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(D r Hunter’s Report. Public Health. Seventh Report, 1864, Lond., 1865, p. 498-503, passim.)
1. Cette loi a été quelque peu améliorée en 1865. L’expérience fera voir bientôt que tous ces replâtrages ne servent de rien.
nilAPlTRE XXV
manente, le travail champêtre, si rude qu’il soit, les conduit, en général, par des acheminements plus ou moins rapides, au paupérisme; paupérisme toujours si imminent, que la moindre maladie ou le moindre manque passager d’occupation nécessite un appel immédiat à l’assistance paroissiale. La résidence d’une population d’agriculteurs dans une paroisse y fait donc évidemment augmenter la taxe des pauvres.... Il suffit aux grands propriétaires fonciers* de décider qu’aucune habitation de travailleurs ne pourra être établie sur leurs domaines, pour qu’ils soient sur-le-champ affranchis de la moitié de leur responsabilité envers les pauvres. Jusqu’à quel point la loi et la constitution anglaises ont-elles eu pour but d’établir ce genre de propriété absolue, qui autorise le seigneur du sol à traiter les cultivateurs du sol comme des étrangers et à les chasser de son territoire, sous prétexte « de disposer de son bien comme il l’entend » ? c’est là une question que je n’ai pas à discuter.... Cette puissance d’éviction n’est pas de la théorie pure ; elle se réalise pratiquement sur la plus grande échelle; elle est une des circonstances qui dominent les conditions de logement du travailleur agricole.... » Le dernier recensement permet de juger de l’étendue du mal; il démontre que dans les dix dernières années la destruction des maisons, malgré la demande toujours croissante d’habitations, a progressé en huit cent vingt et un districts de l’Angleterre.
En comparant l’année 1861 à l’année 1851, ou trouvera qu’à part les individus forcés de résider en dehors des paroisses où ils travaillent, une population plus grande de 5 £ °/o a été resserrée dans un espace plus petit de 4 °/ 0 .... « Dès que le pro¬
grès de la dépopulation a atteint le but, » dit le docteur Hunter, « on obtient pour résultat un shoivvillage (un village de parade), où les cottages sonl réduils à un chiffre faible et où personne n’a le privilège de résider, hormis les bergers, les jardiniers, les gardes-chasse et autres gens de domesticité ordinairement bien traités par leurs bienveillants seigneurs*. Mais le sol a besoin d’être cultivé, et ses cultivateurs, loin de résider sur les domaines du propriétaire foncier, viennent d’un village ouvert , distant peut-être de trois milles, où ils ont été accueillis après la destruction de leurs cottages. Là où cette destruction se prépare, l’aspect misérable des cottages ne laisse pas de doute sur le
1. Pour faire comprendre la suite de la citai ion, nous remarquerons qu’on appelle close villages (villages fermés) ceux qui ont pour propriétaires un ou deux gros seigneurs terriens, et open villages (villages ouverts) ceux dont le sol est réparti entre plusieurs propriétaires. C’est dans ces derniers que des spéculateurs en bâtiments peuvent construire des cottages et des maisons.
2. Un village de ce genre présente un assez bon aspect, mais il n’a pas plus de réalité que ceux que Catherine II vit dans son voyage en Crimée. Dans ces derniers temps le berger a été banni, lui aussi, de ces show-villages. A Market Harborough, par exemple, il y a une bergerie d’environ cinq-cents acres, où le travail d’un seul homme suffit. Pour lui épargner des marches inutiles à travers ces vastes plaines, ces beaux pâturages de Leicester et de Northampthon, on avait ménagé au berger une chambre dans la métairie. Maintenant on lui paie un shilling de plus, pour qu’il loue un domicile à une grande distance, dans un village ouvert.
