La machine et le travail sont en concurrence cons
tante. » ( Ricardo, l. c.p. 479.)
Pour consoler les ouvriers tombés dans la misère, on leur assure que leurs souffrances ne sont que des « inconvénients temporaires» (a temporary inconvenience) et que la machine en n’envahissant que par degrés un champ de production, diminue l’étendue et l’intensité de ses effets destructeurs. Mais ces deux fiches de consolation se neutralisent.,Là où la marche conquérante de la machine progresse lentement, elle afflige de la misère chronique les rangs ouvriers forcés de lui faire concurrence; là où elle est rapide, la misère devient aiguë et fait des ravages terribles.
L’histoire ne présente pas de spectacle plus attristant que celui de la décadence des tisserands anglais qui, après s’être traînée en longueur pendant quarante ans, s’est enfin consommée en 1838. Beaucoup de ces malheureux moururent de faim; beaucoup végétèrent longtemps avec leur famille n’ayant que 25 centimes par jour 1 . Dans l’Inde au contraire l’importation des calicots anglais fabriqués mécaniquement amena une crise des plus spasmodique^.
« Il n’y a pas d’exemple d’une misère pareille dans l’histoire du commerce » dit, dans son rapport de 1834-35, le gouverneur général; « les os des tisserands blanchissent les plaines de l’Inde. » En lançant ces tisserands dans l’éternité 2 , la machine à tisser ne leur avait évidemment causé que des «inconvénients temporaires. » D’ailleurs les effets passagers des machines sont permanents en ce qu’elles envahissent sans cesse de nouveaux champs de production.
Le caractère d’indépendance que la production capitaliste imprime en général aux conditions et au produit du travail vis-à-vis de l’ouvrier, se développe donc avec la machine jusqu’à l’antagonisme le plus prononcé 3 . C’est pour cela que, la pre-
1. Ce qui avant l’établissement de la loi des pauvres (en 1833) fit en Angleterre prolonger la concurrence entre le tissu à la main et le tissu à la mécanique, c’est que l’on faisait l’appoint des salaires tombés par trop au-dessous du minimum au moyen de l’assistance des paroisses. « Le Rev. Turner était en 1827, dans le Cheshire, recteur de Wilmslow, district manufacturier. Les questions du comité d’émigration et les réponses de M. Turner montrent comment on maintenait la lutte du travail humain contre les machines. Question: L’usage du métier mécanique n’a-t-il pas remplacé celui du métier à la main ? Réponse : Sans aucun doute ; et il l’aurait remplacé bien davantage encore, si les tisseurs à la main n’avaient pas été mis en état de pouvoir se soumettre à une réduction de salaire. Question : Mais en se soumettant ainsi, ils acceptent des salaires insuffisants, et ce qui leur manque pour s’entretenir, ils l’attendent de l’assistance paroissiale? Réponse : Assurément, et la lutte entre le métier à la main et le métier à la mécanique est en réalité maintenue par la taxe des pauvres. Pauvreté dégradante ou expatriai ion, tel est donc le bénéfice que recueillent les travailleurs de l’introduction des machines. D’artisans respectables et dans une certaine mesure indépendants ils deviennent de misérables esclaves qui vivent du pain avilissant de la charité. C’est ce qu’on appelle un inconvénient temporaire. > A Price Essay on the comparative merits of Compétition and Coopération. Lond. 1834, p. 9.
2. Lancer quelqu’un dans l’éternité - to launch somehody into eternity — est l’expression euphémique que les journaux anglais emploient pour annoncer les hauts faits du bourreau.
3. « La meme cause qui peut accroître le revenu du pays, (c’est-à-dire, comme Ricardo l’explique au même endroit, les revenus des Landlords et des capitalistes , dont la richesse, au point de vue des économistes, forme la riche's : nationale) cette