LE CAPITAL LE TR AVAIL
Conférence donnée par
Monsieur Noël Bernier AVOCAT Président de |
"Association d'Education des Canadien
S-français du Manitoba
Sous les auspices de l'Unio
n Canadienne, de Boniface,
Saintle 8 février 1920
a — — — PRIX: 10 SOUS
mé,
Te , 1e
Publié par LE COMITE DE PROPAGANDE
DE L'A.C.J.c.
39, avenue Provencher,
LaVERENDRYE
Saint-Boniface, Man.
Le Capital et Le Travail ©" A Val
Monseigneur, Monsieur Je Président, Mesdames et Messieurs,
Malgré :es Propos encoura TOUS ros conférenci
la parole, et ma
grande circonspection.
Le Capita! et le Travail: c'est couler beaucoup d'encre; hélas!
tout beaucoup de sang.
question ce soir.
une thèse qui a fait qui a fait couler sur.
—Et nous ne règlerons pas Ja J'apporte Cépendi nt ma faible conpérance qu'elle aidera un peu à la us de quelques Saines idées de plus.
Pl'sieurs hiérar.
Y 4 Ceux qui ont dessiné les lignes
altières du temple, il y a ceux qui élèvent Je temple
lui-même; Parmi les plus obscurs Ouvriers il y a ceux
Qui apportent les Matériaux. Je suis l'un de ces der-
niers, et j'apporte une Pierre à la Structure sociale que je souhaite Pour moi: pays.
chies d'ouvriers : il
Hyaun Peu plus d'un Winnipeg, Publiait 1a dépêche “On vient de Commencer fabrique d'allumettes à Berth coûtera dès Maintenant deux
mois, le Free Press, de Suivante :
l'érecuvn d'une grande ier (Québec); l'usine millions de piastres; on
Y emploicra cventuellement Jusqu'à mille vuuvriers. Les promoterrs de l'entreprise sout des capitalistes uméricuins, dui ont choisi lu Province de Québec sur. tout parce que, d'après les economistes, la Situation ouvrière y est plus Stable et plus sûre qu'ailleurs.” Cette dépèche met en un relief saisissant un état de choses fort honorable Pour notre race: dans la Période tourmentée que nous traversons, ceux qui
cherchent un exemple de ce que Peut faire la discipline
Et c'est ici le lieu de féliciter aussi nos propres ouvriers Canadiens-français de Saint-Boniface de l'atti-
capables d'émouvoir même les intelligences les plus froides. Cette conduite louable (qui n'a pas passé inaperçue) elle fut, du reste, celle de l'ouvrier cana-
Commençons Par une parole d'optimisme : a de la bonne volonté, Je Canada Surmontera les difficultés Qui sont semées Sur sa route, Et nous aurons la pros- Périté Notre Pays est jeune: il est vaste comme un empire ; la Providence Y 4 rassemblé des richesses litre. rulement fabuleuses : terres à culture, forêts, cours d'eau, Pécheries, pouvoirs hydra: j'ques, fourrures,
lines, Charbonnages, —tout cela rous à été donné avec profusion, Notre PoOPulation e: clairsemée : nous #vOns à peine Commencé de travailler— pour nous
tions à peu Près aux articles de luxe: Pays fortuné qui se trouve au cen de l'univers, qui a deux océans comme routes d'e: ortation et qui a comme marchés naturels à Ja fois lorient et l'occident,
D'où vient donc le malaise actuel Et comment décrire le mécontentement Sénéral? On Constate que
Nous avons au Canada des troupeaux nombreux et des Paturages abondants, et nous Payons la viande des prix de famine. .
Par quelle arithmétique Phénoménal :, illustres financiers! expliquez-vous que nos cultivaieurs paient leurs instruments aratoires, fabriqués dans l'Ontario
gées de douane en arrivant de l’autre côté ?
Financiers, nous avons au Canada des forêts qui
avons du ciment à mettre tout le territoire en pyramides d'Egypte. Pourquoi le bois de construction coûte-t-il si cher? Pourquoi le ciment Coûte-t-il si cher?
J'abrège la liste. Tout augmente, augmente, dans des proportions qui il y a dix ans eussent paru de la
On donne des explications—des bonnes et des mauvaises. On dit que cette hausse des Prix est une des Conséquences de la &uerre, et dans une certaine mesure c’est vrai. I] y a des stocks de marchandises
Lorsque dans un Conflit armé, le choc des troupes s’est Produit ; lorsque Je champ de bataille est devenu un vaste cimetière, les corbeaux viennent tournoyer audessus des Cadavres, et Puis, ils fondent dessus.
les os de ceux qui ont péri.