destin auquel ils sont condamnés. On les trouve à tous les degrés naturels de délabrement. Tant que le bâtiment tient debout, le travailleur est admis à en payer le loyer et il est souvent bien content de ce privilège, même lorsqu’il Jui faut y mettre le prix d’une bonne demeure. Jamais de réparations d’aucune sorte, à part celles que peut faire le pauvre locataire. La bicoque devient-elle à la fin tout à fait inhabitable, ce n’est qu’un coltage détruit de plus, et autant de moins à payer à l’avenir pour la taxe des pauvres. Tandis que les grands propriétaires s’affranchissent ainsi de la taxe en dépeuplant les terres qui leur appartiennent, les travailleurs, chassés par eux, sont accueillis par la localité ouverte ou la petite ville la plus proche ; la plus proche, ai-je dit, mais ce « plus pioche » peut signifier une distance de trois ou quatre milles de la ferme où le travailleur va peiner tous les jours. Outre la besogne qu’il fait journellement pour gagner son pain quotidien, il lui faut encore parcourir l’espace de six à huit milles, et cela n’est compté pour rien. Tout travail agricole accompli par sa femme et ses enfants subit les mêmes circonstances aggravantes. Et ce n’est pas là le seul mal que lui cause l’éloignement de son domicile, de son champ do travail : des spéculateurs achètent, dans les localités ouvertes, des lambeaux de terrain qu’ils couvrent de tanières de toute espèce, élevées au meilleur marché possible, entassées les unes sur les autres. Et c’est dans ces ignobles trous qui, même en pleine campagne, partagent les pires inconvénients des plus mauvaises habitations urbaines, que croupissent les ouvriers agricoles anglais 1 2 ....» D’aütre part, il ne faut pas s’imaginer que l’ouvrier qui demeure sur le terrain qu’il cultive y trouve le logement que mérite sa vie laborieuse. Même sur les domaines princiers son cottage est souvent des plus misérables. Combien de propriétai-
1. « Les maisons des ouvriers (dans les localités ouvertes et naturellement toujours encombrées) sonl pour l’ordinaire bâties par rangées, le derrière sur la limite ex tri me du lambeau de terrain que le spéculateur appelle sien. L’air et la lumière n’v peuvent donc pénétrer que sur le devant. » (D 1 ' Hunter’s Report, 1. c.,, p. 136.) Très souvent le vendeur de bière ou l’épicier du village est loueur de maisons. Dans ce cas l’ouvrier de campagne trouve en lui un second maître à côté du fermier. Il lui faut être en même temps son locataire et sa pratique. « Avec 10 shillings par semaine, moins une rente de 4 liv. sterl. qu’il a à payer chaque année, il est obligé d’acheter le peu qu’il consomme de thé, de sucre, de farine, de savon, de chandelle et de bière, au prix qu’il prend fantaisie au boutiquier de demander " (1. c., p. 131). Ces localités ouvertes forment en réalité les « colonies pénitentiaires » du prolétariat agricole anglais. Un grand nombre de ces cottages no sont que des logements disponibles où passent tous les vagabonds de la contrée. L’homme des champs et sa famille, qui dans les cend.itions les plus répugnantes avaient souvent conservé une pureté, une intégrité de caractère vraiment étonnantes, se dépravent ici tout à fait. Il est de mode parmi les Shylocks de haule volée de lever pharisaïquement les épaules à propos des spéculateurs en cottages, des petits propriétaires et des localités ouvertes. Ils savent pourtant fort bien que sans leurs « villages fermés * et sans leurs « villages de parade » ces localités ouvertes ne pourraient exister. Sans les petits propriétaires des villages ouverts, la plus grande partie des ouvriers du sol serait contrainte de dormir sous les arbres des domaines où ils travaillent » (1. c., p. 135). Le système des villages a ouverts » et « fermés » existe dans toutes les provinces du centre et dans l’est de l’Angleterre.
res qui estiment qu’une étable est assez bonne pour des familles ouvrières, et qui ne dédaignent pas de tirer de sa location le plus d’argent possible 1 ! « Ou bien c’est une cabane en ruines avec une seule chambre à coucher, sans foyer, sans latrines, sans fenêtres, sans autre conduit d’eau que le fossé, sans jardin, — et le travailleur est sans défense contre ces iniquités. Nos lois de police sanitaire (les Nuisances Removal Acts) sont en outre lettre morte. Leur exécution est confiée précisément aux propriétaires qui louent des bouges de cette espèce.... On ne doit pas se laisser éblouir par quelques exceptions et perdre de vue la prédominance écrasante de ces faits qui sont l’opprobre de la civilisation anglaise. L’état des choses doit être en réalité épouvantable, puisque, malgré la monstruosité évidente des logements actuels, des observateurs compétents sont tous arrivés au même résultat sur ce point, savoir, que leur insuffisance numérique constitue un mal infiniment plus grave encore. Depuis nombre d’années, non-seulement les hommes qui font surtout cas de la santé, mais tous ceux qui tiennent à la décence et à la moralité de la vie, voyaient avec le chagrin le plus profond l’encombrement des habitations des ouvriers agricoles. Les rapporteurs chargés d’étudier la propagation des maladies épidémiques dans les districts ruraux n’ont jamais cessé, en phrases si uniformes qu’elles semblent stéréotypées, de dénoncer cet encombrement comme une des causes qui ren dent vaine