Quatrième partie LA MORT D'ARAMELE
La victoire éclatante d'Aramèle et la mort de Spinnhead avaient été un dénouement si inattendu, et ils avaient frappé d'un tel vertige la foule des spectateurs que, du coup, la fête se trouva terminée. Par groupes agites la masse du peuple quitta le lieu du combat pour rentrer en les murs de la cité, et l'on entendait une vague rumeur au-dessus de ces têtes. Rumeur de désappointement, de haine, de menaces d'une part; de l'autre, c'est-à-dire du côté des groupes canadiens, rumeur de joie!
Le gouverneur et sa suite avaient attendu que le plus gros de la masse se fût retiré avant de regagner la cité. Pendant ce temps les dames et les officiers commentaient la bataille. Un peu à l'écart le gouverneur et le duc de Manchester s'entretenaient à voix basse. Murray avait compris que la défaite et la mort de Spinnhead avaient fait naître quelque terrible haine contre Aramèle, car il avait cru saisir dans la foule compacte et grondante des menaces contre le capitaine. Il avait dit au jeune duc:
— Je crois bien, Milord, que ce pauvre capitaine est condamné à mort.
Le duc répliqua:
— S'il mourait victime d'un assassinat et que je connusse les criminels, je n'hésiterais pas à les faire exécuter sans merci.
— Est-ce un conseil, Milord, que vous me donnez? puisque demain vous serez parti.
— C'est un ordre que je vous donne. Excellence, répondit rudement le jeune duc. Ce capitaine est un brave et c'est un gentilhomme qui vient d'honorer hautement son pays et sa race. Et je dis que c'est un gentilhomme parce que dix fois il aurait pu frapper à mort ce bretteur peu scrupuleux qu'était Spinnhead, et dix fois il l'a épargné, ne voulant que le désarmer. S'il a tué Spinnhead, à la fin, c'était pour protéger sa propre vie; et encore le capitaine n'a-t-il
pas frappé positivement, Spinnhead s'est pour ainsi dire enferré.
— J'admets tout cela, monseigneur, répliqua Murray, et je tiens à vous assurer que j'estime également ce capitaine Aramèle. S'il désire quelque poste important dans mon administration, je le lui donnerai, même s'il refuse toujours de reconnaître qu'il est en pays conquis.
— Mais il n'est pas en pays conquis, monsieur, interrompit durement le jeune duc. Nous n'avons pas conquis ce pays, nous l'avons acheté du roi Louis XV. Nous sommes ici des maîtres seulement par convention, nous ne le sommes pas par droit de conquête. Voilà pourquoi ce peuple que nous administrons ne cesse de réclamer l'accomplissement des clauses de la convention. S'il se savait conquis, il se soulèverait et il nous écraserait nous qui ne sommes ici qu'une poignée.. Ahl monsieur, depuis que je suis venu en ce pays, j'ai pu étudier suffisamment sa population et ses lois pour faire au roi un rapport exact de la situation. Or, ce peuple canadien, je l'ai trouvé soumis, et il demeure soumis parce qu'il est fatigué de la guerre d'abord, et ensuite parce qu'il espère toujours que nous nous soumettrons à la règle des conventions établies. C'est un peuple de paysans qui vénère son sol, il s'est fait ici une patrie qu'il chérit et qu'il est prêt toujours à défendre contre les ennemis du dehors comme ceux du dedans, et il le défendra même au nom et pour l'honneur de la couronne d'Angleterre. Eh bien! ce peuple de paysans-soldats nous demeurera attaché si nous savons le bien traiter et lui rendre la justice à laquelle il se reconnaît un droit, un droit que nous lui avons nousmêmes consenti par les traités. Monsieur, acheva le jeune duc qui s'était vivement animé, ce peuple nous est bien plus précieux que toute cette horde monstrueuse de commerçants et d'aventuriers qui ont envahi le pays après que nous en eûmes pris possession, ces gens n'ont aucun attachement à leur race ou à leur pays. Ils sont venus ici, non pour créer une patrie nouvelle à l'exemple de ces colons français, mais pour faire des aflfaires, pour s'enrichir le plus vite possible et s'en aller ensuite en d'autres pays jouir d'une existence facile.
Murray avait écouté très attentivement le jeune duc. Il demanda:
— Monseigneur, trouvez-vous que mon administration soit, en principe et dans
liE CAPITAINE ARA3IÈLE
rensemblc, conforme aux vues que vous venez d'exprimer?