L'univers, devenu une cité d'horreur, a vu apparaître aussi les sinistres corbeaux. Certains Messieurs,
tincts restent cachés, Sommeillent Peut-être, mais ils Sont là! Vous Savez cette page attristée du “Paradis Perdu” où Milton décrit les mauvais anges: même
mes régions du Sacrifice; il y en a d’autres qui trahis- Sent, du coup, leur indigence morale : leur Poltronnerie,
leurs Compagnons: et Souvent il faut régler ces tristes
Entendons-nous débarrasser de nos “profiteurs” à Coups de pistolet:
tient non seulement aux oiseaux de Proie mais aussi
On peut appeler “profiteurs” ceux (donnons quelques exemples) qui font du 50% sur la chaussure, comme la chose a été prouvée dans une enquête faite à Ottawa; on Peut appeler “profiteurs” ceux qui font du 100% sur les remèdes, comme la chose a été constatée à Toronto; on Peut appeler “profiteurs” ceux qui font du 150% sur la farine; on Peut appeler “proffiteurs” ceux qui font monter sans aucune espèce de mesure le prix de la viande.
Pour quelques Piastres de plus, des hommes déjà riches, des heureux de ce monde, ont fait que des familles se sont Privées de manger de Ja viande excepté à des intervalles tristement réglés d'avance: ils ont
nos rudes hivers s chaussés, Vous
me”. En Sommes-nous encore réellement là, après vingt siècles de Christianisme ?
L'Ecriture Sainte représente le Mauvais riche sous
Porte.” Nul TEPaS pris à même ces chairs pantelantes
ne le peut raSSasier. Plus i] dévore et plus il veut dévorer.
Ils possèdent considérablement, et ils veulent posséder davantage.
Îls ont le lourd instinct du métal. Pour se rendre de leurs Somptueuses demeures à leu reaux, ils coudoient tout un peuple qui fourmille dans le travail obscur et pénible. Que leur fait Ja plainte Palpitante de Ja masse, de cette tourbe malheureuse et lamentable ? Rien. Fr va elles pressantes du tond de Ja géhenne humaine: en vain les pères de familles réclament-ils Pour leurs femmes et leurs petits enfants de Ja nourriture, du vêtement, du combustible, à des prix de chrétiens! On sent toujours, Mystérieuse et invisible, une main qui
Contrôle le marché, qui opère au Profit de la Finance avec un F majuscule.
que vous voudrez, moi j'appe Comment Parle le dictionnaire ? Tyrann:e: domina-
is, des ducs et des nt des biens de ceux qui S'opposaient à leurs déprédations: on Peut l'appliquer avec une égale justesse à tous les trafiquants modernes dont les profits dépassent les bornes du -aisonnable.
Dites-moi, Par exemple, si l'on ne Peut classer Parmi les tyrans Jes hommes dont il est fait mention
dans cette dépêche transmise à la presse Canadienne en novembre dernier:
“L’ex-secrétaire McAdoo, du département du Trésor à Washington, éclare que Les Profits réalisés en
une Seule année par les propriétaires de mines de charbon des Etats-Unis ont ]
800 à 2,000 Pour cent des
Dites-moi si l'on ne Peut classer parmi les tyrans mention dans cette autre
“Londres, 20.-La découverte faite Par le comité central des profits exagérés que les commerçants de Coton anglais et les filateurs ont fait 1,000 Pour cent de profits intéresse directement les Canadiens Pour ce qui à trait à la laine Spécialement, elle explique la rareté et le prix élevé des vêtements au Canada.”
On s'est révolté autrefois contre jes rois coupables de domination outrée; le peuple se révolte aujourd'hui Contre le mauvais riche. De tous côtés Je Capital et le Travail sont violemment aux prises. Il y a des grèves partout, Guelquefois des chocs sanglants. Les
foules se tournent vers Jes chefs de SouUvVernements et
Or, comment ramener dans nos sociétés malades et inquiètes cet esprit de justice ?
D'abord par Je retour à l’idée religieuse. La reli. gion, elle est commode non Seulement comme viatique Pour l'éternel Voyage de l'au-delà, mais aussi comme facteur de Paix en ce monde. La religion, elle est Commode non seulement Pour permettre aux individus de bien Mourir, mais aussi Pour permettre : sociétés de bien vivre. Je me place ici Strictem. au Point de vue de ceux qui veulent Ja tranquillité et Ja prospérité sur la boule terrestre et j'affirme Sans hésiter: Le plus merveilleux des traités d'économie politique, c'est l'Evangile.
Où trouverez-vous ailleurs un livre qui contienne
des axiomes de cette clarté laYOnnante, de cette Sérénité et de cette probité:
(a) Aime ton Prochain comme toi-même.
(b) Le bien d'autrui tu ne Prendras ni retiendras sciemment.
{c) Ne fais PAS aux autres ce que tu ne vou.
drais pas qu'on te fit à toi-même.
C'est une immense Contribution à Ja Paix sociale que de donner à l'humanité de si équitables règles de vie. Et ces doctrines devraient, il nous semble, méri-
Et remarquez que Ja religion ne se tient pas seulement dans les généralités! Par ses chefs, c'est-à-
dire par ceux qui nt mission d'en divulguer la lettre
nt l'Eglise définit les devoirs de chacun et VOYez vous-
ne découlerait pas spon de tels préceptes :
“IL ne peut y avoir de Ca Travail sans C apital. La Concorde engendre l'ordre et la beauté; au contraire, d'un Conf perpétuel il ne Peut résulter que la confusion de Lx ee Sauvages."