toute tentative faite pour arrêter la marche d’une épidémie une fois qu’elle est déclarée. Et mille et mille fois on a eu la preuve que, malgré l’influence favorable de la vie champêtre sur la santé, l’agglomération qui active à un si haut degré la propagation des maladies contagieuses ne contribue pas moins à faire naître les maladies ordinaires. Et les hommes qui ont dénoncé cet état de choses n’ont pas passé sous silence un mal plus grand. Alors même que leur tâche se bornait à examiner le côté sanitaire, ils se sont vus presque forcés d’aborder aussi les autres côtés delà question en démontrant par le fait que des adultes des deux sexes, mariés et non mariés, se trouvent très-souvent entassés pèle mêle (huddled) dans des chambres à coucher étroites. Ils ont fait naître la conviction que, dans de semblables circonstances, tous les sentiments de pudeur et de décence sont offensés de la façon la plus grossière, et que toute moralité
1. « Le loueur de maisons (fermier ou propriétaire) s’enrichit directement ou indirectement au moyen du travail d’un homme qu’il paie 10 shillings par semaine, tandis qu’il extorque ensuite au pauvre diable 4 ou 5 liv. sterl. par an pour le loyer de maisons qui ne seraient pas vendues 20 sur le marché. Il est vrai que leur prix artificiel est maintenu par le pouvoir qu’a le propriétaire de dire : « Prends ma maison ou fais ton paquet, a et cherche de quoi vivre où tu voudras, sans le moindre cera tificat signé de moi... » Si un homme désire améliorer sa position et aller travailler dans une carrière, ou poser des rails sur un chemin de fer, le même pouvoir est là qui lui crie : « Travaille pour moi à bas prix, ou décampe dans les huit « jours. Prends ton cochon avec toi, si tu en as un, et réfléchis « un peu à ce que tu feras des pommes de terre qui sont en a train de pousser dans ton jardin. » Dans les cas où le propriétaire (ou le fermier) y trouve son intérêt, il èxigé un loyer plus fort comme punition de ce qu’on à désèrtésoh service. » D r Hunter, 1. c., p. 131.
est nécessairement étouffée*.... On peut voir, par exemple, dans l’appendice de mon dernier rapport, un cas mentionné par le docteur Ord, à propos de la fièvre qui avait ravagé Wing, dans le Buckinghamshire. Un jeune homme y arriva de Wingrave avec la fièvre. Les premiers jours de sa maladie il couche dans une même chambre avec neuf autres individus. Quelques semaines après, cinq d’entre eux furent pris de la même fièvre et un en mourut! Vers la même époque, le docteur Harvey, de l’hôpital Saint- Georges, à propos de sa visite à Wing pendant l’épidémie, me cita des faits pareils : « Une jeune femme « malade de la fièvre couchait la nuit dans la même « chambre que son père, sa mère, son enfant illé— « gitime, deux jeunes hommes, ses frères, et ses « deux sœurs chacune avec un bâtard, en tout dix « personnes. Quelques semaines auparavant, treize « enfants couchaient dans ce même local 2 . »
Le doct'eur Hunter visita 5375 cottages de travailleurs ruraux, non-seulement dans les districts purement agricoles, mais dans toutes les parties de l’Angleterre. Sur ce nombre 2195 contenaient une seule chambre à coucher (formant souvent toute l’habitation); 2930 en contenaient deux et 250 plus de deux. Voici quelques échantillons pris parmi une douzaine de ces comtés.
1) Bedfordshire.
Wrestlingworlh : Chambre à coucher d’environ douze pieds de long sur dix de large, et il y en a beaucoup de plus petites. L’étroite cabane, d’un seul étage, est souvent partagée, au moyen de planches, en deux 'chambres à coucher; il y a quelquefois un lit dans une cuisine haute de cinq pieds six pouces. Loyer : 3 1. st. par an. Il faut que les locataires construisent eux-mêmes leurs lieux d’aisance, le propriétaire ne leur fournissant que le trou. Dès que l’un d’eux a construit ses latrines, elles servent à tout le voisinage. Une maison du nom de Richardson était une vraie merveille. Ses murs de mortier ballonnaient comme une crinoline qui fait la révérence. A une extrémité, le pignon était convexe, à l’autre concave. De ce côté-là se dressait une malheureuse cheminée, espèce de tuyau recourbé, fait de bois et de terre glaise, pareil à une trompe d’éléphant ; pour l’empêcher de tomber on l’avait appuyée à un fort bâton. Les portes et les fenêtres étaient en losange. Sur dix-sept maisons visitées, quatre seulement avaient plus d’une
1. « Le spectacle de jeunes couples mariés n’a rien de bien édifiant pour des frères et sœurs adultes, qui couchent dans la même chambre, et, bien qu’on ne puisse enregistrer ces sortes d’exemples, il y a suffisamment de faits pour justifier la remarque que de grandes souffrances et souvent la mort sont le lot des femmes qui se rendent coupables d’inceste. » (D''Hunter, 1. c., p. 137.) Un employé de police rurale, qui a fonctionné pendant de longues années comme détective dans les plus mauvais quartiers de Londres, s’exprime ainsi sur le compte des jeunes filles de son village : « Leur grossière immoralité dans l’âge le plus tendre, leur effronterie et leur impudeur, dépassent tout ce que j’ai vude pire à Londres, pendant fout le temps de mon service... Jeunes gens et jeunes filles adultes, pères et mères, tout cela vit comme des porcs et couche ensemble dans la même chambre. » (Child. Empl. Comm. Sixth Report. London, 1867. Appendix, p. 77, n“ 15&)•
