‹ Le Canzoniere autographe de PétrarqueChapitre 3 sur 3 · Petrarca, li Sonetti, Canzpneet Capitoli, scritto di · texte numérisé non relu

Petrarca, li Sonetti, Canzpneet Capitoli, scritto di

(1) Voir le testament d'Orsini à la suite de sa biographie par G. Castiglione.

(2) Vat. ht. 720$, f. 49. Cet inventaire, que j'ai annoncé depuis longtemps, va être publié avec une annotation complète, dans mon travail sur la Bibliothèque d'Orsini.

(5) Il y a une de ces indications qui ne représente pour nous rien de bien précis, c'est celle du format ; l'Inventaire appelle in-folio des mss. d'assez médiocres dimensions.

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mano sua, in papiro, con moite mutationi, in foglio et ligato in velluto rosino.

De ces deux volumes, entrés tous deux à la Vaticane, l'un est celui que nous cherchons ; l'autre, les feuillets détachés sur papier, cotés Vat. lat. ) 1 96. Celui-ci n'a jamais cessé d'être connu; il a servi à une célèbre édition fragmentaire de Pétrarque, celle de Rome 1642 (1). L'éditeur Francesco Ubaldini reproduit les diverses leçons, corrections, etc. de ces minutes, et montre dans sa préface l'importance qu'on doit attacher à d'aussi précieux autographes, malheureusement bien peu étendus.

Dès cette époque on avait perdu les traces du Canzpniere complet (2). Si Ubaldini, qui travaillait à Rome, en avait eu connaissance, il l'aurait apparemment utilisé dans sa publication ; tout au moins l'aurait-il mentionné. Comme Orsini avait l'habitude constante d'inscrire, en tête de tous ses volumes, la petite description qui leur correspond dans son inventaire, on ne peut s'expliquer la disparition de

(1) Le rime di M. Francisco Pelrarca eslratte (Ui un sno originale. Il trattato dellc virtn morali, di Rolterto re di Gerusalcmmc. Il Teso'retto di ser Bruuetto Latini... Rome, impr. Grignani, 1642.

(2) Dans l'inventaire d'entrée des volumes d'Orsini à la Vaticane, dressé par Rainaldi en 1602, les deux numéros sont portés manquants. Mais ils ont dû bientôt rejoindre la collection, puisqu'ils sont indiqués l'un et l'autre par Tomasini dans son Petrarcha redivivus (i rc édition, Padoue, 1635, p. 40; 2 e éd., Padoue, 1650, p. 33). Une liste des manuscrits des œuvres de Pétrarque conservés à la Vaticane, est donnée par Tomasini; elle lui a été fournie par Leone Allacci. On peut s'étonner qu'après avoir été vu par Allacci et signalé avec une cote exacte par Tomasini, le fameux Canumiere ait été presque aussitôt après perdu de vue.

cette note dans le Can%pniere % que par la perte des gardes, soit dans une nouvelle reliure, soit autrement. Le volume que nous identifions avec lé numéro i de l'Inventaire a en effet perdu ses gardes (i).

Ce n'est pas le hasard, mais l'étude méthodique de la bibliothèque de Fulvio Orsini, qui m'a fait reconnaître dans le Vat. lat. 319s le manuscrit de Bepibo, perdu depuis près de trois siècles. J'ai constaté que les manuscrits italiens d'Orsini, à leur entrée au Vatican en 1602, avaient été classés dans le fonds latin, immédiatement après une série de volumes de provenances diverses, qui sç termine au n° 3194. On n'a pas suivi exactement l'ordre adopté par Orsini; mais, selon un usage familier aux bibliothèques, on a réuni les manuscrits en groupes par ordre de matières. Les ouvrages d'un même auteur ont été rapprochés ; c'est ainsi que les manuscrits des œuvres de Pétrarque ont été mis en tête de la collection. Orsini en possédait quatre, qui sont les n os 1, 2, 6 et 19 de son inventaire. De ces manuscrits, il y en a trois qu'on peut identifier sans difficulté :

