‹ Le capitalChapitre 351 sur 356 · Wakefield, 1. c., v. II, p · texte numérisé non relu

Wakefield, 1. c., v. II, p

l’agriculture dépassent-ils tant soit peu les moyens de subsistance absolument indispensables au travailleur?.... En Angleterre, les chevaux de labour, qui constituent pour leurs maîtres tine propriété de beaucoup de valeur, sont assurément beaucoup mieux nourris que les ouvriers ruraux 1 . » Mais, nevermind! encore une fois, richesse de la nation et misère du peuple, c’est, par la nature des choses, inséparable.

Et maintenant, quel remède à cette gangrène anticapitaliste des colonies ? Si l’on voulait convertir à la fois toute la terre coloniale de propriété publique en propriété privée, on détruirait, il est vrai, le mal à sa racine, mais aussi, du même coup, — la colonie. Tout l’art consiste à faire d’une pierre deux coups. Le gouvernement doit donc vendre cette terre vierge à un prix artificiel, officiellement fixé par lui, sans nul égard à la loi de l’offre et la demande. L’immigrant sera ainsi forcé de travailler comme salarié assez longtemps, jusqu’à ce qu’il parvienne à gagner assez d’argent pour être à même d’acheter un champ et de devenir cultivateur indépendant 2 . Les fonds réalisés par la vente des terres à un prix presque prohibitoire pour le travailleur immigrant, ces fonds qu’on prélève sur le salaire en dépit de la loi sacrée de l’offre et la demande, seront, à mesure qu’ils s’accroissent, employés par le gouvernement à importer des gueux d’Europe dans les colonies, afin que monsieur le capitaliste y trouve le marché de travail toujours copieusement garni de bras. Dès lors, tout sera pour le mieux dans la meilleure des colonies possibles. Voilà le grand secret de la « colonisation systématique ! »

Wakefield s’écrie triomphalement : « Avec ce plan l’offre du travail sera nécessairement constante et régulière : premièrement, en effet, aucun travailleur n’étant capable de se procurer de la terre avant d’avoir travaillé pour de l’argent, tous les émigrants, par cela même qu’ils travailleront comme salariés en groupes combinés, vont produire à leur patron un capital qui le mettra en état.d’employer encore plus de travailleurs; secondement, tous ceux qui changentleur condition de salariés en celle de paysans doivent fournir du même coup, par l’achat des terres publiques, un fonds additionnel destiné à l’importation de nouveaux travailleurs dans les colonies J . »

Le prix du sol octroyé par l’État devra naturellement être suffisant [sufficient price), c’est-àdire assez élevé « pour empêcher les travailleurs de devenir des paysans indépendants, avant que d’autres soient venus prendre leur place au marché du travail 4 .» Ce « prix suffisant » n’est donc après tout

2. « C’est, ajoutez-vous, grâce à l’appropriation du sol et des capitaux que l’homme, qui n’a rien que ses bras, trouve de l’occupation et se fait un revenu... : c’est au contraire grâce à l’appropriation individuelle du sol qu’il se trouve des hommes n’ayant que leurs bras.... Quand vous mettez un homme dans le vide, vous vous emparez de l’atmosphère. Ainsi faites-vous quand vous vous emparez du sol.... C’est le mettre dans le vide de richesses, pour ne le laisser vivre qu’à votre volonté. » (Colins, 1, c., t. III, p. 268,271, passim.)

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