Voici ce que l'Eglise dit Particulièrement de l'ouvrier:
“IL doit fournir intégralement et fidèlement tout il s'est engagé par contrat libre et Conforme à l'équité; il ne doit point
dans sa Personne; ses revendicaêtre exemp
grandes promesses qui n'aboutissent qu'à de stériles regrets et à la ruine des fortunes.”
Voici maintenant Pour le Capital:
“Quant aux riches et aux Patrons, ils ne doivent Point traiter l'ouvrier en esclave..,,,... ce qui est inhumain et honteux, c'est d'user l'homme comme un vil instrument de lucre, de ne l'estimer qu'en Proportion de la vigueur de ses bras...
“Défense encore aux maîtres d'imposer à leurs subordonnés un travail au-dessus de leurs forces, ou en désaccord avec leur âge ou leur sexe.
Cun le Salaire qui lui Convient. ..,,.,,... ce qui serait un crime à crier Venseance au ciel serait de frustrer quelqu'un du prix de S?s labeurs... Que le natron
Et qu'est-ce que l'Eglise dit aux financiers, aux fondateurs des trusts, à tous les grands maitres de
ane les riches doivent S'interdire religieu- Sement tout acte violent, toute fraude, toute manoeuvre lSuraire qui serait de nature à porter atteinte à l'épargne du pauvre, et cela d'autant plus que celui-ci est Moins apte à se défendre, et que Son avoir, pour être Petit, revêt un Caractère sacré."
2e Gue je viens de lire, ce sont des extraits de l'encyclique Rerum Novarum publiée en 1889 par Léon XIII. Cette encyclique est regardée à juste titre comme le résumé de toute la théologie et Ja philosophie
catholiques sur cette Sstion du Capital et du Travail, Quand elle Parut elle fut dans le monde entier l'objet d'un ardent éloge. Le Times, de Londres,—un jour. nal Protestant—déclara que l'encyclique Rerum ñnova- Turn respirait ‘LA CHARITE CHRETIENNE ET UNE
En France un économiste fameux comme Anatole Leroy-Beaulieu fit un livre pour commenter et appuyer le document Papal. M, Emil. Ollivier, l'ancien premier-ministre de Napoléon lil, un homme d'Etat qui ne s'accorda Pas toujours avec Léon XIII, donna cette appréciation :
“Dons cette enCYclique, Léon XUI s'est SUrPAssé ; il n'a jamais été aussi bien Le Pape de la lumière et de l'harmonieuse Sérénité, Ces Pages sont une merveille d'élévation, de justesse, de mesure, d'élégant et fort langage, de délicate et ferme Pondération d'intéréts et d'idées contradictoires.”
Or, Mesdames et Messieurs, vous l'avez constaté. quelle est Ja Substance de cette Pièce magistrale z Ceci: Le Capital et le Travail devraient se regarder non pas comme des Ennemis, mais comme des amis indispensables l'un à l'autre. Nous touchons ici à Ja moëlle de toute Ja question. A quoi en effet servirait tout le numéraire de nos banques si Ja main d'oeuvre S'arrètait tout à coup? Ft ces grands chemins de fer, que vaudraient-ils à leurs actionnaires Sans l'armée de mécaniciens, de chauffeurs, de Serre-freins, de débardeurs et de cheminots qui aSsurent le mou-ement des trains: que vaudrait l'sine, avec tout le génie qu'il
8 fallu pour en Monter les machines s'il n'y avait des hommes en bras de chemise Pour faire fonctionner les machines ?
Mais, à leur tour, que pourraient ces ouvriers, avec toute leur force musculaire et même toute leur intelli. 8ence d'adaptation, si on n° machines? Se rendent-
vuvriers, que sans Gutenberg, Schoeffer, et Jes autres,
‘tion des
ils compte que Sans l'inventeur Bessmer, qui a trempé l'acier, les
usines de Transcona ou des Vulcan Iron Works seraient de fort modestes boutiques? Se re que sans Robert Fulton, qui appliqua le premier la Vapeur à la navigation, les neuf dixièmes du commerce océanique n'existerait PAS, et que les millions de mineurs qui extraient du fer pour 14 Construction de ces grands vaisseaux, et les centaines de milliers de matelots qui montent ces navires, seraient obligés de se Pourvoir ailleurs 2 Les ouvriers électriciens et s'ils sont nombreux Savent-ils qu'ils doivent des actions de grâces quotidiennes à Volta, Ampère, Morse, Branly et Marconi ? Combien d'ouvriers Pagnent aujourd'hui du salaire du fait des applications scientifiques da Thomas Edison ? Tous les outils aujourd'hui, depuis les engins colossaux des grands chantiers Maritimes jusqu'aux instruments de fine bijouterie, sont des objets
ndent-ils compte
de précision dans lesquels il entre de la Physique, de la trigonométrie, des équations algé Positions de géométrie,
briques et des pro-
Voyez ce Compte rendu succinct de l'une des dernières séances de l'Académie des Sciences à Paris séance du ler décembre 1919:
“M. d'Arsonval a annoncé, hier, à l'Acudémie des sciences, une grande découverte : La synthèse industrielle de l'ammoniaque, c'est-à-dire {a fixation de
l'azote destiné 4 Rourrir nos céréales et tous nos végé-
“L'inventeur est M. Georges Claude, dont on connaît les belles découvertes sur les gaz liquides.
