‹ Le Cap Eternité [microforme]Chapitre 21 sur 23 · ET ES · texte numérisé non relu

ET ES

near ngpenr serons

Vers l’industrie et l'aventure entraîne, Chaque an de plus amoiadrit le péril.

Vive la Canadienne !

Notre sol, aux vainqueurs le travail le reprend : Le Canadien, soldat de la sublime guerre Qui vainc la forêt vierge, est le vrai conquérant ; Il arrache la vie aux trésors de la terre.

Dans ces rudes chemins la femme suit l'époux: Elle va près de lui, simple, héroïque ct pure, Demander l'avenir à la grande Nature.

Vivent la Canadienne et ses jolis veux doux !

Sur les sentiers où vont nos destinées Combien de pauvres fleurs hélas ! gisent fanées : Mais il en est dont les grands vents du Nord N'’ont pas terni la beauté souveraine :

Nous saurons bien les ravir à la mort...

Vive la Canadienne !

Fils d’Albion ! Dieu mit des obstacles sacrés Devant nos cœurs français qui narguent les conquêtes. Notre peuple, jamais vous ne l’engloutirez Dans l’océan vorace où grondent vos tempêtes. Vous n’étoufferez Pas, SOUS un jargon jaloux, La langue maternelle, élégante et sonore !

Vous n’éteindrez jamais l’astre de notre aurore : La Canadienne aux beaux yeux doux !

Créniazie

O Crémazie ! 6 sombre destinée !

O dur exil ! ô tombe abandonnée !...

Par la Vic et la Mort

Tu fus trahi; car même dans ta cendre,

Le Canada n’a daigné te défendre Contre le sort.

Nous te laissions languir aux gémonies Malgré tes chants, malgré les harmonies Que ta voix modula ; Mais une basse et dégradante offense A cravaché notre reconnaissance, Et nous voilà !

C’est plus qu’un nom, c’est toute la Patrie Que le transfuge insulteur a flétrie

Avec ton souvenir:

C’est sur nos cœurs indig és que retombe Ce que l’injure a vomi sur ta tombe

Pour l’avilir,

O trépassé ! pour toi la Terre est tendre En te donnant de ne pouvoir entendre La voix des renégats ; Mais par delà les vagues en démence, Le cri d’un peuple, au fond du noir silence Tu l’entendras !

Ce vers sublime accordé sur ta lvre,

Que le drapeau de Carillon inspire Au vieillard à genor. x,

Nous le clamons à ta grande poussière :

« Vous qui dormez dans votre froide bière, Réveillez-vous ! »

Assez longtemps, poète, ta mémoire A reposé dans ane paix sans gloire, Sous le laurier fané… Voici venir l'aurore grandiose !

Révei!le-toi pour ton apothéose :

L'heure a sonné !

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Le premier parmi nous, aux voñtes souveraines Il a plané, le front perdu dans les éclairs;

Il a fait résonner la fierté des beaux vers

Dans le ciel constellé des gloires canadiennes.

Et sur notre Parnasse il reste le plus grand Par la forme énergique et la haute pensée Qui voltige, amplement limpide et cadencée, Du frisson triomphal au sanglot déchirant.

Attentif à l'écho de nos magnificences,

[] a, du drapeau blanc déroulant les vieux plis, Salué la splendeur morte des fleurs de lys,

Et sa Muse a pleuré sur nos désespérances.

Et comme avec l'épée altière des aïeux Il a taillé son œuvre à même notre drame;

D tro.

Tout le rêve d’un peuple a tenu dans son âme Pareille au lac géant qui reflète les cieux.

Plus tard, il s’est ému devant le Tricolore, Étant de ces vaillants et fidèles soldats Dont l'amour filial ne se mesure pas

Aux teintes du drapeau que la Patric arbore.

Les siècles, de son nom devront se souvenir,

Si la fatalité nous ravit à la gloire:

Il fait revivre en nous les grandeurs de l’histoire, Et nous vivrons par lui dans l'iminense avenir.

