ARRET
Du blanc, de l'azur et du rose
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Pour orner l'or fin de son médaillon, Grand’mère demande un poitrait de Rose, Mais la belle enfant, moins qu’un papillon Nous ferait l’honneur d’un semblant de pose,
Puisque j'ai garni ma palette en vain,
Je voudrais, aux sons berceurs de la lyre, Le front inspiré par l’art souverain,
En des strophes d’or chanter son sourire.
Et ma plume, hélas ! ne saurait fixer
Ces traits dont l’image en mon âme reste, Car mon style obscur ne peut enchasser Dans le verbe humain la beauté céleste.
Noa ! pour réussir en vers ce portrait, Pour prêter la vie à ce frais mélange De pureté rose et blanche, il faudrait Une plume prise à l'aile d’un ange,
Bonne grand'maman, si vous voulez voir Votre Rose peinte, à l'heure où le soir Avec le sommeil descend sur la Terre, Dites-lui ceci : — « Ferme ta paupière Et ne bouge plus, comme si dodo
Sur tes jolis yeux mettait son bandeau.
Te voyant ainsi, plus faible et plus belle,
Sur toi ton bon ange étendra son aile
Toute grande, afin de te garder mieux
Contre l'Esprit noir et mystérieux.
Lors, en tapinois, sans bruit et bien vite, Dérobe au satin léger qui t’abrite
Une plume... Prends ! sans peur d’offenser Ton aîné du Ciel; on ne peut blesser
Les anges qu’au cœur : ils n’ont de la peine Au fond de leur âme auguste et sereine,
Que si leurs amis les petits enfants
Ont de gros chagrins ou font les méchants...
Mets le blanc trésor sous la blanche toile
De ton oreiller : un rayon d'étoile
Viendrait le chercher. Ce que tu voudras, Avec ce joyau demain tu l’auras...
Bonne nuit !... Ton ange attend ta prière. , Avant de dormir, ferme ta paupière. »
Daris ie tiède nid de son doux sommeil, Si Rose demain retrouve, au réveil, La plume arrachée à l’aile divine Sur laquelle un flot de rosée ea pleurs Mêle des éclats perlés aux pâleurs De la noble hermine, Toutes ces clartés pour vous décriront Les neiges du cœur, le marbre du front, Et la gamme blanche égrenant ses notes Sur le col de cygne où la pureté Met de blancs frissons, et l’émail lacré Nacrant les quenottes.
Le pétale pris au grand lys ailé, A pu sillonner l’azur constellé Dont la majesté l’a baigné de gloire;
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Et, dans le nocturne éblouissement, Des rayons de lune ont pieusement Argenté sa moire.
Aussi dira-t-il combien le cristal De l'iris est bleu, sur quel idéal De limpidité s'ouvre la prunelle, Et par quel effet du mystérieux Il fait clair de lune au fond des beaux veux De mademoiselle, L’aile interrompait son cours vers le sol Pour illuminer plus longtemps son vol Au rayonnement des apothéoses, Il faut le miroir de ce souvenir Qui dans les levants vit s'épanouir Les nuages roses, Pour énumérer tous les incarnats Nuançant l'oreille aux plis délicats Où la mèche d’or librement se joue, Et, sans les meurtrir sous des mots trop lourds, Décrire la lèvre et le fin velours De la rose joue.
Le fragment sacré, dans l’éther sans fin À porté l'essor du fier séraphin, Parmi des froufrous d’ailes éperdues.
Ayant pu sonder le mystère bleu, Mieux qu’un astre ouvrant son grand œil de feu Sur les étendues, Il saura parler d’un autre infini Pour nous révéler le foyer béni Dont le cœur de Rose a gardé la flamme. de Et nous Comprendrons le rêve enchanté Qui doit voltiger dans l’immensité De sa petite âme.
Premier Amour
Nous nous étions connus tout petits à l’école. Comme son père était de mon père voisin, Nous partions tous les deux sac au dos le matin. Nos têtes s’encadraient d’une même auréole.
Dans la rose candeur du sourire enfantin,
Nous étions bons amis. Quand les flots du Pactole Roulaient chez l’un de nous, par hasard, une obole, Nous divisions toujours en deux parts le festin.
Souvent, aux lendemains de mes fainéantises, Me laissant consulter en route son devoir, Elle sut m’épargner l'horreur du cachot noir.
Moi, je grimpais pour elle à l’arbre des cerises, Pour elle je pillais la vigne et le pommier, Et je la défendais comme un bon chevalier.
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Plus tard, à l’âge d’or où dans n re poitrine
Vibre l’enchantement des frissons amoureux, A l’âge où l’on s’égare au fond des rêves bleus, Sans songer à demain et ce qu’il nous destine,
Sous les érables du grand pare, à la sourdine, Nous nous cachions, loin des oreilles et des veux, Et, son front virginal penché sur mes cheveux, Ensemble nous lisions le divin Lamartine.
