‹ Le cap de Bonne-Esperance au XVIIe siècleChapitre 167 sur 201 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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Cesagents recevaient des gouverneurs du Cap des Instructions pour les guider dans leur mission. Parfois aussi ils étaient, chargés de messages pour les chefs malgaches avec lesquels ils devaient traiter. Empreints de l’emphase cérémonieuse du siècle de Louis XIV, ces messages prêtent à sourire, quand on sait à quels barbares ils étaient adressés. En partant du Cap sur le Soldaal , au début de novembre 1G9G, le capitaine Holm reçut du gouverneur Simon van der Stel : 1° une lettre ouverte pour « les Grands de Madagascar », dans laquelle ils étaient invités à traiter le porteur avec bienveillance; 2° une lettre pour « l’illustre roi ou très puissant seigneur et prince de nie de Madagascar », en double exemplaire, l’un en hollandais, l’autre en latin, lequel commençait en ces termes : I/lustri Régi sire præpolenti Domino clique Principi Insutse Madagascar salntem plurimam. Après ce préambule solennel, van der Stel demandait, tout simplement qu'on facilitât au capitaine Holm l'achat d'esclaves, et que sou lot ne comprît pas un nombre trop considérable de femmes, ainsi que cela s'était produit auparavant.

Les points de la côte malgache, où les navires néerlandais venaient s'approvisionner de ce bétail humain, étaient principalement la baie de Saint- Augustin au sud-ouest etla baie d’Anlongil au nordest. Le Waalerhoen et le Iloogk Ccispel mouillent dans la première, respectivement en 1GG3 et en 1GG6; le Pælsnip et le Westwout dans la seconde, en IGG7.

LES ESCLAVES

Mais le trafic d'esclaves se faisait aussi en d'autres points. Sur la côte occidentale, le Voorhout, par exemple, touche à la baie de Boina, en 1676, et le Noordgouw, à Morondava, en 1701. Sur la côte orientale, le Soldaat et le Peter en Paul touchent à

Carte 3. — Le transport des esclaves de Madagascar au Cap.

Mananjary, en 1696 et 1699, et le Ter Aa à Matitana, en 1705 (carte 3).

Les chefs acceptaient comme denrées de traite des fils de laiton et des morceaux de cuivre. Mais ils étaient particulièrement avides de mousquets pour guerroyer contre leurs voisins et d’argent monnayé. Toutes les pièces, d’ailleurs, ne leur convenaient pas; les seules qu'ils consentissent à recevoir étaient les florins hollandais et les piastres espagnoles. Ils étaient très attentifs au bon aloi des pièces qu'on

leur présentait : en 1670, par exemple, le capitaine du Voorhout rapporta que les indigènes pesaient les piastres et repoussaient celles dont ils estimaient le poids insuffisant.

Le succès de ces expéditions fut très variable. Le Hoogh Caspel séjourna du 20 septembre au 17 octobre 1060 dans la baie de Saint-Augustin, sans réussir à obtenir un seul esclave. Le Waaterhoen n’en ramena que 7 en 1003, et le Pijl 22 en 1072; en revanche, le Voorhout en acheta 254 en 1076 et 77 en 1677, le Solclaat 121 en 1099, le Peler en Paul 184 en 1700, le Noordgouw 127 en 1701, le Ter Aa 202 en 1705, le Leidsman 200 environ en 1715.

Entassés à fond de cale, les malheureux esclaves périssaient souvent en grand nombre pendant la traversée : le Voorhout en perdit ainsi 22 sur 254, le Noordgouw 30 sur 127, le Ter Aa 37 sur 202.

Ces expéditions d’ailleurs n’étaient pas non plus exemptes de péril pour les Européens qui les dirigeaient. En 1650, comme nous l’avons dit, le sous marchand Frédéric Verburg et douze de ses hommes moururent de maladie à 1 île Sainte -Marie. En 1008, le sous-chirurgien Pieler van Meerhoff et huit de ses hommes furent massacrés par les indigènes dans la baie d’Antongil. En 1072, le sous-marchand .Johan Nieuhoff, étant descendu à la baie d’Ampasindava, disparut, et l'on n’eut jamais plus de nouvelles ni de lui ni de ses compagnons.

Ce trafic du Cap avec Madagascar — et c’est là

LES ESCLAVES

une circonstance très intéressante au point de vue géographique — était subordonné au régime des vents dans l'Océan Indien. On connaît le phénomène des moussons; on sait que par suite de réchauffement alternatif des plateaux asiatiques et des plateaux sud-africains, les vents alizés de l'Océan Indien sont détournés de leur cours régulier, et que d'avril à octobre, c'est-à-dire pendant l’été de l’hémisphère boréal, la mousson souffle du sud-ouest, tandis que d'octobre à avril, c’est-à-dire pendant l'été de l’hémisphère austral, elle souffle du nord-est.

Ce phénomène météorologique était mis à profit par les navires néerlandais. Ils partaient généralement du Cap avec la mousson du sud-ouest en mai, juin ou juillet. Le Waalerhoen , par exemple, mit à la voile le 29 mai 1663, le Hoogh Ccispel le 27 juin 1666, le Pœlsnip et le Westwout le 16 juillet 1667, le Voorh ou/le22mail6761 * *,le A oordgo uw le 25 j u i n 1 702, le Tei'Aa le 23juin 1703, le Leidsman le 27 juin 1715. Leur mission à Madagascar terminée, et la cargaison

1. Les officiers du navire français le Vautour, étant à Mozam-

bique en août 1676, entendirent parler du Voorliout : •• Nous

apprîmes au dit lieu qu’il y avait environ un mois, q u'il y était passé une flûte hollandaise, d’environ 200 tonneaux, armée de

16 pièces de canon, qui allait aux Mazelages [Boina], à la traite des noirs, d’où elle devait aller à Anjouan et acheter du riz pour nourrir leurs noirs et attendre la mousson pour leur retour.... Cette llùte hollandaise venait, dit-on. du Cap de Bonne-Espérance ». (Journal de bord du Vautour. Archives nationales, B4 marine, 7, f° 215.)

d'esclaves embarquée, ces navires profitaient de la mousson contraire, celle qui souffle du nord-est et rentraient au Cap de novembre à février. Le Waaterhoen rentre le 5 décembre 1663, le Hoogh Caspel le 11 novembre 1666, le Pœlsnip et le Westwoutle 27 février 1668, le Voorhout le 29 novembre 1676, le Noordgouw le 10 décembre 1702, le Ter Aa le 9 janvier 1706, le Leidsman le 21 novembre 1715 1 .

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