Souvent, au cours de l’âge, une voix inspirée

Qui vibre, seul écho d’un peuple enseveli,

Réveille, au fond des temps comme au fond de l'oubli, Le passé de ce peuple et sa langue sacrée.

Nous l’aimons pour les chants auxquels il préluda, Pour le verbe qui vit quand meurent les empires, Nous dont le cœur français palpite au son des lyres, Nous l’aimons pour la France et pour le Canada !

Le rêveur s’endormit, emporté par ses ailes

Dans les vertigineux lointains de l’Idéal,

Et tomba brusquement, sur le pavé banal

Brisant à tout jamais son bandeau d’étincelles.

Il a sombré dans les abîmes d’une loi

Qui punit l’imprudence et sauve l'infamie, Naufragé ballotté sur une onde ennemie Où la ruse est boussole avant la bonne foi.

Il s’est, devant la honte, enfui dans la misère, Du même coup, le sort l’a deux fois exilé, Puisqu’au scintillement de l’azur étoilé

Sa Muse pour toujours a fermé sa paupière.

Toute l’affiction, tout le deuil, tout le fiel

De sa tragique fin l’a rendu vé érable:

Non moins que le génie au souffle impérissable, La profonde douleur l'a rapproché du ciel !

Les bords du Saint-Laurent reverront le vieux maître, Car nous joindrons bientôt, pour le faire renaître,

La majesté du marbre à l'éternel airain.

Pour qu'il ne souffre plus et jamais ne s'envole,

Nous le scellerons bien dans le double symbole

De l’airain qui demeure et du marbre serein.

Quand il sera debout, si parfois la poussière Que soulève le vent des grands chemins, altère L’éclat des traits de bronze ou du blanc piédestal, L’aube compatissante aux splendeurs profanées, Avant que l’astre roi n'éveille les journées,

q J Lavera cet affront dans son divin cristal.

Et dans l'immensité de notre âme fervente,

Nous lui ferons une autre aurore éblouissante Dont les pleurs laveront les taches du passé.

Sur sa gloire, à nos yeux déià marmoréenne, Comme sur la statue où l’aube en pleurs s'égrène Quelque chose de Pur aura tout cffacé.

Immobile à jainais dans sa noble attitude,

Nous le dresserons haut devant In multitude, Entre le Mont-Royal et le fleuve géant ;

Ainsi que dans son œuvre effleurant les nuages, I faut qu'il apparaisse au long regard des âges, Enfin maître du sort et vainqueur du néant.

Nous irons contempler, par un matin de fête,

Le soleil des grands jours aur£olant sn tête, Comme d'un diadème auguste de clarté:

Et tout émus d'avoir compris le sens des choses, Nous connaîtrons l’orgueil de couronner de roses Un front couronné d'or par l'immoitalité !

Georges-Etie

nne Cariier

Cartier ! tu combattis toujours frane et sans dol;

La majesté du temps sur te

n rêve est passée :

L'avenir connaîtra ta profonde pensée, Car dans l'azur des cieux ta gloire a pris son vol !

Maintenant que l'Histoire

a flagellé l'Envie

Dont la lèvre hideuse affliges ta fierté,

Élève sur l'autel de la pos

térité,

En leçon pour nos fils, l'exemple de ta vie.

Grand cœur que l'idéal à fait seul palpiter Plus haut que l'intérêt matériel de l'heure, Dans le temps écoulé ton œuvre qui demeure

Nargue les fronts étroits qi

Vilte fallut dompter.

Sur nos frères lointains quand l'injustice tombhe, Puisse ton souvenir nous mener au combat,

En ces jours de bassesse ot

Ose se réclamer de ton ca

Sous tes traits, Ô grand hor

1 plus d'un renégat 1 Sur ta tombe !

nme, à la face du ciel,

C'est l’antique droiture et la chevalerie,

L’honneur, le dévouement

c’est toute la patrie

Qu'un sculpteur fixera dans le bronze éternel ve.

