‹ Le capitaine Roland, comédie-vaudeville en un acteChapitre 10 sur 25 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

ROLAND, GfARUIELLE. • roland. Il s'en va... Je n'en suis pas fâché; uous serons seuls, nous serons plus libres. Sa présence t'aurait peut-être gêné pour me répondre; et d'abord, parle-moi franchement : es-tu content de me revoir? mon retour te fait-il plaisir?

gabrielle. Oh ! oui, monsieur.

roland. Monsieur?.. Si c'est comme ça que tu commenças ..

gabrielle. Eh bien! oui... capitaine.

roland. Capitaine! c'e^t déjà mieux; mais c« n'est p is aesez : je suis ton ami , entends-tu? ton meilleur ami!..

gabrielle, hésitant. Oui... mon ami...

roland. A la bonne heure! Touche là, mon garçon. Maintenant , viens l'asseoir à côté de moi , ou plutôt là , sur mes genoux, nous causerons d'affaires.

gabrielle. Permeitez, ça vous fatigueait.

roland. Du tout, approche, dépêche-toi.

GA#aiELLE,a part. II faut bien lui obéir.

Elle va s'asseoir timidement sur les genoux de

v Roland. -1

roland. Ah! ça voyons, qu'est-ce que

tu as? tu ne semblés pas à ton aise avec

moi; e^t-ce que je t'intimide? est-ce que

tu ne m'aimes pas ?

gabrielle. M oî ! pouvez-vous douter de ma reconnaissance, de mon amitié...

je crains seulement de ne pas mériter la vôtre, ou du moins de ne pas la conserver long-temps!. .

h\ïdA'ristippe.

Votre amitié, qui me semble si chère,

Moi, je n'ai pas le droit de l'exiger .. Sans le vouloir... ne puis-je vous déplaire; Un jour enfin, votre cœur peut changer. ROLAND.

Non , non ! mon cœur ne peut jamais changer ; Va, ne crains rien... ma tendresse est extrême ! Quoi qu'entre nous, amène le hasard...

Je t'aimerai toujours de même.

GABB1ELLE.

Ça n'est pas sur... et nous verrons plus tard...

roland. Je te répète que rien ne saurait me faire changer à ton égard.

gabrielle. Peut-être, on ne sait pas...

et si par hasard, vous venez à vous marier...

roland. Me marier, moi!., sans toi, c'e^t possible... je me serais marié!., mais, pourquoi?., pour avoir un garçon!., j'ai toujours eu envie d'avoir un garçon.

gabrielle. Vous n'auriez pas autant .aimé une fille?

roland- Le ciel m'en préserve.. . une demoiselle ça ne m'irait pas; c'est tranquille, sédentaire; difficile à établir.. Bans compter' d'autres ijacpmréniens... tandis qu'un garçon, c'WrWn ami, un compagnon...!^! bien, te voilà, lu seras mon premier et mon dernier... c'est fini, plus de ferîVme, plus d'amour, plus de mariage... je t'en, donne ma parole.

gabrielle. vivement. Oh ! ne jurez pas!

roland. Pourquoi donc?., je puis bien te faire ce sacrilice-là, tu es si gentil, trop gentil même... et maintenant que je t'examine , c'est singulier , comme tu ressembles à une personne,..

cabrïelle, se levant. Qui donc cela ?. .

roland , se levant aussi. Une femme. . . une jeune fille , que j'ai vue tout-à- L'heure encore dans le jardin...

Gabrielle. C'est possible. . . un air de famille.

roland. Que veux-tu dire?

gabrielle. C'est ma cousine.

roland. Ta cousine?, .et ce père Naudin qui ne m'en a rien dit...

gabrielle. Je m'étais chargé de vous l'apprendre.

roland. Ainsi , tu nTes plus seul, tu as retrouvé ta famille... ^ «

gabrielle. Pas autrement. . . d'après les inforr. , ions que M Naudin a prises, ma cous ne est !a seule parente qui me reste... Orpheline, comme moi, sa mère avant de mourir, l'avait placée à Strasbourg, dans un pensionnat où elle est encore, et d'où elle vient quelquefois nous voir.

roland. C'est en effet sur la route de Strasbourg que je l'ai rencontrée. . .

gabrielle. Ce matin?., elle mei'a dit...

roland. A toi?..

gabrielle. Elle vous a bien reconnu tout à-l'heure à, cette croisée; et même elle désire «avoir si votre accident n'a pas eu de suites ..

roland. Comment! elle a eu la bonté de s'informer... c'est qu'elle est charmante, ta cousine...

gabrielle. Je le sais bien.

roland. Ah! tu t'en es aperçu?..

gabrielle. J'ai de bons yeux...

roland. Dites-moi donc, M. le .soldat, est-ce que par hasard il y aurait de l'amour sous jeu? serait-ce là le mystère dont me parlait M. Naudin?..

gabrielle. Oh! non, ma cousine est si sage, si bien élevée... il s'est présenté poureile de très beaux partis. . . elle les a tous refusés.. .

roland. Des provinciaux... sans tenue, sans esprit...

