‹ Le capitalChapitre 350 sur 356 · L. c., v. II, p · texte numérisé non relu

L. c., v. II, p

4. Merivale, 1. c., v. II, p. 235, 314, passim. — Il n’est pas jusqu’à cet homme de bien, économiste vulgaire et libre échangiste distingué, M. de Molinari, qui ne dise : « Dans les colonies où l’esclavage a été aboli sans que le travail forcé se trouvât remplacé par une quantité équivalente de travail libre, on a vu s’opérer la contre-partie du fait qui se réalise tous les jours sous nos yeux. On a vu les simples (sic) travailleurs exploiter à leur tour les entrepreneurs d’industrie, exigerd’eux des salaires hors de toute proportion avec la part légi~ time quj leur revenait dans le produit. Les planteurs, ne pouvant obtenir de leurs sucres un prix suffisant pour couvrir la

Quel est donc dans les colonies le résultat du système régnant de propriété privée, fondée sur le ' - avail propre de chacun, au lieu de l’être sur l’exploitation du travail d’autrui? « Un système barbare qui disperse les producteurs et morcelle la richesse nationale *. » L’éparpillement des moyens de production entre les mains d’innombrables producteurs-propriétaires travaillant à leur compte anéantit, en même temps que la concentration capitaliste, la base capitaliste de toute espèce de travail combiné.

Toutes les entreprises de longue haleine, qui embrassent des années et nécessitent des avances considérables de capital fixe, deviennent problématiques. En Europe, le capital n’hésite pas un instant en pareil cas, car la classe ouvrière est son appartenance vivante, toujours disponible et toujours surabondante. Dans les pays coloniaux.... mais Wakefield nous raconte à ce propos une anecdote touchante. Il s’entretenait avec quelques capitalistes du Canada et de l’Etat de New-York, où les flots de l’émigration restent souvent stagnants et déposent un sédiment de travailleurs. « Notre capital, soupire un des personnages du mélodrame, notre capital était déjà prêt pour bien des opérations dont l’exécution exigeait une grande période de temps : mais le moyen de rien entreprendre avec des ouvriers qui, nous le savons, nous auraient bientôt tourné le dos ! Si nous avions été certains de pouvoir fixer ces émigrants, nous les aurions avec joie engagés sur-le-champ, et à des prix élevés. Et malgré la certitude où nous étions de les perdre, nous les aurions cependant embauchés, si nous avions pu compter sur des remplaçants au fur et à mesure de nos besoins*. »

Après avoir fait pompeusement ressortir le contraste de l’agriculture capitaliste anglaise, à « travail combiné », avec l’exploitation parcellaire des paysans américains, Wakefield laisse voir malgré lui le- revers de la médaille. Il nous dépeint la masse du peuple américain comme indépendante, aisée, entreprenante et comparativement cultivée, tandis que « l’ouvrier agricole anglais est un misérable en haillons, un pauper.... Dans quel pays, excepté l’Amérique du Nord et quelques colonies nouvelles, les salaires du travail libre employé à

hausse de salaire, ont été obligés de fournir l’excédant, d’abord sur leurs profits, ensuite sur leurs capitaux mêmes. Une foule de planteurs ont été ruinés de la sorte, d’autres ont fermé leurs ateliers pour échapper à une ruine imminente.... Sans doute, il vaut mieux voir périr des accumulations de capitaux que des générations d’hommes (quelle générosité ! Excellent M. Molinari !), mais ne vaudrait-il pas mieux que ni les uns ni les autres ne périssent? » (Molinari, 1. c., p. 51, 52.) Monsieur Molinari 1 monsieur Molinari ! Et que deviennent les dix com. mandements, Moïse et les prophètes, la loi de l’offre et la demande, sien Europe l’entrepreneur rogne sa part légitime à l’ouvrier et dans l’Inde occidentale l’ouvrier à l’entrepreneur? Mais quelle est donc, s’il vous plaît, cette part légitime que, de votre propre aveu, le capitaliste ne paie pas en Europe? Allons, maître Molinari, vous éprouvez une démangeaison terrible de prêter là dans les colonies, où les travailleurs sont assez simples “ pour exploiter le capitaliste, » un brin de secours policier à cette pauvre loi de l’offre et la demande qui ailleurs, à votre dire, marche si bien toute seule.

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