2. Public lleallh. Sevcnth Report. London, 1865, p. 9—14, pasûm.
chambre à coucher et ces quatre étaient encombrées. Les cottages à une seule.chambre abritaient tantôt trois adultes et trois enfants, tantôt un couple marié, avec six enfants, etc.
Dunton : Loyers ttès-élevés, de 4 à 5 1. st. par an. Salaire des hommes : 10 sh. par semaine. Ils espèrent que le travail domestique (tressage de la paille) leur permettra de payer cette somme. Plus le loyer est élevé, plus il faut être en nombre pour pouvoir l’acquitter. Six adultes qui occupent avec quatre enfants une chambre à coucher paient un loyer de 3 1. st. 10 sh. La maison louée le meilleur marché, longue de quinze pieds et large de dix à l’extérieur, se paie 3 1. st. Une seule des quatorze maisons visitées avait deux chambres p coucher. Un peu avant le village se trouve une maison dont les murs extérieurs sont souillés d’ordures par les habitants; la putréfaction a enlevé cinq pouces du bas de la porte ; une seule ouverture, ménagée ingénieusement le soir au moyen de quelques tuiles poussées du dedans au dehors, et couverte avec un lambeau de natte. Là, sans meubles, étaient entassés trois adultes et cinq enfants. Dunton n’est pas pire que le reste de la Biggleswude Union.
2) Berkshire.
Beenham : En juin 1864, un homme demeurait dans un cot (cottage à un seul -étage), avec sa femme et quatre enfants. Une de ses filles, atteinte de la fièvre scarlatine et obligée de quitter son emploi, arrive chez lui. Elle meurt. Un enfant tombe malade et meurt également. La mère et un autre enfant étaient atteints du typhus, lorsque le docteur Hunter fut appelé. Le père et un deuxième enfant couchaient au dehors ; mais, ce qui montre combien il est difficile de localiser l’infection, le linge de cette famille avait été jeté là, sur le marché encombré du misérable village, en attendant le blanchissage. — Loyer de la maison de H. 1 sh. par semaine ; dans l’unique chambre à coucher, un couple et six enfants. Une autre maison, louée 8 d. (par semaine), 14 pieds 6 pouces de long, 7 pieds de large ; cuisine 6 pieds de haut ; la chambre à coucher sans fenêtre, sans foyer, sans porte ni ouverture, si ce n’est vers le couloir, pas de jardin. Un homme y demeurait, il y a peu de temps, avec deux filles adultes et un fils adolescent ; le père et le fils couchaient dans le lit,' les jeunes filles dans le couloir. A l’époque où elles habitaient là, elles avaient chacune un enfant ; seulement l’une d’elles était allée faire ses couches au Workhouse et était revenue ensuite.
3) Buckinghamshire.
Trente cottages, sur mille acres de terrain, contiennent de cent trente à cent quarante personnes environ. La paroisse de Bradenham comprend une superficie de mille acres ; elle avait, en 1851, trente-six maisons et une population de quatrevingt-quatre hommes et cinquante-quatre femmes. En 1861, cette inégalité entre les sexes n’existait plus ; les personnes du sexe masculin étaient au nombre de quatre-vingt-dix-huit et celles du sexe féminin de quatre-vingt-dix-sept, donnant une augmentation de quatorze hommes et de trente-trois femmes en dix ans. Mais il y avait une maison de moins.
Winslow : Une grande partie de ce village a été nouvellement bâtie dans, le grarnd style. Les maisons y paraissent être très-recherchées, car de misérables huttes sont louées 1 sh. et 1 sh. 3 d. par semaine.