“Le procédé nouveau réalise d'énormes avanta- £es, et notamment en ce qui est des Proportions minimes des appareils Sur les procédés et les gigantes-
“MM. Abraham et Bloch ont découvert un procédé de Cinématographe exl'émement rapide -— 50,000 clichés par Seconde — pour l'observation scientifique des phénomènes rapides.
“M. Foreau Présente ses travaux sur l'observation de l'atmosphère.” Echo de Paris, 2 décembre 1919.
L'un des derniers numéros du Correspondant con-
vie industrielle en Amérique ?
Tout cela, toute cette science appliquée, fournie
Peut se passer de Ja boussole et du Compas. Bref, il faut toujours frapper la même note; il faut répéter avec l’encyclique Rerum Novarum ces Paroles essentielles: “Les deux classes ont un
l'une de l'autre.” En d'autres termes, la fraternité entre les hommes est une valeur économique indispensable, $
Nous avons dit un mot, tantôt, de Ja Province de Québec; nous Y revenons avec bonheur comme vers Un Oasis au milieu d'une terre désolée, La Province
à la vie économique des nations.
Je n'ignore PAS qu'il y a parfois, même dans la province de Québec, des divergences de vues entre le Capital et Je Travail; je n'igncre pas qu'il y a
nomie générale, non Pas dans leurs incidente 9articuliers. Or, dans l'ensemble, Y a-t-il au Canada une Province où le bien-être soit plus équitablement ré. Parti? Y at-il au monde un peuple qui jouisse d'une tranquillité plus profonde et plus réelle ?
Si nos ouvriers Canadiens-français veuient conti. nuer, dans leurs rapports avec leurs Patrons et dons l'organisation de leurs syndicats, de se conduire selon les maximes de l'Evangile: s'ils veulent continuer de
on n'assistera à ces chômages en masse qui ravagent périodiquement d'autres contrées.
De leur côté, si les Chefs de l'industrie québecoise veulent toujours se rappeler que l'ouvrier a droit à de bons gages, à des ateliers salubres, à des heures de travail raisonnables, le clergé de notre race Peut pren. dre aussi, vis-à-vis ces patrons, l'engagement moral qu'ils auront toujours dans leurs employés des auxiliaires fidèles et loyaux et que jamais leurs usines ne seront entourées par des bandes tumultueuses et mena. Çantes.
Une des conclusions qu'on doit tirer de la trun- Quillité qui existe dans la province de Québec et de l'agitation qui existe dans les autres provinces, c'est que ceux, au Canada, qui ont banni la religion de l'école Sont grandement responsables des désordres auxquels nous assistons depuis quelques années. Les chefs de gouvernements sont Coupables, les législatures sont
coupables, la presse est Coupable, le public instruit est Coupable, d'avoir décrété, voté, prêché et subi cette déchristianisation stupide; ce sera même plus tard un Sujet d'étonnement et : Scandale que nos universi. taires, nos magistrets, nos hommes de profession et nos “clergymen” des Provinces anglaises aient laissé des hommes ignorants et Pervers essayer d'enterrer ce Dieu qui peut se Passer de nous beaucoup plus facilement que nous ne Pouvons nous passer de lui.
Si ie retour à l'idée religieuse est le premier remède à la situation, il en est d'autres aussi, Et Parmi ceux-là, mentionnons une action publique plus vigoureuse de la Part de ceux qui se croient lésés,
Nous disons: une action publique, une campagne d'éducation sur la masse. au lieu des coups de force
de certains chefs ouvriers ou des méthodes sournoises de la Finance.
A quel spectacle assistons-nous ? La Finance, qui a les dents longues et les doigts crochus, se livre à de savantes jongleries avec les chiffres, lance dans le public des canards qui font monter ou descendre les valeurs de la Bourse, frelate sa marchandise, enfin, dissimule ses profits derrière des états financiers laborieusement cuisinés. Vous Vous rappelez cette réponse à la fois naïve et brutale arrachée à un manufacturier de l'Est canadien à qui l'on reprochait ses réticences devant une commission d'enquête: “Notre manufacture n'a pas été fondée Pour la gloire de Dieu, mais pour le bénéfice de ses actionnaires.”
