‹ Le cap au diable [microforme]Chapitre 7 sur 12 · HD · texte numérisé non relu

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côtes de l'Amérique ? Que lui importe si l'essace qu'il leur a destiné dans son vaisseau n’est pas suffisant ? Que lui importe si les aliments dont il a fait provision ne peuvent suffire à une moitié de ceux qu'il entasse à son bord! Sa bourse n'est-elle pas bien remplie, et si le typhus, le choléra et mille autres maladies viennent les décimer, n’a-til pas devant lui un immense cimetière ; comme bien d’autres qui l'ont suivi, il peut dire à chacune de ces victimes qu’on jette dans l'Atlantique : “ Si une tombe, un mausolée, étaient élevés à chacune d'elles, on n'aurait pas besoin de boussole pour aller dans le Nouveau-Monde.

Tel était le ‘ Boomerang” capitaine Brand, quelques jours avant le moment où nous venons de laisser Madame St. Aubin.

Les communications étaient alors bien difficiles entre l’Acadie

et le Canada. C'était donc une belle occasion qui se présentait

pour Madame St. Aubin de se rendre dans ce dernier pays. Là on pouvait correspondre plus facilement avec l'Europe et les Etats- Unis, et qui sait, peut-être, avoir des renseignements sur celui auquel à chaque instant du jour, elle adressait un cuisant souvenir, un pénible regret.

Depuis plusieurs jours, Madame St. Aubin avait mis toute la petite colonie en vedette. Chaque jour des berges prenaient le large et étaient chargées de venir lui annoncer l’approche du vaisseau tant désiré.

Bien des heures se passèrent en d’inutiles et inexprimables regrets. Enfin Jean Renousse vint un matin l’informer que le navire tant attendu était en vue, et Lui offrit en même temps de la çonduire à son. bord.

Il était facile de voir à l’accablement de cet homme trempé aux muscles d'acier, à son air morne et abattu, combien il lui en coûtait de remplir cette pénible mission.

Mais il y a chez la femme un sentiment d'amour et de dévouement qui lui inspire des actions d’une telle énergie quand surtout il s’agit de sauver un mari ou des enfants, que si quelquefois nous pouvons les égaler, nous ne saurions jamais les surpasser.

Madame St, Aubin avait pris la détermination de retrouver son mari, düt-elle épuiser ses. dernières ressources et aller jusqu’au bout du monde. Elle ne comptait pour rien les peines et les fatigues. Son caractère aimant et sympathique lui dictait la tâche que la Providence lui destinait, aussi l’accepta-t-elle volontiers.

Elle oublia en effet le triste spectacle qui s'était offert à ses regards, les pleurs, les lamentations de ses voisins, le feu qui dévorait les fruits de leur industrie et de leur travail de chaque jour. Elle essaya même de chasser l’idée de sa demeure aitu si

heureuse et qui n’était plus maintenant qu'un monceau de ruines et de cendres.

Malgré ce qui dut en coûter à cette pauvre femme de laisser ces endroits. qui lui rappelaient de si chers souvenirs, d'abandonner ces malheureux qui se fussent privés du nécessaire plutôt que de la voir s'éloigner, elle s’y résigna cependant en faisant un sacrifice généreux. Mais quand elle les vit tous ensemble l'accompagner jusqu’à la barque fatale avec des figures inondées de pleurs, que depuis l’aïeul jusqu’au plus petit des enfants on se pressait pour lui baiser les mains, enfin lorsqu'elle fut embarquée, qu’elle les vit tomber à genoux, oh ! alors un inexprimable sentiment de tristesse et de regrets s’empara d’elle.

Mon Dieu ! que deviendraient-ils sur la terre étrangère ces pauvres exilés, si vous n’étiez là pour les consoler des regrets de la

patrie ?

Cependant au signal de la petite barque le navire avait mis en panne...

Une passagère de chambre, ah! c'était une nouvelle aubaine pour le capitaine.

L'échelle fut immédiatement descendue et avant que d’en gravir le premier degré Madame St. Aubin tendit en pleurant sa main blanche et frêle à la main rude et calleuse de Jean Renousse : “ Merci, ami, dit-elle, pour ce que vous avez fait pour mon enfant et pour moi. Puissiez-vous être heureux autant que vous le méritez, autant surtout que mon cœur le désire.”

Celui qui aurait dans ce moment contemplé la figure hdlé de Jean Renousse, aurait vu ses joues s’inonder de larmes abondantes, bien probablement elles n'avaient encore été mouillées que par les pluies du ciel et l’eau de la mer. Il remit l'enfant entre les bras de sa mère après l'avoir couverte de baisers, puis se jetant aux pieds du capitaine, ii le supplia de le prendre lui aussi à son bord.

Mais celui-là ne payait pas. Violemment au milieu des rires et des huées d’une partie de l'équipage, on le rejeta dans la berge. Les ris furent lâchés et le navire fin voilier prit le large.

Jean Renousse en regagnant la côte dans sa petite embarcation, jeta un regard triste et désespéré sur le vaisseau qui ermportait sa bienfaitrice et l'enfant qu’il chérissait tant.

Plusieurs jours se passèrent, un vent favorable les conduisit à la pa te ouest. de l’ le d'Anticosti.

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