Le n° 2 avec le Vat. 3196, (feuillets autographes); le n° 6 avec le Fat. 3197, (Pétrarque et Dante, écrits

(1) Le velours rouge violet (Jhwim^o) qui le recouvre ne parait pas très ancien. S'il est postérieur à 16? 5 ,011 peut supposer que le bibliothécaire aura fait remplacer, dans une reliure nouvelle, le velours usé par un autre de même couleur ; mais en même temps il n'aura pas songé à faire maintenir les gardes, qui portaient les titres de .noblesse du manuscrit. Pareille mésaventure est arrivé à bien d'autres illustres volumes. Rappelons en passant que la reliure du manuscrit en 1501 est décrite dans la lettre de Bembo à Quirini (Appendice II).

de la main de P. Bembo) (i); le n° 19 avec le 3198 (Canzones, Sonnets et Triomphes, du quinzième siècle.)

La logique du classement demande que le n° 1 soit identifié avec le 3195. Celui-ci correspond du reste exactement à la description de l'inventaire. C'est un manuscrit du quatorzième siècle, couvert d'un velours rouge violet ; il est écrit avec soin et clarté, sur beau parchemin, sans aucune note marginale, et rappelle dès l'abord les Églogues du }j f8. Il ne contient que les Canzones et les Sonnets, point les Triomphes. H correspond également, comme on le voit, au manuscrit acheté par Bembo en 1544.

Un examen plus attentif confirme que nous avons bien affaire au Can^pniere de Bembo. Plusieurs personnes ont feuilleté le volume et l'ont môme décrit,* sans se douter de ce qu'elles avaient entre les mains; aucune d'elles n'a remarqué une petite note au feuillet 72, qui paraît relative au nombre des Canzones :

(1) On a dit et répète que ce manuscrit avait été écrit par Bembo en 1502. Si le fait était exact, on pourrait s'étonner à juste titre que Bembo eût transcrit un texte différent de cc'ui qu'il avait cru devoir faire imprimer chez Aide l'année précédente. La vérité est qu'il y a dans le $197 deux volumes réunis en une même reliure, et que le second seul, le Dante, porte la souscription finale : Finitus in Rccaiio rure Hcrculis Stro^ae mei, sept. Kl. Aug. MDII. La réunion artificielle de ces volumes remonte seulement à Orsini ; on verra, par une liste envoyée par Torquato, et qui sera publiée, qu'ils étaient distincts chez Bembo; du reste leur pagination est indépendante. Le Pétrarque, non dalc, exécuté par Bembo, soit pour son plaisir, soit pour préparer l'édition Aldine, est certainement antérieur à cette édition. Il a ajouté plus tard en marge, d'après l'autographe, les variantes signalées ci-dessous et marquées de la lettre P.

38 cutn duabus que sunt in papiro. Cette note a un caractère tout personnel ; or, on la retrouve textuellement au feuillet 142 du Vat. 3197, qui contient la copie de Pétrarque faite par Bembo, et Bembo Ta mise, comme elle est ici, à la fin du Can^oniere. Dans la même copie, tout en haut de la dernière page, il a de même transcrit mot pour mot le titre des poésies de Pétrarque, tel qu'on le trouve en tête du 31 y 5j sous cette forme latine un peu singulière : Francisa Petrarche laureati poète rerum vulgarium fragmenta (1).

Enfin le texte de Bembo porte en beaucoup d'endroits des leçons marginales et même de simples variantes orthographiques ; il en fait suivre un grand nombre de la lettre P. Parmi les variantes margi-