L'ouvrier, lui, qui voit que son budget devient de plus en plus insuffisant, s'inquiète, s'agite, s'irrite et, quelquefois, par ses chefs, tient des propos et commet des actes qui sont de graves désordres.
Nous évitons à dessein, ce soir, de parler avec trop de précision, car certains chefs ouvriers subissent en ce moment leur procès en cour d'assises à Winnipeg. Nous voulons pour l'instant tout ignorer de la conduite particulière de ces accusés; mais on a voulu cet été — je ne dis pas que ce soit les accusés — nous imposer le régime de la force. Qu'il ait ou non mesuré pleinement la portée de ses directives, le comité de la grève de Winnipeg a posé en mai dernier des actes qui empiétaient sur l'autorité légitimement établie. Pourquoi, par exemple, avoir essayé de règlementer .au moyen de ces malheureux “permis” les livraisons de farine, de pain, de lait, de gazoline, et autres objets indispensables? On priva de glace et de téléphone
jusqu'aux hôpitaux. Il fallut même faire des façons à ces messieurs Pour enterrer les morts.
Le 17 mai, le Labor News contenait des phrases
Comme celles-ci, — et vous verrez que nous sommes loin de la doctrine de Léon XII]:
D Prochait, et dont l'enjeu était LE CONTROLE DE TOUTES LES RESSOURCES DU PAYS.”
de-Ville au Temple du Travail.” Le même orateur:
bandonnerons Pas la bataille avant d'avoi Les travailleurs ne voient pas Pourquoi il raient pas tout et ne jouiraient pas de t
r ce contrôle.
S ne possédeout, puisqu'ils
De pareils Propos et de pareziies méthodes ne Sont pas la vraie riposte à une Situation qui, nous l'admettons tous, est criante Par bien des côtés Pour l’ouvrier. On peut expliquer à Ja rigueur les coups de force dans les Pays où le gouvernement est à base de dictature, où quelques hommes ti Permanence et d'une manière arb Pouvoir. Mais, ici,
ennent en main, en itraire, des rênes du au Canada, en régime constitu-
Potentats, les maîtres uniques et inamovibles n'existent pas. Nous sommes appelés à voter fréquemment.
C'est le peuple qui fait et défait les gouvernements. Mettons, si vous le voulez, une marge de proportion raisonnable, pour les coups de surprise, les verdicts escamotés, la fraude électorale, il n'y a pas un cabinet qui puisse tenir longtemps s’il n'a la majorité des électeurs derrière lui. ;
Toutes les réformes justes et opportunes sont donc possibles avec le bulletin de vote. Que la classe ouvrière pose ses revendications, non pas seulement dans l'enceinte des unions, non Pas seulement au Temple du Travail, mais devant tout le public, et le public entendra.
Voyez les cultivateurs — nos Grain Growers Traités en parias par le Capital il y a quelques années ils ont cependant gagné leur point. Comment ont-ils procédé? Par des voies régulières et accessibles à tout le monde: ils se sont groupés autour de chefs pondérés, ils ont défini nettement leurs griefs et les ont fait connaître au peuple au moyen de la presse ; enfin ils se sont servi du levier électoral. Ils se sont taillé leur vraie place dans l'organisme économique du pays, sans violenter les droits de personne. Les Grain Growers ont pu parfois, sortant de leur sphère, commettre des erreurs; mais sur le terrain économique ils ont été tout simplement Superbes, pour eux-mêmes et pour tout le pays.
Que fait en ce moment M. Crerar, leur chef?
Comme il désire de nouvelles réformes, il parcourt le Canada en faisant des assemblées, expliquant, discu. tant, argumentant. Il peut avoir tort ou raison sur le fonds des réformes qu'il Préconise, mais on n'a pas de reproches à Jui faire sur sa manière de procéder:
il a la bonne méthode. A ceux qui pensent autrement que lui de faire aussi des assemblées, de se servir des journaux, et, si Possible, d'argumenter mieux que lui.
Qu'on le sache bien dans les milieux ouvriers: le Peuple veut le bien-être de la classe ouvrière et il est prêt à donner son appui à toutes les revendications légitimes. Et si l'on savait comme les gouvernemen:s Sont dociles quand ils ont devant eux une opinion Publique nettement cristallisée !
art
Que les chefs ouvriers, donc, au lieu d'essayer, à cause de leurs contestations particulières avec certains Patrons, de priver de pain et de lait tout le public, se mettent sérieusement en devoir de renseigner le peuple.
On se plaint parfois qu'on n'est pas écouté, qu'on se fait maltraiter, qu'on est victime de préjugés indéracinables! Est-on toujours sûr d'avoir assez parlé ? d'avoir assez Plaidé? d'avoir assez fait Campagne ?
