‹ Le capitalChapitre 135 sur 356 · G. Garnier, t. V de sa traduction, p · texte numérisé non relu

G. Garnier, t. V de sa traduction, p

4. Ramazzmi, professeur de médecine pratique à Padoue, publia en 17131 son ouvrage : De morbis artificum, traduit en français en 1781 réimprimé en 1841 dans l'Encyclopédie des sciences médicales. 7‘ Disc. Auteurs classiques. Son catalogue des maladies des ouvriers a été naturellement très-augmenté par la période de la grande industrie. Voy. entre autres : Hygiène physique et morale de l’ouvrier dans les grandes villes en général, et dans la ville de Lyon en particulier, par le D r A.

« Subdiviser un homme, c’est l’exécuter, s’il a mérité une sentence de mort ; c’est l’assassiner s’il ne la mérite pas. La subdivision du travail est l’assassinat d’un peuple *. »

La coopération fondée sur la division du travail, c’est-à-dire la manufacture, est à ses débuts une création spontanée et inconsciente. Dès qu’elle a acquis une certaine consistance et une base suffisamment large, elle devient la forme reconnue et méthodique de la production capitaliste. L’histoire de la manufacture proprement dite montre comment la division du travail qui lui est particulière acquiert expérimentalement, pour ainsi dire à l’insu des acteurs, ses formes les plus avantageuses, et comment ensuite, à la manière des corps de métier, elle s’efforce de maintenir ces formes traditionnellement, et réussit quelquefois à les maintenir pendant plus d’un siècle. Cette forme ne change presque jamais, excepté dans les accessoires, que par suite d’une révolution survenue dans les instruments de travail. La manufacture moderne (je ne parle pas de la grande industrie fondée sur l’emploi des machines) ou bien trouve, dans les grandes villes où elle s’établit, ses matériaux tout prêts quoique disséminés et n’a plus qu’à les rassembler, la manufacture des vêtements par exemple ; ou bien le principe de la division du travail est d’une application si facile qu’on n’a qu’à approprier chaque ouvrier exclusivement à une des diverses opérations d’un métier, par exemple de la reliure des livres. L’expérience d’une semaine suffit amplement dans de tels cas pour trouver le nombre proportionnel d’ouvriers qu’exige chaque fonction 2 .

Par l’analyse et la décomposition du métier manuel, la spécialisation des instruments, la formation d’ouvriers parcellaires et leur groupement dans un mécanisme d’ensemble, la division manufacturière créé la différenciation qualitative et la proportionnalité quantitative des procès sociaux de production. Cette organisation particulière du travail en augmente les forces productives.

La division du travail dans sa forme capitaliste — et. sur les bases historiques données, elle ne pouvait revêtir aucune autre forme — n’est qu’une méthode particulière de produire de la plus-value relative, ou d’accroître aux dépens du travailleur le

L. Fonterei. Paris, 1858; Die Krankheiten welche verschiedener Stünden, Altern und Geschlechtern eigenthümlich sind. 6 vol ülm, 1861, et l’ouvrage de Edouard Reich : M. D. Ueber der, Ursprung der Enlartung des Menschen. Erlangen, 1868. La So ciety of Arts nomma en 1854 une commission d’enquête sur la pathologie industrielle. La liste des documents rassemblés pai cette commission se trouve dans le catalogue du Twiclcenhcm Economie Muséum. Les rapports officiels sur Public Health ont comme de juste une grande importance.

L D Urquhart : Familiar Words. London, 1855,p. 119.Hegej avait des opinions très-hérétiques sur la division du travail, a ? ar J 1 ® 11111 ) 63 cultivés, dit-il dans sa philosophie du droit, on fe^ autres entendre ceuï qui peuvent faire tout ce que fonl

2. La foi naïve au génie déployé a priori par le capitaliste dans la division du travail, ne se rencontre plus que chez des professeurs allemands, tels que Roscher par exemple, qui pour récompenser le capitaliste de ce que la division du travail son toute fade de son cerveau olympien, lui accorde . plusieurs salaires differents. • L’emploi plus ou moins développé de la di vision du travail dépend de la grandeur de la bourse, et non de la grandeur du génie.

rendement du capitaf, ce qu’on appelle Richesse nationale (Wealthof Nations). Aux dépens du travailleur elle développe la force collective du travail pour le capitaliste. Elle crée des circonstances nouvelles qui assurent la domination du capital sur le travail. Elle se présente donc et comme un progrès historique une phase nécessaire dans la formation économique de la société, et comme un moyen civilisé et raffiné d’exploitation.

