‹ Le Cap Eternité [microforme]Chapitre 16 sur 23 · MUR · texte numérisé non relu

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Je me hâte; l'écho sonore répercute

Tantôt le craquement des branches sous mes pas, Tantôt le bruit plus sourd d’une pierre ébranlée. I] me semble parfois que je n’atteindrai pas

La cime toute bleue et de pins dentelée, ft Qui toujours se dérobe et paraît au regard Ni Toujours de plus en plus hautaine et reculée.

L'heure ra pide passe: et je songe : — « Il est tard ! {. Je suis bien las !... Pourtant, Ô cime inaccessible, Ce qui dépend de nous en ce monde, est possible !... Tu fuis ! En m'épuisant, vers toi je suis monté; 14 Ma force m'abandonne, et tu fuis à mesure ;

Mais, ô cime orgueilleuse, il est dans ma nature Un pouvoir en réserve, et c’est la volonté ! »

La dure ascension de nouveau recommence : m'f Je grimpe de biais le long du flanc immense,

Harassé, haletant, et m'aidant de mes bras

Quand d’un plan vertical j'entreprends l'escalade, 3 Ou que des arbres morts l’inextricable amas 4: Se dresse devant moi comme une barricade.

Partout, le blanc bouleau, le tremble, le Sapin, Ÿ4 Et l'érable sacré, le hêtre, l’épinette, Et le vieux chêne aussi mêlent leur silhouette 44 Que, ça et là, domine un gigantesque pin...

Le soleil flamboyant vers l'horizon s'incline: Voici bientôt venir la minute divine Al Où tout va se parer de son poudroiement d’or.

Tout se tait dans les cieux. J ‘approche de la cime, Et mes pas, les premiers, foulent ce lieu sublime ! 4

JE” à , » {° Deux mamelons boisés m'en séparent encor : {

en mn mm.

Je vole à son assaut; enfin, je vais l’atteindre !.. J’y parviens ! Il est temps, car le jour va s'éteindre, Mais autour du sommet se dresse un vert rempart : La couronne des pins, des cèdres et des ormes,

A ses fleurons altiers arrête mon regard.

Sur le granit poli des chauves plate-formes, Par mon ombre vers l'Est loin de moi précédé, Je cours vers un plateau rugueux et dénudé D'où rien ne rétrécit le solennel espace.

Le vaste écartement de l’angle que j’embrasse Entraîne ma pensée au seuil de l’Infini.

Sous les rayons dorés, les Montagnes sereines Jusques à l'horizon développent leurs chaînes Dont l’orgueilleux profil enfin s’est aplani,

Et, ruban satiné, s’allonge sous la nue,

Comme pour défiler, au fond de l'étendue, Devant le sceptre d’or de quelque majesté Régnant sur la lumière et sur l’immensité.

Serait-ce une féerique illusion des choses ?

Ou bien, dans le recul des solitudes roses,

Par delà l'Océan des monts échelonnés,

Les sommets glorieux se sont-ils prosternés ? Devant tant de grandeur, la main de Dieu m'écrase. J’entre en communion dans cet immense amour Qui monte de la terre au soleil qui l’embrase,. Je suis pris du vertige où défaille le jour;

J’éprouve la splendeur de sa brève agonie,

Parmi les frissons d’or de la limpidité, Mes sens extasiés vibrent en harmonie Avec la chatoyante et magique beauté De tout ce que le cœur par les yeux peut c

omprendre !

Et comme sur le monde où la nuit va descendre,

Dans mon être attendri passe un tressaillement.

Aux suprêmes rayons de la mourante flamme

En moi je sens pâlir la lumière de l'âme, Et je tombe à genoux près de l’escarpeme

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Rien ne venait troubler je vespéral silence;

Nul bruit n'inquiétait l'enchantement des veux: Ni le bruissement des pios harmonieux

Ni les soupirs des flots perdus dans la distance.

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