Si j'ai tort, si je su‘. exagéré, si je suis déraisonnable, je mérite de perdre. Si j'ai raison, je dois faire ma preuve. Et si je proclame réellement la vérité Ja justice, le droit, je finirai, avec de la persé-
Vér e, par emporter le morceau. Vive Dieu! dans
notre pays la masse est encore Saine, et quand elle
agit mal c'est plutôt Par ignorance des faits que par méchanceté,
Et ici on peut placer une courte Parenthèse sur le rôle souverain de la Presse. La presse est un outil admirable; la presse devient de plus en plus une puis- Sance. Ceux qui veulent parler à la foule sentent
tous les jours davantage la nécessité de se servir de
cette puissance. Montrez-nous, à notre époque, une oeuvre ou un groupement à base de Propagande populaire qui ne cherche à se munir d'une bonne presse. Les chefs les plus habiles sont ceux qui aperçoivent le mieux cette efficacité d'un journal alerte.
On s'étonne parfois de certains courants d'idées! Encore une fois, ne sait-on Pas que la mentalité publique est précisément ce qu'on la fait? Et une fois la mentalité publique acquise, les réformes viennent au pas de course.
J'ai parié tantôt des Grain Growers. Ce les chefs ouvriers lisent le livre d'Hopkins Moorhouse intitulé Deep Furrows, ils verront comment on façonne d'abord l'opinion publique et comment, ensuite, on arrache aux compagnies de chemins de fer, aux minoteries, aux banques et à tous les mandarins de la Finance les réformes qui sont véritablement des actes de justice.
Avec ce qu’on a dépensé ou perdu d'argent pour organiser la dernière grève on aurait pu fonder une Presse de premier ordre. Et ce que cette presse réclamerait maintenant d'opportun, elle le mettrait bientôt en bonne voie de réalisation, Surtout si vous tenez compte du mécontentement qui étreint la population Canadienne contre un grand nombre de brasseurs d'affaires qui se jugeaient trop vieux pour aller se battre durant la guerre mais qui se jugeaient encore assez
jeunes pour rester dans le négoce et se tailler des dividendes à même ia misère générale.
Seulement le public a été réfractaire à la prève Parce qu'on a voulu opérer par la force; c'était, qu'on
s'en soit alors exactement rendu compte ou non, une des formes de la lutte contre les droits civils d'un peuple; or un Peuple se doit de résister aux coups de force, que ces coups de force viennent de monarques aux casques étincelants, ou d’excellences républicaines, ou de messieurs tout cousus d'or ou de meneurs en salopettes. Coups de force dans les palais, coups de force dans la rue, c'est coup de force tout de même, et c'est un assaut contre les libertés populaires. Il y a deux mois à Pie, luz ües grands caefs de la démocratie moderne, un républicain comme il n'y en à pas de plus républicain, M. Clemenceau, parlait dans la vieille ville de Strasbourg redevenue française. Le président du Conseil français s'était rendu dans la Capitale de l'Alsace Pour exposer le programme du 8ouvernement à la veille des élections. Son œscours n'est pas seulement un manifeste électoral; on voit que l'orateur a voulu en faire comme une charte de liberté humaine. Cela ressemble, par la tournure de l'esprit et par le souffle, aux harangues des grands tribuns de la Constituante. Le vieux Tigre, — je cite Ses paroles, — s'y proclame “un fils de la grande Révolution de Délivrance, dont Rouget de l'Isle & Strasbourg lança par delà le Rhin le retentissant défi.” Rouget de l'Isle, c'est l'auteur de 12 Marseillaise, qui n'est pas précisément une pastorale. Or savezous ce que M. Clemenceau dit dans ce discours aux Ouvriers qui veulent employer la force pour améliorer leur sort?
“IL n'y a pas de réforme, si nouvelle qu’elle soit, Pour nous effrayer, à condition qu'elle se fonde, dans l'ordre public, sur le respect du droit de chacun. En
revanche, les manifestations de violence ne peuvent être et ne seront jamais tolérées Par un gouvernement digne de ce nom.
HÉLTRTRS C'est pourquoi toute tentative de force faite au nom des travailleurs de l'atelier ne rencontrera pas moins d'obstacles que les excès de pouvoir des anciennes oligarch'es, qui succombèrent Pour avoir cru, comme aujourd’hui certaines organisations ouvrières, que tout leur était permis.”
Et M. Clemenceau, après avoir rappelé que le Paysan a des droits comme l'ouvrier d'usine, ajoute ceci:
“C'est le paysan sur sa terre qui a fait jusqu'ici le plus sûr fondement de la vitalité française. IL sait que les conditions du travail dans les villes sont tout autres qu'aux champs, ct il comprend très bien qu'une Organisation appropriée du travail y soit nécessaire. Mais ce qu'il ne peut admettre, c’est l'appel systématique à la violence, à la désorganisation du travail, au ralentissement de la Production, c'est l’entreprise
avouée de tenir Systématiquement la Société sous la terreur du lendemain.”