— Excellence, répondit en souriant le jeune duc, je saurais pour le moment ni blâmer ni louer. J'avais à faire une étude que j'ai terminée, il ne me reste plus qu'à la soumettre au roi qui m'en a chargé et qui agira selon qu'il jugera à propos. Pour vous-même j'ajouterai que, certainement, il y a des blâmes à faire contre votre administration, mais on ne saurait en justice vous en tenir compte, pour le bon motif que vous deve zvous conformer aux instructions du Bureau Colonial et du conseil des ministres. Vous n'avez pas la latitude voulue pour gouverner selon vos désirs et vos vues personnelles, sans compter que votre action est sans cesse entravée par les intrigues d'une coterie malpropre qu'il importera de faire disparaître. Et, personnellement, j'apprécie fort la bienveillance que vous avez toujours déployée à l'égard de ce peuple canadien et l'esprit de justice avec lequel vous l'avez, autant qu'il vous était possible, gouverné. Le roi ne saura qu'approuver tout ce que vous avez fait, et il ne méconnaîtra pas les services immenses que vous avez rendus à sa couronne.
Ces paroles parurent produire une grande joie chez le gouverneur, et il en sut gré au jeune duc dont les sentiments attestaient une grande intelligence dans un esprit aux vues droites et larges. Murray, en effet, connaissait très bien la vaillance de cette race de paysans-soldats qui n'avait jamais compté les sacrifices à faire pour défendre sa terre, et il l'estimait trop pour être porté à la mépriser et la maltraiter. Mais, comme le lui avait fait entendre le jeune duc, il avait accepté une charge qui l'avait fait le serviteur des ministres du roi. Ces ministres émettaient généralement les principes des lois et décrets qui devaient régir le Canada, et le gouverneur était contraint d'administrer le pays suivant les principes émis. Mais comme il lui restait une certaine latitude dans l'application des lois et décrets, il en profitait pour rendre ces lois aussi favorables que possible à la race française du Canada. Et cette latitude, comme l'avait dit le duc de Manchester, se trouvait encore énormément rétrécie par la nuée de fonctionnaires malveillants, d'intrigants et de sectaires qu'il avait autour de lui, et Murray se trouvait fort souvent en désaccord avec de hauts fonctionnaires de son administration, fonctionnaires qui ne
manquaient pas de le dénigrer auprès des ministres.
Lorsqu'il avait l'opportunité d'accorder quelques insigne faveur à des Canadiens, on entendait dans le pays toute une violente musique de protestations. Il parvenait à faire taire les voix, mais il ne pouvait réprimer les pensées de violence et de haine qui naissaient chaque jour contre lui.
Le duel de ce jour qui s'était terminé par la mort si imprévue de Spinnhead avait été loin de diminuer la haine dans les esprits sectaires. Si des voix âpres et menaçantes ne s'élevèrent pas de suite pour demander la mort d'Aramèle, ce fut grâce au prestige du duc de Manchester. Mais on savait que le jeune duc allait bientôt regagner l'Angleterre; et alors, de même qu'on avait demandé le rappel du gouverneur l'automne précédent parce qu'il avait rétabli quelques anciennes lois françaises, et surtout parce qu'il avait protégé un Français révolutionnaire, on lancerait vers Londres un véritable cri d'alarme contre le gouverneur trop faible et trop clément.
Non... cette mort de Spinnhead, ou plutôt cette victoire remportée par le bras français, on ne la pardonnait ni à Aramèle ni à Murray. Mais le gouverneur avait bien plus de craintes pour la vie du capitaine que pour la sienne propre. Aussi, jugeat-il qu'il vaudrait mieux engager Aramèle à quitter la ville pour quelque temps afin de laisser l'opinion publique s'apaiser, car il se reconnaissait parfaitement impuissant à protéger la vie du capitaine contre l'assassinat.
Il ne voulut prendre aucune décision sans faire part au jeune duc de ses inquiétudes.
— Monseigneur, dit-il, ce capitaine Aramèle, comme j'ai pu le deviner, a un ennemi irréductible dans la personne du major Whittle.
— Le capitaine lui aurait-il fait affront? demanda le duc.
— Rappelez-vous ce coup d'épce que Whittle a reçu d'Aramèle au King's InnI
— C'est juste. Eh bien! monsieur, je vous engage à faire surveiller Whittle. Ce coup d'épée il l'a dignement mérité. Faitesle donc surveiller étroitement. D'ailleurs, cet homme a été nommé dans votre administration par l'influence de personnages de Londres, courtisans que je ne connais pas, mais dont je saurai l'identité avant longtemps; et alors je verrai à le faire remplacer.
Or, à cette minute même, Whittle complotait déjà la mort du capitaine Aramèle.
Les régates, qu'on avait mises au programme pour ce jour-là et qui devaient faire suite au combat singulier, n'eurent pas lieu: le dénouement terrible de ce combat avait troublé tous les esprits.
L.e cadavre de Sir James Spinnhead avait été transporté aux casernes de la Porte Saint-Louis et exposé sur un lit de parade en attendant l'inhumation qui aurait lieu le lendemain.
L,a population campagnarde, comprenant que la fête était finie, avait repris le chemin de la campagne en emportant le souvenir de la belle victoire française gagnée par Aramèle.
Toutefois, afin de diminuer dans les esprits l'impression pénible ou désagréable qu'avaient causé la défaite et la mort de Spinnhead, Murray avait tenu que le feu d'artifice, commandé pour terminer les fêtes du jour, aurait lieu quand même à l'heure fixée.
