs et les Romains, enfin la divinité et l'humanilé se touchent indissolublement. Mais c'est l'homme qui se fait dieu. Chez ceux-là, c'est l'homme divinisé par la vie mAme, par la beauté et la grâce; tout l'homme , dans ce qu*H a de bon et de mauvais ; l'individu pleinement développé dans tout son être: beau, héroïque, immoral, payen, philoso» phe , athlète , artiste , et citoyen. A Romey ce n'est pss l'honime-in(fividu qui se fait dien ; c'est l'homme-peuple , l'honme-social. La Cité, puis l'Empereur, v(rflà lescfieoz romains. Les Grecs avaient humanisé , anlhropomorphisé la divinité. Ils faisaient Dieu semblable à l'homme : seulement ils lui donnaient une existence surnaturelle. Mais ils n'en brisaient pas moins l'unité divine, et faisaient plusieurs dieux. Ensorte que si, d'un côté| il y a une idée religieuse plus vraie ou moins faussée dans le panthéisme que dans le polythéisme ^ d'un autre côté, par celui-ci avec les Grecs, l'humanité arri* valt à un type de dieu indépendant et semblable à nous. Puis, que fait Rome? Elle va plus loin. Les Grecs conservaient au moins à la divinité sa sphère particulière , par le culte du beau , par cette auréole d'idéalité classique dont ils illuminèrent son humanité tonte humaine et matérielle : Dieu ,

DO LIVRli S£COi\D.

quoique «emblable à l'homme» éuit par le principe et le culte du beau encore eu dehors de la réalité. Rome mit la divinité en elle : elle se déifia, elle s'adora ; elle crut en elle, et en nul autre dieu que par elle. La véritable et première déité romaine , celle qui avait la foi profonde des Romains, c'tiiail Rome, la ville par excellence, la ville élernelle du monde : Urbs orbis. 11 y a certainement , dans cette marche des choses, aberration du sentiment religieux plus grande encore que précédemment. Dieu, pour ainsi dire, n'existe plus. 11 n'a plus ni son semblant de vraie et réelle existence, ni son existence poétique, idéale ; ce n'est plus la création tout entière, c'est-à-dire toute l'œuvre de Dieu, qui est dieu. C'est l'œuvre des hommes, une ville, un empire, qui sont déifiés. Mais voyez maintenant le progrès sous cette altération. Il existe ou il s'annonce, en ce que par cette marche du sentiment religieux , toute déviée qu'elle puisse être, reparait le vrai Dieu éternellement agissant. Dans cette assurance et cette foi que Rome a de ses destinées , nous commençons à entrevoir le Dieu de l'hislolre humaine , la providence dirigeant le monde et l'amenant à ses fins. On sent qu'il y a là une idée supérieure au cours matériel des événements et des choses , à la résistance de tous ces éléments divers qui composent le monde et s'en disputent lour-à-tour la possession. On voit poindre un autre soleil, qui éclaire et conduit l'humaniié. Ce n'est plus le dieu-nature, créateur et créé, écrasant et écrasé , im* mobile, vivant comme ne vivant pas; ni le dieu poétique vivant d'une vie purement idéale, et n'étant que la Jàhû de la réalité. Ce n'est pas un vague destin présûiant à l'ensemble des choses et se confondant avec elles. C*est une foi en une puissance active , en une loi de domination et de rassemblement, qui n'est au fond que le symbole obscurcissant et mal compris de Tidée de progrès. C'est un pressentiment de l'humanité fugitive mais traînant partout sa laisse, dont elle enlace la terre pour mieux s'attacher à elle-même en attendant que le ciel la retire à lui. C'est le Dieu de l'histoire , c'est-à-dire le Dieu de l'action et de la vie. C'est un commen*

XZXViil ÉCLAIRCniBMBm

cernent du Dieu vivant. Son idée reparait ainsi plus pure

sous le principe corrupteur de la religion de Rome. Mais c'est Dieu qui se découvre lui-même el non pas Rome c^ni le fait.