'gabrielle." Il est très difficile de lui plaire.

tOLAND. En vérité?. .

ABRiELLE. MoK qui vous parle, j'ai essayé. . . et je n'ai rien obtenu...

roland. Belle^flfe^nna foi! un conscrit.. .

gabrielle. Eh bien! vous qui êtes pnjs habile, plus exercé, vous ne réus.s^ez pais davantage...

roland. Tu crois ça. . . morbleu, si je voulais. . .

gabrielle. Je ne vous le conseille pas,

aqaajsd, £t tu os raison, parce que je mu connais ,, avec les femmes, jp /m'abandonne* je mo laisse aller, c'est plus

fort que moi! surtout celle-là.- . depuis ce matin , j'y pense, elle m'occupe... c'est dangereux.. . et je saurai tenir mes résolutions; mais pour ça, il n'y a qu'un moyen. . . nous allons partir tout de suite.

gabrielle. Partir à présent? y pensezvous?

roland. Pourquoi pas? nous n'avons rien à faire ici!. . il faut nous rendre à Paris. . . c'est là que tu peux achever tes études. . . et le plutôt sera le mieux. . . je vais commander une voiture, et dans une heure nous serons en route.

\ gabbielle, à part. Ah ! mon dieu !.. ce n'est pas là mon compte .. . {Haut.) Capitaine!

roland, s'en allant. Laisse-moi... c'est décidé.

gabrielle. Mon ami!..

roland, revenants Eh bien ! voyons. . . qu'est-ce que tu veux?

gabrielle. Il m'est impossible de partir...

roland. Et pour quelle raison?..

gabrielle, à part. Je ne sais que lui dire!. .

roland. Tu as sans doute des motifs. . » explique-toi.

gabrielle. C'est que.,, c'est que je suis amoureux.

roland. Amoureux?., de ta cousine?

gabrielle. Non , non , d'une autre...

roland. Encore d'une autre... il n'y a pas de mal... ça se dissipera en chemin...

gabrielle. <Non ; vous vous trompez. . . je l'aime comme un fou, comme un désespéré.

roland. Du feu, de l'enthousiasme!..

c'est bien ça, mon garçon, et je vois qu'il n'y a pas de temps à perdre. . . nous partirons dans dix minutes.

gabrielle, à part. Mon dieu ! comment le retenir?. . [Haut.) Capitaine, puisqu'il faut tout vous dire, puisqu'il faut vous faire l'aveu d'une faute que j'espérais vous cacher. . . apprenez qu'il ne m'est plus permis d'abandonner celle que j'aime.

roland. Allons donc, lu plaisantes...

gabrielle. Elevés ici, ensemble. ..jeunes et sans expérience. . . que vous diraijc?.. mon départ la livrerait à la honte et au déshonneur* '

, roland. ^11 serait possible??, ah! ça, mais<e'est un lyçoVque ce petit sournoislà ! et dis-moi. . . quelle femme est-ce ?. . une paysanne, une grosse Alsacienne.., peut-être la lille du jardinier.,

gabrielle. Non, non, mieux que çar

roland, Mais qui donc enfin?

gabrielle. Qui ?, , la nièce de M. Naudin.

roland. De ton instituteur ? petit malheureux!., c'est là le mystère, le secret qu'il n'osait pas m 'avouer. . . mais aussi , pourquoi diable ce père Naudin a-t-il une nièce ?. . il est stupide , cet homme-là !

gabrielle. J'espère qu'à présent vous n'exigerez plus...

rolanu. C'est bien! nous verrons... et s'il n'y a pas moyen de faire autrement... enfin, j'en parlerai à M. Naudin.

gabrielle. Oh ! que je suis content!

roland. Oui, il y a de quoi, tu peux t'en flatter.

Air du Carnava t.

Maudis plutôt, maudis le sort contraire, Qui vient ainsi renverser mes projets.

Oui, j'en conviens , ce coup me désespère, Moi qui , pour lui , rêvais tant de succès ! J'en aurais fait un militaire aimable ; C'est un mari , qu'ici l'on m'en fera : Je voulais bien t'enrôler , mais du diable Si je pensais à ce régiment-là ! . .

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