Et ce soir-là était précisément une de ces superbes soirées de printemps, brillamment illuminée d'étoiles, tiède et parfumée, et elle invitait à quitter la maison pour aller dans la nuit sereine respirer le calme et les parfums de la nature. Partout la joie semblait renaître, et l'on eût dit que l'événement tragique de l'après-midi avait été oublié.
A neuf heures une salve d'artillerie retentissait au Fort Saint-Louis.
Aux abords du Château, tout illuminé, une musique vibrante de fifres et de cornemuses exécutée par les Highlanders attira la masse joyeuse des citadins. L'on vit dans la rade les navires de guerre s'illuminer soudainement et projeter dans l'espace d'immenses gerbes de feux multicolores.
Alors aussi des hauteurs qui dominaient le Fort S^int-Louis partirent les premières fusées qui s'élancèrent gracieusement dans le ciel étoilé. Des vivats et des clameurs joyeuses accompagnaient chaque éclatement de fusée.
C'est au moment où la première fusée était lancée qu'Aramèle, après un copieux et joyeux dîner en son logis de la basseville, gagna la haute-ville accompagné de M. DesSerres et son fils, d'Etienne et de Thérèse; ils allaient, eux aussi, assister aux
dernières réjouissances du jour. Les rues et les places publiques étaient encombrées de foules bruyantes et heureuses, et si compactes qu'on avait peine à se faire un chemin. Aramèle et ses amis s'arrêtèrent sur la Place de la Cathédrale, d'où l'on pouvait voir très bien le feu d'artifice et où se pressait une masse compacte de curieux.
Une heure se passa.
Puis, au tintement de dix heures à un beffroi voisin, une nouvelle salve d'artillerie éclata du côté du Fort, toutes les lumières du Château, des navires sur la rade et des principaux édifices s'éteignirent. C'était le signal que la fête était finie, et le peuple était invité par ce signal à regagner ses foyers.
Déjà Aramèle s'ouvrait un chemin dans la masse de citadins remuante, lorsqu'il se produisit derrière lui une vive bousculade. Des cris de femmes et d'enfants emplirent l'espace, des jurons retentirent, puis Aramèle était brutalement culbuté, repoussé et séparé de ceux qui le suivaient. Il promena autour de lui un regard rapide pour essayer de découvrir, parmi les êtres affolés qui tourbillonnaient, M. DesSerres ainsi que Léon, Etienne et Thérèse. Mais il ne pouvait distinguer que des silhouettes diffuses qui se mêlaient, couraient, se heurtaient, et il ne pouvait entendre que des cris de frayeur et des plaintes. Tout à coup, à l'entrée d'une ruelle très sombre non loin de lui Aramèle entendit une voix de femme lancer dans la nuit un cri d'effroi, puis cet appel désespéré:
— Au secours!
Aramèle, en frémissant, reconnut la voix de Thérèse.
Un remous se fit, une bousculade plus terrible se produisit. Aramèle tira sa rapière et fendit la masse effarée, épouvantée, et il s'élança vers la ruelle.
La voix de Thérèse arriva encore à lui:
— Aramèle! Aramèle!...
La voix mourut plus loin dans la ruelle.
Le capitaine crut comprendre que des malandrins venaient d'enlever Thérèse et l'emportaient dans la nuit. Il lui sembla que des ombres humaines fuyaient, non loin, devant lui. Mais étaient-ce les malandrins ou seulement des citadins effrayés? Aramèle courait de toute l'agilité de ses jambes, suivant à tout hasard ces êtres qui fuyaient. Il n'entendait plus aucune voix de femme s'élever, mais de temps à autre il croyait percevoir quelque chose de blanc.
Il pensa que c'était la robe blanche de Thérèse.
Les fuyards venaient de tourner à gauche sur une rue très noire, Aramèle s'y jeta sans diminuer sa course. Puis il se trouva sur une place obscure également. Il vit les mêmes êtres qui traversaient la place rapidement, puis il les perdit de vue.
Quand il s'arrêta, essoufflé, le capitaine se trouva devant les murs gris d'un ancien édifice à demi-démoli lors du bombardement de la cité en 1759. Il remarqua tout autour des échafaudages et comprit qu'on était en train de relever ce bâtiment de ses ruines. Aramèle examina attentivement la façade de l'édifice, cherchant une entrée. Car ceux qu'il avait poursuivis jusque-là avaient pénétré dans ce bâtiment, il en était sûr. Mais par où^ Il passa sous un échafaudage, grimpa sur un amas de matériaux quelconques et se trouva devant un trou noir qui lui parut le cadre d'une porte. L'intérieur était si noir aussi qu'il lui sembla impossible de s'y diriger. Mais là.
devant lui, qu'était-ce que cette vague lueur'' N'était-ce pas un rayon de lumière.'' Peut-être! Aramèle pénétra tout à fait dans le bâtiment. Il heurta des tas de planches, des amas de pierres, buta, et se trouva marcher dans un long et large corridor. Devant lui il pouvait voir le même rayon de lumière. Au bout de quelques minutes il s'arrêta devant une porte entre-bâillée, c'est de là que partait cette lumière. Qu'y avait-il là? Le plus grand silence régnait partout. Aramèle poussa doucement la porte. Il vit un couloir étroit, et à une extrémité de ce couloir une autre porte tout ouverte. Par cette dernière porte la lumière apparaissait un peu plus vive.