Oui ! nous avons vécu l’âge de nos seize ans Où le cœur entend mieux ce que la lyre exprime, Parmi les vers d'amour frappés au coin sublime.
Oui ! nous avons connu les baisers innocents, Sur le lac de cristal que la nacelle effleure, Devant le livre ouvert à la page où l’on pleure.
Commeils coulaient heureux ces beaux jours d’autrefoi Comme nous nous aimions avec nos âmes blanches ! Dans les sentiers discrets émaillés de pervenches Qu’épargnaient en passant ses brodeauins étroits,
Nous allions écouter l’harmonieuse voix
Des souffles attiédis qui chantaient dans les branche Nous mélions au murmure infini des grands bois L'écho de nos serments et de nos gaîtés franches.
Fervents du clair de lune et des soirs étoilés, Nous allions réveiller les nénufars des plages, Inclinant sur les flots leurs corps immaculés.
Et nous aimions unir nos riantes images Aux scintillants reflets des milliers d’astres d’or, Dans l’immense miroir du Saint-Laurent qui dort.
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La Mort de Rose
Rose est morte ! La fleur de sa lèvre est fanée.
Oh ! le cortège en cette allée où les lilas,
Témoins de notre amour au printemps de l’année, Penchaient sur son cercueil leur front lourd de verglas !
Rose est morte ! Ses yeux ont éteint leurs éclats : Nul astre désormais guide ma destinée.
Seule en le grand désert mon âme abandonnée Entend sonner l’adieu funèbre de son glas.
Rose est morte ! Le glas vibre en ma soux enance; Les larmes de l’airain tombent dans le silence Effrayant qui remplit la morne paix du soir.
Sonne ! 6 glas, pour scander les plaintes de ma lyre ! Sanglot de bronze, 6 glas qu’évoque mon délire, Tu peux gémir, car dans mon Cœur est mort l'espoir !
Ce qui demeure
Vers accompagnant l'envoi d'un portrait
Voilà votre portrait. C’est votre grâce altière, C’est votre beauté grecque, en la pâle lumière Filtrée à travers l’or d’un vieux vitrail flamand; De longs et chauds rayons caressent doucement Votre lèvre entr’ouverte où flotte la parole,
Et font de vos cheveux une blonde auréole; L'étincelle amoureuse illumine vos yeux,
Vos yeux doux et troublants, vos yeux mystérieux Dont le regard se perd dans l'infini du rêve.
Hélas ! pourquoi faut-il qu’un vent fatal enlève Sur les fronts adorés la splendeur des vingt ans, Et qu’un simple portrait résiste plus longtemps Que la forme vivante à l’affront des années ?
Si vous les regrettez vos splendeurs profanées, Commeaux beaux jours d’antan vous pourrez lesrevo Sur votre vieux portrait, ainsi qu’en un miroir, Quand la griffe de l’âge aura creusé vos rides.
Et quand viendra la nuit dans vos orbites vides, Triomphant du suprême outrage de la Mort, Par votre vieux portrait vous serez belle encor.
Mais les choses aussi souffrent de la vicillesse : Les purs diamants noirs de vos yeux de déesse Sur la toile brunie éteindront leur éclat.
Puis le Temps, poursuivant le fatal attentat,
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Lun Couvrira lentement de son immense voile Votre image effacée. .. et le lambeau de toile * Au lointain avenir ne vous montrera plus.
Alors, malgré l’envol des siècles révolus, t : Vous resterez encore aussi belle, Madame, Car vos traits sont gravés pour toujours dans mon âme!
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Mortuae, Moriturus
Éternel souvenir d’une époque trop brève,
Tu m’as bien fait pleurer ! — Au bord du lac dormant, Jouvenceaux, nous avions, dans l'ivresse du rêve, Engagé nos deux cœurs par un même serment.
Mais la Mort a tué le fol espoir qui ment —
Elle a signé pour nous l’irrévocable trêve
Sans pouvoir conjurer ton doux enchantement,
O vainqueur de la tombe, amour que rien n’enlève !...
Un serment fait par elle et lu dans ses grands yeux, Va plus loia que ia vie et que le cimetière; Il sonna donc en vain, le glas de nos adieux !
Éva ! pour que mon âme, au réveil de lumière, Ne fasse pas rougir votre front radieux, Souvenez-vous ! priez, bel ange, dans les cieux !
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Dans le lointain
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Je sais combien vaine est l’image Que l'illusion du décor Prête au fantastique nuage,
Dans le lointain des couchants d'or:
Je sais pourquoi la lune est pâle Et pleure des bonheurs enfuis, Ainsi qu’une larme d’opale, Dans le lointain des tristes nuits;
De l’abîme écartant les voiles, Je puis lire, en lettres de feu, Qu'il n’est pas de fin aux étoiles, Dans le lointain du pays bleu;
Mais je n’ai pas compris votre âme Et ses frissons mystérieux,
Quand j’ai voulu lire, Madame, Dans le lointain de vos beaux yeux.