Water Eaton : Ici les propriétaires, s’apercevantj de l’accroissement de la population, ont détruit; environ vingt pour cent des maisons existantes. Un' pauvre ouvrier qui avait à faire près de quatre mil- ; les pour se rendre à son travail, et auquel on deman- | dait s’il ne pourrait, pas trouver un logement plus ' rapproché, répondit : « Non, c’est impossible, ils se garderont bien de loger un homme avec autant de famille. »
Tinkers Encl; près de Winslow : Une chambre à coucher dans laquelle se trouvaient quatre adultes et quatre enfants avait II pieds de long, 9 de large et 6 pieds 5 pouces de haut dans l’endroit le plus élevé. Une autre, longue de 11 pieds 5 pouces, large de 9 et haute de 5 pieds 10 pouces, abritait dix personnes. Chacune de ces familles avait moins de place qu’il n’en est accordé à un galérien. Pas une seule maison n’avait plus d’une chambre à coucher, pas une seule une porte de derrière ; de l’eau très-rarement; le loyer de 1 sh. 4 d. à 2 sh. par semaine. Sur seize maisons visitées, il n’y avait qu’un seul homme qui gagnât, par semaine, 10 sh. La quantité d’air pour chaque personne, dans les cas ci-dessus, correspond à celle qui lui reviendrait, si on l’enfermait la nuit dans une boîte de quatre pieds cubes. Il est vrai que les anciennes masures laissent pénétrer l’air par différentes voies.
4) Cambridgeshire.
Gamblingay appartient à divers propriétaires. On ne trouverait nulle part des cots plus misérables et plus délabrés. Grand tressage de paille. Il y règne une langueur mortelle et une résignation absolue à vivre dans la fange. L’abandon dans lequel se trouve le centre du village devient une torture à ses extrémités nord et sud, où les maisons tombent morceau par morceau en pourriture. Les propriétaires absentéistes saignent à blanc les malheureux locataires; les loyers sont très-élevés; huit à neuf personnes sont entassées dans une seule chambre à coucher. Dans deux cas, six adultes chacun avec d’eux ou trois enfants, dans une petite chambre.
5) Essex : Dans ce comté, un grand nombre de paroisses. voient diminuer à la fois les cottages et les personnes. Dans vingt-deux paroisses, cependant, la destruction des maisons n’a pas arrêté l’accroissement de la population, ni produit, comme partout ailleurs, l’expulsion —qu’on appelle « l’émigration vers les villes. » A Fingringhœ,une paroisse de 3443 acres, il y avait 145 maisons en 1851 ; il n’y en avait plus que 110 en 1861, mais la population ne voulait pas s’en aller et avait trouvé moyen de s’accroître dans ces conditions. En 1851 Ramsden Grays était habité par 252 individus répartis dans 61 maisons, mais en 1861 le nombre des premiers était de 282 et celui des secondes de 49.
A Basilden 157 individus occupaient, en 1851, 1827 acres et 35 maisons; dix ans après, il n’y avait plus que 27 maisons pour 180 individus.
Dans les paroisses de Fingringhœ, South Fambridge, Widford, Basilden et Ramsden Crays, habitaient, en 1851, sur 8449 acres, 139 2 individus, dans 316 maisons; en 1861, sur la même superficie, il n’y avait plus que 249 maisons pour 1473 habitants.
6) Herefordshire : Ce petit comté a plus souffert de « l’esprit d’éviction » que n’importe quel autre en Angleterre. A Madby les cottages, bondés de locataires, presque tous avec deux chambres à coucher, appartiennent pour la plus grande partie aux fermiers. Ils les louent facilement 3 ou 4 liv. st. par an à des gens qu’ils paient, eux, 9 sh. la semaine!
7) HuMingdonshire.
Hartford avait, en 1851,87 maisons ; peu de temps après, 19 cottages furent abattus dans cette petite paroisse de 1720 acres. Chiffre de la population en 1831 : 452; en 1852 : 832, et en 1861 : 341. Visité quatorze cots dont chacun avec une seule chambre à coucher. Dans l’un un couple marié, trois fils et une fille adultes, quatre enfants, dix en tout ; dans une autre, trois adultes et six enfants. Une de ces chambres, dans laquelle couchaient huit personnes, mesurait 12 pieds 10 pouces de long sur 12 pieds 2 pouces de large et 6 pieds 9 pouces de haut. En comptant les saillies, cela faisait 130 pieds cubes par tête. Dans les quatorze chambres, trentequatre adultes et trente-trois enfants. Ces cottages sont rarement pourvus de jardinets, mais nombre d’habitants peuvent louer de petits lopins de terre, à 10 ou 12 sh. par rood (environ 17 pieds). Ces lots sont éloignés des maisons, lesquelles n’ont point de lieux d’aisance. Il faut donc que la famille se rende à son terrain pour y déposer ses excréments, ou qu’elle en remplisse le tiroir d’une armoire. Car cela se fait ici, sauf votre respect. Dès que le tiroir est plein, on l’enlève pour le vider là où on en peut utiliser le contenu. Au Japon, les choses se font plus proprement.
