‹ Le capitaine Roland, comédie-vaudeville en un acteChapitre 1 sur 25 · C. JOUVENEAUX · texte numérisé non relu

C. JOUVENEAUX

Le théâtre représente un salon bourgeois. Porte au fond , donnant sur un jardin ; une porte à gauche, ainsiqu'une cheminée, surmontée d'une glace. A droite , une croisée ayant vue sur le jardin ; du même côté, une table et tout ce qu'il faut pour écrire. Fauteuils , chaises, etc.

1 SCÈNE re: 1

NANCY puis FREYTAG.

Au lever du rideau , Nancy est devant la glace ,

occupée à arranger sa coiffure.

wancy. Dieu ! comme mes cheveux vont mal aujourd'hui.

'. freytag, entrant. Ah! je tous y prends, mademoiselle Nancy.

nancy. Tiens! c'est vous, M. Freytag ?

freytag. Toujours à votre toilette?

~ nancy. C'est qu'aujourd'hui nous attendons du monde... des étrangers...

freytag. Des jeunes gens, peut-être?

nancy. Allons, vous voilà tout de suite avec vos idées... Eh bien! vous ne le saurez pas, pour vous apprendre.

freytag. Ma chère Nancy, il faut avoir toute ma patience pour vous aimer, c'està-dire une patience d'Allemand; car, ici, à Lauterbourg, ville française sur les bords du Rhin , nous sommes' Allemands de complexion, et c'est fort heureux.

nancy. Heureux... jusqu'à un certain point...

freytag. Je ne dis pas ça pour vous ; et voilà l'inconvénient d'habiter la frontière.

Air : De ta Robe et les Bottes.

Oui, nos cœurs, ne vous en déplaise, Sont, à coup sûr, d'un pays différent;

Vous aimez comme une Française, Moi, je soupir1 comme un Allemand.

"Un cœur français , je le vois avec peine, Offre à l'amour un terrain trop léger, Et ma tendresse est un* plante indigène Qui dépérit sur un sol étranger.

Oui, mademoiselle Nancy, vous êtes trop légère, tandis que M. Naudin , votre oncle, est doué d'une pesanteur complettementtudesque; c'est un homme qui ne peut jamais prendre un parti. Toutes les fois que je lui parle de notre mariage, et depuis six mois je lui en parle tous les jours !. . savez-vous quelle est sa réponse ?

nancy. Sans doute... Il n'en a qu'une pour toutes les circonstances : « Nous verrons ça, nous verrons ça...»

freytag. Et comme il ne voit jamais rien, ca peut se prolonger indéfiniment.

nancy. Dam ! c'est son caractère !.. .

freyt\g. Mais on en sort de son caractère ! Il n'y aurait rien de plus gênant qu'un caractère, si on ne pouvait pas en sortir. Moi, je vous avertis que je vais m'échapper du mien... ^

nancy. Tant mieux! vous ne '£ pouvez qu'v gagner; car vous êtes jalon* , méfiant, querelleur... L'autre jour, vous avez encore cherché dispute à un jeune homme, parce qu'il me regardait...

freytag. Eh bien ! oui... j'enrage... je suis méchant... il y a des momens où je voudrais tuer tout le monde!..

nancy. Taisez-vous! taisez-vous! voici mon oncle !.. \

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