CHAPITRE XV
nés dans le milieu bourgeois, n'existent pas parce qu’ils proviennent non de la machine, mais de son exploitation capitaliste !
Donc, parce que la machine, triomphe de l’homme sur les forces naturelles, devient entre les mains capitalistes l’instrument de l’asservissement de l’homme à ces mêmes forces; parce que, moyen infaillible pour raccourcir le travail quotidien, elle le prolonge entre les mains capitalistes ; parce que,, baguette magique pour augmenter la richesse du producteur, elle l’appauvrit entre les mains capitalistes, parce que... l’économiste bourgeois déclaré impertubablement que toutes ces contradictions criantes ne sont que fausses apparences et vaines chimères et que dans la réalité, et pour cette raison dans la théorie, elles n’existent pas.
Certes, ils ne nient pas les inconvénients temporaires, mais quelle médaille n’a pas son revers! Et pour eux l’emploi capitaliste des machines en est le seul emploi possible. L’exploitation du travailleur par la machine c’est la même chose que l’exploitation des machines par le travailleur. Qui expose les réalités de l’emploi capitaliste des machines, s’oppose donc à leur emploi et au progrès social 1 . Ce raisonnement ne rappelle-t-il pas le plaidoyer de Bill Sykes, l’illustre coupe-jarret ? « Messieurs les jurés, dit-il, la gorge d’un commis-voyageur a sans doute été coupée. Le fait existe, mais ce n’est pas ma faute, c’est celle du couteau. Et voulezvous supprimer le couteau à cause de ces 'inconvénients temporaires ? Réfléchissez-y. Le couteau est un des instruments les plus utiles dans les métiers et l’agriculture, aussi salutaire en chirurgie que savant en anatomie et joyeux compagnon dans les soupers. En condamnant le couteau vous allez nous replonger en pleine sauvagerie 2 ! »
Quoiqu’elle supprime plus ou moins d’ouvriers dans les métiers et les manufactures où elle vient d’être introduite, la machine peut néanmoins occasionner un surcroît d’emploi dans d’autres branches de production, mais cet effet n’a rien de commun avec la soi-disant théorie de compensation.
Tout produit mécanique, un mètre de tissu exécuté au métier à vapeur, par exemple, étant meilleur marché que le produit manuel auquel il fait concurrence, nous obtenons évidemment cette loi :
Si la quantité totale d’un article, produit mécaniquement, reste égale à celle de l’article manuel qu’il remplace, alors la somme totale du travail employé diminue. Sinon, l’ouvrage mécanique coûterait autant, si ce n’est davantage, que l’ouvrage manuel.
Mais, en fait, la somme des articles fabriqués, au moyen des machines, par un nombre d’ouvriers réduit, dépasse de beaucoup la somme des articles
1. « S’il est avantageux de développer de plus en plus l’habileté de l’ouvrier de manière à le rendre capable de produire un quantum de marchandises toujours croissant avec un quantum de travail égal ou inférieur, il doit être également avantageux que l’ouvrier se serve des moyens mécaniques qui l’aident avec le plus d’efficacité à atteindre ce résultat. » (Mac-Culloch, Princ. of Pol. Econ., Lond. 1830, p. 166).