8) Lincolnshire.
Langtoffi : Un homme habite ici dans la maison de Wright avec sa femme, sa mère et cinq enfants. La maison se compose d’une cuisine, d’une chambre à coucher au-dessus et d’un évier. Les deux premières pièces ont 12 pieds 2 pouces de long, 9 pieds 5 pouces de large ; la superficie entière a 21 pieds 3 pouces de longueur sur 9 pieds 5 pouces de largeur. La chambre à coucher est une mansarde dont les murs se rejoignent en pain de sucre vers le toit, avec une lucarne sur le devant. Pourquoi demeuret-il ici? à cause du jardin? il est imperceptible. A cause du bon marché? le loyer est cher, 1 sh. 3 d. par semaine. Est-il près de son travail? non, à six milles de distance, en sorte qu’il fait chaque jour un voyage de douze milles (aller et retour). Il demeure ici parce que ce cot était à louer et qu’il voulait avoir un cot pour lui tout seul, n’importe où, à quelque prix que ce fût et dans n’importe quelles conditions.
Voici la statistique de douze maisons de Langtofft avec douze chambres à coucher, trente-huit adultes et trente-six enfants:
9) Kent.
Kennington était fâcheusement surchargé de population en 1859, quand la diphthérite fit son apparition et que le chirurgien de la paroisse organisa une enquête officielle sur la situation de la classe pauvre. Il trouva que dans cette localité, où il y a toujours beaucoup de travail, nombre de cots avaient été détruits sans être remplacés par de nouveaux. Dans un district se trouvaient quatre maisons surnommées les cages (birdcages) ; chacune d’elle avait quatre compartiments avec les dimensions suivantes, en pieds et en pouces :
Cuisine. 9.5 x 8.11 x 6.6
Evier . 8.6 X 4. 6 X 6.6
Chambre à coucher... 8.5 x 5.10 x 6 3
Chambre à coucher... 8.3 x 8. 4 x 6.3
10) Northamplonshire.
Brenworth , Pickford et Floore : Dans ces villages une trentaine d’hommes, sans travail l’hiver, battent le pavé. Les fermiers ne font pas toujours suffisamment labourer les terres à blé ou à racines, et le propriétaire a jugé bon de réduire toutes ses fermes à deux ou trois. De là manque d’occupation. Tandis que d’un côté du fossé la terre semble appeler le travail, de l’autre, les travailleurs frustrés jettent sur elle des regards d’envie. Exténués de travail l’été et mourant presque de faim l’hiver, rien d’étonnant s’ils disent dans leur patois que « the parson and gentlefolks seem frit to death at them » (que « le curé et les nobles semblent s’être donné le mot pour les faire mourir»).
A Floore on a trouvé, dans des chambres à coucher de la plus petite dimension des couples avec quatre, cinq, six enfants, ou bien trois adultes avec cinq enfants, ou bien encore un couple avec le grandpère et six malades de la fièvre scarlatine, etc. Dans deux maisons de deux chambres, deux familles de huit et neuf adultes chacune.
11) Wiltshire.
Stratton : Visité trente et une maisons, huit avec une seule chambre à coucher ; Pentill dans la même paroisse. Un cot, loué 1 sh. 3 d. par semaine à quatre adultes et quatre enfants, n’avait, sauf les murailles, rien de bon, depuis le plancher carrelé de pierres grossièrement taillées jusqu’à la toiture de paille pourrie.
12) Worcestershire. La destruction des maisons n’a pas été aussi considérable; cependant, de 1851 à 1861, le personnel s’est augmenté par maison de 4.2 individus à 4.6.
Badsey. Ici beaucoup de cots et de jardins.