Larmes d'en haut
Vous portiez à ce bal les deux plus belles roses; En les entrelaçant dans l'or de vos cheveux, Naïf, je leur avais confié les aveux
Lâchement retenus entre mes lèvres closes.
Vous en avez flétri l'éphémère splendeur Dans l’étourdissement des valses enivrantes, Et leur âme a mêlé ses ondes odorantes
Aux sons harmonieux du violon rêveur.
Et puisque, désormais, leur beauté disparue Ne pouvait à la vôtre ajouter d'apparûât,
Je vous vis les livrer aux hasards de la rue Comme un vil oripeau qui perdrait son éclat.
Vous n’auriez pas jeté du rêve aux gémonies,
Si vous aviez compris ces messagers des cœurs Ho Combien d'illusions, à tout jamais bannies, Roulèrent au trottoir avec les pauvres fleurs PE
Dès qu’aux premiers rayons l’aurore ouvrit ses porte J'allai les recueillir; le frimas matinal
Émaillait leurs débris de larmes de cristal :
La nuit avait pleuré sur les deux roses mortes.
»s portes,
Fantaisie
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Voici les jours où les pommiers S’éveillent dans leur neige rose ; L’aube des soleils printanniers Caresse la splendeur des roses; L’azur immaculé des cieux, Par l’onde calme est reflété.
Et les beaux oiseaux amoureux
Vont chanter.
Voici les soirs où le verglas Alourdit la grâce des branches :
La tige souple des lilas Sous le fardeau tristement penche; Dans l'air glacial et brumeux On entend l’aquilon gémir.
Et les petits oiseaux frileux
Vont souffrir.
Voici les nuits où l’ombre éteint Tout ce qui brille sur la terre; L’aile de l’aveugle destin Palpite dans le noir mystère.
Quand sonne l'heure des adieux, Le même sort vient tout flétrir.
Et les oiseaux mélodieux
Vont mourir.
Chanson
Les aigles ont des ailes Pour enivrer d’azur leurs libres majestés; Pour mettre plus de feu céleste en leurs prunelles Et pour régner en paix dans les immensités,
Les aigles ont des ailes !
Les anges ont des ailes Pour planer au chevet des enfants endormis; Pour emporter, du fond des splendeurs éternelles, Des auréoles d’or à leurs petits amis,
Les anges ont des ailes !
Les âmes ont des ailes Dans l'essor infini, pour immortaliser L'éphémère frisson de nos amours mortelles; Après l’adieu suprême et le dernier baiser, Les âmes ont des ailes !
Traductions d'Horace
A Leuconoeé
(Ode XI, liv. I
Leuconoë, ne cherche pas à deviner Quelle fin les dieux ont bien pu nous destiner : Le savoir ne ferait le bonheur de personne; N'interroge pas les calculs de Babylone.
Oh !'qu'’il serait préférable de s’incliner, Quoi qu'il arrive, soit que le ciel nous accorde De revoir plusieurs fois les neiges de l'hiver, Soit que celui qui maintenant brise la mer Tyrrhénienne sur le môle qui la borde, Ait été le dernier marqué par Jupiter.
nissan mise esmanléetieten AR erremsmene à is
Crois-moi, filtre tes vins; que ton âme assagie Mesure ses espoirs au cours bref de la vie !... Tandis que nous parlions, le Temps jaloux a fui : Sans croire au lendemain, saisis-toi d'aujourd'hui,
A Lollius
(Ode IX, liv. IV)
Modulés sur un rythme à nul autre emprunté, Mes chants retentiront dans la postérité; L’Aufide l’a promis à mon heureuse aurore : Je suis né près des flots dont le fracas sonore, Dans le déclin des jours par la brise emporté, Des horizons lointains emplit l’immensité.
Pindare, Simonide, Alcée et Sthésicore
Ne sont pas oubliés, malgré qu’au premier rang, Homère, le plus vieux, soit aussi le plus grand: Les vers d'Anacréon nous ravissent encore,
Et Sapho vit toujours : le frisson pénétrant Qu'’elle imprinia jadis aux cordes de sa lyre,
Fait vibrer en nos cœurs son amoureux délire.
D'autres femmes qu’Hélène ont brûlé dans leur chair Éprise d’un amant pour sa riche parure,
Pour sa nombreuse suite, ou pour sa chevelure.
Plus d’un habile archer vécut avant Teucer.
Le beau ciel d’Illion pleura plus d’un pillage,
Avant que Deiphobe et le farouche Hector
Fussent tombés blessés dans le sanglant décor,
En voulant disputer au honteux esclavage
Leur épouse pudique et leurs petits enfants.
