‹ Le capitaine SabordChapitre 19 sur 27 · IN AMOUR DE MARIN · texte numérisé non relu

IN AMOUR DE MARIN

trespi'it, pouvait bien, après tout, n'être que Li conséquence du désœuvrement où je m'étais trouvé tout un jour, et qu'effaceraient les distractions du lendemain. Pourtant, je cédai à un enfantillag-e qui me laissait un fil pour les retrouver un jour, dans ce g-rand labyrinthe qu'on appelle Paris: j'inscrivis sur une carte le nom du carrossier, véritable précaution de marin, qui constate sur sa boussole tous les points de l'espace qu'il franchit. Enfin je refjagnai la ville.

L'effervescence populaire se calma dans le repos nécessité par la fatig^ue de toute cette ag^itation. Huit jours s étaient écoulés, j^avais visité les principaux monuments, escorté de parisiens qui ne connaissaient pas la plupart des richesses que l'art recèle dans leur cité. Dès que cette première fièvre de curiosité et d'cnlhousiasuic fut passée, je

ressentis plus vif et plus importun le souvenir de la blonde voyag:euse de Montmorency. Isolé dans Paris, et peu au courant de toutes ces petites jouissances que crée rbabitude, au milieu des ressources variées qu'il présente j je me sentis plus tourmenté par le désir de la revoir. Alors , cédant à cette pente vers laquelle m'entraînait ce besoin de ma vie nouvelle, sinon encore ceux de mon cœur , je çésolus de fréquenter les grands théâtres et les promenades du monde élégant. Je pris mes fournisseurs parmi ceux qui avaient acquis la vogue la plus célèbre, j'achetai un cheval , je me logeai à la ÎNouvelle- Athènes, et bientôt je fus lié avec les dandys du boulevard de Gand et du balcon de l'Opéra.

Je la cherchai avec toute la patience possible , et désormais, uniquement occupé d l^^llc, son souvenir brûlait mon cœur en v

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résidant; j'étais un homme tout neuf, particulièrement à Pemlroit de Tamour. Je ne pus résister au désir de connaître enfin l'adresse de cette femme. Le carossier désig'na un Lôtel de la rue du laiibourg' St-Honoré comme celui du 'propriétaire de la livrée violet et or. J'y plaçai mon domestique en faction continuelle; quelques jours s'écoulèrent sans résultat. Entîn un soir, il vint m'apprendre que l'équipage allait au bois ; j'y courus. Vingt fois mon clicval passa contre sa portière 5 le soir je la retrouvai à 1 Opéra. Il n'était pas douteux qu'elle m'eût remarqué, et tous mes soins pour passer près d'elle et la voir l'intéressaient sans doute où peut-être l'amusaient seulement: c'était déjà quelque chose.

ÏJne nouvelle vie s'ouvrit peu-à-peu pour moi j j'aimais cette jeune femme avec idolâtrie. Je la voyais chaque jour, soit au théà-

Soi LE CAPITAINE SABORD.

tre , soit dans les promenades ; mon cœur était un verre parobolique dans lequel toutes mes pensées , toutes mes actions convcr- Çeaientjcorame desrayons é(jarés de lumière, pour se refléter ensuite en faisceau vers elle. Toutes mes chères affections d'autrefois s'étaient détachées des objets de leur enthousiasme et s'étaient réunies dans mon culte amoureux. Je me pris à n'aimer que les couleurs qui vont bien aux femmes blondes; tout «e que je voyais , je le reportais à elle, un examen des goiits que je lui connaissais, ou que je lui supposais avoir, me faisait adopter ou rejeter tout ce qui s'offrait à moi ; je soumis long-temps ma raison à tous les cni fantillages de mon cœur...

Il était onze heures environ du malin, lorsqu on vit, un jour, un cabriolet de place

UN AMOUR DE MARIN. SSiT"

qui, après avoir descendu un grand trot la pente du Pont-Neuf, était entouré des ag-ens de la police, faisant application de l'amende que les règlements de sûreté publique infligent comme peine de ce délit.

Après quelques protestations d'une logique un peu relevée pour Tintelligence de ses adversaires , le cocher jeta aux agens de l'ordre public quelques pièces de monnaie, qu'il tira étourdiment d'une bourse élégante et bien garnie. Libre enfin de reprendre sa course et de trotter de toute la vitesse de son cheval le long du quai de l'Institut, le cocher se dirigea rapidement vers les rues désertes du faubourg Saint-Germain.

Je vous dois le signalement de cet imprudent cocher, le voici : C'était un jeune homme d'environ 20 ans, brun, grand et mince ; là rougeur qui, pendant quelques instants avait voilé son visage, s'élait depuis conver-

fi^tf* LE CAPITAINE SAIîORB.

tie en une «rande pâleur. Ses moustaches ^ légèrement indiquées, se trouvaient ostensiblement chargées d'une cire noire , qui donnait à la partie inférieure de son visage une dureté assez en disparate avec son regard doux et pale. Ses cheveux étaient confusément pressés sous une vieille casquette dé chasse, qui lui cachait tout le front. Ses pieds étaient chaussés d'élégantes bottes de maroquin, un mauvais pantalon de coutil grisâtre serrait ses formes dejenn'e homme. Une longue cravàttede satin noir enveloppait son cou et perdait ses bouts dans une veste de couleur équivoque croisée sur sa poitrine. Ses mains avaient toujours été minutieuse* ment gantées comme le sont celles des domestiques qui porîent, lorsqu'elle est flétrie^ cette partie dédaignée de la toilette de leurs maîtres. Mais au moment où il s'était vu arrêté dans sa contravention avec les régie-

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