L. c-, vol. r, p
de ses moyens de production, l’accumulation et la production capitalistes sont impossibles. La classe salariée, dont elles ne sauraient se passer, leur fait défaut. Mais alors comment donc, dans la pensée de Wakefîeld, le travailleur a-t-il été exproprié de ses moyens de travail dans l’ancien monde, de telle sorte que capitalisme et salariat aient pu s’y établir? Grâce à un contrat social d’une espèce tout à fait originale. L’humanité « adopta une méthode bien simple pour activer l’accumulation du capital, » laquelle accumulation hantait naturellement l’imagination de ladite humanité depuis Adam et Ève comme but unique et suprême de son existence; « elle se divisa en propriétaires de capital et en propriétaires de travail. ... Cette division fut le résultat d’une entente et d’une combinaison faites de bon gré et d’un commun accord 1 .55 En un mot, la masse de l’humanité s’est expropriée elle-même en l’honneur de Y accumulation du capital! Après cela, ne serait-on pas fondé à croire que cet instinct d’abnégation fanatique dût se donner libre carrière précisément dans les colonies, le seul lieu où se rencontrent des hommes et des circonstances qui permettraient de faire passer le contrat social du pays des rêves dans celui de la réalité! Mais alors pourquoi, en somme, une colonisation systématique par opposition à la colonisation naturelle ? Hélas ! c’est que « dans les États du nord de l’Union américaine il est douteux qu’un dixième de la population appartienne à la catégorie des salariés.... En Angleterre ces derniers composent presque toute la masse du peuple 2 . »
En fait, le penchant de l’humanité laborieuse à s’exproprier à la plus grande gloire du capital est si imaginaire que, d’après Wakefîeld lui-même, la richesse coloniale n’a qu’un seul fondement naturel — l’esclavage. La colonisation systématique est un simple pis aller, attendu que c’est à des hommes libres et non à des esclaves qu’on a affaire.
« Sans l’esclavage, le capital aurait été perdu dans les établissements espagnols, ou du moins se serait divisé en fractions minimes telles qu’un individu peut en employer dans sa petite sphère. Et c’est ce qui a eu lieu réellement dans les dernières colonies fondées par les Anglais, où un grand capital ensemences, bétail et instruments, s’est perdu faute de salariés, et où chaque colon possède plus de capital qu’il n’en peut manier personnellement 3 . »
La première condition de la production capitaliste, c’est que la propriété du sol soit déjà arrachée d’entre les mains de la masse. L’essence de toute colonie libre consiste, au contraire, en ce que la masse du sol y est encore la propriété du peuple, et que chaque colon peut s’en approprier une partie, qui lui servira de moyen de production individuel, sans empêcher par là les colons arrivant après lui d’en faire autant 4 . C’est là le secret delà prospérité des colonies, mais aussi celui de leur mal invétéré