Avant de s'aventurer plus loin, le capitaine prêta une oreille attentive, car il lui avait semblé entendre, une fois, comme une respiration humaine, à moins que ce ne fût un sanglot étouffé... Oui, il entendait plus distinctement maintenant, et c'était bien des sanglots qu'on cherchait à retenir. Allons!... A pas de loup le capitaine enfila le couloir pour s'arrêter l'instant d'après dans la seconde porte. Il vit une vaste salle, nue et sans mobilier, éclairée par une unique lampe. Mais à l'extrémité opposée de cette pièce Aramèle aperçut une forme blanche étendue sur une couche quelconque... un grabat peut-être. Mais ne reconnaissait-il pas Thérèse à sa robe? Cer-
tainement! Il tressaillit et s'émut... la jeune fille paraissait sangloter.
— Thérèse! Thérèse! chuchota Aramèle.
La jeune fille ne parut pas entendre.
— Thérèse! répéta plus fort le capitaine.
Cette fois l'orpheline se leva brusquement, et, reconnaissant Aramèle, elle cria:
— Retirez-vous, Aramèle, ils vont vous tuer!
Le capitaine poussa un rugissement terrible et s'élança vers Thérèse. Mais il s'arrêta à mi-chemin, en voyant trois portes s'ouvrir brusquement. Une de chaque côté de la salle, et l'une au fond, où était Thérèse. Par cette porte du fond, parut un homme masqué qui braqua sur la jeune fille un pistolet et dit d'une voix sombre:
— Si vous faites un pas de plus, capitaine Aramèle, je la tue!
Par les portes des côtés le capitaine avait vu deux soldats portant chacun un flambeau, et dix autres armés de fusils, et ces soldats étaient également masqués. Les dix soldats armés formèrent un peloton à gauche d'Aramèle, et les deux soldats portant des flambeaux se postèrent, l'un devant le capitaine, à dix pieds environ, l'autre derrière à une égale distance: de sorte que la lueur des flambeaux éclairait vivement le capitaine.
Aramèle eut le pressentiment qu'il venait de donner dans la gueule du loup. Il rugit, et la rapière menaçante voulut se précipiter sur l'homme qui menaçait Thérèse d'un pistolet.
Celui-ci cria:
— Prenez garde de vous rendre responsable de sa mort!
En même temps que ces paroles, Aramèle le voyait presser la détente. Il s'arrêta, indécis, tremblant, et fit entendre un grondement de colère impuissante. Puis il cria:
— Misérable! que voulez-vous faire de cette jeune fille innocente?
7'hérèse pleurait, mais elle n'avait pas l'air d'avoir peur pour sa propre vie.
—Attendez, répliqua l'homme masqué avec un sourd ricanement, vous allez le savoir!
Il s'approcha tout près de Thérèse et lui parla à voix basse, et le capitaine comprit que cet homme avait proféré des menaces à la jeune fille. Celle-ci avait courbé la tête pour se remettre à pleurer.
Puis l'homme s'écarta de la jeune fille et fit un geste aux soldats. Cinq d'entre
CAPITAINE ARAMÊLE
eux épaulèrent leurs fusils et mirent le capitaine en joue.
Aramèlc ne broncha pas, il comprit que sa dernière heure était venue et il décida de mourir en brave, sans peur, sans crier merci.
L'homme masqué dit:
— Capitaine Aramèle, si vous voulez me remettre votre épée, et si vous me jurez de repasser en France par le prochain navire, je vous laisserai la vie sauve!
Aramèle ricana.
— Remettre mon épée, demanda-t-il, de quel droit?
— Rendez-la contre la force! répliqua durement l'homme masqué.
— La rendre? Allons donc! fît narquoisement le capitaine. Vous savez bien qu'une épée comme la mienne ne se rend jamais!
Et à la lueur des flambeaux il fit étinceler la lame de sa rapière.
— Qu'on vienne la prendre! ajouta-t-il, défiant et redoutable.
Puis il la fit tournoyer dans l'espace et -si rapidement, si terriblement, que les deux porteurs de flambeaux reculèrent comme épouvantés.
Aramèle se mit à rire et reprit:
— Maintenant, à mon tour, monsieur, je vais vous dire ceci: si vous voulez me rendre cette jeune fille que vous avait fait enlever par vos vilains maraudeurs, je vais m'en aller avec elle, et je vous promets que vous ne serez pas inquiétés, ni vous ni ces hommes. Sinon...
