‹ Le Canton de Vaud, sa vie et son histoireChapitre 9 sur 74 · SUR L AGE RELATIF DU JURA ET DES ALPES · texte numérisé non relu

SUR L AGE RELATIF DU JURA ET DES ALPES

Le Jura et les Alpes ne se distinguent pas seulement par l'influence qu'exercent sur l'homme des chaînes de montagnes d'étendue , de hauteur et de direction différentes ; ils offrent un autre contraste, qui appartient aussi à notre sujet, celui qui résulte du caractère propre, de l'individualité très-prononcée de chacune d'ellrs.

Le Jura est une muraille onduleuse, formée de massifs arrondis , ou de dômes allongés et cimentés sur des lignes de sommités en quelque sorte continues ou parallèles. De longues vallées longitudinales tracent sur cette ligne, presque partout à la même élévation , un sillon souvent très-resserré où se cachent quelquefois de petits lacs marécageux qui semblent une goutte d'eau restée au fond d'une baignoire. D'autres gorges transversales, mais peu nombreuses et étroites, inclinent vers la plaine la fente de leurs parois encore en regard.

Les formes rondes et pleines du Jura paraissent celles d'un jeune édifice, sur lequel ni les intempéries, ni l'âge, n'ont encore creusé de rides. Mais si, considéré dans la série des dév'eloppements du globe , il se présente ainsi avec un aspect plus simple, moins riche, et un rang inférieur; si avec lui la terre, envisagée comme un être particulier, apparaît davantage à ses commencements et dans sa première jeunesse, il ne faut pas en conclure que le Jura lui-même est jeune et récent. Au contraire, pour le juger, lui, il faut dire : avec le Jura la terre est jeune encore; donc le Jura est vieux, antique, antérieur; vieux, malgré les formes juvéniles qu'il a gardées des premiers temps. C'est un enfant qui n'a pas atteint cette constitution riche et énergique, qui n'a pas obtenu ces membres vigoureux , hardiment dressés vers les cieux et pour ainsi dire passionnément agités par une vie plus complète et plus forte , mais qui n'en a pas moins précédé les Alpes parvenues à toute la croissance de leur être , et ainsi tout à-la-fois plus parfaites et plus jeunes que lui. — Pour nous c'est là en effet une manière d'établir l'antériorité du

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nil ÉCLAIRCISSEMENTS

Jura sur les AJpes. Le senUment bien dirigé , lobservation bien sentie de la nature, cette sympathie de Tame pour Tame , poésie et réalité tout à^U-fois, nous avertissent déjà , si l'on Teut y faire attention , que le Jura est aîné des Alpes. Voyez ces deux chaînes à l'horiton. Comme l'une est ramassée sur elle-même , moins saillante au-dessus du sol , cuuchée parterre, en cjuekjue sorte, au-dessous de ces ^('ants (jui l'ont suivie! Comme l'autre est hardie, droite sui' ses pieds; comme ses angles sont vifs et brisés | ses formes peu émoussées; que d'audace et de force dans sa prestance ; que de caprice et de vie dans son allure ! Le Jura est un monde fini , enfermé , enclos dans un antre , recouvert par lui, et frappé de dépendance. Les Alpes ne sont suivies que d*eUes«mémes. Elles sont debout; elles n'ont rien sur leurs têtes , et elles tieouDCDt le Jura sous leurs pieds.

Voilà ce que nous dit déjà la simple comparaison momie (qu'on nous passe le mot) , du Jura et des Alpes. La sdence rigoureuse vient donner à cettei observation la dernière certitude. — Mais avant d'aller plus loin , regardons aussi les Alpes de plus près.

Elles sont déchirées dans toutes les directions. Des sommités inaccessibles, placées comme des jalons de distance en distance, indiquent qu'elles ont une direction générale, moins inclinée vers i'équateur que celle du Jura. Peu de vallées courent dans le sens principal de |a chaîne; si le Valais parait d'abord en être une, on voit bientôt, en l'examinant nueux, •que ce pays est plutôt couché entre les deux chaînes qui le bordent que formé par elles. Ce sont les vallées transversales qui caractérisent surtout les Alpes et qui , de leur centre crénelé , descendent dans tous les sens et rapidement vers les plaines , auxquelles elles apportent de Teauj ce sont, en général , des ravins plus ou moins considérables , ouverts par l'écroulement des parois des j^cs voisins, et par l'action des eaux sur leurs flancs.

Comme un squelette du monde , les Alpes semblent le point d'appui auquel tous les continents se rattachent, les crêtes où

DO UVRI PRniUB. IX

les oraget de tout iet tem|» tont venus te brîter, les sillontianl de pruioudes crevasses. Mais cet aspect de vieillesse, ces si-^ gnes extérieurs du déclin de l^homme i/éiant poinl les ca> raclères avec lesquels la nalure écrit Tâge des montagnes; sur leur frooi let rides aiguës, les aspéritét décharnées ne sont que des rupiuret fralchet t de jeunet pjrraoïidet i que U dent det élémenlt n*a point encore énouatéet ou arrondiet.

Let dénoottrationt géologiques qui défendent cet attertiona do nom de paradoxet n'ont pat bMoin d'être bien approfondies. Il sufGi de reprendre quelques-uns det faits que la science moderne a constatées, et d*en tirer les conséquences.

