Sismondi: Nouv. Princ., etc., 1.1, p
naturellement n’a lieu qu’ensuite. L’aliénation de la force et sa manifestation réelle ou son service comme valeur utile, en d’autres termes sa vente et son emploi ne sont pas simultanés. Or, presque toutes les fois qu’il s’agit de marchandises de ce genre dont la valeur d’usage est formellement aliénée par la vente sans être réellement transmise en même temps à l’acheteur, 1 argent de celui-ci fonctionne comme moyen de payement, c’est-à-dire le vendeur ne le reçoit qu à un terme plus ou moins éloigné, quand sa marchandise a déjà servi de valeur utile. Dans tous les pays où règne le mode de production capitaliste, la force de travail n’est donc payée que lorsqu’elle a déjà fonctionne . pendant un certain temps fixé par le contrat, à la fin de chaque semaine, par exemple 1 . Le travailleur fait donc partout au capitaliste l’avance de la valeur usuelle de sa force; il la laisse consommer par l’acheteur avant d’en obtenir le prix; en un mot il lui fait partout crédit 2 . Et ce qui prouve que ce crédit n’est pas une vaine chimère , ce n’est point seulement la perte du salaire quand le capitaliste fait banqueroute, mais, encore une foule d’autres conséquences moins accidentelles 3 . Cependant que l’argent fonctionne comme moyen d’achat ou comme moyen de payement, cette circonstance ne change rien à
1. « Tout travail est payé quand il est terminé. » An Inquiry into Chose Principles respecting the Nature of demand, etc., p. 104. a Le crédit commercial a dû commencer au moment où l’ouvrier, premier artisan de la production, a pu, au moyen de ses économies, attendre le salaire de son travail, jusqu’à la fin de la semaine, de la quinzaine, du mois, du trimestre, etc. » (Ch. Ganilh : Des Systèmes de l’Écon. Polit. 2 e édit., Paris, 1821,1.1, p. 450.)
2. « L’ouvrier prête son industrie, » mais, ajoute Storch cauteleusement, « il ne risque rien, excepté de perdre son salaire.... l’ouvrier ne transmet rien de matériel. v(Storch: Cours d’Écon. Polit., Pétersbourg, 4 815, t. II, p. 37.)
3. Un exemple entre mille. Il existe à Londres deux sortes de boulangers, ceux qui vendent le pain à sa valeur réelle, les full priced, et ceux qui le vendent au-dessous de cette valeur, les undersellers. Cette dernière classe forme plus des trois quarts du nombre total des boulangers ( p. XXXII dans le « Report» du commissaire du gouvernement F. S. Tremenheere sur les « Grievances complained of by the journeymen bakers, etc., London, 1862). Ces undersellers, presque sans exception, vendent du pain falsifié avec des mélanges d’alun, de savon, de chaux, de plâtre et autres ingrédients semblables, aussi sains et aussi nourrissants. (V. le livre bleu cité plus haut, le rapport du a Cornmittee of 1855 on the adultération of bread » et celui du Dr. Hassal : Adultérations detected, 2 e édit., London, 1862) Sir John Gordon déclarait devant le Comité de 1855 que « par suite de ces falsifications, le pauvre qui vit journellement de deux livres de pain, n’obtient pas maintenant le quart des éléments nutritifs qui lui seraient nécessaires, sans parler de l’influence pernicieuse qu’ont de pareils aliments sur sa santé. » Pour expliquer comment une grande partie de la classe ouvrière, bien que parfaitement au courant de ces falsifications, les endure néanmoins, Tremenheere donne cette raison (1. c., p. XLVII) « que c’est une nécessité pour elle de prendre le pain chez le boulanger ou dans la boutique du détaillant, tel qu’on veut bien le lui donner. » Comme les ouvriers ne sont payés qu’à la fin de la semaine, ils ne peuvent payer eux-mêmes qu’à ice terme le pain consommé pendant ce temps par leur famille, et Tremenheere ajoute, en se fondant sur l’affirmation de témoins oculaires : « Il est notoire que le pain préparé avec ces sortes de mixtures est fait expressément pour ce genre de pratiques. » (It is notorious that bread composed of those mixtures is made expressly for sale in this manner.) « Dans beaucoup de districts agricoles en Angleterre (mais bien plus en Écosse) e salaire est payé par quinzaine et même par mois. L’ouvrier est obligé d’acheter ses marchandises à crédit en attendant sa