— Sinon? sourit l'homme masqué avec sarcasme.
— Sinon, je vais vous passer sur le ventre!
Ce disant il fit mine de bondir l'épée haute.
— Soldats! rugit l'homme masqué...
— Arrêtez! clama Thérèse en se levant et en se précipitant vers l'homme masqué. Et, suppliante, elle ajouta: Prenez ma vie, mais laissez-lui la sienne!
— Qu'il rende son épée! hurla l'homme masqué.
— Jamais! jamais! cria Aramèle.
— Grâce! grâce! supplia l'orpheline en se jetant à genoux.
L'homme masqué la repoussa durement et elle roula sur les dalles de la salle.
Cette fois Aramèle bondit pour tout de bon...
Une terrible détonation éclata et fit trembler tout le bâtiment.
Thérèse se dressa sur les pieds en poussant une effrayante clameur. Une épaisse fumée avait empli la salle.
Un moment, un silence de mort plana sur cette scène, puis la fumée peu à peu se dissipa... Alors Thérèse, folle de douleur, hurlante, aperçut tout à coup à travers le mince rideau de fumée qui se dissipait, Aramèle, à genoux, livide, ensanglanté...
Thérèse voulut courir au capitaine.
— Feu! rugit encore la voix de l'homme masqué.
Cinq autres coups de feu retentirent pour se confondre en un seul.
Aramèle tomba face contre terre, les bras étendus sur sa rapière.
Les soldats et l'homme masqué s'approchèrent rapidement du capitaine. A la même minute ce dernier bondit sur ses pieds, avec sa rapière à la main, poussa un rugissement fauve et fondit sur les soldats. La rapière voltigea deux ou trois secondes et deux des soldats s'abattirent sur les dalles.
Mais, avant que le capitaine n'eût fait une autre victime, l'homme masqué l'avait ajusté de son pistolet et il avait fait feu à bout portant.
Aramèle ne tomba pas, et chose étrange, il se tourna vers son assassin en souriant.
Thérèse, à genoux, mains crispées, pleurait toujours en implorant le ciel.
L'homme masqué, croyant avoir manqué Aramèle, tirait de ses vêtements un autre pistolet.
A cette minute précise on vit le capitaine chanceler, fermer les yeux, et l'on vit sa main crispée sur la poignée de la rapière se détendre lentement, puis laisser tomber la lame.
— Ramassez cette épée! ordonna aussitôt l'homme masqué.
Un soldat se précipita...
Cet ordre parut faire renaître Aramèle.
Il se raidit violemment, juste comme il allait tomber, il se baissa, saisit comme avec furie sa rapière et, d'un geste prompt, il appuya la poignée contre le parquet, dirigea la pointe contre sa poitrine, et, regardant l'homme masqué avec une sorte de défi insolent et narquois, il bégaya:
— Qu'on vienne me la prendre!
Lentement il appuya sa poitrine contre la pointe et se pencha... La lame flexible plia... elle pénétra dans la chair... Aramèle,
la seconde suivante, tombait percé de part en part par sa bonne lame.
Il demeura inanimé dans une large mare de sang.
Thérèse venait de s'évanouir, et elle demeurait inanimée elle aussi.
Mais les soldats et leur chef ne parurent pas s'occuper de Thérèse, ils se précipitèrent vers le cadavre du capitaine...
Au même instant, par la porte du fond demeurée entr'ouverte, apparut un homme, un inconnu également masqué, à qui les soldats tournaient le dos et qu'ils ne virent pas. Cet homme s'approcha sur la pointe des pieds de Thérèse, il la souleva doucement dans ses bras, regagna la porte €t disparut.
Mais au moment où cet homme franchissait le seuil de la porte Thérèse avait poussé un profond soupir.
Les soldats et leur chef se retournèrent vivement. D'abord ils ne virent rien.
Mais soudain le chef poussa un cri inarticulé, se redressa et bondit vers l'endroit où il avait vu, la minute d'avant, la jeune fille évanouie.
— Dieu me damne! vociféra-t-il en arrachant de rage son masque, il est venu ici quelqu'un qui a enlevé notre proie!
Et cet homme, qui n'était autre que le major Whittle, lança un poing menaçant vers le ciel.
ni
Whittk avait congédié ses complices, après que le corps d'Aramèle fut jeté dans un trou creusé dans la cave du bâtiment solitaire. Et lui-même, écumant de rage et très inquiet au sujet de la disparition de Thérèse, avait regagné son logis. Il devinait qu'un homme avait eu vent de la trame ourdie contre Thérèse et le capitaine, que cet homme avait été peut-être témoin du drame, et qu'il avait sauvé Thérèse. Donc, si telle était la vérité, cet homme, cet inconnu, demeurait un témoin dangereux contre lui. Que faire?...
