‹ Le capitaine Roland, comédie-vaudeville en un acteChapitre 7 sur 25 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

NAUDIN, puis SOLAND. naudin, seul. Le sort en est jeté... et je n'ai pas un instant pour réfléchir., .avec ça que les militaires sont quelquefois si emportés , si violens... c'est ici que la présence d'esprit est nécessaire.

\ roland, entre, et à la cantonnade. C'est bien!., c'est bien... je le trouverai... ehî parbleu , le voilà !.. c'est le papa Naudin.

il l'embrasse.

^ naudin. Ah ! capitaine , combien je suis ravi.

.roland. J'étais bien sûr de vous reconnaître... une figure comme la vôtre... et puis cet air brave homme qui vous est resté.

naudin. Pour ça, je m'en flatte.

roland. Et mon fils... mon enfan:

hein!., où 6*1-41!.. j'espérais* le trouver avec vous!

naudin, à part. Nous y voilà!.. (Haut) un instant, capitaine, à peine êtes- vous arrivé...

roland. Mais, je viens pour le voir, pour l'embrasser.. . c'est ce qui presse le plus.

naudin.I1 faudrait d'abord vous rafraîchir.

rolând. C'est inutile... je me suis arrêté «m "premier village; figurez-vous un accident... mon cheval , qui s'est emporté, sans m'en prévenir, et ça ne m'étonne pas, parce qu'en Russie, prisonnier pendant quatre ans, j'ai perdu l'habitude... et puis, c'est un cheval prussien , il m'aura jeté à terre par esprit national.

naudin. Vous ne vous êtes pas blessé? Roland» Au contraire.. . au moment ou je tombais, une jolie petite femme passait en voiture; j'ai vu sa tête à la portière... elle a poussé un cri, un joli petit cri... elle paraissait fort émue... vous sentez bien que je me suis relevé aussitôt, mais elle était partie.

Air : Gentille ouvrière.

Sans perdre la tête, Remis sur ma bête, D'un air de. conquête; Je veux galopper...

Piquant ma mouture Qui double l'allure, 3e suis la voiture Qu'il faut rattraper, Mais, cbCite maudite; La douleur m'invite A courir moins vite , Je m'arrête hélas!..

C'est chose cruelle Quand malgré son zèle Avec une belle , 11 faut s' mettre au pas ; Cependant, me voilà , J'oublirai tout cela.

^Mais du moins , mon cheval s'en souviendra.

C'est ce qui vous explique comment j'ai fait une halte à la dernière auberge ,. et maintenant il n'y paraît plus du tout.

naudin. C'est heureux !.. c'est extrêmement heureux.

roland. Ah!., ça, mais, il ne vient pas allez donc le chercher.

naudin. Qui cela?

roland. Mon fil'.!., mon .. comment s'appelle-t-il?. .ca« au fait je ne sais pas Son nom.

naudin. Gabriel!., ce n'est pas mal, n'est-ce pas?..

roland. Oui, Gabriel!., c'est gentil !. . mais c'est un peu doux, j'aurais préféré un nom.^ .'enfin, c'est égal, allez me chercher Gabriel.

naudin. Capitaine!., je conçois votre impatience.. .elle est bien naturelle, quand on a sauvé la vie à quelqu'un , on l'aime , on s'y attache, c'est tout simple et il paraît que vous lui avez sauvé la vie !.. par exemple je n'ai jamais su au juste de quelle manière. ..pétait si jeune qu'il n'a jamais pu se rappeler toutes les circonstances.

roland, C'est à la suite d'un combat contre les autrichiens, pous les avions battus selon l'usage, et dans leur retraite, il» avaient mis le feu à une maison de

campagne, une espèce de château... eu passant près de-là , j'entends des plaintes, des gémissemens, je mets pied à terre, j'entre, et malgré Pincendie, je pénètre dans une chambre déjà rempliede fumée... Là, j'aperçois sur le parquet , une femme jeune encore et richement vêtue, elle venait d'expirer... près d'elle un enfant poussait des cris, et allait aussi devenir la proie des flammes, c'était Gabriel.

naudin. Quelle scène épouvantable...

roland. N'est-ce pas?., ça n'a pas mal l'air d'un mélodrame... je saisis l'enfant je l'emporte, je le rassure par mes caresses, car il se débattait comme un diable et je remonte à cheval avec lui...

naudin. C'est un trait digne de l'histoire romaine.

roland. Je ne savais trop que faire de mon gamin, et pour tout au monde je n'aurais pas voulu l'abandonner... il parlait allemand d'une manière si drôle, c'était très gentil pour de l'allemand... c'est dommage que je n'y comprenais rien, je n'ai jamais pu attraper un mot de ce baragouin.

naudin. Le grec est plus facile.

roland. Je ne sais ni l'un ni l'autre; heureusement, je fus commandé pour escorter des prisonniers en France... et en traversant Lauterbourg, j'aperçus votre enseigne: «Naudin instituteur!» Je me dis voilà mon affaire et vous s.ivez le reste.

naudin. C'est louchant. ..c'est attendrissant !.. ma parole d'honneur.

uoland. Maintenant , que vous vous êtes attendri, allez me chercher Gabriel.

naudin , d part. Il n'en démordra pas...

roland. Eh! bien, vous restez-là?..

naudin. Capitaine, je vous en prie...

