CHAPITRE XXI
prolonger la journée de travail, parce que c’est le moyen d’accroître son salaire quotidien ou hebdomadaire l . De là une réaction pareille à celle que nous avons décrite à propos du salaire au temps, sans compter que la prolongation de la journée, même lorsque le salaire aux pièces reste constant, implique par elle-même une baisse dans le prix du travail.
Le salaire au temps présuppose, à peu d’exceptions près, l’égalité de rémunération pour les ouvriers chargés de la même besogne. Le salaire aux pièces, où le prix du temps de travail est mesuré par un quantum déterminé de produit, varie naturellement suivant que le produit fourni dans un temps donné dépasse le minimum admis. Les degrés divers d’habileté, de force, d’énergie, de persévérance des travailleurs individuels causent donc ici de grandes différences dans leurs recettes 2 . Cela ne change naturellement rien au rapport général entre le capital et le salaire du travail. Premièrement ces différences individuelles se balancent pour l’ensemble de l’atelier, si bien que le produit moyen est à peu près toujours obtenu dans un temps de travail déterminé et que le salaire total ne dépasse guère en définitive le salaire moyen delà branche d’industrie à laquelle l’atelier appartient. Secondement la proportion entre le salaire et la plus-value ne change pas, puisqu’au salaire individuel de l’ouvrier correspond la masse de plus-value fournie par lui. Mais en donnant une plus grande latitude à l’individualité, le salaire aux pièces tend à développer d’une part avec l’individualité l’esprit de liberté, d’indépendance et d’autonomie des travailleurs, et d’autre part la concurrence qu’ils se font entre eux. Il s’en suit une élévation de salaires individuels au-dessus du niveau général qui est accompagnée d’une dépression de ce niveau lui-même. Mais là où une vieille coutume avait établi un salaire aux pièces déterminé, dont la réduction présentait par conséquent des difficultés exceptionnelles, les patrons eurent recours à sa transformation violente en salaire à la journée. Delà, par exemple, en 1860, une grève considérable parmi les rubaniers de Goventry 3 . Enfin le salaire aux pièces est un des princi-
supertor skill and working power.) Dunning, 1. c., p. 22, 23. Comme l’auteur est lui-même ouvrier et secrétaire d’une Trade's Union, on pourrait croire qu’il a exagéré. Mais que l’on consulte par exemple la highly respectable encyclopédie agronomique de J. Ch. Morton, art., Labourer, on y-verra cette méthode recommandée aux fermiers comme excellente.
1. « Tous ceux qui sont payés aux'pièces.... trouvent leur profit a travailler plus que le temps légal. Quant à l’empressement à accepter ce travail en plus, on le rencontre surtout chez les femmes employées à tisser et à dévider. » {Rep. of Insp. of Fact , 30 th april 1858, p. 9.) » Ce système du salaire aux pièces, si avantageux pour le capitaliste, tend directement à exciter le jeune potier à un travail excessif, pendant les quatre ou cinq ans où il travaille aux pièces, mais à bas prix. C’est là une des grandes causes auxquelles il faut attribuer la dégénérescence despotiers I » [Child. Empl. Comm. I /?ep.,p.xm.)
2. « Là où le travail est payé à tant la pièce.... le montant des salaires peut différer matériellement.... Mais dans le travail à la journée, il y a généralement un taux uniforme.... reconnu également par l’employé et l’employeur comme l’étalon des salaires pour chaque genre de besogne.» (Dunning, 1. c., p. 17.)