Ce droit de la société de ne pas être appelée à payer les violons lorsqu'un groupe d'ouvriers se querelle avec le patron, je le trouve lucidement défini dans
- beau livre de M. Mackenzie-King intitulé “Industry and Humanity”” M. Mackenzie King est à la fois un universitaire distingué et un homme de grande expérience pratique. Sur les questions Caoital et Travai! il est sans conteste l'une des autorités du pays. Voici en quelques traits son opinion sur le rôle et les droits de la société en général mis en regard du rôle et des droits particuliers des ouvriers et des patrons:
“Que la Société cesse de remplir le rôle qu'on attend d'elle, et le Travail et le Capital et l'Administration (Management) feront aussi faillite dans l'accomplissement des oeuvres qu'on attend d'eux... L'industrie deviendra comme une immense machine sortie de son agencement. Les pièces de la machine se heurteront en désordre; tôt ou tard la machine arrétera. C'est la Société qui fournit les ressources naturelles et le pouvoir moteur qui sont à la base de toute production. Les individus Peuvent acquérir titre d'une maiière ou d'une autre, mais ce titre, il dérive de l'état de société: tous les titres sont le fait du consentement de la Société. C’est la Société, organisée de diverses manières, qui fournit le gouvernement et les relations internationales, qui maintient la loi et l'ordre, qui encourage les arts et les inventions, qui crée l'opinion Publique, qui organise, par voie de Subside ou autrement, les moyens de transport et de communication, le crédit, la banque, et cetera—-toutes choses sans lesquelles la production, sauf une Production bien primitive, serait impossible. C'est la Société qui crée la demande, d'où vient le Salaire de l'ouvrier, et d'où vient le dividende du Cavital.... La Société a droit comme récompense à l'ordre dans l'organisation et Le développement de l'industrie.”
Ces citations de Personnages indiscutablement compétents nous amènent à cette Constatation, évidente à l'avance, que la question économique n'est pas uniquement la chose et la querelle du capitaliste et de l'ouvrier. La question économique nous regarde tous; nous avons tous des droits: et, en plus, nous avons tous souffert et nous souffrons tous de la dépression actuelle. [1 y a des privations dons la grande majorité de nos foyers canadiens Si l'on observait combien ja crise d'avant-guerre et Ja guerre elle-même ont amené de ruines, du haut en bas de l'échelle! La misère en
redingote! ce qu'elle existe! et comme elle est triste aussi! et comme elle se fait sentir Partout. Nous connaissons des Patrons, saines intelligences et braves coeurs, qui se débattent depuis cinq ans dans des difficultés terribles.
Tous ensemble nous traversons une épreuve. Par conséquent il nous importe à tous de réclamer de nos chefs d'Etat des mesures, dont les modalités peuvent varier, mais dont la teneur doit être celle-ci: la fixation d'un prix maximum pour les comestibles essentiels; la taxation des profits réalisés à même la fabrication de certaines marchandises, Ja taxation, veux-je dire, de ce qu'on a appelé les “profits de guerre”: un contrôle vigilant sur les entrepôts frigorifiques, de manière à ce qu'on y emmagasine les denrées périssables au profit du consommateur et non pour faciliter les flibusteries de l'agioteur.
Mais ce qui est surtout urgent c'est qu'on amende le code criminel de manière à pouvoir traîner au banc des accusés ceux qui font abus de profits au moyen de ces scandaleux accaparements que la langue anglaise appelle excellemment les corners. Aux Etats-Unis et en France notamment, des lois pénales de cette nature ont été édictées; et les prix sur les objets visés ont baissé aussitôt. Les prix ont baissé, les abus ont diminué, parce qu'on æpplique les châtiments. 11 fait plaisir de lire dans son journal un petit texte comme celuici; c'est tiré de la Presse de Paris du 21 novembre dernier :
“Spéculateurs condamnés.- -Quatre marchands de beurre en gros de la région de Beauvais: M. Emile Commien, de Gournay-en-Bray, 52 ans; Mmes Marie £8
Sire, de Thieuloy-la-Ville, 35 ans; Henriette Pidoux, de Forges-les-Eaux, 58 ans, et Céline Labitte, de Formerie, 56 ans, ont été condamnés, par le tribunal correctionnel, à six mois de Prison et 10,000 francs d'amende pour hausse illicite. Alors que le cours nor. mal variait de 9 à 10 fr., ils payaient le beurre de 18 à 20 fr, le kilo aux paysans pour le revendre 25 et 30 fr. dans les régions libérées du Nord’ —Presse de Paris, 21 novembre 1915.
Quand on aura au Canada Pincé quelques-uns de nos shylocks titrés et sirés sur tous les sens; quand on aura envoyé en prison quelques-uns de nos grands “corbeaux”, même s'ils sont chevaliers de l'Ordre très honorable de Saint-Michel et de Saint-Georges, il ya des chances que les choses s'améliorent rapidement.
Tout ce que nous venons d'énumérer peut se classer surtout sous le titre de principes généraux et de moyens préventifs.
Il y a aussi les moyens qu'on pourrait appeler moyens de création.
