‹ Le capitaine Bitterlin comedie en un acte, en proseChapitre 16 sur 33 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

AURÉLIE, SAVIMEN *.

SAVINI EN.

Vous êtes folle!... Ah! j’y suis... vengeance de femmes !

AURÉLIE

Mieux que cela, mon cher, une bonne action; je marie votre ami.

SAV INIEN.

Avec Emma?

AURÉLIE

Tiens, c’est vrai, elle s’appelle Emma ; un gentil petit nom, et une gentille petite femme !

SAVINIEN

Ah çàl vous avez donc marché sur l’herbe d’indulgence ?

AURÉLIE

Pi'obablemeùt ! Dites donc, monsieur Raynaud, avez-vous jamais fait le bien, vous?

SAVIN lEN.

Ma foi, non ! Pas , que je sache»

AUÉRLIE.

Eh bien, essayez, quand vous aurez le temps, c’est plus agréable qu’on ne croit. Oui, jiardonner une offense, rendi e le bien pour le mal, c’est un exercice très-salutaire, et... pas commun... Vous verrez que le garçon s’est endormi sur mon aile de poulet.

* Aorèlie, Saviaien.

SAVINIEN

Attendez, je vais voir, (llsort en courant, et rentre avec une aile de poulet sur une assiette.) Vous Favez Calomnié, il était en chemin.

AURÉLIE, s'assejant à table.

Vous voyez, ma bonne action trouve 'déjà sa récompense. Je n’espérais pas déjeuner avant six heures du soir.

SAVIMEN.

Qu’avez-vous donc? 11 y a dans vos yeux quelque chose do tout particulier.

AURÉLIE

N’est-ce pas? Je vois la nature en beau, mon cher ami. Ces arbres sont superbes avec leur poussière! La Conversai ion (Lui montrant les fabriqjcs du fond.) est uii miracle d’archiiccture ! Le vent qui sonfile à travers la promenade m’apporte des émanations de géranium et de cigare qui me gonilent doucement le cœur! Il fait bon vivre aujourd’hui!... Ouf!

- SAVINIEN

A quoi pensez-vous? Vous avez quelque chose?

Oui, j’ai quelque chose... Mais vous dire à quoi je pense, je ne saurais... A vous, peut-être ?

s A V I N I E N , s’asseyant en face d’elle .

Bonne idée! Et peut-on savoir ce que vous pensez de moi ?

AURÉLIE

Vous m’avez dit ce matin des choses fort judicieuses. Vous ne causez pas mal. Évidemment vous êtes un garçon moins nul que plusieurs de vos contemporains.

SAV INIEN.

II y aurait de quoi devenir fat, si vous ne m’aviez pas prévenu que vous êtes dans un jour d’indulgence.

AU RÉLIE.

Pourquoi, fat? Je ne vous connais pas. Je ne vous ai jamais regardé. Êtes- vous jeune ou vieux, beau ou laid? Il est temps que je le sache.

SAVINIEN, SC levant.

Me voici comme ma mère m’a fait, et comme mon tailleur m’a habillé.

AURÉLIE, se levant.

Eh bien, mon cher, vous ii’êtes pas mal du tout : de tournure, de i»roül, de face. Parlez un peu, que j’entende le son de votre voix.

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