Quand s'organisait ce vaste dieu impérial , dans le sein du»* quel tout les dieux précédente se trouvèrent k l'aise , parallé* leroent au briliant paganisme gréeo«ro«iain du midi marchait robseor paganisme ceho-germanique du nord. Là | le Gaulois apprenait à ne pas plus craindre la mort que la vie, à mesurer le monde à la longueur de son bras, à vivre de gloire , de vaillance et d'immortalité , à se faire enfin par l'héroïque voix des Bardes une chanteuse mémoire et un retentissant tombeau. Il se couchait avec joie dans la fosse ténébreuse^ pourvu qu*à ses e6tés on y mh ea lanee, el qu'il y eût le visage tourné & l'orient , vers le père du jour. Belen ( le soleil ) était aussi le dieu des plantes salutairea » des forces extraordinaires de la nature y de la médecine merveilleuse et de I» magie ; le dieu enfin de l'homme exalté au-dessus de luimême, rendu surnaturel et immortel par la force de son esprit ou de son corps, le dieu du guerrier et du magicien, l'un plus fort que la vie , l'autre plus fort que la mort. L'aventureux Scandinave cherche par toute U terre la sainte cité des Ases > Asgard , d'oà eea ancêtres fiireot autrefine expulsés. D'autres héros ee rangent atitour de lui, absorbée dans son Indépendance et le cosamuo vagabondage. Gimme Siegfrid , « parcourir maints pays par la force de leur bras • , telle est la vie des hardis compagnons; leur but, gagner villes et royaumes, et au prix d'épreuves terribles conquérir l'héroïque amour de la vierge au cœur fort , être sacré dont le regard est tourné sur i'aveoir. Frigga et les gueriières Walkyries président à cette vie d'aventUre et d'amour* Sur le champ de bataille , elles cueiMeat ke« Ames des héros , fleurs de vaillance qin renaissent dans le aaog. Odin leur ouvre le paradis des braves , le Walbalia , la grande salle du ciel , ok ifs attendent, dans les joûtes et les banquets , l'embrasement iinal de l'univers , dernier champion qui doit aussi descendre

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UTRB SECOND. XXXIX

clans la lice , y coiiibaUre el y luuurir. Ainsi donC) aux temps du ChrisliaDismCf le monde celto-germanique , s'ébranlant à son tour , allaii joindre » à rhumanilé poéiiqiie et pratique de ia Grèce et de Rome, ses types divinisés de force individuelle, de dévouement personnel , d*aventure chevaleresque et de servage amoureun. L*boninie se donnait à rhomme : mais, vainement exhaussé sur son compagnon , il ne pouvait sortir de la terre, géant, escalader le del. La femme reprenait son rang, mais pour cmpit^ter sur celui de Dieu.

Assurément nous ne prétendons pas avoir rendu toutes les nuances que le seutimeni religieux a revêtues dans son cours à travers les peuples; mais nous sommes entrés du moins daos les principaux lacs oii ce divin fleuve a épanché ses eaux. Quant au Mahomélismen malgré la puissance de son génie, il occupe évidemment un rang secondaire. Son seul grand dogme est Tunité de Dieu. Mais ce n'est pas lui qui l'a donné au monde. Le Judaïsme et le Christianisme l'avaient déjà fait; et les panthcismes orieulaux eux-mêmes , derrière leurs symboles variés de la nature divinisée , tenaient en réserve Tidée d'un dieu unique et massil. Le dogme essentiel de l'Islamisme est donc à moitié emprunté : en sorte que le prophète de la Mecque, vu dans Tensemble de l'humanité, est loin de la rassembler un moment tout entière. L'Orient seul est à lui , mais l'Orient attardé , trop faible pour porter le Christianisme devenu homme , et n'en ayant pu porter que le berceau. Là et dans cette position, le Mahomélisuie est le chef d'un grand progrès. Nul n'a prêché plus que lui l'unité et la personnalité de Dieuj et n'étant pas immobile et isolé comme le Judaïsme, mais une religion voyageuse , il a divulgué cette croyance au loin. 11 l'a exagérée en représentant Dieu tout seul par <lelà les mondes, avec des Génies » des intelligences suballerncs pour le aervir, comme un maître oriental l'esi par ses esclaves. Pour le Musulman , Dieu n'est en quelque sorte qu'essence et idée'; il est unique el il est un ; Mahomet n'est qu'un prophète. Point de variété, de transfiguration, de formes, de mouvement. L'unité immobile. A cet égard, il est

iCLAlBCISSBMMTS

admirablement asiatique | maitil n'est que cela; toul comme il fut auati admirablemeni façonné par rimmense génie qui le conçut, à bouleverser Tancienne Asie, l'Asie pantbéistique et idolâtre C'est là un travail en 8ousK>rdre, un premier cbemln frayé par la hache, ouvert à qui saura l'aplanir.