Quelques fermiers déclarent que les cots sont « a
great nuisance here, because they bring tbe poor » (« les cots font beaucoup de tort, parce que cela amène les pauvres»). «Que l’on bâtisse cinq cents cots, dit un gentleman, et les pauvres ne s’en trouveront pas mieux; en réalité, plus on en bâtit, et plus il en faut. „ — Pour ce Monsieur," les maisons engendrent les habitants, lesquels naturellement pressent à leur tour sur « les moyens d’habitation. »— Mais ces pauvres, remarque à ce propos le docteur Hunter, « doivent pourtant venir de quelque part, et puisqu’il n’y a ni charité, ni rien qui les attire particulièrement à Badsey, il faut qu’ils soient repoussés de quelque autre localité plus défavorable encore, et qu’ils ne viennent s’établir ici que faute de mieux. Si chacun pouvait avoir un cot et un petit morceau de terre tout près du lieu de son travail, il l’aimerait assurément mieux qu’à Badsey, où la terre lui est louée deux fois plus cher qu’aux fermiers. »
L’émigration continuelle vers les villes, la formation constante d’une surpopulation relative dans les campagnes, par suite de la concentration des fermes, de l’emploi des machines, de la conversion des terres arables en pacages, etc., et l’éviction non interrompue de la population agricole, résultant de la destruction des cottages, tous ces faits marchent de front. Moins un district est peuplé, plus est considérable sa surpopulation relative, la pression que celle-ci exerce sur les moyens d’occupation, etl’excédant absolu de son chiffre sur celui des habitations ; plus ce trop-plein occasionne dans les villages un entassement pestilentiel. La condensation de troupeaux d’hommes dans des villages et des bourgs correspond au vide qui s’effectue violemment à la surface du pays. L’incessante mise en disponibilité des ouvriers agricoles, malgré la diminution positive de leur nombre et l’accroissement simultané de leurs produits, est la source de leur paupérisme : ce paupérisme éventuel est lui-même un des motifs de leur éviction et la cause principale de leur misère domiciliaire, qui brise leur dernière force de résistance et fait d’eux de purs esclaves des propriétaires 1 et des fermiers. C’est ainsi que l’abaissement du salaire au' minimum devient pour eux l’état normal. D’un autre côté, malgré cette surpopulation relative, les campagnes restent en même temps insuffisamment peuplées. Cela se fait sentir, nonseulement d’une manière locale sur les points où
' 1. «La noble occupation du hind (le journaliérpaysan)donne de la .dignité même à sa condition. Soldat pacifique et non esclave, il mérite que le propriétaire qui s’est arrogé le droit de l’obliger à un travail semblable à celui que le pays exige du soldat lui assure sa place dans les rangs des hommes mariés. Son service, — pas plus que celui du soldat, — n’est payé au prix de marché. Comme le soldat, il est pris jeune, ignorant, connaissant seulement son métier et sa localité. Le mariage.précoce et l’effet des diverses lois sur le domicile affectent l’un comme l’enrôlement et le mutiny act (loi sur les révolte smilitaires) affectent l’autre. » (Dr. Hunter, 1. c.,p. 132). Parfois, quelque Landlord exceptionnel a une faiblesse, son cœur s’émeut de la solitude qu’il a créée. ■ C’est une chose bien triste q.ue d’être seul dans sa terre, » dit le comte de Leicester lorsqu’on vint le féliciter de l’achèvement de son château de Holkham. * Je regarde autour de moi, et ne vois point d’autre maison que la mienne. Je suis le géant de la tour des géants et j’ai mangé tous mes voisins. »
s’opère un rapide écoulement d’hommes vers les villes, les mines, les chemins de fer, etc., mais encore généralement, en automne, au printemps et en été, aux moments fréquents où l’agriculture anglaise, si soigneuse et si intensive, a besoin d’un supplément de bras. Il y a toujours trop d’ouvriers pour les besoins moyens, toujours trop peu pour les besoins exceptionnels et temporaires de l’agriculture 1 . Aussi les documents officiels fourmillent-ils de plaintes contradictoires, faitespar les mêmeslocalités, à propos du manque et de l’excès de bras. Le manque de travail temporaire ou local n’a point pour résultat de faire hausser le salaire, mais bien d’amener forcément les femmes et les enfants à la culture du sol et de les faire exploiter à un âge de plus en plus tendre. Dès que cette exploitation des femmes et des enfants s’exécute sur une plus grande échelle, elle devient, à son tour, un nouveau moyen de rendre superflu le travailleur mâle et de maintenir son salaire au plus bas. L’est de l’Angleterre nous présente un joli résultat de ce cercle vicieux, le système des bandes ambulantes (Gangsystem), sur lequel il nous faut revenir ici 2 .