(1) Légèrement modifié dans les souscriptions de l'édition de 1472 (v. plus haut pp. 8 et 16). On peut remarquer que ce titre modeste est tout à fait conforme aux idées qu'exprime toujours Pétrarque sur ses oeuvres de jeunesse en italien : par ex. dans une lettre à Boccace, « De vulgaribus meis paucis » (Sen. V. 2, éd. de Baie, p. 795); dans une lettre à Pandolfo Malatesta, « Nugellas meas vulgares » (5e«. XIII, 10, p. 923), etc. Constatons en outre que Pétrarque considérait ses rimes comme des fragments d'un ouvrage considérable qu'il avait rêvé et qui eût été pour la langue nouvelle un monument analogue aux grandes œuvres des Anciens. Malgré l'admiration excitée par ces productions, il se découragea et s'en tint à la langue latine, pour les raisons très curieuses qu'on trouvera dans sa lettre a Boccace : ses vers furent, dit-il, comme les matéraux d'un édifice qu'il ne construisit pas {calcem ac lapides et ligna congesseram.., p. 795 ; trad. Fracassetti, t. I, p. 277?. Après ces observations, on comprendra pourquoi Pétrarque pouvait écrire le titre latin\le notre manuscrit, qu'un de ses contemporains ne se serait sans doute pas permis; on jugera même que le seul titre authentique fde la rédaction dernière et définitive du Canjpniere devait correspondre à celui-ci ; Fragments en langue italienne.

nales des Triomphes, il n'y en a aucune marquée de cette lettre, et celles de Can^pniere qui sont ainsi désignées appartiennent précisément au 3195.

Je crois avoir établi l'identité du manuscrit employé par Bembo chez Aide en 1501 et acheté par lui en 1544 avec le Fat. 319$ '. La collation de ce dernier avec l'Aldine corrobore la démonstration : ils offrent le même texte, avec des différences insignifiantes. L'origine des leçons Aldines ne sera plus désormais l'objet d'un doute injurieux pour deux grands lettrés de la Renaissance. Ces leçons donnaient déjà, aux yeux des meilleurs critiques, le texte original de Pétrarque ; on devra reconnaîre de plus qu'elles ont été empruntées à un manuscrit existant, qui passait, à la fin du quinzième siècle et au seizième, pour le manuscrit autographe.

Et maintenant le manuscrit de Bembo est-il vraiment autographe? Il se compose de 72 feuillets de parchemin, précédés de 2 feuillets préliminaires, contenant la table des Sonnets et Canzones (1). Deux parties, distinguées nettement par une lettre plus ornée, commencent au feuillet 1 et au feuillet 53 : c'est la grande division de l'Aldine : VoicV ascoltate...

(1) Les ff. prélim. sont isolés et non numérotés. Les 48 premiers ff. forment 6 quater nions de 4 feuilles chacun ; les ff. 49 a 52, 1 cahier de 2 feuilles; les ff. 53 à 60, 1 cahier de 4 feuilles; les ff. 61 et 62 correspondent à 72 et 71 (les ff. 63 à 66 formant 1 cahier, et 67 à 70, un autre cahier). Je dois la comparaison des écritures à mon confrère M. Ernest Langlois.

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et Ivo pensando... Le manuscrit ne porte point les deux titres par lesquels les éditions ont expliqué cette division : In vita et In morte di Madonna Laura. Entre les deux parties s'étend un blanc de sept pages (feuillets 49 v° à 52). L'examen paléographique montre que le volume a été transcrit par deux copistes différents, et qu'ils ont travaillé simultanément puisqu'ils n'ont pas su se mettre d'accord, l'un écrivant plus fin que l'autre. Le dernier feuillet d'un cahier écrit par le premier copiste porte toujours en registre le premier mot du cahier suivant; le second copiste n'a jamais pris la même précaution. La première main a écrit les feuillets 1-38 r° et 53-61 ; la seconde, les feuillets 38 v°~49 et 62-72.

C'est cette seconde main qui est celle de Pétrarque. La comparaison des autographes sur parchemin, signalés plus haut, ne laisse aucun doute sur ce fait; c'est la même écriture que le }}$8 (Églogues) et le 33)9 (De mû ipsius...). Mais la partie qui n'est point autographe a été transcrite sous les yeux de l'auteur et, au point de vue de l'authenticité du texte, elle a une valeur égale. Les discussions d'ensemble sur le texte du Canxpniere semblent donc terminées par cette découverte.

Paris, Mai 18 86.

Imprimé che^ A. La nier, 14, rue Sèguier, à Paris.

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