‹ Le Canton de Vaud, sa vie et son histoireChapitre 42 sur 74 · V. p. 66t et io64,n. i · texte numérisé non relu

V. p. 66t et io64,n. i

Dans les moments de crise générale, le démembrement de l'empire de Charlemagne , les guerres féodales , Tanarchie de l'Empire , la guerre de Bourgogne , qui fut le prologue des guerres dlulie, la Réforme et la Révolution, notre Pajs-de- Vaud a eu sa part d'histoire , même prononcée. La conquête du Pajs-de-Vaud fut peut-être la vraie clef de la guerre de Bourgogne pour les Bernois, comme sa révolution a été celle de la révolution helvétique. Et de même c'est peut-être avec les résistances féodales de ses seigneurs que l'existence à part, de la Suisse, dans TEmpire, a commencé.

Sauf ces momenu d^excepUon, notre histoire devient, pour ainsi dire, une histoire de Amille^ une histoire privée et sans bruit ; mais elle n*en est pas moins remplie d'une foule de pe- Ula événements et de traditions , qui , à les bien prendre , ne sont ni sans intérêt ni sans charme. Elle a même ses documents et ses annales, mais où le sol, les champs, les vignes, les alpages, sont, plus que rhomme, le sujet du drame notarié. 11 n'est presque point de nos hameaux qui n'ait son vieux coffre de bols rempli de vieux parchemins , mais qui ne contiennent guèrea que l'histoire de la propriété au lieu de celle des propriétaires. Vous pouves suivre quelquefois les aventures d'un pré ou d'un champ, s'il fut toujours champ ou toujours pré, les vicissitudes de sa destinée, à qui il a appartenu , et de qui on le tenait; et vous ne savez rien sur ses maîtres, sinon qu'ils Tout possédé. C'est qu'en effet ce fut là

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l'évéoemeAt primnpal de tonle leur vie : ils nâquirent, ils mourarenl ; et entre deux, poar bîetoiref quelques arpente de terre, oii ils ont consumé leure années « avant d'aller ensemencer eux-mêmes le champ de la mort.

D'autres fois , et ce sont alors les grandes dëcouTerles, les grands exploits, l'épopée des campagnes! on apprend qu'il y eut entre ce village et le village voisin une longue querelle, des disputes 9 des procès, même des combatSi pour quelque pftturage vague, pour les deux rives de quelque ruisseau , devenu par là le témoin d'une Iliade inconnue dont, au lieu d'une blonde Hélène, une verte colline fut le prix

Ou bien ce sont des expéditions de vengeance contre nne commune, dont on naît en quelque sorte ennemi. On s'en va, par exemple, un matin, et ce sera, si vous voulez, de la Tour de Peilz que l'on part, de la ville du comte Pierre, laquelle, il parait, portait loin ses inimitiés. Les bourgeois sont pécheurs sans doute , en même temps que vignerons, et savent aussi bien manier la rame que le fitusoir. On monte dans lea bateaux, et par une bonne brise on arrive à Saint-Gingolph. Débarqués , et comme des pirates campagnards , on se rue sur les productions de la terre , on coupe les arbres , on piétine les champs, on brise les pampres, on entre môine en vainqueurs dans la ville j puis on revient , et il faut que le Comte s'entremette pour apaiser la quereUe et arranger set sujets, Allobroges ou Helvétiens, toigours ennemie : et tout cela ne laisse pas de rester ensanglanté. Anh, dê La Tour (a. i348).

Ou bien encore , cesont les Danwuënaires^ les gens d'amoni qui , vexés et moqués par les vignerons sujets de TEvéque , se

Les bergiers d'Àysias se fanhi|Snt tolenlairsBMBt lew«

beslails sur ladite fin...,. Et comme (ceux d'Aroex) auraieot pets une partie dudit bestail de gage,*... lesdits (gens d'Aysios), éttiit assistés de plusieurs, y accoururent, lesquels faisant uain forte leur enlevèrent ledit bestail par violence, de sorte que (ceux d'Arnes) furent obligés de se relirerdevant leur furie. * Arek, de ia eammtme ttSy. tùu (a. 1663).

DU UYRB TROlSlijIB. LXXI

jcLicnt pareillement sur les riches collines de La Vaux; Joûtes insiiques, rusticaprœiia^ dont les principales Yictimes sont les raisins et les eeps.

Les montagnards s'enlèvent aosst leurs troupeaux, comme les gens de la plaine leurs mmsaons et leurs fruits. Voici les Valaisansqui traversent lepasduSanetschouceluid'Anzeindaz : ils viennent, par ici, dérober les troupeaux des sujetsde l'abbaye de Saint-Maurice , dans la vallée où l'Avençon poursuit en riant ses blanches cascades. Suivons ces pillaitls, si vous avez comme moi Tamour de ces réciU des vieux âges empruntés aux archives poudreuses ou à la voix de la traditrén. Les voilà qui arrivent par ces frêles sentiers suspendus d'où l'on entend la Luzerne, au fond du précipice , bondir et se tordre en écumant sur son lit de roche aiguë. Ils passent le val , alors verdoyant , oii n'étincelait pas encore dans r^boulia, comme un lézard parmi les rocs, le lac dormant de Derborentze * : les démons ou diaù/erets vaudois ne Tavaient pas encore emporté sur les diablerets valaisaos et décidé, par là , de quel côté leurs bras feraient choir la montagne* Enfin nos héros ont franchi le col roide et replié. Ils foulent les gazons solitaires, où plus tard seulement monteront les troupeaux : après s'être reposés un instant au pied des blocs antiques (\ui seuls parsèment de leur ombre cette haute et vaste pelouse, ils descendent d'Aozeindaz dans les pâturages inférieurs et, comme ces autres montagnards qu'un poète a immortalisés, ils font leur butin de bœuis et de génisses. Ils reviennent triomphants. Les vaches suivent sans résistance, attirées et comme enchantées par un peiit homme qui les précède , monté sur un mulet et jouant du violon , dit la légemle; prodiguant les bonnes poignées de sel, expliquent les doctes : et voilà toute la troupe, pillards et bestiaux, qui déjà s*avance dans rétroite

* On sait qQ*il ne date qne (la dernier ébonlemenl des Diablerets (1749). lyAnsebdaz on peut descendre sur Bex par deux vallées, celle de Gryon et celle de Presière : ceci est essentiel à remarquer pour l'intelligence de celte aventure, encore vivante dans le souvenir de nos bergers.

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et profoade vallée qu'assombrUseal les tètet colossales d* Argentine et des Muverans. Mais on les attend^ au pied des

rochers cjui la forment. L'alarme, jetée dans les clialels , a rassemblé la Jeunesse des villages ; et par les sentieis nombreux que tracent les vallées de ce méandre de montagnes, les ravisseurs ont pu être devancés. Ils se voient barrer le passage. Le combat s'engage ; et la victoire reste ici au bon droit. Là furent coupés bras et jambes, et entrailles éventrées : le cbamp de bataille en a gardé son nom (Bouellaire). N'est-ce pas là une vraie scène des Highlanders et du Border? et qu'^' manque- t-il que le romancier ?

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