L’EXTINCTION DE LA LANGUE FRANÇAISE AU CAP
Par les réfugiés protestants qui pendant les années 1688 et suivantes y émigrèrent et s’y établirent, notre langue fut introduite au Cap de Bonne-Espérance. Le français y fut parlé exclusivement par un certain nombre de colons, conjointement avec le hollandais par d’autres; en français des sermons furent prêchés, en français des correspondances et des documents officiels rédigés.
Or quelques noms propres, tels que Cellier, Joubert, Delport, Relief, du Plessis, du Toit, Sénéchal, de Villiers; quatre noms communs, et encore fort douteux ', voilà les seuls vestiges que Yafrikaansch ,
1. D. C. Ilesseling, Het Afrikaansch, Bijdragc tôt de geschiedenis der nederlandsclie taal in Zuid Afrikci, 1 vol. in-8°, l.eyde, 1899, p. 81-82. — Los quatre mots de la langue des Al'rikanders auxquels M. Ilesseling croit pouvoir attribuer, et encore sous
EXTINCTION DU FRANÇAIS
l’idiome des Afrikandcrs, ait conservés de la langue maternelle des réfugiés. Les directeurs de la Compagnie néerlandaise des Indes avaient résolu l’extinction du français : leur succès a été complet.
I. — En même temps qu'elle accordait aux réfugiés, qui passaient au Cap, des avantages matériels variés, la Compagnie des Indes les avait gratifiés du secours d'un ministre français, Pierre Simond, jadis pasteur de l'église d'Embrun en Dauphiné, et pour lors réfugié à Zierickzée en Zélande, qui avait été engagé, moyennant un traitement mensuel d'une somme équivalant à 188 francs. De plus Paul Houx d’Orange avait été nommé, le 8 novembre 1688, kranckbesoecker (infirmier) et voorlezer (lecteur, c'est-à-dire maître d’école)1.
Mais les réfugiés ne se contentèrent pas des deux guides spirituels dont la Compagnie les avait pourvus. Le 28 novembre 1689, Pierre Simond accompagné de quelques-uns de ses coreligionnaires présenta au Conseil de gouvernement, qui se tenait dans le fort du Cap sous la présidence du commandeur Simon van der Stel, un mémoire ayant pour objet d'obtenir la création d'un consistoire élu uniquement parmi les réfugiés et d’une école française.
toutes réserves, une origine française, sont burmot-kresan (de bergamotte cresane), kamasta (de gamaches), pawie-perski (du français pavie, sorte de pèche, et du hollandais perzik, pèche), makrol [Icitjc] (de macaron), i. Theal, Hist. of South Africa, I, p. 327 et suiv.
Cette demande décelait la prétention chez les réfugiés de constituer un groupe particulier et de perpétuer, grâce à l’école, ce particularisme dans les générations futures.
Elle émut les fonctionnaires du Cap. Le Conseil, informé par avance de la requête des Français, avait décidé « que, pour s’opposer à leurs impertinences et prévenir en temps opportun tout complot, on leur démolit rerai Heur erreur avec une réprimande discrète et la sérieuse recommandation de faire leur devoir ». Quand Pierre Simond introduit dans la salle avec ses coreligionnaires eut développé sa requête, le Conseil s'abstint de la discuter au fond, mais « le révérend, di L le procès-verbal de la séance, fut prié de lire le serment prêté par tous les colons, puis ils furent renvoyés ayant été sérieusement avertis de se conduire strictement conformément au contenu du serment, de ne plus ennuyer à l'avenir le commandeur et le Conseil par des demandes aussi impertinentes, mais de se contenter du consistoire de Slellenbosch 1 ».
En obligeant les Français à se remémorer le texte même de leur serment : « Je promets et jure de rester fidèle à Leurs Hautes Puissances, les États généraux des Provinces-Unies, notre très haut et souverain gouvernement, à son Altesse le prince d'Orange, etc.2 », Simon van der Stel voulait leur