Muse, clame son nom dans tes apothéoses !

à sa pierre, Ô soleil !

. allégez son sommeil !

Femmes, jetez des roses !

Que tes rayons soient doux Enfants, par vos chansons Honmes, brûlez l’encens !

À Victor Hugo

Maître, comme il revient souvent, l'anniversaire Des monarques puissants dont le règne éphémère, Après quelques printemps, au tombeau doit finir !. Ne Il faut qu’un siècle passe avant que nous revienne Ton jour de fête, à roi de la pensée humaine

Dans l’immense a venir !

Il suffit, pour marquer la fuite des années

S’engouffrant dans l’abîme avec nos destinées,

Qu’un monde, par un astre en l’éther emporté,

Ait parcouru l’ellipse où son disque s’engage.

Mais les ans sont trop courts : les siècles comptent l’âge De l’immortalité !

Te voici donc au seuil de ton apothéose ;

Un autre temps redit la chanson grandiose

Que sur la lyre d’or toa génie accorda.

L’Océan a clamé ton nom à notre plage;

Puisse sa grande voix te rapporter l’hommage Du lointain Canada :

Et si notre vivat aux bravos se marie,

C’est que nous chérissons la langue et la Patrie

Que tu couvres de gloire avec tes chants vainqueurs :

C’est bien ton verbe noble à la mâle cadence

Qui vibre dans nos voix, c’est bien ta noble France Qui vibre dans nos cœurs !

Malgré les faibles sons d’une lyre inhabile, Nous voulons célébrer ton œuvre indélibi!e, En des vers fugitifs que guette le néant, Pardon, si notre Muse, 6 maître, ambitionne Cet orgueil d'élever sa modeste couronne Jusqu'à ton front géant !

Lise AE RE a,

Sonnet à Lamartine

Tu planas sans fatigue à la voûte infinie, Comme sur notre nuit un astre radieux,

Toi qui fus le plus noble, et modulas le mieux Hosanna triompbal et plainte d’agonie !

Frémissante d’extase, ou pleurant les adieux, Ta muse, en nous versant l'enivrante harmonie Nous entraîne au vertige éblouissant des cieux, Dans la pleine lumière où brilla ton génie !

Tu nous fais oublier les coups du sort amer Pour rêver ton grand rêve, envolés dans l’éther Sur les ailes d’azur des strophes cadencées !

Poète aux chants divins ! à jamais vibreront Dans les voix tes beaux vers, dans les cœurs tes pensées, Car l’Immortalité couronnera ton front !

Les deux poètes

Les derniers visiteurs sortaient du cimetière, C'était à l’heure calme où le soleil s'endort : Avant de s’engloutir dans son lit de lumière, Il avait embrasé le ciel de Thermider.

Le saule que Musset réclema sur sa pierre Épanchait de verts pleurs au sein des rayons d’or, Et le chant d’un bouvreuil, ainsi qu'une prière Pour les ensevelis, vibrait dans le décor.

Cependant que l’aëde, au milieu du silence, Mélodieusement modulait sa romance, Je me suis arrêté, pensif, près du tombeau.

Et mon cœur confondit les deux chantres sublimes, Le poète des Nuits et le petit oiseau...

Rêve ! qui peut sonder la sphère où tu t'abimes ?

Les trois Majestés

A mon illustre mattre Gérôme Ecrit au bas dune frovure

'ésentant son oeurre, Les Deux Majestés.”

Lion au front puissant, père de ce lion

Qui regarde, étonné, le soleil disparaître:

Toi qui prêtas ton aide à la construction

Du temple néo-grec, et devins son grand-prêtre:;

Toi qui sais pénétrer en pleine passion

Des âges révolus, et les fais comparaître Devant les temps futurs, infatigable maître Qui hausses d’un degré ta haute nation ;

Toi qui, sur l'Art divin, as fait glisser le voile, Pour nous montrer ton ciel immense à découvert, Salut ! — Trois Majestés ennoblissent ta toile...

