Nos
l'escale nu cap.
Ces renseignements nautiques pouvaient se résumer ainsi1. C’est dans la baie de la Table qu’il esl indispensable que les navires viennent mouiller, c’est là seulement qu’ils trouveront les ravitaillements nécessaires. Le passage entre la terre ferme et l’écueil appelé « le >-ocher de la baleine » est excellent. Pour atteindre le fond de la baie, le bâtiment devra d’abord, naviguant à environ une portée de canon du rivage, apercevoir « la tête et la queue » de la montagne du Lion en ligne droite ; il mouillera ensuite par des fonds de sable de 9 à 10 brasses, ou de 6 à 7 s’il avance davantage, ou même de 4 à 5 si c’est un yacht. Pour guider la nuit les navires de la Compagnie, le « surintendant » de l’île Robben a depuis 1657 l’ordre d’allumer sur le point culminant de l’ile, qui a reçu en conséquence le nom de Vuurberg (mont du feu), un feu de bois résineux2.
Dans la baie de la Table, les vents soufflent du nord-ouest d’avril à octobre, du sud-est d’octobre à avril ; il y a deux saisons, que van Riebeeck appelle, par un ressouvenir d’Extrême-Orient, mousson du nord-ouest et mousson du sud-est.
Or les navires de retour ne sauraient franchir en Sûreté le détroit de la Sonde, s’ils ne quittent
1. Deux siècles et demi d’observations devaient nécessairement compléter et amender sur plus d’un point ces renseignements nautiques; nous essayons de les donner ici tels qu’ils se dégagent du Riebccck's Journal et des Lettcrs despatched, 1652-62.
2, Riebccck's J ., II, p. 117.
J0HAN VAN RIEBEECK.
Batavia à la fin de décembre ou au début de janvier. Deux mois leur étant nécessaires pour traverser l'Océan Indien, ils se présentent devant la baie de la Table à la fin de février ou en mars, quand le vent du sud-est sou file impétueusement et les en repousse. C'est un gros défaut de l'escale du Cap. Toutefois on a remarqué qu'il s’écoule rarement une semaine sans vents opposés au vent normal de la saison, sans vents du nord-ouest par exemple en mousson du sud-est. Plutôt que de renoncer à l’escale et de courir les chances généralement désastreuses d’une traversée sans relâche, les navires devront donc stationner dans des mouillages voisins de la baie de la Table et guetter le moment favorable pour y pénétrer. Van Riebeeck s’est appliqué à l'étude et à la description de ces points d’attente (Voy. carte 1).
Au sud de la baie de la Table, dans la péninsule même du Cap s'ouvre l Houtbaay : accès facile, fond de 7 à 8 brasses, mer poissonneuse, et au rivage bois et eau potable ; en revanche pas d’espace pour plus de quatre ou cinq navires à la fois et sortie malaisée à cause des calmes et des tourbillons.
Au nord la baie de Saldanha s'enfonce profondément dans les terres : accès facile, bonnes places de mouillage protégées contre tous les vents, mais pas de bois, peu de ressources aux alentours, peu d’eau et saumâtre. D'ailleurs van Riebeeck qui craignait en 1061 que les Dix-Sept ne fondassent à la baie de
l’escale du cap.
Saldanha un établissement rival du Cap, son oeuvre et sa gloire, eut tendance à la fin de son séjour, à en déprécier la valeur.
Entre ces deux baies utilisables, mais imparfaites, se rencontrent deux bons mouillages, l’un sur la rive nord de bile Dassen, l’autre sur la rive sudouest de l'ile Robben. A Dassen un puits a été creusé et on trouve des oiseaux et des œufs en quantité. Robben est habité et le « surintendant » fournira de l’eau et quelques vivres. De là, observant l'état de l'atmosphère, les navires pourront appareiller aux premiers vents favorables et, en un jour au plus, entrer dans la baie de la Table.
Les renseignements nautiques recueillis par van Riebeeck furent appréciés des Dix-Sept, qui munirent les navires de ses caries des baies de Saldanha et de la Table1.