SCÈNE XVI
HENRI
J'admets que mon louis a gagné tout seul; mais lorsque nous avons dépassé le maximum, il fallait retirer de l’argent- Oiicl est rbonnéte homme qui a fait cela?...
BITTERLIN .
C’est moi! J’étais là... et...
HENRI
Vous lui avez donné un lier coup de main, à mou louis 1
J’ai cru bien faire.
HENRI
Vous avez Lieu fait! Et ainsi vous avez continué dans le même ordre, eu retirant de l’argent chaque coup ?
BITTERLIN.
Puisque j’étais là !
HENRI
Mais.la noire n’a pas gagné constamment. 11 faudrait qu’elle eût passé plus de vingt-sept fois sans interruption.
BITTERLIN.
’ Ça n’était guère possible !
HENRI
Oh ! la rouge a Gni par gagner !
BITTERLIN.
Damé 1
HENRI
Alors j’ai perdu !
BITTERLIN .
Sans doute !
HENRI
J’aime à croire que quelqu’un a payé pour moi!
BITTERLIN.
Je me trouvais là... et...
Mais il est impossible que je me sois obstinément tenu à la noire. Est-ce que je n’ai jamais mis à la rouge?
BITTERLIN.
Ah! peut-être bien!
HENRI
Mon argent n’y est pas allé tout seul... on l’a aidé... Qui? .
BITTERLIN.
Je me suis fait l’honneur de vous dire que j’étais là.
HENRI
Mais si vous étiez là, capitaine, si vous avez placé, déplacé,
retiré, payé, touché l’argent, c’est vous qui avez joué, c’est vous qui avez gagné, donc la somme est à vous ! Donc, rendez-moi vingt francs, et remportez le reste! (\urélie remonte.) BITTERLIN
Monsieur, vous connaissez mes principes: je méprise le jeu, donc je ne joue pas, donc je ne gagne pas, donc... je n’accepte pas un gain déshonorant I
HENRI
Si vous le trouve* déshonorant, pourquoi voulez-vous que je l’accepte?
BITTERLIN, doucement.
Mon jeune arail
HENRI
Merci de cette bonne parole !
BITTERLIN.
11 n’y a pas de quoi, mon jeune ami! Considérez que j’ai lu double de votre âge, que toute ma vie j’ai mal parlé du jeu; qu’ici même, ce matin, j’ai... et que je n’oserais plus me regarder en face, si l’on pouvait dire que j’ai gagné aux cartes!
HENRI, ému.
Monsieur, vous êtes un digne homme! (Aurélie fait on signe. —Fièrement.) Mais si VOUS pciisez que l’argent du jeu soit désagréable à garder, pourquoi voulez-vous me. faire un si méchant régal?
BITTERLIN.
Parce qu’il est à vous, sacrebleu!
HENRI, se dérobant.
Mais non! mais non!
BITTERLIN.
Ah! c’est ainsi! (Jetant l’argent sur la table, à droite.) Eh bien, monsieur, cet argent vous appartient, faites-en des choux et des raves! Quant à moi, j’ai rempli mon devoir, et je vous tire ma révérence ! (il sort à gauebe, eu oubliant son chapeau.) AURÉLIE, à Henri.
Très-bien !
HENRI
Que faire?
* Aurélie, Henri, Bitterlio.
*• Henri, BiUerlin, Aurélie.