Lorsqu'il arriva chez lui, le major trouva Mrs Whittle pâle, agitée et en compagnie de Sir George Parks.
— Eh bien? interrogea avidement Parks en voyant entrer le major.
— C'est fait, répondit sourdement celuici, Aramèle n'est plus!
Il fit le récit de la tragédie qu'il terrnina
en mentionnant la disparition mystérieuse de Thérèse.
En apprenant ce dernier incident, Parks se leva vivement, troublé et agité, et dit:
— Whittle, si votre hypothèse est fondée, je vous engage à fuir immédiatement. Car vous avez été espionné et suivi, et je crains qu'un personnage très important n'ait été témoin de cette affaire.
Le major se mit à trembler.
— Fuir! grogna-t-il. Mais où aller?
— N'importe! répliqua Parks. Allez en Nouvelle-Angleterre, passez la mer, allez où vous voudrez, mais ne restez pas ici si vous tenez à votre tête!
— Et vous-même? interrogea le major en dardant sur Parks un regard soupçonneux.
— Oh! moi, je suis bien tranquille. Je viens de quitter Murray, et jamais l'on osera me soupçonner de complicité.
— Mais ma femme? demanda encore Whittle plus défiant.
— Fuyez, mon ami! soupira Mrs Whittle en fondant en larmes. Bien qu'avec regrets, je resterai ici et je prétendrai, pour protéger votre fuite, que vous avez été assassiné. Plus tard, lorsque tout sera devenu tranquille, quand cet événement aura été oublié, alors vous reviendrez, ou, si vous aimez mieux, j'irai vous rejoindre.
Le major se mit à rire avec sarcasme.
Disons ici que Parks était divorcé d'avec sa femme depuis plusieurs années, qu'il était fortuné et âgé seulement de quarante-cinq ans, de sorte qu'il était fort possible qu'il pût y avoir complot entre lui et Mrs Whittle. C'est ce que soupçonna Whittle, d'autant plus que les deux complices s'obstinaient à lui conseiller la fuite.
Il se mit donc à rire. Puis il alla à un guéridon où se trouvaient des carafes remplies de liqueur et des coupes de cristal. Il vida une pleine coupe d'eau-de-vie, attira sa femme à l'écart et lui demanda à voix basse et menaçante:
— Pourquoi voulez-vous que je fuie?
— Pour sauver votre vie!
— Qui nous dit qu'elle est en danger?
— Mais... cet homme qui a enlevé la jeune Canadienne...
— Cet homme, je ne Tai pas vu.
— Mais s'il vous a vu, lui?
— J'étais masqué.
— N'importe! mon ami. fuir est un acte de prudence que vous commandent les cir-
constances, et Sir George est aussi de mon avis.
Whiitle ricana lourdement et serra les dents.
— Voulez-vous savoir ce que je pense?
demanda-t-il en dardant son regard aigu dans les yeux troublés de sa femme.
Mrs W^hittle, malgré toute sa bonne volonté de rester calme devant l'orage qui grondait, tressaillait violemment. Mais se reprenant aussitôt elle dit avec une moue dédaigneuse:
— Voyons, mon ami, ce que vous pensez...
— Vous allez le savoir, répliqua durement le major.
— Il marcha de suite vers Parks, s'arrêta en face de lui et prononça durement:
— Parks, vous êtes un lâche!
Sir George, qui s'était rassi, se leva avec un air offensé et répliqua, hautain:
— Whittle, prenez garde de prononcer des paroles que je vous ferai rentrer dans la gorge!
— Vous? Allons donc! Je vous dis que vous êtes un lâche, parce que vous m'avez vendu après vous être fait mon complice !
— C'est assez! commanda Parks sur un ton menaçant.
Mrs Whittle s'élança auprès de son mari ^t lui cria:
— Vous êtes fou, mon ami, allez vous coucher, puisque vous refusez de suivre le bon conseil qu'on vous donne!
— Arrière! clama Whittle en repoussant brutalement sa femme, vous êtes une lâche vous aussi! Parks! ajouta-t-il en frissonnant de fureur, prenez votre épée!
Et, le premier, il dégaina.
— Vous voulez donc vous faire tuer?
demanda froidement Parks en tirant son épée à son tour.
— Ou je vous tuerai, riposta Whittle.
Allez:
Il attaqua Parks qui para vivement.
A l'instant même le heurtoir de la porte d'entrée se faisait violemment entendre.
Les deux adversaires s'écartèrent l'un de l'autre, et Whittle dit en grondant:
— Quand nous aurons été débarrassés ■de ce visiteur importun, nous reprendrons.
— Comme vous voudrez! répliqua avec calme Parks. Et il ajouta, ironique: Puisque vous tenez tant à vous faire tuer...
— Ou bien je vous tuerai! interrompit
rageusement le major. Et je vous tuerai certainement, ajouta-t-il, en frappant un meuble du plat de sa lame, pour vous empêcher de me prendre ma femme et de vous rire de moi!
Parks éclata de rire.
