CHAPITRE XXV
plement les taux de la rémunération monétaire aux deux époques. Avant la catastrophe le gros des salaires agricoles était avancé en nature, de sorte que l’argent n’en formait qu’un supplément; aujourd’hui la paye en argent est devenue la règle. Il en résulte qu’en tout cas, quel que fût le mouvement du salaire réel, son taux monétaire ne pouvait que monter. « Avant l’arrivée de la famine le travailleur agricole possédait un lopin de terre où il cultivait des pommes de terre et élevait des cochons et de la volaille. Aujourd’hui non-seulement il est obligé d’acheter tous ses vivres, mais encore il voit disparaître les recettes que lui rapportait autrefois la vente de ses cochons, de ses poules et de ses œufs 1 .
En effet, les ouvriers ruraux se confondaient, auparavant avec les petits fermiers et ne formaient en général que l’arrière-ban des grandes et moyennes fermes où ils trouvaient de l’emploi. Ce n’est que depuis la catastrophe de 1846 qu’ils commencèrent à constituer une véritable fraction de la classe salariée, un ordre à part n’ayant avec les patrons que des relations pécuniaires.
Leur état d’habitation — et l’on sait ce qu’il était avant 1846 —n’a fait qu’empirer. Une partie des ouvriers agricoles, qui décroît du reste de jour en jour, réside encore sur les terres des fermiers dans des cabanes encombrées dont l’horreur dépasse tout ce que les campagnes anglaises nous ont présenté de pire en ce genre. Et, à part quelques districts de la province d’Ulster, cet état de choses est partout le même, au sud, dans les comtés de Cork, de Limerick, de Kilkenny, etc.; à l’est, dans les comtés de Wexford, Wicklow, etc. ; au centre, dans Queen’s- Gounty, King’s Gounty, le comté de Dublin, etc. ; au nord, dans les comtés de Down, d’Antrim, de Tyrone, etc. ; enfin, à l’ouest, dans les comtés de Sligo, de Roscommon, de Mayo, de Galway, etc. « G’est une honte, » s’écrie un des inspecteurs, « c’est une honte pour la religion et la civilisation de ce pays 2 . » Pour rendre aux cultivateurs l’habitation de leurs tanières plus supportable, on confisque d’une manière systématique les lambeaux de terre qui y ont été attachés de temps immémorial. « La conscience de cette sorte de ban auquel ils sont mis par les landlords et leurs agents a provoqué chez les ouvriers ruraux des sentiments correspondants d’antagonisme et de haine contre ceux qui les traitent pour ainsi dire en race proscrite 3 . »
Pourtant, le premier acte de la révolution agricole ayant été de raser sur la plus grande échelle, et comme sur un mot d’ordre donné d’en haut, les cabanes situées sur le champ de travail, beaucoup de travailleurs furent forcés de demander un abri aux villes et villages voisins. Là on les jeta comme du rebut dans des mansardes, des trous, des souterrains, et dans les recoins des mauvais quartiers. C’est ainsi que des milliers de familles irlandaises, se distinguant, au dire même d’Anglais imbus de préjugés nationaux, par leur rare attachement au foyer,