Auparavant Thumanité s'tHait conquise elle-même tout entière , dans la conquête de Vidée de Dieu. La nature, essayant vaguement de revêtir la forme humaine; le laboureur; le marchand ; le demi-dieu ; l'empereur , avaient été iour*à~ tour Tidole dressée par elle sur le monde : elle allait lui donner encore celle delà femme divinisée, du dévouement individuel et de l'amour. C'est l'humanité sous tous ses types possibles. Absirayes-les en un seul qui sera l'humanité même divinisée, et joignez-y Tunivers des panthéismes sacerdotaux , vous aurez tout ce que l'homme peut conquérir de Dieu : la nature et Thomme lui-même. Il a poussé Tidée de Dieu dans toutes les branches , dans toutes les feuilles de ces deux grands rameaux. Il a vu Dieu partout ; en toutes choses , il s'est agenouillé devant lui. Mais ou bien son Dieu a été sans individualité, sans htimanité, et il était alors plus complet, mais plus vague et l'homme plus anéanti ; ou il a divinisé l'humanité , et son Dieu est devenu alors plus précis, plus humain y plus actif, mais plus incomplet et plus imparfait en essence , et l'homme a été plus près mais plus oublieux de la divinité. Ecraser Tbomme sous le trône de Dieu , ou l'y asseoir tout seul, nous n'avons jamais su faire autre chose, et que pouvions-nous faire de plus ? Il reste bien un troisième parti , mais ce n'est pas nous qui pouvons le prendre : au lieu de l'homme qui se fait Dieu , lui et son ensemble , c'est Dieu qui se fkit homme , et donne ou plutdt rend k Thumanité son véritable type, à la nature son âme et sa loi. Il n'y a depossible en effet que ces trois termes : le dieu-nature, l'homme se faisant dieu, ou Dieu se faisant homme. Or l'accomplissement de cette dernière hypothèse ne regarde pas Thomme : et, au temps oh parut le Christianisme, l'homme avait accompli les deux premiers termes, sans en voir ré-

DU UVBI tMOMO. XII

suher Diev , mais 0eQlenMDl ane ionge ioforme ou souillée de la divinité. La roate où l'homme emportait DIen tooniait

perpétuellement sur elle-même, et nous roulions avec elle d'obscurités en clartés fausses , d^asservissemenls en orgueils, d'inerlie en aclivilé sans bul el sans espoir. Dieu la redressa soudain , en la remellaot en communicalion avec le ciel| d'où lui-même il deaceudii. Voiià du moÎM ce qu'il fallait que l'on Ht pour rkomme , et ce que l'homme ne pouvait paa faire pour soi. Qui croit en Dieu croira bien que cela fût fait ; mais il nous suffit de savoir , par Thistoire universelle et chacun de nous par la nôtre , que cela doive Tétre : la foi ne peut pas éUe la vue; el un vrai désir de Dieu est déjà de la foi.

lIoTt ttstiTiBUt. Ce qni |Mrécède a été impriné , nuis non publié» il y a déjà treîs on qaatre aos , eo même teaips que le prennier tome. On pourrait donc le supprimer , et je me crois sûr d'en avoir bonne envie. Bès-lors mes idées sur ce siyet fondamental de Thisloire, sans subir de changements graves» se sont pourtant modifiées en se précisant el en se complétant. Je ne me dissimule pas non plus et me sni»à peine dissimulé au premier instant, que tout ceci est un hors-d'ceuvre, déjà dans le texte , ici donc bien davantage. Mais quoi ! j'ai en tant d'affection pour mon sujet qti*!! est devenu nn moment pour moi l'univers : voilà ma faute et mon excuse El [>ui$ ne sommesnous pas tous enfermés dans le même cercle du ciel, et, à propos du Léman, pourquoi , aussi bien qu'à propos de l'Océan , ne parlerailon pas de l'ensemble du monde ? i'uo el l'autre ue sont qu'un |)oinl de l'océan infini.

Ce genre de recherches n'est d'ailleurs pas sans antécédents dans notre pays ; et peut-être trouvera-l-on qu'elles ne vont point mal au calme et à l'obscurité de ses retraites. Le colonel Polier, de Lausanne, fut un des premiers qui lournit des matériaux authentiques sur la religion des Hindous j le colonel Bonjour, d'Avenches, rapporta aus:>i, d'un long séjour dans l'Inde, non-seulement une grande fortune mais la connaissance de la doctrine de Brahroa cl publia , à Lausanne , un savant opuscule sur aies dt^mes des Chrétiens comparés avec ceux des anciens peuples». Nous avons vu que Virel avait aussi comparé, è saatode» les Empires qui vont toujours en empirant.

Enfin , cet ouvrage n'éUnt absolument destiné qu'à mes concitoyens, quel mal y aurait*il è ce qu'il leur parlât un peu de loul, quand même

ce serait parfois à torl eià Iraven? Chez dous les biblioUièques tolumineuses sont rares : cel arliclesur les religioos sera peut-élre tout ce que lira jamais sur ce sujet tel penseur rustique el solitaire, qu'il pourra donc mettre un peu au courant. Puisque d'ailleurs il est imprimé cette considération me décide à le laisser paraître ^ au lieu, comme cela se pourrait eocore, d'en faire le sacriûce à moo amourpropre d'auteur.

