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CHAPITRE XIV

dans leprix des marchandises. Platon 1 , qui faitde la division du travail la hase de la séparation sociale des classes, est là-dessus d’accord avec Xénophon 2 , qui avec son instinct bourgeois caractéristique, touche déjà de plus près la division du travail dans l’atelier. La république de Platon, en tant du moins que la division du travail y figure comme principe constitutif de l’État, n’est qu’une idéalisation athénienne du régime des castes égyptiennes. L’Egypte, d’ailleurs, passait pour le pays industriel modèle aux yeux d’un grand nombre de ses contemporains, d’Isocrate, par exemple. 3 , et elle resta telle pour les Grecs de l’empire romain 4 .

1. Platon explique la division du travail au sein de la communauté par la diversité des besoins et la spécialité des facultés individuelles. Son point de vue principal, c’est que l’ouvrier doit se conformer aux exigences de son œuvre, et non l’œuvre aux exigences de l’ouvrier. Si celui-ci pratique plusieurs arts à la fois, il négligera nécessairement l’un pour l’autre. (V.flép., 1. II.) Il en est de même chez Thucydide I, C. c. xm : « La navigation est un art comme tout autre, et il n’est pas de cas où elle puisse être tsaitée comme un hors-d’œuvre; elle ne souffre pas même que l’on s’occupe à côté d’elle d’autres métiers. » Si l’œuvre doit attendre l’ouvrier, dit Platon, le moment critique de la production sera souvent manqué et la besogne gâchée; « Ipyouxatpèv SîoMuxat. » On retrouve cette idée platonique dans la protestation des blanchisseurs anglais contre l’article de la loi de fabrique qui établit une heure fixe pour les repas de tous leurs ouvriers. Leur genre d’opérations, s’écrient-ils, ne permet pas qu’on les règle d’après ce qui peut convenir aux ouvriers; * une fois en train de chauffer, de blanchir, de calendrer ou de teindre, aucun d’eux ne peut être arrêté à un moment donné sans risque de dommage. Exiger que tout ce peuple de travailleurs dîne à la même heure, ce serait dans certains cas exposer de grandes valeurs à un risque certain, .les opérations restant inachevées. » Où diable le platonisme va-t-il se nicher !

2. Ce n’est pas seulement un honneur, dit Xénophon, d’obtenir des mets de la table du roi des Perses; ces mets sont, en effet, bien plus savoureux que d’autres, « et il n’y a là rien d’étonnant; car de même que les arts en général sont surtout perfectionnés dans les grandes villes, de même les mets du grand roi sont préparés d’une façon tout à fait spéciale. En effet dans les petites villes, c’est le même individu qui fait portes, charrues, lits, tables, etc. ; souvent même il construit des maisons et se trouve satisfait s’il peut ainsi suffire à son entretien. Il est absolument impossible qu’un homme qui fait tant de choses les fasse toutes bien. Dans les grandes villes, au contraire, où chacun isolément trouve beaucoup d’acheteurs, il suffit d’un métier pour nourrir son homme. Il n’est pas même besoin d’un métier complet, car d’un fait des chaussures pour hommes, et l’autre pour femmes. On en voit qui, pour vivre, n’ont qu’à tailler des habits, d’autres qu’à ajuster les pièces, d’autres qu’à les coudre. Il est de toute nécessité que celui qui fait l’opération la plus simple, soit aussi celui qui s’en acquitte le mieux. Et il en est de même pour l’art de la cuisine. » (Xénophon, Cy- Top., 1. VIII, c. il) C’est la bonne qualité de la valeur d’usage et le moyen de l’obtenir, que Xénophon a ici exclusivement en vue, bien qu’il sache fort bien que l’échelle de la division du travail dépend de l’étendue et de l’importance du marché.

3. « Il (Busiris) divisa tous les habitants en castes particulières.... et ordonna que les mêmes individus fissent toujours le même métier, parce qu’il savait que ceux qui changent d’occupation ne deviennent parfaits dans aucune, tandis que ceux qui s en tiennent constamment au même genre de travail exécutent à la perfection tout ce qui s’y rapporte. Nous verrons également que pour ce qui est de l’art et de l’industrie, les Egyptiens sont autant au-dessus de leurs rivaux que lemaître est au-dessus du bousilleur. De même encore, les institutions par lesquelles ils maintiennent la souveraineté royale et le reste de la constitution de l’Etat sont tellement parfaites, que les philosophes les plus célèbres qui ont entrepris de trailer ces matières, ont toujours placé la constitution égyptienne au-dessus de toutes les autres. • ( Isocr. Busiris, c. viii.)

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