Mrs Whittle, indignée, clama:
— Vous parlez comme un vrai fou, Sam... Taisez-vous!
— Et si vous me tuez, Parks, poursuivit le major qui avait l'air de devenir tout à fait fou, avant de mourir, je tuerai ma femme!
— Horreur! cria Mrs Whittle avec épouvante. Mais aussitôt elle poussa un long rugissement d'hyène, tira un court poignard de son corsage et, menaçante, gronda:
— Sam, si vous tentez de me tuer, je me défendrai!
— Gueuse! hurla le major.
Il s'élança l'épée haute sur sa femme.
Mrs Whittle s'enfuit dans une pièce voisine, et le major allait l'y poursuivre, lorsqu'un domestique introduisit deux officiers qui se jetèrent sur Whittle, le désarmèrent en un tour de main et le maintinrent solidement.
— Whittle, dit l'un d'eux sur un ton froid, nous avons ordre de vous conduire auprès du gouverneur.
Le major regarda ces deux officiers, qui étaient de ses amis, avec une sorte d'hébétement. Puis il s'écroula sur un siège et se mit à pleurer.
Un silence se fit durant lequel Mrs Whittle, très livide et un mouchoir sur les yeux, rentra dans le salon. A Parks qui lui lança un coup d'oeil d'intelligence elle sourit.
En apercevant sa femme, Whittle fut de nouveau repris par la fureur.
— Vipère! râla-t-il.
Il voulut se ruer contre elle.
Les officiers le retinrent. Et celui qui avait parlé dit encore sur un ton autoritaire:
— Whittle, le gouverneur attend: venez si vous ne tenez pas à être traîné de force par nos soldats!
Le major fit entendre un sourd gémissement. Il se leva, lança à Parks un regard sanglant, à sa femme un regard de haine, et dit avec un juron:
- — Allez, messieurs, je vous suisi
— Au Château Saint-Louis, dans la salle des audiences, deux cadavres étaient étendus sur le parquet, et près de ces cadavres, à genoux et toute vêtue de noir, une femme pleurait.
Le gouverneur xMurray était là, debout, les mains appuyées au dossier d'un fauteuil, laissant ses regards humides attachés sur la femme en noir.
Une pendule tinta la demie de onze heures.
Le plus grand silence régnait dans tout l'édifice.
Murray s'approcha de cette femme en pleurs et dit:
— Madame, voulez-vous que je vous fasse conduire dans une chambre où vous vous reposerez quelques instants?
La femme leva sur le gouverneur son visage mouillé de larmes et balbutia d'une voix éteinte:
— Excellence je vous demande seulement de venger mon mari et mon fils, après... oui, après j'irai mourir à mon tour dans ma maison en deuil.
— Mais votre fils, madame, je vous l'ai dit, n'est pas mort!
— Ah! Excellence, n'est-ce pas un vain espoir que vous essayez de donner à une épouse et une mère désespérée?
Une main frappa doucement dans une porte.
Murray alla ouvrir. Un domestique précédait une jeune fille toute en larmes... c'était Thérèse.
Elle courut aux cadavres et se prosterna auprès de l'un en criant:
— Oh! Etienne! Etienne... les misérables t'ont assassiné aussi, comme ils ont assassiné ce bon capitaine Aramèle!
Alors, la femme en deuil se leva, s'approcha de Thérèse, se pencha, prit la jeune fille dans ses bras et demanda:
— Thérèse, ne me reconnaissez-vous pas?
La jeune fille se pendit aussitôt au cou de cette femme en murmurant:
— Ah! madame DesSerres, quel terrible malheur nous frappe tous!
Elle venait d'apercevoir le corps inanimé de M. DesSerres.
Elle se leva et laissant tomber sa tête blonde sur l'épaule de Mme DesSerres, elle balbutia, la voix éteinte:
— Madame, je sens que je vais mourir À mon tour!
— Non, Thérèse, ne mourrez pas maintenant, car j'ai demandé vengeance!
— Vous serez vengées bientôt! dit une voix sombre derrière les deux femmes.
Murray était encore là. Il donna des ordres rapides et à voix basse au domestique qui avait amené l'orpheline, et le domestique s'éloigna.
— Et Léon? interrogea d'une voix tremblante Thérèse.
— Je ne sais pas où il est, répondit Mme DesSerres; mais le gouverneur m'a assurée qu'il est vivant!
— Vivant!... murmura Thérèse. Oh merci, mon Dieu, de l'avoir épargné, lui au moins... Et elle s'agenouilla de nouveau auprès du cadavre de son frère, tandis que Mme DesSerres, épuisée, tombait dans un fauteuil que Murray avait approché.
Un quart d'heure s'écoula.
Le domestique, à qui Murray avait donné des ordres, reparut et lui parla à voix basse.
— C'est bien, dit Murray, allez et faites amener le prisonnier.