On me permettra seulemeoi d'^oler qoclqaes réfle&iooa pour claircir el le rectifier.

Loin de foulotr faire enfiiBler Dieo par l'kooMiaîlé , ooos partons de l'idée an oonlraire que l'homme a'esl séparé de Diee, l'a perdu, bmIs qu'il le cherche.

Chsque civilisalion , chaque peuple qui eslvraimeul lui» a une idéemére, créatrice, qui esl comme son âme tirante, sa 6gnre iniérienre, qu'il lâche de réaliser et dont son histoire donne le portrait: c'est, religion , politique, ou morale , lldée plus ou moins iopar&ite, pinson moins corrompue, qu'il se fait de la difinit黫Chaquo-homme, dans sa recherche individuelle de Dieu « est susceptible de passer aussi par tous ces mondes. Qui n'a pas été une fois grec ou romain , on che?alier, on finlastique elenfonl comme les Hindous? etc.— Depuis le christianisme» lout ce qui n'est pas chrétien n'a pu que répéter et perfectionner quelquefois , grâce à lui, les idées que l'humanité avait déjà parcourues a vanl lui. Ainsi, au moyen-âge , la chevalerie, qui n'est an fond , avec un élément chrétien, que l'ancien idéal religieux du paganisme du nord. Ainsi les panlhéismes modernes, répétition abstraite des vieui pantbéismes orientaus; les socialismes, qui sont aussi un retour à la nature el une tentative pour détruire l'individualité , comme dans le régime des castes, au profit des généralisations sociales.

Dans cette poursuite incessante , inévitable , de Dieu , et qui en est tout à la fois une fuite , l'homme ni l'humanité ne trouvent jamais que la mort. Ce qui fait vivre chaque peuple le fait aussi périr : le secret de sa grandeur renferme celui de sa décadence. Brahma prêche le suicide sacré j Bouddha, l'anuihilation sainte ; Ahriman, la division, l'anarchie universelles - Osiris , Hermès, le culte des tombeaux et, pour ainsi dire , riminorlalilé de la mort; l'Olympe, la fausse immortalité de l'homme mortel ; Kome, le dulce pro patria morij le sacrifice de Brutus el , à leur tour, les parricides des fils dans les proscriptions dictatoriales j Teutatès et Odin , la morl guerrière, glorieuse, Ja morl des braves , la mort pour la mort.

Les peuples slaves, race intermédiaire el jusqu'ici secondaire, dont

DO LIVBI MCOXD. XLIII

l'ImlUtioD est le génie, ne peraiiteDl de?oir être qn'nn vatle canal entre roccident et l'orient

La Chine esl le centre d'un mooJe eompliqaé et divers , tont le rebonrade celui->ci, et qu'elle domine par sa civilitalion. Il n'y a peot** èlre paa de religion chinoise proprement dite; mais, ce qui revient au même , il j a une morale chinoise , dont l'idée de père eat le fondement : l'empereur eat le ûls du ciel , et il est censé gooyemer comme un patriarche } mais celte grande et primitive idée de Dieu et des rapports des hommea s'est toornée en one routine hypocrite et un mécanisme sans vie.

Les Tarlares, la race ia plus ironique et la plus froide, la plus dé« gagée de tout préjugé , de toute religion positive , est en même temps a plus superstitieuse, et semble n'avoir compris son propre développement que par l'extermination de toutes les autres.

La Chevalerie, espèce de religion secondaire qui a régné jusqu'aux seizième et dix-septième siècles, a enfanté le duel, et d'ailleurs la monomanie des Don-Quichotles a tué l'idéal des Cids et des Rolands.

Enfin , c'est la hache à la main que , par une logique épouvantable, la république française a prêché la vertu ; et son dernier mot , le plus aflrenx et le plus sublime de Ions ceux qu'elle a prononcé, ne fut-il pas : La Fraternité on la Mort ?

L'humanité finit donc et recommence comme elle avait débuté. Après avoir parcouru le cercle » ici obéissant à elle-même tandis que là elle n'obéissait qu'à la vie, elle revient la figure trèa-changée , Il est vrai, maia anmi tonte bouleversée» tonte pAle d'eflroi , car elle ne rapporte que ce mot terrible prononcé anr elle : La Mort.

Oui, partout la mort j et le progrèa la porte nécessairement dans ses flancs. Lb Progrèt, €^«*î la MorL Hais il y a une mort qui conduit à la vie.

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