Autant que Sthénélus, autant qu’Idoménée,
Pour ses exploits guerriers plus d’une âme bien née D'un poète sacré mérita les accents,
Car Mars faisait briller sa divine étincelle
Aux glaives des héros, avant Agamemnon;
Mais la Muse loin d’eux ayant ouvert son aile,
Ils se sont engloutis dans la nuit éternelle,
Oubliés pour toujours, sans regrets et sans nom.
Le brave mort dont nul ne garde la mémoire, Diffère, hélas ! bien peu du lâche enseveli,
Je ne souffrirai Pas que l’envieux oubli
Dérobe impunément tes vertus à la gloire:
Je ne Manquerai pas de clamer dans mes vers Ton grand nom, Lollius, toi dont l’âme éclairée Plane sur les fa veurs du sort et ses revers.
Tu vis indifférent à l’immonde curée
De l'or qui Corrompt tout, et tu sais châtier L’avarice et le vol. Juge bon et fidèle,
A plus d’un consulat ta droiture t’appelle,
Toi qu’on vit repousser avec un front altier Les coupables et leurs cadeaux, toi qui préfères L’honneur à l'intérêt, toi qui, victorieux,
Te redressas devant les factions grossières Voulant te résister. Des bienfaits que les dieux Ont daigné t’accorder tu profites en sage.
Comme loin de l'argent tu cherches le bonheur, La dure pauvreté n’abat point ton courage.
Plus que la pâle Mort craignant le déshonneur, Tu donnes cet exemple À mainte âme flétrie :
Mébpriser les dangers pour servir la Patrie,
A Dellius
Souviens-toi, Dellius, dans l'épreuve et la peine, Dans les félicités que le sort peut offrir, De conserver une âme également sereine, Carilte faut mourir;
Soit que ton cœur, sans tiève ait langui de tristesse, Soit que, loin des tracas, tu te sois réjoui, Buvant, couché sur l'herbe en des jours de liesse,
Le Falerne vicilli.
A l'ombre hospitalière où frémit la ramure
Du peuplier d’argent et du pin orgueilleux,
Au bord de ce ruisseau fugitif qui murmure Dans sor lit sinueux,
Ordonne d'apporter les parfums et l'amphore,
Et du riant rosier les éphémères fleurs,
Heureux vivant ! tandis que le permet encore Le noir fil des trois Sœurs.
Il faudra le quitter ton domaine splendide,
Ta villa que le Tibre arrose de flots d’or
Il faudra la quitter ! Un héritier avide Comptera ton trésor.
Qu'importe que tu sois issu de race infime
Ou riche et descendant de l'antique Inachus,
Ou bien sans autre toit que l’azur, Ô victime De l’implacable Orcus !
Nous sommes tous poussés au même précipice;
Car, de l’urne sorti, rotre destin mortel
Nous jette tôt ou tard dans la barque qui glisse Vers l'exil éternel.
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£ La blancheur du frimas n’at
À Sestius (Ode IV, liv. pn)
Le Zéphir a chassé du ciel les noirs nuages ; On a remis à flot les Ca. nes des plages :
Le rigoureux hiver fait place au doux printemps.
5 Déjà, le laboureur ne veille plus à l’âtre,
Et le libre troupeau gambade autour du pâtre ; triste plus les champs.
Sous le croissant d'argent, les N ymphes jamais lasses Dansent d’un pied léger, en se joignant aux Grâces:; C'est Vénus qui les guide : elle conduit le jeu Voluptueux et doux de leur taille flexible.
Les Cyclopes sont prêts pour leur travail pénible, Cependant que Vulcain met les forges en feu.
C'est bien à cette époque heureuse de l’année
Qu'il sied de parfumer sa tête couronnée,
C'est maintenant qu’à Faune il convient d’immoler L'agnelle ou le chevreau, selon qu’il le préfère, Sous les arbres sacrés, quand leur ombre légère Vient sur le dieu rieur doucement s’étaler.
La pâle Mort, au palais comme à la chaumière Heurtant avec le pied d’une égale manière,
Confond le misérable et le roi tout puissant. Opulent Sestius ! notre brève existence
Nous défend d ’escompter une grande espérance :
A nous donc de saisir le bonheur en passant.
Bientôt, la froide nuit que le séjour des Mânes Recèle en son horreur, pèsera sur nos crânes,
Car Pluton nous attend dans l’antre du destin; Quand une fois pour nous ses portes seront closes, Nos fronts ne ceindront plus la couronne de roses, Tu n’admireras pas avec ton œil éteint,
La tendre Lycidas dont brûle la jeunesse,
Nous ne connaîtrons plus les heures d’allégresse Où nous tirons au sort un roi pour le festin.