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DE LA COLONISATION

crête, par la lutte. Si le capitaliste se sent appuyé par la puissance de la mère-patrie, il cherche à écarter violemment de son chemin la pierre d’achoppement. Le même intérêt qui pousse le sycophante du capital, l’économiste, à soutenir chez lui l’identité théorique de la propriété capitaliste et de son contraire, le détermine aux colonies à entrer dans la voie des aveux, à proclamer bien haut l’incompatibilité de ces deux ordres sociaux. Il se met donc à démontrer qu'il faut ou renoncer au développement des puissances collectives du travail, à la coopération, à la division manufacturière, à l’emploi en grand des machines, etc., ou trouver des expédients pour exproprier les travailleurs et transformer leurs moyens de production en capital. Dans l’intérêt de ce qu’il lui plaît d’appeler la richesse de la nation , il cherche des artifices pour assurer la pauvreté du peuple. Dès lors, sa cuirasse de sophismes apologétiques se détache fragment par fragment, comme un bois pourri.

Si Wakefield n’a rien dit de neuf sur les colonies 1 , on ne saurait lui disputer le mérite d’y avoir découvert la vérité sur les rapports capitalistes en Europe. De même qu’à ses origines le système protecteur 2 tendait à fabriquer des fabricants dans la mère-patrie, de même la théorie de la colonisation de Wakefield que, pendant des années, l’Angleterre s’est efforcée de mettre légalement en pratique, avait pour objectif la fabrication de salariés

1. Les quelques aperçus lumineux de Wakefield avaient déjà été développés par Mirabeau père, le phÿsiocrate, et avant lui par des économistes anglais du dix-septième siècle, tels que Culpeper, Child, etc.

2. Plus tard, il devient une nécessité temporaire dans la lutte de.la concurrence internationale. Mais, quels que soient ses moins, les conséquences restent les mêmes.

dans les colonies. C’est ce qu’il nomme la colonisation systématique.

Tout d’abord Wakefîeld découvrit dans les colonies que la possession d’argent, de subsistances, de machines et d’autres moyens de production, ne fait point d’un homme un capitaliste, à moins d’un certain complément, qui est — le salarié, un autre homme, en un mot, forcé de se vendre volontairement. Il découvrit ainsi qu’au lieu d’être une chose, le capital est un rapport social entre personnes, lequel rapport s’établit par l’intermédiaire des choses 1 . M. Peel, nous raconte-t-il d’un ton lamentable, emporta avec lui d’Angleterre pour Swan River, Nouvelle-Hollande, des vivres et des moyens de production d’une valeur de cinquante mille 1. st. M. Peel eut en outre la prévoyance d’emmener trois mille individus de la classe ouvrière, hommes, femmes et enfants. Une fois arrivé à destination, « M. Peel resta sans un domestique pour faire son lit ou lui puiser de l’eau à la rivière 2 . » Infortuné M. Peel qui avait tout prévu! Il n’avait oublié que d’exporter au Swan River les rapports de production anglais.

Pour l’intelligence des découvertes ultérieures de Wakefîeld, deux remarques préliminaires sont nécessaires. On le sait : des moyens de production et de subsistance appartenant au producteur immédiat, au travailleur même, ne sont pas du capital. Ils ne deviennent capital qu’en servant de moyens d’exploiter et de dominer le travail. Or, cette propriété, leur âme capitaliste, pour ainsi dire, se confond si bien dans l’esprit de l’économiste avec leur substance matérielle, qu’il les baptise capital en toutes circonstances, lors même qu’ils sont précisément le contraire. C’est ainsi que procède Wakefîeld. De plus, le morcellement des moyens de production constitués en propriété privée d’un grand nombre de producteurs, indépendants les uns des autres, et travaillant tous à leur compte, il l’appelle égale division du capital. Il en est de l’économiste politique comme du légiste du moyen âge qui affublait d’étiquettes féodales même des rapports purement pécuniaires.

Supposez, dit Wakefîeld, « le capital divisé en portions égales entre tous les membres de la société , et que personne n’eût intérêt à accumuler plus de capital qu’il n’en pourrait employer de ses propres mains. C’est ce qui, jusqu’à un certain degré, arrive actuellement dans les nouvelles colonies américaines, où la passion pour la propriété foncière empêche l’existence d’une classe de salariés 3 . »

Donc, quand le travailleur peut accumuler pour lui-même, et il le peut tant qu’il reste propriétaire

1. « Un nègre est un nègre. Ce n’est que dans certaines conditions qu’il devient esclave. Cette machine que voici est une machine à filer du coton. Ce n’est que dans des conditions déterminées qu’elle devient capital. Hors de ces conditions, elle est aussi peu capital que l’or par lui-même est monnaie, et que le sucre n’estle prix du sucre.... Le capital est un rapport social de production. C’est un rapport de production historique. » Karl Marx : Lohnarbeit und Kapital. Voy. N. Uh. Zeitung, n° 266, 7 avril 1849.

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