Le premier de ces moyens de création, c'est le retour en masse à la terre, La province la plus saine du Can, da, économiquement, c'est la province de Québec; or on y fait une exploitation agricole intense. L'industrie laitière, à elle seule, a donné à la province de Québec, l'an dernier, $61,000,000. Le grand effort dans Québec, la grande croisade, actuellement, c'est de verser sur la Campagne le trop plein des villes. On fonde des fermes. Il n'y a pas de plus efficace moyen de régler la crise ouvrière.
Ajoutez à l’agriculture, l'exploitation de nos grandes forêts du nord: de nos pêcheries, qui comptent
Parmi les plus riches du monde; la mise en valeur de beaucoup de mines et charbonnages encore improductifs, la culture Maraichère — bref, il y a Canada de l'ouvrage de Pur défrichement national pour cent ans à venir, et nous Pouvons loger comfortablement une population de plus de cent millions d'hommes.
Dans le domaine Particulier de l'industrie manufacturière, il faut dire, répéter, crier cette vérité, au sujet de laquelle on ne peut comprendre qu'il y ait divergence d'opinion: /a Production doit être intense Pendant plusieurs années à venir; il faut donc trav ail. ler avec acharnement; c'est la loi économique, pour notre pays comme pour tous les autres pays.
Nos cultivateurs ont allongé leurs heures de travail. En Allemagne, les ouvriers, au lieu de réclamer la diminution des heures, se sont imposé deux heures de travail Supplémentaire Par jour. Nous n'insistons
Nous voudrions Parler d’un autre moyen de récu- Pération; il viendra de la masse du Peuple, celui-]à : c'est l'épargne,
Ce qu'on gaspille en notre pays! Nous avons Pratiqué, depuis 20 ans, dans la vie Publique et dans
Les Souvernements, à côté d'oeuvres nécessaires, ont commis des extravagances: Je Peuple a commis des EXtravagances: le Capital a commis des extravagances: Souvent les chefs d'industries, Pour se bâtir prématurément des châteaux, ont immobilisé du capital qu'ils
on
auraient beaucoup plus utilement employé à la circulation générale.
Un Européen nous disait, pas plus tard qu'il y a trois mois: “Si on ménageait ici comme on ménage en France et en Belgique, dans 25 ans, avec les ressources énormes du C anada, vous regorgeriez de capitaux pour toutes vos entreprises nationales; vous sortiriez de la liste des nations qui empruntent hors de che: elles, et vous tiendrie: vous-même comptoir sur le marché du monde.”
Il faut bien l'avouer, en effet: avant la guerre nous ne Savions pas ce que c'était qu'un Capital national : Pour construire un aqueduc ou un Pont de deux cent mille piastres, nos villes canadiennes allaient quelque. fois emprunter à Montréal ou à Toronto, mais trop souvent aussi elles allaient à New-York. Nos gouverne. ments, c'était entendu, sortaient à tout coup du Canada quand il fallait trouver quelques millions. Cela nous étonne un peu aujourd'hui. La Buerre nous a révélé ce fait, absolument insoupçonné jusqu'ici, que la population canadienne Peut mettre chague année à la dis. Position du Trésor national et de l'industrie des centaines de millions.
Entrons dans Je domaine des petites bourses et des petits horizons. Pouvons-nous sincèrement nous rendre le témoignage que dans nos foyers nous n'avons pas été trop prodigues, même Pendant la guerre 2 Je ne précise Pas: je respecte trop la liberté d'autrui Pour préciser. Mais Soyons francs: si elles ne s'étaient livrées à des dépenses parfois exagérées, un bon nombre de familles n'auraient-elles Pu faire quelques petites provisions Pour l'avenir? Bien des embarras
d'argent ne sont-ils Pas venus de ce qu'on avait fait comme la cigale: trop chanté, et Pas assez travaillé et Pas assez mis de côté. ;
Vivons bien, commodément, abondamment si vous le voulez; la parcimonie est un vice ennuyeux, monotone, complètement dépourvu d'élégance; mais soyons prévoyants, soyons gens d'affaires, soyons gens de bon sens. Nous sommes trop jeunes, comme familles privées et comme peuple, pour dépenser sans compter ou même pour nous livrer à des immobilisations de capital comme on peut s'en Permettre dans les pays qui ont derrière eux des siècles d'accumulation.
Nous parlons ce soir de l'ouvrier. Quelle serait, pour l'ouvrier, la ligne de démarcation entre une vie de dépense permise et une vie de prodigalité exagérée ? On a versé du sang, même au Canada, autour de ce point d'interrogation. Humblement, il nous semble que la base du règlement définitif de cette irritante question serait à peu près selle &’:
Qu'on donne à l'ouvrier canadien des gages qui lui assurent pour lui et sa famille:
10—Une maison confortable, qui lui appartienne, s’il le désire; vêtement et nourriture entièrement adaptés à nos rudes climats: récréation légitime.
20—Ce qui est nécessaire à la création d'un fonds de réserve pour la maladie, les vieux jours, l'éducation et l'instruction des enfants.
En deça de ces limites c'est un état d'indigence qui n’a pas sa raison d'être.