Ainsi , il est connu que tous les terrains ou roches qui constituent U partie solide de notre globe tont ditpotét en grandet mataet irréguUèret, ou en siratet » oouchet tnperpotées let unes aux autres comme det ban et. Let premières de cet roches 9 on let rochet mattiveti granilti porphyret » ba<* taltet, etc., tont généralement envitagéet maintenant eom* me d*origine îgnée et comme pétultant du refroidittement plut ou moins rapide d'une masse incandescente que Ton suppose avoir formé le nojau central de la terre. Les autres rocher, ou les roches stratifiées, savoir les calcaires, les grès, Icai marnes et les argiles t'étendeut seulement en croûte d'une épaisseur relative peu considérable autour des autres. Elles résultent évidemment de la déposition successive des subt-* tancée tolidet oontenuos ou charriéet par kteaux qui recou* vraient Técorce du globe en tout ou en partie. Cette dépotl* lion ne pouvait se faire, suivant les lois de la pesanteur, qu'en couches horizontales ; et comme elle avait lieu continuelle" ment par les affluents de tous les bassins d'eau et avec plus d'énergie encore dans les océans chaque fois qu'un boulever* sèment venait, en poassant au-dehors les masses du centre, changer la surface de la terre , elle ensevelissait constammenl let débris toUdtt det animaux et det plantes. Chacune de cet révoluUons , toujours suivie d*nne création nootelle, englou» lie par la révolution suitante, a donc ainsi laissé sa trace distincte au milieu des autres. Ces annales gigantesques révèlent

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un plao général dans lequel les forces physiques de la matièrÈ ont été employées nu perfectionnement toujours plus avancé de l'œuvre, jusqu*à ce qu'elle fAt ce qu*il fallait qu'elle devînt pour recevoir la dernière créalioni celle qui renferme l'homme.

L'agent matériel de cet «atastroplhei progreadiTes était le bonilloonemeat du noyau central ^ -toujours plua comprimé apria chaque éruption, et par conaéquenttou jours plus violent danaaea eÉMrtspourrompreaa priaon et la1)oulever8er. Un soulèvement inclitiait nécessairement autour de lui les couches précédemment déposées, et, après avoir agité les eaux, y laissait les matières d'un nouveau sédiment qui se précipitait en couches horizontales. Un autre soulèvement venait après , qui relevait cea couches avant d'eu former de nouvelles. On ne peut donc trouver indinéeSi aur chacune dea chaînes de montagnes qu'ont produitea ces dislocationa) ces émersions tft ces ëpaochementa dea rochea massives, que les stratea qui ezistaient déjà avant elle. S'il arrive que aur l*one de ces chaînée se relève la couche même qui gît étendue horizontalement au pied d'un autre groupe de montagnes , évidemment celui-ci est antérieur à celle-là, puisqu'il a vu déposer le terrain que l'autre a aoulevé.

Ije moyen que la igéologie emploie pour discerner les dilEé* ventes formations n'est point pris dans leur nature minéralogtque, qui est infiniment variable. La -même couche ae reconnaît partout au caractère des débris d'êtres organises , animaux ou plantes , qu'elle renferme dans son ^ein. Ces reliques du globe, qu'on appelle les fossiles, servent à constater, non-seulement l'âge relatif de deux couches qui ne se trouvent pas superposées l'une à l'autre , mais encore l'identité de la même couche sur tous les pointa oh elle se présente.

La auperficie du sol de la Suisse nons offre plusieurs séries de temins dont il faut eiaminer la position. D'abord lea calcaires et lea marnea qui constituent ce que les géologues désigneni par Jermaiion Jurasftque; ensuite les grès et les marnea compris sous la dénomii>ation de molasse,- et enfin les amaa

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ée caîllous roulés ou terrains tttttiérissements. Les deux premières séries conlenaiil des débris d'animaux évidemment marins, il est ceriain qu'elles ont été déposées par la mer. L*Océan recouvrait donc jadis les lieux où on les trouve actueUement ; et tii à cette heure, elles font partie du conti- BCDl européen , elles ont été élevées au>deMue du nWeftu des eaux par l*aclion dea roches massives.

Notre Jura est formé des couches qui ont pris le nom de fa chafoe et qui se sont penchées dans le sens des pans de ses diverses sommités. La molasse/qui s'étend dans toute la plaine vaudoise, est couchée à leurs pieds et ne se redresse en Iran* ches inclinées que dans le voisinage des Alpes. De ces faits on peut naturellement conclure que lorsque le Jura s'éleva ^ la molasse n'existait point encore sur la formation jurassique» et que cette chaîne, après son émersioui fut la côte septentrionale d*une mer qui , long-temptf encore , recouvrit tout notre pâjs, durant la déposition de la molasse. Après ceîtf est survenu un grand cataclysme , pendant lequel la terre s*est entr^ouverte et a vu s'élancer de ^es entrailles tous les granits du centre des Alpes j contre leurs flancs la formation jurassique et la molasse se sont simultanément soulevées , prouvant ainsi évidemment que la naissance de la cbaioe des Alpes est postérieure à celle du jura. Les Alpes sont donc la dernière masse qui soit venue rehausser le relief de TEurope. Sur la molasse on ne trouve plus que des attérissemeais renfermant seulement des ossements d'animaux terrestres ; ce qui prouve aussi, qu'après le soulèvement des Afpes, la mer a été refoulée amour de notre continent dans ses limites actuelles.

L'opinion la plus naturelle sur la concordance de ces théo* ries avec les récils de la Genèse admet que Moïse n'a point fait mention des créations venues avant celle dont l'homme fait partlCi ni des phases du développement de la terre qui sont comprises entre son apparition parmi les corps célestes et Téiat où nous la voyons maintenant.

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