Entre l’Imperator farouche du désert Et l’éblouissement de la voûte infinie, Je te vois resplendir, majesté du Génie.

comité | LÉ

À Théodore Botrel

Hommage de la Jeunesse canadienne.

Barde sublime et fier que la grâce accompagne, Nous t’aimons pour l’honneur de la vieille Bretagne, Pour le TaYonnement de son nom vénéré

Que tu vas répandant Partout, de grève en grève; Nous t’aimons pour la gloire immense de ton rêve Épris d’un Idéal à tout jamais sacré !

Le héros dans tes chants retrempe son Courage ; La veuve, en te lisant, n’achève pas la page

Où vibrent des frissons, des cris et des sanglots; La tendre fiancée à qui ta lyre verse

Plus d'amour, te bénit ; et le pêcheur se berce

Au rhythme de tes Vers Comme au roulis des flots.

Quand tu nous parleras des menhirs et des chênes, Les souvenirs troublés des visions lointaines

Qui portent du granit l’inaltérable sceau,

A nos yeux Surgiront, par delà les années. .. Rends-nous en gerbes d’or toutes nos fleurs fanées ! Chante ! car nous voulons revoir notre berceau !

Chante! Nous entendons les sons confus et vagues Des bardes d'autrefois, par la plainte des vagues Redits à l'infini. … Qui de nous, sans frémir,

Dans le tourment des jours évoquant son enfance, Reconnaîttrait soudain la naïve romance

Qu'on fredonnait tout bas, le soir, pour l’endormir ?

Se — ge se mure *

— bus ” .

Réveille longuement notre écho monotone

Aux accords variés de la chanson bretonne;

Et quand, malgré les cœurs qui te veulent ici, Tu reverras Port Blanc, si le marin sans crainte, Le pauvre paysan ou la fileuse sainte T'interrogent sur nous, répètc-leur ceci :

Chevaliers défenseurs des causes éternelles,

Nous sommes, comme vous, obstinés et fidèles ;

Le drapeau de Montcalm, un jour, nous dit adieu, Mais nous restons Français, en dépit des conquêtes, O Bretons ! qui, malgré le siècle et ses tempêtes, Aimez encor le Ciel et croyez au bon Dieu !

Musa te defendet

à Albert Lozeau

Devant l’iniquité du destin qui t'aceable, Ton âme, habituée aux lumineux sommets Du royaume de l'Art et de l’Impérissable, Trop fière pour pleurer, triomphe désormais :

Car les beaux vers font trève aux désespoirs muets Qui mettent plus de nuit au front du misérable, Les vers harmonieux endorment les regrets,

Comme le bruit des flots qui meurent sur le sable. .

O victime du sort ! regarde l'avenir :

Puisque ton cœur chanta, sur ce lit de martyr, Sans connaître jamais l’amertume ou l'envie,

Tu seras défendu par le grand spectre ailé Qui veille en l'infini de l'azur étoilé; L’Éternité saura te venger de la vie !

La Conférence Interrompue

à Marcel Dugas

Avant que la sublime aurore de l’histoire Auréole leurs fronts par la Muse ennoblis, Nos aëdes en vain luttent dans la nuit noire Dont le morne linceul les couvre de ses plis.

Merci d’avoir, au seuil des injustes oublis, Pieusement tressé pour honorer leur gloire, Le laurier soiennel, les roses et les lys

Sur l’emblème sacré de la lyre d'ivoire !

Bon jardinier d’Athène, avec ces rares fleurs Vous tendiez en hommage aux discrètes douleurs La douce pâquerette et la divine sauge...

Mais voilà que, grognant, s’éveiilèrent soudain Ceux qui dorment si mal au fond du cœur humain, Car vous aviez jeté des perles dans leur auge.

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