veuillez m'écouler, car je vois bien qu'il faut finir par vous apprendre, et dans le fait, il me serait impossible de prolonger long-temps un mystère...

roland. Qu'est-ce que ça signifie?., pourquoi ces retards, cet embarras?., parlez, quel est ce mystère...

naudin, â part. Il va se fâcher c'est sûr!

roland. Yous-vous taisez.. . vous n'osez pas le dire, c'est donc un malheur... il est malade, on peut-être même... répondrezvous à la fin ?..

naudin, tremblant. Capitaine, rassurezvous... n'ayez aucune inquiétude, il vit, il se porte fort bien, la santé est admirable.

roland. Dieu merci!. .vous m'avez fait une peur!,, mais alors, qu'est-ce qui l'arrête, qu'est-ce qui le retient;, pourquoi m l'ai-je pas encore vu ?..

HAtTDiî?. D'abord, nous ne croyions pp votre arrivée aussi prochaine.

jioland. A labonneheure, s'il est absent c'est une raison...

naudin. Sans doute, mais ce n'est pas tout!., il y a encore autre chose... une commission délicate, dont je m'étais chargé près de vous.

Air : Ces postillons sont d'unemaladresse.

rolând , riant.

Oui, je comprends , quelque tour de jeunesse Quelque duel?

NAUDIN

Non pas précisément.

ROLAND

Il a joué?

NAUDIN

Ce n'est pas sa faiblesse ; ROLAND.

Ahî je devine! il doit beaucoup d'argent?

NAUDIN

Non ! laissez-moi m 'expliquer clairement...

ROLAND

Une fillette aussi tendre que sage Peut-être enfin, cawse son désespoir? Oui, j'en suis sûr, c'est un enfantillage Je ne veux rien savoir.

naudin, d part. Ali! dam!., s'il ne veut rien savoir.

Roland. Il oublira tout ça au régiment.

naudin. Au régiment.

Roland. Est-il content de l'uniforme que je lui ai envoyé.

naudin. Tout ce qui vient de vous, capitaine, ne peut que lui être fort agréable.

roland. Je suis bien aise que ça lui ait fait plaisir, car il sera soldat comme moi ! c'est décidé !.. il est vrai , qu'aujourd'hui, c'est un état qui ne mène pas à grand' chose. . .mais je n'en ai pas d'autre à lui donner, jene suîspas riche, je lui apprendrai ce que j'ai appris , le métier des armes, et puis nous verrons après...

naudin, d part. C'est ça... va ton train, va. . . fais des châteaux en Espagne.

rolând. Jevousavais recommandé dans le temps de me l'élever pour ça, militairement et j'espère que vous m'en avez fait un homme.

naudin. Un homme!. . permettez , capitaine voilà justement la question, un instituteur ne peut développer que les dispositions naturelles, et quand elles ne s'y trouvent pas.

roland. Gomment!. . est-ce qu'il manquerait de courage?. . est-ce qu'il serait poltron morbleu !. .il faudra queça change, les exemples font tout, ce chapitre-là me regarde, car à présent, je me, consacre à lui tout entier, je ne le quitte plus. . .je serai là, jour et nuit.

naudin. Vous dites ça !. . Mais à votre 3ge, les idées varient facilement, il y a encore pour vous , des plaisirs , des amours. . .

roland. Des amours!., oh! Dieux!..

J'en suis revenu. . .

naudin. Vraiment?. .

roland. Tout à l'ait. . . allez, mon cher, quiind on a été quatre ans prisonnier dans un pays froid, ça ne laisse pas que d'influer sur les sentimens.. . aussi, je suis devenu comme le pays, j'ai renoncé aux bagatelles, c'est un parti pris...

naudin, à part. Nous verrons ça... nous verrons ça...

roland , qui s'est approché de ta fenêtre. Tiens !.. qu'elle est donc cette jeune personne qui se promène dans le jardin ?..

naudin. Une jeune personne?..

Il va regarder aussi.

roland. Taille élégante , jolie tournure*

naudin , d pari. Dieu !.. c'est Gabrielle ! quelle imprudence!

roland. Mais, je ne me trompe pas!., c'est la petite femme que j'ai vue en voiture, et qui m'a montré tant d'effroi...

naudin. Vraiment!. ..

roland, saluant. Mademoiselle, j'ai bien l'honneur... Décidément, elle est fort jolie. (A Naudin.) Dites-moi? Vous la connaissez? c'est une amie, une parente?

naudin, embarrassé. Oui, oui, capitaine... une espèce de parente.

roland. Tant mieux! j'aurais été iaché de ne plus la revoir. Après l'intérêt qu'elle m'a témoigné, je lui dois des remercîmens ; c'est dans l'ordre.. . et si vous avez la bonté de la prévenir... de m'annoncer...

naudin. Dam ! moi, je le veux bien. . . (A part.) Ça se complique d'une manière effrayante !

roland. Surtout, n'oubliez pas Gabriel; ne manquez pas de me l'envoyer dès qu'il sera de retour.

naudin. Oui, capitaine, je vais tâcher... (A part.) Ma foi ! j'y perdrais mon lalin, et j'aime mieux qu'elle lui dise ellemême.

roland. Vous voilà encore!..Ah! ça!

mon vieux , vous êtes toujours dans les traînards.

naudin. J'y cours, capitaine, j'y cours. {Il sort ) kt*^

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