La minute d'après, Whittle entrait conduit par quatre soldats,
A la vue des deux cadavres et des deux femmes en pleurs il se troubla et devint trèspâle, et il comprit que son sort était fixé.
Murray le fit approcher et demanda d'une voix sourde:
— Whittle, reconnaissez-vous ces deux victimes?
Le major vit l'accusation venir, après l'accusation ce serait la condamnation. Il décida de faire face à l'orage et de sauver sa tête, et, calme et froid, il répondit;
— Non, Excellence, je ne connais pas ces cadavres. Mais ce qu'il importe de savoir à cette heure, c'est le motif qui me fait amener ici ainsi escorté.
Whitle avait pris un air arrogant en désignant les quatre soldats qui l'entouraient.
— Ah! ah! fit Murray en élevant la voix, vous voulez savoir pourquoi, par mes ordres, vous êtes amené ici? Eh bien! sachezle, vous êtes accusé d'avoir assassiné ou fait assassiner ces deux personnes ainsi que le capitaine Aramèle!
UÊ GAPITAINB AHAMÈIiB
— Mensonge! hurla Whittle en faisant un geste énergique de dénégation.
— W^hittle, prenez garde, nous avons des témoins. Aujourd'hui même vous avez ourdi la trame d'enlever cette jeune fille. \'ouK avez profité des circonstances qui semblaient favorables pour perpétrer votre crime. Vous avez apposté des gens à vos gages pour s'introduire au sein d'une foule de citoyens paisibles, et pour y frapper de leurs poignards M, DesSerres, son fils et Etienne Lebrand. Il était dans votre complot que le capitaine serait frappé d'une autre façoa et dans un autre lieu, parce que vous avez eu peur que ce lion ne fût manqué et qu'il ne vous dévorât. Vous avez prémédité un enlèvement qui n'était cju'un piège pour attirer le capitaine dans une embuscade où vous l'avez fait tuer h. coups de fusil. Vous étiez masqué, mais vous avez été reconnu.
— C'est une infamie, cria Whittle avec force, je suis innocent!
Au même instant, une porte s'ouvrait et par cette porte un homme, vêtu d'un long manteau et portant un masque de velours noir sur son visage, entra. Il s'approcha de Murray et prononça d'une voix tragique en désignant le major Whittle:
- — Excellence, je reconnais bien l'homme qui a été l'âme du noir complot de cette nuit, l'homme qui a fait assassiner le capitaine Aramèle.
— Ah! c'est vous qui...
Le major se tut aussitôt par crainte de prononcer des paroles qui le condamneraient. Mais pourtant il sentait la peur l'envahir, et instinctivement, comme s'il eût cherché une issue pour s'enfuir, il jeta un rapide re'jard autour de lui. Il vit, debout et le regardant avec haine et mépris, les deux femmes qu'il avait vues pleurer, et l'une d'elles était Thérèse. Tout son être trembla affreusement.
— Oui, reprit l'inconnu, je suis celui qui ai surpris votre trame; malheureusement, je suis arrivé trop tard pour sauver vos victimes.
— Vous êtes un menteur et un imposteur! cria Whittle hors de lui.
— Ah! ah! se mit à rire l'inconnu. Regardez-moi donc un peu et dites encore cpie je suis un imposteur!
Il enleva son masque.
Thérèse jeta un cri de joie et de reconnaissance.
Whittle tomba à genoux, et devant lui se dressait, la physionomie terrible et vengresse, le jeune duc de Manchester.
— Grâce, Monseigneur, balbutia le major frappe du vertige de l'épouvante.
Le duc regarda Mme DesSerres et Thérèse pour les consulter du regard. Les deux femmes, pour toute réponse, s'agenouillèrent à nouveau près des cadavres.
Alors le duc se pencha vers Whktle, écrasé et pantelant, et murmura:
— Elles seules pourraient vous accorder la grâce que vous implorez, mais elles en sont incapables parce qu'elles souffrent trop.
—Oh! s'écria Whittle avec folie, j'irai me traîner à leurs pieds...
Murray l'interrompit rudement en commandant aux soldats:
— Allez! exécutez vos ordres!
Whittle jeta un hurlement et fit un bond énorme comme pour échapper au châtiment qui l'attendait.
Mais les soldats s'étaient jetés sur lui, et après une courte lutte il fut garotté et entraîné hors de la salle.
Un long silence suivit.
Tout à coup les deux femmes s'entreregardèrent avec surprise: elles venaient de s'apercevoir qu'elles étaient seules.
A la seconde précise plusieurs coups de feu éclatèrent dehors comme un seul, et le même silence tragique se fi.t à l'intérieur.
Mme DesSerres et Thérèse tressaillirent vivement, et elles comprirent que leurs morts étaient vengés.
Peu après, la porte du fond s'ouvrit doucement, une ombre humaine s'avança vers les deux femmes... une ombre pâle et chancelante, mais souriant doucement.
Mme DesSerres et Thérèse se jetèrent dans ses bras...
C'était Léon!