SCÈNE XII
EMMA
Écoutez-moi vite; lu foule m’a séparée de mon père, et j’ai couru...
HENRI
Enfln, il m’est doniié de vous entendre, de vous parler. .
EMMA
Il se passe des choses terribles, là-bas I
Il ENRI.
Et que m’importe ! puisque...
EM MA
Quand vous vous êtes sauvé, tout à l’heure, en laissant votre argent sur la table...
HENRI
C’est votre regard, mademoiselle, qui m’avait troublé jusqu’au fond de l’ime, et...
EMMA
Mon père a dit je ne sais plus quoi, une réflexion désobligeante, et il s’est mis à votre place, pour assister, disait-il, à la perte de votre argent.
HENRI
Oh ! que j’aurais perdu volontiei-s tout ce que je possède pour acheter un moment comme celui-ci!
EMMA
Mais VOUS n’avez rien perdu... au contraire, votre argent a gagné...
HENRI
Qu’importe !
EMMA
Une montagne d’or et de billets, vous dis-je ! Papa n’a fait qu’en rire, au commencement, parce qu’il espérait que tout serait bientôt reperdu; puis, je ne sais comment, il s’est oublie au point de compler les billets et de ranger l’or en pile. Alors, un monsieur, qui tenailles caries, lui a demandé ce qü’il mettait au jeu. Il a répondu qu’il ne savait pas, que tout cela n’élait pas à lui ; cependant il a joué, il a gagné, pu l’a payé; il a remis, et, maintenant, ce qu’il gagne est si épouvantable, que je suis presque morte de peur I HENRI, teudremenl.
Ne craignez rien.
Mais vous ne savez pas comme il est en colère. C’est la
première fois de sa vie qu’il a joué. Il murmure, entre ses dents, qu’il se déshonore par votre faute, et que vous le lui payerez !
HENRI
Je souffrirai tout avec plaisir, avec joie, avec reconnaissance; l’accident que vous m’annoncez n’a rien de grave ; je suis plutôt tenté de le bénir, puisqu’il me permet de vous parler un instant, et de vous dire pour la première fois que je vous aime !
EMMA
Mais je le sais bien.
HENRI
Vous le savez, et vous me pardonnez la hardiesse d’un tel aveu?... Je ne vous ai pas offensée?
EMMA
Mais non, monsieur, puisque je vous aime aussi!
HENRI *
Vous m’aimez ! Elle m’aime! Je l’ai bien entendu! Mais je ne crains plus rien au monde! Que la foudre éclate sur ma tête !
Mais, monsieur, papa ne voudra jamais nous marier ensemble ! Il VOI S demandait tout à l’heure à scs voisins pour vous jeter son gain à la tête. S’il venait vous chercher que- . relie, j’en mourrais, moi!
HENRI
Diable! l’affaire est grave, en effet. C’est égal, mademoiselle, je suis bien heureux!
V 0 1 X , à la cantonade.
Vive le capitaine Bitterlin !
HENRI
Ah! mon Dieu!
EMMA
Le voici ** !
HENRI
Je ne crains rien, j’attendrai de pied ferme! Restez auprès de moi pour me protéger... non l pour que je vous protège... ou plutôt, laissez-moi le temps de consulter Aurélie.
* Henri. Emma.
Emma, Henri.