L’économie politique, qui ne date comme science spéciale que de l’époque des manufactures, considère la division sociale du travail en général du point de vue de la division manufacturière 1 ; elle n’y voit qu’un moyen de produire plus avec moins de travail, de faire baisser par conséquent le prix des marchandises et d’activer l’accumulation du cajjital. Les écrivains de l’antiquité classique, au lieu de donner tant d’importance à la quantité et la valeut d’échange, s’en tiennent exclusivement à la qualité et à la valeur d’usage 2 . Pour eux, la séparation deg branches sociales de la production n’a qu’un résultat : c’est que les produits sont mieux faits et que les penchants et les talents divers des hommes peuvent se choisir les sphères d’action qui leur conviennent le mieux s , car si l’on ne sait pas se limiter, il est impossible de rien produire d’important*. La division du travail perfectionne donc le produit et le producteur. Si, à l’occasion, ils mentionnent aussi l’accroissement de la masse des produits, ils n’ont en vue que l’abondance de valeurs d’usage, d’objets utiles, et non la valeur d’échange ou la baisse

1. Les prédécesseurs d’Adam Smith, tels que Petty, l’auteur anonyme de « Aclvantages oftheEast India Trade », ont mieux que lui pénétré le caractère capitaliste de la division manufacturière du travail.

2. Parmi les modernes, quelques écrivains du dix-huitième siècle, Beccaria et James Harris, par exemple, sont les seuls qui s’expriment sur la division du travail à peu près comme les anciens. « L’expérience apprend à chacun, dit Beccaria, qu’en appliquant la main et l’intelligence toujours au même genre d’ouvrage et aux mêmes produits, ces derniers sont plus aisément obtenus, plus abondants et meilleurs que si chacun faisait isolément et pour lui seul toutes les choses nécessaires à sa vie.... Les hommes se divisent de cette manière en classes et conditions diverses pour l’utilité commune et privée. » (Cesare Beccaria : Elementi di Econ. Publica ed. Custodi, Parte Moderna, t. XI, p. 28.) James Harris, plus tard comte de Malmesbury, dit lui-même dans une note de son Dialogue concerning Happiness. Lond., 1772 : « L’argument dont je me sers pour prouver que la société est naturelle (en se fondant sur la division des travaux et des emplois), est emprunté tout entier au second livre de la République de Platon. »

3. Ainsi dans Y Odyssée, XIV, 228 :« "AMôç yap t’ iUo uutv Mp êutTÉpireTai êpyoi; » et Archiloque cité par Sextus Empiricus : ’AX>,oç êti’ ipytp xapSiriv laîverai. » A chacun son métier et tout le monde est content.

4. « IIoXXàriTtîdTaTo ëpya, xaxw; 5’ ^7rî(TTaT0 7ràvTa' » Qui trop embrasse mal étreint. Comme producteur marchand, l’Athénien se sentait supérieur au Spartiate, parce que ce dernier pour faire la guerre avait bien des hommes à sa disposition, mais non de l’argent; comme le fait dire Thucydide à Périclès dans Iaharangue où celui-ci excite les Athéniens à la guerre du Peloponèse : « Lcogam TEl'roip.ÔTEpotolaÛTovpyoiTüWàvflpw' 7vwv ÿj xpvi|J-«<ri ito>E(ieïv » (Thuc., 1. I, c. xu). Néanmoins, même dans la production matérielle, l’aÙTapxEia, la faculté de se suffire, était l’ideal de l’Athenien, « 7iap’ tSv yaptô evi, 7tap* toutwv y.ai tô ainapxeç- Ceux-ci ont le bien, qui peuvent se suffire à eux-mêmes. » Il faut dire que même à l’époque de la chute des trente tyrans il n’y avait pas encore cinq mille Athéniens, sans propriété foncière.

Page 1