NOMBRE ET CONDITION DES ESCLAVES
Une fois débarqués au Cap, les esclaves étaient pourvus d’un état civil rudimentaire. Leur nom et leur lieu d'origine étaient inscrits sur un registre. Ceux qui déclinaient un nom le conservaient, ceux qui en étaient dépourvus en recevaient un.
Aussi l'onomastique des esclaves présentait-elle beaucoup de diversité. Certains portaient des noms manifestement empruntés à l'idiome de leur pays d’origine, tels que Marnloe, Matombi, Malockanie, Mathekes, Makke, Woery, Sifonke, pour les hommes; Maluani, Coelini, Copani, Jainvalana, Matsombaly, Wohangi, Jamboely, pour les femmes. La forme
1. Ces details sont extraits des journaux de bord des navires envoyés à Madagascar, ou des renseignements recueillis à leur retour au Cap. ( Journal , 1602-70, p. 50, 84, 129, 199, 224, 238; Journal, 1671-76, p. 98, 252, 255, 301, 303 \Letters desp. 1696-1708, p. 33, 45, 278, 291 ; Journal, 1099-1732, p. 46, 57, 89, 95, 113, 267; Abstract of the council of policy, p. 153, 164, 179, 194, 211, 222.) — CL Alfred et Guillaume Grandidier, Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar, t. III, p. 305, 320, 358, 366.
LES ESCLAVES
manquait parfois de précision : Mathekes s'appelait aussi Matsieke, Wohangy Behangy , Jamboely Domboely.
D'autres esclaves recevaient des noms en usage aux Pays-Bas et d'origine biblique ou chrétienne : Maria, Suzanna, Isabella, Anlonieka, Antonetta, Léonora, Martha, Catbarina, Eva; Adolf, Ilermannus, Joseph, Hendrik, Christiaan, Jacob, Anton, Frans, Valenlijn, David, Aron, Absolom, Abraham ; d'autres encore des noms antiques : Alexander, Ca'sar, Augustüs, Hannibal, Titus, Scipio, Xeptunus, Paris, Cupido; d'autres enfin des noms de mois : Januari, April, Junius, Seplember, October, Novembcr, December.
Le* nom était suivi de l’indication du lieu d'origine : « van Madagascar », « van Delagoa », « van Bengal », « van Coromandel ». Quant aux enfants, qui naissaient au Cap de parents esclaves, leur nom était accompagné des mots « du Cap » : llelena van de Kaap, Anna van de Ivaap, Grisella van de Kaap.
Ap rès leur immatriculation, les esclaves étaient répartis en trois catégories. Certains étaient vendus aux colons. D'autres restaient la propriété de la Compagnie, et étaient soit employés aux travaux d'utilité publique, soit prêtés temporairement à la colonisation libre; c’est ainsi qu’en 1677,77 esclaves furent loués pour un an aux colons. D'autres entin étaient achetés par les fonctionnaires de la Compagnie. Van Riebeeck possédait des esclaves, aux-
quels nous savons, par exemple, que le 20 août 1658, il faisait planter de la vigne dans son domaine de Boschhcuvel ‘.Sur le point de partir, le commandeur Jacob Borghorst se défit, le 31 décembre 1009, de ses 12 esclaves, au prix qu'ils lui avaient coûté, soit 2812 florins2. Quand en avril 1057 La Maréchale revenant de l'Océan Indien toucha au Cap, le médecin du fort Jan Vctteman acheta « ses noirs » à M. Coulon, l'un des officiers3. Le pasteur Poolman, en quittant le Cap, le 9 mai 1090, emmena une esclave, et des esclaves figuraient parmi les biens que le pasteur français Pierre Simond liquida, quand en 1702 il retourna aux Pays-Bas.
L'effectif des esclaves de la Compagnie et de ceux qui appartenaient aux fonctionnaires nous est inconnu Sur le nombre de ceux (pic les colons possédaient, nous sommes, pour certaines années du moins, mieux renseignés, et, en rapprochant les chiffres épars dans les documents, nous avons réussi à dresser le tableau suivant 5.