‹ Le capitalChapitre 277 sur 356 · Ramsay, 1. t9u · texte numérisé non relu

Ramsay, 1. t9u

coin du monde à l’autre. Si le bas prix de ces marchandises leur fait d’abord ouvrir de nouveaux débouchés et dilate les anciens, leur surabondance vient peu à peu resserrer le marché général jusqu’au point où elles en sont brusquement rejetées. Les vicissitudes commerciales arrivent ainsi à se combiner avec les mouvements alternatifs du capital social qui, dans le cours de son accumulation, tantôt subit des révolutions dans sa composition, tantôt s’accroît sur la base technique une fois acquise. Toutes ces influences concourent à provoquer des expansions et des contractions soudaines de l’échelle de la production.

L’expansion de la production par des mouvements saccadés est la cause première de sa contraction subite; celle-ci, il tst vrai, provoque à son tour celle-là, mais l’expansion exorbitante de la production, qui forme le point de départ, serait-elle possible sans une armée de réserve aux ordres du capital, sans un surcroît de travailleurs indépendant de l’accroissement naturel de la population? Ce surcroît s’obtient à l’aide d’un procédé bien simple et qui tous les jours jette des ouvriers sur le pavé, à savoir l’application de méthodes qui, rendant le travail plus productif, en diminuent la demande. La conversion, toujours renouvelée, d’une partie de la classe ouvrière en autant de bras à demi occupés ou tout à fait désœuvrés, imprime donc au mouvement de l’industrie moderne sa forme typique.

Gomme les corps célestes une fois lancés dans leurs orbes les décrivent pour un temps indéfini, de même la production sociale une fois jetée dans ce mouvement alternatif d’expansion et de contraction le répète par une nécessité mécanique. Les effets deviennent causes à leur tour, et des péripéties, d’abord irrégulières et en apparence accidentelles, affectent de plus en plus la forme d’une périodicité normale. Mais c’est seulement de l’époque où l’industrie mécanique, ayant jeté des racines assez profondes, exerça une influence prépondérante sur toute la production nationale; où, grâce à elle, le commerce étranger commença à primer le commerce intérieur ; où le marché universel s’annexa successivement de vastes terrains au Nouveau - Monde, en Asie et en Australie ; où enfin les nations industrielles entrant en lice furent devenues assez nombreuses, c’est de cette époque seulement que datent les cycles renaissants dont les phases successives embrassent des années et qui aboutissent toujours à une crise générale, fin d’un cycle et point de départ d’un autre. Jusqu’ici la durée périodique de ces cycles est de dix ou onze ans, mais il n’y a aucune raison pour considérer ce chiffre comme constant. Au contraire, on doit inférer des lois de la production capitaliste, telles que nous venons de les développer, qu’il est variable et que la période des cycles se raccourcira graduellement.

Quand la périodicité des vicissitudes industrielles sauta aux yeux de tout le monde, il se trouva aussi des économistes prêts à avouer que le capilal ne saurait se passer de son armée de réserve, formée par Yinfmaplebs des surnuméraires.

« Supposons », dit H. Merrivale, qui fut tour à tour professeur d’économie politique à l’Université d’Üx-

ford, employé au ministère des colonies anglaises et aussi un peu historien, « supposons qu’à l’occasion d’une crise la nation s’astreigne à un grand effort pour se débarrasser, au moyen de l’émigration, de quelque cent mille bras superflus, quelle en serait la conséquence? C’est qu’au premier retour d’une demande de travail plus vive l’on se heurterait contre un déficit. Si rapide que puissç être la reproduction humaine, il lui faut en tout cas l’intervalle d’une génération pour remplacer des travailleurs adultes. Or les profits de nos fabricants dépendent surtout de leur faculté d’exploiter le moment favorable d’une forte demande et de s’indemniser ainsi pour la période de stagnation. Cette faculté ne leur est assurée qu’autant qu’ils ont à leur disposition des machines et des bras ; il faut qu’ils trouvent là les bras; il faut qu’ils puissent tendre et détendre, selon le caprice du marché, l’activité de leurs opérations, sinon ils seront tout à fait incapables de soutenir dans la lutte acharnée de la concurrence cette suprématie sur laquelle repose la richesse de notre pays*. » Mallhus lui-même, bien que de son point de vue borné il explique la surpopulation par un excédant réel de bras et de bouches, reconnaît néanmoins en elle une des nécessités de l’industrie moderne. Selon lui, « les habitudes de prudence dans les rapports matrimoniaux, si elles étaient poussées trop loin parmi la classe oüvrière d’un pays dépendant surtout des manufactures et du commerce, porteraient préjudice à ce pays.... Par la nature même de la population, une demande particulière ne peut pas amener sur le marché un surcroît de travailleurs avant un laps de seize ou dix-huit ans, et la conversion du revenu en capital par la voie de l’épargne peut s’effectuer beaucoup plus vite. Un pays est donc toujours exposé à ce que son fonds de salaire croisse plus rapidement que sa population' 2 . «Après avoir ainsi bien constaté que l’accumulation capitaliste ne saurait se passer d’une surpopulation ouvrière, l’économie politique adresse aux surnuméraires, jetés sur le pavé par l’excédant de capital qu’ils ont créé, ces paroles gracieuses, pertinemment attribuées à des fabricants-modèles :

« Nous fabricants, nous faisons tout notre possible pour vous; c'est à vous de faire le reste, en proportionnant votre nombre à la quantité des moyens de subsistance 3 . »

Le progrès industriel, qui suit la marche de l’accumulation, non-seulement réduit de plus en plus le nombre des ouvriers nécessaires pour mettre en œuvre une masse croissante de moyens de production, il augmente en même temps la quantité de travail que l’ouvrier individuel doit fournir. A mesure qu’il développe les pouvoirs productifs du travail et fait donc tirer plus de produits de moins de

1. II. Merrivale : « Lectures on colonisation and colonies. » Lond , 1841 et 1842, v. 1, p. 146.

2. Mallhus : « Principles of Pol. Economy », p. 254, 319, 320. C’est dans ce même ouvrage que Mallhus, grAce à Sismondi, découvre celte mirifique trinitécapitaliste : excèsde production, — excès de population, — excès de consommation; three very délicate monsters, en vérité! v. Engels : « Umrisse zu einer Kritik der Nationaloekonomie », 1. c., p. 107 etsuiv.

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