Ce système règne presque exclusivement dans le Lincolnshire, le Huntingdonshire, le Cambridgeshire, le Norfolkshire, le Suffolkshire et le Nottinghamshire. On le trouve employé çà et là dans les comtés voisins du Northampton, du Bedford et du Ruthland. Prenons pour exemple le Lincolnshire. Une grande partie de la superficie de ce comté est de date récente ; la terre, jadis marécageuse, y a été, comme en plusieurs autres comtés de l’est, conquise sur la mer. Le drainage à la vapeur a fait merveille, et aujourd’hui ces marais et ces sables portent l’or des belles moissons et des belles rentes foncières. Il en est de même des terrains d’alluvion, gagnés par la main de l’homme, comme ceux de l’île d’Axholme et des autres paroisses sur la rive du Trent. A mesure que les nouvelles fermes se créaient, au lieu de bâtir de nouveaux cottages, on démolissait les anciens et on faisait venir les travailleurs de plusieurs milles de distance, des villages ouverts situés le long des grandes routes qui serpentent au flanc des collines. C’est là que la population trouva longtemps son seul refuge contre les longues
1. Un mouvement pareil a eu lieu en France dans les dix dernières années, à mesure que la production capitaliste s’y emparait de l’agriculture et refoulait dans" les villes la population « surnuméraire » des campagnes. Là, également, les conditions de logement sont devenues pires et la vie plus difficile. Au sujet du « prolétariat foncier » proprement dit, enfanté par le système des parcelles, consulter entre autres l’écrit déjà cité de Colins, et Karl Marx : Der Achtzehnte, Brumaire des Louis Bonaparte. New-York, 1852 (p. 56 et suiv.). En 1846, la population des villes se représentait en France par 24.42, celle des campagnes par 75.58; en 1861, la première s’élevait à 28.86, la seconde n’était plus que de 71.41. Cette diminution s’est accrue encore dans ces dernières années. En 1846, Pierre Dupont chantait déjà, dans sa chanson des « Ouvriers » :
• Mal vêtus, logés dans des trous,
« Sous les combles, dans les décombres,
« Nous vivons avec les hiboux
« Et les larrons amis des ombres. »
2. Le sixième et dernier rapport de la Child. empl. comm ., publié fin de mars 1867, est tout entier consacré à ce système des bandes agricoles.
inondations de l’hiver. Dans les fermes de 400 à 1000 acres, les travailleurs à demeure (on les appelle confmed labourers ) sont employés exclusivement aux travaux agricoles permanents, pénibles, et exécutés avec des chevaux. Sur cent acres ' environ, c’est à peine si l’on trouve en moyenne un I cottage.Un fermier de marais, par exemple, s’exprime , ainsi devant la Commission d’enquête : « Ma ferme s’étend sur plus de 320 acres, tout en terre àblé. Elle n’a point de cottage. A présent, je n’ai qu’un journalier à la maison. J’ai quatre conducteurs de chevaux, logés dans le voisinage. L’ouvrage facile, qui nécessite un grand nombre de bras, se fait au moyen de bandes *. » La terre exige certains travaux de peu de difficulté, tels que lé sarclage, le houage, l’épierrement, certaines parties de la fumure, etc. On y emploie des gangs ou bandes organisées qui demeurent dans les localités ouvertes.
Une bande se compose de dix à quarante ou cinquante personnes, femmes, adolescents des deux sexes, bien que la plupart des garçons en soient éliminés vers leur treizième année, enfin, enfants de six à treize ans. Son chef, le Gangmaster , est un ouvrier de campagne ordinaire, presque toujours ce qu’on appelle un mauvais sujet, vagabond, noceur, ivrogne, mais entreprenant et doué de savoir-faire. C’est lui qui recrute la bande, destinée à travailler sous ses ordres et non sous ceux du fermier. Comme il prend l’ouvrage à la tâche, son revenu qui, en moyenne, ne dépasse guère celui de l’ouvrier ordinaire 2 , dépend presque exclusivement de l’habileté avec laquelle il sait tirer de sa troupe, dans le temps le plus court, le plus de travail possible. Les fermiers savent, par expérience, que les femmes ne font tous leurs efforts que sous le commandement des hommes, et que les jeunes filles et les enfants, une fois en train, dépensent leurs forces, ainsi que l’a remarqué Fourier, avec fougue, en prodigues, tandis que l’ouvrier mâle adulte cherche, en vrai sournois, à économiser les siennes. Le chef de bande, faisant le tour des fermes, est à même d’occuper ses gens pendant six ou huit mois de l’année. Il est donc pour les familles ouvrières une meilleure pratique que le fermier isolé, qui n’emploie les enfants que de temps à autre. Cette circonstance établit si bien son influence, que dans beaucoup de localités ouvertes on ne peut se procurer les enfants sans son intermédiaire. Il les loue aussi individuellement aux fermiers, mais c’est un accident qui n’entre pas dans le « système des bandes. »
Les vices de ce système sont l’excès de travail imposé aux enfants et aux jeunes gens, les marches énormes qu’il leur faut faire chaque jour pour se rendre à des fermes éloignées de cinq, six et quelquefois sept milles, et pour en revenir, enfin, la démoralisation de la troupe ambulante. Bien que le chef de bande, qui porte en quelques endroits le nom de «driver» (piqueur,conducteur), soit armé d’un long bâton, il ne s’en sert néan¬